Chaos - Dan Devannes - E-Book

Chaos E-Book

Dan Devannes

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Beschreibung

Lorsque les frères Talerdain reçoivent l’appel de tante Thérèse leur annonçant la disparition de leur cousine enseignante, ils ne savent pas qu’ils vont être entraînés dans les bas-fonds des cités de banlieue, dans ces territoires de « non-droit » où l’extrémisme religieux prend le pas sur les principes républicains. « Avant de raccrocher, elle me recommanda de ne pas monter tout nu. Cela voulait dire, prendre l’artillerie ».
Ces deux anciens de l’Algérie sortiront-ils indemnes de cette « enquête » ?
Dans ce conte politico-fantastique, Dan dénonce l’islamisation radicale. Ses deux héros nous plongent dans le malaise des cités de banlieue. L’auteur mêle humour, cynisme et violence pour évoquer une réalité dramatique qui nous touche tous.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Dan Devannes a exercé des métiers aussi divers que chaudronnier, illustrateur, décorateur pour le cinéma, barman, magicien professionnel, ce qui lui offre voyages et culture au gré de ses déplacements. De retour en France, il crée avec son épouse catalane un hôtel pour chiens et chats qu’il construit de ses mains dans les plaines du Roussillon. Il est également auteur de plusieurs BD, d’un livre d’art Croquis au cœur de Sitgès et d’un roman Mon chien… ce héros.

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Seitenzahl: 302

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Éditions Encre Rouge

7 rue du 11 Novembre – 66680 Canohes

Mail : [email protected]

Dan Devannes

Roxane Hochelaga Co

Chaos

Du même auteur aux Éditions Encre Rouge :

Meurtres à la maison de retraite, 2019.

Embrouilles à Madrid, 2020.

Le titre turc est : Chaos

Selefiler arassinda Ramdame

Traduction de SHILHAHA Qamar. Ce roman est un conte politique. Les auteurs dénoncent les conformismes du temps présent, l’islamisation radicale et l’application de la Charia dans tous les quartiers : de Paris à Grenoble, de Toulouse à Strasbourg, Marseille, et de bien d’autres endroits. 

Elle était mon amie, photographe freelance rencontrée à Visa pour l’Image à Perpignan. Elle m’avait suggéré à cette époque d’écrire une histoire d’anticipation avec pour sujet : l’enlèvement d’une femme professeur et d’un étudiant juif homosexuel, bien avant l'assassinat de Samuel Paty par un terroriste islamiste en octobre 2020 dans la commune d'Éragny dans le Val d'Oise.

« Si un jour, un groupe d’hommes et de femmes fatigués de voir la France défigurée, traumatisée, « maquée » par ces migrants trafiquants de drogue et de femmes, imposant leurs lois venues des territoires Africains ou Arabes se rebiffe, alors on verra si la France est prête à voiler ses femmes et à prier cinq fois par jour. »

Elle avait tracé les grandes lignes de cette révolte possible. Un roman qui fait froid dans le dos ? Non, quand on voit les photos des journaux ou les images à la télévision, les manifestations anti–blancs, tasse de thé de tous ces bobos de gauche ou d’extrême gauche écolo, qui ne voient que la repentance de la France pour l’Algérie et la négritude.

« Je ne souscris ni à l’idéologie victimaire de l’extrême gauche, ni au racisme de l’extrême droite » disait-elle. Ce roman semble presque trop irréel et bien en dessous de la réalité de la vie de tous les jours pour les musulmans modérés, dont la vie est pourrie et menacée par les trafiquants de drogue, qui alimentent le terrorisme.

Mon amie Roxane Hochelaga était Kurde, combattante Peshmerga, elle a trouvé la mort à Musil (Mossoul seconde ville d'Irak). Son corps n’a jamais été retrouvé.

PAIX À SON ÂME -

CHAPITRE PREMIER.

Ce dimanche matin de juin 1955, il faisait un temps magnifique, une douce chaleur. Une brise légère soufflait sous les robes des filles découvrant leurs jambes. Conrad se préoccupait ce matin-là de voir sous les jupes des filles, comme le chante si bien Souchon aujourd’hui. Son frère et lui étaient un week-end sur deux chez leur père qui demeurait rue Henri Barbusse à la Courneuve. Tous les dimanches, ils l’accompagnaient au café « Les quatre chemins », café, restaurant et surtout PMU pour y faire le tiercé. Leur père y retrouvait ses amis et un certain Saïd pour faire les turfistes du dimanche comme beaucoup de Français à cette époque, qui privilégiaient le PMU aux champs de courses.

Avec leur argent de poche, les frangins achetaient des illustrés au kiosque à journaux, posé sur le trottoir comme un manège, juste en face du café. La brise agitait comme des petits drapeaux les Unes des journaux consacrés aux turfistes comme autant de promesses de bons tuyaux.

