Connaître pour aimer - Gérard Le Bouteiller - E-Book

Connaître pour aimer E-Book

Gérard Le Bouteiller

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Beschreibung

"Le don d'amour de Dieu n'est-il pas à l'étroit dans nos savantes distinctions dogmatiques ? Ce livre tient les deux bouts : l'amour y a pleinement sa voix, mais ce qu'il parle est une langue claire." (Extraits de la Préface de Martin Steffens). Ce premier tome traite des Évangiles depuis la conception du Christ jusqu'au sermon sur la montagne. Il reprend quelques quarante ans de réflexions, jusqu'ici éditées sous forme de feuilles volantes, élaborées pour nourrir la réflexion des participants aux réunions de partages du mouvement Agapè, et par là, combler leurs lacunes et approfondir leurs connaissances.

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Seitenzahl: 452

Veröffentlichungsjahr: 2021

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À nos trois filles et leurs familles. À vous tous Dans la joie des partages que nous avons faits ensemble.

Gérard et Béatrice

TABLE DES MATIÈRES

Préface

Préambule sur l’environnement de Jésus

De la Conception à l’âge adulte

L’Annonciation

La Visitation

La Paternité de Joseph

La Nativité

L’Épiphanie

La Présentation

Le Recouvrement

Le Prologue de St Jean

Début de la vie publique de Jésus

Jésus se fait baptiser

Tentation au désert

L’appel des apôtres

Les noces de Cana

L’accueil à Nazareth

Les Béatitudes

Le sel et la lumière

Les conseils évangéliques

Annexe : Considération sur la Loi

Dans le secret avec le Père

Le souci des richesses

Le Notre Père

Bâtir sur le Roc

ANNEXES

À propos de la Mère de Dieu

Pureté-Maîtrise de soi-Chasteté-virginité

Postface du Père Jean-Philippe Lemaire

À suivre :

les miracles et les grandes rencontres,

les paraboles, les discours,

le mystère Pascal.

Préface

Ce n'est pas le moindre paradoxe de la religion chrétienne, et plus précisément de sa confession catholique, de reposer sur la Grâce, offerte en Christ à tous et d'abord aux plus simples, tout en nourrissant l'exigence d'un outillage conceptuel riche et précis. La libéralité divine rencontre une rigueur tout intellectuelle.

Mais le don d'amour de Dieu n'est-il pas à l'étroit dans nos savantes distinctions dogmatiques ?

Ce livre tient les deux bouts : l'amour y a pleinement sa voix, mais ce qu'il parle, c'est une langue claire. À partir du commentaire des passages les plus vibrants du Nouveau Testament, Gérard et Béatrice le Bouteiller ne se contentent jamais d'approximations sentimentales. L'élan de Dieu vers l'homme rencontre la rigueur et la patience d'un travail d'éclaircissement.

Il n'y a pas à choisir entre comprendre sa foi ou la vivre pleinement. C'est une question de cercle vertueux, et il tourne dans les deux sens. Car oui, il faut d'abord aimer Dieu pour Le connaître, il faut Le suivre sans raison pour découvrir à quel point on avait raison de Le suivre. Mais apprendre à mieux Le connaître, par un patient déchiffrement des textes bibliques, rejoindre ainsi l'effort bimillénaire d'élucidation théologique, permet en retour d'accueillir mieux Celui que notre cœur désire.

Martin Steffens

"Ce ne sont pas les fruits de la terre qui nourrissent l'homme, mais c'est ta Parole, Seigneur, qui garde ceux qui croient en toi"

Sagesse 16/26

PRÉAMBULE

Les “catégories sociales” du temps de Jésus

Comme dans toute société, l’époque, les lieux et la civilisation dans lesquels le Fils de Dieu est venu s’incarner obéissaient à des lois de regroupements sociologiques. Mais les critères de différenciation entre les catégories de personnes n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui.

Le critère majeur n’y était pas le “niveau” ou le “style de vie, mais la façon dont chacun se comportait vis à vis de la Torah.

Les impies

, les pécheurs, étaient ceux qui n’obéissaient pas à la Loi. S’y trouvaient

les publicains

, non parce qu’ils étaient païens comme les romains, mais parce que leurs fonctions et leurs mœurs étaient – aux yeux des pharisiens - incompatibles avec la Loi. Ils travaillaient –souvent malhonnêtement – avec une monnaie “impie”.

