Chanteraine - André Theuriet - E-Book
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André Theuriet

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Beschreibung

Dans 'Chanteraine', André Theuriet nous plonge dans un récit empreint de lyrisme et de description minutieuse du paysage rural français, caractéristique de son style naturaliste. L'histoire se déroule dans un petit village, où la vie quotidienne et les relations humaines sont mises en lumière. Theuriet utilise une prose fluide et rythmée pour évoquer les émotions des personnages et leurs luttes intérieures, assimilant la nature environnante à leurs états d'âme. Ce roman, publié à une époque où la littérature française s'intéresse de plus en plus aux réalités sociales et à la psychologie des individus, s'inscrit dans une tradition littéraire visant à l'authenticité et à la profondeur psychologique. André Theuriet, né en 1833, est un écrivain qui puise son inspiration dans ses origines modeste et ses expériences de vie. Provenant de la campagne et ayant vécu des événements marquants de son époque, il a développé une sensibilité aiguë envers les souffrances et les joies des gens simples, ce qui transparaît dans 'Chanteraine'. Son attachement à la nature et son goût pour la précision descriptive démontrent un engagement envers une littérature ancrée dans le réel. 'Chanteraine' est un ouvrage à recommander sans réserve aux amateurs de récits poétiques et introspectifs sur la vie rurale. Theuriet, à travers ses personnages attachants et son souci du réel, nous incite à une réflexion sur la condition humaine et les liens que nous tissons avec notre environnement. C'est un livre qui ravira ceux qui cherchent à redécouvrir la beauté et la simplicité de la vie à travers une plume raffinée. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.

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Veröffentlichungsjahr: 2020

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André Theuriet

Chanteraine

Édition enrichie. Amour et réalisme dans la France provinciale du XIXe siècle
Introduction, études et commentaires par Thibault Faucher
Édité et publié par Good Press, 2020
EAN 4064066077976

Table des matières

Introduction
Synopsis
Contexte historique
Chanteraine
Analyse
Réflexion
Citations mémorables
Notes

Introduction

Table des matières

Entre l’appel patient de la nature et le murmure têtu des convenances humaines se joue, dans Chanteraine, une lutte feutrée mais tenace. André Theuriet, romancier et poète français du XIXe siècle, y déploie un art du regard attentif qui confère au quotidien provincial une intensité tranquille. Publié au XIXe siècle, ce roman de mœurs et de terroir s’enracine dans une campagne française reconnaissable par ses chemins, ses bourgs et ses lisières. Sans spectaculaire ni tapage, l’ouvrage propose l’épreuve d’un monde réglé par les saisons et par les usages. Le lecteur est placé au croisement de deux fidélités: celle des lieux et celle des êtres.

Inscrit dans une veine réaliste attentive aux nuances, Chanteraine privilégie l’observation plutôt que l’effet, l’inflexion plutôt que le coup d’éclat. Theuriet, dont la réputation s’est établie sur des portraits du terroir et des bois, fait de la nature un partenaire discret de la narration, jamais décorative, toujours signifiante. La langue, claire et souple, épouse les rythmes du dehors autant que les hésitations intérieures. Le cadre provincial, avec ses distances mesurées et ses sociabilités codées, installe un horizon de contraintes où les tempéraments se révèlent. Tout en retenue, l’œuvre cherche moins à surprendre qu’à faire sentir ce qui, en chacun, persévère.

Le roman s’organise autour d’un lieu éponyme, Chanteraine, dont le nom suggère à la fois un abri et un appel, et où se croisent les destins d’une petite communauté rurale. On y suit, à pas mesurés, des existences prises dans l’ordinaire des jours, le travail, les visites, les obligations qui tiennent et qui retiennent. L’intrigue, volontairement contenue, avance par touches: un regard déplacé, un silence prolongé, un geste retenu. Sans révéler ses développements, on peut dire qu’elle interroge la possibilité d’accorder le lien aux lieux avec l’élan des sentiments, dans un monde où la paix apparente masque d’âpres choix.