Les frangins étaient assis à une table près de la baie vitrée donnant sur le boulevard pour voir passer les filles en sirotant un diabolo menthe. Du haut de ses quatorze ans, Conrad s’imaginait avoir beaucoup de succès, mais son frère Jack, âgé de seize ans, le faisait redescendre de son nuage de séducteur en herbe.

⸺ Elles te regardent en souriant parce que ta tête est comique ! Tu as les cheveux en brosse et malgré cette coupe, tu n’arrives pas à discipliner les deux ou trois épis de ta tignasse.

Il avait raison, seul l’usage d'une quantité immodérée d’un tube de « PENTO » y parvenait et uniquement les jours de grandes occasions : mariage, enterrement, fête de fin d’année, familiale ou scolaire ! En ce qui concerne la fête de fin d’année scolaire, étant rarement appelé pour une remise de prix, la mère de Conrad ne voyait pas l’utilité d’un tel investissement…

Si ! Une fois, j’ai eu droit à un tube et demi de « PENTO ». J’avais obtenu le meilleur résultat de toute l’école pour la vente des timbres, pour la Polio. À ce titre, j’ai eu un énorme dictionnaire, remis par ma maîtresse préférée, celle qui m’envoyait sous le bureau en punition et croyez-le, cher lecteur, cela n’en était pas une, bien au contraire. Elle est responsable de mes premiers émois amoureux. J’aurais pu devenir un champion de géographie, vu le nombre de cartes de France que j’ai laissées dans les draps. Mon attachement, encore aujourd’hui, aux porte- jarretelles date de cette époque. L’Annapurna de l’érotisme… Mais quand j’y repense, elle y trouvait un certain plaisir, pour m’avoir laissé toucher ce petit morceau de cuisses chaudes, entre le dessus du bas et la culotte en soie, où quelques poils dépassaient de chaque côté, ce qui ajoutait à mon bonheur une excitation supplémentaire. C’était autrement plus bandant que ces chattes rasées d’aujourd’hui ; façon ticket de Métro... bien que je connaisse des minous qui sont plus un ticket restaurant ! Attention ! Je ne dis pas tablier de forgeron… mais presque.

Toujours est-il que jamais ma maîtresse ne m'a fait de remontrances. Sans être un élève intelligent, mais pas plus bête qu’un autre, j’avoue avoir passé beaucoup de temps sous ce bureau qui était fermé devant à la vue des autres élèves. Une période magnifique que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Les Frères Musulmans qui maintenant sont dans tous les rouages de l’Administration ne le toléreraient pas et la burqa (de l’Arabe « voile ») n’est pas le vêtement idéal pour exposer ses gras-doubles. Ce que n’avait pas ma jolie maîtresse.

Le bar à cause du PMU était extrêmement bruyant. Les turfistes s’échangeaient leurs tuyaux, persuadés que le leur était meilleur que celui de l’autre. La pince à la main, ils poinçonnaient à tout-va, presque autant que le poinçonneur des Lilas de la station de Métro, chanté avec talent par Serge Gainsbourg. Le carrelage était maculé de confettis mélangés à la sciure de bois. Tout à la lecture de nos illustrés, des cris nous sortirent mon frère et moi de nos chevauchées en compagnie de Roy Rodgers et de Texas Cow-boy. Saïd venait de se faire égorger d’une oreille à l’autre. Il était 12 heures 45.

Occupé au comptoir à choisir les bons chevaux avec son ami, Eugène Talerdain notre père tournait le dos à la rue. Ni l’un ni l’autre ne virent arriver les agresseurs. Mon père fut légèrement blessé au bras dans sa tentative d’arrêter ces lâches assassins.

L’enquête n’apporta rien que tous les Arabes ne connaissaient pas déjà pour le subir tous les jours. Le racket entre les partis politiques qu’étaient le FLN{1} et le MNA{2}, leurs hommes de main qui tuaient tous ceux qui refusaient de cracher au bassinet... Au début de cette guerre fratricide, il y avait quelques récalcitrants au paiement de l’impôt révolutionnaire, vite rentrés dans le rang, soumis par la terreur de l’assassinat.

Debout, mon frère et moi, comme les adultes, regardions Saïd glisser vers le sol soutenu par notre père, le corps agité de soubresauts. Le sang au rythme de son cœur envoyait des giclées sur Eugène, comme une prostate décadente.

Confrontés pour la première fois à la mort en direct, mon frère et moi étions écœurés par la lâcheté de ces gens. À cette époque, la mort on ne la voyait qu’au cinéma, dans les Western, les films de cape et d’épée ou les policiers. Pas de télévision dans la plupart des maisons, par conséquent, nous étions épargnés de toute cette violence.

Le lundi matin, je racontais tout à mon ami Ali, qui avait fait la Communale avec moi, rue de la Guadeloupe qui donnait dans la rue Pajol dans le 18° Arrondissement. Il n’était pas étonné. Son père tenait un café rue d’Aubervilliers, à l’angle de la rue Riquet et son oncle tenait également rue de Flandres un magasin de fruits et légumes. Tous deux étaient soumis à l’impôt révolutionnaire. Ils étaient rackettés soit par le FLN ou le MNA, souvent les deux à la fois. Le prix à payer pour rester en vie.

