17,99 €
Éliminer le bras droit d'un baron de la drogue, n'était pas une bonne idée. Dire au cartel qu'on n'a pas eu le choix, pas la bonne réponse non plus. Ici, l'expression « L'enfer est pavé de bonnes intentions » prenait tout son sens. Direction le Mexique, où l'équipe réunie devra TOUT tenter pour réparer les dégâts occasionnés. Mais attention, si au détour d'une pyramide Maya vous rencontrez un serpent venimeux, prenez garde à ne surtout pas tomber amoureuse. Là commence le combat de notre héroïne, le plus terrible de tous. Celui qui oppose l'âme à l'égo en faisant resurgir au passage de vieilles blessures. Plus qu'un récit fictif, l'auteur tente d'attirer l'attention sur des sujets qui lui tiennent à cœur, comme la maltraitance des femmes dans le monde et les valeurs familiales. Por la familia…
Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:
Seitenzahl: 517
Veröffentlichungsjahr: 2024
Imprimer
Tous droits pour la distribution sont réservés: par voie de cinéma, de radio ou de télévision, de reproduction photomécanique, de tout support de son, de reproduction même partielle et de supports informatiques.
© 2024 novum maison d’édition
ISBN Version imprimée:978-3-99146-653-6
ISBN e-book: 978-3-99146-654-3
Relecture:Kathleen Moreira
Photographie de couverture:Thomas Rivera
Création de la jaquette: novum maison d’édition
Illustration:Thomas Rivera
www.novumpublishing.fr
Et si nous pouvions modifier l’histoire, si nous arrivions à faire taire notre égo et être en paix avec notre âme.
Imaginons un instant qu’Orphée réussisse sa quête, qu’il sorte Eurydice des Enfers.
Leur couple baignant dans un amour inconditionnel pourrait à lui seul réanimer ce monde éteint d’espérance.
L’univers entier ressentirait cette onde de choc, telle une vague de passion anéantissant toute la haine, l’amertume, l’égoïsme des êtres humains.
Orphée continuerait à charmer les bêtes, même les plus féroces de sa mélodie ; quant à elle, agirait en guerrière, se battant corps et âme contre l’injustice et le respect de la nature.
Un souffle d’air pur se verrai propulsé sur la planète, explosant tel un orgasme à chacun de leur coït.
Thomas Rivera
Les Limbes
S’y retrouvent toutes les âmes remarquables, mais non baptisées (ou antérieures au Christ). Dans « La Divine Comédie » de Dante Alighieri, il explique y rencontrer Socrate, Homère ou encore Hippocrate résidant dans un château équipé de sept ponts censés représenter les sept vertus chrétiennes.
***
De retour chez Emilio, dans cette minuscule garçonnière attitrée à son trafic en tout genre, Toni s’écroula dans le sofa.
— Je fais un saut à la pharmacie, m’empressais-je de revêtir cette tenue de camouflage qui ne m’avait pas manqué.
Replaçant mes cheveux à l’intérieur de la capuche afin de dissimuler chaque mèches rousses rebelles, je l’entendais contester. J’attrapais son portefeuille et en retirais un peu de liquidité.
— Je fonce et je reviens, l’embrassais-je furtivement.
Il me fallait du matériel afin de le remettre sur pied ; entre les plaies, les ecchymoses et la douleur qu’il devait endurer silencieusement, j’avais du pain sur la planche.
Je m’arrêtais à la première boutique que je rencontrais. Vu le quartier où nous nous étions retirés, je ne dû marcher que quelques minutes. Il devait certainement y avoir plus d’échoppes de ce genre que de banques étant donné la nature de la population environnante.
Un coup de feu me fit sursauter en poussant la porte de ce qui ressemblait plus à un bistrot vandalisé qu’à une pharmacie. D’épaisses plaques de bois étaient accolées tant à la vitrine que sur chaque ouverture semblant maintenir les vitrages déjà brisés à multiples reprises. Une réparation de fortune censée tenir à l’écart les malfrats qui, de toute évidence, ne servait à grand-chose.
Je dévalisais les rayons à toute vitesse. Compresses, désinfectant, pommade anti inflammatoire s’amoncelaient au creux de mes bras. Je revisualisais l’état de mon homme dans ma mémoire afin de ne rien oublier. J’achetais une boîte de sutures adhésives par précaution. Malgré le monde qui affluait vers le comptoir de paiement, je me sentais si à l’aise que j’aurais très bien pu ôter mon sweat et découvrir ma tête. C’était un privilège qu’octroyait cet endroit, personne n’osait se regarder, se saluer ou même se frôler.
J’attendais mon tour en repensant à mon premier jour en taule. Fixer le sol en évitant de croiser le regard de qui que ce soit, cette règle entre ces murs devait également être d’application dans ce coin malfamé. Je déposais mes achats devant l’employée, essayant de lui échanger un sourire machinal. À sa façon de me regarder je compris que mon geste sortait de son habitude.
— Auriez-vous un kit de suture, s’il vous plaît ? préparais-je mon argent pour payer.
— C’est réservé au personnel médical, continuait-elle à pointer mes articles.
— Je suis médecin.
Elle leva les yeux vers moi. Je la sentais m’analyser, ou du moins anatomiser mon physique pour être sûre qu’il collait avec l’emploi.
— J’ai besoin de votre pièce d’identité.
— Je ne l’ai pas sur moi, baissais-je les yeux.
J’oubliais un instant que les derniers mois de ma vie avaient fait de moi une criminelle fugitive et avaient définitivement tiré un trait sur ma renommée et ma carrière.
— Un numéro d’accréditation ? tentait-elle de m’aider malgré tout.
— Laissez tomber, hochais-je la tête.
Prendre le risque de lui donner et attirer l’attention sur mon identité était trop dangereux. Je réglais mes achats.
— Un instant je vous prie, disparaissait-elle à l’arrière de son comptoir.
Elle revint quelques secondes plus tard avec une boîte stérile recouverte d’un film transparent. Elle me la tendit en me rendant mon esquisse faciale de départ.
— Ça arrive d’oublier ses papiers, me remettait-elle une aiguille courbée et du fil de suture résorbable.
Un frisson me parcouru tel un courant électrique.
— Merci, soupirais-je reconnaissante à son geste de compassion.
Je rentrais quatre à quatre retrouver Toni, outre passant les bruits de moteurs vrombissants, les cris de pneus patinant sur le macadam brûlant et y laissant probablement des trainées noires de caoutchouc fondu et le tapage de divers gangs se déclarant la guerre entre eux. Si un jour on m’avait annoncé que ma vie ressemblerait à une série policière du petit écran, j’aurais certainement ri aux larmes.
— C’est un flingue qu’il me faut pour traverser la rue et non un gilet à capuche, déclarais-je en franchissant le pallier.
Je jetais mes achats sur le fauteuil à côté de lui.
— À quoi bon si tu ne sais pas t’en servir, me répondait-il d’un ton paternel.
— J’apprends vite.
Je lui bondissais dessus.
— Montre-moi ça, auscultais-je soigneusement son arcade sourcilière explosée.
Ma position le laissait pressentir un autre genre de divertissement que déjà il saisissait mes hanches entre ses mains.
— Reste tranquille, l’embrassais-je en me relevant.
Je fouillais les armoires du coin cuisine à la recherche d’un analgésique de grande efficacité.
— Tiens, lui tendais-je une bouteille d’alcool entamée.
L’odeur rappelait celle d’une téquila bon marché mais l’absence d’étiquette sur le flacon ne pouvait le confirmer. Il en avala une gorgée.
— C’est si mauvais que ça ? riais-je en le voyant grimacer.
Je déballais mon kit.
— Bois ! Tu as besoin de sutures et je n’ai aucun anesthésique.
Je me préparais à pratiquer un acte de boucherie, occultant les mesures d’hygiène, de stérilité et de prévention de la douleur.
— Le tiers monde ! soupirais-je dépitée.
— Attend ! m’empêchait-il de commencer.
Sur mes genoux, ses jambes entre mes cuisses afin de bien visualiser la plaie, je me rasseyais un moment.