Le récit se distingue par une voix narratrice mesurée, qui accompagne les personnages sans les forcer, et par une attention sensorielle aux paysages. Les scènes s’ouvrent souvent sur un détail concret — lumière, odeur, texture — qui fait lever la mémoire et oriente le regard moral. Le tempo épouse la courbe des saisons, préférant la patience à la logique de l’événement. Cette économie du spectaculaire n’exclut pas la tension: elle la déplace vers les seuils, ces instants où un mot pourrait rompre un accord tacite. Le lecteur progresse ainsi dans une clarté douce, propice à la nuance et à l’empathie.

Parmi les thèmes saillants, la nature apparaît comme une autorité silencieuse, qui n’absout ni ne condamne mais oblige à mesurer gestes et paroles. Les liens communautaires, faits d’entraide et de surveillance mutuelle, constituent à la fois un refuge et une épreuve. Le roman explore aussi la place du travail, la modestie des ambitions, la discrétion des sentiments, autant de forces qui dessinent une éthique ordinaire. Sans thèse affichée, Chanteraine interroge la manière dont un lieu façonne des caractères et des choix. Il en résulte un questionnement durable sur la fidélité, la responsabilité et l’équilibre entre indépendance et appartenance.

Aujourd’hui, Chanteraine retient par sa sensibilité écologique avant la lettre et par sa confiance dans les vertus d’un regard long. À l’heure des accélérations, ce roman rappelle la valeur d’un tempo qui laisse place à l’observation, au scrupule, à la délicatesse des décisions. Il offre aussi une méditation sur l’ancrage, si nécessaire quand les appartenances se recomposent et que les territoires se redéfinissent. En montrant comment un milieu façonne des tempéraments sans les enfermer, l’œuvre propose un modèle de complexité accessible. On y trouve une manière de résistance douce: écouter, discerner, et choisir sans rompre inutilement.

Lire Chanteraine, c’est accepter une initiation lente où l’acuité du détail ouvre sur la justesse des sentiments. Le livre tient par sa cohérence: unité d’un paysage, continuité d’un style, gravité discrète d’un propos qui ne s’impose jamais. La récompense est une immersion durable, qui laisse dans l’esprit non des rebondissements, mais des tonalités, des silhouettes, des clairières intérieures. En cela, Theuriet rejoint des préoccupations très actuelles: habiter, préserver, choisir à hauteur d’homme. Cette introduction invite à entrer dans le livre comme on entrerait en forêt, avec patience, afin de mieux entendre ce que le lieu demande.

Synopsis

Table des matières

Le roman d’André Theuriet s’ouvre sur Chanteraine, petite communauté provinciale dont l’économie, les usages et les affinités tissent un cadre serré. L’auteur prend le temps d’installer les lieux et le réseau de relations qui unit notables, artisans et gens du pays. Dans ce tissu discret, une affaire mêlant intérêts privés et réputation collective affleure, sans éclat, à la faveur des saisons et des habitudes. Le décor social, l’importance des convenances, la fragilité des moyens d’existence et l’attention portée aux gestes quotidiens posent d’emblée la question centrale: que vaut l’harmonie apparente quand l’intérêt, l’orgueil et le sentiment tirent chacun à hue et à dia.

Un événement extérieur rompt progressivement cet équilibre: un retour, une arrivée, ou une décision aiguisent les curiosités et déplacent les lignes. Les conversations s’enflamment, les versions s’entrechoquent, révélant une communauté moins unie qu’elle n’y paraît. Ce premier déplacement oblige plusieurs personnages à reconsidérer des engagements donnés pour acquis, et rend visibles des fragilités longtemps contenues. Theuriet, attentif à la nuance, met en scène la montée des tensions sans éclats spectaculaires: contraintes matérielles, alliances de convenance et hésitations du cœur s’entrelacent, imposant à chacun de choisir entre prudence sociale, fidélité aux siens et aspirations plus intimes.

