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Quand garder ses distances s’avère plus complexe qu’il ne le pensait…
La convalescence après un accident serait une épreuve difficile pour tout le monde, mais pour une tête de mule comme Carter, c’est encore pire. Il refuse d’être un fardeau. Voilà pourquoi il se tient à l’écart du Montana, où habite son meilleur ami… et la sœur de son meilleur ami.
Jusqu’à ce que Geir et Cade demandent à Carter d’aller voir un chien livré dans une petite ville voisine. Il s’avère que le chien n’est jamais arrivé. Comprenant qu’il s’agit de l’un des chiens de guerre disparus dont s’occupe Titanium Corp, Carter est ravi de leur prêter main forte. Peut-être aussi est-il soulagé d’avoir une raison de retourner là où il redoutait d’aller jusqu’à présent.
En entrant dans le bureau de son associé pour découvrir son cadavre par terre, Hailey est tombée dans une spirale de cauchemar qui ne semble jamais s’arrêter. Enfin, tout bascule lorsque Carter arrive. Que pourrait-elle attendre de la part de l’homme qu’elle a toujours aimé et qui l’a rejetée à d’innombrables reprises ? Elle espérait que son attirance aurait décru, depuis le temps, mais au contraire, elle s’est renforcée.
Alors que le nombre de corps augmente et que la ville est divisée, Hailey prend conscience que Carter l’a toujours soutenue, même s’il risque de mourir dans ce combat qui dégénère. Notamment lorsqu’il retrouve le chien K9 disparu et que son propriétaire actuel compte parmi leurs ennemis…
Il en faut plus pour effrayer Carter, qui prend fait et cause pour ce combat. Avec un peu de chance, cette fois, il n’aura peut-être pas à lutter seul…
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Veröffentlichungsjahr: 2022
K9 Files : chiens de guerreTome 7
Dale Mayer
Première de Couverture
Page de Titre
À propos du livre
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Épilogue
Weston
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Quand garder ses distances s’avère plus complexe qu’il ne le pensait…
La convalescence après un accident serait une épreuve difficile pour tout le monde, mais pour une tête de mule comme Carter, c’est encore pire. Il refuse d’être un fardeau. Voilà pourquoi il se tient à l’écart du Montana, où habite son meilleur ami… et la sœur de son meilleur ami.
Jusqu’à ce que Geir et Cade demandent à Carter d’aller voir un chien livré dans une petite ville voisine. Il s’avère que le chien n’est jamais arrivé. Comprenant qu’il s’agit de l’un des chiens de guerre disparus dont s’occupe Titanium Corp, Carter est ravi de leur prêter main forte. Peut-être aussi est-il soulagé d’avoir une raison de retourner là où il redoutait d’aller jusqu’à présent.
En entrant dans le bureau de son associé pour découvrir son cadavre par terre, Hailey est tombée dans une spirale de cauchemar qui ne semble jamais s’arrêter. Enfin, tout bascule lorsque Carter arrive. Que pourrait-elle attendre de la part de l’homme qu’elle a toujours aimé et qui l’a rejetée à d’innombrables reprises ? Elle espérait que son attirance aurait décru, depuis le temps, mais au contraire, elle s’est renforcée.
Alors que le nombre de corps augmente et que la ville est divisée, Hailey prend conscience que Carter l’a toujours soutenue, même s’il risque de mourir dans ce combat qui dégénère. Notamment lorsqu’il retrouve le chien K9 disparu et que son propriétaire actuel compte parmi leurs ennemis…
Il en faut plus pour effrayer Carter, qui prend fait et cause pour ce combat. Avec un peu de chance, cette fois, il n’aura peut-être pas à lutter seul…
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Cade s’assit sur les marches de la maison de Geir et essuya la sueur sur son visage. Il faisait une pause dans leur dernier projet de rénovation.
Geir prit place à côté de lui.
— Ça va, mec ?
— Ça va, répondit Cade. C’est juste que je pense à ces chiens K9. Je n’arrive pas à imaginer tout ce que Parker a traversé. C’est insensé.
Il serra les poings avant de soupirer.
— On s’est dit que c’était bien de l’envoyer dans un contexte militaire.
— Eh bien, maintenant il n’est plus en service actif, sa nouvelle compagne non plus. Je crois qu’on les verra beaucoup plus. Ils parlent de s’installer ici, au Nouveau-Mexique. Ça dépendra du père de Parker. Il ne reste que ces deux-là.
