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Imaginez que vous puissiez écrire des lettres de réclamation à votre chat, votre ordinateur, dame Nature, votre orangeade, votre plumard… Et que ceux-ci vous répondent !
C’est tout le charme de ce petit recueil qui, avec humour et décalage, vous propose un exutoire à toutes les petites tracasseries quotidiennes que nous subissons.
N’hésitez pas à piocher pêle-mêle dans ces petites pauses incongrues et surprenantes. Mais attention, si vous lisez une lettre, vous allez en lire une deuxième, puis une autre, puis une autre, jusqu’à vous rendre compte, avec un large sourire aux lèvres, que vous aurez dévoré le bouquin…
À PROPOS DE L'AUTEUR
Ancien enseignant de l’École des Arts et Métiers de Bordeaux Talence,
Michel Vacher intervenait notamment au laboratoire des matériaux. Il s’intéressa particulièrement à l’assimilation aisée de la théorie enseignée en cours. Il profite aujourd'hui de sa retraite pour écrire des contes pour enfants et des textes inclassables, où la joie de vivre est le maître mot.
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Seitenzahl: 103
Veröffentlichungsjahr: 2020
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Michel VACHER
Cher « Machin »,Je t’écris…
Correspondances Improbables
Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par
www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON
Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN papier : 978-2-490522-77-4ISBN Numérique : 978-2-490522-78-1Dépôt légal : Février 2020
© Libre2Lire, 2020
À Marie Claude.
Mes remerciements à Josiane Piton et Monique Lazare mes premières lectrices.
Quand on décide d’habiter Bordeaux, il est impossible de vous ignorer. Vous êtes omniprésent. Dans la campagne, sur la table, et bien entendu dans les conversations. Je me suis installé dans cette ville dans les années 60. J’ai trouvé une cité peu reluisante, des forêts de pins interminables, une côte sableuse uniforme et un accueil peu chaleureux.
Je vous le dis clairement, vous m’avez sérieusement aidé à aimer l’Aquitaine. Je reconnais qu’il m’a fallu quand même un bon nombre de verres de votre divin breuvage pour que tout me paraisse enchanteur.
Une variété d’arômes dans les narines, des saveurs en bouche jusqu’ici inconnues, et un écoulement velouté vers les fins fonds de mon estomac devenu alors insatiable. Je le proclame sans forfanterie, mon palais en devint royal, ma langue s’enrichissait de nouveaux mots, mon français s’avinait joyeusement.
« Robe, longueur en bouche, texture, fruité, corps, le gras, gouleyant, etc. ».
Avais-je prononcé ces mots avant ? Bien sûr que non. Je venais d’une région où le vocabulaire était bien différent (pas de délation, je ne dirai rien, sauf à la rigueur si on m’offre un verre de Château Pétrus !).
Un peu râpeuse la piquette, on sent bien le goût de soufre, il est tellement léger en bouche que je me demande s’il n’a pas été baptisé…
Aucune comparaison.
Donc, cher Vignoble bordelais, grâce à vous, j’aime à ce jour les forêts de pins, j’adore cet océan bordé de si belles plages et vous, autochtones, quel bel accent !
Et puis comme Bordeaux est beau désormais !
Quais superbes, miroir d’eau, vieille ville embellie, majestueux tram, tout me séduit. Mais attention, Saint-Émilion, Médoc, Graves, Entre deux Mers, Sauternes, ne prenez pas la grosse tête, soyez simples, restez abordables, sinon je serais capable d’aller vivre en Bourgogne !
À la vôtre !
Monsieur.
Merci pour cet éloge. Nos cépages Merlot, Cabernet, cabernet franc, Sauvignon, Sémillon, Muscadelle, vous promettent une belle récolte en 2019.
De quoi accompagner de savoureuses huîtres du Cap Ferret, une plantureuse entrecôte, un foie gras du Périgord et une poêlée de cèpes de Bordeaux.
Je vous en prie, ne partez pas. Pensez aux légères ivresses, j’ai bien dit légères, que nous vous avons offertes. Vous deveniez alors pétillant, brillant, intéressant et séduisant.
Avouez que nous avons du talent.
Trinquons à notre amitié et à la "bouteille" que vous prenez chaque année !
Aquitainement votre.
Il n’est pas courant de rédiger une lettre à un matériau métallique. Ta prépondérance sur notre terre, ton utilisation dans de nombreux domaines me conduisent à t’écrire pour saluer tes propriétés innombrables. Et si cette lettre est lue par de nombreuses personnes, ce que j’espère, alors je serai heureux de mieux te faire connaître.
Sans entrer dans un historique fastidieux, tu es né après le bronze (alliage cuivre-étain), mais bien avant Jésus Christ.
