Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
La spiritualité ne s'est sans doute jamais tenue aussi loin de nos églises, de nos temples, de tous les lieux inféodés aux doctrines et aux dogmes. Silencieusement, elle frappe pourtant à la porte de nos vies lorsque nous faisons taire le bruit du monde, lorsque, faisant un pas de côté, nous décidons d'échapper à la tyrannie de nos conditionnements, de nos croyances, de nos programmations, de notre ego. La spiritualité n'est pas un divertissement du dimanche, un patchwork de recettes New Age dédiées au seul développement personnel. Elle n'est pas un passe-temps additionnel qui serait comme l'écume des jours, comme une pincée de sel ou de piment dans un plat devenu fade. La spiritualité suscite, dès sa racine, une vague puissante, un élan, une expression spontanée de la foi. Elle est le mouvement vivant de notre conscience qui, depuis l'exil de notre incarnation terrestre, retrouve la mémoire intemporelle de nos origines. Elle est un feu sacré qu'en dehors de nos aliénations égotiques rien ne peut arrêter. Elle est le feu puissant qui nous relie au Créateur des mondes ! En cette période bousculée de transition, d'élévation, de révélations, elle est un phare dans la nuit, ouvrant le chemin intérieur vers la Lumière. La seule ambition de ce livre est de vous inviter à ouvrir la porte de ces chemins intérieurs qui fut trop souvent et trop longtemps condamnée. Elle est de vous inviter à regarder au-delà du miroir matriciel de ce que nos médias, nos systèmes éducationnels, politiques, économiques, sociaux, ont ancré en nous comme perception indépassable du réel. Bienvenue dans ces pages à travers lesquelles je vous livre mon expérience et ma compréhension de ce qui, tant individuellement que collectivement, se joue aujourd'hui sur la Terre.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 369
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Le Vieux Jardinier
Dénuement
Lettre de l’Automne
La chasse
La Voie Intérieure
Poème d’un Premier Soir d’Hiver
Lettre à Pluton
Le temps est venu
Le Royaume de Dieu
L’ego
La Fontaine
La chair est triste ?
Le monde d’après
Ce que me disent les vaches
Nous ne sommes pas seuls
J’ai cherché la Maison du Père
LGBTQIAA+ ou les facéties de l’alphabet
L’église et le télescope
Arbre, mon Ami, mon Frère
Que la Lumière Soit !
La santé détournée
Miss France
La paille et la poutre
Les Fleurs du Temps
Yeshua, Jésus, Sananda
Des temps nouveaux
Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut
À mes parents de la Terre qui m’en ont ouvert le portail
À ceux qui, en cette vie, m’ont précédé en franchissant la Porte des Étoiles :
Mikael et ses ami(e)s, Léon, Danielle…
La Lumière et la Vie sont notre chemin !
Impressions sur « Le Vieux Jardinier » d’Emile Claus (1849-1924) renvoyant, par un jeu de correspondances symboliques, aux dimensions de ma propre vie.
Lorsque j'ai découvert cette toile, non directement au Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain de Liège mais sur Internet, une intense émotion s'est emparée de moi, immédiate, fulgurante, émotion qui ne passait pas par les câblages de la réflexion ou de la pensée. Elle venait me chercher profondément, directement, là où se tiennent les racines de mon être.
Je suis né de la Terre, dans tous les sens que peut revêtir cette expression. La "terre" où j'ai grandi m'a enseigné le chemin incroyable qui mène à la "Terre" que d'aucuns nomment Gaïa, la conscience de notre planète.
Mais il en a fallu du temps, des détours, des perditions et des transformations, pour entrevoir des décennies plus tard le sentier étroit de cet enracinement et de la force qu'il donne.
Lorsque je regarde cet homme sur le tableau, je vois tant de choses dont il forme la synthèse et dont il est le symbole. Je pourrais y voir mon père, mon grand-père, ma lignée paternelle comme maternelle qui a porté, dans la joie mais aussi trop souvent dans la peine, la faux, la houe, la charrue... n'étant souvent malgré eux que les instruments laborieux des "puissants" de ce monde.
Mais ce jardinier du tableau, avec sa stature, sa maturité, les rides qu'il porte, l'oubli des douleurs du corps pour seulement cultiver la terre et en prendre soin, me parle aussi d'une part de moi-même et de tant de choses oubliées dont, comme pour un puzzle, je collecte aujourd'hui à nouveau les pièces.
Voyez comme il se présente au pas de la porte, la pensée encore tout occupée à la tâche et sans doute au repos qu'il va prendre. Des pieds larges et nus, des sabots déposés à l'entrée, un pot de fleurs sous le bras… Il est un trait d'union, un point de passage. Il nous permet de comprendre en une seule image ce qui nous relie à la terre et nous fait percevoir ce qu'elle nous donne ainsi que l'amour et le soin que nous lui devons.
Va-t-il prendre un moment de repos, ou bien la colonne d’architecture à gauche ainsi que le portail en fer forgé au fond du tableau sont-ils l'indice d'une demeure cossue qui impose d'autres règles ? Se tient-il d'ailleurs au pas de cette porte sans avoir à entrer ? Ainsi, seulement, ayant reçu les instructions du maître, va-t-il y déposer les fleurs et s'en retourner ? Cette vision est celle qui m’est venue. Elle évoque à elle seule la soumission dans laquelle les travailleurs de la terre ont été maintenus et continuent de l'être.
Mais le peintre a choisi de rendre justice au jardinier ; c'est lui et lui seul le sujet du tableau. La fierté qu'il permet de ressentir à l'idée de ce qu'il réalise chaque jour est un sentiment fort et juste.
Mais au-delà de cette dualité sociale que la simple présence de la colonne et du portail rappelle, je perçois encore autre chose dans ce tableau, en particulier, dans la corpulence et la force de cet homme aux mains larges et au visage "absorbé" que d'aucuns pourrait croire dur et fermé.
