Chaque jour est un combat - Lily . - E-Book

Chaque jour est un combat E-Book

Lily

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Beschreibung

Longtemps, Lily pense qu'elle est "seulement" dépressive, mais de rechutes en hospitalisations, elle finit par rencontrer un spécialiste qui décèle un trouble bipolaire. Le bon diagnostic enfin posé, il faut encore trouver un traitement adapté. Le premier qui lui est prescrit s'avère inefficace et le suivant l'est également. Lily continue d'osciller entre des phases de profond désespoir et d'exaltation qui l'épuisent. Malgré tout, la jeune femme veut croire à un mieux-être. Elle veut croire qu'elle pourra un jour reprendre le travail et mener une vie heureuse, auprès de son mari et de sa petite fille. Elle utilise à cet effet tous les outils à sa portée pour comprendre sa maladie, anticiper ses crises et s'apaiser intérieurement. Lily nous fait partager le journal de sa maladie, et c'est avec beaucoup d'émotion et d'empathie que l'on suit, pas à pas, la jeune femme dans son long et courageux combat contre ce mal qui la ronge et handicape lourdement son quotidien. Symptômes, signes annonciateurs de crises, traitements, thérapies, relations à l'entourage : abordant la maladie sous tous ses aspects, son ouvrage saura éclairer tous ceux qui, de près ou de loin, côtoient le trouble bipolaire.

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Seitenzahl: 182

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Pour une personne souffrant de troubles bipolaires comme moi, écrire un journal est un bon moyen pour s’aérer l’esprit, faire le point quand tout s'embrouille, et garder une trace du chemin parcouru, pour se relire dans les périodes de doute, de remise en question, de désespoir, ou lorsque sous le coup des médicaments nous avons oublié certains faits ou événements que nous avons vécus.

Le journal est comme un ami, un confident, attentif, à l'écoute, qui accueille nos mots sans juger, et qu'on ne craint pas de décevoir. Nous pouvons lui communiquer notre euphorie, notre énergie bouillonnante, dans un flot de paroles inépuisable, hausser le ton, nous livrer sans retenue, crier nos envies d'évasion, nous taire et le délaisser – il nous accepte tels que nous sommes. De même, il ne réagit pas face à nos propos morbides, désespérés, et à notre indifférence à toute chose et à tout être.

Pour vous décrire mon combat avec le trouble bipolaire, j’ai choisi de partager avec vous mon journal. Il s’agit d’une version adaptée, dépouillée de maints faits anecdotiques qui ne seraient pour vous d’aucun intérêt. Vous pourrez ainsi suivre mon parcours, de ma première grossesse en bonne santé, bien que parasitée par mon enfance difficile, à la naissance de mon deuxième enfant au cœur de la maladie. Lors de mes périodes d'hospitalisation et de psychoéducation, j'ai beaucoup écrit car j’ai alors appris énormément sur mon trouble.

Amis souffrant de troubles bipolaires, proches de malades démunis, je souhaite que ce récit de mon parcours vous éclaire sur cette maladie encore mal comprise, et sur ce que nous pouvons ressentir au plus profond de nous-mêmes quand nous en sommes atteints.