Nous habitions mon frère et moi, avec maman, dans un très vieil appartement (référence à Charles Aznavour) au 74 rue d’Aubervilliers, qui en fait était une loge de concierge, un immeuble de la vie urbaine. Un vrai luxe à cette époque grâce au deuxième mari de notre mère, qui, en tant que policier, était prioritaire pour obtenir une loge de concierge, comme la plupart des autres policiers.

En ces temps d’insécurité, les syndics d’immeubles aimaient avoir des flics dans les loges, c’était rassurant pour les locataires. Le va-et-vient de collègues venant boire le café ou l’apéro le prouvait. Les voitures de police, les cars ou les vélos des hirondelles qui stationnaient régulièrement devant l’entrée de l’immeuble pouvaient décourager les voleurs et autres démarcheurs. Bien qu’à cette époque, peu d’agressions envers les Français soient à déplorer, la suite prouva le contraire. Il y eut la mort de mon ami Ali, de sa petite sœur et de ses deux parents tués dans l’explosion du petit café, ou les Chibani{3} jouaient aux dominos en sirotant un bon « kawa » ou un thé à la menthe. Puis la mort de notre copain Hubert et de toute sa famille qui habitait à l’étage derrière le café, qui exploitait une petite fabrique de biscottes dans l’arrière-cour. Ils furent les premières victimes des terroristes. Aujourd’hui, on dirait : « victimes collatérales ». À cette époque, ce mot était très peu employé.

Depuis cette nuit-là, la haine des Arabes nous avait envahis, ignorant que le pire était à venir. Pourtant, avec Maurice, Ali, Kennouche, Achmi, la jolie Sarah et son frère Samuel, nous l’aimions notre quartier. Les rues avaient des noms qui nous faisaient voyager : Place du Maroc, rue de Kabylie, rue de Tanger, rue de Crimée... On traversait la rue de Flandre pour rejoindre le Canal de L’Ourcq qui était pour nous, notre Mer du Nord.

Tous ces Chibani, venus travailler en France durant « Les Trente Glorieuses » eux non plus ne reconnaissaient pas leur quartier, notre quartier, celui que nous partagions. La peur s’installait, les Fatmas recommandaient à leurs enfants de ne plus jouer avec les Français ni avec les Juifs, par peur des représailles.

Loin de l’image officielle, c’est à une « guerre de terreur » que s’est livrée le FLN. À son actif, entre 1954 et 1963 : entre 200 et 500 morts. Exactions, assassinats… Engagé dans une « guerre de terreur » contre la France et la population musulmane, le FLN a multiplié les massacres, ignorés par « les biens–pensants » mais confirmés par des notes et rapports « confidentiels », écrivait Arnaud Folch dans le numéro 21 Hors-Série de Valeurs Actuelles.

Les photos effroyables furent publiées en 1957 dans un document officiel intitulé : Aspects véritables de la rébellion Algérienne, édité par le ministère de l’Algérie, alors dirigé par le socialiste Robert Lacoste, sous les ordres du Président du Conseil et successeur de Pierre Mendès France, le radical Maurice Bourgès-Maunoury. Icône de la « négritude » et futur Président de la Côte d'Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, ministre d’Etat est numéro deux du gouvernement… Objectif de cette publication : révéler au grand public les atrocités commises par les indépendantistes. Loin, très loin de l’image de « libérateur »… « Nous avons été contraints de répondre par des faits et des documents irréfutables dans leur brutalité et leur horreur, prévient le ministère. Ces documents, nous ne les aurions jamais livrés à la connaissance de l’opinion si les bourreaux n’avaient pas entrepris de se présenter en victimes, si les criminels ne s’étaient pas mués en accusateurs. »

Suivent 154 pages, pour la plupart de photos prises sur les lieux d’exactions perpétrées par le FLN et L’ALN : des centaines de corps ou morceaux de corps, y compris de femmes et d’enfants décapités, écorchés, mutilés, égorgés… Des musulmans le nez et les lèvres découpés quand ils sont considérés comme impies, leurs parties génitales enfoncées dans la bouche lorsqu’ils sont condamnés pour « traîtrise »… Par respect pour les victimes et leurs descendants, nous avons décidé de ne publier aucune photo.