Il s'y trouve, me semble-t-il, une dimension sacrée du masculin, de l'une de ses formes en tout cas, non de celle qui arbore le bouclier et l'épée, de celle qui tranche, mais de celle qui par sa force et son travail habite pleinement un lieu et y incarne une forme de protection pour les êtres qui y vivent. Cet homme me fait penser à ces gardiens éthériques qui ont en charge de veiller sur un lieu et d'en préserver l'énergie, la beauté, la forme particulière de vie qui s'y trouve et s'y épanouit.
Voilà, je vous ai livré ce que m'inspire ce tableau. Je ne parvenais pas dans la seule émotion à comprendre ce qu'il me disait. En me posant pour l'écrire, et en le partageant avec vous, il m'a fait voyager dans ces recoins insoupçonnés de la conscience qui chemine et se construit.
Je ne peux m’empêcher, dans ce cheminement de la pensée, de revoir tous ces moments de ma vie dans la ferme où j’ai grandi. Que de contrastes entre les expériences de pur bonheur lorsque, par exemple, le solstice d’été apportait avec lui les fenaisons odorantes, le soleil inondant la Terre, les veillées enjouées et tardives, et, à l’opposé, les périodes sombres où le travail sans limites pesait trop lourd sur les épaules de ma mère et de mon père.
Ce jardinier me parle aussi d’eux…
Que n’ont-ils enduré la pression de ceux pour qui leur travail n’avait pas de valeur et qui, mesurant leurs seuls profits, les conduisirent à ne jamais s’arrêter, à ne jamais regarder la vie comme une chose douce et légère. Malgré cette vie de labeur, ils nous ont élevés, ma sœur, mes frères et moi.
Et puis, il y eut un jour, un dimanche de mai où le destin avait décidé que l’un de nous devait s’en aller, heureux et souriant le matin quittant la maison, et perdant brutalement la vie avec deux de ses amis l’aprèsmidi sur le Canal de Nantes à Brest.
Il n’est pas de peine plus forte ni plus insurmontable pour des parents, car les parents partent d’abord, c’est ainsi dans l’ordre du temps. Le temps, parfois, joue des tours qui laissent nos cœurs à vif et longtemps sans réponses. Mais rien sur cette Terre n’arrive sans raison, sans que, dans le tissage des fils du destin, des dénouements et des épreuves n’adviennent.
Cette épreuve advint ce jour-là dans notre maison, conduisant chacun de nous à ne pas comprendre pourquoi Mikael était parti, à l’aube de sa vie d’homme. Son absence incompréhensible en faisait soudain comme un membre de notre propre corps que le fleuve avait arraché.
Le soir même, debout malgré l’insupportable peine, notre mère a trait ses vaches, notre père s’est occupé des animaux et des clôtures. Je ne sais comment ils ont fait, ce jour-là et les jours suivants.
Ils sont aujourd’hui fatigués, le corps usé par un métier trop dur que le départ de leur fils n’a pas facilité durant leurs dernières années d’activité.
C’est curieux comme ce Vieux Jardinier, si robuste au pas de la porte, m’a ouvert celle de la maison de mon enfance qui donnait de partout sur les champs, les chemins de garenne, les ruisseaux et les prés. Il m’a renvoyé à ma lignée paysanne et à la vie de mes propres parents. Il m’a renvoyé à la mort de mon frère comme si ce jardinier était en même temps un grand-père solide, victorieux de bien des épreuves et consolateur par sa seule présence. Les rides de son visage sont ainsi des sillons de sagesse, de ceux que notre temps préfère cacher derrière les murs de nos maisons de retraite. Ses rides, il les porte avec simplicité, non derrière les murs menteurs de ces hébergements que des brochures vantent, mais dans les dimensions d’un jardin qui est son domaine, sa vie, l’énergie de son cœur.
Puisse aujourd’hui notre Terre, mère elle aussi, permettre à mes parents, d’accueillir tous les instants de beauté et d’apaisement qu’ils méritent, et puisse l’Éternel emplir leur cœur de Lumière. Cette lumière, don du Créateur, illuminera jusqu’aux mémoires transgénérationnelles dont les blessures ont tant besoin de se refermer. Puisse le temps être venu pour cela !
Car la vie peut être douce et légère. Il n’était pas écrit dans les plans de la Création que l’Homme et sa descendance dussent venir sur la Terre pour souffrir seulement, ni pour ancrer dans leur esprit la croyance aliénante que la vie est par nature difficile. La vie, assurément, peut être une explosion de joie, une œuvre quotidienne de la pensée qui projette autour d’elle sa quiétude et sa beauté.
Les épreuves n’ont peut-être pas d’autres but que de nous contraindre à déblayer le fatras de nos vies successives, à déposer les croyances limitantes qui nous ont conduit à creuser nos propres ornières.
Je formule donc la prière, qui n’est autre qu’une pensée assoiffée de lumière, que la vie soit sur la Terre le séjour de Dieu lui-même, de son immense amour dont les hommes se sont coupés depuis des temps immémoriaux.
Je formule la prière, qui n’est autre qu’un puissant appel à transcender l’obscurité d’ici-bas, à abandonner les conditionnements que les forces involutives ont savamment perpétués au cours des siècles.
Je formule la prière pour que chaque âme qui entre en résonnance avec cet appel en soit apaisée, fortifiée, rétablie dans sa souveraineté la plus pure, découvrant, émerveillée, ce que la paix du cœur et la conscience de notre origine peuvent produire.
Puissiez-vous ne pas repartir d’ici sans cette conviction profonde que la vie est belle parce qu’elle vient de Dieu lui-même !
Dénuement…
Déposer nos valises, celles qui pèsent trop lourd et depuis trop longtemps.
Ne sont-elles pas remplies de douleur et de colères,
Voyager léger, ici, sur la Terre où le Soleil levant est une promesse renouvelée,
Desserrer l’étau des peines, et, dans un acte de foi insensé,
S’en remettre à l’infinie beauté du Monde que l’on a pourtant cessé de voir.
