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PMA: Insémination ou FIV? Donneur anonyme ou connu? Avec ou sans don d'ovocytes ? A 36 ans, Bijou Bulindera a décidé qu'elle avait le droit de réaliser son rêve d'être maman, comme toutes les autres femmes et ce, même si elle n'était pas en couple. C'est alors qu'elle s'est engagé dans un parcours du combattant afin de dévier son horloge biologique. A travers ce récit autobiographique, elle nous raconte son parcours pour concevoir et devenir une mère en solo, ses questionnements, ses doutes, le regard des autres, les idées reçues, ses échecs amoureux, ses appréhensions, son pilier de réussite, ses sources de force et de positivité. A la veille de la légalisation de la PMA en France pour les femmes célibataires ou homosexuelles, elle nous livre d'une manière simple et émouvante, comment prendre confiance en sa capacité d'être maman. Elle détaille aussi la vie au quotidien d'une mère célibataire de la génération 2.0, d'une working girl qui se lance des challenges professionnels, et goûte aux plaisirs d'une vie faite de rencontres et de voyage. Elle complète son récit d'un guide qui accompagnera la femme à l'aube de vivre la même aventure qu'elle. Elle y agrège des informations provenant de sa propre expérience, de celles des femmes qu'elle a eu la chance de coacher, de son entourage ainsi que celles collectées par investigation (livres, sites internet, blogs, forums de discussion). Elle vous dit où trouver l'information, quelles questions se poser ou ne pas trop se poser, comment vivre les traitements, comment se faire confiance, en tant que future maman solo, comment combattre la culpabilité, comment gérer les avis ou commentaires inconvenants de l'entourage, et plus encore.
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Seitenzahl: 192
Veröffentlichungsjahr: 2019
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En souvenir de ma grand-mère, taté Marie, une Amazone, une femme libre, une inspiratrice,
A ma mère, mon soutien indéfectible, ma colonne vertébrale,
A mes frères et sœurs et à tous mes neveux et nièces, qui, par leur joie, m’ont donné envie de fonder ma propre famille,
En particulier à ma sœur Tatiana et à mon amie d’enfance Imani qui m’ont soutenue à chaque moment de l’expérience,
A ma grande amie Olivia Perazzone qui m’a challengée dans l’écriture de ce livre, pour sa relecture, ses conseils avisés et son soutien dans la réalisation de ce projet,
A mes amis qui ont été là dans les moments de doute,
A toutes les femmes qui occupent mon quotidien, nounous, puéricultrices et femme de ménage qui me permettent de ne pas crouler sous le poids des responsabilités d’une maman solo,
Aux sages-femmes qui m’ont accompagnée dans l’aventure pour leur douceur, leurs conseils et astuces précieux,
Aux personnes qui m’ont confié leurs histoires et qui m’ont accordé leur confiance pour le coaching,
Et à mon fils, pour tout son amour.
PREAMBULE
CHAPITRE 1 : AU COMMENCEMENT
CHAPITRE 2 : LES EPISODES DUO
CHAPITRE 3 : L’INTROSPECTION
CHAPITRE 4 : LA CONCEPTION SOLO
CHAPITRE 5 : L’ABOUTISSEMENT
CHAPITRE 6 : ET MAINTENANT ?
POSTFACE
Le guide : Bijou Bulindera
INTRODUCTION
Synopsis
PREMIERE PARTIE
1.
TROUVER UN BON GYNECOLOGUE
2.
FAIRE UN BILAN DE FERTILITE
3.
FAIRE LE POINT SUR SON ETAT PSYCHOLOGIQUE, FAIRE LE VIDE ET CULTIVER LA POSITIVITE
4.
EVACUER SES DOUTES ET PREPARER SON ENTOURAGE
5.
LES QUESTIONS A SE POSER ET CELLES A NE PAS TROP SE POSER
6.
LES QUESTIONS A NE PAS POSER A UNE FEMME QUI ESSAYE DE TOMBER ENCEINTE
7.
IDENTIFIER SES ALLIES DANS CETTE DEMARCHE
8.
SE FIXER DES OBJECTIFS ATTEIGNABLES
9.
ECONOMISER UN MAXIMUM
10.
CHOISIR LA CLINIQUE QUI CORRESPOND A SES ENVIES ET A SES VALEURS
DEUXIEME PARTIE
1.
VOTRE CORPS
2.
LES VISITES CHEZ LES PRATICIENS
3.
