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Début 2021, Martin Rocca prend la décision de se présenter à l'élection présidentielle de l'année suivante afin de faire parler de l'état de la démocratie en France. Armé d'un projet de renouvellement des institutions, il part à la rencontre des électeurs et des élus qui ont le pouvoir de faire exister sa candidature. Sur près d'une centaine de maires rencontrés, 9 lui accorderont finalement leurs parrainages. Que pousse un jeune de 22 ans à vouloir se présenter à l'élection présidentielle ? Comment réagissent ses interlocuteurs, les élus, les journalistes ? Et pourquoi le projet ne passe-t-il pas le cap de la médiatisation nationale, qui lui aurait peut-être permit de se concrétiser ? Martin Rocca nous livre ici un véritable compte-rendu d'expérience, retour sincère sur un projet sûrement trop ambitieux.
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Seitenzahl: 172
Veröffentlichungsjahr: 2023
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PREFACE
INTRODUCTION
LA GENESE DU PROJET
A. LA VOLONTE DE S’ENGAGER FACE AU RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE
B. LA VOLONTE DE S’ENGAGER FACE AU DEPERISSEMENT DEMOCRATIQUE
C. UN ENGAGEMENT APARTISAN ET PRESIDENTIEL
D. MA CANDIDATURE
CONVAINCRE LES ELUS
A. LE SCHEMA SOURIRE-INTERET-ADHESION (1
ER
TOUR : JUIN-AOUT 2021)
B. LE CREUX DE LA VAGUE – L’ORGANISATION (SEPTEMBRE-DECEMBRE 2021)
C. LE CHOIX DU TOUR DE FRANCE
D. CONTRADICTION, FRILOSITE, HYPOCRISIE (2
E
TOUR : JANVIER-FEVRIER 2022)
FAIRE PARLER DU PROJET
A. LES RESEAUX SOCIAUX
B. LA PRESSE LOCALE
C. LA PRESSE NATIONALE
D. LES NOUVEAUX MEDIAS
E. LES ACTIONS MILITANTES
BILAN ET PERSPECTIVES
A. UN ECHEC MEDIATIQUE PLUS QUE POLITIQUE
B. COMMENT JE N’AI PAS ETE PRIS AU SERIEUX
C. LES SATISFACTIONS
D. L’URGENCE DE RECREER UN PROJET COMMUN
E. LES OBSTACLES A SURMONTER
CONCLUSION
REMERCIEMENTS
ANNEXE
APPEL A LA MEDIATISATION DES CANDIDATURES INDEPENDANTES ; TRIBUNE REDIGEE LE 27 OCTOBRE 2021
RECONCILIER LES JEUNES ET LA POLITIQUE ; TRIBUNE REDIGEE LE 12 SEPTEMBRE 2021
REPONSE A BRUNO PIRIOU, MAIRE DE CORBEIL-ESSONNES ; TRIBUNE REDIGEE LE JANVIER 2022
PRIMAIRE POPULAIRE : LE DERNIER SURSAUT DE LA VE REPUBLIQUE ; TRIBUNE REDIGEE LE 3 FEVRIER 2022
ET POURQUOI PAS ?
Introduction
I UN CHANGEMENT INÉLUCTABLE ET MONDIALISÉ
Le changement subi : le triomphe des inégalités
Le changement choisi
L’inefficacité du changement individuel
II LE ROLE DE L’ÉTAT DEMOCRATIQUE
La question des libertés
L’État face à la crise de l’environnement
Le déficit démocratique
III LA SOLUTION CONSTITUANTE
Une nouvelle constitution
La responsabilité de la France en tant qu’État
Un nouveau récit
IV COMMENT FAIRE ?
Le rassemblement autour du plus grand dénominateur commun
Le calendrier
V L’OBJECTIF DE MA CANDIDATURE
La genèse du projet
Le bon moment
Ma candidature
La naissance d’un mouvement
Et pourquoi pas ?
C’est vraiment le sentiment que je retiens de mon premier échange avec Martin et son groupe sur les réseaux sociaux. Le titre de son manifeste comportait un quelque chose de très motivant qui m’avait spontanément fait accrocher. Après avoir lu attentivement les informations que je pouvais dénicher alors sur le projet qu’ils portaient, je leur ai proposé d’être un relais pour faire parler de leur initiative dans ma région.
Nous avons rapidement convenu d’une date afin de passer une semaine chez moi, dans les Combrailles [au nord-ouest du Massif central], afin de faire connaissance et de discuter de leur projet citoyen. Ce fut une semaine d’été très vivante, riche en discussions et en rencontres avec des élus et des médias locaux.
