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Lucia, après le décès de sa sœur Angélica, a quitté le Danemark pour travailler en France, dans une maison d'édition. Elle va y vivre des événements étranges, en particulier l'arrivée d'un mail sur son ordinateur, non seulement qu'elle n'a pas écrit, mais qu'elle ne peut pas effacer. En fait, confrontée aux forces du bien et du mal, (personnifiées par Issam et Adèle, des médiums) elle ira d'une rencontre à une autre, chargée parfois d'un érotisme torride et violent. Et elle va être obligée de revenir sur les lieux de l'accident de sa sœur, dont le deal est de devoir renoncer à son amour pour la femme, portant le même prénom qu'elle. On va se rendre compte, au fil de ce récit, que Lucia a une certaine responsabilité dans la mort d'Angélica. En revenant dans le passé, sur les lieux de l'accident, que va-t-elle décider ?
À PROPOS DE L'AUTRICE
Kamélia alias Adèle Young est expert-judiciaire. "La scribe", est son cinquième livre publié. Elle a d'abord écrit deux livres en lien avec son métier. Puis deux romans > un récit de vie et un thriller psychologique.
Ici elle raconte l'histoire d'une jeune femme aux prises avec ses pulsions sexuelles et sa folie. C'est aussi un jeu avec l'écriture, les fantasmes, l'imaginaire..
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Seitenzahl: 230
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Tu es allongé nu sur ton lit, recouvert d'une peau de bête. Tu as un bandeau sur les yeux et tu attends. Tu m'attends. Être nu ainsi, sous mon regard, te déclenche une érection. J'effleure ton sexe accueillant. Sans toucher le reste de ton corps, je donne de petits coups de langue sur ton gland, puis ton poireau en entier, puis tes jolies couilles ratatinées. Je lape comme un chaton, par petites touches successives. Évidemment, tu bandes de plus en plus. Ton pénis est dressé tel un phallus flamboyant. Je le prends en bouche, pour mieux le déguster. À ce moment-là, je sens que tu bouges. Tu remets très vite ton bandeau sur les yeux. Tu as triché et j'ai décidé de te punir. Je t'ordonne de te retourner. Je vois alors ton petit cul rebondi. La peau est douce. Je caresse du bout des doigts tes jambes musclées, ton derrière, ton dos imberbe (je n'aime pas les hommes poilus) et j’ébouriffe ta tignasse brune frisée. C'est ton cul qui m'attire le plus. Je mets une claque légère sur chacune de tes fesses pour te punir d'avoir osé me regarder. J'entends un aïe ! Chuchoté. Tu triches encore. Tu n'as pas vraiment mal. Je le sais. Tu le sais. Ce n'est qu'un jeu ! Ma langue s'active à nouveau sur ton cul, s'autorisant à entrer dans ton trou. C'est un serpent qui sillonne en toi. Tu gémis. Je te fais te retourner. Tu me présentes ton appendice. J'attends un peu. C'est bien de faire durer le plaisir. Le plaisir de l'attente. Je t'entends penser : bon, elle se décide ! Je me décide. Je me déshabille lentement, pour augmenter ton désir. Il me semble voir jaillir une goutte de sperme en haut de ta tour. Entièrement nue, je me plante sur ta chose. Je t'entends soupirer d'aise en entrant dans ma chatte humide. Tu t'assois et à tâtons tu me titilles les seins puis les gobes, l'un après l'autre. Tu me fais aller et venir sur toi. Moi, je ne dis rien. Pas un gémissement. Pas un cri. Je me mords les lèvres quand je sens venir le risque de te faire savoir mon plaisir. Je me retire, avant ta jouissance et la mienne. Maintenant à genoux, tu tends vers moi, ton sexe humide de moi et prêt à exploser. Je le prends en bouche et il se répand. Je bois cette saveur sucrée. Tu as crié. Je n'ai pas crié. Je me dépêche de me rhabiller et je te laisse seul, sur ta peau de tigre.