Les justes

, parmi lesquels on trouvait essentiellement les

pharisiens

, les

sadducéens

et les

esséniens

avaient pour point commun de se référer à la Torah, mais divergeaient fortement quant à la façon de la considérer et de la vivre.

o Les esséniens s’étaient volontairement coupés de la société en se retirant au désert pour mener une vie quasi monacale, axée sur le travail, la prière, l'étude de la Bible et l'ascèse.o Les pharisiens (dont les zélotes étaient les “ultras”, au nationalisme militant) étaient une secte juive au sens où ils s’estimaient parfaits, différents et meilleurs que les autres (Le mot « pharisien » signifie “séparé”). Ils étaient partisans d’une observance minutieuse de la Torah. L’orgueil et l’hypocrisie caractérisaient leur groupe, mais il s’en trouvait aussi (un peu par exception) d’honnêtes et de zélés (Nicodème, Joseph d’Arimathie). S’y trouvaient l’ensemble des scribes, appelés aussi “hommes du Livre” ou “docteurs de la Loi”. Spécialistes des Écritures, ils avaient pris comme le relais des prophètes en tant qu'éducateurs et guides du peuple de Dieu. Les scribes étaient, pour la plupart, de tendance pharisienne, donc transmetteurs et défenseurs de la Tradition orale à laquelle les sadducéens n’accordaient pas foi.o Les Sadducéens, depuis Salomon (1000 av. JC) étaient les tenants officiels du sacerdoce. Descendants de Saddoq, ils formaient avec leurs partisans une caste fermée. Ils n’acceptaient que le Pentateuque. Ils ne croyaient ni aux anges ni à la résurrection. Ils, conjuguaient paradoxalement leur conservatisme doctrinal avec un laxisme pratique à tendance hellénisante. Ils toléraient l’occupation romaine parce qu’elle les laissait exercer le culte. Ce sont eux que les évangiles désignent généralement comme les « chefs des prêtres ». On devine l’ambiance qui devait régner au Sanhédrin, dirigé par leur grand prêtre, où ils retrouvaient scribes et pharisiens…o Et puis, sans qu’on puisse dire que ce soit une catégorie sociale, il y avait les anawims. Ceux qui sont pauvres, les opprimés, les faibles et les petits. Isaïe avait prophétisé que c’est à eux que serait annoncée la bonne nouvelle. Jésus le lira à Nazareth, dans la synagogue (Lc.4/18)

Les femmes

n’avaient pas de statut juridique propre. Elles dépendaient de leur famille : soit de leur père, soit de leur mari. Seules les veuves faisaient exception. La Loi interdisait qu’elles soient maltraitées et ordonnait qu’elles bénéficient d’avantages comme la dîme triennale et l’utilisation des surplus des récoltes

1

. Mais comme les émigrés et les orphelins, elles n’avaient pas de droits à titre individuel.

1 Ex. 22/20-23, Dt. 14/28-29 ;24/17-22

De la Conception à l’âge adulte

Textes :

1. L’Annonciation .......................... St Luc 1/ 27-38

2. La Visitation ............................... St Luc 1/ 39-56

3. La Paternité de Joseph .............. St Mt. 1/ 18-25

4. La naissance de Jésus .................. St Luc 2/ 1-20

5. L’Épiphanie .................................. St Mt. 2/ 1-12

6. La Présentation au Temple ...... St Luc 2/ 22-40

7. Jésus retrouvé au Temple ......... St Luc 2/ 41-52

L’ANNONCIATION

Évangile selon Saint Luc 1 Ch.1/ 27-38

26 Le sixième mois2, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, 27 à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

28 L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » 29 À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30 L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. 31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. 32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; 33 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

34 Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? » 35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.

36 Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. 37 Car rien n’est impossible à Dieu. »

38 Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

C’est vraiment vrai, tout ça ?

Ne croirait-on pas lire une sorte de récit féerique, du genre : « Il était une fois », qu’on raconte aux enfants pour les émerveiller ?

Et les adultes de se gausser : “il faut être bien naïf pour accorder une quelconque crédibilité à cette histoire ! C’est une légende, tout au plus !” Le Concile de Nicée 3 n’est pas du même avis : il a défini comme un dogme4 que Jésus « a été conçu du Saint Esprit, est né de la Vierge

Marie », affirmation que nous reprenons tous quand nous récitons notre credo… Sans trop réfléchir à son invraisemblance.

Et les scientifiques de se récrier : « mais enfin, vous savez bien que pour faire un enfant il faut au moins qu’un spermatozoïde et un ovule se rencontrent. Du temps de votre Jésus, la fivète 5 n’existait pas ! Tout ça ne tient pas debout ! ».

Comme quoi on peut être scientifique et naïf. Ben oui, il faut être naïf pour croire que les chrétiens ne savent pas comment se font les enfants : puisqu’ils en ont !...

Alors comment se fait-il que l’Église, qui n’est quand même pas composée que d’imbéciles, soutienne mordicus que cette histoire de conception virginale est vraie ? Elle a pourtant su écarter de ses

“canons“ 6 les fantaisies des évangiles apocryphes.

Alors, pourquoi accorde-t-elle Foi à cette histoire ?

En fait, c’est tout simple !

