Carril mort pour la France - Emma Durringer - E-Book

Carril mort pour la France E-Book

Emma Durringer

0,0

Beschreibung

Une croix, parmi des centaines d’autres… Imaginez-vous tomber sur cette croix comme sur une bouteille jetée à la mer, qui échoue à vos pieds !
Ce récit est inspiré de la véritable histoire d’un soldat de la Première Guerre mondiale, mort pour la France.


À PROPOS DE L'AUTEURE


Emma Durringer écrit depuis l’enfance pour partager avec ses amies son imagination débordante. À dix-sept ans, elle fait la rencontre inattendue d’un soldat de la Première Guerre mondiale et lui promet d’écrire son histoire. Ainsi est né ce récit qui est par ailleurs son premier roman.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 156

Veröffentlichungsjahr: 2023

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Emma Durringer

Carril

Mort pour la France

Lettres des soldats de 14-18

Roman

© Lys Bleu Éditions – Emma Durringer

ISBN : 979-10-377-7969-4

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122- 5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122- 4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335- 2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

… Nous devrions rendre grâce aux animaux pour leur innocence fabuleuse et leur savoir gré de poser sur nous la douceur de leurs yeux inquiets sans jamais nous condamner…

Christian Bobin

Pour Wik Wik

de Tuc Tuc

Prologue

Sous la neige qui tombait à doux flocons, l’agitation présente faisait vibrer le calme de ces grands paysages blancs. Les chiens aboyaient, les loups hurlaient, les gens couraient, tous avaient quelque chose à faire qui demandait de la persévérance. Il fallait se dépêcher avant l’arrivée du Lieutenant, même par ce froid tout devait être fin prêt.

— Scotty, penses-tu vraiment que nos chiens conviendront au lieutenant Haas ? demanda à nouveau la jeune femme qui marchait d’un pas rapide aux côtés du musher.

— Je ne sais pas, nous verrons bien ce qu’il en dira. Mais si c’est urgent, il ne demandera pas la perfection, ne t’en fais pas.

Scotty Allan, toujours suivi de son chien de tête, avançait parmi les traîneaux, les chiens et la foule, ses pieds s’enfonçant dans la neige molle du début d’hiver. La venue précipitée du lieutenant Haas le forçait à faire plus vite. Tout devait être prêt.

Tout en avançant de sa démarche rapide, il demanda l’heure d’arrivée de Haas à son amie, le lieutenant devant arriver dans quelques heures à peine. Il s’arrêta devant la porte d’une petite bâtisse, se pencha vers son chien.

— Reste ici, Baldy.

Puis il entra dans la maison en bois, éclairée par un feu et une lampe à huile.

Une voix bourrue l’accueillit chaudement.

— Ah, Scotty, te voilà enfin !

Le musher avança jusqu’au bureau, au centre de la pièce.

— John, y a-t-il un télégramme ? demanda-t-il, le stress étant lisible sur son visage rougi par le froid.

— Ah, tu ne changeras jamais, les affaires avant tout, hein ? refit l’homme assis derrière le bureau.

Le regard insistant de Scotty Allan lui fit comprendre que ce n’était pas une blague.

Il secoua la tête. Le musher lâcha alors un soupir de soulagement… Pas de mauvaises nouvelles pour le moment. L’homme lui proposa alors un verre de whisky avant de retourner dans le froid de l’hiver. Scotty enleva son manteau en peau de caribou, et se laissa tomber sur une chaise. Son amie à côté de lui fit de même.

— Bon alors, l’homme des malamutes a-t-il trouvé tous les chiens qu’il lui fallait ? demanda John.

— J’espère, si le lieutenant n’en est pas satisfait, je ne saurais quoi faire...

L’homme revint avec trois verres d’alcool, les déposa sur le bureau puis enfin se remit sur sa chaise.

— Allons, Scotty, nous sommes en Alaska, à Nome qui plus est, dois-je te rappeler que nos chiens sont réputés pour leurs qualités ?

Le musher fit une grimace, il n’en était pas tout à fait sûr, mais ne voulant pas douter de ses propres chiens, il ne dit rien.

Son amie but cul sec, regarda sa montre et se leva.

— Scotty, il reste encore quelques papiers à signer, je vais m’en charger. Le lieutenant Haas arrive dans pas plus d’une demi-heure, alors reste ici !

Le musher hocha la tête. Elle sortit.

Il finit son verre aussi rapidement que son amie, remit son manteau, et comme il s’apprêtait à sortir, John lui glissa.

— Bonne chance, j’attendrai tes nouvelles. Et il sortit.