DE LA PREPARATION A L’ACCUEIL DU BEBE
4.
QUESTION ALLAITEMENT
5.
MAMAN SOLO 2.0 ET WORKING GIRL
5.1 C‘est quoi être une maman solo ?
5.2. Mes journées de maman solo 2.0 et working girl
TROISIEME PARTIE
Paris, mars 2014. J’ai un entretien d’embauche à 14h dans le quartier d’affaires, à la Défense pour un cabinet de conseil en organisation et stratégie. Je n’ai aucune intention d’accepter de poste dans l’immédiat mais, ayant quitté la France trois ans plut tôt, et fraichement de retour, je pense que ce serait bien de m’entrainer un peu aux entretiens, et d’être à l’écoute du marché. Le cabinet m’a contactée via LinkedIn car j’y avais mentionné la fin de ma dernière mission et mon retour sur le marché du travail français. Ils cherchent probablement à remplir leur base de données afin de répondre à la demande du marché dès qu’il y aura de nouveaux projets. « Nous n’avons pas de poste dans l’immédiat » m’ont-ils informée par mail. C’est donc de bonne guerre. De toutes façons, je viens d’achever trois années à l’étranger dont quelques mois à Hong Kong où j’ai prospecté des futurs clients, le reste en Afrique, où j’ai travaillé pour un grand cabinet d’audit. Je compte bien profiter de quelques mois de répit à Paris avec mon amoureux, puis d’une formation en gestion de projets stratégiques, dont j’ai longtemps rêvé, à l’Université de Stanford. Alors, la recherche d’un travail, je m’y pencherai dans quelques mois, à mon retour de Californie.
J’ai aussi pris rendez-vous à 16h30 avec mon gynécologue. Son cabinet n’est pas loin de la Défense. J’espère que le commercial qui me fera passer l’entretien, ira droit à l’essentiel. Je tiens à ne pas rater cette consultation. Comme avec la plupart des médecins spécialistes à Paris, il est difficile d’obtenir rendez-vous. Il y a trois semaines, j’ai mis longtemps à convaincre sa secrétaire de me trouver un rendez-vous le plus rapidement possible et l’ai relancée deux fois la semaine dernière. J’ai eu de la chance, une patiente s’est désistée et j’ai pu prendre sa place.
Mon gynécologue est un homme d’une cinquantaine d’années, corpulent et grand. Il est assez impressionnant et n’est pas des plus tendres. Sa franchise est à couper au couteau. Il pourrait faire peur par fois, mais il est très méticuleux, doué dans son domaine, il travaille avec passion et sait expliquer les choses clairement. Il est gynéco-obstétricien et effectue des échographies sur place. C’est peut être mon côté direct et peu douillet, mais je dois avouer que je l’aime bien. Il me suit depuis quinze ans, ainsi que mes trois sœurs, et il a mis au monde cinq de mes neveux.
Il vient me chercher dans la salle d’attente et me sert chaleureusement la main, manifestement heureux de me revoir. Je lui raconte mes aventures hong-kongaises, africaines et mon retour dans l’hexagone pendant que nous entrons dans son bureau. Je lui dis aussi que j’ai rencontré un homme avec qui je me projette, et qu’on va sans doute, enfin, se lancer dans ce projet de grossesse. Depuis des années, il ne cesse de me dire de ne pas attendre trop longtemps, sans pour autant m’alarmer ni me bousculer. Je l’ai toujours écouté à moitié, comme on écoute vaguement les copines mariées, à chaque fois qu’on a un rendez-vous galant, dire :
«
- Celui-ci, c’est le bon, il est sympa et vrai. La trentaine, célibataire, avec un bon job, il cherche à se caser…
- Il n’y a pas de raison que ça ne colle pas… Tu sais, ça arrive toujours quand on ne s’y attend pas… ».
Il sourit :
«
- C’est une excellente nouvelle ça! Passez dans la salle à coté, déshabillez-vous et allongez-vous, s’il vous plait. Je vais regarder.» Je m’exécute.
Je suis de bonne humeur, mon entretien dans le cabinet de conseil s’est très bien passé, je n’ai pas perdu la main et je pense qu’ils m’appelleront s’ils ont des opportunités de mission en freelance. Ce qui me rend vraiment heureuse aujourd’hui, c’est surtout de me lancer avec Thibault, dans ce projet bébé que je suis contrainte de repousser depuis dix ans : avant ce n’était jamais le bon timing, pas le bon compagnon, pas le bon endroit.
