Changement de cap - Gisèle Lopez - E-Book

Changement de cap E-Book

Gisèle Lopez

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Beschreibung

Louise et Lola avancent vers leur destin qui semble tout tracé mais, cet été, le souffle du Nordet ébranle bien des certitudes. Comment vont-elles s'adapter aux bouleversements qui les attendent ?

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Seitenzahl: 167

Veröffentlichungsjahr: 2024

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DU MÊME AUTEUR :

La linotte mélodieuse. Edition BOD– Books on Demand en 2022.

Un secret bien caché. Edition BOD– Books on Demand en 2023.

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Préambule

Louise a terminé sa deuxième année d’étude de styliste à Paris. Elle s’apprête à rejoindre son père en Bretagne; il l’attend avec sa belle-mère, Clara. Ensemble, ils ont acheté une résidence secondaire et passent maintenant toutes leurs vacances là-bas, loin du Béarn où ils se sont connus.

Sa meilleure amie, Lola, doit la rejoindre début août. Pendant le mois de juillet et, le soir après ses cours de droit, elle travaille dans un cabinet d’avocats spécialisés dans les affaires. Toutes les deux sont inséparables et ne restent jamais longtemps sans se téléphoner ou se voir.

1

VENDREDI 8 JUILLET 2011

Clara et André partent en vacances la semaine du 14 juillet dans leur maison en Bretagne. Louise va débarquer de Paris le mercredi matin et ils iront la chercher à la gare.

Ils voyagent le vendredi soir pour éviter les bouchons car le 14 juillet tombe un jeudi cette année et, avec le pont, il y aura foule sur les routes. Le trajet est long et fatigant mais ils savourent déjà en pensées le bonheur de se réveiller dans leur jolie maison le lendemain matin.

Avant l’arrivée de Louise, ils vont avoir quelques jours pour vérifier l’état de la maison, faire un peu de ménage et remplir le frigo vide car Louise ne retourne pas avec eux dans le Béarn et, pour le moment, elle n’a pas de véhicule.

Ils vont aussi profiter de ce court séjour pour faire de belles balades en vélo le long de la côte ; le lundi ils se rendent dans un grand magasin de sport et arrêtent leur choix sur deux vélos tout terrain. Ils ne résistent pas longtemps à les essayer, l’après-midi les voilà partis en reconnaissance de nouveaux horizons, le vélo leur permet d’aller plus vite et plus loin. Ils découvrent des chemins qu’ils n’avaient jamais pris, même André, qui est pourtant un enfant du pays. Ils adorent ces paysages un peu sauvages et peu fréquentés. Ces quelques jours sont un avant-goût de leurs grandes vacances.

Mercredi, Clara et André prennent la route à neuf heures du matin. Louise arrive de Paris par le train de dix heures, ils préfèrent être en avance. La gare est pleine de voyageurs, ils décident d’attendre Louise au bistro à l’abri de la foule. Ils prennent un café et André attrape le journal du jour qui traîne sur une table, il se plonge dans la lecture des faits divers. Á côté, Clara observe les personnes qui sont assises à proximité. Tout près d’elle se pavane une jolie blonde platine bien apprêtée ; son parfum dégage une forte odeur d’ambre, à la note chaude, presque animale qui la rend sensuelle et mystérieuse. Elle a sans doute un rendez-vous galant ! pense Clara. Plus loin, au comptoir, une jeune femme regarde dans le vide, elle est plongée dans ses pensées, imperturbable à ce qui l’entoure : ses yeux regardent une chose que personne d’autre ne semble voir. Clara continue de scruter le va-et-vient des gens, tous sont pressés d’arriver ou au contraire de partir. Elle est contente que leur maison soit dans un petit village en retrait de toute cette agitation. André pose son journal et l’interpelle :

– Le train va arriver, tu viens ou tu préfères m’attendre ici ?

– Je te suis, j’ai hâte de la voir.

