Pecados capitales - Thomas Rivera - E-Book

Pecados capitales E-Book

Thomas Rivera

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Beschreibung

Malaury, jeune médecin, nous raconte son histoire trépidante en Amérique latine qui la fait découvrir amitié, amour et haine. Bercée par un sentiment d'inutilité dans sa profession et ne trouvant pas sa place dans une société trop individualiste, elle accepte un contrat temporaire loin de tout. Loin d'imaginer les lois de la rue d'une culture totalement différente de la sienne, elle doit enfreindre la plupart de ses principes. Un drame passionnel mélangeant gangs, sexe, drogue et intrigue sur la magnifique île de Puerto Rico. L'adversité est aussi au rendez-vous, et lui fait côtoyer les sept péchés capitaux, saura-t-elle les déjouer, ou tombera-t-elle dans la tentation ?

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Seitenzahl: 224

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Imprimer 2

Dédicace 4

Citation 5

Avant-propos 6

Prologue 7

1 - L’orgueil 32

2 - La paresse 54

3 - La luxure 86

4 - La gourmandise 108

5 - La jalousie 122

6 - L’avarice 140

7 - La colère 168

Remerciements 199

Imprimer

Tous droits pour la distribution sont réservés: par voie de cinéma, de radio ou de télévision, de reproduction photomécanique, de tout support de son, de reproduction même partielle et de supports informatiques.

© 2022 novum maison d’édition

ISBN Version imprimée: 978-3-903382-32-9

ISBN e-book: 978-3-903382-37-4

Photographie de couverture: Maunger | Dreamstime.com

Création de la jaquette: novum maison d’édition

www.novumpublishing.fr

La EnvidiaParte 1

Dédicace

Si te perdiera nunca te olvidaré.

Citation

Le plus difficile quand on écrit en y mettant

une partie de son âme est d’être sûr

de vouloir remonter à la surface.

Avant-propos

Chaque jour de notre existence, nous sommes confrontés à divers choix.

Ces tentations, déguisées en l’un des sept péchés capitaux, s’offrent à nous tel un cadeau de la vie.

Les réfréner engendre la frustration pouvant conduire à la folie.

À nous de trouver le juste milieu pour ne pas tomber dans l’autodestruction.

À quoi bon vivre sinon…

Prologue

Allongée dans ce lit, mon esprit se remémorait le moment où l’Europe se remettait peu à peu de sa crise du Covid.

La reprise de la routine quotidienne semblait inévitable. Il ne fallait pas en plus espérer que l’être humain soit doté d’une remise en question et tire des leçons de ses erreurs.

Encore une journée, qui, remplie de consultations bien futiles, prenait fin.

Un enchaînement de patients plus pressés les uns que les autres à se faire diagnostiquer.

Je me sentais étouffée par cette société capitaliste et individualiste.

Il m’arrivait d’imaginer une consultation type dans une centaine d’années où les patients se feraient prescrire un traitement afin de ne plus ressentir aucune émotion.

Nous étions occupés à éradiquer l’empathie sous toutes ses formes.

Tristement, je faisais encore partie des médecins qui croyaient au serment d’Hippocrate, du moins au chapitre qui parlait d’œuvrer pour le bien du patient sans lui nuire. Chapitre oublié par beaucoup de mes confrères, se sentant obligés de s’adapter à la société dans laquelle nous vivions.

Pauvre Darwin, il devait se retourner dans sa tombe.

Mais quel sentiment d’impuissance et d’inutilité quand on vous sollicite pour un diagnostic ou un traitement «à la carte» et que celui-ci ne convient pas au patient, et qu’il consulte un collègue moins scrupuleux.

Je me servais un verre de vin, une détente bien méritée après une telle journée.

Plongée dans mes pensées, j’en oubliais presque l’eau du bain sur le point de déborder.

J’emportais mon verre et mon téléphone en direction de la salle de bain.

Je recherchais dans ma playlist le nouvel album «Apostandole» de Tony Dize. Il devrait atténuer les frustrations de la journée.

Face à mon miroir, je relevais mes longs cheveux roux.

Devant les attacher régulièrement pour mon travail, ils perdaient de plus en plus leur ondulation naturelle.