Mon gynécologue me rejoint dans la salle, enfile ses gants et commence l’auscultation. Il appuie sur mon bas ventre pour sentir s’il y a des douleurs ou des kystes. Ensuite, il allume le petit écran placé en face de lui, juste au-dessus de ma tête. Il l’ajuste de manière à ce que je puisse voir les images en direct, il attrape la sonde pour faire l’échographie pelvienne. Première vue, l’ovaire droit, je peux voir qu’il est contrarié, un peu inquiet car il se mordille les lèvres et fronces ses sourcils. Il passe à celui de gauche avec la même réaction. Je regarde l’écran pour essayer de déchiffrer ce qui le fait réagir de la sorte, mais ces points noirs et grisâtres se mêlent dans un flou massif… Je ne vois rien. Il reprend le côté droit, se racle la gorge avant de me dire :
«
– Ce n’est pas fameux.
– Pardon ? dis-je en me redressant.
– votre réserve ovarienne est très basse. A peine deux follicules à gauche, regardez et à droite, peut être un tout au plus. »
Qu’est-ce que cela veut dire ? J’ai 36 ans et je réalise que je ne connais pas mon anatomie en détail, ni son fonctionnement. Et mes follicules, mes ovocytes, mes ovules, mes ovaires, quel lexique ! Je m’y perds un peu. Pas fameux ! Ces mots retentissent dans ma tête.
«
– Mais, mais, mais… dis-je avec une voix tremblante, je peux avoir un enfant quand même, n’est-ce pas ?
– Oui, probablement, mais ce ne sera pas facile ! Et on ne peut rien prédire à ce stade. »
Il enlève ses gants, repasse dans son bureau, se rassoit et commence à taper son rapport sur son PC d’un air concentré. Il imprime une ordonnance pour une prise de sang et une autre pour l’acide folique et me demande de fixer un nouveau rendez-vous avec sa secrétaire pour une vérification de mes trompes car il souhaite compléter son diagnostic.
Cette nouvelle est tombée comme une douche froide. Des images défilent vite dans ma tête, c’est confus et j’ai un peu le vertige en sortant du cabinet. Je prends l‘ascenseur, je suis au douzième étage, je ne sais plus s’il faut appuyer sur 0, sur R, P ou S. J’essaie tous les boutons et j’attends impatiemment d’être à l’extérieur. Au rez-de-chaussée, je m’extirpe de l’ascenseur et aspire une grosse bouffée d’air frais. Je reprends mes esprits.
L’échographie a duré environ vingt minutes mais je ne sais pas le temps qui s’est écoulé pour me rhabiller, prendre les ordonnances, régler à l’accueil, reprendre rendez-vous et entrer dans l’ascenseur. Je suis littéralement sous le choc !
1. L’enfance
Citoyenne du monde, j’ai choisi la France comme port d’attache. Mais c’est l’Afrique qui m’a vue naître. J’ai grandi à Goma, une ville de l’est de la République Démocratique du Congo (RDC – anciennement Zaïre), le pays des grands lacs, près de la frontière avec le Rwanda.
La ville doit son nom au volcan éteint autour duquel elle s'est installée, le mont Goma, transformation du mot swahili « ngoma » qui signifie « tambour » due à sa forme et, peut-être, à la résonance particulière des lieux lié à l’ambiance de ses habitants et aux échos des motos taxis qui l’animent jour et nuit. Le cratère du mont Goma, envahi par les eaux du lac Kivu avec lequel il communique, abrite le port de la ville. Le lac Kivu, vue de Goma est bleu marine le matin et azur l’après-midi. Je garde des souvenirs d’escapades d’adolescente avec mes amis sur le mont Goma afin d’admirer au loin les chaines de montages des Virunga qui délimitent la frontière entre la RDC et le Rwanda, l’étendue plane du lac Kivu à perte de vue et le majestueux volcan Nyiragongo dont on n’aperçoit que rarement le cratère juché dans les nuages. Du haut du Mont Goma, nous évoquions les contes et légendes urbaines terrifiants sur le Nyiragongo, alimentant ainsi notre très fertile imagination.