— J’ai eu Javier au téléphone. Il est en déplacement ce soir mais on peut récupérer Mia dès demain matin.
Je jubilais à l’excellente nouvelle qu’il venait de m’annoncer, me faisant presque oublier les conditions médiocres dans lesquelles il m’obligeait à travailler. Je lui sautais au cou. C’était presque trop beau pour être vrai et cette pensée déboula dans mon esprit à la vitesse et la puissance d’une avalanche.
— Il est où le hic ? me ravisais-je en contenant mon euphorie.
Il secoua la tête.
— Il n’y en a pas. Il semblait courtois en nous présentant ses condoléances pour Maria et Miguel.
Je me redressais à nouveau et enfonçais l’aiguille dans sa chair.
— Quel roc ! pensais-je admirative en ne le sentant tressaillir d’un poil.
Il avala une autre rasade de ce breuvage immonde.
— Bien sûr, il déplore le décès d’Hector.
Il prenait un ton tout aussi pompeux que si Javier avait lui-même prononcé ces mots.
— Il peut déplorer tout ce qu’il veut, j’en ai rien à foutre tant qu’il me rend ma fille !
Je terminais en sectionnant le fil à l’aide d’un couteau de cuisine à moitié rouillé.
— Tu as fini ?
Je grimaçais en fronçant le nez. Pas du tout satisfaite de mon travail, je balançais le couteau sur la table basse.
— Ça devrait aller si tu ne chope pas le tétanos.
Il me rappela l’épisode du tremblement de terre en brandissant la cicatrice de sa main.
— J’ai eu mon rappel de vaccin ce jour-là !
— C’est vrai, m’en souvenais-je.
Je me relevais pour évacuer mes déchets.
— Tu devrais aller prendre une douche que je puisse évaluer les autres plaies et te mettre de la pommade antidouleur.
Il disparût docilement dans la salle de bain. Il se faisait tard et une sensation de faim commençait s’installer. J’ouvrais instinctivement le réfrigérateur. Mise à part quelques bouteilles de bières éparpillées, rien n’était susceptible de calmer ma fringale. Je cherchais sur le net avec mon smartphone un service de livraison à domicile.
— Tu as le choix entre chinois, mexicain ou une pizza, lui demandais-je son avis en ouvrant la porte de la pièce d’eau, les yeux rivés sur mon portable.
Un nuage de buée s’engouffra dans les restes du studio.
— Tu comptes te laver tout habillé ? le voyais-je poirotant en regardant des litres d’eau s’évacuer sans qu’il ne soit dessous.
— Je pensais que tu allais m’accompagner.
Je fronçais les sourcils.
— Tu devais vérifier les autres blessures, me manipulait-il d’un ton mielleux.
Je me flanquais à rire.
— Commence, j’arrive. Je vais commander à bouffer.
— Non, toi d’abord ! m’ouvrait-il la cloison en verre de la cabine de douche.
Un sourire narquois se dessinait sur son visage.
— Tu me fais une crise d’enfant capricieux ?
J’abdiquais en cédant à sa requête. Le regard à la limite de la perversité, il s’appuya contre la porte, bras croisés et une jambe fléchie collant la semelle de sa chaussure dans le même alignement. Il s’amusait d’avoir gagné la partie, affichant un faciès moqueur. Derrière des iris brillantes d’une lueur qui ne m’était pas inconnue, il caressa sa barbe mal rasée.
— Tu es malaisant à me dévisager comme ça, commençais-je à me déshabiller.
Je filais sous le jet d’eau, devinant sans trop de difficultés ses obscurs desseins.
— Tu es content ? le sentais-je s’approcher dangereusement.
Lui tourner le dos m’octroyais une forme de revendication à son caprice salace.
— Et moi qui mourait de faim, râlais-je faussement.
Ses doigts s’immiscèrent dans mes cheveux, remontant du bas de ma nuque jusqu’au sommet de mon crâne. Il me poussa contre la paroi du fond, me faisant presque quitter le flux brulant qui se déversait sur mon corps dénudé. J’apposais la paume de mes mains de chaque côté de mon visage, un réflexe tentant tant à éviter le choc du plastique froid du revêtement qu’à retenir le poids de son corps. Sa bouche effleura mon épaule un bref instant, le temps de sentir ses dents s’enfoncer délicatement dans ma chair.
— Tu vas souffrir, anticipais-je en songe.
Bloquée dans sa prise, je gardais cette position me forçant presque à subir une fouille corporelle complète. Ses mains remontèrent de mon ventre jusqu’à attraper mes seins qu’il serrait à l’instar de deux fruits mûrs, cherchant à en extraire le jus. Entre caresse et douleur, il me faisait découvrir l’étendue de son excitation sur la peau de mes fesses.
— Tourne toi, me susurrait-il au creux de l’oreille.
Je m’exécutais, succombant au désir qu’il me provoquait.
— Tu es incorrigible !
Ses bras musclés m’encerclèrent complètement et je me suspendais à son cou. Attirée comme un aimant vers sa bouche, j’en oubliais les torrents se déversant sur nos deux visages. Entre sa salive et les gouttes nous éclaboussant, il dévorait ma langue.
— C’est toi que je vais corriger, me promettait-il d’allier luxure et romantisme.
Il attrapa mon cou d’une seule de ses mains, tandis que l’autre soulevait ma cuisse en la faisant glisser sur sa hanche. Il me tira violemment vers lui et se frotta entre mes jambes tel un animal en rut. Je me cabrais et l’accompagnais dans son mouvement. Très vite, dominée par mes pulsions, je le suppliais d’éteindre le feu qui consumait mon bas ventre.
— Tu n’as plus faim on dirait, se moquait-il de mon ardeur.
— Ho si ! aidais-je son sexe à prendre place au fond de moi.
Il souleva mes fesses, m’empalant définitivement sur l’objet de ma convoitise. Je laissais échapper un gémissement plaintif. M’aidant tant de mes bras enlacés autour de ses épaules que de mes cuisses cramponnées à ses hanches, je me laissais balancer au rythme de ses coups de rein. Ses doigts se resserrant sur le bas de mon dos augmentaient la puissance avec laquelle il me pénétrait. Je gémissais à en perdre haleine.
— Je vais jouir ! le prévenais-je de mon orgasme imminent.
Il ne devait pas en être très loin non plus, le sentant presque convulser en moi. Il nous était impossible de reprendre notre souffle et néanmoins, aucun d’entre nous ne se voyais ralentir aux portes de l’extase. Nous explosion tous deux dans un tourbillon de plaisir simultané. Nous accordions à l’unisson ce cri de lamentation qui accompagna notre jouissance. Je me laissais glisser le long de son corps, le sentant doucement quitter le mien.
— Tu ne devais pas vérifier mes contusions ?
Je quittais la pièce, attrapant une serviette au vol. Mes jambes tremblaient autant que lorsque des années plus tôt je terminais une séance de sport intensive.
— Tu es guéris ! dissimulais-je une certaine forme d’admiration quant à sa performance.
J’eus quand même droit à ma pizza et une bouteille de vin à laquelle nous jetions un ultime sort. Malgré qu’il essaya de réitérer son exploit avant de dormir, je m’écroulais de sommeil au bout de quelques minutes, assommée par l’alcool et la fatigue accumulée.
Le lendemain matin, je me levais la première et fouillais la cuisine à la recherche de ce qui pouvait ressembler à du café de près ou de loin. Je tombais sur un bocal de café soluble. Transformé en bloc après probablement un long séjour enfermé dans le garde-manger, j’en grattais la surface avec une cuillère quand Toni daigna quitter le lit.
— Qu’est-ce que tu fabriques ? me regardait-il m’énerver.
Il m’embrassa sur la tempe.
— J’essaie de nous faire du café !
N’y arrivant, je balançais ce maudit bocal dans l’évier. Même le choc n’émoustilla aucunement son contenu.
— Tu es stressée de retrouver Mia ? s’inquiétait-il de ma nervosité.
Je reprenais le flacon, m’évertuant à nouveau à essayer de décomposer ce caillou de caféine nécessaire à mon équilibre mental.
— Non, je suis stressée à l’idée de ne pas la retrouver justement.