Les relations se densifient alors, au rythme de rencontres feutrées et de décisions remises à demain. Un attachement discret fait naître des promesses que l’ordre communal tolère mal, tandis que des intérêts bien installés défendent leurs positions. Les gestes de générosité, parfois maladroits, croisent de petites manœuvres où s’éprouve la loyauté. L’auteur oppose la droiture modeste à la tentation du calcul, sans caricaturer ni héroïser. Le regard se porte autant sur l’étoffe morale des protagonistes que sur la pression diffuse du milieu, où la rumeur pèse, et où chaque pas vers l’émancipation menace d’enclencher des représailles symboliques ou matérielles.

À mi-parcours, une série d’indices et de révélations partielles resserre le nœud dramatique. Des propos rapportés, des preuves incomplètes et des interprétations hâtives reconfigurent l’opinion locale. La question n’est plus seulement de sauver une apparence, mais de discerner ce qui est légitime parmi des droits concurrents. Un personnage se trouve sommé de trancher entre la solidarité et la prudence, tandis que d’autres prennent la mesure de ce qu’ils risquent à rompre l’alignement attendu. Theuriet montre comment l’orgueil, l’inquiétude et l’attachement se combinent, en laissant ouverte la possibilité d’un apaisement autant que d’un durcissement.

Les conséquences de ces choix s’inscrivent aussitôt dans la vie commune. Certains s’isolent, d’autres se découvrent des alliés inattendus. Un incident plus grave que les précédents, sans renverser la table, impose un surcroît de responsabilité à ceux qui hésitaient: il faut désormais agir, non plus seulement discuter. La solidarité, qui paraissait accessoire, devient un enjeu concret, et les postures de façade se mesurent à l’épreuve des faits. L’intrigue se décante: à mesure que l’on sépare le vrai des apparences, les chemins possibles se clarifient, tout en préservant des incertitudes sur la portée morale et affective des décisions à venir.

Dans la dernière partie, les fils épars convergent autour d’un arbitrage où s’entremêlent devoir, équité et inclination. Theuriet fait sentir la pression du temps et l’écho des saisons, comme si le paysage participait silencieusement aux choix humains. Sans recourir au spectaculaire, il conduit ses personnages vers une solution conforme à leur tempérament, en évitant le manichéisme. Les intérêts matériels comptent, mais ne suffisent pas; l’estime de soi et la considération publique pèsent d’un poids égal. Le mouvement narratif laisse entrevoir un dénouement vraisemblable, sans en dévoiler la teneur, en soulignant la valeur des renoncements et des fidélités tenues.

Au-delà de son intrigue, Chanteraine s’impose comme une méditation sur la vie provinciale et ses équilibres précaires. Theuriet y explore la force des usages, la puissance de la parole publique, la friction entre nécessité économique et aspiration intime, et l’influence du milieu sur les choix individuels. La retenue de la narration, l’attention aux détails et la justesse des caractères confèrent au livre une résonance durable: il montre comment se forment, se rompent et se réparent les liens dans une société attentive aux apparences. Cette portée, ancrée dans l’observation, dépasse la circonstance, sans livrer de révélations majeures sur l’issue.

Contexte historique

Table des matières

Chanteraine s’inscrit dans la trajectoire d’André Theuriet (1833–1907), poète et romancier français, fonctionnaire au ministère des Finances avant de vivre de sa plume. Actif sous le Second Empire puis surtout sous la Troisième République, il accède à l’Académie française en 1896, reconnaissance de son œuvre centrée sur les paysages, les mœurs provinciales et la vie rustique. Le roman naît dans un moment où la France se reconstruit après 1870, tout en consolidant des institutions républicaines stables. Ce contexte éclaire l’attention de Theuriet aux communautés locales, à l’autorité municipale et aux compromis sociaux qui soutiennent la paix civile dans les petites villes et bourgs.