Je me tapotais les joues pour les faire rosir. Je me trouvais aussi bronzée que mon évier. Heureusement que mes taches de rousseur camouflaient un peu cette pâleur.

Je partais à la recherche d’une éventuelle ride apparue durant la journée. Même si je n’avais que vingt-huit ans, je me trouvais vieillie depuis la crise du Covid. D’anciennes photos pas si lointaines ne mentaient pas.

Je rentrais dans mon bain. J’essayais de me détendre afin de pouvoir espérer passer une bonne nuit.

Je vivais seule dans une maison assez spacieuse. Je pouvais me déplacer au calme sans que la musique ne dérange quiconque.

Je me mis à penser à la lettre que j’avais reçue une semaine plutôt.

Même si l’Europe sortait doucement de sa crise du Covid, ce n’était hélas pas le cas de pays moins favorisés.

Certains pays faisaient appel à du personnel médical extérieur afin de renforcer leurs équipes fortement endeuillées.

Les offres d’emploi fusaient.

Il m’arrivait d’imaginer partir à l’aventure, de découvrir une autre culture que la mienne.

Je choisirais d’office un pays ensoleillé. Dans ma région, sur trois cent soixante-cinq jours, il pleuvait les trois quarts du temps.

Juste partir à l’autre bout du monde afin de se sentir plus utile que dans mon travail actuel. L’idée n’était pas déplaisante.

J’avais reçu une offre de ce genre, un contrat de deux ans pour l’Amérique du Sud.

Ils mettaient à disposition le logement, un véhicule et le salaire était plus qu’attractif.

Il est vrai que j’avais dû abandonner cette lettre dans un coin, je n’avais absolument pas le profil d’une aventurière.

J’avais peur de tout, je serais incapable de prendre un avion seule, je risquais même de me perdre dans l’aéroport.

Je sortais du bain devenu trop tiède à mon goût.

Je nouais une serviette autour de mon corps.

Il faisait froid pour un mois de mai et je regardais la pluie tomber par la fenêtre de la cuisine. Je restais là un moment, statique. Il m’arrivait également de me perdre dans mon propre esprit.

Première de classe en doctorat, je n’avais pas énormément de contacts sociaux, mis à part mes patients.

Je n’avais pas le temps de me faire des amis, ou peut-être n’en ressentais-je pas le besoin. Je ne devais pas être faite pour ça.

Je passais la plupart de mon temps libre la tête plongée dans des bouquins.

Je jetai un dernier regard sur mon planning du lendemain, complexe comme à l’habitude. La sonnerie du micro-ondes me sortit de ma torpeur par un léger sursaut. Mon agenda m’échappa des mains, laissant s’échapper un document.

Je le regardai. La lettre contenant l’offre d’emploi en question surgissait miraculeusement.

Cette lettre qui obnubilait mon esprit depuis une semaine.

J’avais dû y penser au moins cent fois.

Qu’avais-je en tête de me prendre pour Diane Fossey…

Peut-être voulais-je juste m’épanouir dans un endroit où je me sentirais à ma place.

Les seules barrières qui me bloquaient étaient celles que je m’étais créées.

La nuit promettait encore d’être longue si je continuais à cogiter de la sorte.

Après tout, c’était un peu comme des vacances prolongées.

Bien que la destination ne fut pas précisée clairement, j’avais une chance sur deux d’y trouver la mer et des palmiers.

J’adorais la mer. Depuis ma plus tendre enfance, je pouvais passer des heures à la regarder sans m’en lasser.

Peu importe la journée que j’avais passé, peu importe mon état d’esprit, elle me ressourçait. Je me sentais apaisée face à cette immensité si mystérieuse.

J’en ressentais tellement le besoin qu’il m’arrivait de faire plusieurs heures de route juste pour m’y poser.

Je partais rarement en vacances mais je recherchais toujours sa présence.

Maîtrisant l’anglais et l’espagnol je choisissais toujours une région adaptée.

Si je partais, la langue ne serait pas une barrière.

Je me sentais un peu idiote de ne pas profiter de l’opportunité, juste par peur.

N’étais-je pas différente des personnes qu’il m’arrivait de critiquer au sein de cette société, tellement soumise à la routine et m’étouffant dans un sentiment de peur?

Il m’arrivait de penser que l’être humain ne méritait pas sa place en

tant que race dominante de la planète. Je perdais progressivement espoir en notre civilisation.