Il m’arracha mon casse-tête des mains et ouvrit le robinet. Recouvrant le café d’une certaine quantité d’eau, il secoua énergiquement le bocal recapuchonné. J’en versais le contenu dans une tasse et le réchauffais au micro-onde. Je grimaçais à la première gorgée.
— C’est comment ? se flanquait-il à rire.
Je le renversais dans l’évier.
— Infecte !
— Viens ici, me prenait-il dans ses bras.
Je l’enlaçais collant de sueur. La température extérieure devait déjà frôler la canicule dès le lever du soleil et ce petit studio non aéré nous cuisait littéralement à petit feu. N’ayant l’esprit à ça, j’évitais de lui proposer de nouveau une douche.
— Si tu allais te préparer et que nous allions la chercher, on pourrait ensuite…
Il stoppa net.
— Se balader ? poursuivais-je sa phrase.
Il ne répondait pas, se rendant probablement compte de la bêtise qu’il s’apprêtait à dire.
— Tu oublies que je suis une fugitive sans papiers, soupirais-je dépitée.
— Ça va aller, un jour à la fois, me réconfortait-il.
Sans rien avaler, nous prenions la direction de la marina. Reprendre la voiture de Maria me rendit nostalgique, me remémorant nos sorties, nos fous rires et nos cachoteries entre filles.
Saviez-vous que le nerf olfactif était celui qui possédait la plus grande mémoire cellulaire ? Il nous suffit d’un seul et unique contact pour en garder un souvenir à vie. Me retrouver là, submergée de son odeur encore présente me bouleversait émotionnellement. Le trajet me parut moins long que la dernière fois.
— Je suppose que te demander de te taire… ?
Je fronçais les sourcils sans répondre.
— Oublie ça, en concluait-il à mon mutisme et mon langage corporel.
Je ne pus m’empêcher de pouffer. Javier nous reçut sans tarder.
— Toni ! Viens, je t’attendais.
Une impression de déjà-vu désagréable titillait mon intuition.
— Puis-je vous servir quelque chose à boire ? Je me suis rendu compte que la dernière fois j’avais omis ce détail et failli à mon hospitalité.
Nous restions debout, mais je pouvais sentir le plancher vibrer sous mes pieds, malmené par la tension qui envahissait mon homme en présence de cette ordure.
— Rends moi ma fille Javier, qu’on en finisse, éludait-il sa proposition de nous désaltérer.
— Bien entendu, mon ami, souriait-il faussement.
Il attrapa une pile de documents sur son bureau et les tendit à Toni.
— C’est quoi ça ? s’impatientait mon taureau en commençant à gratter le sol de son sabot.
— Ça, c’est le hic, marmonnais-je dans mes dents.
Toni se retourna sur moi, accusateur de n’avoir réussi à la mettre en veilleuse et approbateur qu’une nouvelle fois je sois dans le juste. Je soupirais en secouant la tête. Je pouvais lire dans son regard un « tu avais raison » dissimulé.
— Ne le prend pas comme ça, Toni, se réjouissait-il. Un service en vaut un autre, non ?
Il parcouru à toute vitesse les documents remis par Javier.
— La perte si soudaine d’un ami comme Hector a laissé un grand vide sur mon compte en banque. Tu finis son travail, et chacun reprendra sa route.
Je voyais Toni hésiter, mais avions-nous réellement le choix ? Jamais il ne nous aurait rendu notre fille si mon homme lui avait tourné le dos.
— Bien évidemment, la commission qu’il devait recevoir te sera entièrement octroyée.
À ma stupéfaction, il chercha mon approbation d’un coup d’œil. Il connaissait ma position quant à cet homme et ses agissements mais au risque de me répéter, avions-nous réellement le choix ?
— Je te soutiendrai quoi que tu décides, m’efforçais-je d’articuler à contre cœur.
— Ta femme peut rester ici avec sa fille, elle sera mon invitée pendant ton absence.
Mon homme se flanqua à rire convulsivement.
— Elle vient avec moi ! exigeait-il.
Il s’apprêtait à quitter le bateau mais il poussa un dernier rugissement.
— Et tu lui trouves des papiers ! Je t’appelle ce soir pour les modalités.
Il traversa le pont à toute vitesse, furibond, tandis que je le suivais au pas de course. J’étais dévastée et intriguée par ses nouvelles fonctions mais attendre qu’il se calme me semblait la seule option. J’avais ressenti le sol trembler, le tonnerre gronder telle une catastrophe naturelle dévaster tout sur son passage mais la sérénité dont il faisait preuve sur le chemin du retour me démunissait d’autant plus. J’osais à peine ouvrir la bouche et encore moins le fixer. Je concentrais mon attention sur le paysage défilant à toute vitesse du côté passager du véhicule.
Le visage collé à l’armature métallique du cadre de la voiture, j’adoptais inconsciemment une posture de détachement face à la situation. « Le calme avant la tempête », une expression qui prenait tout son sens à mes yeux en cet instant précis. Je me visualisais au pied d’un volcan en éruption et plus les minutes s’allongeaient sans entendre le son de sa voix, plus j’anticipais la puissance de l’explosion. « Il faut toujours se méfier des silences » avait un jour prononcé un célèbre vulcanologue.
J’hésitais à notre arrivée à lui chiper les clefs de la bagnole et aller me poser sur une plage quelconque ou m’enfermer dans la chambre. Je ne cherchais pas à fuir mais à chérir un moment de solitude qui me faisait défaut dans ce trou miteux que nous retrouvions à contre cœur. Je m’isolais dans la salle de bain, prenant une douche de longue durée. Ma fille, je n’avais même pas pu l’entrevoir cinq minutes. Je me sentais dévastée, seule, sans personne auprès de qui trouver du réconfort. L’eau de ville jaillissant de la pomme de douche emportait sur son passage la rivière de mes larmes amères.
— Qu’allait-il à nouveau advenir de nous ? me questionnais-je désespérément sous le flot fumant des éclaboussures sur ma peau blafarde.
Cet endroit qui, la veille, était encore empreint de notre passion devenait un désert aride d’exil. Je cherchais une aide spirituelle dans les vapeurs qui emplissaient la pièce exigüe, sans en percevoir un infime signe. Sans les immerger, le bout de mes doigts ridés me fit comprendre le temps qui avait défilé sans que je ne m’en rendisse compte. À moitié essuyée, j’enfilais un pyjama attrapé au vol dans ma valise.
Il s’était assoupi sur le canapé quand je décidais de m’allonger seule sur le lit. Nous n’étions pas à la moitié de la journée et je ne voulais qu’une seule chose, qu’elle finisse. M’endormir, l’occulter, espérer qu’elle n’ait jamais existé et me réveiller en dissipant le brouillard d’un mauvais rêve. Épuisée psychologiquement à force de ruminer, je me déconnectais à mon tour de la réalité.
Il faisait déjà nuit lorsque je reprenais conscience. L’obscurité avait remplacé les rayons lumineux filtrant par la fenêtre. Assis à côté de moi, il me regardait dormir.
— Ça fait longtemps que tu es là ? posais-je ma tête sur son ventre.
— Un moment.
Il glissa ses doigts dans mes cheveux.
— Tu as eu Javier au téléphone ?
— Oui, fut sa seule et unique réponse.
Je me relevais en espérant une suite à son récit.
— Viens ! me faisait-il l’enjamber et le chevaucher.
— De quoi s’agit-il ? tentais-je timidement d’avoir une explication.
— Il veut que j’arrive à convaincre les clients d’Hector de traiter avec lui.
Je fronçais les sourcils.
— Seul ?! je secouais vigoureusement la tête.
Il essaya de parler mais je me braquais.
— C’est de la folie ! Je te rappelle qu’Hector avait des hommes derrière lui !
— Calme toi, essayait-il de me raisonner en m’enlaçant.
— Tout est de ma faute, culpabilisais-je d’avoir rayé Hector du chapitre de notre vie et d’en faire payer les conséquences à l’homme que j’aimais plus que tout.
— Je serais mort si tu n’avais pas pris cette décision. Et pour ma part, ce n’est pas ce travail qui me fait le plus peur.