Le cadre géographique implicite de nombreux récits de Theuriet renvoie à l’Est de la France, aux petites sous-préfectures, aux bourgs et aux forêts de la Meuse, de la Lorraine et de l’Argonne. Après la guerre franco-prussienne de 1870–1871 et l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand, ces régions de l’intérieur, proches de la nouvelle frontière, vivent sous l’ombre des garnisons et des places fortes (Verdun, Toul). Le réseau de la Compagnie de l’Est relie alors bourgades, scieries et marchés, accélérant les circulations tout en préservant des rythmes ruraux. Cet environnement explique l’attention portée aux terroirs, aux bois communaux et aux solidarités villageoises.

Sous la Troisième République, la commune est l’échelon central de la vie locale. La loi municipale du 5 avril 1884 consacre l’autonomie communale: le maire est élu par le conseil municipal, tandis que le préfet demeure le représentant de l’État dans le département. Gendarmes, instituteurs, curés ou pasteurs, gardes champêtres et notaires structurent la sociabilité et l’autorité quotidiennes. Les litiges ordinaires relèvent souvent du juge de paix, juridiction de proximité présente dans chaque canton. Ces cadres institutionnels, stables et très lisibles pour les lecteurs de l’époque, organisent les hiérarchies symboliques et matérielles qui pèsent sur la propriété, le mariage, l’honneur et la réputation.

Les forêts occupent une place majeure dans l’économie et l’imaginaire des régions de l’Est. L’administration des Eaux et Forêts, régie par le Code forestier de 1827, encadre coupes, replantations, droits d’affouage et lutte contre le braconnage. Le bois alimente chauffage, charpentes et traverses de chemin de fer; scieries et voituriers rythment les saisons. Charbonniers et bûcherons constituent un monde de métiers itinérants, surveillés par les gardes forestiers. Theuriet, qui publie le recueil poétique Le Chemin des bois en 1867, a montré une sensibilité constante à ces milieux, à leurs usages et à leurs conflits, qu’il inscrit dans un cadre légal précis et bien connu.

Dans les campagnes françaises de la fin du XIXe siècle, paroisse et école structurent la communauté. Jusqu’à la loi de séparation de 1905, le régime concordataire organise le culte catholique et la rémunération du clergé par l’État. Les lois Ferry (1881–1882) rendent l’enseignement primaire gratuit, obligatoire et laïque, confiant aux instituteurs une mission civique nouvelle. Ces réformes, relayées par les préfets et les inspecteurs d’académie, redessinent les équilibres entre curés, notables et autorités municipales. Elles nourrissent débats et fidélités, particulièrement vifs dans les petites villes, où l’affirmation républicaine se confronte aux traditions religieuses et aux usages communautaires hérités.

Le paysage littéraire des années 1870–1890 est dominé par le réalisme et le naturalisme, tandis que perdure une veine du « roman rustique » héritée notamment de George Sand et d’Erckmann-Chatrian. Theuriet s’y inscrit par son attention aux mœurs provinciales, aux métiers et aux paysages, mais privilégie une écriture mesurée et descriptive. Comme beaucoup d’auteurs de son temps, il publie dans des périodiques influents, dont la Revue des Deux Mondes, avant l’édition en volume. La diffusion en feuilletons et par les bibliothèques de gare élargit le lectorat urbain et provincial, ce qui favorise des intrigues lisibles, ancrées dans des cadres sociaux précis et contemporains.

La France rurale de la fin du XIXe siècle connaît l’exode rural et la fragmentation des propriétés, conséquence de l’égalité successorale instaurée par le Code civil. Les petites exploitations dominent de nombreux cantons; artisans, commerçants et notables locaux composent une petite bourgeoisie influente. Le notaire enregistre ventes, dots et partages; le juge de paix arbitre querelles de voisinage et créances. La loi Naquet (1884) rétablit le divorce, sans remettre en cause la puissance maritale définie par le Code civil, ce qui pèse sur les trajectoires féminines. L’essor des chemins de fer intensifie échanges et mobilités, rapprochant villes et bourgs tout en redistribuant opportunités.

Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Chanteraine, à l’instar des romans rustiques de Theuriet, transpose ces réalités institutionnelles et sociales dans un décor provincial minutieusement observé. Les contraintes légales, la hiérarchie locale et l’ascendant des notables façonnent les choix des personnages, tandis que l’essor républicain redéfinit devoirs, mérites et attentes. Par l’observation patiente des pratiques quotidiennes et des usages du lieu, l’ouvrage met en évidence la tension entre traditions, intérêts matériels et normes morales. La nature sert de contrepoint lyrique, mais le récit demeure attentif aux règles concrètes qui gouvernent la réputation, la propriété et la coexistence au sein de la communauté.

Chanteraine

Table des Matières Principale
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
DEUXIÈME PARTIE I
II
III
IV
V
VI
VII
VII
IX
X
XI

II

Table des matières

L'HABITATION des Fontenac occupait le fond d'une courte avenue de platanes, débouchant sur la route de Choisy à Versailles. Elle se composait d'un pavillon de briques, à haute toiture d'ardoise, et d'un jardin fruitier assez vaste. L'aïeul du propriétaire actuel, un certain Jean Fontenac, maître maçon, avait acquis pour une bouchée de pain ces dépendances du château de Bellièvre[1], vendu, en 1792, comme bien d'émigrés. Ce lambeau de l'ancienne seigneurerie de Fresnes était traversé par un bras de la Bièvre qui, au sortir du moulin de la Croix-de-Berny, se divisait en plusieurs petits cours d'eau somnolents, hantés par les grenouilles:—d'où lui était venu, probablement, le nom de Chanteraine.—Le premier possesseur l'avait fort négligé; mais son fils, Noël Fontenac, marchand de tableaux et d'antiquités bien connu à l'Hôtel des Ventes, sous le second Empire, s'était mis en tête d'en faire sa maison de campagne. Homme de goût, il restaura artistement ce pavillon délabré, datant de la fin du XVIe siècle; il y transporta les meubles et les bibelots choisis parmi les plus belles pièces de ses collections et, finalement, il s'y retira, après avoir cédé sa maison de Paris et sa clientèle. Plus tard, un entrepreneur du pays avait acheté les terrains en bordure de l'avenue et y avait construit quatre petites villas avec jardinets, qu'il louait à des Parisiens, amoureux de villégiature à bon marché. Ces bâtisses neuves, d'une architecture prétentieuse, altéraient désagréablement l'harmonieuse intimité du décor; néanmoins, vu à travers la grille de fer forgé qui fermait le fond de l'avenue, Chanteraine avait encore bon air, avec son toit aigu, ses épis faîtiers, ses cheminées sculptées, sa façade aux croisillons délicatement ouvragés et sa cour pavée, aux encoignures plantées de lauriers-tins.

Entre cette cour silencieusement verdoyante et le jardin bien affruité, au milieu de ses antiquailles favorites, Noël Fontenac avait savouré le recueillement des heures de la retraite. Il y mourut subitement vers 1879, et la maison resta inoccupée pendant près de cinq ans. Le fils du collectionneur, Simon Fontenac, retenu à Paris par ses fonctions de juge, et surtout par l'humeur mondaine de sa jeune femme, n'y séjourna que rarement. En fait de villégiature, Mme Simon Fontenac, née Gabrielle Cormery, préférait les bains de mer ou les villes d'eaux, où elle pouvait montrer ses toilettes tapageuses et fleureter tout à son aise. Elle dédaignait cette demeure mal avoisinée, humide, inconfortable, et l'avait en grippe. Un jour, le magistrat, mis en éveil par une lettre anonyme, surveilla plus attentivement les allées et venues de la dame, et acquit la douloureuse certitude qu'il figurait au nombre des maris trompés. Le délit était flagrant; mais, avant d'intenter une action en divorce, Fontenac crut convenable de se démettre de ses fonctions. Le tribunal donna gain de cause au mari et lui confia la garde des deux enfants nés de ce mariage malheureux. L'épouse coupable accepta la sentence des juges et renonça à plaider en appel, à condition qu'on lui conduirait, une fois par mois, son fils et sa fille. Ce fut alors que Simon Fontenac résolut de s'établir définitivement à Chanteraine[1q].