Sommaire

30 juillet 2007

10 septembre 2007

20 octobre 2007

1 er décembre 2007

15 avril 2008

30 mai 2008

08 août 2008

10 juillet 2010

10 octobre 2011

20 novembre 2011

23 novembre 2011

03 janvier 2012

05 février 2012

15 avril 2012

1 er juillet 2012

8 août 2012

15 août 2012

4 septembre 2012

15 décembre 2012

3 mars 2013

20 mars 2013

10 avril 2013

25 mai 2013

6 juin 2013

20 juin 2013

5 juillet 2013

20 juillet 2013

1 er août 2013

2 septembre 2013

8 septembre 2013

25 septembre 2013

12 octobre 2013

10 décembre 2013

30 janvier 2014

10 février 2014

24 février 2014

12 mars 2014

14 mars 2014

24 mars 2014

5 avril 2014

12 mai 2014

15 mai 2014

19 mai 2014

18 août 2014

19 août 2014

30 août 2014

12 septembre 2014

25 septembre 2014

28 octobre 2014

20 novembre 2014

15 décembre 2014

20 février 2015

15 mars 2015

25 mars 2015

1 er avril 2015

15 avril 2015

30 avril 2015

30 juin 2015

31 août 2015

1 er octobre 2015

10 octobre 2015

15 octobre 2015

20 octobre 2015

25 octobre 2015

02 novembre 2015

10 novembre 2015

20 novembre 2015

20 décembre 2015

20 janvier 2016

15 février 2016

2 mars 2016

15 avril 2016

05 mai 2016

25 mai 2016

03 juin 2016

15 juin 2016

30 juin 2016

04 juillet 2016

12 juillet 2016

11 août 2016

25 août 2016

31 août 2016

20 septembre 2016

18 octobre 2016

25 novembre 2016

30 novembre 2016

1 er décembre 2016

8 décembre 2016

25 décembre 2016

18 janvier 2017

2 février 2017

6 février 2017

10 février 2017

20 février 2017

18 mars 2017

25 mars 2017

5 mai 2017

15 juillet 2017

20 juillet 2017

14 août 2017

5 octobre 2017

03 novembre 2017

20 novembre 2017

02 décembre 2017

03 décembre 2017

05 décembre 2017

20 décembre 2017

21 décembre 2017

24 décembre 2017

28 décembre 2017

08 janvier 2018

20 janvier 2018

30 janvier 2018

05 mars 2018

15 mars 2018

15 avril 2018

10 mai 2018

10 juin 2018

1 er juillet 2018

05 août 2018

20 août 2018

26 octobre 2018

08 novembre 2018

08 janvier 2019

30 juillet 2007

J’ai tout juste vingt ans et je viens d’apprendre que je suis enceinte.

Moi, Lily1, étudiante en prépa, me destinant à devenir professeur de mathématiques, je vais avoir un enfant MAINTENANT !

Bien sûr je suis aux anges, cet enfant est une bénédiction, un cadeau du ciel, mais jamais je n’aurais osé vouloir être enceinte…

Mo sera heureux aussi, je le sais, même si comme moi sans doute il trouvera que nous sommes un peu jeunes, qu’accueillir notre premier enfant après nos études aurait été mieux pour lui, et pour nous. Mais nous nous aimons fort tous les deux, nous saurons nous adapter. Mo a beaucoup d’énergie, il est d’une nature optimiste et enthousiaste et je suis certaine que cet enfant va décupler son envie d’avancer. Depuis que nous sommes ensemble, il m’entoure et me réchauffe de sa tendresse, je peux compter sur lui pour apaiser mes angoisses. Cet événement va nous souder encore davantage.

Mes pensées s’emmêlent… Mille idées m’assaillent. Oui, je suis heureuse mais je n’arrive pas à me rassurer. Serai-je capable de m’occuper convenablement de ce petit être à venir ? Avec les fragilités qui sont les miennes ?

J’ai l’impression de sortir à peine de l’enfance. Je n’ai pas dépassé mes difficultés avec mes parents, et j’ai ces angoisses, qui vont et viennent…

Est-ce que la dépression se transmet ? C’est ce qui m’effraie le plus, imaginer qu’il puisse souffrir de dépression infantile comme moi. Mon Dieu, faites qu’il en soit épargné.

Un flot de souvenirs jaillit dans mon esprit depuis ce matin, que je ne parviens pas à endiguer. Je voudrais vivre le bonheur pur de me savoir enceinte, j’aimerais profiter de ce moment de grâce, chasser ces images funestes de mon enfance.

Du plus loin que je me souvienne, il me semble que la dépression m’a toujours accompagnée. Je ne suis pas née dépressive, pourtant, dès l’âge de huit ou neuf ans, j’avais des pensées… que je qualifierais de macabres. J’avais une obsession pour les cimetières. Je n’arrêtais pas de penser au jour de mon propre enterrement, et à ce que devenaient les défunts une fois claquemurés dans leur caveau. Je me sentais triste et différente des autres. À certains moments, quand les enfants jouaient autour de moi, je me déconnectais de leurs jeux et plus aucune joie ne me touchait, j’étais comme dissociée de toute émotion. Cela ne durait pas, heureusement. De façon tout aussi inattendue, je me reconnectais, et j’allais retrouver les autres pour jouer avec eux. J’avais conscience que mon comportement était étrange, aussi je n’aimais pas passer de longs moments avec mes petits camarades, ni d’ailleurs avec mes cousins. Avec mon frère et mes sœurs, c’était différent, ils pouvaient comprendre mes absences étant donné que nous vivions le même enfer à la maison, où nous étions livrés au monstre.