***

L'épisode décrit ci-dessus par le ministère ne parle pas des troufions appelés sous les drapeaux pour faire la guerre en Algérie, qui en quarante-cinq jours se trouvaient expédiés pour certains après un stage pré AFN (Afrique du Nord), brevetés parachutistes et largués en Algérie pour guerroyer contre les félouses{4}

Je passe sur les sévices institués par les officiers et sous-officiers pour endurcir ces pauvres appelés. Je parle de mon régiment, le 1°RPIMA, cantonné à Bayonne où je me suis retrouvé dans les commandos pour avoir oublié de me présenter à la caserne le jour venu. J’avoue que l’armée m’avait viré (rupture de contrat) trop encombrant à Bizerte{5}. Le motif : je désobéissais trop souvent à mon chef de groupe, le Sergent Damalix, plus jeune sergent de France, qui n’était tendre avec personne et encore moins avec moi. Sachant que j’étais là uniquement engagé volontaire (tu parles) par mon beau-père, pour ne pas rejoindre mes potes que l’on appelait « blousons noirs » à la prison de Fresnes, on me reprochait quoi ? De mettre trop d’ardeur à piéger les appartements que récupéraient les Tunisiens lors de l’abandon ou du repli de nos positions, poussés par L’OTAN.

À partir du 17 septembre 1961 sous la conduite du Consul de France Jeannot et cinq officiers désignés par l’Amiral Amman, grand patron de la base de Bizerte, le consul de France donna l’ordre d’évacuation. Au fur et à mesure que nous quittions les lieux, c'était une défaite de plus pour la France. C’est là que j’ai vraiment pris mon pied à mettre en œuvre tout ce que l’on m’avait appris : une grenade accrochée intelligemment à l’intérieur de la réserve d’eau des W.C et boum chaque fois qu’un melon allait pisser ou chier. Il venait de tirer la chasse d’eau, une grenade quadrillée plus le réceptacle en fonte, bonjour les dégâts. À chaque explosion, les fenêtres encore munies de vitres explosaient avec de gros morceaux de barbaque sanguinolents qui tombaient comme des feuilles en automne sur les trottoirs parisiens ou en Province. Il y avait un autre engagé, un Marseillais. Lui, son plaisir, c'était les portes de squares et jardins et avec la même technique.

J’aimais bien également les pieds de lits, autre mode d’emploi sans grenade, juste des petites mines anti-personnelles calées sous un seul pied. Ces abrutis, dès qu’ils récupéraient leur piaule, ils se jetaient sur leur plumard, tellement heureux de notre départ qu’ils ne remarquaient pas que le lit était de guingois et là, re boum ! Et bien pour ces faits, l’Armée choisit de me libérer avant la fin de mon contrat, ce qui n’a pas arrangé mes rapports avec Riton les belles savates. Mon beau-père m’accusa d'avoir fait exprès de me faire virer uniquement pour l’emmerder et pour nuire à sa carrière. Pour ça, il n’avait nullement besoin de ma participation, il le faisait très bien lui-même…

Par conséquent, je ne voyais pas bien la raison de ma présence en Algérie vu que mon frère Jack y était déjà en tant que parachutiste à la compagnie de livraison air à Blida et décoré déjà, pour des faits d’Armes. Notre oncle qui ne s’appelait pas Charly, mais Émile, Milo pour ses hommes, était commandant d’une garnison de Parachutistes. J’estimais qu’il y avait suffisamment de Talerdain en service au Bled et qu'on pouvait se passer de Conrad Talerdain.

Ce n’était pas de l’avis du ministère des Armées qui m’avait logé (trouvé), grâce à un article élogieux sur notre resto. Un midi en plein service, comme le font si bien les services de l’état actuellement pour contrôler les restaurateurs et jeter le doute de la qualité de l’établissement pour les clients présents, on a vu débarquer en cuisine deux gendarmes. La « Grande Muette » avait de la gueule et du ressentiment envers ceux qui ne voulaient pas aller en AFN. On m’avait viré sans solde, qu’ils se démerdent sans moi.

***

Deux pandores de St Tropez débarquent au restaurant « La Googoolina » à la plage des Graniers, pour m’embarquer manu militari, les bracelets aux poignets comme un dangereux malfrat, devant les clients éberlués. On aurait pu leur faire croire, que c’était une nouvelle scène pour un des films des Gendarmes de St. Tropez, mais les Gendarmes de St Tropez, se sont fait connaître seulement en 1964, dans le film de Jean Girault ; mettant en scène De Funès, Galabru etc.

On m’arracha ni plus ni moins un morceau de ma chair. Nous avions créé l'établissement mon associé et moi. Giovanni Gresko était plus âgé que moi et pouvait financer l’établissement car il avait beaucoup de fric après avoir mis à l’amende le fils d’un diplomate Sud-Américain. Giovanni Gresko a prétendu lors de son procès avoir perdu tout l’argent aux courses de chevaux et dans les soirées chaudes, très chaudes ce qui nous a permis de créer ainsi la première paillote après sa sortie de prison avec de l’argent bien mal acquis, que Dieu nous pardonne. Elle se trouvait au bout du chemin caillouteux qui conduisait au cimetière. C'était bien avant le club 55 et tous ceux qui s’y sont greffés depuis, de St.Tropez à Ramatuelle.