Dans le train, Louise a essayé de lire un roman qu’elle a choisi avant de partir, mais elle a eu du mal à se concentrer sur sa lecture car son père l’a appelée la veille : Il a une importante nouvelle à lui annoncer. Elle a bien essayé d’en savoir un peu plus mais il n’a rien lâché, pas la moindre information. Du coup, elle a immédiatement pensé à son mariage avec Clara, le scénario le plus probable. Que pourrait-il s’agir d’autre ? Et d’ailleurs celui-ci la réjouit ; elle aime beaucoup sa compagnie et son père est très heureux depuis qu’ils sont ensemble. André a énormément souffert du décès brutal de la mère de Louise l’année de ses dix ans. Après un deuil douloureux il a réussi à rouvrir son cœur. Il a connu Clara dans le cadre de son travail, ce fut une bonne collègue, puis une amie et peu à peu cette amitié s’est transformée en une belle histoire d’amour. Depuis ils ne se quittent plus et ont acheté une jolie maisonnette dans le village natal d’André. Ils y retrouvent sa sœur Solange auprès de qui il a toujours trouvé le réconfort dont il a besoin depuis son enfance.

La veille Louise et Mamie Arlette ont veillé ensemble car demain Louise prend le train à 7 heures 45. Louise en a profité pour lui dire merci de l’avoir accueillie dans sa grande maison. Elle se rappelle son arrivée, seule, avec sa grande valise.

Mamie Arlette a vu venir une jeune fille timide, réservée et, aujourd’hui la femme qui est devant elle lui parle avec assurance et spontanéité ; elle la trouve encore plus attachante et l’écoute avec une grande émotion :

– Sans toi ces deux années n’auraient pas été faciles ! Tu m’as accueillie chez toi avec beaucoup de chaleur. Je me suis sentie immédiatement à l’aise. Et ta connaissance de Paris ! Incroyable ! Tu as tellement de petites anecdotes à raconter.

Mamie Arlette a grandement participé à l’intégration de Louise dans cette grande ville de Paris. Elle l’a amenée à apprécier cette capitale qui peut paraître austère à une provinciale loin de sa famille. Elle lui répond tendrement :

– Oui peut-être, mais toi depuis deux ans tu as réveillé les murs de cette maison qui dormaient. Je vais à nouveau me sentir bien seule.

– Mais pas pour longtemps, je reviens en septembre.

Louise reviendra à la rentrée finir son cursus à Paris. Une dernière année d’études l’attend.

Elles se sont couchées un peu tard. Elles avaient du mal, l’une comme l’autre, à se séparer. Louise n’en n’a pas conscience mais deux mois, c’est long pour une personne âgée, et Mamie Arlette est angoissée mais elle n’en laisse rien paraître. Elles ont promis de s’appeler souvent.

Ce matin Louise est partie mais sans promettre une dernière fois de donner souvent de ses nouvelles.

Enfin une voix dans le haut-parleur annonce l’arrivée de sa destination. Le train s’arrête ; dans un brouhaha elle récupère ses affaires et tente de se frayer un chemin jusqu’à la sortie. Les gens se bousculent et la poussent, tous veulent rejoindre le quai rapidement. Elle quitte difficilement ce train bondé ; au loin, elle aperçoit Clara et André. Elle leur fait signe et son père la rejoint à grandes enjambées, il l’aide à descendre ses bagages, il faut bien être deux pour porter la vie, d’une année entière à Paris, réunie dans ses valises.

– Bonjour papa, tu m’as manqué. Comment vas-tu ? Ils s’embrassent et se dirigent en direction de Clara.

– Très bien. Ton voyage s’est bien passé ?

– Oui mais il a été pénible, beaucoup de monde dans les wagons ; c’est les vacances, les familles partent en congés. Mais tout va bien, je suis arrivée. Dis-moi, tu as quelque chose à m’annoncer ? Je suis impatiente !

– Tu devras attendre un peu, je t’amène à la maison et à midi nous mangeons au restaurant. Je te parlerai à cette occasion.