Lucia a lu et relu son texte. De son ordinateur, elle a accès aux mails de son travail. Elle est satisfaite de ce qu'elle a écrit. Elle hésite avant de l'envoyer à Issam. Elle joue avec elle-même. Elle sait qu'elle va le faire, mobilisée par la nécessité de sortir de son ennui chronique. Et puis, il lui plaît vraiment, cet homme mystérieux. Il vient d'arriver dans cette grande maison d'édition. Il est chargé de l'aspect technique. Elle n'a pas bien compris en quoi consistait réellement son travail, si ce n'est que dans le profil du poste, il était précisé qu'il fallait d'excellentes connaissances en informatique. Elle, elle fait partie du comité de lecture. Elle ne travaille pas à temps plein. Elle fonctionne souvent à son domicile. Elle va et vient à sa guise quand elle a envie de transmettre à l'équipe ses impressions sur les livres lus. Elle doit être présente à la réunion du jeudi matin, c'est tout. Elle a écrit exprès son mail un mercredi soir, pour voir la tête d'Issam, quand leurs regards se croiseront. À moins qu'il n'ait pas eu le temps de parcourir ses mails. Suspens ! Suspens ! Suce quoi ? Elle rit toute seule. Ça y est le message est envoyé. Elle sait être partie pour une nuit blanche. C'est drôle ce terme, se dit-elle, alors que souvent, durant nos insomnies, nous sommes dans le noir, pas dans le blanc. On s'efforce en général de dormir. On ferme les yeux et on attend.
Blonde aux yeux bleus, au Danemark, Lucia passait inaperçue. Au milieu de ses cinq sœurs dotées des mêmes gênes qu'elle, elle se sentait invisible. En France, elle est un peu plus intéressante. En deux ans, elle a eu plusieurs amants, dans cet élan de liberté retrouvé, sans parvenir à y prendre un véritable intérêt. Pas ce piquant dans le ventre décrit, de montée de Kundalini propre à un important désir et de l'amour. Férue de spiritualité et surtout à la recherche de sensations fortes, elle espérait trouver dans la sensualité, matière à s'élever. Elle n'y est pas parvenue. Pas davantage en faisant du yoga et en participant à des réunions d'illuminés. Seule depuis plusieurs mois et sans activités particulières, elle va voir de temps en temps sa copine Line, comme elle, au comité de lecture. Elle l'invite à des soirées mièvres. Elle boit trop et revient chez elle, la bouche pâteuse et encore plus écœurée qu'avant. Là, après son écrit, elle se sent un peu apaisée. Elle a joui en se faisant ce scénario sur Issam. C'est bien mieux pour elle, que ces coïts insipides avec ses anciens amants. Elle a eu le tort d'avoir une aventure avec John, l'ancien spécialiste des pubs pour la boutique. Il est parti. Elle était attirée par sa musculature et sa bouche sensuelle. Au lit, il s'est révélé être une nouille. Elle n'a rien ressenti. Elle a essayé plusieurs fois en buvant et en fumant quelques joints, sans résultat. Il l'a regardée avec tristesse, quand ils se sont croisés ensuite dans les couloirs. Elle lui a dit : plus jamais ! Il n'a pas compris. Il a quitté son poste (par dépit ?) et elle ne l'a plus revu. Tant pis pour lui.
Issam, d'origine syrienne, se montre totalement indifférent à elle et aux autres en général. Elle l'a bien observé. Cela l'excite. C'est un challenge pour elle. Elle espère seulement qu'il ne soit pas homosexuel. Ce serait bête et elle ne pourrait rien espérer de lui. Non ; je suis sûre qu'il ne l'est pas. Je le sentirais.
Lucia s'empare de son livre de Clive Barker, intitulé : sacrements. Elle a été surprise en découvrant cet auteur fantastique, de la liberté qu'il prend pour décrire des scènes érotiques. Elle avait l'habitude de lire dans ce genre, uniquement du baratin sur les nouvelles théories scientifiques, en particulier la physique quantique, dont elle ne comprend pas grand-chose. Elle se demande d'ailleurs, si ceux qui en disent autant le savent eux-mêmes. C'était pour elle, imbuvable de prétention et l'utilisation de mots savants la saoulait. Par contre, pas d'émotions, pas de sensualité. Pas de vie en somme.