Même avoir un enfant à l’heure actuelle me paraissait un acte cruel d’égoïsme.

Je sentais une force me pousser, une force un peu surnaturelle me poussant à accepter mon destin comme si je n’étais pas venue au monde au bon endroit.

Un mois s’était écoulé depuis ma décision de partir.

Entre le boulot et les préparatifs, ce fut assez chaotique. En premier, il fallut concrétiser les démarches administratives, le permis de séjour, le permis de travail, le passeport.

J’avais échappé à celles concernant l’équivalence de mon diplôme.

Heureusement, sinon, le laps de temps aurait été trop court.

Je partais pour la destination de la magnifique île de Puerto Rico.

Un rendez-vous fut également pris pour la vaccination contre la fièvre jaune.

Rien que la préparation des valises m’avait pris plusieurs jours.

Je dus presque entièrement me refaire une garde-robe. En effet, le climat totalement différent m’y forçait.

J’avais l’impression de partir en vacances. Cela faisait plus d’un an que je ne faisais plus de shopping. Toujours habillée en uniforme à cause de cette saleté de virus.

Je n’échappais pas non plus à un petit tour à la pharmacie du coin.

Je fis un achat industriel de protection solaire. Entre mes longs cheveux roux et ma peau blafarde, il me fallait à tout pris éviter de brûler ou de chopper un mélanome.

Je m’arrêtais également sur les répulsifs pour peau et vêtements contre les piqûres de moustiques.

Même si le paludisme avait disparu de ma destination, le risque de dengue, chikungunya et zika était encore présent.

J’avais tout préparé et envoyé par transport international.

C’est en regardant par le hublot, à travers les gouttes de pluie qui ruisselaient sur la vitre que je me remémorais toutes les étapes des préparatifs.

Je cherchais désespérément ce que j’avais pu oublier.

Ma banque avait également fait le nécessaire concernant l’échange de devises en dollars américains et le transfert de compte.

Décidément, cette pluie n’allait pas me manquer, cette grisaille, le manque de lumière, de couleur… Tout me semblait terne ici.

Je me sentais comme enfermée dans le film «Les temps modernes» de Charlie Chaplin.

J’essayais surtout de me convaincre d’avoir pris la bonne décision.

Les moteurs se mirent à gronder, nous allions bientôt décoller.

Une hôtesse et un steward terminaient leur conseil de sécurité mais je ne lâchai pas le hublot des yeux.

Mon stress montait.

J’avais lu quelque part que la plupart des accidents d’avion se passaient dans les dix minutes après le décollage et avant l’atterrissage. Je regardais instinctivement ma montre que j’avais déjà réglée sur mon nouveau fuseau horaire.

Nous étions en route pour 7062 km, en vol direct… Environ 14 h 30 jusqu’à San Juan.

Je n’arrivais pas à me détendre, je décidai d’écouter un peu de musique. Ma playlist se configurait aléatoirement, je tombais sur le clip «Permitame» de Tony Dize, ce qui me fit sourire.

Aucune chance que je puisse avoir la même occupation que lui dans son clip, mort de rire.

Bien que je me considère comme assez éclectique au niveau musical, je suis fan de reggaetons et plus particulièrement de ce monsieur. J’adorais le romantisme de ses textes et il fallait avouer qu’il n’était pas désagréable à regarder.

D’origine portoricaine, il lui arrivait d’y donner des concerts. Peut-être que la chance me sourirait.

Le reste du voyage fut sans encombre. Je ne me rendis même pas compte du passage du triangle des Bermudes, mais je ne pus fermer l’œil durant tout le trajet.

Heureusement, quelques films et deux repas plus ou moins comestibles plus tard, nous nous préparions à atterrir. Je fus soulagée, même si inconsciemment je me mis à triturer mon pendentif, ce que je faisais fréquemment dans les situations où je ressentais une perte de contrôle.

Je savais qu’une personne était préposée à me récupérer à l’aéroport et devait m’accompagner vers mon nouveau «chez moi» temporaire.

Je fus surprise par la beauté de l’aéroport de San Juan.

Je me rappelais une discussion avec une collègue, qui avait déjà voyagé en Amérique latine. Elle m’avait expliqué son arrivée dans un aéroport typique entouré de cahutes en paille.