Il m’arrivait fréquemment quand je rentrais du marché, d’arrêter ma pétrolette chargée de cageots de légumes de poisson et de viande pour fumer une cigarette, assis tout au bout du cimetière sur le muret de pierre surplombant la mer. À cette époque pas d’obligation pour le transport d’avoir des caisses réfrigérées : de la glace sur le poisson, la viande emballée dans des torchons et des journaux, les légumes dans le cageot du maraîcher, et en voiture Simone toi, tu conduis moi, je klaxonne. Devant le succès de notre petite affaire, les fournisseurs frileux avaient vite compris que nous avions un intérêt commun. À la fin du premier mois, tous avaient choisi de nous livrer.

La descente au restaurant et à la cuisine, pratiquement sur le sable de la plage, était plutôt casse-gueule, des marches taillées dans la roche conduisaient à une dalle de béton que nous nommions pompeusement la salle de restaurant. Les clients trouvaient ça très drôle cette rampe accrochée à un bout de marine{6} recouvert d’un filet de pêche servant de garde-corps. Seul Pascalino, le pêcheur, refusait de livrer qui que ce soit, partant du principe qu’il n’avait pas d’heure pour rentrer de la pêche. Alors beaucoup de restaurateurs laissaient leur femme assise sur une bitte d’amarrage au port, à attendre l’arrivée du lascar. Pour les plus pressés et exigeants, le marché se faisait à Nice. Comme je l’ai dit plus haut, j’aimais m’arrêter pour fumer une blonde en contemplant la Méditerranée et en m’interrogeant sur l’avenir de ce pays, sur le mien avec tous ces troubles en France et en Algérie.

Quel bonheur, quel plaisir de jouir du paysage et du soleil ! L’odeur de l’iode montait des ressacs qui s’écrasaient sur les rochers. Les parfums d’algues emplissaient mes narines et me faisaient oublier les mauvaises ondes, qui quelques fois s’imposaient à moi. J'avais pourtant la chance d’avoir un job du tonnerre dans un endroit merveilleux que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et malheureusement ne connaîtront jamais.

J’y suis retourné, il y a quelques années… J’avoue sans honte que j’ai pleuré. Des parkings à la place des Lys, le port rallongé et défiguré pour tous ces peintres et camelots... Je n’ai pu accéder à la plage des Graniers occupée par une équipe de tournage de cinéma ou télé. Le petit chemin caillouteux était goudronné, aussi lisse qu’une autoroute... Seule restait la plage de la Ponche, à peu près identique. J’ignorais que ces moments-là deviendraient au fil du temps des moments rares et que ce bonheur ne résisterait pas longtemps au changement que l’on pouvait deviner. L’air du temps comme on dirait aujourd’hui.

L’enseigne, en bois brut peinte à la main façon longboard dans les clubs de Surf, enjambait toute l’entrée à trois mètres de hauteur et portait une inscription « La GooGoolina », plage interdite aux snobs. À votre avis, c’était quoi notre clientèle ?

Les tables étaient faites de planches de bois mal dégrossies. Les bancs étaient un peu plus lisses, recouverts de coussins bleu et blanc, de la même couleur que les matelas de plage. Nous faisions la bouillabaisse dans des bidons de carbure, les grillades sur de bonnes vieilles briques alimentées par des sarments et des ceps de vigne que nous fournissait un viticulteur en même temps que son vin. Aujourd’hui encore, il m’arrive de boire son rosé et de mesurer le chemin qu’il a parcouru avec un produit de qualité et un terroir bien travaillé. Les serviettes en papier coûtaient beaucoup trop cher à cette époque, nous avons donc inauguré les premiers rouleaux de papier cul transformés pour l’occasion en serviettes, suspendus au-dessus des tables par des ficelles. Je crois me souvenir que c’était la première année que cette nouveauté remplaçait le papier toilette en feuilles et encore dans beaucoup d’endroits, il était courant de trouver des journaux coupés en petits carrés accrochés à un clou dans les toilettes à la turque.

L’eau nous était livrée tous les matins par la mairie au moyen d'un petit camion-citerne. La plage des Graniers était desservie par un chemin de terre caillouteux qui menait au cimetière face à la mer. Une époque bénie où les services vétérinaires ne faisaient pas irruption au moment du service pour vous contrôler. Je me souviens qu’à cette époque, on ne parlait pas d’écologie ; le ramassage des poubelles ? Alors… Notre solution n’avait rien d’écologique et faisait enrager deux personnes : Brigitte Bardot et notre plagiste. La technique était épatante ; elle consistait à mettre deux planches en travers des flotteurs avant d’un de nos pédalos, de poser les poubelles dessus et d’aller vider au large. Cette façon de faire avait un inconvénient, la mer n’était pas toujours une bonne collaboratrice. Au petit matin, le plagiste râlait en retrouvant ce que la mer avait ramené dans la nuit sur la plage et quelques fois, c’est au large de la Madrague que flottaient nos saloperies, provoquant la colère de cette chère Brigitte, qui nous le faisait savoir bruyamment quand on se retrouvait au marché Place des Lys... Je me souviens d’un matin où je prenais mon petit-déjeuner au « Café des Arts » chez notre ami Jean Marie Rivière qui plus tard, bien plus tard, créa L’Alcazar à Paris et bien d’autres endroits de fêtes aujourd’hui disparus. Brigitte me passa un tel savon que la honte faillit me faire étouffer avec mon croissant. Après un rendez-vous avec les autorités municipales, il fut convenu d’éviter les déconvenues ; comme la mairie nous livrait l’eau, elle ferait enlever les poubelles.