Encore humide de ses fantasmes, elle aurait envie de glisser ses longs doigts fins dans sa fente. Elle s'y refuse. Elle a l'impression qu'alors, elle tromperait Issam. À son grand étonnement, à peine installée dans son lit, qu'elle n'avait pas refait et dans lequel elle s'entortille ; le drap du dessous étant défait de sa base, elle sent le sommeil l'emporter. Elle ne se sent pas poser son livre sur sa table de nuit, pourtant, il quitte ses mains pour s'y mettre. Sa chemise de nuit est remontée et ses jambes s'écartent sur son sexe accueillant. Elle ne dort pas. Elle n'est pas réveillée non plus. Elle est dans un entre-deux. Dans cette faille, donnant à l'imaginaire toute latitude pour s'épanouir. Sans préambule, un sexe grand et gros, suis-je réveillée puisque je vois ?( Est une pensée qui traverse la jeune femme, sans s'y arrêter) entre avec force en elle. Le gland est très large et lui évoque la tête d'un marteau. Elle a mal lors de cette pénétration et se met à crier. Elle voudrait l'expulser hors d'elle. Elle n'y parvient pas. Elle est paralysée. Elle ne peut bouger aucun de ses membres. Le corps qui va avec cet étrange pénis s'abat sur elle, menaçant de l'écraser. La bouche de l'homme, barbu, moustachu et frisé s'ouvre sur des dents pointues. Le regard vert de l'homme devient rouge-sang et la peur la fait trembler de tout son corps. Pourtant, il ressemble à Issam. Elle s'entend dire non ! La bouche se referme et le corps de l'homme s'éloigne de son corps frêle. Le sexe marteau lui, continue à la fourrager au plus profond d'elle. Elle se sent déchirée de part en part, imaginant le sang se répandre dans son lit défait. Puis tout s'arrête.
Quand son réveil se met à sonner, elle se sent reposée comme jamais. Cette manifestation nocturne ne lui revient pas à l'esprit tout de suite. En chemise de nuit et pieds nus, elle quitte la chambre. C'est l'automne et il fait encore très doux dans son petit village. Elle n'a pas de rideaux et jette un œil par la fenêtre, comme tous les matins, pour se faire une idée de la température du dehors. Pour savoir comment s'habiller. Elle habite dans un petit appartement au rez de chaussée d'un immeuble de trois étages. À côté de la chambre, il y a le salon-cuisine qui donne sur un couloir conduisant à la salle de bain et aux toilettes. Les autres locataires, elle les croise rarement. Une fois, elle est tombée sur Martine, une dame âgée qui sortait son minuscule chien. Il lui arrive de l'entendre aboyer la nuit. Dans l'autre appartement, elle pense que vit un couple sans enfants. Elle n'en est pas sûre, la femme qui entre n'est pas toujours celle qui sort. Soit elle change souvent d'aspect, modifie la couleur de ses cheveux ou alors, s'en est une autre. L'homme est beaucoup plus reconnaissable. Il ressemble à un play-boy que l'on voit sur les photos de certains magasines.
Assise à la table recouverte d'une nappe cirée, Lucia sirote son café au lait. Elle n'a pas faim et regarde sans la voir, la tartine qu'elle vient de faire griller et beurrer. Des images lui reviennent de la nuit et surtout des sensations. Une douleur entre les jambes se réveille en elle. Elle abandonne son café et se précipite dans la salle de bain. Contrairement à ce qu'elle croyait, pas de sang sur son sexe ni à l'intérieur. La douleur continue à pulser en elle, par intermittence. Comme si quelqu'un ou quelque chose était entré de force en elle. Elle fait sa toilette à toute vitesse et va allumer son ordinateur. Le mail envoyé est toujours là. Croyait-elle vraiment avoir une réponse d'Issam ?
