La scribe - Kamélia - E-Book

La scribe E-Book

Kamélia

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Beschreibung

Nadja s'est installée dans un petit village de montagne, quand son compagnon est décédé. Et pour éviter de donner prise à ses pulsions sexuelles exigeantes. Elle s'est trouvée un travail, pensant qu'occupée ainsi, elle pourrait prendre un nouveau départ : aider les auteurs et auteures à reprendre leurs romans ou textes, avant publication. Très vite elle va être à nouveau en proie à ses démons, ne pas résister à la tentation de mettre en acte ses désirs sexuels.
Elle va ensuite tomber amoureuse, ce qui ne peut pas l'aider à retrouver un bon équilibre psychologique. Sa rencontre avec le fils de la concierge : Albert, va l'aider – un temps – à reprendre pied. 

En fait, fantasmes ou réalité, il est difficile de faire le tri dans les récits de cette jeune femme. Si l'on part du postulat que : tout ce qui est possible existe vraiment, des mots se formant sur une page, pouvant devenir livre, cela devient réel, non ? C'est un peu ce que veut démontrer cette histoire, au-delà de l'aspect sexuel...


À PROPOS DE L'AUTEURE


Kamélia alias Adèle Young est expert-judiciaire. La scribe, est son cinquième livre publié. Elle a d'abord écrit deux livres en lien avec son métier. Puis deux romans > un récit de vie et un thriller psychologique.
Ici elle raconte l'histoire d'une jeune femme aux prises avec ses pulsions sexuelles et sa folie. C'est aussi un jeu avec l'écriture, les fantasmes, l'imaginaire...

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Seitenzahl: 114

Veröffentlichungsjahr: 2023

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La scribe

Récits oniriques sur la déchéance

 

 

 

 

 

 

 

 

Kamélia

 

 

Prologue

 

 

Je me fais appeler Nadja, je trouve que cela fait exotique et mystérieux. Je passe beaucoup de temps à me maquiller, me coiffer et à me trouver un vêtement sexy, même ici…

Je ne sais pas si je suis jolie, mais j’essaie de le paraître. J’ai été si longtemps invisible durant mon adolescence ! J’ai changé de vie, mais je reste marquée par le souci de séduire, encore et encore.

J’ai choisi un métier, pouvant m’aider à lutter contre mes penchants pervers. J’ai échoué. Si j’avais réussi, je ne serais pas obligée de vous écrire et d’essayer de me faire pardonner. J’ai été coupable, je suis maintenant victime. Ma démarche au départ était généreuse : je voulais aider les auteurs et les auteures à écrire un texte, une nouvelle, un roman.

J’habite dans un petit studio au sixième étage d’un immeuble de luxe : double vitrage et vue sur les belles montagnes des Hautes-Pyrénées. Il y a une concierge au rez-de-chaussée. Énorme, souvent vêtue d’une longue robe à fleurs, elle est la caricature des personnages de romans. Il lui aurait fallu un mari : le visage bouffi par l’alcool, des petites jambes maigres arquées, avec collé à la lèvre, un éternel cigare. Elle n’a pas de mari. Elle est veuve. Elle vit dans un appartement minable (j’y suis entrée) avec son fils unique. Au début, je l’ai perçu comme un grand benêt à lunettes, rougissant à chaque fois qu’on lui adressait la parole. Il s’est révélé être autre. Je me rends bien compte que la version que je donne des premiers personnages fait aussi caricature et pourrait donner le ton à une histoire policière, bonne ou mauvaise. Mon récit relate, en fait, un basculement dans la déchéance, ma déchéance !

Avant cette histoire, dans laquelle j’ai perdu le contrôle, soumise que j’ai été à des pulsions destructrices, j’avais eu un semblant de vie. J’ai perdu toute mesure en considérant tous ces gens — avec leurs têtes de gens — comme des figurants, dans un film où je détiendrais le beau rôle. J’ai eu des parents. J’étais fille unique. J’étais timide. Je n’arrivais pas à me faire des amies. Les psys diront (d’ailleurs ils le font) que tout se joue dans la petite enfance. Je ne suis pas d’accord. Nous forgeons notre destin, d’une rencontre à l’autre. Bref, j’ai été choyée. J’ai fait des études de lettre. J’ai rencontré Luc, étudiant comme moi. Luc est mort. J’étais encore vierge et je lui en ai voulu. Je lui en ai voulu de manquer de sensualité, d’être godiche, de ne pas m’aimer assez.

Puis d’être mort, sans m’avoir donné le temps de l’aimer vraiment, pour le pleurer ensuite. Je ne l’ai pas pleuré. Sa perte a conditionné mon basculement dans le sexe. J’aurais pu me mettre à boire ou me droguer, à la fac c’était facile et j’avais de l’argent. J’ai arrêté mes cours. Je n’ai rien dit à mes parents. Ils sont morts, dans l’ignorance du devenir de leur petite fille adorée. Ils ont continué à me donner de l’argent. Puis, j’ai changé de vie. Il est possible que ce soit au décès de mes parents, dans un accident de voiture. A mon avis, ils ont fait le choix de mourir. Ma mère avait un cancer généralisé et mon père avait peur de se retrouver seul. Je n’en sais rien en réalité, mais l’idée d’une mort romantique me plaît. J’ai hérité de pas mal d’argent. Pas suffisamment toutefois pour me la couler douce le reste de ma vie.