— Explique toi, m’inquiétais-je d’avantage en me détachant de son emprise.
Son regard me brûla la rétine dans un silence glacial.
— J’ai eu peur que tu fasses tes valises.
Je me flanquais à rire nerveusement.
— Comment peut-on être si intelligent et con en même temps ?
Je me relevais subitement, colérique.
— Attend ! me saisissait-il violemment par le poignet.
Je rageais, sentant mon sang bouillir dans mes veines.
— Tu te moques complètement d’affronter ces mafieux seul mais tu t’inquiètes que je me barre. Il te faut quoi comme preuve pour que j’arrive à gagner ta putain de confiance ! hurlais-je hystérique.
— Bébé…
— Laisse-moi ! le pointais-je du doigt en dégageant brutalement mon bras.
Je me rhabillais en attrapant mes fringues au hasard dans le capharnaüm que j’avais mis dans ma valise.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Il restait calme, assis sur le bord du lit en me regardant agir comme une folle défoncée aux amphétamines.
— Je me casse, tu le vois non ?
— Et tu comptes aller où ?
Évidemment, poussée par l’adrénaline, je n’y avais pas songé. Sa remarque judicieuse me mis encore plus hors de moi.
— J’ai perdu ma fille, mon travail, mes papiers par amour pour toi, je te rappelle !
Furieuse, je me dirigeais vers la sortie. D’une force presque animale, il me força à me détourner de la porte en m’agrippant par l’épaule.
— Tu n’iras nulle part ! me crachait-il au visage.
Il colla brutalement mon dos contre celle-ci en enserrant ses doigts autour de mon cou. Des larmes coulèrent le long de mes joues, un trop plein d’émotions s’évacuait derrière un masque qui reflétait la frayeur de son geste. S’en rendant compte trop tard, il me lâchât presque automatiquement. Il fit un tour de clé et enfouissait celle-ci au fond de sa poche. Je le repoussais et courrais en direction de la chambre, je tirais le verrou pour m’y enfermer. Je fixais la porte tremblante, la bouche couverte de la paume de la main.
— Comment avons-nous put en arriver là ? me demandais-je en reprenant doucement mes esprits.
La poignée s’abaissa.
— Bébé, ouvre la porte, prononçait-il sereinement.
Je sautais sur le lit.
— Non ! criais-je en secouant la tête.
— Arrête tes bêtises, tu sais que ce verrou ne m’empêchera pas de rentrer.
Il mit un coup dans la porte d’une violence soutenue, mais suffisante pour me faire tressaillir. Qu’il accorde sa confiance à des personnes comme Fernando, qui n’avait pas hésité à le poignarder dans le dos à la première occasion me provoquait un sentiment de rancœur démesuré. Même si je trouvais ma réaction un tant soit peu disproportionnée, je savais pertinemment que son comportement envers moi en découlait et qu’il s’apprêtait à m’en faire payer le prix. Décidée à ne pas le laisser me contrôler, je campais sur mes positions en restant isolée de lui.
Le calme semblait revenu dans la pièce d’à côté. Je n’entendais âme qui vive. Ayant dormi une partie de la journée, je passais mon temps à ruminer et m’ennuyer allongée sur le lit. Un fracas assourdissant me fit bondir en position assise. Dans un nuage de poussière de sciure de bois, il se tenait adossé à ce qu’il restait de l’encadrement de porte. Les bras croisés et le regard vide, il me dévisageait. Je me pinçais les lèvres pour ne pas rire.
— C’est vrai qu’il est complètement barje, en fait, songeais-je à ces mots prononcés durant mon séjour en prison.
Nous avions eu l’explosion pyroclastique, il ne manquait que la dernière étape. Le voir dans cet état abolissait presque ma colère. Entre phéromone et testostérone, la seule éruption que je désirais de lui se situait entre mes cuisses.
— Emilio risque de ne pas apprécier, me moquais-je de son acte destructeur.
— J’en ai rien à foutre d’Emilio, grimpait-il sur le lit.
Je me retournais pour le chasser de mon champ de vision.
— Oui, c’est vrai, j’oubliais que tu préfères accorder du crédit à ceux qui ne le mérite pas, alliais-je subtilement le sarcasme à la boutade.
— Je suppose que tu parles de Fernando ?
— Qui d’autre ?!
Il me colla. Je ne bougeais pas d’un poil, me forçant à garder une attitude froide envers lui.
— Embrasse-moi, me susurrait-il au creux de l’oreille en essayant de me faire fondre.
— Résiste Malau ! m’encourageais-je à ne pas céder si facilement.
Il glissa sa main sous mon T-shirt et caressa mon ventre du bout des doigts. Je me flanquais à rire sous ses chatouillements en saisissant sa main et me retournant. Fébrile, il plongeât sa bouche sur la mienne et engouffra sa langue férocement jusqu’au fond de ma gorge.
— Tu as bu ! le repoussais-je en sentant son haleine alcoolisée.
Je soupirais bruyamment. Il avait à nouveau réussi à me mettre en rogne.
— Deux fois sur la même soirée, tu t’améliores ! le félicitais-je ironiquement.
Il enfouissait son visage dans l’oreiller.
— Mission avortée ! me relevais-je du lit comme une furie.
Nous avions échangé nos places. Moi sur le canapé, tandis que lui squattait le lit. Au bout d’une dizaine de minutes, je m’endormais enfin. Un repos qui fut de courte durée.
À l’étroit dans ce minuscule fauteuil, les micro sommeils se succédaient. L’espace restreint m’empêchant de gesticuler à ma guise, je m’éveillais à chaque changement de position. Je capitulais à le rejoindre. À pas de loup, je me faufilais sous l’unique drap qui suffisait à nous couvrir étant donné les températures extérieures supérieures à la normale. Il dormait profondément, probablement anesthésié par les vapeurs d’alcool qu’il avait ingurgité. Persuadée que ma présence été passée inaperçue, je soupirais de me résigner à le prendre dans mes bras. Tout ce temps séparé à ne rêver que de cette place et devoir gâcher ce moment à cause d’une dispute.
— Quelle ineptie ! prononçais-je à voix haute.
Il me prenait dans ses bras. Serrant les dents, je grimaçais à l’idée de l’avoir éveillé.
— Que trouves tu stupide ? me faisait-il comprendre qu’il m’avait entendu.
— Cette dispute, lui répondais-je honteusement.
— Je suis d’accord, resserrait-il son étreinte.
Il colla son front humide contre ma joue et chercha mon approbation à un baiser langoureux.
— Je n’ai pas fait que des choses bien dans ma vie, avouait-il quelque chose que je savais déjà.
Il déporta tout le poids de son corps sur le mien.
— Je ne veux pas que tu sois mon retour de flamme, glissait-il sa langue dans mon cou.
— J’ai vu le pire en toi et je suis toujours là.
Il disparut sous la mince couche de tissus de mon pyjama. À la limite de la douleur, ses dents effleuraient la pointe de mes seins qui réagissaient instantanément.
— Je suis tendu ce soir, j’ai besoin de toi, murmurait-il en remontant à la surface.
Je passais ma main le long de son dos jusqu’à sa nuque, pensant le réconforter d’un câlin. Je l’entendais presque sourire à ma naïveté. Il se mit à malaxer ma poitrine vigoureusement.
— J’ai besoin que tu écartes tes jambes, me précisa-t-il usant de son tact habituel.
Il se frottait rudement contre mon corps, anéantissant toute chance de lui échapper.
— Déshabille toi ! m’ordonnait-il en s’exécutant lui-même à cette tâche.
— Quel romantisme ! lui faisais-je gentiment remarquer.
Quelques secondes plus tard, j’accueillais sa main entre mes cuisses. Ses doigts s’enfoncèrent en moi sans aucune retenue.
— J’ai pas envie d’être romantique, je veux que tu cries.