Ici, je me trouvais dans un énorme bâtiment vitré, très lumineux surplombé d’une architecture ressemblant à une soucoupe volante.

Après cela, je m’attendais à une rencontre du troisième type, je me mis à rire toute seule.

Je suivais l’attroupement afin de sortir du couloir d’embarquement. Je désespérais de trouver ma personne de contact.

C’est alors que mes yeux s’écarquillèrent, tout d’abord sur un carton portant l’inscription «Doctor Malaury», puis sur le porteur.

Un jeune homme assez typé, avec des traits très fins, presque efféminé. Des cheveux noirs, coupés courts et coiffés vers l’arrière, des yeux et un costume du même coloris donnaient presque un air solennel à la situation.

Je souriais à l’idée qu’il sorte ses lunettes de soleil. J’aurais l’impression d’être enlevée par les «Men in black».

Je m’approchai en souriant et il me tendit une poignée de main moite et un peu mollassonne.

Décidément, moi qui ne supportais pas trop les contacts physiques, le maintient des gestes barrières et la distanciation sociale me manquaient déjà.

Il se présenta sous le nom d’Hector.

Son père dirigeait le service municipal de la capitale et il était préposé à me conduire vers ma nouvelle résidence.

Je n’avais aucune valise à récupérer mais je m’informais auprès d’Hector de la bonne réception de celles-ci.

Il acquiesça.

Nous montâmes à bord d’une Mercedes berline blanche flambant neuve et aux vitres entièrement teintées. Nous prîmes la direction du vieux Puerto Rico.

Un quart d’heure de pur bonheur, sous le soleil en longeant le bord de mer. Entre océan et palmiers, je ne savais où poser les yeux.

J’ouvrai la vitre pour profiter de la brise marine et chasser l’odeur infecte de l’eau de toilette d’Hector.

Peut-être était-ce l’anti moustique local?

Je laissais le vent caresser mon visage et faire voler mes cheveux.

Je ne pus m’empêcher de fermer les yeux pour profiter du moment. Était-ce un rêve?

La voix d’Hector me sortit de mon songe.

— On est presque arrivé, me dit-il en passant sa main dans ses cheveux.

Nous traversâmes quelques rues où chaque maison arborait une façade de couleur vive. Des enfants jouaient en toute impunité le long de notre parcours.

Des adultes et adolescents plongeaient depuis le toit d’une maison dans une piscine faite de briques tout aussi colorées.

Nous nous stationnâmes face à une palissade de bois effrité trônant face à une petite maisonnette dans un style chalet de vacances.

La façade, d’un bleu turquoise rappelant la couleur de l’océan, ne dissimulait sa vétusté. Les pignons latéraux avaient dû être oubliés par le peintre.

J’observais au moins trois fenêtres et deux entrées.

La toiture rappelait une tôle ondulée d’un abri de jardin.

Elle ne manquait pas de charme, il ne m’en fallait pas plus.

Hector me tendit les clés en me souriant.

Je les saisis sans demander mon reste. Je me sentais surexcitée à l’idée de la visiter.

Hector me suivit.

Je fus agréablement surprise de constater mes effets personnels trônant dans l’entrée.

Il y régnait une chaleur suffocante, certainement due au manque d’aération régulier.

Nous entrâmes dans la pièce principale reprenant le salon et la salle à manger. Le mobilier était rustique mais semblait fonctionnel. Le canapé, recouvert d’un drap blanc séparait la table du poste de télévision.

Je continuai ma visite. Aucune porte ne désolidarisait la cuisine du reste de la maison. Elle était équipée en électroménagers, excepté le lave-vaisselle. Une fenêtre donnant sur le côté rue surplombait l’évier.

À l’arrière de la maison se trouvait une belle grande chambre. Les volets mal fermés claquaient sur la vitre. J’entrevis en essayant de les ouvrir, le jardin. La végétation luxuriante manquait d’entretien mais rappelait les jardins de Barcelone. Il dut également y avoir une ébauche de piscine ayant souffert d’un ouragan ou une sévère sécheresse.

Une porte sur le côté droit du lit séparait la salle de bain. Je fus un peu déçue d’y trouver une douche remplaçant une éventuelle baignoire.