— Bonjour tout le monde ! Lance Lucia avant de s'asseoir. Ils sont déjà tous là, pourtant
elle n'est pas en retard. Sa douleur persistante entre les jambes la fait se tortiller sur son fauteuil en rotin, pourtant confortable. Le lieu prévu pour leur réunion sur les livres lus est agréable. Des tableaux de voiliers et de mer déchaînée sont accrochés au mur. Elle ignore qui en est l'auteur. Elle les perçoit aujourd'hui comme violents. Celui qui déverse ses passagers dans l'océan l'attire. Elle se sent aspirée vers lui, au point de sentir la fraîcheur du vent et la peur quand elle se sent basculer avec les autres dans l'eau glacée. Elle pousse un petit cri et tout le monde se tourne vers elle. L'éditeur Fabrice Lucki manque s'étrangler avec son gâteau et la regarde avec reproche. Il est énorme et souvent la jeune femme se demande comment il fait pour ne pas casser son siège. Il est toujours en train de manger : des gâteaux, des friandises, des sandwiches, en fonction de l'heure de la journée. Elle ne l'a jamais vu la bouche vide de nourriture et parler avec lui, c'est prendre le risque de se faire asperger de postillons. En plus, il sue beaucoup et pue, emmailloté de vêtements à la propreté douteuse. Elle plaint Marguerite, sa secrétaire. Son teint pâle et sa discrétion naturelle, la rende transparente. Très fine et pas maquillée, elle a un visage, caché derrière de grosses lunettes et un corps sans attrait. Lucia est allée vers elle, pour apprendre à la connaître. Elle en a été pour ses frais. Elle n'a rien voulu dire sur elle, sa vie, évoquant le travail à faire. Elle a voulu l'entraîner avec elle à l'extérieur, boire un pot par exemple. Elle a redit : j'ai du travail, et elle a laissé tomber. Elle ne donne jamais son avis sur les livres et personne ne le lui demande. Pourtant Fabrice la veut à ses côtés. Le bruit a couru qu'elle était sa maîtresse. Line et Lucia en ont ri : il pourrait l'écraser de son poids. Et elle n'a ni cul ni seins, qui peut s'intéresser à elle ? À déclaré Line. Lucia a trouvé que c'était méchant, pourtant elle a éclaté de rire et a répondu : c'est peu-être un transsexuel ! A-t-elle dit ensuite. Elle partage le bureau de Fabrice et son odeur. En face de cet homme, il y a Agathe. Elle est bénévole. Elle est la cousine de l'éditeur. Elle a toujours un temps d'avance sur les autres, dans la lecture des ouvrages et n'oublie pas de le faire savoir. Grassouillette, elle a une voix très grave, faisant sursauter tout le monde, car en plus, elle parle fort. À côté d'elle il y a Victor, discret, menu. Si on l'écoutait, on ne publierait jamais personne. La moindre faute d'orthographe l'empêche d'apprécier un récit. Le genre accepté par cette maison d'édition ne passionne pas Lucia. On ne s'intéresse pas à l'imaginaire. On garde essentiellement les récits de vie. Cela ennuie terriblement la jeune femme. Elle a envisagé de chercher du travail ailleurs, puis la paresse la conduite a cessé de le faire. L'avantage est qu'elle peut aller travailler à pied. Assise aussi à la table, se trouve sa copine Line, qui s'occupe également de la publicité de la Maison d'édition. Puis pour finir : Lionel Bat, le proche collaborateur de Fabrice. Il est bel homme : blond aux yeux bleus, il lui rappelle son premier amant. Il est marié et a des enfants. Il est charmant, sans être séducteur, avec tout le monde. On apprécie quand l'éditeur en chef est en congé et que c'est lui qui fait tourner l'entreprise. Et puis, il y a Issam. Elle n'a pas encore osé le regarder. Elle le fait quand elle sent (ou croit sentir) son regard posé sur elle. Un éclair rouge fugace la transperce quand elle pose son regard sur lui. Elle pousse un nouveau cri.
— Si vous êtes malade, rentrez chez vous ! S'énerve Fabrice.
— Je suis désolée ! Non, ça va, balbutie Lucia, qui se sent rougir.
Elle entend ensuite, comme dans un brouillard, les remarques des uns et des autres sur le livre d'un parfait inconnu. Elle l'a lu en diagonale car elle la trouvé imbuvable. Elle fait comme les autres, elle ne dit pas ce qu'elle pense vraiment. Après tout, on est des professionnels...