De la façon dont il me touchait, je ne tardais pas à lui donner satisfaction. Excitée, j’entendais le bruit d’un enfant s’amusant dans une flaque d’eau à chaque pénétration. Il commençait à haleter juste en me caressant. J’inondais sa main pour son plus grand plaisir. Il se redressa, me laissant nue, en position de le recevoir. La lumière de la lune envahissait la pièce qui paraissait presque aussi claire qu’en plein jour. Il enleva son t-shirt, me dévorant d’un regard lubrique. Je frôlais son sexe à travers son jean. Il s’en fallait de peu pour que son érection ne fasse exploser la fermeture. Jamais encore, je ne l’avais vu dans un tel état de tension. Il se laissa retomber sur moi aussitôt s’être dénudé.
Anticipant la douleur qu’il s’apprêtait à m’infliger, mes ongles se crantèrent dans le matelas. J’étouffais mes gémissements à l’intérieur de sa bouche salivante le sentant s’immiscer au fond de moi. Mon corps se cabra sous la puissance de son intrusion.
— Personne ne te la mettra aussi bien que moi.
Je lui répondis par des cris orgasmiques. L’intensité de son va et vient me plaçait dans un tel état de trans que j’en occultait tout ce qui nous entourait. Son corps s’alourdissait et tandis que ses gémissements se calquaient sur les miens, je le sentais ralentir. Ce signe ne trompait pas sur sa jouissance imminente.
— Bébé, je n’ai pas calculé mon cycle, lui faisais-je comprendre qu’il était préférable de sauter du train en marche.
Le bas de mon ventre se tendait à son tour.
— Impossible que je l’enlève, j’aime trop ça quand ton sexe aspire le mien quand tu jouis, me dit-il d’une voix saccadée en m’administrant le coup de grâce.
Nous restions dans cette position durant quelques minutes, comme paralysé par la décharge d’hormone que nous venions de subir. Exténués, nous nous endormions nus et suants.
À peine éveillée, je filais sous la douche, contrainte sanitaire inéluctable. Soulagée du poids de notre différent de la veille, j’envisageais l’avenir un peu plus sereinement. Ma fille me manquait terriblement et si nous devions faire face à de nouvelles difficultés afin de la retrouver, ce serait à deux. Ce sentiment renforçait ma détermination. Une serviette de bain nouée autour du corps, j’épongeais mes cheveux dégoulinants. Un rapide coup d’œil en direction du lit vide me fit le chercher. Difficile de perdre son amour dans un endroit si étriqué. En deux seconde et quelques dixièmes, j’en déduisais qu’il était sorti. Je me remettais à fouiller les armoires de la cuisine en espérant qu’un petit déjeuner correct y soit poussé durant la nuit.
— Il y en marre, claquais-je la porte de l’armoire.
Vêtue d’une robe légère et abandonnant ma tenue de camouflage, je filais à la superette la plus proche. Située à quelques rues, je ne risquais pas grand-chose et comme Toni me l’avait signalé, aucun flic ne se risquerait à trainer dans le coin. J’achetais principalement de quoi manger et du café en format industriel. Quelques produits de soins corporels s’y ajoutaient obligatoirement.
Presque flottante et vibrante de me sentir enfin libérée du fardeau de ma propre cage, je rentrais les bras chargés d’un énorme sac en papier. À la différence de l’Europe, le concepteur des sachets dont étaient fournis les magasins avait dû ignorer l’utilité des poignées de maintien. D’un autre côté, qu’ils en soient pourvus auraient probablement posé des soucis de solidité. Bizarre pour un état semblant se foutre complètement de l’écologie de ne trouver que du papier recyclé comme réceptacle.
Les yeux écarquillés sur mon sourire dévastateur, je retrouvais mon homme patientant mon retour sur le pas de la porte. Un groupe de jeunes me siffla au loin, ce qui fit grogner une nouvelle fois mon héros. Il me fit passer devant, gardant un œil moralisateur sur eux.
— C’est des gosses, bébé !
Il marmonna dans sa barbe en m’arrachant le paquet des mains. Je grimpais l’escalier quatre à quatre, imaginant le litre de café qui s’écoulerait d’ici peu dans ma gorge.
— Je rêve ou tu mattes mes fesses, me retournais-je pour voir s’il me suivait.
Je me flanquais à rire.
— Moi aussi je suis un gosse ! me répondait-il aussi vite.
Arrivée sur le palier, je senti sa main caresser les formes de mon arrière-train. Je filais vers le percolateur.
— Tu étais obligée de sortir, hein ?
— Si je passais une nouvelle journée sans ça, j’aurais pu assassiner quelqu’un ! lui montrais-je le Saint Graal de mes achats.
Je me plantais devant la machine, m’enivrant de la saveur épicée de son arôme qui s’échappait au fur et à mesure que les gouttes tombaient dans la cafetière.
— Et toi ? Tu es sorti bien tôt ce matin.
Son silence m’inquiéta.
— Mais tu es incorrigible ! le surprenais-je encore à avoir des pensées obscènes en fixant mon cul.
Il me souleva pour m’assoir sur le minuscule plan de travail de la cuisine, juste à côté de l’évier. Remontant ses mains de mes cuisses jusqu’à mes hanches, je l’interrompais.
— Attend, passe-moi le sac de course.
Il s’exécuta sans rechigner. Je le fouillais minutieusement et en ressortais un flacon de gel douche et un déo. Il se mit à rire en les attrapant et prit la direction de la salle de bain.
— Jette un œil sur les papiers sur la table, me lançait-il un regard tant amusé que désillusionné.
J’attrapais la liasse de documents en savourant ma première tasse de café. N’ayant pu patienter que le percolateur ait terminé son travail, je grimaçais au goût corsé du breuvage. Concentrée, je lisais et relisais.
— C’est une blague ?! murmurais-je en visualisant la pièce pour en vérifier son absence.
J’avalais d’une traite l’entièreté de ma tasse.
— Pas assez fort, poursuivais-je mon monologue en me relevant pour me resservir.
— Alors ? sortait-il de la salle d’eau une serviette nouée à la taille.
J’attrapais une deuxième tasse pour lui.
— Ben ce sera le Mexique tout compte fait. Faut croire qu’on était destiné à y aller.
Je lui tendais son café, et il semblait figé sans expression.
— Et c’est tout ce que tu as retenu ?
— Non, mais ce n’est qu’un papier, n’est-ce pas ?
À ce moment, il ne fallait pas être médium pour constater que ma réponse ne lui convenait pas. Javier m’avait dégoté une nouvelle identité et nous nous retrouvions marié, officiellement et administrativement.
— Heureux que ça te fasse cet effet, grognait-il en déglutissant son café encore fumant.
Il déposa brutalement le récipient sous mes yeux, me faisant légèrement sursauter.
— C’est juste une nouvelle identité, essayais-je de me dépêtrer de cette situation embarrassante.
— Bien sûr ! disparaissait-il dans la chambre.
— Bébé… l’appelais-je doucement affublée d’un sentiment de culpabilité.
Plus j’essayais de m’expliquer, plus l’impression de m’enfoncer grandissait.
— Ça n’a aucune valeur, je veux dire.
Je m’approchais de lui lentement.
Sa façon de revêtir ses vêtements si énergiquement ne dénotait rien de bon.
— Aucune valeur ! prononçait-il à son tour en secouant la tête.
Il continuait à s’habiller, sans lever les yeux dans ma direction.
— Tu débarques avec un vulgaire bout de feuille, obtenu de la main du kidnappeur de notre fille, tu t’attendais à ce que je saute de joie ?
— Un vulgaire bout de papier sans valeur, recommençait-il à jouer les perroquets sans cervelle.
Je m’énervais à mon tour.
— Tu vas répéter tout ce que je dis ?
J’arrivais enfin à capter son attention.
— Le temps que tu prennes conscience des conneries que tu débites… Il laissa un blanc. Probablement ! affirma-t-il en guise de réponse.
Je réfléchissais, pour la première fois depuis longtemps, je tournais ma langue en essayant de trouver les mots justes.
— On n’en a vraiment jamais parlé, je ne suis pas contre le principe. C’est juste la forme qui me dérange.
Je m’asseyais sur le lit, l’invitant à me rejoindre.
— C’est-à-dire ? me laissait-il une chance de m’expliquer.