Dénuement…
Faire le vide ; tant de choses inutiles, tant de relations abîmées,
Pardonner et offrir à ceux-là qui ont cheminé près de nous
La coupe du pardon.
S’asseoir devant la fenêtre, la nuit, seul, lorsque plus rien n’existe
Sinon l’astre magnifique qui interroge les profondeurs.
Dénuement…
Regarder la Lune, pleine, féminine,
Qui active puissamment les eaux de notre renaissance,
Ne plus avoir dans l’instant de valises ni de meubles,
Juste le chant des grillons dehors,
Et celui d’une chouette qui nous parle des lointains.
Dénuement…
Adresser sa prière au Soleil, à la Lune, aux Étoiles,
À tous les luminaires du Ciel qui viennent en miroir
Éveiller notre Cosmos intérieur,
Et à la Terre, à la Terre secrète et profonde,
Tous, Terre et Ciel, émanation de la seule et unique Source de Vie.
Salutations à vous tous qui êtes entrés ici dans l’espace intemporel de ce livre. Je vous y rejoins depuis l’automnale contrée d’où je vous écris ! Quelle que soit la saison à laquelle vous ouvrez cette lettre, quel que soit le lieu en lequel vous vous trouvez, l’émotion particulière de l’automne, des automnes de votre vie, est à jamais présente en vous, accessible, disponible, tel un archétype qui vous a construit et qui continue de le faire. Saison de transition, saison de passage, il y est question de ce qu’il nous est proposé d’abandonner, de laisser partir, de confier, telles des feuilles mortes tombées dans le sous-bois, à la transmutation alchimique.
Alors, puissent les énergies qui ont été portées par l’équinoxe, voici quelques jours, habiter nos cœurs. Nous voilà à présent dans la douce clarté de l’automne, dans cette magnifique alchimie entre la Terre et le Cosmos, celle qui invite à descendre en soi-même, suffisamment pour y trouver la paix malgré l’agitation du monde.
Dans ces temps de grande transition où les anciennes structures se défont peu à peu, ne perdons pas courage lorsque, certains jours, nous traversons nos zones grises, nos zones d’ombre, nos zones sombres. Elles sont là, au carrefour de nos vies, pour être transcendées et finalement déposées, dénouées, confiées à la Terre.
Prenons ce temps de l’automne pour comprendre que beaucoup de clés se trouvent en nous, clés de compréhension, clés de guérison.
Le Soi est une réalité profonde et vaste. Pour accéder à sa profondeur, il importe de ne pas s’en tenir au miroir de l’ego qui, aimant plus que tout s’ériger en maître, ne renvoie qu’une image partielle et souvent tronquée de qui nous sommes réellement.
À la faveur de l’automne, franchissons ce miroir. Rejoignons le silence de notre conscience, la profondeur de champ retrouvée. Toutes les possibilités d’élévation à vrai dire s’y trouvent, différentes et uniques pour chaque être humain, mais provenant invariablement des sommets de la Création. Il y a ceci d’incroyable et de merveilleux que l’entrée en soi, loin de nous replier dans la solitude, de nous recroqueviller, conduit au contraire à un élargissement de nos perceptions et à une reconnexion à l’énergie source, celle de notre origine.
Ainsi, le temps de l’automne, où la vie commence son reflux vers l’intériorité, est encore davantage celui qui convient pour mettre en sourdine les prédicateurs de l’apocalypse, les théoriciens de l’effondrement, les « jubilateurs » de cataclysme, les va-t-en-guerre, les déclencheurs d’affrontements, en un mot les adeptes de la dualité. Non que ces choses n’aient pas cours où qu’il faille les ignorer, mais ne prêtons pas nos énergies à ces condensateurs de ténèbres, à ces chaînes d’information en continu, à ces tabloïds du chaos ! Ils retardent à eux seuls l’avènement de la Lumière. Ils nous maintiennent dans l’identique vibration de ce qu’ils transmettent à notre attention. Ils nous font les cocréateurs de ce que nos yeux se sont accoutumés à lire, à voir, à entendre.
À cet égard, voyons nos télés, nos radios et nos journaux, non comme des vecteurs d’actualités et de vérités mais comme des fenêtres sur le passé, sur les structures sclérosantes et limitantes de l’ancien monde qui cherchent encore et toujours à maintenir l’humanité dans la matrice artificielle qu’ils soutiennent et à briser tout élan vers le Créateur. Nul doute que ces structures, j’entends la façon dont elles fonctionnent, seront emportées. Elles ne jettent aucune base pour le bonheur des hommes. Elles ne sèment aucune graine pour la Nouvelle Terre que nous portons en nos cœurs. Alors ne restons pas dans la vague par appétit des oppositions, au risque d’être nous-mêmes emportés.
Donner constamment son attention aux médias, c’est aussi donner du pouvoir et de la réalité aux mécanismes qui génèrent les conflits en commençant par les faire exister dans l’esprit, dans la peur et consécutivement dans la haine. Plus tôt nous aurons fait de porter en chacun de nous la clarté unifiée qui nous vient d’en haut, plus tôt la paix se transcrira dans la densité du monde.
Automne, soit le temps pour nous d’ancrer la Lumière plus profondément afin seulement d’être. L’arme véritable de l’homme vrai comme du guerrier n’est pas son sabre ou son fusil mais son être, forgé depuis des temps immémoriaux dans le métal précieux de ses épreuves et de ses expériences, vie après vie.
Soyons, aimons, honorons l’instant présent comme notre véritable maison.
Ce matin, tôt, je suis parti dans la nature. J’ai guetté la porte de l’aube et l’entrée sublime du Soleil dans l’espace accueillant de la Terre. J’ai vu les brumes qui dessinaient un voile évanescent dans cet interstice merveilleux entre le jour et la nuit. J’ai vu les grands arbres, ces êtres majestueux, et j’ai vu trois jeunes biches qui traversèrent le chemin dans la forêt, juste devant moi. Comme un cadeau. Après des semaines où j’ai ressenti la présence insistante de mes anciens démons que je croyais vaincus, j’ai aperçu à nouveau, grâce à l’infinie beauté de la Terre Mère, le chemin un temps disparu, le chemin intérieur vers la source de toute vie.