Je présentai Martin à la maire de mon village et assistai pour la première fois à un rendez-vous en mairie à ses côtés. C’est alors que j’ai mesuré l’envergure du projet, la maîtrise que Martin en avait et la clarté de son propos. La force de conviction qui est la sienne était bien capable, à mon avis, de recueillir les cinq cents signatures d’élus nécessaires pour être officiellement candidat à l’élection présidentielle.
Le hasard voulu que ma sœur et sa compagne fussent présentes chez moi cette semaine-là. Plus intellectuelles que moi, elles furent également impressionnées par lucidité de ces jeunes et les conversations en furent largement enrichies. J’étais totalement rassuré et encore plus motivé à soutenir une telle démarche citoyenne !
Suite à cette première rencontre chez moi, j’ai proposé de transformer la caravane de mon expédition Everest 2022 en caravane « Martin Rocca, le plus jeune candidat à l’élection présidentielle. » Une fois la caravane floquée au couleur du projet, j’ai rejoint Martin sur les routes à la rencontre des gens et des élus. Certains de mes sponsors se sont inquiétés de cette campagne politique, mais c’était avant tout une campagne civique, pour la démocratie ! indépendamment de tout parti politique.
Le journal de Centre France La Montagne, qui produit régulièrement sur mes expéditions et évènements concernant la haute montagne depuis que je me suis installé dans la région, fit rapidement venir une journaliste et un photographe pour écrire un article sur Martin et son projet. Mais j’aurais aimé que les médias nationaux accordent à Martin une visibilité plus importante qui lui aurait, peut-être, permit d’obtenir les cinq cents signatures requises. Cela aura surtout aidé à intéresser et motiver de nombreux jeunes et moins jeunes dans cette période électorale qui fut si décevante.
Pour conclure cette préface que je suis honoré d’écrire pour Martin, j’aimerais souligner combien ce projet fut une si belle aventure humaine et civique. Elle a enrichi ma compréhension des mécanismes politiques, comme j’espère ce livre enrichira la vôtre. Lorsque j’en aurai terminé avec la montagne, qui m’a donné beaucoup de joie pendant cinquante ans, alors qu’elle aurait pu me prendre plusieurs fois la vie, je mettrai peut-être à profit ces enseignements pour m’engager différemment.
L’engagement de Martin, son témoignage sincère à travers le récit détaillé et critique de cette campagne extraordinaire, serviront à tous ses lecteurs. J’en suis persuadé.
Merci Martin ! A toi et tes amis.
« Candidat à l’élection présidentielle » : c’est ainsi que je me suis présenté, par abus de langage, du 9 janvier 2021 au 4 mars 2022. Je n’ai en réalité pas réussi à réunir les 500 parrainages pour officialiser ma candidature, ni même à faire reconnaître cette dernière médiatiquement.
Cette période d’engagement intense me fut pourtant profitable à bien des égards, et c’est pour en partager les enseignements que j’ai décidé d’écrire ce compte rendu d’expérience.
Au fondement de mon engagement se trouve la peur, l’angoisse de vivre dans un monde qui se dégrade. Accroissement des catastrophes naturelles, difficultés dans les domaines essentiels de l’agriculture et de l’énergie, multiplication des mouvements de migration et des conflits… telles sont les perspectives qui s’offrent aujourd’hui à l’humanité. Abreuvée jusqu’à la dépendance par une information continue sur l’état du monde, ma génération ne peut ignorer la violence de la crise environnementale dans laquelle nous entrons.
Ainsi, pour la première fois cette année m’a traversé l’idée de renoncer à avoir des enfants face à l’ampleur des conséquences des crises du climat et de la biodiversité. Pourquoi donner la vie si celle-ci s’annonce être un enfer ? Je ne cherche pas – encore – de réponse à cette question mais sa pertinence est nouvelle à mes yeux.
Fort heureusement, l’angoisse, pendant négatif de ma motivation, n’est pas le seul moteur de mon action. L’espoir y joue un rôle tout aussi grand ! L’espoir de voir se multiplier les remises en question de notre système afin de le faire bifurquer et de retrouver un équilibre écologique à l’horizon de la fin de ma vie.
Cela reste en réalité un espoir froid, un optimisme volontaire. Je comprends la volonté de nourrir un récit positif autour du « défi » que représente le changement climatique mais j’ai du mal à me retrouver dans celui-ci. A contrario, je ne me retrouve pas non plus dans les thèses catastrophistes où l’effondrement est parfois réduit à un horizon quasi-religieux.
Nous sommes aujourd’hui condamnés à vivre. Reste à tout un chacun de trouver un espoir d’équilibriste, entre l’agacement que provoquent les discours catastrophistes et l’anxiété face à la multiplication des avertissements scientifiques.