Le froid lui gifla les joues et il ferma un peu plus son col. Il avait beau se trouver dans la petite ville de Nome, là où les chiens valaient trois fois rien, mais pouvaient courir trois fois plus, il n’était pas rassuré. Haas venait aussi d’ici, il verrait facilement les défauts des 400 chiens que le musher avait réussi à trouver. Mais il n’avait pas le temps de s’inquiéter, il fallait régler les derniers manques. Il alla entre les différentes personnes, se renseigna sur ce qu’il fallait encore fournir. Une fois ces informations acquises, il chercha son amie, il la trouva enfin en train de gérer un chien trop agité.

— Tout est prêt ? demanda-t-il.

Elle regarda sa montre.

— Oui, on n’attend plus que son arrivée.

Il hocha la tête, murmura un léger « bien ! » Puis se tourna vers l’entrée du village, normalement les chiens préviendraient l’arrivée d’un quelconque traîneau, mais avec ce vent et cette neige, ils ne le verraient pas avant eux.

— Je vais attendre là-bas, toi prépare-toi à partir pour Québec, il faut que tu ailles trouver les derniers mushers et les quelques harnais qui manquent. On se retrouvera là-bas !

Elle hocha la tête, lui fit un léger « au revoir ! » et le laissa s’enfoncer dans la tempête qui commençait doucement à s’intensifier.

Il avança d’un pas rapide, angoissé, car Haas et lui ne s’étaient croisés qu’une seule fois juste avant l’engagement de ce premier.

Son chien se dressa soudain alors qu’ils avançaient tous deux contre le vent. Il se mit à aboyer. Scotty devina alors que le lieutenant était là.

Effectivement après quelques instants, des chiens se firent entendre, et le cri fatigué d’un musher ayant guidé durant toute la journée résonna entre les flocons. Le traîneau passa devant Scotty Allan et ce n’est qu’au dernier moment qu’ils le virent : dans le gris de la neige, le jeune musher pouvait facilement passer inaperçu.

Il s’avança pour les rejoindre.

— Lieutenant Haas ? demanda Scotty Allan.

L’homme assis dans le traîneau se redressa légèrement. Quand il vit qui était son interlocuteur, il quitta le cocon réchauffé des couvertures du traîneau.

— Scotty Allan, c’est ça ?

Le musher hocha la tête.

— Enchanté, il se tourna vers le musher encore derrière le traîneau, je vais finir avec ce jeune homme.

Le traîneau reprit alors son allure lente, mais sûre.

Scotty Allan n’avait jamais vu le lieutenant d’aussi près, il était imposant et on comprenait vite pourquoi il avait atteint ce rang.

— Scotty, le fabuleux musher, l’homme qui murmure à l’oreille des chiens, dit-on.

Scotty hocha simplement la tête, légèrement irrité par tous ces compliments.

— Bon, les chiens sont prêts ? Je dois vous dire que ce voyage ici m’a rappelé de douloureux souvenirs que je ne voulais réveiller… Le plus vite nous repartirons et le mieux ce sera…

Ils se mirent à marcher, retournant ainsi entre les habitations de Nome.

— Nous avons à peu près quatre cents chiens. Ils sont tous entraînés et prêts à partir.

Le lieutenant hocha la tête, tapota gentiment l’épaule du musher.

— Bien, vous avez bien travaillé, j’attendrai de vous que le trajet jusqu’à Québec se passe sans encombre.

Le musher plissa légèrement les yeux.

— Nous irons à Seattle en bateau, puis nous rejoindrons Québec en traîneaux, confia-t-il.

Le lieutenant Haas se retourna, surpris.

— De Seattle à Québec, il y a plus de cinq mille kilomètres et vous voulez les faire en traîneaux ? Vous êtes un homme courageux, Scotty, si nous avions plus d’hommes dans votre genre à l’armée, nous ne serions pas en nécessité de demander vos chiens.

Le temps n’était plus clément depuis que novembre était passé, les tempêtes s’enchaînaient les unes après les autres, les flocons tombaient du ciel à n’en plus finir et la neige s’amoncelait au pied des arbres. Le temps parfait pour ces gros chiens du nord, qui en un rien de temps avaient remplacé les chiens de berger utilisés par l’armée française.

Ces malamutes1 de l’Alaska étaient beaucoup plus robustes que les borders collies2 qui accompagnaient les soldats en tant que messagers. Les traîneaux circulaient alors, chaque jour depuis le 15 décembre 1915, dans les forêts et prairies des Vosges. Aidant ainsi les soldats durant les déplacements importants, emmenant sur leurs traîneaux les lourdes cargaisons de vivres, d’armes, de corps. Les guides des traîneaux, appelés mushers, avaient été formés durant le voyage, beaucoup d’entre eux n’avaient jamais approché de chien jusqu’à ce jour.

Les chiens, pour la plupart jeunes, venaient de quitter leur habitat naturel, l’Alaska, pour des montagnes où la mort les attendait derrière chaque buisson. Ils devaient circuler sans aboyer, sans japper, sans un bruit au risque de se faire surprendre par les Allemands, les lignes ennemies n’étant pas si éloignées.