Je sais que beaucoup d’entre nous, engagés sur la voie de profondes transformations, et répondant à l’appel de la Lumière, sont amenés à traverser des contrées de l’âmes qui sont tout sauf agréables à connaître… ou à reconnaître. Alors que l’ancien monde s’apprête à basculer dans l’abîme et à libérer le potentiel de la Terre, notre aspiration vers la Lumière du créateur est notre boussole ou, selon l’image que nous préférons, notre gouvernail pour naviguer hors des eaux troubles. N’ayons de cesse de rejoindre les eaux claires, celles d’une conscience apaisée et libre.
Que l’automne soit pour chacun d’entre nous une saison amie. Je vous envoie toutes mes pensées, et toutes mes plus belles images des ciels et des paysages de l’automne ici. À bientôt,
… Un an plus tard, nouvel automne… Ode à l’équinoxe,
Septembre vient à peine de tirer sa révérence avec la grâce d’un ciel toujours bleu. Octobre est là qui tient en équilibre sur l’axe oscillant de notre Terre aimée.
L’instant présent est encore habité des splendeurs de l’été mais il porte déjà, par l’intense parfum des fruits mûrs, la respiration profonde, le songe qui invite la pensée à l’écoute du Silence.
Les odeurs de l’Automne ont commencé. La subliminale invitation à ressentir le mouvement de la nature vers sa propre intériorité.
Période intermédiaire.
Modifications du lien de la conscience à la Terre.
Chaque saison est une expérience un peu plus profonde, un peu plus consciente de ce lien, tandis qu’en chaque interstice de cette expérience s’écoule la Vie.
Elle s’écoule en nous, elle s’écoule autour de nous, à travers l’arbre, à travers le scintillement de la lumière, à travers la furtive échappée d’un animal aperçu dans le sous-bois.
Elle descend des plans les plus élevés de la Création comme de l’Unique Source des mondes.
Elle vient transfigurer la pesante matière et, de l’intérieur, lui donner des ailes.
Elle est la signature de Dieu Père-Mère, Puissance de l’Un, en toute chose !
Elle est conscience, elle est amour qui n’est autre que l’expansion de la conscience se souvenant du point précis et incommensurable de sa naissance, quelque part, là-bas, dans la Source des Mondes.
Alors, bienvenue à la saison d’automne qui trace un chemin à ces réminiscentes clartés.
Bienvenue aux transcendantes contrées de nos voyages intérieurs.
L’automne nous fait apercevoir que l’immensité de l’univers tient dans une merveilleuse toile d’araignée aperçue ce matin. Ne scintillait-elle pas de toute sa rosée devant l’astre du levant ?
En la regardant, j’ai compris que tout était juste, qu’il fallait juste faire taire le vacarme, qu’il fallait juste faire un pas hors du théâtre des ombres que tant de siècles écrasent et surplombent.
Là, dans l’immédiateté toute nue de l’automne naissant, je n’ai retenu que l’instant présent, l’âtre flamboyant de la cheminée du temps, le creuset qui contient l’éternité.
En lui, sans te laisser retenir par les griffes du passé, sans projeter non plus tes peurs dans le carcan du futur, ancre tes pensées car l’instant présent les relie au Créateur, les illumine, les allège de toute chose inutile.
Ce dimanche, tôt le matin, je suis parti, seul, dans ce lieu que j’affectionne. Aux heures de l’aube, par sa beauté, sa tranquillité, il n’appartient encore qu’aux trois règnes, minéral, animal et végétal, qui le structurent. Dans une intime et harmonieuse présence à soi, il semble encore ignorer, pour quelques heures peut-être, les transgressions humaines comme l’irrespect de nos vies à son égard. Et pourtant, que n’a-t-il cet incroyable pouvoir de replacer le corps et le cœur dans la généreuse énergie de la Terre !
Ce lieu, près de chez moi, c’est le Lac Bleu à Léognan. Il s’agit d’une ancienne carrière calcaire rendue à la nature et transformée, lorsque le Soleil s’y pose, en une palette de turquoises dont les nuances et la clarté invitent à trouver en nous les mêmes harmoniques qui rendent la vie plus belle et les profondeurs de l’âme, apaisées et lumineuses.
Ce matin pourtant, je ne m’étais à peine réjoui de revoir cet endroit que des cordes dissonantes se firent entendre. De partout, des bois environnants, des vignes et des champs, parvenaient des coups de fusil, macabre ponctuation du silence. Ces coups de feu battant la campagne venaient déchirer la dentelle sonore faite habituellement du seul chant des oiseaux, du bruissement des feuilles dans le vent, et de toutes les manifestations naturelles de la vie.
Je m’étonnai du caractère incessant de ces détonations qui venaient de toutes parts. Les plus assourdies rappelaient que la ville était déjà loin. Certains coups, en revanche, étaient si proches qu’ils donnaient le sentiment que ce havre de paix était littéralement cerné par un déferlement de passions chasseresses. Ils étaient si proches qu’il me semblait qu’à tout moment des plombs pouvaient traverser l’espace où je me trouvais.
Bien qu’ils fussent depuis longtemps sortis de leur état de chasseurscueilleurs, quelles motivations avaient donc ces hommes pour aimer tant la traque et la mise à mort des animaux de la nature que l’on qualifie singulièrement de gibier ? Que n’étaient-ils réduits pour certains à effaroucher devant eux quelques faisans domestiques lâchés pour la saison et qui n’avaient sans doute plus d’autre instinct que celui de venir picorer dans leurs mains armées ? Se pouvait-il alors que, mus par cette passion de la chasse et se consolant d’un sanglier ou d’un cerf plus habile, ils ne fissent de ces faisans apeurés le flatteur et piètre trophée de leur testostérone, la récompense de dopamine et d’adrénaline à la virilité kaki de leur accoutrement ?
