Chaque vie compte - Julie Jaouen - E-Book

Chaque vie compte E-Book

Julie Jaouen

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Beschreibung

Chaque vie compte est un conte philosophique merveilleux, véritable hymne à la vie, un hommage à des personnes parties trop tôt, et une invitation très forte pour tous les adolescents et adultes en devenir, à chérir chaque instant et à croire en l'impossible. Laissez Enola vous prendre par la main et vous faire voyager dans son monde imaginaire où elle vous apprendra que malgré les ténèbres, la vie est un cadeau précieux, car tout est possible.

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2024

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A Enola et Elia, des étoiles parmi les étoiles, parties trop tôt, mais que nous n’oublierons jamais. Et à toutes les autres, que vous connaissez, et qui méritent d’exister et de rester dans la mémoire collective.

A mes parents, sans qui rien de tout cela n’aurait été possible.

A mes enfants, pour qu’ils sachent qui je suis, qui ils sont, et qui ils deviendront.

A mes élèves, dans l’espoir de leur apporter ici, ce que je n’ai pu leur apporter là-bas.

A toutes les personnes qui ont croisé mon chemin et qui ont, d’une façon ou d’une autre, contribué à faire émerger une oasis à partir de grains de sable.

A tous les adolescents, et aux adultes en devenir, pour qu’ils réalisent que la vie est le plus merveilleux des cadeaux, qu’elle rend tout possible, et surtout, que rien ne vaut la peine de renoncer à elle.

A la Nature, à la pluie, à la neige, aux forêts, aux fleurs, aux animaux. Puissiez-vous être plus forte que Nous et vaincre notre bêtise.

Chapitres :

1- Un écrin de verdure, berceau de légendes

2- Cicatrices altae

3- L’éclosion

4- L’appel

5- L’Elue

6- Les présentations

7- A la découverte des abysses du Réchan

8- Et Charles prépara la transition

9- Lorsqu’ Enola rencontra Elia

10- Les adieux

11- Le retour à la Surface

Biographie de l’autrice

Photographies : Julie Jaouen

Pensées au fil de l’écriture :

« Il y a une force surnaturelle qui dicte à l’écrivain chaque mot qu’il écrit, et chaque idée est une pièce du puzzle qui s’assemble sous ses yeux ».

« Savoir écrire et parler est un don. L’imagination est un don. La rencontre des deux correspond à un alignement de planètes qui produit un effet rare. Il ne faut surtout pas l’ignorer. Celles et ceux qui se reconnaissent doivent trouver le courage de se mettre au service des autres. On n’a qu’une vie : tout le monde devrait aller au bout de ce qu’il sait faire ».

« La conception d’un livre est un enfant en devenir, et son achèvement, sa naissance. Ce qui explique que tout écrivain, même homme, a vécu une grossesse, un accouchement, et a donné la vie à un être vivant qui va grandir, voyager, prêcher, mais qui restera pour l’éternité. La différence entre l’enfant et le livre est que le premier est insaisissable. Il nous file entre les doigts comme une anguille sortie de l’eau, alors que le second est façonnable au mot près, au signe de ponctuation près. Ce dernier peut appartenir à son concepteur, même si son interprétation ne lui appartient pas forcément. Le livre est donc la suite logique de la progéniture pour combler le vide, l’abandon, la solitude de l’écrivain ».

« Avoir un livre, c’est n’être jamais seul ; en écrire un, c’est donner naissance à un être qui ne nous quittera jamais. »

« Empêcher quelqu’un de s’exprimer, quel que soit l’Art, c’est lui couper les ailes et le condamner à l’asphyxie, c’est assumer de le condamner à une mort certaine. »

« Une éponge ne peut s’engorger indéfiniment. Elle doit forcément se vider de son eau à un moment ou à un autre ».

