Rencontres d'une Vie - Michel Vacher - E-Book

Rencontres d'une Vie E-Book

Michel Vacher

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Beschreibung

Marie est une femme sensible, libre et sincère.
On la suit sur le chemin de sa vie, au rythme de ses rencontres. L’auteur a su se mettre dans la peau d’une femme : il nous offre une réflexion sur notre époque, de la libération de la femme, des mœurs et de la religion. Un hommage à l’amour, au respect de l’autre, à la joie de vivre.
Sur sa route, les rencontres sont parfois déroutantes, étonnantes mais elles reflètent toujours cœur, tendresse mais aussi désillusion et pleurs.
L’écriture fait surgir en quelques mots un visage, une atmosphère, un lieu, un souvenir. Des petites touches d’humour viennent pimenter certaines situations pour leur donner de la couleur.
Vous allez aimer Marie…

À PROPOS DE L'AUTEUR

Ancien enseignant de l’École des Arts et Métiers de Bordeaux Talence, Michel Vacher intervenait notamment au laboratoire des matériaux. Il s’intéressa particulièrement à l’assimilation aisée de la théorie enseignée en cours. Il profite aujourd'hui de sa retraite pour écrire des contes pour enfants et des textes inclassables, où la joie de vivre est le maître mot.

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Seitenzahl: 135

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Michel VACHER

Rencontres d’une Vie

Roman

Cet ouvrage a été composé et imprimé en France par Libre 2 Lire

www.libre2lire.fr – [email protected], Rue du Calvaire – 11600 ARAGON

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

ISBN Papier : 978-2-38157-126-3ISBN Numérique : 978-2-38157-127-0

Dépôt légal : 2021

© Libre2Lire, 2021

Illustration de Couverture par KLINE (Jacqueline Clément) d'après une aquarelle de Maryse de May.

Chapitre 1

En cet après-midi du mois de juin par un soleil éclatant, je décidai de prendre le tram de Pessac jusqu’à la place de la Victoire. Ce moyen de communication évitait d’y aller en voiture, un sérieux avantage pour les banlieusards.

Cette place, ancien champ de foire au Moyen Âge, lieu de rassemblement d’étudiants, possède une porte en forme d’Arc de Triomphe. De là part la fameuse rue Sainte-Catherine, l’une des plus commerçantes de Bordeaux. Coupée en deux tronçons, elle a la particularité de descendre jusqu’au cours Alsace Lorraine et de terminer sa course au Grand Théâtre. Je décidai d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire un bon kilomètre, petite épreuve sportive pour une jeune retraitée.

J’aimais bien flâner dans cette rue bordée de nombreux magasins. La première partie offrait des boutiques aux prix assez raisonnables et surtout exotiques et dans la seconde, elles étaient plus classiques, mais aussi un peu plus haut de gamme. Chacune avait ses plaisirs et j’aimais ce shopping. À l’approche des vacances il paraissait logique de s’habiller pour les mois d’été. Je n’échappais pas à la règle et je savais à l’avance dans quel domaine de l’habillement je devais chercher la robe pour aller danser et surtout séduire. Je voulais une robe à pois blancs, sur un fond bleu marine, en tissu léger. Je l’avais remarquée dans une soirée sur la maîtresse de maison dont l’élégance était indéniable.

Circuler un samedi dans cette rue demandait beaucoup d’attention, quelques bousculades n’étaient pas exclues, particulièrement à l’approche de lieux d’intérêts.

Je venais de quitter des yeux un ensemble, certes très joli, mais d’un prix totalement déraisonnable eu égard à mes moyens, quand j’aperçus à une trentaine de mètres devant moi, un ami de longue date.

Et quel ami !

Paul, vraisemblablement, mon dernier amour…

Il entrait dans un grand magasin. Je décidais de l’attendre, une terrasse de café juste en face m’offrait la possibilité de me désaltérer et de surveiller sa sortie. Je ne souhaitais pas l’importuner dans ses achats. Notre dernière entrevue datait presque d’un mois, j’espérais depuis, avoir quelques explications de vive voix. Ses réponses à mes messages n’étaient absolument pas claires. Leur teneur se résumait toujours en ces termes :

« Je ne peux pas te revoir à l’heure actuelle, sois patiente. Inutile de me joindre en ce moment. Tu comprendras. Bises. »

J’attendais donc. Cette rencontre fortuite me permettrait-elle de clarifier notre relation ? Je l’espérais et j’en avais vraiment besoin.