Mais, ne croyez pas que je juge simplement et que je n’entende pas les arguments des aficionados de la Tradition, capables désormais d’appuyer leurs actes sur des notions écologistes de préservations des équilibres et des écosystèmes.
Ne croyez pas que ma propre conscience soit seulement animée d’une vision bourgeois-bohème, le corps seulement nourri de quinoa et de tofu que ma propre assiette ignore à ce jour. Car bien au contraire, je viens de la terre, de ce milieu où la chasse avait toute sa place, dans une économie paysanne qui n’a plus grand-chose à voir avec celle qui impose désormais ses règles à la ruralité comme au reste du monde.
Mon imaginaire lui-même s’est nourri des lectures de Pagnol et, à travers le regard fier et émerveillé de l’enfant sur la gloire de son père, mon imaginaire est encore habité par ces parties de chasse où le père de Marcel, plus habitué au tableau noir et à la craie, demeura la risée de l’Oncle Jules, jusqu’au jour où, ajoutant une prouesse purement terrienne à son érudition républicaine, et faisant choir d’un seul coup deux perdrix royales, il devint à jamais le héros de son jeune garçon.
Je n’ai moi-même pas oublié mon grand-oncle Guillaume qui aimait revenir à la ferme où il était né et qui partait chasser, la gibecière en bandoulière, le fusil à l’épaule et la cartouchière abondamment garnie. Je regardais ces cartouches aux couleurs vives comme une chose extrêmement puissante que ma vision d’enfant investissait d’un pouvoir magique davantage que meurtrier. Le lapin de garenne en civet à la moutarde, préparé par ma mère ou ma grand-mère, en était une conséquence appréciée de tous et n’invitait à l’époque aucun esprit, si peu carnivore soit-il, à condamner l’oncle Guillaume ni d’ailleurs aucun des chasseurs qui arpentaient l’automne et l’hiver durant les contrées giboyeuses de mon enfance.
Je n’oublie pas non plus que c’est lui qui m’a initié, alors que j’avais douze ans, aux joies de la pêche à la truite, de ces truites farios et sauvages qui foisonnaient encore dans les ruisseaux et les rivières du Sud-Finistère. J’ai parcouru en ces années d’adolescence des centaines de kilomètres de rivières. J’ai coché chaque année les jours du calendrier qui me rapprochaient un peu plus de l’instant tant attendu où, le deuxième samedi de mars, dès l’aube, je descendais à la rivière pour y pêcher. J’ai aimé, par-dessus tout, ces paysages et ressenti intimement l’appartenance à cette Terre à laquelle je confiais ma solitude.
J’aimais déjà les lieux retirés, ces prairies de joncs où les troupeaux paissaient avec quiétude, où le brouhaha de l’activité humaine n’arrivait presque pas, et où la beauté des paysages racontait quelque chose qui vient de bien plus loin que la simple réalité physique qu’elle manifeste. Le miroitement scintillant du Soleil dans les eaux du Goyen, les soirs d’été peu avant que je rentre, est resté dans ma mémoire. Il y a laissé, non comme un souvenir parmi d’autres, mais un élément précieux et constitutif de mon être. Il importait finalement assez peu, si ce ne fut pour ma propre fierté, que je ramenasse peu ou prou du poisson. Mais, je comprends aujourd’hui d’autant mieux ce que la quête d’un gibier, qu’il fut aquatique ou terrestre, peut représenter dans la pensée de l’homme, car j’ai moi-même connu le frisson que produit la morsure d’une truite de belle taille au bout d’une ligne ainsi que le combat inégal qui la fait peu à peu remonter le courant jusqu’à vous puis frétiller à vos pieds sur l’herbe fraîche.
Et je perçois, dans ce chemin de conscience parcouru depuis quelques années, que la dissonance ne s’est jamais manifestée en moi de façon aussi forte, à l’instar de ces détonations qui émaillaient ce matin la tranquillité du Lac Bleu, rendant presque palpables les relents de la traque, de l’animal apeuré et du sang encore chaud. Car tel était bien le sens de ces détonations : mettre à terre l’animal blessé, ou déjà mort, non pour remplir une assiette qui l’est déjà suffisamment, mais pour assouvir une passion tenace.
Cette dissonance me renvoyait soudain à deux univers qui, bien qu’hétérogènes pour ne pas dire incompatibles, structuraient mon histoire et questionnaient ma pensée, ici, dans cet instant de recueillement et de solitude au bord du lac. Ma conscience portait à la fois la persistance d’un monde ancien et l’inexorable avènement d’une Terre Nouvelle. Cette Terre était en train de changer, puissamment, dans l’invisible d’abord, dans l’énergie même qui constitue son être, dans l’entrelacement des règnes où, nous-mêmes, humains, trouvons le chemin de notre incarnation.
Je mesurais par un ressenti clair et sans équivoque ce qui avait changé en moi au cours de ces dernières années et qui conférait soudain à ces coups de feu quelque chose d’obscène, quelque chose qui venait mettre à nu un penchant de l’être humain qui avait cessé de le grandir et qui, plus encore, s’opposait à ce qu’il trouvât le chemin de cette union sacrée avec le vivant dans son ensemble. Ces coups de feu résonnaient comme la fermeture d’un portail, l’impossibilité d’une connexion, celle de notre appartenance à ce que, dans les dimensions d’une conscience élargie, nous ressentons profondément comme étant la Terre-Mère.
Il n’y avait pas en cela de condamnation de l’ancien mais une invitation à porter un nouveau regard sur le vivant. L’ancien ne pouvait et ne devait pas être regardé de haut. Il était le chemin de l’homme. Au même titre que la caste des chamanes, des forgerons martelant sur l’enclume le fer de la houe comme celui de la lance et du sabre, tous les peuples premiers comportait aussi la caste des chasseurs. Mais, au moins symboliquement ou rituellement, jamais la vie d’un animal ne pouvait être prise sans que ne fut donné en retour quelque chose à la Terre-Mère ou au Grand Esprit. Un équilibre sacré devait demeurer qui garantissait la paix des hommes en harmonie avec la nature.