Chez nous, nous voyions peu notre mère, qui était pilote de ligne et s’absentait trois à cinq jours par semaine, mais nous savions qu’elle était pleine d’amour pour nous ; d’ailleurs, à son retour, elle nous comblait d’affection et de cadeaux. Elle était très vigilante concernant notre instruction, c’est dans ce domaine qu’elle s’investissait le plus et elle y excellait. Elle nous achetait des cahiers de vacances, des logiciels informatiques… Nous avions des facilités à l’école, et à quatre ans, nous savions tous lire. J’avais un an d’avance, et mon frère et mes sœurs ont sauté une classe également. Centrée sur l’école et l’apprentissage, et sur son travail qui la passionnait, notre mère comptait sur son époux pour s’occuper de la maison et de notre éducation quotidienne.

Mais son époux était un monstre, sévère, brutal et terrorisant. Il nous interdisait de manger de la viande. Je n’ai jamais su pourquoi. Nous subissions ses coups, surtout les deux plus petits. Nous n’avions pas le droit d’inviter d’autres enfants à la maison. J’ai compris plus tard qu’il nous isolait parce qu’il avait beaucoup de choses à cacher. Entre frangins, nous nous amusions à nous inventer des univers parallèles pour nous évader de notre prison et rendre notre quotidien supportable.

Mon bébé, je suis à peine enceinte de toi que déjà je pense à ce frère ou à cette sœur avec qui tu pourras t’évader si la vie est trop dure, et que pourtant je crains ne pouvoir te donner.

1 Les noms des personnes et des lieux ont été changés.

10 septembre 2007

Voilà, mon bébé, ton père est parti pour ses études d’ingénieur au Mans. Bien sûr il reviendra chaque weekend me voir, nous voir ! Il a été très content d’apprendre ta venue, un bébé avec la femme de sa vie ! Peu importe si tu entres un peu tôt dans nos vies.

Le mois dernier, après avoir appris que j’étais enceinte, j’ai bien failli renoncer à toi. Je ne me jugeais pas prête à être maman. Je n’ai jamais envisagé l’avortement cependant. L’idée de te tuer toi, petit être vivant dans mon ventre, est contraire à tous mes principes et inimaginable. En revanche, j’ai envisagé de te faire adopter par une femme plus stable et plus mûre que moi. Je voulais te confier à ma tante, qui, à trente-neuf ans, n’est toujours pas parvenue à avoir un enfant. J’étais persuadée qu’elle t’offrirait la belle vie que tu méritais. Ton papa m’a ramenée à la raison. Il disait que c’est à nous que Dieu t’avait donné, et que c’était à nous de nous occuper de toi. Alors tu resteras avec nous ! Avant, je craignais de m’attacher à toi, j’avais peur de t’aimer, car l’amour aurait rendu notre séparation horriblement douloureuse. Mais depuis que je sais que tu vas grandir parmi nous, que nous resterons tous les trois ensemble et unis, je me rapproche de toi chaque jour, et chaque jour je t’aime davantage. Je suis très fière de te porter, mon petit bébé.

Seule avec toi, allongée sur le lit, je me revois enfant, rêvassant dans le jardin allongée sur le tapis de gym acheté par Maman. Je rêvais de voler sur mon tapis magique comme Aladin et Jasmine, mes héros Disney préférés (c’est drôle quand j’y repense, vu que mon prince Mo est un Aladin venu des pays arabes !). Cela peut paraître banal, une petite fille qui rêve de voler, pourtant les pensées qui m’animaient n’étaient pas légères… J’imaginais des hommes venant à la maison pour tuer ma famille et me séquestrer avant d’abuser de moi à loisir. J’étais terrorisée à l’idée qu’ils me fassent du mal. Alors, allongée sur mon tapis, j’imaginais prendre mon envol pour fuir ma vie et ces perspectives qui m’effrayaient.

Au départ, mes sombres pensées surgissaient occasionnellement, puis elles sont devenues de plus en plus insistantes jusqu’à cette nuit où, comme je le craignais, j’ai été abusée par ce monstre de géniteur.

Dès lors, j’ai pensé que la vie n’était pas aussi belle qu’on voulait bien me le faire croire. Je me suis sentie salie, et cette sensation ne m’a plus quittée. J’ai voulu arrêter cette vie. Quitter la vie est devenu mon objectif, et une idée fixe autour de laquelle gravitaient toutes mes pensées. Je pesais le pour et le contre, me demandant si mon frère, mes sœurs et ma mère valaient vraiment la peine de continuer. Je souffrais de dégoût de moi et de la vie, rien ni personne ne pouvait m’enlever ça de l’esprit. Je pensais continuellement à ce que nous enseigne la religion. Je me répétais : « Tu sais, Lily, la religion, c’est merveilleux. Car Dieu est merveilleux et lorsque tu mourras, ta vie ne s’arrêtera pas mais tes souffrances, elles, cesseront. Tu auras droit à une nouvelle vie, sans douleurs, au paradis tout est plénitude et accomplissement. »

Je me sens protégée par toi, mon bébé. Malgré les sombres souvenirs qui me reviennent en mémoire, je sais que tu es là et qu’avec toi, je ne flancherai pas. Tu es la vie qui va m’ôter toute pulsion de mort.

