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Faustine se marie en juin 1942 et emménage dans une ferme dont elle a hérité de ses grands-parents. Malheureusement son époux est enrôlé une semaine après les noces. Faustine trouve réconfort auprès de sa voisine Jeanne qui devient son amie. Toutes deux font face aux épreuves qui surgissent mais elles vont devoir affronter un terrible événement. Comment vont-elles réagir et quelles en seront les conséquences ?A venir
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Merci aux éditions Books On Demand (BoD) qui me font confiance pour la deuxième fois.
Merci à Marie-Claude pour son aide si précieuse.
Merci à ma maman qui m'aide avec ses anecdotes, notamment celles sur sa vie d'enfant et d'adolescente à
Lyon ; elles agrémentent mon roman.
Je remercie également Edwige et Yves pour leur aide à la correction.
Du même auteur :
La Linotte mélodieuse. Edition BOD – Books on Demand en août 2022
Il faut laisser le passé dans l’oubli
Et l’avenir à la providence
J.B. BOSSUET
PREMIÈRE PARTIE
DEUXIÈME PARTIE
*
Faustine s’active, sa chèvrevamettrebas dans lesminutes qui viennent. Son ventre est lourd et la pauvre bête peine à se déplacer. Faustine fait tout ce qu’elle peut pour la soulager : elle la masse, lui parle doucement tout près de son oreille,
—Allez ma douce, je sais, c’est difficile mais je suis là. Ne t’inquiète pas, je reste près de toi.
Tout en lui chuchotant ces quelques mots elle lui gratte la tête. Tous ces gestes qu’elle a vu faire enfant et qui lui reviennent instinctivement aujourd’hui. Les deux autres chèvres attendent sans bêler tant l’atmosphère est pesante. Toute activité semble suspendue dans l’attente de l’évènement.
Jusqu’à présent Faustine assistait sa mère, agricultriceàNeulise, une commune de la province du Forez. Depuis son plus jeune âge elle s’attelle à l’élevage du troupeau de chèvres. Elle sait s’y prendre même avec les plus têtues. Mais c’est sa première mise-bas, ici, chez elle. Faustine espère qu’elle pourra se passer du vétérinaire car elle n’a pas les moyens de le payer.
Elle compte beaucoup sur cette naissance, si c’est une chevrette elle augmentera son cheptel et, si c’est un chevreau, elle aura de la viande pour plusieurs jours. Quel que soit le résultat ce sera un plus pour elle.
Depuis son mariage récent avec Pierre, le fils d’un facteur du coin, elle habite dans une fermette sur le village de Pinay dans la Loire ; elle l’a héritée de ses grands-parents. Ce fut décidé dès sa naissance.
— La ferme sera pour la petite, avait dit son grandpère.
Sa décision fut actée, personne n’aurait pensé à contredire le patriarche.Quelle chance pour Faustine. C’est une jolie fermette à laquelleonaccèdepar un chemin en terre. A l’entrée, de chaque côté, trônent deux magnifiques tilleuls. L’été à l’ombre de ses branches sa Mémé s’octroyait un peu de repos bien mérité; elle se posait sur un banc en bois fabriqué par son Pépé.De là elle avait une vue imprenable sur les monts du Forez.
Faustine connait tous les recoins de la demeure par coeur. Elle lesaexplorésquand elle jouaitàcache-cache avec ses cousins. Elle possède une jolie surface : Cinq hectares de belles prairies à l’herbe bien verte. Elle a décidé d’y élever des chèvres ; Pierre, son mari devait s’occuper des volailles, du potager, du verger et de la réparation de l’habitat un peu délabré.
Mais, nous sommes en juillet 1942 et Pierre est parti pour la guerre qui fait rage depuis presque trois ans. Il a été enrôlé peu de temps après leurs noces, célébrées en ce mois de juin. Il a rejoint ses amis qui sont partis les uns après les autres.
—Je pars,mais, je reviendrai vite, tu verras. Je pense que la fin de cette guerre est proche, lui avait-il glissé dans le creux de son oreille.
Il l’avait serrée dans ses bras. Puis il est parti sans se retourner, la gorge nouée. Elle l’a suivi du regard jusqu’au premier virage puis il a disparu lentement de son champ de vision. Seul, le cri aigu des rapaces qui s’envolaient à son passage lui indiquait encore sa position. Il s’en est allé plein de doutes et la peur au ventre ; déjà deux de ses amis sont morts et il a entendu des récits de scènes de guerre épouvantables. Pierre est courageux mais pas téméraire et il sera en terrain inconnu. A sa peur, s’ajoute son inquiétude de laisser sa jeune femme ici, isolée dans la campagne. Heureusement, les parents de Faustine ne sont pas loin et ils passeront régulièrement la voir.