Nul doute que nous sommes aujourd’hui loin de cela lorsque chasser est devenu un loisir totalement déconnecté de la nécessité de se nourrir comme de nourrir les siens.
Je savais à présent, en entendant le bruit des armes, en ressentant intensément qu’elles empêchaient pour tant d’hommes l’accès à cette conscience nouvelle, que ma propre vie se transformait. Je percevais combien nous venons tous de la même source, fussions-nous animal, minéral, végétal ou humain.
Ces transformations, qui affectent à présent tous les règnes, se traduisent d’ailleurs par des phénomènes que de plus en plus de photographes animaliers observent, consistant à voir de grands animaux pourtant carnivores adopter des comportements protecteurs auprès de ce qui ne devrait être pour eux que des proies. Ainsi, la profonde mutation de la Terre à l’approche de l’Étoile et à l’entrée dans l’Ère du Verseau nous invite à percevoir et à accompagner ces transformations.
"Je suis fille le jour et la nuit blanche biche ; la chasse est après moi, des barons et des princes" dit la complainte.
Et, malgré la supplication de Marguerite à sa mère afin qu’elle prévienne son frère Renaud de ne point tuer l’animal féerique, le sang sera versé, le corps de sa sœur servi au banquet des barons et des princes.
Que dire de cette complainte venue du fond des âges si tant est qu’un regard nouveau puisse comprendre ce qu’elle nous dit aujourd’hui ? À tuer l’animal pour le seul plaisir de l’ego, nous ne faisons pas seulement couler son sang, c’est notre propre sang qui est versé, notre propre appartenance à la vie universelle qui coule en chaque être vivant. Nous comprenons par-là que chaque vie individuée sur cette Terre comme partout ailleurs est issue du seul, unique et incommensurable, Créateur de toute chose. Tuer l’animal pour le plaisir, c’est refermer pour soimême le portail par lequel arrive jusqu’à nous l’énergie de vie, l’énergie qui porte en elle le sceau du Créateur.
Sans doute, l’humanité terrestre, disons le corps physique des humains, n’est-il pas encore totalement prêt pour une alimentation exclusivement végétarienne. Cependant, ce cheminement de la conscience au gré des transformations terrestres en cours, nous amènent peu à peu à changer nos pensées, notre regard sur l’animal, nos habitudes et finalement nos actes.
La maltraitance au sein des immenses complexes d’élevage industriel devient, pour de plus en plus d’êtres humains, une chose inacceptable, invitant à une réduction significative de l’alimentation carnée et à une attention particulière aux conditions d’élevage des animaux. Ainsi, se dessine peu à peu le chemin vers la Nouvelle Terre, nous faisant regarder la corrida comme un spectacle macabre d’un autre temps, nous faisant voir la chasse comme le loisir d’un monde finissant.
Mais, là encore, la frontière n’est pas entre soi et les autres, entre la vertu dans laquelle nous voudrions nous draper et le vice honteux qui ne tient son siège que dans le jardin du voisin. Là encore, le chemin n’est pas celui de la dualité et de l’opposition, mais celui de la voie interne, celle qui transforme nos propres ombres et permet à la Lumière de s’ancrer plus sûrement sur la Terre. L’athanor des alchimistes ne se trouve pas dans un quelconque laboratoire antique ni dans la médiévale arrièreboutique de Nicolas Flamel. Il est en chacun de nous. Il est le lieu intime, le lieu secret seulement connu de Dieu et de nous-mêmes, le lieu où se forge la lame qui brillera demain dans la Lumière de l’Étoile qui approche. Ainsi, puissions-nous honorer la vie, en nous comme en chaque être vivant, car elle porte le sceau du Créateur, le sceau de Dieu.
La voie est intérieure ! C’est le secret ! Elle demande, pour être aperçue, le silence, la disponibilité retrouvée, l’écoute de l’imperceptible bruissement de l’invisible. Une luciole dans la nuit. Elle ne peut être aperçue ni même pressentie tant que l’âme se maintient dans l’agitation du monde.
Et l’agitation du monde n’est pas un vain mot ! Le monde ? Il a cessé de porter et de manifester les effets merveilleux de cette voie oubliée, de cette voie intérieure au sens d’un chemin. Plutôt qu’une évidence qu’elle aurait dû demeurer, l’homme en a fait une porte condamnée dont il a même oublié l’emplacement. De génération en génération, d’incarnation en incarnation, il a peu à peu refermé les canaux subtils qui le reliaient à l’enseignement intuitif délivré par les fréquences vibratoires de la Terre et du Cosmos. Il a choisi un autre chemin d’évolution.
Il s’est lourdement enveloppé dans la seule structure des formes-pensées résultant de son ego, formes-pensées qui, loin de n’être que des volutes éthérées sans incidence, ont été les artisans maçons de ce que nous considérons aujourd’hui comme le champ indépassable du réel, d’un réel abrupt, sombre, tyrannique, traversé par les passions humaines les plus destructrices et coupé du plan élevé duquel provient pourtant toute lumière.
Le paysan lui-même s’est défait de sa conscience éthérique qui le faisait travailler de concert avec les énergies de la Terre. Il était le gardien des équilibres. Devenu agriculteur, il a placé, comme nouvelle base et comme sens premier de son métier, l’objectif de volumes à produire. Il a désormais répondu aux injonctions de la banque et d’un business plan qui l’amenait à « piloter » une exploitation moderne. Il s’est aliéné à la pression d’un marché planétaire obnubilé par la réduction des coûts et par la mise en concurrence. Il est devenu une variable d’ajustement des accords de libre-échange orchestrés par une volonté claire de destruction de la paysannerie comme de tout lien respectueux à la nature et aux différents règnes.