— Je vais vous montrer la voiture, me dit Hector en pointant du doigt une porte dérobée à l’arrière de la cuisine.

Il s’installa au volant d’une Chevrolet américaine de couleur bleu nuit terne. Il essaya de la démarrer mais aucun contact ne se fit entendre.

— Probablement la batterie, maugréa-t-il. Nous irons voir Toni au garage d’en face pour lui demander de s’occuper de ça.

Malgré le ton rassurant qu’il employait, il semblait préoccupé.

Je commençais à fatiguer, n’ayant pu fermer l’œil dans l’avion, le décalage horaire se faisait sentir.

Je demandai à Hector si nous pouvions attendre le lendemain pour cette formalité, manger et dormir étant ma priorité.

Il me conseilla une livraison de pizza avant de prendre congé.

Je dormis d’un sommeil de plomb. Entre voyage et stress je m’écroulai avant même que le soleil ne se couchât.

Au petit matin, je m’éveillais le cœur empli de motivation.

Pour mon premier jour, le planning était assez chargé. En tête de liste nous devions dénicher un magasin d’alimentation. Quelques produits d’entretien et de rénovation n’auraient pas été superflus. Je pensais déjà à l’achat d’une ponceuse électrique afin de rendre l’extérieur de ma maison plus présentable. Je dus me raisonner…

«Un jour à la fois, Malau».

Hector devait passer pour la visite du dispensaire de soins où j’étais censée pratiquer pour une période de deux ans, ainsi qu’assurer certaines visites à domicile pour les patients ne pouvant se déplacer.

J’avais hâte de commencer. Bercée d’un sentiment de satisfaction personnelle, je me sentais pousser des ailes.

Je pris une douche rapide et déjeunais pour la première fois de ma vie avec un reste de pizza.

Je gribouillais tout en mangeant une courte liste des denrées à ne pas oublier. Le café se tenait en tête de cette liste, puis venaient deux ou trois plats, de quoi tenir quelques jours.

À peine avais-je avalé ma dernière bouchée que je vis par la fenêtre de la cuisine la voiture d’Hector se garer.

Vêtu d’un jean et un T-shirt, il semblait plus décontracté que la veille.

Par contre, la même odeur fruitée et tenace le poursuivait.

Il me demanda comment s’était déroulée ma première nuit.

— Trop courte, lui répondis-je.

Il rit.

Alors que nous allions prendre la route du dispensaire, je le vis traverser le chemin en direction du garage situé en face. Il s’avançait vers trois jeunes hommes travaillant sur le parking autour d’un pick up américain de couleur rouge.

— Toni! s’écria-t-il en me faisant signe de m’approcher.

Un des trois, en salopette, ne sortit pas du dessous de la camionnette. Les deux autres, habillés en civil, relevèrent la tête du capot grand ouvert.

Celui qui donnait l’impression de réprimander ses deux ouvriers s’avança vers nous arborant un air interrogatif.

Il était vêtu d’un pantalon blanc cassé et d’une chemise du même coloris recouvrant un singlet blanc. Il replaça une mèche de cheveux châtain foncé sortie de sa queue de cheval.

Sa barbe mal rasée et ses yeux noirs lui donnaient un air peu commode et sévère.

Hector me présenta à lui comme étant le nouveau médecin de la ville.

Tandis que je m’avançais pour le saluer, Hector lui demanda de jeter un œil sur ma voiture qui refusait de démarrer. Il ne daigna même m’accorder un regard.

— Quand j’aurai le temps, maugréa-t-il en tournant les talons.

Je restai bouche bée face à cette impolitesse. Peut-être avais-je présumé un peu trop vite l’accueil de la population locale quant à ma présence.

— Pas très chaleureux, chuchotai-je en montant dans la voiture.

En démarrant, je ne pus m’empêcher de regarder dans sa direction, nos regards se croisèrent avant d’éclater en moquerie avec ses deux compères.

Sur le chemin de mon lieu de travail, Hector ayant remarqué ma stupéfaction essaya de me rassurer.

— Il ne faut pas te tracasser, Toni est toujours comme ça. Ça aurait pu être pire, déclara-t-il en riant.

Hector me confia également que de nombreux médecins étaient arrivés dans la région ces derniers temps. Mais entre le climat et les conditions de travail, ils avaient très vite tourné les talons. La population avait dû s’adapter à plusieurs praticiens en très peu de temps.