— Ce serait bien. Parker est un chic type.
— Samson aussi, bien sûr, répondit Geir. C’est incroyable le nombre de nos gars qui finissent par garder les chiens disparus.
— Quand ces chiens leur sauvent aussi la vie, ils éprouvent un sentiment de gratitude et se sentent redevables envers eux. Ils veulent en prendre soin et veiller à ce que ces chiens de guerre aient une vie décente.
— Alors, qu’est-ce qu’on fait pour le prochain ? s’enquit Geir.
— J’y pensais justement ce matin.
Cade montra du doigt un type qui se tenait debout, la ceinture à outils sur les hanches, tenant du bois de charpente, un crayon derrière l’oreille :
— Carter Batterbridge a tout fait pour récupérer ses chiens.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Lui et sa femme avaient un couple de labradors reproducteurs, mais ils ont divorcé. Elle a pu garder les chiens. Apparemment, Carter s’entendait vraiment bien avec eux, et ils lui manquent beaucoup.
— Mais est-ce que ça l’intéresserait de partir à la recherche d’un K9 ? C’est loin d’être la même chose. Tu sais qu’il est diplômé en finances ? En investissements ou quelque chose comme ça.
— Non, effectivement ça n’a rien à voir avec la construction. Il est sous-employé ici.
— Pas du tout. Il nous a vraiment beaucoup aidés.
— J’en suis sûr, mais il peut faire bien plus que ça. Il devrait avoir sa propre entreprise.
Ils observèrent l’homme, ainsi que les deux prothèses avec lesquelles il travaillait. Il avait un bras et une main bien amochés, mais qui s’adaptaient bien. Et il avait perdu le pied du côté opposé également.
— Pourquoi n’en ouvre-t-il pas une ?
— Je crois qu’il a du mal à se retrouver.
— Quand a-t-il divorcé ?
— C’est la question fondamentale, n’est-ce pas ? Elle est partie pendant qu’il était à l’hôpital, en attente de plusieurs interventions. Sûrement au moment où elle s’est rendu compte qu’il allait lui manquer au moins une partie d’un membre.
— Quelle pétasse ! s’exclama Geir.
— C’est facile de juger. Cette vie n’est pas pour tout le monde.
— Non, c’est vrai que nous, on a de la chance, n’est-ce pas ?
— Oui, lui répondit Cade. Alors tu vois, Carter ? Je suis convaincu qu’il pourrait faire bien plus en ce bas monde.
— Où ?
— Ça fait très longtemps que son meilleur pote, qui vit dans le Montana, lui demande de le rejoindre dans son ranch. C’est plutôt compliqué d’avoir un très bon ami sans pouvoir passer assez de temps avec lui.
— C’est un bon ami à quel point ?
— Quand nous étions encore dans la Marine, Carter passait toutes ses permissions au ranch. Il leur filait toujours un coup de main. Aujourd’hui, il a l’impression qu’il n’en serait plus capable. Il ne veut pas être un fardeau.
— Qu’est-ce qu’on va faire ? demanda Geir. On l’envoie dans le Montana ?
— Eh bien, c’est là que se trouve l’un des chiens.
Choqué, Geir le dévisagea.
— Sérieusement ?
— Oui. Je ne sais pas exactement ce qui lui est arrivé, il n’y a pas grand-chose dans le dossier. Il aurait dû être adopté par une famille du Montana, mais quand le programme des Chiens de Guerre s’est rapproché d’eux, ils ont affirmé ne l’avoir jamais accueilli. La famille est passée à autre chose et n’a plus tellement envie de poursuivre l’adoption, mais le chien est toujours porté disparu.
— Depuis quand ?
— Ça fait trois mois, répondit Cade. Un sacré bout de temps.
— Quand les militaires ont-ils découvert qu’il avait disparu ?
— Il y a environ huit semaines, quand ils sont allés voir comment il allait. Encore une fois, pas de temps, ni d’argent ni de main-d’œuvre pour le chercher.
— Ça va être quasiment impossible de retrouver un chien comme ça, fit remarquer Geir. Ça fait longtemps, surtout si personne ne l’a récupéré à l’autre bout après ce long vol. Bon sang, il a pu se perdre dans n’importe quel aéroport du pays ! Bon, on pourrait penser que quelqu’un l’aurait trouvé et aurait pris contact.