Il a consenti à la concentration massive des exploitations. En de nombreux cas, il s’est émancipé des contingences saisonnières et des cycles de la nature pour devenir un producteur hors-sol, un éleveur intensif régulant des courbes de température, des indices, des taux, des algorithmes, des écarts mesurables à la norme. Il s’est finalement rendu captif des filières agro-industrielles, de la grande distribution, des mêmes fournisseurs qui réglementent à la fois la distribution des semences brevetées, non-reproductibles, et celle des produits phytosanitaires excessivement dangereux pour l’environnement comme pour la santé humaine. Il s’est enfin rendu captif d’un système de primes conditionnées à son engagement dans les modes de productions les plus destructeurs. Cette dépendance à l’égard des subsides d’instances transnationales réglant la marche du monde, a contribué à ce que nous considérions finalement l’agriculture comme une activité coûteuse, quémandeuse, constamment sous perfusion, incapable de « survivre » sans être soutenue par la générosité de la finance publique ! Quel comble, s’agissant du tout premier étage d’une pyramide existentielle sans lequel aucun être humain, pas même celui incarnant cette bureaucratie normative, n’aurait la grâce de vivre ici-bas !
Le paysan est devenu un agriculteur, un chef d’entreprise ! Mais considérez bien ce qu’est une ferme à la différence de toute autre entreprise. Je dis bien une ferme et non une exploitation agricole ! La ferme, portant souvent un nom qui s’enracine dans une toponymie pluricentenaire, est un lieu où se superposent, où se mêlent de façon inextricable, la vie professionnelle et la vie privée, mais aussi la vie intime, tout comme, également, le lien extrêmement puissant qui subsiste avec la Terre-Mère ainsi qu’avec des lignées ancestrales qui ont façonné l’espace autant que l’esprit du lieu. Dans le contexte précédemment décrit où le paysan n’est plus que l’exécutant besogneux d’un plan de production et d’exploitation, la ferme devient alors bien souvent, le lieu d’une énorme souffrance qui plonge le paysan dans l’enfer de la dette comme dans celui d’un travail de forçat ainsi que j’ai vu mes propres parents le subir.
Le métier de paysan n’est d’ailleurs pas devenu sans raison l’une des corporations avec le plus fort taux de suicide. La Terre, quant à elle, la Terre-Mère, la Terre de ses ancêtres à laquelle il avait le sentiment d’appartenir, a été niée, vidée de son contenu, de ses talus, de sa biodiversité, de sa fertilité naturelle, de sa valeur. Cette Terre comme expression première du vivant a été remplacée par une notion abstraite, par le ratio formel d’un nombre de quintaux par hectare ou par toute autre modèle mathématique mettant la nature en coupe réglée plutôt que d’accompagner son potentiel interne de vie.
Une cohorte de professions satellites, intéressées et soucieuses de leurs marges, ont été positionnées comme les canaux incontournables d’exercice de la profession. Tout est judicieusement organisé pour que, sans leur mainmise, le paysan ne puisse ni créer ou développer son activité, ni intégrer les circuits de distribution pour ses produits. Ce sont, ainsi, pêle-mêle, banquiers, coopératives, chambres d’agriculture, techniciens, ingénieurs en agronomie, conseillers de toutes sortes, Mutualité Sociale Agricole, organismes certificateurs, centres d’insémination artificielle, vétérinaires, comptables… qui vivent sur et à partir du travail de nos paysans qui se sont ainsi vus confisquer la conduite et l’expertise réelle du vivant, n’étant plus en définitive que des exécutants dans un système d’intégration pyramidal.
Qu’est-il arrivé aux hommes de cette Terre pour qu’on méprisât à ce point ceux qui œuvrent à la production de l’alimentation humaine et pour que, indissociablement, on détruisît la fertilité naturelle des sols ainsi que l’indispensable biodiversité nécessaire à la qualité des cultures comme à la santé ? J’ai volontairement pris l’exemple de la paysannerie qui est le monde d’où je viens et dont je mesure à quel point il est le tout premier maillon, le maillon fondateur de notre rapport à cette planète tant meurtrie, tant dévalorisée, exploitée, méprisée. J’ai vu les animaux souffrir autant que leurs éleveurs, animaux parqués, depuis leur naissance, dans des espaces confinés, sans qu’ils ne vissent une seule fois la lumière du jour, si ce n’est au moment d’entrer dans le camion pour l’abattoir.
L’homme a certes fait un pas dans le Cosmos, dans la proximité matérielle immédiate de celui-ci, mais il a dans le même temps déserté son Ciel Intérieur au même titre que sa Terre la plus profonde qui assurait sa stabilité, son assise physique et émotionnelle, les fondations nourricières non seulement de son corps physique mais, plus profondément encore, de sa vie intérieure.
Le paysan a cédé sa Terre, sa terre réelle qui vaut de 100 à 1000 fois moins qu’une terre constructible, mais aussi sa terre symbolique, contre une stabilité virtuelle, réversible, négociable, extérieure, garantie par nombre de structures institutionnelles, qu’elles fussent employeur, Etat, organismes payeurs ou fiscaux, conseillers en tous genres, et aujourd’hui instances transnationales ou supranationales qui renforcent encore davantage le verrouillage d’un système « sécurisé » et contraignant sur l’existence individuelle et collective des hommes.
C’est en cela que consiste l’enveloppement, l’enroulement de l’âme humaine dans cette structure de formes-pensées extrêmement solide et dense qui, au lieu de porter le fruit de nos intuitions reliées à la Source de toute chose, nous enferme dans un épais brouillard construit au fil des siècles. Notez bien que ce brouillard, qui maintient l’humanité dans la soumission et l’ignorance, est savamment entretenu par une sombre élite œuvrant à le déployer sur la Terre entière et dans toutes les dimensions de la vie humaine.