— Je n’ai jamais voulu un mariage de princesse mais au moins un passage devant un prêtre, ce genre de chose.
Il s’installait à côté de moi, silencieux.
— Si je ne dois dire « oui » qu’à un seul homme, ce sera toi. J’en suis certaine. Mais une seule fois et en bonne et due forme.
Aucun mot ne sortait de sa bouche. Je poursuivais, choisissant un ton apaisant. J’espérais qu’il laisse filtrer une quelconque émotion que je puisse décoder, mais il n’en fit rien.
— Quand j’ai dit sans valeur, je ne parlais pas de mon cœur mais de mon âme. Sans valeur au regard de Dieu, si tu préfères, clôturais-je ma défense.
Il se releva tout aussi muet et disparu. Je compris qu’il sortait de l’appartement en tressaillant au claquement violent de la porte d’entrée.
— Quel caractère de merde, putain ! hurlais-je à qui voulait l’entendre.
Je restais seule plus d’une heure, peut être deux avant qu’il ne réapparaisse.
— Tu t’es changé ? remarquais-je immédiatement sa tenue différente.
— Je suis passé par la maison.
Il semblait plus calme et moins torturé que lors de sa fuite.
— Il me fallait des vêtements pour le Mexique, déposait-il un grand sac de sport sur la table basse.
— Tu veux un café ? me relevais-je du canapé.
Répondant d’un signe négatif de la tête, il me pressait.
— On a un rendez-vous, on n’a pas le temps.
Surprise par la nouvelle, j’attendais qu’il m’en dise plus mais il me demanda juste de changer de robe. Je visualisais ma valise, perdue.
— Dans quel style la robe ? quémandais-je en criant pour qu’il m’entende.
Sans réponse de sa part, j’optais pour une simple tenue dans les tons clairs, un peu passe-partout. Je me maquillais légèrement en vitesse et malgré tout, il s’impatientait.
— Ça y est ?!
Je soupirais en appliquant mon ricil et essayant de ne pas percuter mon œil. Je sortais de la chambre.
— Enfin ! Tu es…
J’eu l’impression d’assister à une scène d’animé. Il me fixait la bouche ouverte. J’imaginais sa mâchoire se décrocher et s’affaisser au sol.
— Magnifique, terminait-il sa phrase différemment.
Touchée, je rougissais. Nous nous éclipsions de notre trou en direction de la lumière. Il faisait une chaleur torride, je n’en avais pas conscience vue de l’intérieur. Le studio était si sombre qu’il y faisait plus frais naturellement.
— On va où ? ouvrais-je la vitre pour laisser entrer le vent.
— Tu verras.
Je n’essayais pas de creuser, me laissant découvrir cette mystérieuse destination. Rien que le fait de bouger de cet endroit où j’avais l’impression de prendre racine me réjouissais.
— Pourquoi tu souris en me regardant ?
— Parce que j’adore cette chemise, reconnaissais-je celle avec laquelle j’avais dormi durant des semaines entières durant son incarcération ; celle qu’il portait à notre premier réel rendez-vous ; celle brodée d’ailes sur le haut de la manche.
Nous ne roulions pas plus de quinze minutes quand il s’arrêta à proximité d’une plage.
Il m’emmène une dernière fois voir la mer avant notre départ, imaginais-je une promenade romantique apaisant les tensions de ces derniers jours.
Mon esprit s’évadait vers des pensées prohibées. Nous n’avions jamais fait l’amour sur une plage et le voir dans cette tenue m’en donnait plus que l’envie. Nous descendions du véhicule pour effectuer le reste du chemin à pied. J’attrapais sa main amoureusement. Bien que surpris par mon geste, il la resserra, enlaçant chacun de mes doigts entre les siens. J’avançais en scrutant le paysage autour de nous, sans me soucier de la ligne d’arrivée. Le bruit des vagues attira mon attention, telle une petite fille enjouée.
— Hooo ! me pétrifiais-je en me figeant sur place.
Un frisson me parcouru des mollets jusqu’au sommet de mon crâne. Je voyais une arche de fleur en bord de mer, bordée d’un petit tapis d’un rouge vermeil étincelant. Un homme en tenue solennelle y attendait en dessous, un livre à la main. Tremblante, je regardais Toni craintive.
— Quand toute cette histoire sera finie, je te promets une fête.
J’inspirais profondément.
— Je ne veux pas d’une fête, me remettais-je en route.
Nous n’avions plus de famille, ni lui, ni moi. Et nos seuls amis venaient de disparaitre. Difficile d’avoir le goût de festoyer. Au bout de quelques pas, je m’arrêtais de nouveau.
— Attend ! essayais-je de reprendre mon souffle à l’instar d’avoir couru un marathon.
Il m’attrapa par la taille.
— Je veux une promesse avant, reculais-je d’un instant l’échéance fatidique.
Il attendait.
— Stop définitivement la drogue et les putes ! ne mâchais-je ni mes mots ni mes pensées.
Il se flanqua à rire.
— Ça fait un moment déjà !
Il m’embrassa tendrement. Je senti ses pouces effleurer le galbe de mes seins.
— Pas touche ! lui mettais-je une gentille tape sur la main.
Nous recommencions à marcher.
— Déjà que ça porte malheur de voir la mariée avant, si tu la baise, on est foutu, essayais-je de trouver un peu d’humour en guise de courage.
Il pouffa. Nous étions à quelques mètres de l’autel et cet homme, représentant de l’éternel, nous regardait en souriant.
— Pour info, je ne t’ai jamais baisé, précisait-il à ma boutade en murmurant pour que le prêtre ne nous entende pas.
— Pas même hier soir ?
— Non.
À peine nous tenions devant lui, qu’il commença son sermon. Je ne portais que peu d’attention à son discours, attendant impatiemment le moment où en plus de le dévorer des yeux, on me donnait l’autorisation de me noyer dans sa salive. Il sortit une petite pochette en velours noir de sa poche et la déposa sur le livre saint. Nous nous passions chacun l’une des deux alliances au préalablement bénies.
Je n’en pouvais plus d’attendre avant de plonger mes lèvres sur les siennes, laissant le curé continuer à tenir son monologue au gré du vent. Toni le remercia en lui remettant une enveloppe et nous prîmes congé. Je regardais ma main admirative en rejoignant la voiture.
— Ce sont celles d’Abuela que j’ai fait nettoyer ce matin, semblait-il ennuyé. Je t’en achèterai une autre dès que je pourrai, poursuivait-il.
— Je n’en veux pas d’autre ! lui certifiais-je émue.
Nous nous échangions un sourire avant de grimper dans notre véhicule.
— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Il mit le moteur en marche.
— C’est la nuit de noce, non ?
J’éclatais de rire.
— Toni, il est quatorze heures !
— Ça va être une très longue nuit de noce alors.
La luxure
Chaque âme damnée se présente devant Minos afin de se confesser et, en fonction du péché, il envoie l’âme vers le lieu qu’il convient dans l’Enfer.
Dante reprend Minos, roi de Crète connu pour sa sévérité et pour son sens de la justice, des écrits d’Homère qui le plaçait dans l’Hadès comme juge des âmes.
***
Nous nous rendions ce matin-là à l’aéroport de San Juan. Envahie de nostalgie, je revoyais mon arrivée dans ce pays en traversant les couloirs en sens inverse. Légèrement angoissée aux contrôles d’identité, j’espérais que cette ordure qui nous faisait chanter en séquestrant notre fille avait fait son boulot.
Notre vol en direction de Cancun au Mexique devait durer un peu plus de cinq heures. Nous n’échappions pas à une escale d’environ deux heures à Orlando. Les documents remis par Javier semblaient convenir à notre départ et nous avancions sans encombre vers la porte d’embarcation.
— Je vais prendre un truc à grignoter, tu veux quelque chose ? m’éloignais-je un instant de lui.
Il me répondit négativement de la tête. J’achetais de quoi passer le temps durant toutes ces heures que nous avions devant nous. Sur le point de régler mes achats, je me sentis épiée. Cherchant du coin de l’œil d’où pouvait provenir cette sensation de malaise, je croisais le regard d’un douanier accompagné d’un chien. Il me lança un sourire que je lui rendis presque aussi vite.