Une envie d'aller aux toilettes l'empêche de réfléchir. Quant à parler...Elle profite de la grosse voix d'Agathe pour aller aux toilettes. Avant d'y parvenir, elle se sent prise de tremblements, l'obligeant à s'asseoir sur le sol. Le froid du carrelage entre sous sa jupe en tissu léger. Les tremblements ont été remplacés par une chaleur insupportable. Avant de le voir, elle sait qu'il est là. Issam l'a suivie. Il passe à côté d'elle sans rien dire, sans rien faire, alors qu'elle est clouée au sol. Elle sent des larmes couler sur ses joues, tandis qu'il s'éloigne. Quelque chose d'étrange lui est arrivé, quelque chose sur lequel elle n'a pas prise. Si elle savait l'étendue de ce qu'elle a déclenché en écrivant ses fantasmes, sans doute partirait-elle en courant, pour s'éloigner définitivement du destinataire de sa folie. Elle ne le sait pas, se contentant de ressentir. Cela n'a rien d'agréable. Une fois l'homme hors de son champ de vision, elle peut enfin se relever. Dans les toilettes, elle vomit, elle vomit. Elle a l'impression que cela ne s'arrêtera jamais. Qu'elle va finir par se vomir elle-même et disparaître dans la cuvette des toilettes. Cela lui rappelle la perte de sa sœur : Angélica, la plus belle de la fratrie, fauchée devant elle par une voiture jamais retrouvée. Elle s'était mise à vomir sur le sol, sans pouvoir s'arrêter. Il avait fallu l'hospitaliser. Elle avait ainsi espéré échapper à l'enterrement lugubre de sa sœur et au suicide de sa sa mère. Disparue la belle famille aux cheveux d'or ! Chacun avait dû s'enfermer dans sa bulle en attendant de pouvoir voler de ses propres ailes. C'est en France,qu'elle avait fait des études de lettre puis avait passé une licence lui permettant de travailler dans une maison d'édition. C'est ce que voulait faire Angélica. Elle lui avait ainsi rendue hommage à sa façon. Le croyait-elle vraiment ?
— Tu es malade Lucia ? Tu veux que je te ramène ? Demande Line.
— T'inquiète. Cela va passer, lui répond d'une petite voix pleureuse, sa copine.
Lucia, revenue dans le petit salon, s'évertue, à son tour, de brosser un tableau du livre pas vraiment lu. Elle entend une voix chevrotante censée lui appartenir. Elle ne sait pas ce qu'elle dit, continuant à être dans le brouillard. Elle ne regarde pas Issam, pourtant elle sent le poids de son regard. Elle se dit, tout en tenant un discours insipide que : plus jamais je n'écrirai à cet imbécile prétentieux. Mon mail, c'était n'importe quoi !
— Moi, j'aime bien la façon dont est relatée la mort de sa fille trisomique. L'absence
d'émotions apparentes donne encore plus de poids à ce drame, déclare Issam, l'obligeant à poser ses yeux sur lui. De nouveau, cette lueur rouge. Elle se demande si elle est la seule à la voir. Elle sent une énergie nouvelle l'envahir. Une force jamais ressentie. Son cœur s'est mis à battre plus vite et la douleur entre ses jambes a disparu. Elle est remplacée par un désir sexuel puissant. Un désir jamais éprouvé pour un homme. Complètement déstabilisée, elle se sent tenue de dire quelque chose, pour mettre fin à son trouble.
— C'est vrai que ce passage est intéressant. Ceci dit, il ne supprime pas toutes ces
descriptions inutiles.
— C'est ce contraste entre ce descriptif et la fin, le meurtre, qui justement provoque ce
sentiment d'horreur mêlé à de la compassion qui fait l'originalité de cette histoire, pas si banale que ça, reprend lssam en fixant Lucia de ses yeux redevenus verts.
Mon Dieu, qu'il est beau ! Je ne suis pas d'accord avec ce qu'il dit, mais il le dit si bien, pense Lucia. Elle a décidé de se taire, de ne pas relancer le débat. Elle se tourne vers Line, comme pour lui demander de l'aide. Elle lui sourit sans rien dire.
— Bon, on le publie ou pas ? Demande Fabrice en postillonnant. Tout le monde sait bien
que c'est lui qui en fin de compte décidera de sa publication. Il en est toujours ainsi. Ils ont parfois la surprise de constater qu'un ouvrage fortement critiqué apparaît, comme par miracle, en évidence dans l'espace auteurs.
— Pour une fois, il n'y a pas beaucoup de fautes d'orthographe, concède Victor.
— Alors, adjugé, déclare L'éditeur.