D’aucuns l’appellent « la Matrice ». Elle résulte en tout premier lieu de la somme de nos consentements, le plus souvent inconscients, à une stratégie élaborée bien au-delà du lieu d’exercice habituel de nos pensées. Échappant à notre intuition comme à notre réflexion, la matrice agit comme une évidence, comme quelque chose d’ininterrogé et par conséquent d’invisible. Elle est, dans sa face inconsciente, une réalité mentale devenue monde. Elle structure la vie de nos couples, de nos familles, de nos entreprises, de nos écoles, de nos partis politiques. Elle définit le cadre pour notre sexualité, notre éducation, notre consommation, nos divertissements, nos activités culturelles. Elle propose des causes légitimes à défendre, des luttes à mener. Elle gère le niveau admissible des idées défendables. Elle régule et équilibre par de subtiles alternances le niveau de nos aliénations comme celui de nos libérations. Enfin, elle agit dans sa phase ultime par l’unification d’un seul modèle normatif qui, tout naturellement, trouve aujourd’hui son accomplissement dans la mise en place d’un gouvernement mondial.
La stratégie ultime de cette matrice, qui s’exprime notamment au travers des feuilles de route du Forum Économique Mondial, au travers également des Agendas 2021 & 2030, est de nous présenter son projet comme celui d’une Humanité toujours plus engagée dans son accomplissement. Ainsi, donc, serions-nous au temps où chaque individu a la possibilité d’atteindre le Graal en devenant « Citoyen du Monde », en épousant avec ferveur toutes les initiatives prétendument philanthropiques qui tendent à cette unification, à cette uniformisation des consciences au sein d’un seul et unique projet planétaire.
Vraiment ? Et si tel était bien le cas, jusqu’au plus petit village d’Afrique où s’immiscent les valeurs civilisationnelles de quelques ONG et fondations aussi troubles que puissantes, quel niveau de destruction de notre lien originel à la Terre et à notre Créateur en serait la condition ? Quel renoncement à la diversité et à la richesse de l’expérience humaine ainsi qu’à notre souveraineté première en serait le ticket d’entrée ?
Abandon des techniques agricoles locales respectueuses de la Terre, abandon des semences reproductibles, abandon des médecines traditionnelles, abandon des langues vernaculaires, abandon des spiritualités ancestrales…
Ainsi, les populations, mues par tant de sollicitude philanthropique, se trouvent peu à peu plongées, d’une part dans le dénigrement de leurs anciennes coutumes et finalement dans l’acculturation, d’autre part dans la dette que ne manquent pas d’entraîner d’insidieux systèmes d’aide au développement. Vidées de leurs spécificités intrinsèques, redéfinies selon de nouveaux modes d’existence et de croyance, elles intègrent alors de facto cette citoyenneté du monde régie par un système de valeurs mondialisées. Elles ont dû, bien sûr, pour satisfaire au nouveau cahier des charges, être suffisamment exposées et transformées par des programmes sanitaires, par des programmes de planification familiale, par des réunions pour l’éducation à la sexualité et à la contraception. Leurs paysans ont dû renoncer aux variétés locales pour s’approvisionner auprès des coopératives de semences brevetées, de graines OGM, auprès des fournisseurs de pesticides, d’engrais issus de l’industrie pétrochimique. Bref, ils se sont rendus dépendants de tous ces intrants, de tous ces nouveaux usages et nouvelles croyances qui recouvrent soigneusement l’inavouable mais réel terme de déculturation sous celui plus acceptable de progrès.
Prenant du recul sur ce qui est en train de se passer, nous voyons que l’âme de l’homme, à l’image de celle du paysan, ne lui appartient plus. Dès le franchissement du portail, dès sa naissance sur la Terre, cette âme est débitrice d’un devoir de produire et, préalablement, d’un devoir de conformité aux obligations normatives qui conditionnent la possibilité même d’exister socialement, économiquement. À commencer par l’obligation d’une salve vaccinale pour le bébé tout juste sorti du ventre de sa mère, bébé dont le système immunitaire est en pleine constitution et adaptation à son nouvel environnement de vie. Il va sans dire que cette atteinte massive à sa capacité naturelle à se défendre, à établir la meilleure symbiose avec le milieu microbien ambiant, n’est pas optionnelle. S’il dérogeait à cette injonction, il ne serait pas pris à la crèche, encore moins à l’école. Ses parents feraient l’objet de poursuites et seraient présentés à la vindicte populaire, laquelle, sagement éduquée, désignerait comme irresponsables les parents réfractaires. Les dénommés « antivax » sont ainsi présentés aux yeux de tous, sous l’angle assertif des médias grand public et des experts qui leur sont acoquinés, comme les dangereux exemples d’une dérive sectaire.
C’est avec un brin de condescendance et de mépris que le citoyen doté de culture générale regardera ces hommes et ces femmes qui revendiquent d’autres choix et qui appréhendent le vivant d’une tout autre manière. Le procédé est habile et trouve ses racines dans une Histoire des Sciences qui s’est nourrie d’une vision du monde au détriment d’une autre. La prétendue objectivité scientifique s’est fait l’hôte d’une idéologie, d’un système de croyance qui agit puissamment sur notre conception de la maladie comme de la santé, ainsi que sur nos choix thérapeutiques. Le système de contrôle du monde aura, en cela, excellemment promu la théorie de Pasteur et, mécaniquement, non sans un intérêt bien compris, elle aura évacué celle de Béchamp.
Par-delà ces injections de plus en plus nombreuses, s’ensuit l’obligation de scolarité jusqu’à 16 ans, dans un cadre de transmission des savoirs totalement acquis à la promotion des valeurs mondialistes qu’elle promeut et accompagne. J’ai pu aisément m’en rendre compte au travers du cursus de mes propres enfants, au travers des postures professorales totalement calquées sur les narratifs « officiels » et « autorisés », que ce soit dans le domaine des guerres et des conflits planétaires actuels ou que ce soit sur le rôle forcément bénéfique des grandes institutions mondiales et transnationales. Toute approche alternative ou seulement interrogative sur la légitimité d’action du « camp de la démocratie » et de ses organes de pouvoir est immédiatement rangée dans les tiroirs du complotisme.