Faustine se retrouve seule pour faire face à tous les problèmes qui surviennent et ils n’en manquent pas. Pas un jour sans son lot degalèresàgérer. La ferme est ravissante mais elle est vétuste ; elle est restée inhabitée plusieurs années après le décès de ses grands-parents. Des murs en pierres commencent à s’écrouler faute d’avoir été entretenu. Ils sont réparables, mais il faut faire vite.Sonpèrevapouvoir gérer ce chantier cependant, de nombreux travaux restentàprévoir : le toit fuit dans la chambre car des tuiles sont à remplacer ; le bois n’est pas coupé et l’hiver approche, les barrières des prés ont besoin d’être réparées pour sécuriser les pâturages, et encore bien d’autres besognes toutes plus urgentes les unes que les autres. Elle devra faire des choix pour les gérer.
Par contre, les animaux sont jeunes et vigoureux. Quand leurs proches avaient appris leur mariage ils s’étaient concertés et chacun leur avaient gardé des bêtes sur les portées de l’année. Ce n’est pas le cadeau espéré pour un mariage mais en cette période perturbée c’était primordial. Ils les ont reçus le jour de leur noce : trois chèvres par ses parents, un bouc par ses beaux-parents, les poules et canes par les oncles et tantes. Ce fut une vraie cacophonie dans la cour le jour de la réception du mariage.Dans un parc improvisé les volailles couraient, affolées, se demandant à quelle sauce elles allaient être mangées. Seul, le troupeau était déjà installé à la ferme dans l’écurie que tous avaient pris soin de nettoyer ; ce ne fut pas une mince affaire, Les araignées avaient pris possession des lieux. Il fallut utiliser la fourche pour déloger les toiles tellement elles étaient épaisses. Ils firent un énorme feu pour brûler tous les détritus.
Faustine et Pierre ne purent compter sur le comice de Feurs pour compléter leur troupeau, celui-ci étant suspendu depuis le début de la guerre.Ils démarraient avec peu mais ils pouvaient espérer l’agrandir rapidement avec les naissances.
Malgré les restrictions ils eurent une belle noce. Tous étaient joyeux, pour un jour la guerre fut mise entre parenthèses. La cérémonie se fit dans la belle Eglise de Neulise. Faustine arriva avec son père en calèche tirée par le vieux cheval de trait. Elle était décorée pourl ’occasion et le poil du percheron brillait tellement il avait été brossé. Son Papa tenait les rennes très ému. Ils arrivèrent devant la magnifique bâtisse construite entre 1862 et 1865 par l’architecte Pierre Bossan, dans un stylenéo-byzantin. Elle remplaçait unédifice beaucoup plus ancien qui date du XI siècle. Elle fut décorée pour l’occasion par des bouquets de fleurs roses et bleus, les couleurs que Faustine affectionne.
Faustine descendit et chercha des yeux son amoureux. Elle lui sourit et ils s’avancèrent dans l’Eglise. Ce jour-là le reflet du soleil dans les splendides vitraux apportaune aura toute particulière sur les jeunesmariés.
Plusieurs mois avant la noce, la maman de Faustine avait ressorti sa robe de mariée et l’avait ajustée aux dimensions de sa fille. Elle l’avait modifiée en mettant une touche personnelle pour Faustine : De la jolie dentelle de Calais qu’elle avait au fond d’un tiroir de son armoire. Elle avait réalisé un bel ouvrage ; la robe était somptueuse, romantique sans trop de fioritures. Elle seyait tellement à sa petite fille. Quand Faustine a passé l’ouvrage pour le dernier essayage, elle avait essuyé ses yeux en lui disant :
— Tu es si belle ma Faustine. Cette année tu auras vingt-et-un ans et je n’ai pas vu le temps passé.
—Merci Maman, tu m’as gâtée, cette robe est tellement jolie.
Effectivement elle était tout simplementmagnifique ce jour-làquand elle avança au bras de son père jusqu’à l’autel.
Pierre vêtu de son costume noir, d’une chemise blanche et d’une belle cravate, l’enveloppait de son regard langoureux.Après la cérémonie ils traversèrent le village jusqu’audomiciledes parents de Faustine sous les acclamations du voisinage qui criait à leur passage : Vive les mariés ! vive les mariés !
Ils arrosèrent copieusement la noce et firent la fête ; la Tante Géraldine avait préparé un pâté de lapin, tante Germaine son sauté de porc aux pommes de terre et sa maman un semblant de pièce montée avec les in grédients qu’elle avait pu récupérer.Ses beaux-parents avaient géré les boissons ; ils ont quelques vignes dans le forez et une petite partie des vignes avaient pu être vendangée. Leur vin est bon, d’après les connaisseurs il est légèrement fruité. Les frères de la belle-mère de Faustine avaient mis de l’argent dans la cagnotte des jeunes mariés. Le soir, après les festivités, ils rejoignirent leur ferme et, devant la porte Pierre l’avait soulevée délicatement dans ses bras, il l’avait portée à l’intérieur de la maison. Ils se sentaient enveloppés d’un petit nuage cotonneux et protecteur. La nuit fût douce et le matin ensoleillé. Leur avenir semblait prometteur sans cette fichue guerre.
Maintenant tous espèrent une finrapideet heureuse de ce conflit mais en attendant les femmes doivent s’occuper des enfants et gérer les exploitations. Elles s’organisent du mieux qu’elles peuvent ; elles sont solidaires et veillent les unes sur les autres.