Toi, le fer, je me permets de te rappeler que ta constitution primaire sous forme de minerai est une association de soufre ou d’oxygène. Apparaître à l’état pur sur notre terre, comme l’or par exemple, eût été merveilleux. Non, tu as préféré que l’homme réfléchisse et trouve des astuces pour exister à l’état pur. L’état pur ? Faut pas rêver, ce n’est que de nos jours que nous avons su l’élaborer ; et d’ailleurs, sans vouloir te vexer, tes propriétés dans cet état sont peu intéressantes. Tu es bien trop malléable, pliable à merci. Nous sommes à la rigueur, parfois enclins à te mettre en feuille pour certains usages. Non, où tu es merveilleux et le mot est faible, c’est quand on t’associe avec le carbone. Là tu deviens royal, et je le proclame, même si tu en rougis. Entre parenthèses, couleur dont tu t’habilles parfois au cours de ton élaboration et par la suite, lorsque le forgeron te maltraite pour te donner une forme plaisante et utile pour nous, les hommes.
Dis-moi, puis-je te poser la question ? Quel état préfères-tu ? Être associé avec peu de carbone, disons moins de 2 % et porter le nom d’acier, ou enfermer jusqu’à 4 % de ce même élément et t’appeler fonte ?
S’il te plaît dans ta réponse que j’imagine déjà, ne me traite pas de crétin. Je sais parfaitement que ces deux noms correspondent à des propriétés différentes et donc à des utilisations appropriées. Sans compter que pour obtenir un objet, la technique change. À coup sûr, quand tu t’appelles fonte, on te coule dans des moules alors que le plus souvent on te tape dessus quand ton patronyme est acier.
Le sais-tu que malgré tes grandes qualités de robustesse tu as quand même de sacrés défauts. Eh oui, tu n’échappes pas à la règle, nul n’est parfait. Comme je veux être juste et paraître éventuellement compétent, je vais te rappeler deux choses :
Parfois tu romps sans avertissement et c’est une véritable catastrophe. Certes ce n’est pas toujours de ta faute. L’homme, mal éduqué sur la question, a raté un traitement thermique qui normalement doit te conférer d’excellentes qualités.
Mais le pire c’est ton appétit pour l’oxygène, comme si à notre image tu en avais besoin pour vivre. Et que je te forme sur ma peau des Fe
2
O
3
ou des Fe
3
O
4
(pardon pour ces formules inutiles, une façon bêtasse d’étaler mes connaissances en chimie), tu es insatiable et ta rouille nous gonfle. Suis-je clair ?
Cher ami, j’en souris de satisfaction, nous avons de très belles parades, permets-moi de te les rappeler :
Premièrement, le plus simple, un bon coup de pinceau et création d’un isolement peu coûteux avec l’atmosphère.
Deuxièmement, nous avons compris qu’en te rajoutant environ 13 % de chrome et parfois du nickel, tu deviens inoxydable. On va même te déposer en surface, avec l’aide de quelques électrons, une mince couche de chrome tout simplement.
Fini une quelconque oxydation. N’est-ce point magique ?
Cher ami, j’ai souhaité te rappeler mon attachement et mon admiration, quand on te connaît bien tu permets de très belles réalisations. J’en connais un qui jubile dans sa tombe.
N’est-ce pas Monsieur Eiffel ?
Avec toute mon amitié.
Mon Ami.
Ta lettre me touche, car j’ai le sentiment de perdre de l’importance dans la société actuelle. On préfère, pour des raisons honorables, des matériaux plus légers comme des polymères ou des aluminiums et puis surtout des composites. L’espace et l’industrie automobile m’ont fait beaucoup de mal. C’est le progrès.
Merci de rappeler ma naissance si lointaine. Il y aurait beaucoup à dire sur mon histoire. Par contre, j’ai servi comme arme de combat et je n’en suis pas fier.
Tu as mis en exergue mes affinités pour le carbone et ma soif d’oxygène, mais sans grande méchanceté. D’autant que tu expliques bien comment vous, les humains avez su me dompter.
Maintenant il faut aussi le dire, je suis loin de ressembler à mes parents. Et que je rajoute un peu de silicium et je deviens élastique, et du manganèse et du chrome, et j’en passe, car vous êtes très inventifs. On me triture, me rajoute du carbone en surface, je deviens alors hétérogène. Il y a cent ans vous cherchiez l’inverse. Tu sais, je suis devenu philosophe et j’offre mes atomes très facilement, à tel point que parfois je ne me reconnais plus. Sauf peut-être encore mon nom devenu composé : acier ceci, acier cela. Peu m’importe, car je suis persuadé d’avoir encore de belles années devant moi.