Louise n’insiste pas, elle sait que son père ne changera pas d’avis. De toute façon elle est persuadée d’en connaître déjà le motif. Elle se tourne vers Clara et lui fait un clin d’œil. Clara comprend aussitôt ce qu’elle a en tête et lui sourit tendrement.

Ils arrivent et pénètrent dans cette charmante maison que Clara a dénichée l’année passée dans ce petit village près d’Herbignac. Ils ont fait des miracles : elle est méconnaissable. Ils ont su garder son style original, tout en redonnant un coup de fraîcheur dans les pièces. Ils ont vraiment fait du bon travail, pense Louise.

Elle va dans sa chambre, elle a le temps de ranger ses affaires et de se changer avant de se rendre au restaurant. Elle prend une bonne douche et se détend sous l’eau chaude qui coule le long de sa nuque, puis de son dos ; elle tourne le robinet pour en refroidir la température et, masse avec le jet, ses jambes engourdies par le trajet et la chaleur du mois de juillet. Toute la fatigue du voyage s’atténue, elle est remplacée petit à petit par une merveilleuse sensation de bien-être.

Elle sort et se frotte vigoureusement avec une serviette qui sent bon le savon de Marseille. Le miroir lui renvoie son image. Elle est devenue une belle femme ; elle a remarqué le regard des hommes sur sa silhouette quand elle se promène dans les rues de Paris. Elle s’habille et prend un moment pour appeler Maxime, son amoureux. Ils devront attendre encore deux semaines pour se prendre dans les bras, il est encore coincé à Vienne, où il habite, et travaille comme électricien depuis un an. Il décroche.

– Enfin ! Je commençais à trouver le temps interminable. Tu es bien arrivée ?

– Oui… Tu peux m’excuser ? J’ai eu envie d’une bonne douche et de me poser un peu dans ma chambre. Le train était bondé et le voyage pénible.

– Bien sûr, mais j’étais inquiet. Je compte les jours, j’ai tellement hâte de te serrer contre moi, tu me manques.

– Á moi aussi ; nous allons au restaurant à midi. Mon père veut m’annoncer quelque chose. Je crois que je vais devoir me préparer une robe de demoiselle d’honneur. Mes deux ans de couture vont déjà me servir.

– C’est génial, tu me raconteras.

Louise lui rapporte sa soirée de la veille avec Mamie Arlette, et son regard triste quand elle est partie.

A son tour, il lui parle de son mal-être sur son poste actuel et de son désir d’évoluer. Ils pourraient continuer de parler pendant une heure.

Seulement voilà, André met fin à leur conversation. Il appelle sa fille.

– C’est l’heure Louise, j’ai réservé pour midi.

– J’arrive. Je suis prête. Où as-tu réservé ?

– Nous allons à la pizzéria.

Louise sourit. C’est encore un signe, Clara et André se sont déclarés leur amour dans un restaurant italien. Elle part avec eux radieuse, elle parle sans arrêt, intarissable, son père aussi lui a beaucoup manqué.

2

Pendant le trajet, tout en bavardant, l’esprit créateur de Louise est en ébullition, elle commence à réaliser des patrons dans sa tête. Pour la couleur elle devra attendre de savoir comment sera la toilette de Clara. Le restaurant n’est pas loin, ils arrivent devant l’établissement et André gare la voiture. Ils se dirigent tous les trois à l’intérieur. Le serveur les accueille et les dirige vers une table où quatre couverts sont dressés. Cela n’étonne pas Louise, les tables sont toujours mises pour des chiffres pairs.

Son regard fait le tour de la salle. Le restaurant est plein. La saison touristique a bien commencé. L’ambiance est joyeuse ; en face d’elle une petite fille mange des spaghettis à la bolognaise, elle lui sourit alors que sa bouche est pleine de pâtes, Louise lui fait un signe de la main et elle rit de plus belle laissant échapper de la sauce tomate qui dégouline des coins de sa bouche et risque de tacher sa jolie robe ; sa mère la regarde et la gronde gentiment.