Voilà à quoi la « Grande Muette » m’avait arraché.

CHAPITRE II

Les années ont passé, l’Algérie nous a tous marqués, aussi bien les parents des troufions morts pour la France, là-bas, loin de chez eux, que ceux qui ont eu la chance de revenir. Je me souviens de récits qui encore aujourd’hui font froid dans le dos, à l’heure où notre pays, la France, est envahi par tous ces musulmans, comme l'écrivait Didier Bali, en septembre 2018.

J’avais 12 ans quand les terroristes du FLN, soutenus par Maurice Audin, déposaient leurs bombes dans les bus, les stades, les salles de spectacles et de concert et les brasseries d’Alger.

J’avais 12 ans quand j’ai été confronté au corps affreusement mutilé d’une femme, rassemblé à la hâte sous son manteau, victime d’une poseuse de bombe du FLN soutenue activement par Maurice Audin et retrouvée quelques années plus tard dans un hôpital parisien, soignée vraisemblablement grâce à l’ A.M.E !

J’avais 12 ans lorsqu’un ami de mon père, Mercier, syndicaliste CFTC aux chemins de fer algériens a été lâchement abattu de trois balles dans la tête par un terroriste du FLN soutenu activement par Maurice Audin, son corps ensanglanté gisant de longues heures sur un trottoir sous son imperméable.

Tu parles Charles…

Le 60e anniversaire du 13 mai 1958 n’a pas été commémoré. Je vous recommande la lecture de l’excellent livre de Grey Anderson La guerre civile en France de 1958-1962 aux éditions La Fabrique on comprend pourquoi : «  les Généraux ? Tous des cons, des crétins, uniquement préoccupés par leur avancement et leurs décorations ». Celui qui se confie ainsi au journaliste Pierre Viansson-Ponté en juillet 1958, n’est ni gauchiste, ni antimilitariste : c’est de Gaulle lui-même ! Ce livre passionnant de l’historien Américain Grey Anderson raconte comment le retraité de Colombey-les-deux-Églises roula dans la farine la frange extrémiste de l’Armée. Maître de l’équivoque, de Gaulle se fit acclamer, le 4 juin 1958 à Alger en lançant son célèbre «  Je vous ai compris » mais qu’avait-il compris ? Ce Machiavel en képi avait subtilement joué et faisait passer la vaseline pour mieux nous…

Les frères Talerdain avaient comme beaucoup d’autres rejoint la vie civile et avaient eu la vie qu’ils souhaitaient ou pas. Jack et Conrad Talerdain, se croisaient de temps à autre au fil de rares réunions de famille, chacun habitant des régions assez éloignées les unes des autres. Le grand Jack n’était pas trop famille, à part son oncle le Commandant Parachutiste et sa mère veuve depuis quelques années.

Mais les deux frangins savaient qu’ils pouvaient compter l’un sur l’autre.

Un soir de novembre en plein confinement, le portable de Conrad sonna pendant qu’il rejoignait sa bétaillère (un utilitaire) poussant son chariot chargé des achats du supermarché qu’il venait de quitter. Son véhicule n'était pas garé très loin des laveries automatiques que l’on trouve de plus en plus sur les parkings de beaucoup d’enseignes. Les deux portes arrière de l’utilitaire ouvertes, assis, il écoutait le visage grave, ce que son frère lui apprenait.

⸺ Elle a été enlevée dans son quartier à Corbeil-Essonnes, elle était descendue promener son petit chien comme elle le fait tous les soirs. Tante Thérèse ne la voyant pas revenir s’est inquiétée et elle est partie à sa recherche. Le petit chien fut retrouvé égorgé, accroché par les « balloches » au lampadaire sous lequel Louisette avait l’habitude de fumer une cigarette assise sur le banc pendant qu’Oscar, son caniche reniflait entre les bouteilles vides, les seringues et les déjections canines. Toute la cité se moquait d’elle parce qu’elle ramassait les crottes de son chien depuis bientôt trois ans. Elle expliquait à ses élèves que pour garder un endroit propre, c’est ainsi qu’il fallait faire, mais avait peu de chance d’être entendue par ces tribus d’abrutis d’étrangers qui balançaient leurs ordures par les fenêtres.