— Oui, et non. La famille adoptive dit qu’elle a été contactée à plusieurs reprises au sujet du K9, mais qu’elle n’a pas gardé les coordonnées des appelants. Ils voudraient que le ministère de la Défense les laisse tranquilles. Ils se sont montrés extrêmement peu coopératifs.
Le silence s’installa entre eux.
— Tu crois qu’ils ont fait quelque chose au chien ? l’interrogea Geir. Genre, un truc grave et définitif ? Et qu’ensuite, ne sachant pas comment se couvrir, ils ont dit qu’ils ne l’avaient jamais eu ?
Cade lui jeta un regard en coin.
— Toi et moi savons que les gens peuvent faire les pires choses. Au fond, la plupart sont bons, mais il y en a pas mal qui ne sont vraiment pas à la hauteur.
— Blesser un chien de guerre ? Ce serait vraiment merdique !
— Peut-être… peut-être… qu’ils ne l’ont pas pris. Peut-être qu’ils ont jeté un œil sur lui et sont repartis ensuite. Ou alors ils ont changé d’avis et ne se sont pas pointés pour le récupérer.
— Quel est le nom de ce chien ?
— Matzuka. C’est l’un des noms qui m’ont marqué, répondit Cade. J’essayais de trouver quelqu’un dans le Montana, et je parlais à Carter. C’est lui qui m’a parlé de son meilleur ami là-bas. Il n’était pas vraiment sûr de ce qu’il allait faire de sa vie. Il avait envie d’aller le voir, mais n’était pas sûr d’être prêt.
— De quel type de financement a-t-il besoin pour lancer sa propre entreprise de construction ?
— Probablement d’une somme assez conséquente pour pouvoir construire sa première maison. Je dirais dans les cinquante mille dollars pour couvrir les matériaux et la main-d’œuvre. Peut-être pas autant au départ. Un prêt bancaire avec crédit renouvelable autorisé pourrait éventuellement suffire au départ.
Geir fronça les sourcils.
— Il nous faut vraiment trouver une source de financement permanente pour aider ces personnes, par exemple en sollicitant régulièrement des dons et des investisseurs.
— Ça fait beaucoup d’argent à réunir, rétorqua Cade, surtout si l’on tient compte de tous les autres vétérans que nous souhaitons aider. Et puis, je ne suis pas sûr que Carter soit si fauché que ça. À mon avis, il est ici parce qu’il est paumé, comme beaucoup d’entre nous. Avec sa formation en finance, il est bien possible qu’il ait mis de l’argent de côté. Pour Carter, il s’agit plutôt d’avoir une bonne raison d’aller dans le Montana, qui l’emporterait sur ses hésitations liées à sa condition physique. Comme tous les autres.
— Est-ce que le meilleur ami aurait une sœur, par hasard ?
Cade le regarda, le regard pétillant.
— Tu es d’humeur à jouer de nouveau les entremetteurs ?
— Jusqu’à présent, on s’en est plutôt bien sortis.
— Eh bien, le meilleur ami de Carter a une sœur. Ça ne veut pas dire qu’il y a quelque chose entre eux.
— Non, ils ne vont pas devenir un couple de toute façon, si ?
— Il me semble avoir entendu dire qu’ils ne s’entendaient pas, informa Cade. C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai hésité. Je ne veux pas le placer dans une situation inconfortable, où il se sentirait obligé de rester, contrairement à ici, où il peut être libre et tranquille avec nous.
— Il se cache ici, lança Geir sans prendre de gants. Nous sommes tous passés par là.
Le regard de Geir passa de Cade à Carter.
— On le lui demande maintenant, ou… ?
Cade approuva d’un signe de tête.
— En fait, j’attendais le bon moment.
Il regarda Carter retirer sa ceinture à outils et l’accrocher à l’arrière du pick-up. Cade siffla et lui fit signe d’approcher.
Carter se tourna vers lui.
— Allez, je me lance, dit Cade en se levant. Je te dirai comment ça s’est passé.
— Bien, bien, bien, dit Gordon en fixant Carter Batterbridge qui se tenait devant l’entrée principale des arrivées de l’aéroport. Tu es un régal pour les yeux.
Les deux échangèrent des accolades viriles. Carter était gêné par son bras, mais donna une tape sur l’arrière de l’épaule de son pote.
— Salut, dit-il.
— C’est tout ? Rien que « salut » ? Ça fait combien de temps que j’essaie de te faire venir ? Deux ans maintenant ? Au moins depuis que tu t’es fait exploser. Pour une foutue raison que j’ignore, tu t’es éloigné des personnes les plus proches de toi, juste quand tu avais le plus besoin de nous.