 

J’ai pensé que mes connaissances en littérature allaient me permettre de sublimer. Je n’ai pas envisagé d’écrire pour mon propre compte : trop paresseuse, difficulté à aller au bout d’une idée, manque de talent… Les raisons sont multiples. Ce qui est sûr, c’est que j’avais du mal à rester seule trop longtemps. Je déprimais. J’avais besoin de rencontres, sans trop savoir ce qu’il en adviendrait. Je me suis trompée et c’est trop tard pour revenir en arrière. Je livre ici mes errances, dans l’espoir de trouver une issue à ma situation. Vous verrez, au fil de mon récit, l’étrangeté de mes rencontres. Certaines, je les ai peut-être rêvées. Il y a des rencontres glauques, d’autres moins. Et pour finir — comme s’il était nécessaire qu’il y ait une morale — j’ai été prise à mon propre jeu.

 

Je vous en fais le récit, en espérant votre indulgence sur mes agissements. En espérant ma rédemption. Avant je vous demande de lire mes histoires, des histoires de marionnettes, mais pas pour les enfants.

 

Trois petits tours et puis s’en vont…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fabrice

 

Fabrice a été le premier à répondre à mon annonce : je propose mon aide à de futurs écrivains. Des écrivains aux idées intéressantes, mais n’ayant pas toujours les mots justes, pour les mettre en forme.

J’ai créé une adresse mail, pour ce type de travail. Je n’ai pas répondu à tout le monde, j’ai fait du tri. Je voulais d’abord me faire une idée précise de la personne que j’allais recevoir : ses choix de vie, ses centres d’intérêt. Puis au terme de ces échanges, j’ai demandé une photo. Certains se désistaient à ce moment-là. Je ne peux évidemment pas savoir la raison exacte de leurs refus d’être vus, j’imagine une peur irrationnelle et la crainte de la jalousie éventuelle de leur partenaire. Il n’y avait pas d’ambiguïté dans ma démarche. Je me croyais au clair avec ce travail. J’aurais dû savoir l’existence en chacun de nous, d’une part d’ombre. Faire semblant de l’ignorer est un bon moyen de lui ouvrir la porte. De lui permettre de se répandre et de recouvrir les parcelles de lumière, autrefois présentes.

 

Sur la photo, Fabrice a gardé ses lunettes. On devine son regard clair. Il pose devant un bateau, amarré à un port. Je n’ai aucune connaissance en géographie et je suis donc incapable — si tant est que cela m’ait intéressée — de deviner la région de France (ou d’un autre pays) où il est à quai. Des bateaux, j’en ai une dizaine dans mon studio : des vieux gréements des années 1800, trouvés dans le vide-grenier de Argelès. Son bateau semble être un bateau de plaisance. Sur la photo, il fait beau et le bleu du ciel se reflète dans l’eau tranquille. Fabrice — comme souvent pour une photo – cherche à se donner une contenance décontractée. Je me suis aperçue, derrière sa volonté d’être à l’aise, de sa timidité et de sa gêne. Il paraît petit en taille et sa chemise bleue (comme ses yeux) ne réussit pas à cacher son léger embonpoint. Marié et père d’un adolescent de 13 ans, il avoue avoir créé une adresse mail, inconnue de sa famille. J’ai pensé que le petit coquin n’était peut-être pas uniquement à la recherche d’une scribe. J’avoue avoir été prise d’une excitation à la perspective de rencontrer cet inconnu. Il voulait une photo, un donnant-donnant. J’ai refusé.

J’ai mis mon tailleur mauve et je me suis teint les cheveux avec du henné de couleur orange. Prise dans la frénésie du paraître, j’aurais dû réaliser l’incongruité de ma démarche. Des lunettes et les cheveux attachés en queue de cheval auraient été plus propices à la fonction à laquelle je me désignais. Il ne venait pas pour me regarder. Il venait pour avoir des conseils. Je pouvais être n’importe qui, habillée n’importe comment et m’enlaidir. Ainsi déguisée, j’aurais rendu impossible tout rapprochement coupable. Devenue laide ou en tout cas, peu attrayante, j’aurais été cette inconnue, ce passe-partout dont on ne peut se rappeler le visage, encore moins le corps. J’avais été tellement celle-là décrite à l’adolescence, que cela aurait nui à mes capacités d’écoute. J’y croyais vraiment ?