« On peut être d’accord, ou pas, mais il faut respecter toutes les opinions. Ou alors il faut arrêter de regarder, d’écouter, et de vivre en communauté. On a le droit de penser ce que l’on veut, mais pas toujours de dire ce que l’on pense. L’intelligence, c’est s’adapter au public que l’on a en face de soi. »

« C’est une erreur de croire que l’on peut changer les gens ; c’est triste et désespérant de penser que l’on ne peut rien leur apprendre. »

« Peu importe la vitesse à laquelle où l’on va, car tout ce qui se passe dans notre vie arrive à une période différente des autres, puis on se retrouve tous au même endroit au même moment. Rien ne sert de vouloir accélérer ou de rattraper les autres, la vie décide des obstacles, des rencontres et des avancées. »

-1- Un écrin de verdure, berceau de légendes

Il était une fois, dans un pays fort reculé, une contrée nommée Llasève, ce qui signifie littéralement « source entre deux rochers », en langue celte, où prospérait un groupe d’irréductibles villageois, très proches de la nature. C’était un écrin de verdure niché entre deux immenses montagnes qu’on appelait les Sourts : à bâbord se trouvait Zomnes, et à tribord, Nagbe. A ses pieds coulait une rivière aussi glacée que limpide, le Réchan, traversant vingt-deux communes sur un peu plus de cinquante kilomètres.

Avec ses 1241m d’altitude, Nagbe a toujours été un sujet de discussion et de fantasmes des natifs qui rejetaient sur elle la disparition si précoce du soleil, notamment en hiver, et qui faisait du village la dernière maison d’une voie sans issue, dans laquelle beaucoup n’auraient jamais habité, pour cette seule raison. Qu’il aurait été profitable de dynamiter quelques rochers, à son sommet, pour prolonger les journées de quelques heures ! Le soleil manquait cruellement à ce village.

C’est aussi ce qui l’a préservé des invasions urbaines à une époque où l’exode vers les périphéries rurales est à la mode : fuir le monde, la consommation, les embouteillages, les dérives sociétales. Vivre au cœur de la nature, ouvrir la porte de chez soi pour marcher des heures durant dans les sentiers de montagne, humer l’air pur et frais qui emplit les narines et les poumons de fraîcheur. S’intéresser aux plantes et aux animaux qui nous entourent. Se changer les idées après avoir passé la journée entière enfermés dans des bureaux à partager les galères des uns et des autres, à gérer l’agressivité, le manque de civisme et l’égocentrisme des clients et des patients, à accumuler toute cette négativité, sans parler des journées entières durant lesquelles il n’a pas été possible de s’aérer naturellement, asphyxiés derrière un masque.

Le corps a besoin de respirer, l’esprit a besoin de respirer, le cœur a besoin de respirer. La vie est suffisamment oppressante, sans qu’en plus on ne puisse pas s’oxygéner en arrivant chez soi. Donc nous avons besoin de cette bulle d’air, dans laquelle on doit pouvoir être bien, afin de reprendre des forces pour le lendemain, et de continuer le cycle.

Une légende dit qu’à l’époque précédant la présence humaine, une rivière d’or coulait entre des rochers tous droits descendus du sommet des montagnes, par la force des géants qui les faisaient rouler comme des billes, pour s’amuser. Deux frères vivant sur des territoires différents, et s’étant disputés pour une histoire de bétail jusqu’à ne plus s’adresser la parole, auraient dressé ces murs immenses pour ne plus se voir. Les deux frères ont vécu en ermites toute leur vie durant et n’ont pas eu de progéniture, donc l’histoire s’est arrêtée là. Evidemment, personne n’a plus délogé les montagnes.

L’or avait attiré des orpailleurs1 de toute la région, et même des contrées périphériques. Il avait été arraché par le torrent aux glaciers, aux rochers et aux filons de quartz. Les filons aurifères2 contenus dans les roches cristallines des Gaubes sont apparus lors de l’orogénèse alpine3, quand les plaques eurasienne et africaine se sont chevauchées. Les orpailleurs avaient trouvé quelques paillettes, bien sûr, mais pas de quoi changer de vie ni cesser leur dur labeur. La plus grande trouvaille fut une pépite de 43 grammes au XIXème siècle. Malgré le maigre butin, qui permettait au mieux de remplir le gardemanger pour l’hiver, de réparer des machines en panne, ou d’arranger les maisons, le mythe perdure et ne s’éteindra jamais car l’or y est l’un des plus pur au monde.