Deux raisons se conjuguent :

La première est dans le texte : « car rien n’est impossible à Dieu. » 7

La seconde vient de la fiabilité de ceux qui nous ont transmis ces récits.

« 

Rien n’est impossible à Dieu

 » : La conception virginale est donc plausible, car, quand il s’agit de Dieu, même l’invraisemblable est possible.

Quant à la “

fiabilité

” des auteurs : Luc et Matthieu, les deux seuls évangélistes qui ont parlé des débuts de la vie de Jésus, sont des hommes droits et réalistes. Ni manipulateurs, ni menteurs.

Luc, médecin de son état, nous avait d’ailleurs averti tout de suite :

« J’ai décidé, […] après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. »8 … et aussitôt, il nous expose cette invraisemblable conception virginale de Jésus. Il est conforté par Matthieu qui, en, rapportant l’annonciation à Joseph, déclare que l’enfant en Marie vient de l’Esprit-Saint. Matthieu fut un témoin direct les œuvres de du Christ, un des douze apôtres choisis par Jésus.

Pourquoi Luc nous fait-il ce récit ?

Les mystères de la Foi sont déjà difficiles à admettre, alors Luc ne pouvait-il éviter d’en parler, histoire de ne pas en rajouter ?...

Au contraire ! Il fallait qu’il en parle pour plusieurs raisons d’ordre catéchétique.

D’abord, n’oublions pas qu’à son époque, pour que les juifs puissent admettre que Jésus était le Messie, il était indispensable qu’il corresponde à ce qu’en avaient annoncé les prophètes. Or, Isaïe 9 avait prophétisé que le Messie naîtrait d’une vierge.

Certains ont cru pouvoir ergoter sur le mot hébreu “Almah” qu’utilise Isaïe pour désigner la mère du Messie, dans la Bible massorétique. Ce mot signifie : “la jeune fille”. Le mot “vierge” n’apparaît que dans la Bible des Septantes, directement écrite en grec. Cette objection est oiseuse : certes, “Almah” désigne aussi bien la jeune fille nubile que la jeune femme nouvellement mariée. Mais pas de chance : Il n’y a pas d’exemple en cette langue où l’on puisse prouver que ce mot puisse désigner une jeune femme qui ne soit plus vierge !

Et qui plus est, la Bible des Septantes est antérieure d’un siècle à la Bible massorétique…

Luc et Matthieu, quand la Vierge Marie les mit au courant, ne pouvaient pas ne pas trouver dans ce récit la meilleure démonstration de l’authenticité messianique de Jésus. Il importait aussi de couper court aux objections de ceux qui ne voyaient en Jésus que “le fils de Joseph” 10 un obscur charpentier originaire d’un pays d’où rien ne pouvait “sortir de bon” : Nazareth 11.

Mais surtout, à partir du moment où Jésus déclara ouvertement que Dieu était son Père, au point que nous en soyons arrivés à comprendre qu’Il est “le Verbe fait chair”, il fallait que son origine soit en cohérence avec sa double nature d’homme-Dieu. Alors Saint Luc, recueillant le témoignage de Marie, encore plus fiable que le sien, nous raconta comment cela s’était passé.

Pourquoi Jésus n’a-t-il pas été engendré par Joseph ?

« Si Jésus résultait de l’amour de Joseph et de Marie, si grand qu’ait été cet amour, le fruit en eût été aussi uniquement humain… Sans doute ce fruit humain eût-il pu être, aussitôt qu’on voudra, approprié par Dieu, en vertu d’un acte d’adoption qui eût été ainsi instantané !

Nous n’aurions néanmoins en ce cas qu’un petit homme, devenu fils de Dieu, adopté, comme on dit et donc seulement adoptif. En aucune manière nous ne serions devant le mystère que révèle l’Écriture et que la foi confesse : celui du propre Fils de Dieu fait homme par Incarnation. »12

Retrouvons d’abord le contexte de l’événement.

Nous sommes à Nazareth, petit village de Galilée, au nord de la Palestine, sous le règne d’Hérode Le Grand13, dépendant de Rome. C’est un roitelet, nuisible et calculateur. Pour préserver son trône, il fera massacrer tous les enfants de Bethléem de deux ans et moins, espérant vainement éliminer ce futur rival que les prophètes ont appelé le “Roi des Juifs”. Pour supporter son despotisme, ainsi que la férule romaine, les juifs attendaient de plus en plus impatiemment ce Messie libérateur dont ils rêvaient :

“Voilà quatre siècles que Yahvé ne s’était pas manifesté : Le dernier prophète, Malachie, avait annoncé que le prochain à venir serait Élie et qu’après lui, Messie arriverait enfin.14 Devrons-nous attendre encore longtemps ?”

Les deux principaux personnages.