Je fus tellement absorbée par ses explications que je ne pris pas attention au trajet. En moins de dix minutes, nous arrivâmes au dispensaire.

C’était un petit local de deux pièces juxtaposées. La première servait de salle d’attente, une vitre sans teint rendait un volume supplémentaire à sa superficie plus restreinte. Quelques chaises adossées au mur collaboraient à sa fonctionnalité. Une porte en bois la séparait de la salle d’examen. Plus grande et plus lumineuse, elle comportait une fenêtre donnant sur un petit parterre de fleurs.

Le mobilier métallique blanc cassé ne cachait pas sa vétusté. Écaillée à de multiples endroits, la peinture s’effritait, laissant apparaître quelques points de rouille.

Je commençai le lendemain avant huit heures. L’enthousiasme m’envahissait déjà.

Sur le chemin du retour, Hector s’arrêta au supermarché où je fis mes premières emplettes. Je n’oubliais pas le café… en format industriel.

Il ne me restait qu’à terminer de m’installer et à nettoyer mon chez-moi.

Le regard lancé par mon voisin diabolique me hantait. J’augmentais le volume de la radio pour le chasser de mes pensées.

Le soir tomba si vite que je n’eus pas le temps de préparer le souper.

Tellement à faire en si peu de temps!

Je devais me résigner une nouvelle fois à commander une pizza.

Je filai sous la douche en attendant la livraison.

J’étais déjà en pyjama lorsqu’on frappa à la porte. À la place du livreur de la veille se tenait devant moi une jeune fille très jolie aux cheveux noirs bouclés, le teint hâlé, de grands yeux noirs pétillants. Elle essayait de compenser sa taille par le port de talons très sexy. Le rêve de tout chirurgien orthopédique. Elle me sourit en me tendant la note.

Je la fis entrer sur le palier afin de la régler.

— J’ai entendu parler de toi, tu es le nouveau docteur? me demanda-t-elle, laissant apparaître ses jolies dents blanches. Je supposai qu’à cet instant la surprise pouvait se lire sur mon visage. Elle enchaîna directement.

— Je m’appelle Maria, mon frère et mon copain travaillent dans le garage d’en face.

À ces paroles, l’espoir de conclure ma journée par un contact social positif s’évanouit.

— J’imagine, lui répondis je un peu gênée.

— Tu ne vas te nourrir que de pizza? me demanda-t-elle en riant.

En effet, cela faisait deux jours de suite que je passais commande chez eux.

Je me défendais en invoquant le manque de temps accordé pour prendre mes repères.

Directement, elle se proposa de me faire visiter le quartier le lendemain après son travail et le mien.

Elle partit en souriant et me faisant un petit signe de la main.

Peut-être pourrait-elle arrondir les angles et améliorer ma relation avec le voisinage. Je ne pouvais m’empêcher de me questionner, lequel était son frère, lequel était son copain?

Ce regard haineux me ferait cauchemarder, c’était certain.

Enfin, il se pouvait également que Maria puisse accélérer la réparation de ma voiture.

Entre le trajet vers le dispensaire et mes éventuelles visites à domicile, elle m’était plus que nécessaire.

Un peu moins éreintée que la veille, je m’installai à même le sofa pour manger, j’allumai le téléviseur.

La pizza était plus assaisonnée que la veille. Je me mis en quête de la bouteille d’eau oubliée sur le plan de travail de la cuisine. De la fenêtre, je vis qu’il y avait encore de la lumière au garage.

Peut-être était-ce vrai, le travail ne manquait pas et moi, je leur en rajoutais.

Normal qu’ils ne soient pas contents. Malgré la pénombre, j’apercevais la silhouette d’une jeune fille attendant devant la porte. La brise du soir faisait voler ses longs cheveux bouclés.

La porte s’ouvrit et je reconnus Toni qui la fit entrer.

Quelques instants plus tard, la lumière s’alluma à l’étage. Même si j’avais un peu honte de les espionner, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il s’agissait peut-être du fiancé de Maria. La fenêtre était restée ouverte et je vis leurs ombres s’entrelaçant se dessiner à travers la clarté.

J’éteignis le poste de télévision ainsi que toutes les lumières de peur qu’on me surprenne à jouer les voyeurs.