— Celle qui était le plus proche de moi s’est éloignée en premier, répondit Carter d’un ton légèrement sarcastique. Elle m’a donné l’impression d’être isolé, et de vouloir le rester.
Gordon le regarda et sourit.
— Je peux comprendre. Ta femme était une pétasse de première classe. Je te l’ai déjà dit il y a longtemps.
Carter ricana.
— Tu avais raison, et oui, tu me l’avais dit. J’ai choisi de t’ignorer. On a eu pas mal de bonnes années. Mais…
— Mais, c’est le mot. Bref, assez parlé d’elle. Viens.
Gordon chercha les bagages de Carter, et fronça les sourcils.
— Tu n’as qu’un sac ?
— Je voyage léger ces temps-ci, expliqua-t-il en s’en emparant.
Il ne voulait pas que son ami pense qu’il avait besoin d’aide. Il était encore sensible à ce sujet. Ils se dirigèrent vers le camion de Gordon, et Carter jeta son sac dans la benne du camion, étudiant le véhicule.
— Il est neuf ?
— Ouaip, affirma Gordon. Les affaires marchent bien au ranch.
Carter eut un petit rire.
— Il y a des choses plus graves.
— Il y a pas mal de choses plus graves, lança Gordon avant de prendre une grande inspiration. Ça fait plusieurs mois que Debbie a déménagé.
Carter fixa son pote.
— Pourquoi ? l’interrogea-t-il avant de secouer la tête. C’est quoi, ce bordel ? Vous êtes proches depuis toujours. Vous êtes mariés depuis quoi ? Dix ans ?
— Elle croit que j’ai eu une liaison, déclara brusquement Gordon.
— Et elle a raison ? s’enquit Carter.
La relation qu’entretenaient les deux hommes depuis toujours leur permettait d’être francs et ouverts. Il était content que cela lui vienne encore naturellement, cette proximité qu’il ressentait envers son ami, même après l’accident.
Gordon secoua la tête.
— Non. Mais j’ai presque craqué.
— Je crois que pour les femmes, « presque » n’existe pas, remarqua Carter. À la seconde où tu y penses, elles savent bien que ton corps suivra. Quand on parle d’être fidèle, ça ne concerne pas que les actes physiques.
— Je sais, répondit son ami. J’ai été stupide. Je suis vraiment désolé, et je veux qu’elle revienne, mais elle refuse même de me parler.
— Merde, dit Carter d’un air morose. Je ne m’attendais pas à ça. Je pensais que vous seriez ensemble pour toujours.
— Ce serait le cas si je ne m’étais pas montré aussi stupide.
Carter n’avait pas grand-chose à lui répondre.
— De toute façon, tu découvriras toutes ces crasses à mon sujet au fil du temps. Parlons de toi. C’est quoi, cette histoire de chien ?
— Un boulot. Non rémunéré, en plus, ajouta Carter en riant. C’est probablement une excuse bidon pour être ici, je me suis dit qu’il était temps.
— Oh que oui, il était temps, répondit sèchement Gordon. Je ne comprends pas pourquoi tu n’as pas voulu faire ta convalescence ici. On voulait t’aider.
— Parce que vous auriez pris soin de moi, et ça m’aurait été bien trop facile de ne pas me remettre.
— Je ne vais pas te materner. J’ai toujours besoin d’aide à la maison.
— À ce moment-là, je ne t’aurais pas été d’une grande utilité, lui répondit Carter. Tu as toujours des ouvriers au ranch ?
— Évidemment, et même plus que la dernière fois que tu es venu. Les affaires roulent, comme je te l’ai dit.
— Il y a des femmes parmi eux ?
Gordon grimaça.
— La nouvelle cuisinière, qui est partie elle aussi.
En voyant l’expression de Gordon, Carter soupira.
— Sûrement pas assez vite au goût de Debbie, hein ?
— Oh que non ! J’ai eu beau lui dire un nombre incalculable de fois que rien ne s’était passé, et que j’étais un idiot, elle ne me croit toujours pas.
— Oui, c’est le genre de choses dont il est difficile de se remettre, répondit Carter.
— Tu as déjà trompé ta femme ?
— Non, je crois qu’elle pensait que mon boulot était une maîtresse suffisante.