Soudain, elle aperçoit un homme qu’elle connaît bien : c’est Papi Pierrot. Tout le monde l’appelle comme ça dans le village. Il est très proche des enfants et leur raconte souvent des histoires de matelot qui les fait rêver ou même parfois frémir. Elle lui fait signe de loin pour lui dire bonjour. Il continue son chemin et se dirige droit sur eux.

– Papa, tu as vu ? Voilà Papi Pierrot.

– Oui, je l’ai invité à manger avec nous.

Ils se lèvent pour accueillir leur invité. Ils s’embrassent et Papi Pierrot prend place en face de Louise.

Ah bah ça alors ! Pourquoi veut-il annoncer la nouvelle devant Papi Pierrot ? Devant sa sœur Solange pourquoi pas, mais là !! Je ne comprends plus rien.

Louise commence à bouillir intérieurement, elle n’ose pas couper court à leur conversation, cela serait très impoli, mais à ce rythme elle n’est pas prête de savoir pourquoi ils sont là.

Elle devra donc encore patienter. Son père commande leur vin favori. Ils commencent à prendre l’apéritif en continuant de parler de futilités.

– Comment va un tel depuis l’autre jour ? Tu as pêché du poisson hier ?

André trinque et déguste son verre de vin. En parlant il se tourne, et croise le regard de Louise qui trépigne d’impatience, il se décide enfin à lui dire ce qu’elle attend depuis ce matin. André n’est pas un grand parleur, il a l’habitude d’aller droit au but. Il n’a aucune idée du tsunami émotionnel qu’il va provoquer chez Louise. Il regarde sa fille et sans préambule il lui dit :

– Je te présente ton grand-père, le père de ta maman.

Il s’en suit un lourd silence auquel lui-même ne s’attendait pas ; Louise regarde interloquée son père, puis Papi Pierrot qui semble, lui aussi, gêné par l’annonce brutale d’André. Celui-ci la regarde tendrement puis baisse la tête, impuissant devant le mal-être de Louise. Il ne peut supporter son regard scrutateur. Elle réagit enfin à cette annonce inattendue en bredouillant :

– Comment ?… mais… je ne comprends pas…..Pourquoi tu me le dis seulement aujourd’hui ?

– Parce que personne ne le savait. C’est une histoire incroyable. Je ne voulais pas te l’annoncer par téléphone ; nous avons préféré attendre et te révéler cela de vive voix.

Louise est sous le choc, en quelques secondes elle se retrouve des années en arrière. Elle revoit sa maman, elle revit le choc effroyable de l’annonce de son décès suite à un accident de voiture, puis le jour de l’enterrement. Elle se souvient de tous ses amis bretons qui s’étaient déplacés pour lui rendre hommage. Comment est-ce possible que personne n’ait été au courant. Le village est petit. Tout se sait, les nouvelles se propagent vite ici.

André lui rapporte alors la découverte de Clara : des courriers de la maman d’Annie dans le tiroir d’une armoire de la maison qu’ils ont achetée.

Clara coupe la parole à André et décide de prendre la suite des évènements ; elle a remarqué le désarroi de Louise et elle comprend que celle-ci aura besoin de temps pour accepter les choses. Elle décide de s’en tenir à la découverte des missives qu’elle a lues après le départ de Louise pour Paris.

– J’ai été très surprise de lire ces lettres mais je n’ai fait aucun lien avec Annie, ta maman. Beaucoup plus tard je les ai dévoilées à ton papa et c’est à la dernière qu’il a compris. Je te propose d’en rester là et, cette après-midi, je te les montrerai ; elles étaient destinées à la meilleure amie de Mathilde, ta grand-mère. Mais maintenant mangeons, nous t’avons donné assez d’émotions pour une seule matinée.

Louise acquiesce de la tête, elle est ailleurs, elle n’arrive pas à regarder Papi Pierrot. D’habitude ils plaisantent tous les deux avec beaucoup de connivences. Elle s’est toujours sentie bien près de lui, protégée. Voilà enfin l’explication de cette complicité entre eux.