A Goma, notre fratrie de six enfants était particulièrement soudée autour de notre mère qui faisait notre admiration. Mariée sous l’influence de ses tantes à seulement 16 ans, sans avoir pu achever ses études comme l’aurait souhaité son père, ma mère s’est rattrapée en devenant peu à peu une redoutable femme d’affaires, une vraie battante. Elle sait prendre des risques mesurés, n’a pas peur de l’échec et aime s’imposer des challenges. C’est une vraie lionne, mais son sourire communique à chacun sa joie contagieuse. Mon père était le stéréotype des pères africains de sa génération. Il subvenait aux besoins de sa famille, assurait sa sécurité. Il se félicitait de notre réussite quand on avait de bonnes notes, pensait que ses fils étaient plus importants que ses filles, n’entrait jamais dans la cuisine et ne s’occupait pas de changer les couches, ni de donner le bain, encore moins de jouer avec nous. Il avait cependant l’habitude de nous offrir des friandises dès qu’il rentrait du travail pour nous gâter et nous prouver son amour, à sa manière. Il n’élevait jamais la voix sur nous ; pour nous réprimander, il ne prononçait qu’une phrase subtile qui nous rappelait à l’ordre : « Si tu n’écoutes pas, je vais te couper les oreilles car elles ne servent à rien ! ». Enfants, on y croyait tous. Mais aussi, comme beaucoup de pères africains de son époque, il menait plusieurs vies.
Ma mère avait compris qu’il lui fallait assurer l’avenir de ses propres enfants mais aussi celui de quelques-uns de ses frères et sœurs. La famille en Afrique est très étendue, les liens sont forts et tout repose souvent sur la volonté, le courage et la détermination d’une seule femme. Ma mère, cette femme brave et forte, a tout fait pour sa famille. Elle avait beaucoup d’ambition pour nous, ses enfants, et c’est grâce à ces efforts que nous avons pu partir étudier à l’étranger.
En plus de cette mère forte, je côtoyais une autre héroïne : ma grand-mère, qu’on appelait taté Marie (« taté » mot swahili qui signifie «grand-mère »). Taté Marie a pris soin de moi tout au long de mon enfance. Elle m’a élevée jusqu’à l’âge de cinq ans, mon asthme précoce devant être surveillé de près à l’hôpital pédiatrique de Bukavu, la ville où elle résidait, mais malheureusement trop loin de la ville de Goma et de notre maison. Je ne me souviens pas avoir particulièrement souffert de cette séparation d’avec ma mère. La tendresse de taté Marie qui veillait sur moi me donnait l’impression d’être une enfant précieuse, digne d’être traitée comme une princesse.
Taté Marie a commencé à travailler très jeune, vers l’âge de 14 ans, comme sage-femme à l’hôpital de Katana, un petit village situé à 40 km environ de Bukavu, géré par la FOMULAC (Fondation Médicale de l’Université de Louvain Au Congo, créée en 1928), où mon grand-père était infirmier. Elle n’a pas résisté à son charme de séducteur invétéré. Et grâce à sa personnalité affirmée, taté Marie a réussi à lui passer la bague au doigt, au grand regret de ses rivales. Ils ont eu dix enfants. A cette époque, le planning familial n’existait pas. Ni la péridurale d’ailleurs ! Les femmes accouchaient dans la douleur et dans l’inconfort. Les hôpitaux étaient sommaires, les soins de même. Taté Marie, passionnée par son métier, travaillait de manière acharnée malgré ses nombreuses grossesses. Elle allaitait ses propres bébés, dont des jumeaux et aussi les nourrissons des autres mamans. Dans les faits, elle exerçait un double emploi. En effet, en plus d’accoucher les femmes, elle appartenait au groupe de mamans de l’hôpital qui donnaient leur sein aux nouveaux nés dont la mère était soit décédée en couche, soit en manque de lait ou avait subi une complication médicale nécessitant une intervention de type chirurgical. Taté Marie était l’une de ces femmes « allaiteuses » !
Veuve à 31 ans, elle a rapidement dû élever ses dix enfants toute seule. Elle avait une réputation de tigresse dans toute la région, car, du vivant de son mari (grand noceur, comme mon père), elle avait pour habitude de débarquer chez ses maîtresses et de le ramener de force à la maison. Une femme redoutable ! Elle faisait si peur aux autres femmes, que mon grand-père n’arrivait plus à en séduire aucune, terrifiées qu’elles étaient… Même si elle aimait son mari, elle avait fondamentalement intégré le fait que les hommes n’étaient en aucun cas utiles pour tenir un ménage et élever les enfants. Alors elle avait pris la gestion de sa maison en mains, et ne se plaignait jamais.