Nous ne fonçons pas droit dans un mur. La métaphore est galvaudée. Il n’y aura aucun mur, comme il n’y aura pas eu de grand soir. Je préfère imaginer l’humanité comme à l’ascension d’une montagne dont le sommet n’est pas encore visible. Jamais nous n’avons été plus haut qu’aujourd’hui. Dans les domaines de la médecine, de l’alimentation, de la lutte contre la pauvreté, de l’éducation… les derniers siècles ont vu les plus grands progrès de l’humanité.
Mais cette ascension s’est largement appuyée sur l’exploitation des ressources fossiles, exploitation qui menace aujourd’hui notre capacité à continuer de grimper. L’humanité se trouve donc condamnée à réinventer les moyens de sa progression, sous peine de voir son évolution inversée de forcepar les conséquences des dérèglements climatiques et biologiques.
Étonnement, ce projet est né en Allemagne à l’automne 2020. Je venais d’y emménager pour y apprendre la langue. Comme à chacun, le premier confinement m’avait laissé du temps pour imaginer le « monde d’après » et une phrase entendue à la radio m’était tout particulièrement restée en tête : « il nous faudrait un Covid supplémentaire tous les ans pour que l’on respecte [la limite] des deux degrés » des Accords de Paris. S’exprimait ainsi à la radio le polytechnicien Jean-Marc Jancovici, ingénieur consultant en énergie, star d’internet et coqueluche des jeunes ingénieurs à tendance écologiste. Comme souvent avec Jancovici, l’affirmation se veut ici provocatrice et permet, en un instant, de saisir l’ampleur du problème qui se pose.
Paradoxalement, je trouve cette phrase porteuse d’espoir : un retour rapide à l’équilibre est possible. Certains s’échinent d’ailleurs à le démontrer techniquement, comme le think tank The Shift Project fondé par le même Jancovici, qui vient de publier son Plan de transformation de l’économie française. Mais, pour être honnête, je ne connais pas grand-chose aux aspects techniques du problème. Ma formation scientifique se résume au baccalauréat et à quelques vidéos de vulgarisation sur internet.
En revanche, je suis convaincu que le problème n’est pas uniquement technique mais également politique : impulser ce retour à l’équilibre et, à plus long terme, faire durablement accepter les limites physiques que nous impose la nature, passe à l’évidence par une modification radicale du mode de vie de millions de personnes. Or il est évident que cette modification ne pourra pas s’appuyer sur la vertu individuelle. Comment alors faire en sorte d’impulser ce changement ?
Je n’ai pas beaucoup plus d’expertise sur cet aspect de la question mais cependant assez pour que me soit venu une intuition au mois de septembre 2020 : il ne pourra se réaliser que par l’auto-régulation démocratique des sociétés. En d’autres termes, seules des réglementations contraignantes permettront de pallier nos faiblesses individuelles, à la condition impérative que les institutions qui les appliquent bénéficient de l’adhésion éclairée d’une majorité des citoyens concernés.
A l’automne 2020, je commençai donc à coucher cette intuition sur le papier et à écrire une sorte de manifeste. J’étais aidé dans mon travail par des conversations avec mes parents ainsi qu’avec mon ami Adrien Fenniri, premier mis au courant. Adrien et moi nous étions rencontrés aux Etats-Unis un an auparavant lors d’un échange universitaire. Originaire de Normandie, il était alors en master d’affaires publiques à Sciences Po. Nous partagions un même intérêt pour la politique et échangions nos réflexions.
Et si la clé manquante de notre problème était, avant tout programme de gouvernement, la rénovation préalable de notre système politique de façon à rendre possible l’adhésion éclairée et majoritaire évoquée ci-dessus ? Et si la mise en œuvre de cette rénovation passait par le rassemblement d’une large majorité convaincue par le bienfondé de ce projet autour d’une candidature apartisane à l’élection présidentielle ? Mes cours d’allemand passèrent peu à peu au second plan alors que les pages s’accumulaient.
Dans l’objectif d’élargir la liste de mes interlocuteurs, je décidai au mois de décembre d’exposer l’esquisse du projet sur internet en passant par le canal que je connaissais le mieux : YouTube. J’ouvris donc une chaîne à mon nom et commençai à détailler le projet à l’oral, vidéo par vidéo. Je rentrai en France au printemps pour me consacrer entièrement à ce projet, repoussant mon apprentissage de l’allemand à plus tard, et m’installai à Lacanau, en Gironde, dans la maison de ma famille.