L'habitation lui plaisait; il y avait passé une partie de son enfance et de sa jeunesse. Elle était, d'ailleurs, suffisamment proche des bois pour satisfaire les goûts campagnards de l'ancien magistrat, et assez peu distante de Paris pour que l'instruction de Landry et de Clairette n'eût pas à souffrir de la décision paternelle, lorsqu'il deviendrait nécessaire de leur donner un enseignement plus fort et plus complet. En attendant, Simon se proposait de s'occuper personnellement de leur éducation.

Jamais Fontenac n'avait eu une bien vive sympathie pour sa femme. Il s'était marié par convenance. Dès le début, des divergences de caractère et de goûts avaient insensiblement éloigné les deux époux l'un de l'autre. Studieux, sauvage et casanier, le mari détestait le monde et les sorties du soir; la femme s'ennuyait au logis et se posait en victime dès qu'elle n'avait pas une partie de plaisir en expectative. Simon était autoritaire, quinteux et cassant; Gabrielle Cormery, vaniteuse et frivole, manquait de souplesse et regimbait à la moindre observation. Aussi, après sa mésaventure conjugale, Fontenac se trouvait-il plus mortifié qu'endolori; il souffrait surtout dans son amour-propre, et la trahison de sa femme mettait, dans son cœur, plus de dégoûts que de regrets. Il poussa donc un soupir de soulagement quand son mariage fut légalement dissous, et s'installa à Chanteraine avec joie, se sentant tout réconforté par l'espoir d'élever ses deux enfants à sa guise, d'après certains principes d'éducation qui lui étaient chers.

Au commencement, il aborda sa tâche d'éducateur avec le zèle effervescent d'un néophyte. Malheureusement, ses élèves ne montrèrent pas la même ardeur. Avec Clairette, raisonneuse et d'humeur contredisante, Simon se heurta à des opinions déjà arrêtées et à une agaçante indépendance d'esprit. L'enfant était remarquablement intelligente, mais impulsive, indocile et fantasque; rebelle à tout enseignement purement dogmatique, elle n'acceptait rien de ce qu'on prétendait lui imposer comme article de foi et ne se laissait toucher que lorsqu'on la prenait par le sentiment ou l'imagination. Simon Fontenac, au contraire, n'admettait que l'autorité de la raison et s'irritait de ce qu'on osât discuter ce qu'il appelait la «chose jugée». L'irrévérente Clairette, sans respect pour des affirmations purement doctrinaires, se plaisait à blaguer les arguments paternels et réussissait souvent à embarrasser son précepteur. Les rôles se trouvaient ainsi renversés, et la malicieuse enfant en riait sans vergogne. L'ex-juge avait deux gros défauts: il manquait de patience et ignorait l'art d'envelopper de miel les pilules amères de la science. Il s'emportait, jetait le livre à la tête de l'élève moqueuse et la renvoyait à ses chiffons.

—Les femmes, déclarait-il, sont des créatures incomplètes, incapables de s'assimiler les idées abstraites; je perdrais mon temps à essayer de meubler de notions sérieuses cette tête folle; mieux vaudrait démontrer le carré de l'hypoténuse à une chèvre!

Au bout d'un an d'expériences inutiles, il se rebuta, fit venir une institutrice, la chargea de ce rôle de pédagogue où il avait si peu réussi et se borna à s'occuper du seul Landry.