Carter scruta le visage de Gordon pour voir si son pote comprenait. Comme cela ne semblait pas être le cas, il s’expliqua.
— Elle disait toujours que la Marine était ma maîtresse, et que je n’avais pas besoin d’une femme.
— Ah. Quelle garce ! Tu as toujours voulu entrer dans la Marine, alors que moi je voulais simplement monter à cheval. Bon sang, tu cherchais toutes les expériences navales possibles et imaginables.
— Ça, c’est sûr, confirma Carter. Et j’y serais toujours si je ne devais pas rester coincé derrière un bureau. Ce n’est pas fait pour moi.
— Sans parler du temps que tu as passé en congé maladie.
— Eh bien, le médical n’était pas une partie de plaisir. J’ai subi pas mal d’opérations, et autant de rééducation derrière. Mais oui, ça va maintenant.
— C’est vrai ? insista Gordon en levant un sourcil.
Carter savait qu’il ne parlait pas simplement des interventions chirurgicales.
— Oui, répondit-il. C’est vrai. Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt. C’est juste que parfois…
— Je sais. Après la mort de mon père, j’ai un peu déserté pendant un temps. Je me suis éloigné de tout le monde, je ne voulais voir personne. Je ne savais pas comment gérer. C’est à ce moment-là que j’ai franchi la limite, comme tu dis. Il m’a fallu environ un an et demi avant de revenir progressivement à la normale.
— Exactement, confirma Carter. Parfois, la vie peut te faire tourner en bourrique, et tu ne sais plus où tu en es.
— Oui. Bref, j’ai quelques arrêts à faire pour récupérer des trucs. Tu connais la routine.
— Ouaip, ne jamais faire deux voyages quand on peut tout faire en un seul.
Gordon ricana.
— Exactement. Même un dimanche. Je dois passer au magasin d’alimentation animale, chez le vétérinaire, et Dieu sait quoi d’autre, ajouta-t-il en souriant. Il faut que je note tout, sinon j’oublierai sûrement quelque chose pendant ce voyage en ville.
— Chez le vétérinaire, j’en profiterai pour entrer et leur parler du chien. Je sais que ça ne donnera sûrement rien, mais j’ai dit que je vérifierai.
— C’est-à-dire ? s’enquit Gordon, curieux.
Carter lui parla de feu le programme K9 de l’armée et la demande de Titanium Corp, l’organisation avec laquelle il travaillait.
— Waouh, alors l’Oncle Sam est vraiment à la recherche de ce chien ?
— Oui, tant que ça ne leur coûte rien en main-d’œuvre ou en cash, répondit Carter d’un ton sec. Je ne suis pas payé pour faire ça. C’est une mission de charité.
— On en a tous besoin. Bon sang, au printemps j’ai eu six agneaux dans la maison à cause de la rudesse de l’hiver.
— Combien en tout ?
— Douze, répondit Gordon, dégoûté, et tu sais qu’on a déjà un ou deux autres nouveau-nés. Il y a toujours quelques veaux à nourrir au biberon. Mais cette année, la maison était vraiment bondée.
— Je parie que Debbie ne s’en est pas plainte.
— Oh que non, elle était dans son élément.
— Toujours pas d’enfants, hein ?
Gordon secoua la tête, et ses traits parurent soudain tirés et fatigués.
— Il ne risque pas d’y en avoir.
— Tu as déjà fait des examens ?
— Non, je n’ai jamais pris la peine. Soit ça arrivera, soit ça n’arrivera pas.
— Encore une fois, ça ne suffit pas forcément à Debbie, répondit Carter. Je sais qu’elle voulait une grande famille.
— Mettre de l’argent dans ce truc de FIV ? C’est cher, et c’est sans garantie !
— Si tu ne te fais pas dépister, les médecins ne pourront pas régler le problème.
— C’est ce que Debbie m’a dit, répondit Gordon sur un ton morose. C’est sûrement encore un truc que j’ai foiré.
À ces mots, Carter éclata de rire. Ils se garèrent devant le magasin d’alimentation animale, descendirent et se promenèrent dans un décor dont ils se souvenaient avec émotion, grâce aux vacances et week-ends que Carter avait passés ici avec son ami. Ils chargèrent les provisions dont ils avaient besoin aussi vite que possible, puis ils descendirent la rue pour aller chez le vétérinaire.
Sur place, à la réception, Carter discuta avec deux femmes à propos du chien disparu.