Fin avril, la première version du manifeste était entièrement rédigée et je décidai de l’envoyer à des personnalités que je jugeais potentiellement intéressées par le projet : Paul Cassia (professeur de droit), François Ruffin (député), Victor Vauquois (de la chaîne YouTube Partager c’est sympa), Dominique Méda (sociologue) … Mail sur le modèle suivant :
Cher Madame/Monsieur,
J’ai aujourd’hui 21 ans et, si je fais partie d’une génération qui se tient largement à l’écart des urnes, ce n’est pas faute de se sentir concerné par les problèmes du monde et en particulier par la crise environnementale. Mon engagement personnel se concrétise aujourd’hui par l’élaboration d’un projet politique dont j’ai détaillé les grandes lignes dans un premier manifeste de quelques pages. Au vu de vos engagements, je me permets de vous l’envoyer en pièce jointe et de vous en transmettre le résumé ci-dessous.
Votre avis me serait d’une aide précieuse et je serais très heureux d’avoir l’opportunité de m’entretenir avec vous à ce sujet.
Respectueusement,
Martin Rocca
Sur plus de cinquante mails envoyés, une petite dizaine de réponses me parvinrent, la plupart me souhaitant poliment bonne chance.
La première version du texte mentionnait une candidature « portée par un candidat adéquat au cadre en vigueur » et ma candidature n’était alors d’aucune évidence. Mais à la suite des retours de mails et de certains échanges sur lesquels je reviendrai, je pris finalement la décision d’assumer ce projet jusqu’au bout, en endossant le rôle du candidat. La version définitive du manifeste, disponible en annexe, fut terminée fin avril 2021 et imprimée en 200 exemplaires par un imprimeur de Lacanau.
Débuta alors le projet proprement dit : un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers la France dans l’optique de faire parler de cette candidature pour, ultimement, réunir 500 parrainages d’élus et offrir une alternative électorale originale à toutes celles et ceux en âge de voter.
Le présent essai a pour ambition de revenir sur l’élaboration de ce projet, sa mise en œuvre et son échec.
La question des raisons de mon engagement dans ce projet fut une de celles qu’on me posa le plus. Non seulement des journalistes mais également des curieux, des personnes rencontrées, et même mes plus proches s’interrogèrent face à ce qu’ils voyaient d’abord comme une sortie de route volontaire, bien plus que comme un projet politique à part entière.
Lors du séjour universitaire que j’ai eu la chance de faire aux États-Unis, j’ai eu l’occasion d’échanger avec une militante d’Extinction Rébellion, association internationale prônant la désobéissance civile face à l’inactivité climatique des gouvernements. Tous deux également alarmés par les conséquences du dérèglement climatique et de l’effondrement de la biodiversité, ainsi que par l’inefficacité des politiques publiques dans ce domaine, nous nous différencions par nos approches de la solution. Plus exactement, et il me fallut du temps pour m’en rendre compte, elle défendait une solution, la désobéissance civile, que je critiquais confortablement sans pour autant proposer d’alternative.
Presque un an après nos discussions je me figurais cette question qu’elle se posait peut-être : excepté critiquer son mode d’action à elle, qu’est-ce que je faisais, moi, pour aider le climat ?
De fait, pas un jour ne passe sans que ne se pose à moi la difficile question de notre avenir sur Terre, ainsi que celle, plus personnelle, de mon rôle dans cet avenir commun.
Ces questions se posent pour moi de manière d’autant plus aiguë que j’ai conscience d’appartenir à une classe privilégiée dans une nation qui l’est tout autant. Profitant de conditions de vie exceptionnelles à l’échelle planétaire comme à l’échelle française, il m’a toujours paru évident de chercher à ce que les conditions de vie dont je profite ne représentent plus l’exception.
Ces interrogations altruistes qui motivent mon engagement n’occultent absolument pas mes égoïsmes quotidiens, en particulier dans ma consommation. Comme une partie de plus en plus importante de la population française, je suis en fait un Klimabesorgte Klimasünder, un « pollueur soucieux du climat »1. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, une meilleure compréhension des enjeux environnementaux ne mène pas à une réduction de l’empreinte carbone, au contraire. Il s’avère que les personnes particulièrement préoccupées par l’environnement émettent plus de CO2 que la moyenne. Ce paradoxe s’explique : les émissions carbones dépendent en partie du niveau de revenu, qui dépend souvent, comme la conscience écologiste, du niveau d’éducation.
C’est justement cette contradiction intime qui m’a aiguillé vers une solution politique trop peu évoquée comme telle dans le débat public actuel : si la connaissance des enjeux environnementaux ne suffit pas à faire adopter un comportement vertueux par l’auto-contrainte, la conscience de cette faiblesse individuelle pourrait inciter à soutenir des acteurs politiques qui défendent l’instauration collective de contraintes écologiques.