Sur l’Archange Gabriel 15, nous savons qu’il est apparu au prophète Daniel comme l’envoyé de Dieu chargé d’annoncer et d’expliquer ses visions16. En hébreu son nom signifie : « Dieu est fort » ou « Dieu est ma force ». En Saint Luc, il est l’acteur de toutes les annonces qui concernent Jésus enfant.

Marie, elle, n’est pas une “star” façon presse-people. Elle a probablement 15 ans. À son époque, c’était un âge tout à fait normal pour se fiancer. Elle est à peine sortie de l'enfance, vierge 17 , maritalement engagée 18 avec un obscur descendant de David, charpentier - et non savant ou puissant - de Nazareth. La maturité de ses réponses à l’archange Gabriel nous prouve que, loin d’être naïve, les “choses de la vie” lui sont bien connues. Elle a été élevée dans les Écritures, comme tout enfant juif de son époque.

Étudions ce que révèle le dialogue entre Marie et Gabriel. Nous pourrons ainsi pénétrer l’essentiel des enseignements de ce texte.

La salutation de l’Ange

Il utilise trois expressions que nous connaissons bien, puisque nous les reprenons dans nos Ave Maria.

« Je te salue »

Ce n'est pas le “Shalom” pacifique des sémites, mais un terme grec que les prophètes utilisent pour exhorter le peuple d'Israël 19 : « kaïré ». Il signifie : « réjouis-toi !». L’ange appelle donc Marie à la joie.

Ce qui est " magnifique " aux yeux de Dieu nous paraît souvent insignifiant, car notre regard manque de cette intelligence qui sait voir les choses “de l'intérieur”. Dieu, Lui, voit tout et connaît tout. Ses œuvres épousent le temps qu'il a créé, se développent dans une maturation qui nous paraît lente, à partir d'une réalité sans éclat apparent. Il utilise la loi de croissance qu'il a donnée à sa création. Il commence toujours “petit”.

(Cf. le grain de senevé Mt 13/ 31-32)

« Comblée-de-grâce »

Voilà : Marie reçoit son nouveau nom. L’Ange lui révèle ainsi ce que son humilité l’empêchait de savoir 20, c'est-à-dire la façon dont Dieu la considère. Elle n’est plus seulement “Marie”, la fille de ses parents. Mais la « Comblée de grâce »21 .

Personne, dans la Bible, n’a bénéficié d’une qualification d’une telle plénitude.

Nous, nous pensons spontanément que Marie est “pleine de grâce” parce qu’elle est Mère de Dieu. Ce n’est pas faux, bien sûr, mais c’est oublier que l’Ange l’a ainsi nommée avant sa maternité. Elle possédait donc déjà une plénitude qui la préparait à devenir la mère du Sauveur.

Cette « plénitude », l’Église l’a exprimée sous la forme du dogme de l’Immaculée Conception 22 : Dès le début de sa vie dans le ventre de Sainte

Pourquoi Dieu fit-il ce don exceptionnel à Marie ?

Par amour, bien sûr, mais aussi parce qu’il est dans sa démarche rédemptrice : Il veut associer Marie intimement à ce don qu’il fait de lui-même. Et c’est par ce moyen qu’il évite à son Fils de prendre une nature humaine qui soit soumise au démon. S’il devait être le nouvel Adam, il ne pouvait pas se trouver dépendant de l’héritage vicié par ceux qu’il venait sauver. Sinon, il aurait fallu alors qu’il se sauve lui-même ! La qualité de son sacrifice en eût été moins parfaite, son don de lui-même n’eût pas été total. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime »1 : si Jésus avait dû se sauver lui-même, il y aurait une part de son sacrifice pour lui et plus seulement pour ses frères en humanité.

Anne, Marie a été conçue totalement parfaite, pure, sans péché. Elle a reçu comme une “avance sur salut” en étant exceptionnellement préservée du péché originel23, grâce à celui qui va devenir son enfant.

« Le Seigneur est avec toi »

De ce fait, en préservant Marie du péché originel, Dieu lui donne une qualité d’être inégalée - mise à part celle de Jésus -. Elle est La Sainte. Elle est totalement pure parce qu’elle totalement en phase avec Dieu. Elle a le privilège d’être sous l’influence de l’Esprit-Saint dès le premier instant de sa vie. Au point qu’elle ne peut être avec Lui qu’en amitié la plus parfaite qui soit. Il ne faut donc pas s’étonner qu’elle se soit donnée à Lui sans partage.

L’Église, dans sa “tradition”24, nous confirme en effet que Marie avait décidé de se consacrer totalement à Dieu, jusque dans le don de son corps. Elle célèbre cet événement le 21 novembre de chaque année en la fête de la Présentation de Marie au Temple. Marie n’a pas décidé de rester vierge par mépris pour l’acte sexuel, mais se sentant appelée à être entièrement à Dieu, cela impliquait qu’elle lui réserve tout son être, corps et âme. C’est la réponse plénière d’une toute-aimée et toute-aimante. C‘est un “don-abandon”.