Depuis, Llasève renferme une multitude d’êtres très singuliers et plus étonnants les uns que les autres : des herboristes, des guérisseurs, des druides, des elfes, des anges, des sorcières, des dragons, et quelques vampires. Tout ça n’est que métaphores, bien entendu. Mais il est possible de trouver une de ces créatures en chacun des habitants. Ils puisent leurs affinités avec les éléments dans le cœur du Réchan. C’est ainsi que certains étaient charbonniers, meuniers, d’autres verriers, cloutiers, vignerons, ou encore cueilleurs, jusqu’aux dernières lueurs du XXème siècle.

Un lourd héritage qui coulera à jamais dans les veines des llaséviens et qui marquera pour toujours leur appartenance à une lignée, à une famille, à un clan, même s’ils n’échappent évidemment pas à l’évolution du siècle naissant.

Et comme dans tout village, deux clans « s’opposent » et « s’affrontent » : les llaséviens d’en bas, qui portent le nom de Gandda, et qui se sont établis de part et d’autre de la grand’ route ; et les llaséviens d’en haut, les Vanet, peuple d’éleveurs et d’agriculteurs, de bâtisseurs et de commerçants qui travaillaient dans toute la région.

Malgré leurs différends, un point commun les rassemble : l’amour de leur village, et tous œuvrent en ce sens – le préserver, l’entretenir, l’embellir, le promouvoir. Cette préservation passe également par le fait de se retrouver, de s’entraider, de tout partager, les bons et les mauvais moments. A chaque naissance, à chaque mariage, à chaque décès, à toutes les étapes de la vie, tous se retrouvent sur la grand’ place, assistent et participent aux réjouissances ou aux moments de peine.

***

1 Des orpailleurs : chercheurs et exploitants d’or dans les rivières.

2 Les filons aurifères : les dépôts d’or.

3 L’orogénèse alpine : période de construction de montagnes.

-2- Cicatrices altae

Il y a des personnes sur le berceau desquelles les fées se sont penchées à la naissance pour les doter de tous les dons humainement possibles. Un infime pourcentage de bébés. Une poignée d’élus. Et c’est normal, puisque c’est le principe de l’exception, et de la nature. Il y a toujours des plus beaux, des plus forts, des plus intelligents, des plus rapides, des plus chanceux… Et certains concentrent tout cela. Si. C’est terriblement injuste pour les autres, mais c’est ainsi, et personne n’y peut rien, y compris eux-mêmes. Ils n’ont pas choisi d’être comme ça ; ils n’ont rien fait pour. Ils ont des dons, une bonne étoile, mais c’est un panier garni de départ qui n’augure en rien ce que seront leur vie, leur bonheur, leur réussite.

Pour le reste des êtres humains, qui n’ont rien demandé non plus, et qui n’ont rien fait pour, il faut composer, selon une échelle variable, avec toute la panoplie des tares et des défauts. Cela va des simples désagréments, physiques, mentaux, jusqu’aux handicaps les plus lourds, et certains en cumulent plusieurs.

Il est toujours plus facile et rassurant d’imaginer pire que soi, pour relativiser. Mais la réalité rattrape rapidement les illusions. Il suffit d’ouvrir son téléphone, la télévision, la porte de chez soi, et nos yeux sont envahis de créatures plus belles les unes que les autres, de réussites plus brillantes que les nôtres, d’êtres qui vont, sans le vouloir, projeter notre médiocrité dans un miroir. Il est très difficile de vivre, toute une vie durant, en se comparant aux autres, et en faisant le constat de ses malheurs, de ses échecs. Malheureusement, nous sommes ce que nous sommes, et si on peut améliorer une recette de cuisine en y ajoutant quelques ingrédients, on ne peut pas la modifier tout à fait, sous peine de la dénaturer entièrement. Il faut donc vivre avec. Et c’est probablement le plus difficile : s’accepter comme on est, surmonter ses déceptions, essayer de bâtir et d’avancer malgré tout. Mais c’est indispensable, car notre survie en dépend.