⸺ Ouais ! Je connais l’endroit, quand je passais par la capitale, il m’arrivait de dormir chez eux et j’accompagnais régulièrement Lily, Louisette, en promenade, avant la sortie des Pitbulls, Doberman ou Rottweilers si gros, qu’ils ressemblaient plus à des cochons, qu’à des chiens. Cependant, la dangerosité des bestiaux était extrême… Tous ces cabots étaient pour la plupart élevés dans les caves et en surpoids. Leurs propriétaires, des Arabes et des Blacks étaient aussi agressifs que leurs chiens. Et que disent les flics ?

⸺ Ils cherchent, mais pour l’instant, ils s’interrogent : comme elle est prof de français et d’histoire, ils vont vérifier à son collège si ses derniers cours n’ont pas heurté les Salafistes ou autre crème que la France héberge depuis trop longtemps.

⸺ Quand tu dis ça, tu déconnes ?

⸺ Pas du tout mon p’tit vieux ! Ils ont trouvé également du sang qui n’est pas celui du chien, apparemment. J’appelle demain soir et en fonction des éléments, je monterai à Paris. Je crains le pire avec tout ce qu'il se passe actuellement. La mosquée qui a été fermée pas très loin de la cité les a rendus tous excités comme une ruche d’abeilles en colère. Et Jack raccrocha.

Toujours assis à l’arrière, il repensait à ce qu’il venait d’apprendre quand des cris et des insultes en français et en arabe le ramenèrent à la réalité. Deux jeunes filles en mini-jupes, s’apprêtant à reprendre leur voiture se faisaient agresser pour leur tenue, par une Arabe en burqa, qui remplissait de linge un de ces lavoirs automatiques.

Conrad se leva et s’approcha pour voir ce qu’il se passait.

⸺ Salopes, je vais dire aux Frères Musulmans de s’occuper de vous, je vous connais !

⸺ Toi, le fantôme, la ferme, traverse bien dans les clous, sinon t'es morte.

Les deux nanas avaient regagné leur voiture, une marche arrière et un démarrage sur les chapeaux de roues avaient poussé la Fatma dans mes bras, évitant ainsi d’être écrasée. Sans réfléchir, un réflexe de joueur de rugby que je n’étais pas, je balançai le paquet comme l'aurait fait mon copain Jo Maso{7}, avec un ballon. Belphégor s’explosa, la moitié du corps dans le hublot resté encore ouvert, la tête dans son linge. Encore un mauvais réflexe, je mis à l’intérieur du lave-linge ce qui restait pendouillant à l’extérieur de la mégère pas apprivoisée, qui secouait les guibolles avec frénésie, découvrant sous la burqa un joli cul enveloppé dans une petite culotte de couleur rouge, ou alors c’était le Tampax qui était aussi plein et débordant, que mon stylo de luxe Mont-Blanc, quand je le remplissais.

Je refermai le hublot et le tambour du méga lave-linge se mit immédiatement en route, car Fatima avait dû y glisser quelques pièces. Je retournai m’asseoir à l’arrière de ma bétaillère et contemplai l’énorme machine qui l’avait, qui lavait. De temps à autre, on voyait une main, qui faisait un petit signe. Le visage est apparu au moins deux fois, débarrassé du vêtement noir qui le cachait. On entendait les boucles d’oreilles cogner contre le hublot, dommage, il faisait presque trop sombre pour profiter du spectacle. L'heure tournait et le confinement ne permettait pas de s’attarder. Je m’approchai de la super lessiveuse pour dire au revoir à l’ombre qui tournait, que je considérais maintenant comme une ennemie. Après l’enlèvement de Lily, pas de quartier ! Je m’apprêtai à mettre quelques pièces de plus, pour le fun, mais au dernier moment, je réalisai qu’un relevé d’ADN sur les dernières pièces de monnaie lorsqu'ils découvriraient le corps, leur fournirait mes coordonnées. Pas bon, pas bon du tout, surtout si l’on doit monter à Paris récupérer, notre cousine chérie.

Installé au volant de ma bétaillère, je fis un petit geste de la main à la lessiveuse et me dirigeai vers l’entrée principale du supermarché. Une fois à l’intérieur du magasin, je m’adressai à la fille de l’accueil.

⸺ Je n'étais pas garé très loin de la station de lavage des voitures et j’ai retrouvé ma voiture cabossée et naturellement celui qui a fait ça ne m’a pas laissé sa carte, je voudrais savoir si les caméras de surveillance auraient pu enregistrer le sagouin ?

⸺ Une petite minute, j’appelle le directeur.

Devant mon désarroi, le directeur reconnut que seules les caméras de l’intérieur du magasin fonctionnaient, mais aucune située sur les parkings. Gentiment et très sincèrement emmerdé, le directeur me proposa de prendre les frais à sa charge. Je déclinai la proposition en le remerciant. Je pouvais maintenant, rassuré, rejoindre mes pénates où m’attendait mon chat Gépéto.

Plus tard dans la soirée, mon frère Jack m’appela pour m’informer qu’il se rendait dès le lendemain matin à Paris et qu’il comptait me voir là-haut, au plus vite. Habitant tous deux dans le sud de la France, Paris, pour nous, c’était forcément là-haut. Avant de raccrocher, il me recommanda de ne pas monter tout nu. Cela voulait dire, prendre l’artillerie.