— Il s’appelle Matzuka. C’est un énorme berger qui faisait partie de la division des chiens de guerre. Une famille des environs était censée l’avoir adopté, mais ils disent qu’il n’est jamais arrivé jusque chez eux.
L’infirmière fronça les sourcils.
— Nous n’avons aucune archive pour un chien qui porte ce nom. Qui était la famille ?
Il sortit ses notes de sa poche.
— Longfellow.
Le silence retomba.
Était-ce le bon nom ? Le mauvais ? Il releva les yeux vers elle.
— Il y a un problème ?
Comme l’infirmière et la réceptionniste ne répondaient pas, il continua.
— Je suis ici à la demande officielle du commandant Cross de la Marine américaine. Ce chien a donné beaucoup d’années de service à notre pays. Il mérite de prendre sa retraite et de jouir d’une vie confortable pour le reste de son existence.
L’infirmière finit par parler.
— J’ai du mal à imaginer qu’on ait donné le chien à cette famille. Ils sont plutôt durs avec eux.
— Comment ça ?
— Nous avons entendu des plaintes au sujet des mauvais traitements qu’ils infligent aux animaux.
— D’accord, donc on pourrait penser qu’ils ont récupéré le chien et lui ont fait du mal ?
— Ce n’est pas ce que j’ai dit, répondit la réceptionniste qui jeta un œil à sa collègue. Nous n’avons eu connaissance de rien.
— Savez-vous où vit cette famille ? Il me semble que le nom de la personne à contacter est Brenda.
— Oui, répondit l’infirmière qui prit une feuille de papier pour dessiner un plan. Tenez.
— Est-ce qu’on peut les contacter autrement qu’en personne ?
— Nous n’avons pas le droit de vous donner d’informations personnelles.
— Bien sûr, dit-il en hochant la tête. Je pourrais les obtenir par le gouvernement. Merci beaucoup.
Il fit volte-face et sortit tout en étudiant le plan. Il allait devoir se procurer un véhicule très rapidement. Rien que pour lui. Certes, Gordon avait en général plusieurs camions pour le ranch, mais Carter ignorait combien de voyages il devrait faire pour cette mission, et il aurait été plus tranquille de payer ses propres frais. Gordon lui collerait sûrement une baffe pour avoir dit ça. Alors que Carter attendait que son ami revienne, Gordon surgit.
— Prêt à y aller ?
— Oui. Il faut que je loue un camion. On pourrait passer à l’agence de location.
— Pas besoin. Nous avons plusieurs camions sur le ranch, tu le sais bien.
— Je me sentirais plus à l’aise si j’avais mon propre véhicule.
Il savait qu’il y avait vraiment peu de chance que Gordon le laisse faire.
— C’est hors de question ! dit-il d’un ton joyeux. Ne fais pas ta tête de mule. Oublie ça. Comme je te l’ai dit, nous avons plusieurs véhicules.
Ils sautèrent dans le camion et prirent la direction du ranch.
— Tu as entendu parler de la famille Longfellow ?
— Des fripouilles, répondit Gordon de manière lapidaire. Pas le genre de personnes avec qui l’on veut traîner.
— Apparemment, ce sont eux qui étaient censés adopter le chien. C’est Brenda qu’il faut contacter. Je n’ai pas d’exemplaire papier du dossier, mais j’ai une copie numérique.
— Les Longfellow ont forcément menti pour passer les contrôles et vérifications du gouvernement, sinon jamais ils n’auraient eu l’accord. Un ou deux d’entre eux ont presque des activités légales. Quant au reste, c’est un boxon sans nom.
— Quelqu’un a dû vérifier leurs antécédents pour qu’on leur attribue ce chien.
— S’ils étaient censés récupérer le chien, mais qu’ils prétendent ne pas l’avoir eu, il y a de grandes chances qu’ils l’aient abattu et enterré.
— J’espère que non. Je serai très énervé si c’est le cas.
— Et pourquoi ça ?
— Parce que ce chien K9 a investi beaucoup de temps et d’efforts pour ce pays. Je n’ai pas envie de penser que quelqu’un pourrait me descendre en me tirant dessus parce qu’il m’aurait jugé inutile.
— On n’a jamais pu le faire, répliqua calmement Gordon. Tu t’es retiré du monde tout seul. J’aurais aimé avoir l’occasion de te dire que je me foutais totalement que tu n’aies plus qu’une jambe ou même plus du tout, mais tu ne me l’as pas accordée.