À peine la réunion terminée, Lucia se dépêche de quitter les lieux. Line la rejoint. Elle lui propose de la reconduire chez elle et de jouer la maman en lui faisant une tisane. La jeune femme se laisse faire. Une envie de pleurer lui tord les tripes. Elle va encore avoir mal au ventre à force de se crisper. Son amie connaît son histoire et fait tout ce qu'elle peut pour la distraire. Fine comme elle et tout aussi séduisante, elle lui propose régulièrement des hommes dont elle s'est lassée. Elles ont un goût assez semblable en matière masculine. Line a les yeux bleus, cachés derrière une frange de cheveux noirs. Elle a couché comme elle avec John, occupant auparavant le poste d'Issam. Elle lui avait dit qu'il n'était pas terrible au lit, ce qui ne l'a pas empêché de vouloir essayer. Elles en ri souvent ensuite, de leurs expériences sexuelles. La longue femme brune est extravertie et rencontre beaucoup de monde. C'est en quelque sorte sa rabatteuse. Elle va souvent à des concerts. Habitant en ville, elle sillonne le bitume, seule ou accompagnée. Dotée d'une petite fortune, distribuée par une famille généreuse et encore vivante ; elle est la joie de vivre. Elle est tout le contraire de Lucia et sans doute a-t-elle trouvé en elle matière à se donner bonne conscience. Elle est son orpheline, la sœur mélancolique, qu'elle n'a pas eu. Quelque soit la raison qui scelle leur amitié, celle-ci se renforce au fil du temps. Elles ont évidemment échangé sur Issam. Line l'a trouvé craquant, tout en lui recommandant de ne pas s'approcher de lui. Il est dangereux ! A-t-elle ajouté. Lucia n'a rien rétorqué. C'est son secret, son attirance pour lui. Elle sait être incomprise. Elle sait se tromper. Elle sait qu'elle ne devrait pas. Elle sait et ne veut pas savoir, encore plus folle de désir depuis la dernière réunion.
Allongée dans son lit, les yeux dans le vague, elle peut enfin pleurer tranquillement. Elle a joué les malades devant Line et a bu sagement sa tisane au gingembre. Elle a promis de venir à sa soirée le lendemain soir : y'a du beau bétail ! A assuré son amie.
Tirée brutalement de ses larmes, Lucia réalise qu'elle a oublié d'emporter les livres à lire. Elle se remaquille ses yeux rougis de larmes et s'habille rapidement de son jean préféré. Il est déchiré à l'emplacement de son genou gauche. Cela fait jeune, prétend Line. Elle s'en fiche de l'effet qu'il donne, elle est bien dedans. Elle met un tee-shirt noir, parce qu'il est sur le haut de la pile de vêtements, qu'elle doit ranger.
Dans le couloir elle se heurte à Issam. Impossible de ne pas le voir ! Impossible de ne pas le regarder ! L'envie lui prend de lui demander s'il a aimé son mail. Elle se contente d'essayer de sourire et se rend compte que son sourire devient grimace. L'homme sourit. L'homme sourit pour la première fois qu'elle le connaît. Dans son ventre un gargouillis agréable efface toutes les larmes passées et pouvant revenir. Elle se sent obligée de justifier sa présence.
— J'ai oublié de prendre mes livres, dit-elle d'une voix qu'elle entend chevrotante.
— Cela arrive, répond Issam, avec cette belle voix grave et sensuelle, qui ajoute du trouble
à son trouble.
Il est parti depuis un bon moment, alors qu'elle reste plantée dans le couloir. Elle a envie de danser. Elle a envie de chanter. J'aime cet homme, se dit-elle, ravie de mettre un mot sur sa confusion. Elle s'apprête à sortir puis réalise qu'elle n'a pas encore pris les livres qu'elle est venue chercher. Elle le trouve dans le bureau en pleine discussion avec Agathe. Il lui sourit et pose une main sur son épaule. Ils sont l'air complice et un pincement de jalousie l'envahie. Ce n'est pas possible, il ne peutpas être attiré par cette grosse vache, pense Lucia tout en se sentant honteuse. Comme pour enfoncer un peu plus le clou de sa souffrance, elle interpelle Issam :
— Ça y est j'ai pris les livres, dit-elle.
L'homme jette un regard distrait et indifférent à la jeune femme qui ravale le retour de larmes à peine asséchées. Elle se sent totalement stupide, encore davantage d'être à ce point dépendante de ce parfait inconnu. De retour à son domicile, elle jette ses livres sur son lit en vrac et se jure d'elle à elle de s'éclater avec un homme le lendemain soir. Je vais m'habiller en pute et ce sera bien fait pour lui. Elle sent une remontée de larmes vite effacées par l'évidence que : il s'en fiche complètement que tu te tapes un type. Lui, il préfère les grosses. Elle chasse ces pensées lancinantes. Elles sait qu'elles reviendront pour la faire souffrir encore et encore.