Blottie au fond du canapé, je me sentais mal à l’aise. Impossible de ne pas entendre le mobilier grincer et les gémissements de la demoiselle. Cela perdurait et je décidai de brancher mes écouteurs. Son endurance me fit rougir.

Je finis par trouver le sommeil.

Au petit matin, je me réveillai épuisée. Bien que je ne m’attendais pas à une super nuit après la journée mouvementée passée, elle dépassa mes attentes. Entre cauchemars et rêves érotiques, je m’étais éveillée plusieurs fois en sueur.

J’avais rêvé que mon cher voisin venait réparer ma voiture en pleine nuit, qu’il me prenait sauvagement sur le capot de ma Chevrolet. Son regard, identique à celui lancé lors de notre rencontre, me sortait de mon songe.

J’avalai deux tasses de café avant de filer sous la douche.

Malgré la mauvaise nuit, je retrouvai peu à peu l’excitation à l’idée de commencer mon nouveau travail.

Huit heures tapantes, je passai la porte du dispensaire. Je n’étais pas peu fière de ne pas m’être perdue sur le trajet.

Je m’installai et commençai par faire le tour de toutes les armoires.

Tout le matériel de base s’y trouvait. Je vérifiais les dates de péremption et réorganisais les étagères en attendant le premier patient.

À plusieurs reprises, je me relevais pour vérifier que la pancarte signalant l’ouverture était bien dirigée.

Je finis par me résoudre à nettoyer et à réorganiser encore et encore chaque armoire.

La journée me parut interminable. Aucun patient ne se présenta.

Je commençais à prendre peur de ressentir un sentiment d’inutilité, celui-là même qui m’avait fait quitter mon pays d’origine.

Il n’y avait aucune raison que mes prédécesseurs fuient la charge de travail et que ce soit pareil pour moi.

J’attendais que l’horloge s’arrête enfin sur seize heures. Comme une écolière attendrait la sonnerie de la fin des cours.

Je repris le chemin de mon domicile sous le soleil torride de la fin d’après-midi. Aucun point d’ombre à l’horizon sur mon trajet, je finis par ôter mon blazer. Je n’avais plus un poil de sec quand j’aperçus enfin l’intersection de ma rue. Je rêvais d’une douche à mon arrivée et mes pensées, trop absorbées par la déception de la journée ne me firent prendre attention qu’une bande de jeunes gens me barrait le passage.

Je voulus traverser afin de les contourner mais ils m’en empêchèrent. Ils me fixaient, moqueurs.

Mon cœur se serra quand je compris que l’altercation serait inévitable.

Ils étaient bien trop nombreux pour que je puisse résister à un éventuel vol. Prise de vertiges et de palpitations, je fermais les yeux alors qu’ils s’avançaient vers moi.

Je dus lutter pour n’attraper mon pendentif, il était hors de question qu’on puisse me le dérober. Il s’agissait du sceptre de Sailor Moon en or. Il avait bien plus qu’une valeur sentimentale à mes yeux. Comme la plume confiée à Dumbo pour son premier envol, je gardais sa valeur symbolique.

Enfant, lorsqu’une situation me paraissait insurmontable, ma mère me demandait d’effectuer trois tours sur moi-même comme le faisait Wonder Woman, au fil des ans, ce pendentif avait remplacé ce rituel devenu embarrassant en public. Je me sentirais complètement perdue s’il venait à disparaître.

Alors que je m’attendais au pire, un sifflement strident me fit ouvrir les yeux en sursaut.

Toni, d’un signe de la main, exigea la dispersion des jeunes gens.

Ils s’écartèrent à sa demande pour me laisser passer. J’activais mon pas, fixant le sol jusqu’au moment où je refermais ma porte derrière moi.

Encore tremblante, je me dirigeais vers mon réfrigérateur et me décapsula une Corona afin de reprendre mes esprits.

Alors que j’engloutissais ma bière en quelques gorgées, je me repassais la scène. Un fait était indéniable, Toni m’avait évité le pire. Peut-être l’avais-je maljugé…

Après tout il n’avait pas été si désagréable dans mon rêve, je puisais dans mon sens de l’humour en essayant de me calmer.

Je regardais l’heure, il était déjà seize heures quarante-cinq.