Aubérive, le 13 novembre 1915

Ma femme et mes chères filles,

Vous me manquez beaucoup et je pense à vous dès que les circonstances me le permettent. Je vous écris depuis la tranchée de première ligne où je suis arrivé il y a maintenant huit jours. La faim, le froid et parfois la pluie m’empêchent de dormir la nuit, mais je vous imagine suivre votre vie et je finis par y arriver.

La vie dans les tranchées n’est pas des plus agréables. Il fait froid et je me demande comment on le supportera quand l’hiver sera là. Le sol est boueux et les murs, meubles même s’ils sont renforcés par des sacs de terre ou du bois, s’effondrent parfois, surtout lorsqu’il y a des explosions. De plus, les rats sont partout, ils mangent la moindre nourriture qui n’est pas suspendue et je les sens parfois courir sur moi la nuit. Il y en a tellement que l’on organise des chasses quand il n’y a pas de combats et le gagnant est celui qui en tue le plus. Aussi, la saleté fait que tous les soldats sont pleins de poux dans la barbe et les cheveux. J’ai hâte de revenir à l’arrière pour pouvoir enfin me laver, car c’est une chose rendue impossible à faire par l’insalubrité et la promiscuité de la tranchée... Il n’y a pas non plus d’endroits prévus pour les besoins, alors nous sommes obligés de les faire à la vue et au nez de tous. L’odeur des corps pourrissants qui n’ont pas encore été évacués mélangée à celle de la crasse est insupportable et me donne envie de vomir.

Mais le pire reste bien sûr les attaques et les combats. D’abord, quand je dois sortir de la tranchée, avec mon paquetage de plus de trente kilogrammes, j’ai toujours peur de ne pas revenir et de ne plus jamais vous revoir. Ensuite, le bruit des canons et les explosions me rendent sourd, et les tirs de mitrailleuse me frôlent les oreilles. Après, la traversée du no man’s land est la plus redoutable épreuve, nous sommes exposés aux obus et aux tirs de la tranchée adverse. Il est creusé de toute part par les explosions et il y a de l’eau au fond des cratères, si bien que lorsque l’un de nous tombe dedans, il n’en ressortira plus. Enfin, les nouvelles armes telles que les lance-flammes ou les gaz sont terribles. Lorsqu’un lance-flammes atteint un soldat, celui-ci prend feu en quelques instants. Les plus effroyables moyens de tuer ou de blesser très gravement sont sans aucun doute les gaz. Celui le plus utilisé est le chlore ou gaz suffocant, les ennemis tirent des obus remplis de ce gaz qui se libère quand ils explosent. Il se répand très vite et nous empêche de respirer. Je me protège comme je peux avec du tissu quand cela arrive.

J’ai perdu beaucoup de camarades dans les attaques et j’ai très peur que ce soit mon tour bientôt, mais je dois me battre pour la France et surtout pour vous.

Quant à vous, j’espère que vous allez bien et que la vie n’est pas trop difficile en ce temps de guerre. Marie, comment s’est passé ton spectacle de danse la semaine dernière ? Et toi, Louise, as-tu appris de nouvelles choses à l’école ? Alice, je veux que tu fasses attention à toi et au bébé en travaillant dans les usines, tu es peut-être mieux payée que pour un autre travail, mais tu prends aussi de plus gros risques. Demande de l’aide à Marguerite, elle sait que tu es enceinte et je suis certain qu’elle pourra te donner un peu des légumes qu’elle cultive à la ferme. J’espère que tu te portes bien pour le moment et je prie de toute mon âme pour que la guerre soit terminée avant la naissance... Je suis désolé de ne pas être là pour m’occuper de toi ainsi que de nos filles. Tu me manques beaucoup et je m’inquiète.

Je vous embrasse toutes les trois très affectueusement et espère vous revoir très bientôt. Mes chères petites filles, soyez fortes et aidez bien votre mère.

Je vous aime et vous embrasse.

Votre très cher mari et père, Pierre

19 décembre 1915

L’officier général Marcel Serret et le général Augustin Dubail parlaient à voix basse en passant dans la tranchée. Ils organisaient le prochain assaut, déjà plusieurs jours qu’ils ne parlaient que de ça. Il aurait lieu le 21 décembre sur le Hartmannswillerkopf. Cet assaut serait sûrement décisif, car seize bataillons français y seraient envoyés, soit plus de seize mille hommes et deux cent trente-neuf pièces d’artillerie. Il fallait conquérir cette montagne à tout prix, le Hartmannswillerkopf était un point d’observation sur la plaine et une entrée dans l’Alsace plus qu’avantageuse.