Je commandai une bière pression et sitôt servie je réglai de façon à pouvoir aborder Paul rapidement dès sa sortie de la boutique. La terrasse était pleine par ce temps de chaleur, mais j’avais trouvé une table bien à l’extérieur. Je ne pouvais pas le rater.

Comme souvent, une femme seule et pas encore décrépie (!) engendre des regards plus ou moins prononcés de messieurs en quête d’aventure.

Je restai imperturbable.

Je les ignorai et portai mon attention sur la sortie de Paul.

Je suis brune aux yeux bleus, grande, robe colorée et habituée aux regards inquisiteurs. Je le reconnais, cela flatte aussi mon ego…

J’ai attendu…

Chapitre 2

Je suis née à Paris, juste avant la guerre de 39-45. Mon frère Jean, de 5 ans mon aîné, prit une grande importance dans ma vie, je me sentais protégée.

Mon père Jacques et ma mère Paulette s’étaient rencontrés lors d’un de ces bals que les grandes écoles offraient à l’occasion de la fin de bizutage. Un élève et ami de papa les avaient invités à un repas à la cité universitaire. Le hasard a voulu qu’ils soient assis l’un à côté de l’autre, le goût de la danse les a très vite réunis, papa d’origine charentaise, maman méridionale. Leurs études terminées ils se sont mariés à Paris et logèrent dans un appartement de la rue de la Convention dans le 15e arrondissement.

Tous les deux enseignaient, papa le français, maman la physique avec une orientation sur la métallurgie.

Un événement impensable se produisit, maman mourut d’un accident vasculaire le 25 décembre 1940, j’avais à peine deux ans. Drôle de Noël…

Autant dire que je n’ai aucun souvenir de son visage. Papa m’a raconté qu’il avait eu beaucoup de peine à m’expliquer la situation et que le seul moment dont je me souvenais était d’être assise sur une petite chaise au chevet de son lit. Mais je ne suis même pas sûre de cet instant, certainement issu de mon imagination avec cette idée d’avoir accompagné maman vers le ciel. En fait, je ne la connais que par des photos et des confidences de ma famille. Malgré mes demandes, papa m’en parlait peu et chaque fois avec une grande émotion. Je n’insistais pas. On dit que je lui ressemble, ce que je prends pour un grand compliment, car je la trouve très belle. Mon frère s’en souvient bien sûr, mais il ne m’en parle que très rarement. Je suppose qu’à sept ans ce fut un drame affreux. Cette maman reste toujours présente dans mon cœur, il est vraisemblable que je l’idéalise, mais c’est une référence dans ma vie. D’ailleurs, si dans mes études j’ai pris la même orientation ce n’est certainement pas un hasard.

Quelque temps après cette disparition, notre père décida de revenir en Charente, dans un petit village de campagne près de Ruffec où ses parents avaient une maison dont il avait hérité après leur décès.

De toute façon la vie à Paris devenait difficile avec la guerre et un poste de français se trouvait libre au collège de Ruffec. Son statut de veuf facilita cette mutation. Cette maison, toute simple, comprenait deux chambres au premier étage avec une salle de bains et deux pièces au rez-de-chaussée avec un couloir permettant d’y faire la cuisine. Nous disposions de deux petites cours et d’une remise. Papa avait su très vite la moderniser et l’habiller coquettement. Nous ne regrettions nullement l’appartement de Paris pourtant spacieux.

Très vite la vie en campagne nous séduisit. Mon frère allait à l’école du village, distante d’une centaine de mètres, et jusqu’à l’âge de quatre ans une dame me gardait, tout en subvenant aux principales tâches ménagères.

La guerre venait de se terminer et je remplaçais mon frère à l’école primaire, il entrait comme pensionnaire au collège technique d’Angoulême. Puis après le baccalauréat il fut reçu à l’école de la marine marchande à Paris et de ce fait je ne le retrouvais qu’aux vacances scolaires.

Ce passage à l’école primaire m’apporta beaucoup, car notre instituteur, remarquable par sa gentillesse et sa pédagogie, me donna le goût des études. Certes, papa veillait au grain et contrôlait chaque jour mon travail. C’était une classe unique, il fallait une sacrée organisation pour ce maître, dont la charge allait de l’apprentissage de la lecture à la préparation au certificat d’études. Avec une quinzaine d’élèves, il atteignait de très bons résultats à la grande satisfaction des parents.