20 octobre 2007

C’est étrange, j’ai du mal à me projeter avec toi après ta venue au monde. Je ne m’attendais tellement pas à être enceinte à mon âge que je n’arrive pas à visualiser l’« après ». Comment va-t-on s’organiser au quotidien avec toi ? Est-ce que tu auras ta petite chambre à toi ? On va tout faire pour, mais vu notre situation… ! Malgré toutes ces inconnues, je ne panique pas car l’essentiel pour t’élever dans de bonnes conditions, nous l’avons. Mo et moi, nous sommes sérieux. On ne boit pas, on ne sort pas, on ne fait pas partie des étudiants « fêtards », on ne se sentira donc pas frustrés de rester à tes côtés pour nous occuper de toi. Nous avons le sens des responsabilités et travailler ne nous fait pas peur. Nous avons d’ailleurs tous les deux pris un petit job à côté de nos études qui nous permet d’être indépendants. Et surtout, nous sommes fusionnels avec ton papa, nous nous aimons d’un amour indépassable, c’est bien l’essentiel pour avoir un enfant, non ? Pour le reste, on verra en temps voulu… !

1er décembre 2007

J’ai appris aujourd’hui que tu seras une petite fille. Mon bébé, ma fille, il va falloir que je te protège contre tous ces monstres qui peuplent la terre… Heureusement, ton papa est un homme bien, il n’est pas comme eux.

Je te dis cela car moi j’en ai connu, des affreux, des hommes qui en veulent toujours plus, qui ne savent pas se contrôler. Même les adolescents ne sont pas toujours aussi innocents qu’on pourrait le croire.

Quand j’ai eu douze ans, alors que le monstre croupissait en prison depuis une semaine, le méchant a surgi dans ma vie. Il avait le même âge que moi, c’était de la mauvaise graine. Il m’a poursuivie pendant plus d’un an, me caressant les fesses ou la poitrine contre mon gré. Puis un jour, dans le bus de nuit qui nous emmenait en voyage scolaire, il m’a blessée sexuellement, si profondément que ma blessure s’est avérée quasiment inguérissable. Mon obsession d’une mort merveilleuse et libératrice a alors redoublé. J’y pensais dans mes moments de solitude et même en compagnie des autres. Quand j’étais entourée, je m’isolais dans ma tête pour méditer à son sujet. Je rêvais de suicide… mais comment m’y prendre ? Je n’avais pas les clés. Je priais donc pour que la mort survienne sans mon intervention, comme un cadeau du ciel.

Ces horreurs ne t’arriveront pas à toi, mon trésor.

Nous ferons attention à toi. J’installerai entre nous un climat chaleureux, un climat de confiance, je veux que tu te sentes en sécurité à mes côtés, pour que, s’il t’arrive quoi que ce soit, tu n’hésites pas à m’en parler.

Moi je n’ai pas parlé à ma maman. Elle avait ses qualités bien sûr, mais je ne la sentais pas réceptive à mes souffrances. Elle savait que notre père nous frappait, mais ça ne la touchait pas outre mesure. Elle disait qu’il nous tapait pour qu’on le respecte, qu’il devait faire régner l’autorité et que « de toute façon, c’est comme ça qu’on éduque les enfants ! » Je ne lui ai pas parlé du méchant dans le bus. Et quand mon père est parti en prison, elle ignorait tout de ce qu’il m’avait fait. Je ne lui avais pas dit qu’à moi aussi, le monstre avait fait du mal. Qu’il n’y avait pas eu que sa petite sœur, ni cette petite fille de dix ans. Que moi aussi, je faisais partie des victimes. Non, je n’ai rien dit. Comment aurais-je pu avec cette maman absente, et dure, incapable d’entendre ses enfants au-delà des mots et de les protéger ?