Pour le dire plus simplement, je me sens tout à fait capable d’accepter des contraintes auto-imposées collectivement si celles-ci se font au service de l’intérêt général. Plus concrètement, je suis actuellement incapable de renoncer de moi-même à prendre l’avion ; je serais en revanche tout à fait prêt à me soumettre à une décision prise collectivement d’interdiction des vols au sein de l’UE, par exemple. Non seulement je suis prêt à m’y soumettre mais je suis prêt à voter en faveur des politiques qui iront en ce sens si elles s’inscrivent dans un projet cohérent au service du bien commun. Cet exemple illustre ce que j’appellerai le « pari démocratique. »
Certains de mes interlocuteurs n’ont pas manqué de dénoncer la faiblesse de cet axiome1, sur lequel repose l’ensemble de ce pari. Il suppose en effet un humain capable de reconnaître ses faiblesses et de s’en remettre librement à la collectivité pour les dépasser. Ce sont souvent les mêmes qui préfèrent se raccrocher à une autre vision de l’avenir, que j’appellerais le pari technologique, à l’espoir que de nouvelles technologies nous permettront de trouver un nouvel équilibre écologique. C’est un pari évidemment plus confortable, plus lucratif aussi, et pas forcément incompatible avec le pari démocratique1.
Qu’aucun de ces deux paris ne réussisse et l’avenir appartiendrait aux cyniques, à ceux qui ont préféré faire le pari du chaos et qui espèrent profiter de l’instabilité dans laquelle glisse lentement l’humanité2. Et ces derniers ne sont pas les moins nombreux.
Travailler à populariser la nécessité de ce pari démocratique pour pouvoir s’attaquer efficacement aux dérèglements environnementaux, à travers ce projet de candidature à l’élection présidentielle, m’est donc apparu comme le moyen le plus efficace de contribuer, à mon échelle, à cette lutte.
Sur un mur proche de chez moi à Leipzig, où j’ai commencé à concevoir ce projet à l’automne 2020, figurait une citation de l’écrivain allemand Erich Kästner :
Les événements de 1933 à 1945 auraient dû être combattus avant 1928. Après cela, il était trop tard. Il ne faut pas attendre que la boule de neige se transforme en avalanche pour essayer de l’arrêter. Il faut écraser la boule de neige. Une avalanche ne s’arrête pas ...3
La date de 1928 me parait un peu mystérieuse, date à laquelle le parti nazi fait 2,6% des voix aux élections législatives (contre 37,3% quatre ans plus tard), également date de publication du premier recueil de poésie de Kästner. Mais il ne s’agit pas de tergiverser sur la date exacte de transformation de la boule de neige en avalanche. Passant outre son fatalisme, je retiens de cette citation l’impérative nécessité de combattre l’extrême droite le plus tôt possible, gardant toujours à l’esprit la potentialité de son arrivée au pouvoir et l’immense difficulté de la renverser une fois installée.
Entre 1988 et 2007, à chaque élection présidentielle, Jean-Marie Le Pen a rassemblé entre 3,8 et 4,8 millions d’électeurs. Sa fille, Marine Le Pen, est passée de 6,4 millions en 2012 à 7,7 en 2018 et 8,1 en 2022. Sans même évoquer les 2,5 millions de voix pour Éric Zemmour, on peut légitimement s’inquiéter de la récente montée de l’extrême droite en France.
Tant leur programme politique que l’héritage qu’ils portent, leurs liens avec Viktor Orbán et Vladimir Poutine ou encore l’absurdité de leurs positions sur le dérèglement climatique sont déjà à l’opposé de mes convictions. Mais le danger plus réaliste que représente l’extrême droite dédiabolisée d’aujourd’hui, c’est sa volonté latente, pas toujours visible, de vider nos institutions de leur essence démocratique pour n’en faire qu’un décor institutionnel verrouillant la confiscation du pouvoir par un petit groupe.
Comme j’ai tenté de l’expliquer dans le manifeste, l’affaiblissement de l’influence populaire sur le processus de décision au fil de gouvernements de plus en plus minoritaires, le décalage de plus en plus palpable entre gouvernés et gouvernants, comme est venue nous le rappeler avec force la naissance du mouvement des Gilets jaunes, favorisent les discours simplistes, démagogues et bonapartistes qui structurent cette famille politique.
Le fonctionnement actuel de nos institutions, par la frustration qu’il crée, devient ainsi aujourd’hui l’un des leviers de l’accession au pouvoir de l’extrême droite.