—Avec les garçons, dit-il, il y a toujours de la ressource. Ils sont plus sensés et plus malléables...

Sur ce dernier point, il fut servi à souhait. Landry était souple comme une anguille; il était également rusé comme un renard, et fanfaron autant que les capitaines Fracasse de l'ancien répertoire. Au début de chaque leçon, il se montrait plein d'assurance et promettait monts et merveilles. Tandis que Fontenac s'évertuait à dicter une page de français, à expliquer la règle du que retranché ou à démontrer un théorème, le gamin n'écoutait que d'une oreille. Un moineau piaillant dans le jardin, une mouche bleue bourdonnant à la fenêtre, suffisaient à détourner son attention. Alors, il ne songeait plus qu'aux parties de jeu à organiser ou aux bons tours à faire dans le voisinage. Quand le père, encore tout échauffé de sa dissertation, demandait:

—As-tu compris?

—Parbleu! répondait audacieusement le Traquet.

Mais, le lendemain, la dictée grouillait de fautes, la leçon n'était pas sue, les devoirs étaient bâclés. A travers les portes, on entendait Simon Fontenac crier:

—Tu n'es qu'un âne, un âne bâté!...

Landry baissait sournoisement la tête sous la grêle des reproches et n'en devenait pas plus appliqué. Il tenait de sa mère une vanité de paon, une légèreté de papillon et, par-dessus tout, un amour effréné de plaisirs. Simon Fontenac constatait chaque jour, avec tristesse, les fâcheux effets de cette hérédité maternelle. Comme il était opiniâtre, il ne perdait pas tout espoir de corriger les mauvais instincts de sa progéniture et d'amender ce sol ingrat en y jetant un peu de bonne semence. Néanmoins, il commençait à se décourager et, pour se consoler de ses déconvenues, il s'absorbait de plus en plus dans son étude favorite. Lui aussi, il avait subi l'influence de l'hérédité. Il était devenu collectionneur, comme son père; mais, au lieu de la manie des bibelots, il avait celle de l'ornithologie. Son cabinet de travail était garni de vitrines renfermant de nombreux échantillons des oiseaux du pays, avec leurs nids et leurs œufs, rangés par espèces. Il étudiait leurs mœurs et employait une partie de ses journées à rédiger, sur des fiches, les résultats de ses observations. Peu à peu, les heures réservées à l'enseignement pédagogique s'accourcissaient au profit des recherches d'histoire naturelle. De plus en plus pressé d'enfourcher son dada, l'ancien magistrat en était venu à se désintéresser des études de Clairette et à supporter philosophiquement les fréquentes écoles buissonnières du Traquet. Il finissait par laisser au frère et à la sœur la bride sur le cou. Il avait, du reste, pour principe qu'il faut préparer de bonne heure les enfants au combat de la vie, par l'habitude d'exercer leur responsabilité à leurs risques et périls. Il s'en remettait à la grondeuse surveillance d'une servante quinquagénaire, nommée Monique, qui, depuis vingt ans, gouvernait le logis, et en laquelle il avait toute confiance. Seulement, Monique, affairée aux besognes du ménage et, d'ailleurs, peu écoutée par ses jeunes maîtres, ne pouvait guère que gémir sur leurs incartades.