Elle fut toute bouleversée

Le trouble que Marie éprouva à l’annonce de Gabriel n’est pas celui que le démon provoque en nous quand il nous tente, nous qui sommes porteurs de concupiscence25. Il est l’émoi de l’innocence, de la candeur spirituelle qui, ne s’étant jamais repliée sur elle-même, se met en défensive devant un compliment qui pourrait la prendre en défaut d’humilité.

Aussi l’Ange la rassure-t-elle, tout en lui ouvrant une perspective totalement inattendue : Dieu l’a choisie pour être la mère du Messie.

Une proposition sans ambiguïté

Certains, en manque de culture biblique, ont pu penser que les perspectives annoncées par l’ange étaient trop alléchantes pour être refusés : les faveurs divines, un destin exceptionnel, un trône, un règne “sans fin”, n’y avait-il pas là de quoi satisfaire toutes les ambitions !?

Or Marie n’est pas ambitieuse, et surtout elle n’a pas pu se tromper : même si l’Ange n’utilise pas le mot Messie, ses termes sont ceux que la Bible emploie pour désigner ce personnage tant attendu : « Fils du Très Haut, fils de David, Jésus, qui régnera sans fin sur la maison de Jacob »26 ... Pétrie d'écriture sainte, en entendant ces “titres messianiques”, Marie a compris que Gabriel lui demandait d'être la mère du Messie.

Une réponse inattendue

On se serait attendu à une réaction interrogative et décontenancée : « mais pourquoi moi ? Je ne mérite pas un tel honneur ! Je ne suis encore qu’une enfant !... etc. ».

Mais non, la réponse de Marie conforte justement la tradition de l’Église selon laquelle elle s’était consacrée à Dieu 27. Sinon pourquoi aurait-elle répondu « comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme », alors qu’elle épouse Joseph28 ? S’ils avaient prévu de vivre une vie conjugale “normale”, Joseph étant de la lignée de David, il lui aurait suffi de faire cet enfant avec lui … Si elle pose cette question, c’est qu’elle se demande si Dieu remet en question le don qu’elle Lui a fait. Son vœu de virginité (auquel elle tient, puisqu'il lui est évident que c'est la volonté de Dieu) lui ôtait humainement tout espoir de devenir la mère du Messie.

Dieu lui refuserait-il ce qu’elle lui a offert ?

Une conception miraculeuse

La réponse de l’Ange, inattendue, sollicite sa foi en même temps qu’elle la rassure : Dieu n’est pas incohérent, mais “écrit droit avec des lignes courbes”.

Il respectera tellement sa jeune épousée qu’Il va lui accorder la grâce de rester vierge – donc toujours toute donnée à lui – malgré sa maternité. Autant il va la féconder sans toucher à son hymen, autant il laissera celui-ci intact au moment de la naissance de Jésus au monde 29. Ne nous récrions devant cette affirmation : Au nom de quoi interdirions-nous un tel miracle à celui qui sait ressusciter les morts et traverser les murs ?30

« L’Esprit-Saint viendra sur toi »

Gabriel explique alors à Marie comment Dieu s’y prendra pour réaliser cette conception virginale humainement impossible.

Quand il parle de l’Esprit-Saint, Marie ne comprend qu’avec ce que lui a appris la Bible : Pour elle, “l'Esprit”31 de Dieu n’est pas encore la troisième personne de la Trinité. Elle ignore même qu’il puisse exister une vie trinitaire. Pour elle l’Esprit-Saint c’est l’action de Dieu en ce qu’elle a d’invisible et de secret, et « la puissance du Très-Haut », qualifie cette action comme radicalement et pleinement efficace. Marie était-elle libre de refuser ?32

De toute éternité, Dieu a préparé sa fille Marie à devenir son épouse et sa mère33.

Restait à obtenir son consentement. Elle l’exprimera en répondant : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole »34.

Cette scène est relatée de façon tellement sobre qu’on croirait presque que son acceptation allait de soi.

Or, en créant Marie, Dieu n’en a pas fait un automate. Au contraire ! Parfaitement pure, Immaculée de tout péché, Marie en est d’autant plus libre : ses motivations sont sans mélange, sans orgueil ni volonté de puissance ni désir de captation. Son intelligence n’est pas aveuglée par les envies désordonnées que nous connaissons. Elle n’a aucune attirance pour le mal.

Connaissant tout son amour, tant pour Dieu que pour son peuple, on ne voit pas comment elle aurait pu en arriver là ! Tous les actes qu’elle a posés dans sa vie étaient à la fois libres et « comblés de grâces », en harmonie avec la volonté du Père.