Les humains naissent avec un code génétique unique, ce qui n’a pas que des avantages. Je n’ai jamais compris pourquoi tous les animaux d’une même espèce sont si semblables, et pourquoi nous sommes les seuls à être si différents, à moins qu’ils soient absolument tous différents, mais que nos yeux humains ne s’en aperçoivent pas. La singularité peut être un atout, mais elle n’a pas que du bon. D’ailleurs, est-ce que les animaux nous voient différents, ou sommes-nous tous semblables à leurs yeux et ne distinguons-nous que par nos odeurs ? Cela en arrangerait plus d’un, en appartenant simplement à une espèce, ce qui permettrait de se fondre dans la masse.

Mais quel que soit notre tirage au sort génétique, la vie n’est jamais facile pour personne. Jamais, pour qui que ce soit. La célébrité et l’argent ne font pas le bonheur. Ils enferment dans une bulle de solitude profonde ceux qui se retrouvent piégés dans leur propre prison dorée. Comment peuvent-ils avoir des amis ? Tout le monde est intéressé. Comment peuvent-ils avoir une famille ? Ils n’auront jamais de temps pour elle. Comment peuventils profiter de ce qu’ils ont ? Ils n’en auront pas plus l’opportunité. Ils ne peuvent que se contenter d’euxmêmes, s’ils veulent espérer en retirer une quelconque satisfaction. Ce sont d’ailleurs finalement les personnes les plus malheureuses au monde, car elles ont tout sans avoir rien, et ne peuvent se plaindre de rien, puisqu’elles sont censées tout avoir, alors que les autres n’ont rien. C’est pour cela qu’elles s’enfoncent bien plus rapidement et plus profondément dans des addictions et des vices auxquels le commun des mortels ne penserait même pas. Leur adrénaline est à mille pourcents donc ils ont en permanence besoin de sensations fortes pour chasser l’ennui, la monotonie, la routine…notre vie somme toute.

Les gens ne se voient pas comme les voient les regards extérieurs et on peut se détester à vouloir mourir en étant Miss univers, le roi du pétrole, ou n’importe quel artiste au sommet de sa gloire, adulé par le monde entier. L’image qu’ils voient dans le miroir n’est pas eux. Il s’agit d’un reflet déformé de leur réalité. C’est exactement comme lorsqu’on écoute sa voix. Non seulement on ne la reconnaît pas, mais on la trouve toujours affreuse, et on se dit toujours : « J’espère que ce que j’entends n’est pas ma vraie voix. J’espère que les autres n’entendent pas ce que j’entends, moi. » Eh bien ces gens-là resteront ce qu’ils sont réellement, dans leur esprit, à savoir des humains qui se lèvent le matin en ne ressemblant à rien, qui doivent gérer une maison et une famille, qui sont fatigués, et qui paient leurs impôts…encore plus que les autres, mais qui n’ont, comme aucun autre, pas droit à l’erreur, car ils sont épiés jour et nuit, et chacun de leurs gestes, chacune de leurs paroles, sont décortiqués, et exposés en place publique.

Ce qui compte, finalement, n’est pas le tirage de cartes de départ, mais ce que nous en faisons, la façon dont nous prenons les choses et dont nous nous relevons lorsque nous tombons, notre capacité à encaisser les coups durs de la vie (qui ramènent tout le monde au même niveau), notre capacité à évoluer dans toutes les situations et à s’adapter en changeant. Cela dépend également de notre environnement, familial, social, de là où nous vivons, de qui nous fréquentons. Le moindre paramètre peut entièrement changer la donne.

Mais quoiqu’il en soit, personne n’est épargné ; nous allons tous, de près ou de loin, traverser les mêmes tempêtes et surfer, plus ou moins différemment, sur les mêmes vagues, et heureusement, quelque part. La vie rééquilibre les inégalités de départ et les rend moins visibles, plus supportables. Les moqueries, les insultes, les agressions physiques, les échecs, les réprimandes, le blues, les déceptions, les trahisons, les départs, les manques, les séparations, les ruptures, les maladies, les