Lucia s'admire dans la glace en pied de sa chambre. Elle a noirci ses yeux et a mis du rouge à lèvre, en parfait accord avec sa petite robe en coton. Elle ne porte pas de soutien-gorge et le tissu la gratte un peu. Elle hésite. Va-t-elle mettre une culotte ou pas ? Elle a mal dormi, sans pour autant être importunée par ce rêve étrange de pénétration violente. Il n'était pas question d'écrire un autre mail à Issam. Cela ne l'a pas empêchée de vérifier cinquante fois une réponse éventuelle.
La sonnette de l'entrée retentit et la fait sursauter. Elle déteste ce son. Cela ressemble à la cornemuse d'un bateau. Elle ne s'y habitue pas. Il est vrai qu'elle ne l'entend pas souvent. Hormis Line, peu de personnes viennent à son domicile. Nouvelle pensée pour Issam. Que penserait-il de son petit logement et du désordre ? On s'en fout ! Se dit-elle en allant ouvrir à Line. Elle a finalement mis un slip à dentelles de couleur rouge. Elle avait essayé de mettre un string, sans pouvoir le supporter. Il faut être masochiste pour endurer ce frottement. Elle en avait parlé avec Line qui, elle, trouvait cela au contraire plaisant, voire excitant.
Son amie porte un jean tout simple avec un chemisier blanc.
— Tu es habillée comme une pute ! Cela te va bien. Tu as raison de dévoiler tes charmes, il
y a du beau monde chez moi. Quelques ploucs incultes, mais pas que... J'ai fait venir un psychiatre. C'est un beau mec, pas du tout prétentieux.
— Mouais, il va vouloir tout analyser ! Tu te l'es fait ?
— Pas du tout. C'est l'ami d'un ami. Je le trouve un peu trop vieux, mais je sais que toi cela
ne te dérange pas.
— OK, on verra bien. Allons-y !
Lucia entre en conquérante dans le grand salon de Line. Elle tortille un peu du popotin, pas trop, juste un peu. Tous les regards convergent dans sa direction. Une dizaine de personne s'affaire autour de la table ou des coupes de champagne sont alignées. Des gâteaux venant de toute évidence d'une pâtisserie (Line n'aime pas cuisiner) sont placés sur une assiette en porcelaine. Des fauteuils en cuir et un grand canapé habillent la pièce. Au mur sont accrochés des tableaux, pour la plupart peints par la mère de Line. Elle n'a pas osé lui dire que certains étaient infectes. Les proportions des nus ne sont pas respectées ou mal. La couleur rouge pulse. Celle-ci prétend faire du Dali. Lucia a peu de connaissance en peinture, mais du Dali, qu'elle prétention ! Au sol, un tapis moelleux recouvre la quasi totalité de l'espace et souvent les invités s'y promènent pieds nus. Son amie possède trois chambres, dont deux qu'elle met à disposition de qui n'est pas en état de rentrer chez lui ou (et) pour assouvir des besoins sexuels pressants. Lucia n'a jamais fait entrer chez elle un de ses amants de passage. À l'occasion elle va chez lui. Elle ne veut surtout pas donner son adresse.
À peine s'est-elle approchée d'un verre que Line le lui remplit à raz bord de champagne. Un jeune homme s'approche d'elle. Du haut de ses 28 ans, elle le trouve un peu trop jeune pour elle, puis au deuxième verre commence à s'en moquer. Elle ne tient pas l'alcool et devrait en rester là. Elle n'en reste pas là. C'est la soirée de toutes les folies. Elle veut oublier Issam. Elle veut oublier sa sœur. Elle veut s'oublier. Quand il lui prend la main pour la conduire dans une des chambres, elle le suit sans difficulté. Au moment où elle quitte le salon, elle est interpellée par un homme d'un certain âge, une cinquantaine d'années, peut-être plus.
— Cela ne vous va pas du tout de jouer les putes ! Dit l'homme avec un sourire triste. Je
laisserai mon numéro de téléphone à votre amie. Venez me voir quand vous voulez !
Lucia lui tire la langue et se dépêche de quitter la pièce. La porte tout juste fermée, le jeune homme dont elle n'a pas retenu le prénom et ne le saura jamais y compris après et pas davantage la couleur de ses yeux et de ses cheveux, engouffre sa tête sous sa jupe, pour lui enlever son slip. Il la lèche avec application. Elle le repousse et se met nue puis s'allonge sur le lit, les jambes écartées.
— Non, je veux que tu me suces, dit-il avec colère.
— D'accord, mais après tu me planteras ton truc.
— Ouais.