— Quel beau chien ! noyais-je le poisson en passant devant lui.
Chargée de friandises en tout genre, je jonglais pour ne rien abandonner en chemin.
— Je peux vous aider ? se montrait-il serviable.
— Non, c’est gentil, je suis avec mon… je beuguais, ne trouvant mes mots.
Il fronça les sourcils en se retournant pour suivre la direction que je lui indiquais.
— Mari ! me mis-je à rire nerveusement.
Il devait me prendre pour une aliénée, mais j’avais réellement eu un blanc dans ma phrase.
— Nous nous sommes mariés hier, c’est encore trop frais pour que j’en ai conscience, expliquais-je en plaisantant.
Son faciès changeât, se transformant en antipathie aussitôt qu’il aperçut Toni.
— Patientez un instant s’il vous plaît ! nous retenait-il de façon autoritaire.
Interrogatif, mon homme me quémandait des explications par gestes.
— J’en sais rien, lui répondis-je de la même manière.
L’homme resta un moment en retrait parlant dans un talkie-walkie.
— Mon chien a senti quelque chose sur votre femme, je l’emmène pour une fouille au corps.
Un voile noir obscurcit l’iris de mon mari, un signal d’alarme que je perçus instantanément. Je me précipitais vers lui.
— Ne t’avise pas de poser les mains sur elle ! démarrait-il au quart de tour avant que je puisse anticiper quoi que ce soit.
— Reste tranquille bébé, geignais-je plaintivement.
Il s’en fallut de peu pour qu’il ne bondisse sur ce type qui, de toute évidence, faisait de l’excès de zèle profitant impunément de son habilitation. Le chien commença à grogner. Pas même cette pauvre bête était de notre côté et perdait à mes yeux toute sympathie.
— Je n’en ai pas l’intention, j’ai fait appel à une collègue, calmait-il le jeu avec professionnalisme.
— Sois sage mon amour, murmurais-je en suivant notre guide.
Toni m’accompagna mais semblait absent. Nous arrivions devant un petit bureau où une petite femme d’une cinquantaine d’année à la chevelure blonde décolorée et au maquillage de prostituée nous attendait.
— Un instant ! réitérait le douanier en disparaissant à l’intérieur avec son acolyte.
— Donne de l’importance à un âne, il se prendra pour un cheval ! soupirais-je en râlant de cette perte de temps.
Un regard sur ma montre me rassura sur le temps restant avant le décollage.
— Il te matait depuis que tu es rentrée dans le magasin, passait-il sa main sur sa barbe mal rasée.
— Et moi qui pensait que c’était à cause de ta tronche de bandit, essayais-je de plaisanter, histoire de détendre l’atmosphère.
La porte s’ouvrit et la blonde m’invita à entrer.
— Vous pouvez patientez ici, Monsieur, demandait-elle à mon mari de patienter.
— Si je reste ici, votre collègue sort.
Il me retient par le bras.
— C’est le protocole, Monsieur, insistait-elle.
Toni ne lâchât pas sa prise.
— J’en ai rien à foutre du protocole ! se bornait-il.
Elle repartit à l’intérieur du bureau et quelques instants plus tard, l’homme au chien ressorti. Les négociations avaient duré plus longtemps que la fouille en elle-même. Trois minutes à poirauter en sous-vêtements devant elle le temps qu’elle inspectait mes vêtements et je me retrouvais dehors.
— Si nous allions attendre devant la porte d’embarquement ? proposais-je afin de me sentir plus rassurée.
Mon homme ne put s’empêcher de sourire en vainqueur au douanier.
— Ne trouve-tu pas qu’il y a une drôle d’odeur ici ? l’interrogeais-je en nous éloignant.
— Laquelle ?
— Ça doit être la testostérone, me moquais-je de son rapport de force avec son adversaire.
Nous volions déjà depuis plus d’une heure et j’avais jeté un sort à quasi la totalité des sucreries que j’avais acheté à l’aéroport.
— Je m’ennuie, soupirais-je en regardant les nuages à travers le hublot.
Je regrettais de ne pas avoir pris un livre ou quoi que ce soit d’autre pour passer le temps dans la cabine. Mon homme écoutait de la musique et semblait somnoler. Je lui enlevais un écouteur.
— Tu sais ce que fait Tony Dize durant un vol dans un de ses clips ? lui murmurais-je sensuellement à l’oreille.
Il se moqua de moi.
— Il s’envoie l’hôtesse de l’air, riait-il.
Je faisais mine d’être vexée.
— Pas de chance pour toi, il n’y a que des stewards sur ce vol, grognais-je bougonne.
J’essayais aussi de me reposer et de m’assoupir mais rien n’y faisait. Mes pensées fusaient à mille à l’heure et ne me laissaient aucun répit.
— À quoi tu penses ? quittait-il le vacarme de ses oreilles pour meubler la conversation.
— À mon pays.
— Il te manque ?
J’hochais la tête.
— Non, du tout. Savais-tu qu’il faisait partie des plus gros exportateurs d’armes du monde ?
— En Europe ? était-il surpris.
— Oui, Égypte, Yémen, même le Mexique figure parmi ses clients.
Je semblais dépitée et continuais mes explications.
— Tu sais quand j’entendais notre ministre parler à la radio de coopération dans le domaine de la défense, à quoi je pensais ?
Il resta silencieux, buvant mes paroles. J’aimais parler de choses et d’autres avec lui. Sa culture générale et son intelligence me fascinaient.
— Violation des droits humains.
— Je pensais que vous aviez un décret interdisant ce genre de chose, avait-il vu juste.
— Hooo, oui on en a un. Mais un arrêté ministériel donne le pouvoir en la matière qu’à un seul homme.
Il voyait très bien où je voulais en venir et attendait certainement la chute d’une moralité.
— Dans une démocratie, c’est fou !
Tout ce qui me répugnait au sein de mon gouvernement se dessinait sous mes yeux comme une mère qui accompagnerait tendrement son enfant en lui tenant la main, l’incitant à faire une terrible bêtise.
— On n’est pas mieux qu’eux ! soupirais-je désolée.
— On n’a pas le choix, je te rappelle ! essayait-il de me résonner.
— Il n’empêche qu’en fermant les yeux sur ce genre de chose, on a autant de sang sur les mains que les caïds comme Javier.
À cet instant, je ne sus si c’était sa culpabilité qui le rendait aveugle ou s’il me donnait réellement tort.
— On ne fait que récolter des signatures sur des documents, tu exagères.
— C’est certainement ce que les ministres se succédant se disent aussi. Tant qu’on ne tient pas l’arme pour tirer, on a aucune responsabilité, me montrais-je sarcastique.
— Que veux-tu ?
— Que Javier paie ! Que quelqu’un l’empêche définitivement de nuire !
Je ressentais une haine incommensurable pour cet homme dont le seul pouvoir tenait sur une fortune amassée aux détriments des autres.
— Il n’a pas un centième de ton talent. Sans toi, à l’heure actuelle, il serait fini.
Il attrapa ma main tendrement.
— Récupérons notre fille et je te promets qu’après, je ferai ce qu’il faut.
Confiante, j’hochais la tête.
— Un jour à la fois, bébé, me demandait-il de me concentrer sans m’éparpiller.
— On va bientôt atterrir, attachait-il sa ceinture.
Je mimais son geste. L’avion prit un tournant, se positionnant de telle façon que seule la mer était visible par le hublot. Je ne lui lâchais pas la main, me crispant à la manœuvre de notre moyen de transport.
— J’ai une surprise pour toi qui t’attend en bas, attisait-il ma curiosité dans le but de me détendre un peu.
Nous récupérions nos bagages. J’avais emporté l’intégralité de ma valise, tandis que mon homme voyageait léger avec un unique sac de sport. Arpentant l’interminable hall, nous nous dirigions vers la sortie.
— C’est ça la surprise ? m’étonnais-je de la banalité du véhicule réservé par l’objet de mon aversion.
— Tu es toujours pressée, se moquait-il en grimpant dans la voiture.