J’ai tout gardé en moi. J’ai ravalé mes blessures, au corps, au cœur, à l’âme, et j’ai fait comme si. Comme si j’étais une petite fille ordinaire menant une vie normale. Je jouais si bien mon rôle que cinq mois après l’incarcération du monstre, j’ai été la première personne autorisée à lui rendre visite en prison. J’y suis allée, bien entendu, car malgré sa condamnation pour les crimes qu’il avait commis, ma mère avait décidé qu’il fallait maintenir le lien car il était son mari et notre père. La première fois que je lui ai rendu visite en détention, j’ai vu qu’il avait des cicatrices plein les bras. Il avait tenté de se suicider. Parée de mon masque de petite fille ordinaire qui aime son papa, je suis allée m’asseoir sur ses genoux et je l’ai pris dans mes bras :

« Il ne faut pas que tu te suicides ! Ne nous abandonne pas, papa ! »

Au fond de moi, je ne ressentais que du dégoût en pensant à ce qu’il m’avait fait deux ans plus tôt. Je suis retournée le voir, une fois par mois, jusqu’à ce que, épuisée de jouer mon rôle de fille aimante, je déclare à ma mère que je ne voulais plus y aller.

Je n’ai dénoncé cet homme qu’à l’âge de dix-huit ans, assez récemment finalement.

Je n’allais pas bien du tout adolescente, mes blessures me torturaient, et mes secrets me minaient de l’intérieur. À quatorze ans, j’ai trouvé un refuge dans la nourriture, je suis devenue boulimique. Comme du reste, ma mère n’en a rien su. C’était mon péché à moi, je mangeais jusqu’à m’étouffer, je me faisais plaisir jusqu’à en souffrir, et puis, dégoûtée de m’être laissée aller à m’empiffrer, j’allais expier ma faute en me faisant vomir. Je ne me punissais pas que pour ma gourmandise : ce que je recrachais en même temps que la bouffe, c’était le plaisir coupable que le monstre m’avait obligée à prendre.

À quinze ans, la mort restant sourde à mes appels, j’ai décidé d’aller à elle. J’avais trouvé la clé : les médicaments.

Ma tentative de suicide m’a valu d’aller consulter un psychiatre, qui n’a pas été d’un grand soutien. Il faut dire que je ne lui ai pas facilité la tâche : fidèle à mes habitudes, j’avais feint d’aller bien.

Mais à seize ans, le coup de massue... Ma mère a décidé d’héberger le monstre pour sa première permission de sortie. Le revoir, lui, chez nous, là où tout s’était passé, était hors de ma portée. Je ne pouvais pas supporter cet énième coup. Je suis allée me réfugier chez ma grand-mère, et pour la première fois de ma vie, je me suis confiée. J’ai moi-même fait la démarche d’aller consulter une psychologue. Il fallait que je me livre, je ne pouvais plus tenir emmurée dans mon silence. Je lui ai parlé des relations avec ma mère, je lui ai dit pour le monstre, pour la boulimie… Elle m’a beaucoup apaisée intérieurement, elle m’a aidée à m’ôter la culpabilité que je ressentais à cause de ce que j’avais subi, et les symptômes de la boulimie se sont progressivement atténués. Ils n’ont pas disparu cependant. En janvier 2006, je me suis donc fait hospitaliser, et j’ai alors été suivie par un psychiatre spécialisé dans les troubles alimentaires. Il m’a prescrit un traitement anti-compulsif qui a très bien marché. Et peu à peu, je me suis réparée à l’intérieur. Et Mo, mon ange, l’amour de ma vie est entré dans mon monde et a veillé sur moi… Avec lui à mes côtés, je suis allée mieux et je n’ai plus ressenti le besoin de suivi médical. Quand je suis tombée enceinte de toi, mon bébé, ma petite fille, je ne prenais plus de traitement.

Maintenant que tu es dans mon ventre, je sais que je ne me ferai plus de mal car je ne veux pas t’en faire. Nous nous protégeons mutuellement.

Quand tu seras parmi nous, je continuerai à te protéger, je t’apporterai la sécurité, l’affection et l’écoute qui m’ont tant manqué.

Non, tu ne seras pas dépressive comme moi, parce que ton papa et moi nous t’offrirons tout plein d’amour.

15 avril 2008

Ta venue approche et les concours aussi. Tu m’accompagnes pendant mes révisions… J’aime bien ressentir ta présence dans mon ventre, mais j’ai hâte de te rencontrer à présent, de voir ta petite tête ! Est-ce que tu auras des cheveux à la naissance ?!

30 mai 2008

Tant d’événements en si peu de temps ! Notre Amira est née il y a pile un mois et les concours viennent de se terminer.