Carter rit.
— Tu marques un point.
Alors qu’ils remontaient la longue allée qui menait à la maison principale, Carter posa la question qu’il retenait jusque-là.
— Comment va Hailey, ces derniers temps ?
— Plutôt furieuse, comme toujours, répondit Gordon d’un ton joyeux.
— Si tu ne la taquinais pas autant, dit Carter, elle ne serait pas si souvent contrariée après toi.
— Ça m’apporte de la joie. D’ailleurs, c’est à ça que servent les frères.
— C’est à ça que servent les frères quand on est enfants. Pas à ton âge.
— Trente-deux ans, ce n’est pas vieux pour moi. Elle, elle vient d’avoir trente ans. Je ne vais pas la laisser l’oublier.
— Aïe, dit Carter. À moins qu’elle ne soit mariée, avec deux trois enfants, elle ne va pas bien prendre que tu le lui rappelles.
— Je te le confirme, acquiesça Gordon d’un air suffisant. Et elle n’est pas mariée.
— Oh. Je suis désolé pour elle. Je sais que c’était un de ses plus grands buts. Un peu comme Debbie.
— À mon avis, ma sœur attend que tu reviennes.
— Pourquoi tu penses un truc pareil ? interrogea Carter, étonné. Nous n’avons jamais rien fait d’autre que nous disputer.
— Les relations calmes et ennuyeuses sont surcotées.
— Certes, mais tout le monde n’a pas envie non plus de passer son temps à se disputer pour tout et n’importe quoi.
Gordon sourit, car il se remémorait quelque chose.
— Elle ne sait pas que tu viens.
— Ce n’est pas sympa. Elle ne m’aime pas.
La visite surprise de Carter allait la chambouler au moins pour une semaine ou deux.
— Elle va gérer, le rassura Gordon. De toute manière, je lui avais dit que je te ramènerais ici un jour. Si tu n’étais pas si têtu, je t’aurais rapatrié ici l’année dernière.
Carter rit.
— Tu n’as absolument pas changé.
— Ne t’avise pas de l’oublier. Comment pourrais-je changer ?
Ils atteignirent la maison principale et se garèrent devant. Carter resta collé à son siège tout en scrutant la maison.
— J’ai beaucoup de très bons souvenirs ici, déclara-t-il. Je suis sincèrement navré pour ton père.
— Moi aussi, lui répondit son comparse. Le fait qu’il soit mort au moment où tu as eu ton accident a rendu les choses encore plus difficiles. Tu n’as pas pu assister aux funérailles, et je n’ai pas pu me rendre à ton chevet.
— Ça n’aurait aidé personne que tu sois près de moi, le rassura Carter. Je ne t’en veux pas, et de toute manière, je n’aurais pas voulu de toi. J’étais en vrac. J’étais en morceaux, au sens propre comme au figuré.
Gordon grimaça à ces mots.
— Entre. Faisons couler un café bien fort. Et… c’est sacrément bon de savoir que tu es là.
Les gars descendirent du camion.
— Tu veux le décharger maintenant ? demanda Carter en s’appuyant sur le capot.
À cet instant, la porte d’entrée s’ouvrit sur Hailey. Grande, avec des cheveux roux flamboyant tressés au milieu du dos, elle portait un jean, des bottes de travail et une chemise à carreaux. Elle était l’incarnation même de la cowgirl, mais Carter savait qu’elle était également une analyste financière incroyablement douée qui travaillait en ville. Elle vivait au ranch avec son frère. Elle y avait toujours vécu. Elle avait prévu de construire une seconde maison pour elle. Visiblement, elle n’en était pas encore là. Du moins, c’est ce qu’il supposa quand il la vit. Elle commença par regarder son frère, puis ses yeux se posèrent sur Carter.
Il attendit le moment où elle allait le reconnaître. Son visage devint livide. Cependant, au lieu de lancer une réplique à laquelle il aurait pu répondre d’un ton sec, elle le scruta des pieds à la tête. Puis elle tourna les talons et rentra dans la maison.
Son cœur se serra douloureusement. Il regarda son pote.
— Je t’avais dit que je n’aurais pas dû revenir.
— Non seulement tu aurais dû revenir, répondit Gordon d’une voix pleine de colère, mais tu es aussi le bienvenu ici. Peu importe ce qu’elle dira. Ou ce qu’elle ne dira pas.