À 13 ans, après la réussite du concours pour entrer en quatrième et obtenir une bourse, j’étais admise dans le collège de jeunes filles à Angoulême, une période importante aussi dans ma vie. J’y ai appris la solidarité, l’obéissance et surtout le goût du travail bien fait. Mon classement, dans les premières, m’encourageait et me permettait d’envisager des études supérieures.

Il n’était pas question de partir en vacances à cette époque. Les moyens de papa étaient convenables, sans plus. Qu’importe, je garde un souvenir joyeux de ces périodes d’été, les plaisirs de la campagne sont nombreux d’autant plus que la rivière, la Charente offrait de belles distractions, baignades, promenades en barque et pêche. J’allais souvent avec mon copain de classe Jacquot taquiner le goujon, petit poisson disparu de nos jours, mais très goûteux en friture. Ce n’était jamais fructueux, mais j’aimais assez le côté suspense de ce plaisir, peut-être une façon d’assouvir ma part de masculinité. Mes copines, filles de cultivateurs m’initiaient aux activités de la ferme : garde des vaches dans les prés, ramassages de légumes et de fruits. Je ne me suis jamais ennuyée et j’ai appris à comprendre les travaux de la ferme. À cette époque la liberté était totale, la seule recommandation que papa me donnait :

— Tu sais qu’à midi tu dois être de retour et pour le soir à 19 heures.

Contrainte tout à fait mineure à laquelle je ne dérogeais pas.

Entre ces heures-là, il ne savait même pas où je me trouvais, mais sa confiance m’était acquise, il me connaissait assez trouillarde pour tenter des exploits dangereux. Je pense qu’il aurait révisé sa position s’il m’avait surprise en haut d’un arbre, histoire d’aller voir dans un nid, la dernière couvée d’un rouge-gorge.

Notre père exigeait de tous les deux de participer aux travaux de la maison. Chacun faisait son lit, mettait le couvert, essuyait la vaisselle. J’avoue que j’éprouvais une certaine réticence pour passer le chiffon sur les meubles et chaises…

Mais il n’était pas question de contrecarrer les demandes de notre père. Il accomplissait déjà beaucoup de tâches ménagères.

Je reconnais maintenant les vertus de cette éducation, je maîtrise un intérieur sans aucune difficulté.

À cette époque, les commerces ambulants existaient, nous disposions d’un boulanger chaque jour et avec une fréquence moindre, du boucher, épicier et même poissonnier. Avantage certain qui évitait à papa la corvée des courses en ville, une façon aussi de retrouvailles avec le voisinage et d’être au courant des nouveautés du village. Petits cancans obligatoires, cela va de soi…

Mon frère durant les vacances s’encanaillait avec quelques copains en allant danser à ces fameuses ‟frairies” proposées chaque samedi et dimanche par les localités voisines.

Tout jeune, Jean avait su m’initier à cette activité en tant que bon danseur lui-même. Une affaire de famille. Mon père Jacques connaissait parfaitement toutes les danses avec une favorite, la valse viennoise, qu’il pratiquait élégamment, pour peu que sa cavalière le suive bien.

Dès que la radio, on disait la TSF à l’époque, émettait, de la musique, Jean poussait la table à roulettes dans un coin de la salle à manger et j’avais droit à une leçon. Valse et tango furent les plus difficiles à apprendre. Mais il était tellement patient et moi toujours enthousiaste que j’arrivais à retenir les pas. Certes ce n’était que la base, les figures viendraient beaucoup plus tard dans des cours suivis durant une dizaine d’années. Il m’arrivait aussi de m’exercer seule en chantonnant un air à la mode.

Cela faisait sourire mon père quand, par hasard il me surprenait dans mes répétitions. D’ailleurs combien de fois est-il venu me prendre dans ses bras et tout en chantonnant, me conduire et me faire virevolter ? J’étais très fière et heureuse de ces moments empreints de grande tendresse.

— Tu as raison Marie d’apprendre à danser, c’est une merveilleuse distraction et je te rappelle que c’est lors d’un bal que j’ai rencontré ta mère et que nous sommes devenus très amoureux. Elle était une cavalière de rêve, je n’ai jamais plus retrouvé une partenaire aussi disponible et aussi légère. Elle était très douée.

Quand papa évoque son passé, succinctement d’ailleurs, nous ressentons chez lui à la fois une grande tristesse et beaucoup d’admiration.

Grâce à l’affection que j’ai eue, mon enfance reste un bon souvenir. Papa d’un naturel gai et tendre a su nous entourer mon frère et moi d’une très grande attention. Nous nous sentions aimés, je lui en suis extrêmement reconnaissante.