C’est donc avec l’omniprésence de femmes au fort tempérament que notre famille s’est structurée. Puis, nous, les six enfants de Joséphine et petits-enfants de taté Marie, avons quitté, chacun à notre tour, notre Afrique natale pour réaliser le rêve de ma mère : étudier en Europe.
Avant-dernière de la fratrie et la plus jeune des filles, je devais sans cesse me battre pour m’imposer et me faire entendre. J’ai su montrer que j’existais et donner mon avis même si j’étais la plus jeune. Ce contexte a forgé mon caractère. Il faut dire que j’ai toujours su ce que je voulais et que j’aime défendre mes convictions avec force.
A Goma, notre grande maison était toujours très animée : repas à l’ambiance africaine, chamailleries entre frères, visites impromptues de la famille, des voisins et des amis. Nous avons su nous rendre disponibles pour accueillir, comme il se doit, toutes ces personnes qui nous offraient de leur temps pour nous prouver leur attachement. Dans mes souvenirs, environ tous les deux mois, une fête avec une centaine d’invités était organisée à la maison, pour célébrer tantôt un anniversaire, tantôt un baptême, une communion, un diplôme, noël ou nouvel an. A ces occasions, la piste de danse était « THE PLACE TO BE ». Ah, nous, zaïrois, la musique et la danse font partie intégrante de notre culture. J’ai donc appris, dès mon plus jeune âge, à me rendre disponible, à accueillir les gens, connus et inconnus, à savourer et à profiter de la vie, à célébrer avec joie, les grandes et petites victoires. Et à danser, comme si j’allais passer le concours « Danse avec les stars » !
Mais j’ai aussi appris à vivre des drames et partager des tristesses. Dans la culture congolaise, les enfants sont tenus d’assister aux cérémonies de deuil et d’enterrement. J’ai ainsi assisté à de nombreuses veillées mortuaires pour soutenir des camarades qui avaient perdu un parent, un frère ou un grand-parent. A cette époque, soit entre 1986 et 1996, au Zaïre, pays dit en développement, l’espérance de vie moyenne était de 50 ans, d’après les données de la Banque Mondiale. Par conséquent, il y avait autant de deuils que de fêtes, dans mes souvenirs d’enfants. Et cet environnement fait que les congolais (ex-zaïrois) sont en général de nature résolument positive, et conscients que la vie est réellement très courte. Ils ont une grande faculté à relativiser et prennent tout ce que la vie a de bon à offrir. Comme eux, épicurienne, positive, souriante et battante, je vois la vie comme un cadeau et j’essaie de savourer, à sa juste valeur, chaque moment de bonheur.
Je suis arrivée en Europe à 18 ans, juste après avoir obtenu mon baccalauréat. J’ai été accueillie à Londres, puis à Lille, et enfin à Paris, par mes frères et sœurs qui y étaient déjà installés. Deux d’entre eux étaient étudiants, le troisième travaillait et était sur le point de se marier. J’ai découvert, dans ces trois villes qui ont façonné mon caractère de jeune adulte, les années étudiantes, les sorties, les boites de nuit et les garçons.
2. Les études
Les études ont toujours été primordiales pour moi. J’ai eu la chance d’avoir beaucoup de facilité dans ce domaine. Déjà à l’école, j’étais très ambitieuse et je me voyais diplomate, ambassadrice ou consule. Je rêvais, en tout cas, d’un métier qui me ferait voyager et rencontrer des gens nouveaux, toujours différents. A vingt ans, je rêvais, comme tout jeune de mon âge, d’une brillante carrière et d’une famille, d’un mari aimant, et de quatre enfants. Vers 30 ans, après avoir goûté au bonheur de voyager et pris conscience que je voulais que ma famille profite aussi des voyages et bénéficie d‘une vie à l’abri du besoin, mais ayant expérimenté, aussi, l’ascension et la reconnaissance professionnelle ainsi que les déceptions amoureuses, j’ai revu ce nombre à la baisse :
«
- Deux ou trois enfants, c’est peu mais c’est déjà pas mal» m’étais-je résolue à penser.