Les hommes circulaient en tous sens, occupés à préparer les dernières munitions, à nettoyer les derniers fusils et canons, ça fourmillait dans les tranchées et dans la forêt, les traîneaux allaient et venaient entre les camps, transportant des munitions, des fusils, de la nourriture.

Le général Dubail s’écarta de Serret et fit quelques pas seul, observant ses soldats. Une seule chose l’inquiétait : qui seront les déserteurs ? Combien seront-ils à fuir et mourir sous les balles françaises ?3 Il savait qu’il y en aurait forcément, mais il ne pouvait s’empêcher d’espérer qu’il n’y en ait aucun, que tous ses hommes étaient des courageux, il espérait qu’aucun d’entre eux ne soit un lâche, que tous aient l’honneur de figurer sur les monuments. Mais il savait mieux que quiconque que l’homme sous l’emprise de la peur fuyait au moindre obstacle, et qu’à la moindre approche de la mort, il faisait preuve d’une incroyable couardise. Il le savait...

De jeunes soldats étaient demandés pour décharger les traîneaux. L’un d’eux s’approcha donc d’un attelage et, en passant devant les chiens, en fit sursauter un jeune roux qui bouscula alors son voisin. Les bêtes se mirent à grogner et le jeune chien roux se fit mordre pour son déplacement trop brusque. Le soldat tenta alors de les calmer avec l’aide du musher, mais dès que sa main toucha le flanc de l’animal roux, ce dernier se tourna, surpris, et le mordit violemment. Le jeune militaire s’écarta vivement en lâchant un grognement de douleur, il attrapa sa main en sang. Le chien le regarda, et leurs regards restèrent ancrés l’un dans l’autre pendant un moment qui parut être une éternité. Puis le musher tira sur le harnais de l’animal pour le remettre en ligne, il lança un regard au jeune soldat puis lâcha vaguement :

— Fais gaffe quand tu passes près des chiens.

Le militaire hocha la tête et s’empressa de décharger le traîneau et d’emmener la cargaison dans la tranchée : l’attelage étant trop large, il ne pouvait s’avancer entre les murs gelés.

Une fois qu’il eut terminé avec ce traîneau, le jeune soldat s’éloigna un peu et alla se frotter la main avec de la neige pour nettoyer la plaie. Une fois le sang ôté, il prit un vieux mouchoir qu’il avait toujours dans sa poche et enroula sa main dedans avec encore un morceau de neige pour endormir la douleur. Ce chien roux ne l’avait pas manqué.

Le jeune soldat continua les tâches qu’il devait accomplir jusqu’au grand assaut : nettoyer son barda, chasser les rats, arranger la tranchée et toutes les tâches annexes d’un « deuxième classe ». Il n’avait pas pensé que sa blessure pourrait s’aggraver, ce n’était qu’une morsure de chien après tout, il ne pouvait aller voir un médecin pour si peu.

Le soir tombait. Était-ce à cause du froid qu’il ne sentait plus le bout de ses doigts ? Sa main droite étant celle avec laquelle il écrivait, il ne put pour cette fois écrire une lettre à son père. Les extrémités endolories par le froid et la blessure, il eut même du mal à manger son repas à peine tiède. La pénombre s’était tranquillement posée, le jeune militaire leva le nez avant de partir dans le monde des songes. Il était assis, les genoux ramenés contre son torse pour avoir chaud, et en levant le regard il aperçut les étoiles, belles, pures. Elles étaient là-haut comme toujours, comme si malgré la guerre, la mort et tous les massacres elles seraient toujours là, immuables. Plus d’une semaine que les nuages crachaient des flocons sans laisser la place à la douce lumière froide des étoiles. Et enfin ce soir-là, 48 heures avant la bataille, il put vivre l’espoir du dernier combat. Il se perdait dans le ciel quand sa main lui rappela brusquement qu’il ne pouvait plus tenir de fusil… alors qu’allait-il faire durant cet assaut ?

Le 27 mai 1916

Chers parents,

Je suis toujours en bonne santé. Je ne cours aucun risque. Les hommes creusent toujours des tranchées et des boyaux. Depuis hier, nous avons quitté notre bivouac pour aller dans un cantonnement plus près du front. Nous sommes avec des artilleurs, des chasseurs à cheval, du génie à pied et des hussards. Nous sommes bien mieux que sous les tentes. Nous devons aller au repos le 5 juin. Je trouve à peu près tout ce que je veux ; ne m’envoyez ni argent ni colis avant que je vous en aie demandé. Le secteur est toujours calme ; nous travaillons toute la journée et nous n’entendons que quelques coups de 75.

Je tiens à vous dire que les Allemands peuvent attaquer où nous sommes. Les malheureux, ils sont bien attendus. Vous ne pouvez pas vous figurer tout ce qui a été fait depuis la guerre comme tranchées, abris de mitrailleurs et guitounes.