Alors, oui, elle avait la possibilité de se dérober aux indications de l’Ange.

Mais, reconnaissons-le, c’était complétement improbable !

Humilité, liberté obéissance

Plus on est humble, plus on est libre, c'est-à-dire libéré de toute servitude égoïste.

Plus on est libre et humble et plus la dépendance à celui qu’on aime – surtout s’il est parfait – se fait dans la joie et la paix.

La Vierge Marie est pétrie d’esprit d’obéissance à Dieu : C’est ce qui fait qu’elle est totalement humble. Son obéissance à Dieu la libère, car Dieu n’est pas oppressif, mais amoureux.

Marie nous montre que l’humilité, contrairement à ce que nous croyons – un peu naïvement - n’est surtout pas un objectif à poursuivre, mais est corrélative à notre façon d’obéir amoureusement à Dieu. Nous le verrons en étudiant le Magnificat où dans sa prière, l’humble Marie, n’hésite pourtant pas à affirmer que « tous les peuples la diront bienheureuse »

Comment parvenir à cette petitesse ?

Donner la première place à Dieu, essentiellement en lui obéissant sans jamais vouloir à sa place.

Accepter de ne pas chercher à paraître aux yeux des autres autrement que ce que nous sommes devant Dieu,

Accepter les limites de notre nature et du quotidien,

Avoir la sagesse de faire de « petits efforts » là où nous aspirons à obtenir de « grands résultats ».

Nous effacer le plus possible – à bon escient, bien sûr – devant ceux qui sont aussi capables que nous.

Être humble, serait-ce renoncer à toute ambition ?

Certainement pas.

Mais c’est renoncer à tout orgueil dans notre ambition. Pour conjuguer humilité et ambition, il suffit de recevoir de Dieu son ambition sur nous et, par Lui, avec Lui, pour Lui, et en Lui, la faire nôtre pour sa plus grande gloire. C’est ainsi que nous serons bienfaisants, en nous faisant serviteurs, coopérateurs de son dessein sur nous.

La gloire de Marie n’est pas dans sa petitesse, mais celle-ci lui permet d’être réceptive au don de Dieu.

De même, c'est à partir de notre petitesse que Dieu nous glorifiera (Cf. Thérèse de l’Enfant Jésus).

« Et le Verbe s’est fait chair »35 : L’Incarnation 36

En posant son acte d’humble acceptation, Marie crée le moment historique à partir duquel tout va changer pour l’humanité. C’est bien à cet instant que Dieu s’incarne en Marie et non à la naissance de Jésus… puisque dès sa conception, son humanité sainte est unie à la personne du Verbe. Jésus n’est pas devenu Dieu, il est Dieu dès que Marie, répondant « Fiat » le conçoit en son sein virginal. Elle lui donne toute sa nature, celle de son corps humain et celle de son âme humaine, créée « ex nihilo » par Notre Père, comme Il le fait pour tous les hommes. La scène est « trinitaire » :

Le

Père

vient, sans éclat, pour la rencontrer et solliciter son adhésion dans le secret de sa prière.

Pour qui a quelque idée de la transcendance de la nature divine, l’incarnation est inconcevable : la comparaison d’un grain de poussière avec l’immensité de l’espace n’est qu’une pâle image de la distance qui existe entre Dieu et l’homme … !

De ce fait, juifs et musulmans refusent d’envisager la divinité du Christ.

Ils oublient que les chrétiens n’ont pas “inventé” l’incarnation et la double nature de Jésus : les apôtres auraient été bien en peine de les imaginer par eux-mêmes.

Ils oublient aussi que les distances infranchissables pour l’homme ne le sont pas pour Dieu, car « rien n’est impossible à Dieu »1 .

Ils n’arrivent pas à saisir qu’en Dieu, on ne peut pas opposer Transcendance et Puissance. Il les vit toutes les deux en plénitude : Dès qu’Il pose un acte, elles s’y conjuguent à la façon dont Il le décide.

Le

Fils

vient pour l’habiter et se mettre à son école. Par elle, il vient toucher la terre. En ce point précis, en ce lieu particulier.

L’

Esprit-Saint

vient la féconder en cette minute unique entre toutes, et changer le cours du temps. À partir de cet instant, commence le compte à rebours de la remontée de l’homme vers Dieu.

Pourquoi Gabriel apprend-il à Marie qu’Élisabeth attend Jean-Baptiste ?

Pour lui donner un signe qui soit pour elle une confirmation concrète de la fécondation qui vient de s’opérer en elle (le début d’une grossesse ne s’accompagne pas toujours de symptômes immédiatement évidents…).

Ainsi Marie, en allant visiter Élisabeth, va pouvoir :

- Louer la bonté toute-puissante de Dieu envers sa cousine (et vice-versa) et envers elle,

- rejoindre le mouvement que Dieu a mis en œuvre pour préparer la venue de son Fils.