Déguisée en rousse flamboyante, je portais des lentilles, transformant mes yeux noisette en vert émeraude. Envoûtée par mon propre reflet, j’étais attirée par l’image de cette jeune femme impudique. La jupe courte et le chemisier mauve, à travers lequel on distinguait le soutien-gorge rembourré (j’ai des petits seins) j’étais parée pour séduire, volontairement ou non. Une fois coiffée, les cheveux en torsades fines, j’ai ajouté une touche de parfum derrière mes oreilles, bien dessinées. Je me désirais. Je m’aimais. Je me prenais pour une châtelaine, en arpentant pieds nus, le sol de mon petit logement. Dans la salle de bain, j’ai une baignoire, me laissant peu de latitude pour me déplacer et les toilettes sont à l’intérieur. En général, je me coiffe et me maquille en me regardant dans le miroir de la porte d’entrée, au-dessus de l’armoire à bateaux. La salle de bain avec les toilettes est sur la gauche en entrant. En face, c’est le salon-cuisine-salle de séjour-chambre. C’est très fonctionnel : j’ai un canapé-lit à côté d’une table basse, deux chaises et un frigo. Je n’ai pas de cuisinière, juste un micro-onde (je mange souvent à l’extérieur). J’ai réfléchi à la manière dont je permettrais à mon visiteur de franchir mon domaine. J’ai pensé lui demander d’enlever ses chaussures et ses chaussettes. Je ne voulais pas être obligée de faire le ménage après son départ. De la moquette revêt entièrement le sol du studio et c’est bien agréable de glisser ses pieds nus dans les entrelacs des peluches de laine. De se vautrer dans ce vert pelouse ! Dans le fond, c’est le bureau. J’ai prévu de m’installer dans le fauteuil en cuir à bascule, face à un fauteuil plus ordinaire. J’avais l’intention de prendre le pouvoir en sujet supposé savoir, que je n’étais pas. Je trichais déjà sur ce que j’étais, ce que je voulais vraiment, dans cette tromperie, propre à ceux (je ne suis sans doute pas la seule) qui font comme s’ils leur étaient possibles de refréner leurs bas instincts. J’étais atteinte du syndrome de l’imposture. J’y suis restée combien de temps ? Est-ce que j’y suis encore ?

Sur une petite table à roulettes, j’ai déposé mon ordinateur portable.

 

J’entends la sonnerie de l’interphone : bravo, il est pile à l’heure. Je jette un dernier regard dans le miroir et je décroche. Et j’ouvre la porte.

Fabrice est moins petit que je ne le supposais. Il n’a pas de lunettes et ses yeux bleus sont grands et candides. Ses lèvres épaisses donnent à son visage une sensualité, réveillant un désir à bannir. Je ne l’ai pas banni. Je ne voulais pourtant plus être à l’affût de sensations nouvelles, dans ce domaine-là en tout cas. Il porte une chemise bleue, identique, on dirait à celle de la photo postée. Au moment où il avance, pour entrer, je le préviens, pour les chaussures et les chaussettes. Pour le tarif convenu, je lui demande de déposer l’argent dans une soucoupe, mise sur le sol. Cela l’oblige à se baisser. J’en retire — je ne sais pas pourquoi — une satisfaction intense. Il est à mes pieds, l’espace d’un instant. Je n’avais pas réfléchi aux conséquences éventuelles de cette disposition. Je n’ai pas réfléchi à grand-chose, je l’avoue. J’étais excitée, contente et imbue du pouvoir que je m’octroyais. Cela aurait dû me suffire. Cela ne me suffisait pas.

Fabrice semble contrarié par mes dispositions (pour les chaussures et les chaussettes) moins de devoir se baisser devant moi.

— Suivez-moi dans mon bureau ! Vous me raconterez votre histoire.

Au fur et à mesure de votre récit, je modifierai ce qui a lieu de l’être et je vous en ferai part ensuite. Nous nous verrons tous les lundis à 18 heures, comme je vous l’ai écrit. Cela durera une demi-heure à chaque fois. J’ai beaucoup de demandes, vous vous en doutez.

J’ignore pourquoi j’ai choisi un temps de rencontre si court. Je ne l’ai jamais respecté, à part pour Fabrice.

D’une voix d’abord peu assurée, il raconte une histoire de crime dans un bateau de plaisance, d’un ennui mortel. Je réprime un bâillement en m’efforçant de taper avec les touches de mon ordinateur, le fil de ses mots. Il est lent et ce n’est pas difficile. Au bout de dix minutes, j’en ai assez entendu. Au lieu de l’interrompre et de le conseiller, comme c’était convenu, une montée soudaine d’adrénaline me conduit à repousser la table à roulettes sous la fenêtre, à ma droite. Je n’ai pas encore décidé de la suite des événements. Une sorte de folie me conduit à me jeter sur lui. Je ne suis pas très grosse, mais la force que je mets le fait basculer en arrière. Je le retiens ensuite pour l’empêcher de tomber sur le sol. Nous nous retrouvons enlacés. Je me colle contre lui, le sexe en avant. Ce contact silencieux dure une éternité. Sa passivité augmente mon agressivité. Il ne dit rien. Il ne bande pas. Je n’ai pas d’idées précises sur son devenir et le mien. Je voudrais le voir réagir, manifester son existence, d’une façon ou d’une autre.

— Déshabille-toi ! Je vais te sucer, c’est ce qui me vient, dans le rappel d’autres situations.