Si Gordon l’avait prévenue avec au moins un peu d’avance, Hailey Wallerton aurait mieux géré la situation. Voir Carter comme ça, après avoir appris qu’il avait failli mourir, et qu’il avait été brisé à ce point, la rendait muette. En plus, elle ne savait pas qu’il allait revenir. Pourtant, il était là, comme si son frère venait d’exécuter le plus grand tour de magie de tous les temps : il avait fait apparaître Carter de nulle part. Hailey ne savait pas si elle devait tourner les talons, ou le serrer dans ses bras et ne plus jamais le laisser repartir.
Elle choisit la première option en voyant qu’il n’affichait pas d’expression accueillante. Toutefois, maintenant qu’elle y repensait, elle se rendit compte que c’était de la crainte sur le visage du jeune homme, pas de l’hostilité. Hailey avait remarqué sa main blessée, mais elle ne savait pas laquelle de ses jambes était une prothèse. Elle nota aussi son manque d’assurance, parce qu’il semblait presque sur la défensive ; il partait du principe qu’Hailey n’aimait pas ce qu’elle voyait, d’où son regard dur. Ce n’était pas un rejet de la part de Carter. Une fois de plus.
Hailey avait envie de lui dire à quel point il avait tort. Néanmoins, elle ne pouvait pas lui en vouloir. Elle savait ce que sa femme lui avait fait. Si Hailey avait eu l’occasion de fracasser cette pétasse, elle s’en serait montrée plus que ravie. Ce qui la ramenait à ce qu’elle venait de faire. C’était pire. Elle l’avait rejeté d’emblée, et ce n’était pas pour la raison qu’il croyait. Elle gémit et se tapa la tête contre le placard, qui fit un bruit sourd.
— Recommence ! lui lança son frère d’un ton dur. Ou laisse-moi le faire à ta place. C’était quoi, là, dehors ?
Elle se cogna la tête une seconde fois. La femme se dirigea le plus droit possible vers la cuisinière et fit du café. Hors de question qu’elle cède aux railleries de son frère. Il y prenait beaucoup trop de plaisir. Il n’y avait pas que ça. Depuis le départ de Debbie, il était impossible à vivre. Elle et Gordon étaient de parfaits imbéciles. Finalement, le café fut prêt. Elle prit une inspiration, puis se tourna vers Carter.
— Au moins, tu es en vie, railla-t-elle.
— Tu es sérieuse ? On dirait que tu serais plus heureuse si j’étais six pieds sous terre !
Elle secoua la tête.
— Tu m’as surprise. Je suis désolée pour ma réaction. Je ne pensais pas que tu survivrais à cet accident, et encore moins que tu serais assez en forme pour venir ici.
Elle se retourna et jeta un regard noir à son frère.
— Et j’aurais apprécié être prévenue.
Gordon haussa les épaules et lui répondit :
— Tu pourrais continuer de t’excuser jusqu’à manquer d’oxygène, ce qui est fait est fait.
— La prochaine fois, n’essaie pas de me choquer. Tu pourrais te montrer gentil, et ne pas laisser tes problèmes avec Debbie te transformer en scorpion.
Sur ces mots, Hailey se retourna et sortit.
Elle prit la direction du grand jardin à l’arrière de la maison, où on la trouvait généralement quand elle avait du temps libre. Il y avait une énorme balançoire où elle s’installait avec un livre. Elle serra les dents. Elle se sentait mal. Cela faisait longtemps qu’elle se sentait mal, depuis la mort de son père, aggravée par le départ de Debbie. Avec l’apparition de Carter, c’est comme si son monde s’était écroulé.
Ce n’était pas juste. Elle ne comptait pas sur la venue de Carter, et, à présent qu’il était là, il était plus attachant que jamais. Elle avait envie de passer ses bras autour de son cou et de le serrer contre elle. Malgré tout, les murs qui le bloquaient et le protégeaient étaient encore plus grands et plus forts. C’était comme s’il affichait un grand panneau disant : n’approchez pas. D’un autre côté, ils avaient toujours été là, ces murs et ce comportement renfermé. Son mariage n’avait fait qu’empirer les choses.
Désormais, il était libre et célibataire, et aussi plus brisé que jamais. Comment était-elle censée gérer ça ? Elle avait toujours tenu à lui, mais il ne l’avait jamais vue. Elle avait toujours été la petite sœur de Gordon. C’était la première fois qu’il la voyait depuis plusieurs années, et voilà ce qu’elle avait fait.