Bien sûr, elle est contente de cette nouvelle, mais elle a besoin de temps pour accepter de passer le cap : Papi Pierrot devient Papi tout court. Elle prononce ce mot en boucle dans sa tête, avec une intonation nouvelle quand elle dit « Papi ». Ce mot, tout à coup, a pris une autre dimension, elle qui n’a jamais eu de grands-parents ; les parents d’André étaient morts avant sa naissance et sa maman était une enfant abandonnée ! En cinq minutes à peine elle vient d’apprendre qu’elle a un grand-père vivant mais aussi la connaissance d’une Mathilde, sa grand-mère maternelle. Certes, celle-ci est décédée, mais elle a un prénom, enfin ! Et cette histoire mystérieuse qui l’entoure ! Que s’est-il passé ?

Louise engloutit son déjeuner, elle les écoute parler, silencieuse. Le repas se termine et Papi Pierrot se lève le premier. Il met un terme à sa présence en prétextant une fatigue et le besoin de faire la sieste. En embrassant Louise il presse doucement son épaule dans sa main, comme pour la réconforter et lui suggérer une nouvelle étape dans leur relation.

En arrivant dans sa chambre, Louise se précipite sur le téléphone. Elle doit appeler deux personnes de toute urgence : Maxime et Lola.

Elle a rapidement Maxime et le met au courant de la situation. Il est surpris mais il considère que c’est une merveilleuse nouvelle pour tous les deux. Elle est d’accord mais, néanmoins, elle a reçu un sacré choc qui suscite en elle de nombreuses questions. Louise ressent soudain le besoin d’être seule pour penser à tout ça. Elle prétexte une course à faire et met fin à la discussion. Elle n’aura Lola que ce soir, elle décide de rejoindre Clara dans le salon et de lire ces fameux courriers qui vont bouleverser son quotidien.

3

Lola veut devenir avocate, les études sont longues ; en attendant elle travaille souvent dans des cabinets de juristes ; elle aide à la préparation des dossiers et elle a parfois une expertise qui lui a permis, quelques fois, de se faire remarquer. Elle acquiert ainsi une expérience qui lui sera très utile plus tard.

Elle a hâte de rejoindre Louise, son amie de cœur et sa cousine Gaëlle qui habite également dans ce village. Toutes les trois ont noué une belle relation d’amitié. Gaëlle s’est fiancée, malgré son jeune âge, avec Cédric, le pitre de sa classe ; ils étaient inséparables. Depuis, elles s’appellent moins souvent. Gaëlle partage son temps entre son travail dans l’entreprise du père de Cédric et son amoureux. Cependant, elles ont promis de toujours s’accorder une ou deux sorties entres filles pendant les vacances.

Cette année, le travail de Lola lui permet de percevoir une petite rémunération, elle s’est affranchie de la dépendance financière de ses parents. Elle a troqué sa chambre universitaire contre un studio, à Pau, son maigre salaire lui permet d’avoir son petit chez soi. Ses besoins d’indépendance ont toujours été très forts; malgré une certaine liberté d’action dans les résidences universitaires, cette année elle s’est sentie à l’étroit. Elle a décidé d’abandonner ce confort matériel, octroyé toutes ces années par ses parents, même si de temps en temps elle accepte encore un billet pour finir le mois. Elle connaît sa chance d’avoir grandi dans une famille aisée grâce à la réussite professionnelle de ses parents ; elle en a pris conscience.

La dernière fois qu’elle avait eu son amie Louise au téléphone, elle l’avait informée de son projet :

– Tu sais, cette année je gagne enfin un peu d’argent. J’ai regardé les annonces immobilières, je peux avoir un petit studio pas loin de la résidence. J’ai envie de me lancer et d’avoir mon propre appartement.

– Pourquoi pas ! Tu es responsable et tu n’as jamais aimé les règlements. Je comprends que ceux de la résidence deviennent trop contraignants pour toi. J’avoue que moi, avec Mamie Arlette, je suis chanceuse. Je suis comme chez moi. Je n’aurais peut-être pas aimé non plus cette promiscuité, la première année, je pense que tu l’as appréciée ? Cela permet de faire des rencontres.