Nous allons voir les deux mamans s’associer pour établir leurs enfants dans leurs rôles respectifs…

En guise de conclusion :

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique »37. Cet “abaissement ” de Dieu vers la condition humaine nous montre jusqu’où va l’intensité de son Amour pour nous : Il ne s’arrête pas à sa bienveillance pour l’humanité, mais va jusqu’à « l’adopter » au point de la faire sienne. Marie, à ce titre, est l’image du peuple élu tout entier dont, par son consentement, elle engage la destinée.

Ainsi, l’Amour de Dieu pour nous s'exprime désormais à travers sa relation toute privilégiée avec Marie qui devient sa Mère, et la mère du corps mystique de son Fils, l’Église.

Chacun de nous est appelé à devenir, à l’image de Marie, comme une “ mère du Christ ”38 : en lui donnant, comme dit Élisabeth de la Trinité, “ une humanité de surcroît ”, la nôtre. Et c'est maintenant, parce que nous sommes baptisés, que nous avons cette extraordinaire mission de permettre à la dynamique de l'Amour de porter de nouveaux fruits, encore et encore, à la mesure de son Amour sans mesure.

NOTES

1 AELF

2 Il s’agit du sixième mois après la conception de Jean-Baptiste.

3 325 après J.C.

5 Initiales de :“ Fécondation In Vitro Et Transfert d’Embryon”. Méthode de procréation assistée consistant à prélever des ovocytes et à replacer l'œuf dans l'utérus après fécondation in vitro.

6 Du mot grec kanôn : « règle ». Les canons d’un concile sont les règles dogmatiques ou disciplinaires qu’il édicté. (Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés)

7 v.37

8 Lc.1/3

9 Is.7/14 repris en Mt.1/22-23

10 Mt.4/22

11 Nathanaël : Jn.1/46

12 G. Martelet, L’au-delà retrouvé, Desclée, 1975, p.203

13 Lc.1/5

14 Mal.3/23 : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable. ». Les auteurs latins de l’époque mentionnent aussi cette attente diffuse dans le monde juif.

15 On trouvera un développement sur l’existence des anges au chapitre sur la Nativité.

16 Dn.8/16 et sv., 9/21 et sv.

17 v .34

18 Une fiancée, pour les juifs, est une épouse qui n’est pas encore entrée sous le toit de son époux, n’ayant donc pas encore été juridiquement prise en charge par lui.

19 « Fille de Sion, réjouis-toi ! » D’après Dom Guy OURY, "La Vierge fêtée par l'Église" éd.

Solesmes

20 v.29.

21 v.28

22 CEC § 488-493. La Vierge Marie l’a confirmé elle-même à Sainte Bernadette, à Lourdes. 23 C’est en effet par la grâce anticipée de la Rédemption qui Marie a connu ce salut exceptionnel.

24 “tradition”=“transmission orale” de ce que l’Église sait.

25 La concupiscence est une des conséquences du péché originel. Elle rend notre volonté faible devant nos envies.

26 vv.31-33

27 Cf. P. Caffarel :"Prends chez toi Marie ton épouse"

28 Nous reverrons cette question de leurs rapports au chapitre sur l’annonciation à Joseph.

29 CEC, § 499-511

30 Sur la virginité perpétuelle de Marie, voir explications à la fin de ce chapitre.

31 Marie n’a pas encore reçu la révélation de la Trinité divine.

32 v.31

33 CEC § 488

34 Son « Fiat »

35 Jn.1/14

36 Cec §456-483

37 Jn., 3, 16

38 Luc 8,21

LA VISITATION

Év) angile Selon Saint Luc ch.1/ 39-56(Bible Chrétienne

39 En ces jours-là, Marie se leva et partit avec la promptitude de la charité pour aller dans la montagne vers une ville de Juda.

40 Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.

41 Et il arriva, quand Élisabeth entendit le salut de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein ; et Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint. 42 Elle s’exclama, et s’écria : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de ton sein est béni ! 43 Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? 44 Voici qu’en effet lorsque ta voix qui me saluait est arrivée à mes oreilles, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. 45 Et bienheureuse toi qui a cru que s’accomplira ce qui t’a été dit de la part du Seigneur ! »

46 Et Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur, 47 et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur !

48 Parce qu’il a regardé son humble servante. Voici que désormais toutes les générations me proclameront Bienheureuse.

49 Le Puissant a fait pour moi de grandes choses ; Saint est son Nom. 50 Sa miséricorde s’étend d’âge en âge pour ceux qui le craignent.

51 De son bras il fait l’action de puissance, disperse les superbes qui s’élèvent en leur cœur, 52 dépose de leur trône les potentats, exalte les humbles, 53 comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.