De temps en temps, l'ornithologue était désagréablement rappelé à la réalité par l'apparition du Traquet, les vêtements en loques, le nez saignant et l'œil poché, à la suite d'une rixe avec les gamins du village,—ou bien par les rapports indignés de Monique sur les équipées garçonnières de Clairette, qui scandalisaient les voisins. Alors, Simon Fontenac avait plus nettement conscience du désarroi jeté dans son intérieur par le divorce. Il se sentait incapable de mener à bien l'éducation de ces deux enfants terribles, auxquels manquait la sollicitude tendre et attentive d'une mère prudente. A la vérité, Mme Gabrielle Cormery avait prouvé, par sa conduite, combien elle se souciait peu de ses devoirs maternels. Mais le divorce n'avait nullement amélioré la situation, au point de vue de la famille. Au contraire, dans l'état actuel, le remède était peut-être pire que le mal. Ballottés, maintenant, entre un père et une mère ennemis, Clairette et Landry perdaient, de jour en jour, le respect filial et le sentiment de l'autorité. Pendant leurs visites mensuelles et obligatoires chez l'épouse divorcée, ils entendaient Mme Gabrielle récriminer violemment contre son ex-mari et le tourner en ridicule. Adroite et astucieuse, elle essayait, à force de cajoleries et de gâteries, de gagner leur affection et de les indisposer contre leur père. Qui sait à quel point elle y réussissait?... Les enfants revenaient, de leur visite, troublés et peut-être déjà aigris, établissant de pénibles comparaisons entre le joyeux train qu'on menait chez leur mère et la maussaderie du régime paternel. De même que la bile extravasée colore en jaune la peau et les yeux d'un malade, l'amertume de ces constatations déteignait sur Fontenac et lui faisait soudain envisager l'avenir tout en noir.

Il était précisément en ces dispositions mélancoliques, ce matin d'automne où Clairette et le Traquet flânaient, perchés à chevauchons sur le mur du verger. Il songeait que le lendemain, dimanche, Monique devait conduire les enfants chez leur mère, et cette perspective le rendait singulièrement irritable. Pour dissiper sa mauvaise humeur, il avait pris, dans sa bibliothèque, un volume de Buffon, et debout, près de la fenêtre ouverte sur les pelouses du jardin, il feuilletait le chapitre consacré à l'«histoire du merle». La lumière voilée de la matinée brumeuse éclairait doucement sa tête grisonnante et son corps maigre enveloppé dans une robe de chambre de bure grise.

Simon Fontenac entrait dans sa quarante-sixième année. Petit, fluet et nerveux, comme son fils Landry, il avait le teint pâle et légèrement bouffi. Une maigre barbe roussâtre couvrait mal son menton carré et volontaire. Ses yeux, d'un bleu vif, brillaient d'un éclat fiévreux. Le front bombé, le nez court et retroussé, la proéminence de la mâchoire supérieure aux dents pointues, donnaient à son visage un air de dogue rageur. Cependant, l'intérêt de la lecture, en ce moment, atténuait un peu cette expression combative. Les paupières baissées voilaient le regard aigu; les lèvres, attentives et plissées, restaient chagrines, mais devenaient moins agressives.

Peu à peu, Simon, pris par l'attrait du chapitre commencé, oubliait ses soucis et perdait la notion du monde extérieur. Tout à coup, au dehors, le bruit d'une dispute le fit sursauter. Il reconnut, aux intonations criardes des deux voix querelleuses, les auteurs de ce vacarme, jeta avec colère son livre sur une table, ouvrit brusquement la porte du couloir et aperçut Monique qui s'efforçait de séparer le Traquet et Clairette, en train de se gifler.

—Garnements! s'écria-t-il exaspéré, vous ne pouvez donc pas rester une minute ensemble sans vous chamailler comme deux geais?...

—Mossieu! protesta énergiquement Monique avec son accent de la Corrèze, ils me font damner... Tâchez d'en venir à bout; quant à moi, abernuntio!...

—Entrez! ordonna Fontenac.

Quand la porte se fut refermée sur les deux coupables, qui se lançaient encore des regards irrités, le père reprit:

—Drôles! montez chacun dans votre chambre. Vous y garderez les arrêts jusqu'à demain dimanche, qui est le jour où vous rendrez visite à votre mère... Tâchez de vous conduire, à Paris, plus correctement et plus décemment qu'ici... Maintenant, allez... On vous portera votre pitance là-haut, car j'en ai assez de vous voir et de vous entendre!...