CHAPITRE III

Le lendemain matin, j’accompagnais Gépéto, chez une amie qui tenait une superbe pension pour chats, où il avait ses habitudes. Après un câlin à mon chat, je regagnai l’entrée de la pension, en compagnie de sa propriétaire, qui, comme à un enfant ou à un vieillard, me donnait les consignes : n’oublie pas tes pilules, sois prudent... Elle aurait pu ajouter ne te penche pas à la portière du train, pour ne pas tomber. Elle était comme ça !

Un de mes amis m’attendait pour me conduire à la gare pour attraper le TGV de 11 heures. Ce charmant garçon que j’appelais dans la vie courante « mon poulet » était un ex joueur des Dragons Catalans{8} de cent kilos de muscles pour un mètre quatre-vingt-dix. Policier en poste actuellement au centre de rétention de Rivesaltes la nuit, il m’expliqua pendant mon transfert jusqu'à la gare qu’ils allaient recevoir bientôt, une dizaine de fichés « S » ce qui ne manquerait pas de radicaliser les autres déjà détenus. La décision avait été prise lors de la venue du Président Macron après sa visite à la Frontière Franco-Espagnole au Perthus. J'étais muni d’un vrai-faux certificat médical en bonne et due forme, d’un vrai médecin parisien ancien militaire au 1er RPIMA qui me fixait un rendez-vous pour les soins d’un glaucome imaginaire ; me permettant ainsi de circuler sans emmerdements.

***

Cela faisait deux jours que nous avions pris pension chez la tante Thérèse et toujours pas plus d’information que de branches au cul, comme aimait à répéter la grand-mère Talerdain.

⸺ Ce soir, nous irons fumer un pétard et boire une bière ou deux sur le banc où Lily avait l’habitude de s’asseoir le soir.

Il était un peu plus de 21 heures quand les deux frangins s’installèrent sur le banc, après avoir vérifié chacun avant de descendre que leurs matraques électriques étaient bien chargées. 20.000 Volts ça fait des étincelles et le même bruit, mais en beaucoup plus fort, que ces saloperies de moustiques qui se font griller dans les appareils à la lumière bleue suspendus sur les terrasses le soir, dans le midi. Et là peut-être, ce soir les parasites venus des pays chauds qui nous pompent l’air, vont faire connaissance avec nous.

Je venais tout juste d’allumer mon pétard quand arriva un groupe d’une dizaine de mecs accompagnés de chiens, aboyant comme des tarés, cherchant à se battre entre eux.

⸺ Alors les vieux, on sort ses rhumatismes ? Dit un grand noir rigolard. Le second, un Arabe tenait en bout de laisse face à nous son Doberman.

⸺ Vous avez l’autorisation de fumer de l’herbe à votre âge ?

Et le troisième, l’air aussi con que les deux autres ostrogoths, tenait son American Staff par la poignée fixée sur le collier, prêt à nous l’expédier. Visiblement, le cabot connaissait la chair fraîche, et même si la nôtre ne l’était plus depuis longtemps, nous n’allions pas engraisser ce gros con de cabot. Pendant que le reste du groupe se tenait en retrait, ceux qui s’étaient exprimés devaient être des petits chefs. Le grand black, s’approchant plus près de Conrad :

⸺ Tu fumes quoi ?

⸺ De l’herbe !

⸺ Je sens bien, du con ! Mais c’est quoi ?

⸺ Secret, mon ami, très secret même.

⸺ D’abord le vieux, je ne suis pas ton ami et qu’est-ce que vous venez foutre chez nous ?

⸺ On est là pour faire des affaires.

⸺ Des affaires, avec de l’herbe ? Vous allez mourir, les pépés.

⸺ Oh non ! Nous on fume mais on ne vend pas d’herbe, seulement des contrats d’assurance-vie dans les EHPAD.

⸺ Mais ils crèvent tous dans les E…Comme tu dis, bouffi.

⸺ Justement, quand les vieux meurent, pour que les familles puissent toucher la prime de l’assurance, il faut que l’on récupère les prothèses ; hanches, genoux, épaules, parfois les lunettes et on revend tout le matos en Afrique, Sénégal, Mali, Algérie, Maroc partout où il y a de la demande.

Les tronches des gus complètement dégoûtés nous regardaient avec étonnement.

⸺ Mais c'est dégueulasse ! Les pauvres vieux.

⸺ Oui, mais on prend un max de blé. D’ailleurs si dans votre famille vous avez besoin de nos services, on a toutes les tailles pour des jeunes, des vieux, hommes ou femmes ; contrairement à la Samaritaine, on ne fait pas l’enfant.

⸺ Pourquoi ?

⸺ Dans les maisons de retraite, il n’y a pas beaucoup de lardons.

⸺ Ah ouais, pas con !