Si tu vas à Paris, mes amitiés et mon bon souvenir à Gustave, lui qui sut m’associer à sa plus belle œuvre en me faisant totalement confiance.
Merci à toi, métallurgiste de cœur, je connais aussi tes amitiés pour mes confrères métalliques et je suis heureux de t’avoir un peu séduit.
Ton Acier.
Tu faisais partie du lot, et nous formions, avec ma nouvelle compagne, un trio inédit. Oh ! Ni pour toi ni pour elle, les débuts de notre vie commune ne furent faciles. Cela nécessita de nombreux ajustements dans un nouvel environnement. Nos concessions mutuelles prirent une place importante. Je ne doutais pas de notre réussite. Je vénérais ma compagne et j’adorais les chats.
Poils légèrement bleutés, petite queue courte et cassée, peut-être descendais-tu d’une lignée siamoise, je ne l’ai jamais su. Mais quelle importance, tes origines m’importaient peu. Je ressentis dès nos premiers contacts un chat de caractère, et tu m’as plu tout de suite.
Dieu merci un jardin te permettait de t’évader et de satisfaire tes besoins naturels. Te regarder gratouiller un peu de terre avec tes deux pattes avant puis, après expulsion de ta pâtée digérée, recouvrir avec les mêmes pattes le trou formé était pour moi un vrai spectacle. Ta propreté me satisfaisait au plus haut point et tu ressemblais en cela à un humain : tu choisissais un lieu un peu abrité des regards, et après un coup d’œil sur ta déjection, tu prenais un air satisfait. Par contre, j’étais moins ravi quand, juste après, tu venais t’asseoir sur mes genoux…
Mais le jardin t’offrait beaucoup mieux. La chasse, ton passe-temps ancestral. J’admirais ta patience. Tu pouvais rester longtemps en position du sphinx à guetter ta prochaine victime. Et quand elle était à ta portée, tu bondissais sur elle et lui plantais tes crocs. Pauvres bêtes ! Mulots et rouges-gorges ont péri dans une mort atroce, car tu avais en plus le goût du jeu avant de dévorer ta proie. Tu taquinais à coups de patte la bestiole déjà étourdie, comme tu le faisais avec un bouchon de liège. Puis, lassé du jeu, mais aussi des spasmes d’agonie de ta victime, tu décidais enfin de t’offrir un merveilleux repas. Tu t’en délectais bien plus que de ta gamelle.
Parfois même, ma présence t’incitait à venir me présenter ta proie. Tu venais nonchalamment déposer à mes pieds la pauvre bête, espérant sans doute des compliments sous forme de caresse. Je me contentais simplement d’un :
Après récupération de ta proie dans tes féroces dents, tu repartais t’isoler, avec sans doute le sentiment d’avoir satisfait à une certaine allégeance auprès de ton maître.
Parfois un merle succombait, et là, mon admiration était sans bornes. C’est un volatile méfiant, il fallait une technique approfondie pour le surprendre. Les rares fois où je fus témoin de ce succès, mon envie d’applaudir me démangea. Je me retins, un animal allait mourir, et j’avais quand même un peu de compassion pour lui.
J’ai un cœur malgré tout !
Chat de caractère tu savourais quelques caresses, mais modérément. Une légère morsure signalait la fin de nos marques d’affection à ton égard. Je respectais au mieux cette convention, ne serait-ce que pour éviter une ou deux rayures rouges sur le dos de ma main.
Parfois je te baptisais chat-chien, car si je faisais une petite promenade dans la rue, tu me suivais à quelques mètres. J’aimais cette attitude, je l’interprétais comme une grande affection de ta part à mon égard. Et puis tu possédais cette technique bien connue de nombreux chats pour ouvrir les portes, ainsi la chatière devenait inutile.
Un dernier élément, et pas des moindres.
Tu étais une chatte.
Je pense que ma compagne n’avait pas fait attention à ton sexe lors de ton adoption.
Et donc, tu devins maman. Un joli chaton tout gris naquit. On le baptisa Zozo. Il ne vécut pas longtemps, nous l’avons trouvé mort au fond du jardin, avec un ventre énorme. Le diagnostic nous échappa, mais nous eûmes beaucoup de peine.
Il se passa un événement extraordinaire. Ma femme attendit un bébé, une grande joie nous envahit et bien entendu tu occupas une place secondaire. En fus-tu sensible ? Je ne saurais le dire. Par contre quand notre joli bambin gazouillait dans son berceau mon épouse s’inquiéta de ton éventuelle présence auprès de l’enfant.
Elle s’en inquiéta beaucoup et tu présentas à ses yeux un réel danger.
Le verdict tomba :
La Société Protectrice des Animaux serait ton dernier refuge.