Nous arrivions au bout d’un quart d’heure dans un petit motel retiré du centre-ville. Adolescente, je m’étais toujours imaginée un voyage de noce romantique au Mexique, de longues promenades sur les plages de sable fin et la visite approfondie de ce pays tant magique que sublime.
Nager dans les rivières souterraines du Yucatan, cette eau cristalline qui parcourt plus de cent septante kilomètres, finir la soirée en discothèque arrosée de tequila, un programme que je pouvais définitivement oublier dans les conditions de notre voyage.
Un jour peut-être, me réconfortais-je à l’idée.
Toni se dirigea directement vers une des chambres.
— On ne passe pas par la réception ? dis-je intriguée.
Il me sourit en m’invitant à entrer. Un désordre considérable régnait ici et là dans un petit salon central. Il ne me fallut qu’un court moment avant de m’apercevoir de toute évidence que quelqu’un d’autre occupait déjà la chambre.
— Emilio ! m’exclamais-je à la vision d’une figure connue.
Contre toute attente, je me montrais amicale, oubliant tous mes préjugés antérieurs.
— Tu vas bien ? Et Carol ? Les enfants ?
Je l’assaillais de questions sans lui donner, ni le temps, ni l’opportunité de répondre. Il avait dû traverser le pays laissant sa femme et ses bambins en famille pour nous rejoindre mais était bien disposé à nous aider. Cette idée me rassurait et me ravissait.
La chambre possédait deux chambres respectives et mon mari et moi emménagions dans la seule inoccupée. Bien que les retrouvailles se passèrent en toute convivialité, Emilio ne tarda à solliciter son ami de longue date.
— On a un petit problème, venait-il le récupérer à mes bras lors d’un court moment sentimental engendré par le cadre et la situation.
Toni s’éclipsa.
Comment pouvaient ils arriver à hausser le ton tout en murmurant pour que je n’entende pas ce qu’ils se disaient, râlais-je à l’idée d’être de nouveau évincée.
Je me mettais à tendre l’oreille pour décrypter leur conversation. La porte claqua violemment et je me précipitais.
— Sam ! m’enchantais-je que mes trois cowboys soient réunis.
L’équipe était enfin au complet et nos chances de réussir se décuplaient sous mes yeux.
— Tu as raison, c’est une bonne surprise, le remerciais-je de cette lueur d’espoir qu’il venait de m’offrir.
Il me répondit d’un sourire forcé que j’attribuais à la fatigue du voyage. Emilio ramena des bières du distributeur situé à proximité du bureau de réception. Nous désaltérer après ce long trajet devenait impératif. Ma présence au sein du groupe suscitait d’autre sujet de conversation que leur travail, et je m’en félicitais.
— C’est pas vrai ! s’esclaffait Emilio en observant ma main.
Je souriais fièrement en regardant Toni.
— Tu as passé le cap sans les amis ! engueulait-il mon mari.
— On a pas eu le temps, j’avais besoin de papier.
Je me rendis compte de la nouvelle bourde que je venais de commettre à l’expression faciale de mon amoureux.
— Non, le temps pour les amis, me rattrapais-je in extremis.
— Il faut qu’on parle ! se relevait Sam en défigurant Toni.
— Pas maintenant, grogna-t-il sans lever le sourcil.
Je m’étonnais du froid qu’il venait de jeter à ce moment amical.
— Si ! Maintenant ! osait-il faire preuve d’autorité.
À ma plus grande stupéfaction, il fit plier le chêne et s’éclipsèrent tous deux à l’extérieur de la chambre.
— Il y a un souci ? tentais-je de soutirer une information à Emilio qui resta muet comme une tombe.
Mal à l’aise, j’entamais un bavardage futile.
— Je suis contente que tu sois là !
— C’est gentil, je n’avais pas l’intention de l’abandonner dans la fosse aux lions seul.
Je me relevais pour reprendre un verre et je lui en tendais un.
— À vous deux, rien n’est impossible, lui lançais-je des fleurs.
— Ça n’est pas gentil pour Sam. Il fait partie de la bande maintenant, me faisait-il remarquer en riant.
— C’est pas le même, c’est lui qui a de la chance d’avoir Toni.
Il explosa de rire à ma réflexion tandis que j’écarquillais les yeux.
— Lequel de ces deux abrutis a réussi à te faire gober ça ?
— Je t’assure, à notre rencontre, j’ai dû supplier Toni de l’aider. Il devait y avoir quatre ou cinq loubards et ils l’ont immobilisé en deux temps trois mouvements.
Il ne s’arrêtait de se marrer, rigolant de plus en plus fort. Au raffut, les deux compères refaisaient leur réapparition.
— Je ne savais pas que ta femme avait un tel sens de l’humour, s’adressait-il à Toni qui ne lui prêta que peu d’attention, se dirigeant vers notre chambre.
Sam me sourit de toutes ses dents blanches. Inquiétée par le comportement de mon chéri, je lui rendis brièvement avant de pourchasser l’objet de ma préoccupation.
— Bébé, qu’est-ce que tu as ?
Je m’asseyais sur le lit, le regardant se changer.
— Je vais partir en repérage avec Emilio.
Je secouais la tête positivement en souriant. Compréhensive, je ne voulais entraver aucunement ses actions.
— Et c’est pour ça que tu te mets dans cet état ? Je sais rester seule un moment.
— Tu vas rester avec Sam.
— Et bien tu vois, tu devrais être rassuré alors.
J’eu de nouveau droit à son pincement de lèvre de tout à l’heure en guise d’approbation. J’attrapais ses fringues laissées à l’abandon sur l’édredon.
— Tu as vu, tu as déchiré un bouton de ta chemise.
J’observais attentivement l’accros tandis qu’il se préparait à partir.
— Et bien déchiré d’ailleurs, il manque un morceau de tissus. Je ne saurai pas recoudre ça, restais-je concentrée.
— À tantôt, m’embrassait-il comme un vieux couple marié depuis vingt ans.
Après un moment de réflexion et de solitude nécessaire à recouvrer mon énergie psychique, je retournais dans la pièce d’à côté.
— Je suis attitré à veiller sur toi, me balança Sam d’un ton paternel.
— Je suis assez grande pour le faire de moi-même, le cassais-je inconsciemment.
Me rendant compte de mon antipathie, je m’excusais.
— Je suis désolée, je suis tracassée par le comportement de Toni qui a subitement changé depuis notre arrivée.
Il haussa les épaules.
— Ça lui passera, il est sous tension à cause de ce soir. Me rassurait-il.
Il avait probablement raison, je devais sans doute me prendre la tête pour une futilité.
— Alors, que veux-tu faire ?
Je le fixais interrogative.
— Nous ne sommes pas en prison, qu’as-tu envie de voir ou de visiter aux alentours ?
Je ne m’étais pas posée la question, pensant attendre son retour tout l’après-midi enfermée dans ce motel et ne savais quoi lui répondre.
— Je te propose un tour au centre-ville puisque tu as des difficultés à te décider.
J’acquiesçais craintivement, j’hésitais entre mon envie d’évasion, ma curiosité envers ce pays et la peur de contrarier Toni. Le temps qu’il nous appelle un taxi, je me changeais, revêtant une tenue plus estivale digne d’une vacancière se fondant dans la masse. Je n’étais pas tout à fait prête quand notre moyen de location arriva devant le motel.
— Très jolie, me complimentait-il en m’ouvrant la portière.
— C’est pas si mal d’avoir un garde du corps tout compte fait.
Nous grimpions tous les deux à l’arrière du chauffeur. Sam lui indiqua un lieu précis et je profitais du paysage. Passant d’une cellule de prison à la garçonnière d’Emilio, je m’abreuvais littéralement d’un décor complétement différent.
— On est bientôt arrivé, m’indiquait-il à me voir trépigner d’impatience.
— On peut s’arrêter ici ? demandais-je en voyant certaines bâtisses pittoresques que je désirais prendre en photo.
Le chauffeur hocha la tête en me regardant dans le rétroviseur.
— Nous ne sommes qu’à quelques pâtés de maison de votre destination. Je vous déconseille de descendre ici, le quartier n’est pas sûr.