*
Faustine n’a pas d’enfant, jeune mariée de vingtet-un ans, son mariage est à peine consommé, Pierre est parti une semaine après leur mariage.Déjà seule et triste — son lit n’est pas resté chaud bien longtemps, son mari lui manquele soir dans cette chambre quand les dernières lueurs du jour s’estompent et laissent le noir envahir l’espace. Elle respire longuement l’oreiller de Pierre qui garde encore son odeur. Elle met la jolie taie brodée de fleurs tout contre sa joue et s’endort en pensant à son amoureux. Elle revoit leur dernière nuit ensemble, enlacés et heureux. Ils étaient si complémentaires, si fusionnels. Chaque soir est douloureux, ses pensées la ramènent à ces longues balades qu’ils faisaient main dans la main, dans la campagne avoisinanteouàsonmariage tellement poétique. Son papa lui avait confectionné une couronnedefleurs fraîches, cueillies le matin, et sa maman la lui avait mise délicatement dans ses cheveux ondulés avant qu’ellemonte dans la calèche. Tant de souvenirs qu’elle se remémore maintenant avec beaucoup de nostalgie.
Mais la journée elle n’a pas le temps d’y penser : la responsabilité d’une exploitation n’est pas une mince affaire.Avec le lait de ses chèvres, Faustine fera des fromages qu’elle vendra au marché. Sa mère lui a appris à les faire et elle n’a pas son pareil. Personne aux alentours ne les fait aussi bons que les siens. Elle a aussi le sens des affaires: pour élargir sa clientèle qui trouve parfois le fromage pur chèvre un peu fort en goût, elle achètera du lait de vache à sa voisine la plus proche, Jeanne. Selon les saisons elle pourra également rajouter sur son étal des fruits et des légumes. Sa terre est bonne et elle ne manque pas d’eau. Sa mamie Jessica se vantait d’avoir son puits plein, même dans les années de pire sécheresse.
C’est enfin la délivrance, la chèvre met au monde une magnifique chevrette toute blanche que l’animal ne cesse de lécher. Faustine est heureuse, tout s’est bien passé et elle aura bientôt des fromages à vendre. Elle la laisse se reposer et part chez Jeanne lui annoncer la bonne nouvelle.
Depuis le départ de Pierre, Faustine et Jeanne se soutiennent. Pas un jour sans qu’elles ne se voient pour s’encourager, pour parler du retour futur de leurs époux ou d’un courrier qu’elles ont reçu qui leur vient du front.
*
Albert, le mari de Jeanne est parti depuis un an déjà. C’est très long pour des jeunes époux ; Faustine sent parfois la tristesse envahir Jeanne. Elle s’oblige à lui raconter les potins du village pour la faire sourire, mais elle la voit plonger doucement vers la dépression. Jeanne n’est pas unefilledepaysans, elle vient de Saint- Etienne. Ses parents ont un magasin de quincaillerie. C’est en épousant Albert qu’elle a fait ses premiers pas en tant qu’agricultrice. Heureusement elle aime cette vie à la campagne mais son Albert lui manque trop. C’est lui qui gérait les problèmes jusqu’à son départ. Elle est souvent dépassée par les évènements. Ses parents lui rendent visite le dimanche maisi ls ne s’y entendent pas beaucoup au travail de l’agriculture. Son père peut l’aider à réparer une clôture tout au plus.
Pour elle, les temps sont plus difficiles. Son exploitation est grande et sa charge de travail plus importante. En plus de l’élevage des vaches laitières, elle continue également de faire des céréales, du foin et, bien sûr, le potager, le verger et la basse-cour. Pour les récoltes elle est aidée par des journaliers mais ils ne sont pas toujours fiables.
Elle a déjà une petite fille de deux ans, Marie, qu’elle doit élever seule pour le moment. Et celle-ci lui donne du fil à retordre, elle est vive etagile. Elle doit constamment la surveiller pour éviter les accidents. Le mois dernier elle a dû l’amener d’urgence chez le médecin : Marie après avoir fini son petit déjeuner était sortie pour jouer. Jeanne s’accordealors une pause café avant de repartir à la tâche mais soudain elle entend un cri strident puis des plaintes et pleurs de la petite. Elle se précipite dehors et voit Marie par terre, au bas du tas du foin, qui se tord de douleur. Elle comprend vite que l’enfant est montée dessus et qu’elle est tombée. Son genou est écorché et sa cheville lui fait mal. Elle l’aide à se relever mais elle ne tient pas sur sa jambe. Impossible de se passer du médecin ! Elle la portedélicatement dans la petite remorque attelée à son vélo et part précipitamment chez celui de Neulise. Il conclut àune belle entorse et lui fait un joli bandage. Au moins elle se tiendra un peu tranquille quelque temps, pense-telle ! En passant dans les rues de Neulise elle salue les commerçants et des jeunes femmes du village avec qui elle allait au bal avec Albert il n’y a pas si longtemps !Elle prendàpeine le temps de discuter, tant de travaux l’attendent à lamaison.