Quand j’étais petite, combien de fois m’a-t-il prise sur ses genoux ? Il me faisait sauter d’abord doucement puis un peu plus vite en chantonnant :

« À cheval gendarme, saute bourguignon, allons en campagne, etc. ».

Et je riais aux éclats. Merci papa de nous avoir transmis ce sens du contact. Je l’ai en moi depuis toujours et il peut surprendre parfois. Très souvent je ne me contente pas d’une poignée de main, mais j’accompagne souvent mes phrases d’un frôlement du bras ou de l’épaule de mes interlocuteurs. Cela étonne et surprend, mais je le fais si naturellement que je n’ai jamais constaté de remarques désobligeantes à mon égard. Notre père a su nous communiquer sa joie de vivre et beaucoup de tolérance. N’est-ce point des éléments importants dans la vie ?

C’est maintenant que je constate combien notre enfance prend un poids important dans notre vie future. Je pense que l’amour que l’on a reçu nous marque à jamais et nous donne envie de le transmettre. Ce que j’ai tenté de faire auprès des miens.

Nous aurions tant aimé que notre père retrouve une autre compagne. Il y a bien eu quelques prétendantes, mais ce ne fut jamais très sérieux. Avec Jean nous les appelions ‟les tantes Jeanne” en référence à la chanson de Gilbert Bécaud.

Toujours très discrètes elles n’intervenaient jamais dans notre éducation. Je repense souvent à Marie-Christine qui vécut plus de deux ans dans les sphères de papa. Blonde aux yeux bleus, avec un charme éblouissant elle séduisait tout le monde. Même les femmes reconnaissaient ce pouvoir et sa beauté. Divorcée elle ne demandait pas mieux de vivre avec papa d’une façon plus intime.

Cependant elle avait sa maison, venait les week-ends et repartait chez elle durant la semaine. Nous savions qu’ils correspondaient par téléphone au moins deux ou trois fois par semaine.

C’est pendant les vacances, près du lac de Carcans, que notre relation devint plus étroite. Elle a su nous séduire par sa gentillesse et surtout nous étions heureux de voir notre papa amoureux. Et puis à notre retour en Charente ses visites diminuèrent et malgré quelques rares explications de notre père nous avons compris qu’elle s’éloignait. Peut-être connaissait-elle un autre homme. Nous pensions qu’elle avait espéré se rapprocher beaucoup plus de nous et partager le quotidien. Nous avions surpris un échange où elle tentait de persuader papa de vivre ensemble. Ayant dans un moment de calme questionné notre père à ce sujet, je me souviens très bien de sa réponse.

— Marie, Jean, j’éprouve un fort sentiment pour Marie-Christine et je me suis trouvé devant ce dilemme : ou elle prenait une place permanente dans notre vie avec bien sûr son empreinte, ses habitudes et certainement une modification de notre vie familiale et dans ce cas je perdais le souvenir de votre mère toujours présent dans mon cœur. Bien entendu, je risquais de lui faire sentir cette attitude. Je pense que souhaitant en même temps lui être agréable il aurait fallu que je change mon comportement. Or, tout bêtement, peut-être, j’ai opté pour une situation qui me ‟conserve”, moi, en tant que veuf et heureux d’élever mes enfants seul, dans le doux souvenir de Paulette votre mère. Peut-être n’en êtes-vous pas conscients, mais souvenez-vous comme parfois, en sa présence, je devenais taciturne. C’était l’image de votre mère que j’imaginais en la regardant. J’en souffrais, quitte à y perdre ma joie de vivre que je pense avoir toujours eue avec vous. Vous me comprenez ?

Nous avions compris et jamais plus ce sujet ne fut à nouveau abordé. Il a su nous élever avec un grand courage et surtout beaucoup d’amour. Nous en étions conscients mon frère et moi.

Paul n’était toujours pas sorti. Il me paraissait impossible de ne pas l’avoir vu.

Ma surveillance constante ne me permettait pas d’en douter. Certes mon regard pouvait, durant quelques secondes, changer de direction, mais de là à ne pas constater sa sortie, me parut impossible.

Paul est grand, sa calvitie, et son habillement me permettaient de considérer que je ne pouvais pas le confondre avec un autre homme. J’ai eu la tentation de quitter le café et de rentrer dans le magasin. Je me suis retenue, j’ai eu tort.

Après tout, cela ne faisait que dix minutes qu’il était entré.

Chapitre 3