Je n’ai jamais imaginé qu’une brillante carrière, ou le temps, m’empêcherait d’être maman un jour. Ma mère avait eu les deux, une réussite professionnelle et des enfants, alors tout comme elle, je me disais pouvoir relever ce challenge moi aussi. Depuis toute petite, je rêvais d’une grande maison animée par les rires d’enfants, les chamailleries et la complicité d’une fratrie. Alors en attendant, je m’exerçais avec mes neveux et nièces, comme je l’avais fait dès mes 7 ans avec mon petit frère, en lui donnant le biberon de temps en temps.
J’ai toujours joué mon rôle de tata gâteau et de marraine gaga à la perfection. Je l’ai toujours pris très à cœur et j’en savoure encore chaque instant. De tous mes jobs d’étudiants, et j’en ai eu une dizaine : standardiste, hôtesse d’accueil, vendeuse, etc., le babysitting a été de ce fait, naturellement, le job étudiant que je préférais. En résumé, câliner, jouer, chanter et danser avec les tous petits, était, pour moi, bien plus attrayant que d’être standardiste dans une banque ou vendeuse chez Sephora sur les Champs-Elysées même si ces jobs étudiants sont assurément mieux payés.
J’allais devenir mère un jour, c’était certain. Mais avant cela, il fallait que je finisse mes études, trouve un bon job, emménage dans mon propre appartement et, surtout, trouve la bonne personne, l’homme suffisamment stable et amoureux avec qui vivre la grande aventure. Je considérais, à cette époque, avoir encore naturellement tout le temps devant moi.
3. La vie professionnelle
Alors que je me voyais diplomate, c’est finalement la finance qui m’a ouvert les portes de la vie professionnelle. Après un Master II en Banque et Finance de la Sorbonne et quelques stages dans des grandes banques à Paris, j’ai réussi à me stabiliser avec un premier vrai contrat en tant que Treasury Manager au sein de la direction financière d’une grande multinationale à Kinshasa, la capitale de la RDC. J’avais 26 ans, plein de choses à prouver et, surtout, beaucoup de défis à relever.
A Kinshasa, je retrouvais ma mère, et taté Marie qui l’avait rejointe, après le décès de mon père. J’étais heureuse de retrouver les femmes de ma vie, et la fourmillante Kinshasa, ses douze millions d’habitants et tout autant de bars, de taxis et de fula-fula (minibus).
Taté Marie, qui s’inquiétait de mon « grand âge », me demandait régulièrement quand je comptais lui donner des arrière-petits-enfants. Je lui ai expliqué que j’attendais « le bon », l’homme avec un grand H, « the one and only », l’homme brave, attentionné et prêt à supporter les nuits sans sommeil, les premières dents et la lointaine crise d’ado. Je n’avais pas osé lui dire qu’Hervé, mon dernier petit ami, et moi, nous étions quittés sans rancune, après un an de relation, à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, sachant pertinemment que c’était la fin et que c’était ainsi, que, fatalement, notre idylle se terminerait. J’allais habiter en RDC et lui commençait son stage au barreau de Paris, avec l’objectif de retourner en Côte d’Ivoire, son pays d’origine, y exercer sa profession. Tout nous séparait, nous avions la vingtaine et n’étions sûrs de rien. Je pense de toute façon, que le concept même de petit copain n’aurait eu aucun sens pour taté Marie : elle n’aurait pas compris l’absence d’engagement et je n’avais pas le courage de la décevoir. C’est pourquoi je me suis tue. Ne lui en déplaise, j’attendais « le bon », l’homme gentil, doux, fiable, fidèle, stable, aimant, pour me caser… Mais pas dans l’immédiat, disons… Dans deux ou trois ans. A mes 30 ans peut-être? Je me souviens que taté Marie m’a dit à l’époque :
«
- Mais, ma petite bit‘chou, comme elle aimait m’appeler, les hommes sont tous des coureurs de jupons. Ce que tu cherches n’existe pas. Il faut faire des enfants et les élever nous-mêmes car un homme peut partir appelé par Dieu ou trouver une autre femme, mais les enfants restent et feront ta fierté ! »
Moi qui rêvais d’un couple solide et d’un mariage avant d’avoir un enfant, taté Marie, avant-gardiste, avait déjà conscience du risque, pour une femme, d’attendre trop longtemps qu’un homme se décide à avoir un enfant. Elle était bien plus lucide et davantage consciente que moi de notre horloge biologique. Selon elle, il fallait s’y mettre vite et, au pire, toutes seules, plutôt que de ne pas en avoir du tout ! Mais à 27 ans, une fille de ma génération, la génération 2.0, ne pense pas au mariage à tout prix, encore moins une férue de