54 Il élève jusqu’à lui Israël son enfant, rend présente sa miséricorde, 55 comme il l’avait promis à nos pères, Abraham et ses descendants pour toujours. »

56 Marie demeura auprès d’Élisabeth environ trois mois, puis elle retourna dans sa maison.

Marie

Avant l'Annonciation, Marie menait une vie ordinaire, mais la vivait sûrement de façon toute spéciale.

Certains pensent qu’elle était de ces Anawims, ces “pauvres de Yahvé” qui suivaient humblement, dans son esprit, la loi de Dieu. Elle devait d’autant plus intensément demander et espérer l’arrivée du Messie qu’elle était nourrie des prophètes. Son humilité l’avait empêché d’envisager qu’elle puisse en être la mère, au point qu'elle avait consacré sa virginité à Dieu.

Pour elle, la demande de Gabriel fut donc un grand bouleversement : sa vocation lui était désormais révélée, et quelle vocation !

Aussi, bien avant la venue de l’archange, s’était-elle “donnée à Dieu” sans aucune réserve. Dès lors, l'Esprit-Saint l’a investie tout entière, “prise” “sous son ombre”, intervenant jusque dans "ses entrailles", pour leur faire porter un fruit inouï à donner au monde.

Sa visite à Élisabeth nous révèle la façon dont toute sa vie en est désormais orientée par cette mission. Parfait modèle d'humanité, elle est pour nous un exemple précieux.

Elisabeth

De son côté, Élisabeth, âgée et infertile, avait miraculeusement conçu un enfant. Elle en était à son sixième mois. Elle était probablement allée mûrir ce secret dans le calme et la prière de la montagne, en compagnie de son mari devenu muet. Comme ils n’en avaient encore rien dit à personne 1, Marie n’avait pu le savoir que par l’Archange Gabriel.

La démarche de la Vierge Marie

Imaginons la scène : une jeune adolescente, fraîche et belle, marche d’un bon pas, le cœur bouleversé. Tout étonnée de ce qui lui arrive, émue, elle est concentrée sur l’impressionnant secret de sa maternité naissante.

N’aurait-elle pas été l’objet d’hallucinations ? Cet ange lui est-il réellement apparu ? Ses paroles, gravées dans sa mémoire, ont-elles vraiment été prononcées ? Il lui a indiqué qu’Élisabeth était enceinte de six mois : voilà le signe qui va lui permettre d’authentifier tout ça…

Et de toute façon, si Élisabeth est enceinte, elle a besoin d’aide.

« Elle se leva et partit » :

Dans cette attitude, il y a une décision et un mouvement : Marie s'arrache à l'ordinaire du quotidien.

Faisons commencer chacune de nos journées en reprenant conscience de notre finalité d’enfant de Dieu. Chaque instant devient ainsi précieux. C’est pour nous la meilleure façon de nous arracher à la routine.

Le mot grec utilisé par Luc est à prendre au sens de "résurrection" (relèvement). L’intervention de Dieu pousse toujours l’homme à “se bouger”, à “se secouer”, « s’élever ». Mais le but de son départ n'est pas de s'arracher, mais de se diriger vers l’objectif que Dieu lui donne. Dieu nous finalise.

« Avec promptitude » :

Non pas la précipitation ou la fébrilité, mais l'empressement que connaît le cœur lorsqu'il est mu par la charité. Pas de retour en arrière ni d’hésitation.

« Par la montagne » :

Symbole des hauteurs où l’on va vers Dieu, où l’on s’arrache au poids des préoccupations de la terre, pour se mettre « en phase » avec Dieu.

Nous sommes, là, devant une attitude radicalement différente de celle des personnes qui se laissent mener par les événements. L'Esprit-Saint nous sort de nos lourdeurs quotidiennes. Englués dans nos habitudes, demandons-Lui de nous donner le zèle nécessaire à l'accomplissement de la volonté de Dieu.

« Dans une ville de Judée » :

Là où habitent Élisabeth et Zacharie. Celui-ci était prêtre au Temple de Jérusalem2. Marie se dirige donc vers la ville sainte pour chercher, la confirmation sensible de ce que Gabriel lui a annoncé.

Ancien et Nouveau Testament se rencontrent

Élisabeth, stérile et âgée, épouse d’un ministre du Temple à qui on n’en raconte pas, est comme le symétrique de Sara, la femme d’Abraham, la mère d’Isaac, aux origines de l’histoire d’Israël.

Comme elle, Élisabeth est miraculeusement enceinte. Son enfant, le dernier prophète de l’Ancien Testament, « marchera devant le Seigneur avec l’Esprit et la puissance d’Élie… préparant au Seigneur un peuple bien disposé »3 . C’est en lui que Jésus reconnaîtra cet Élie qui doit venir4.

Nous aussi, nous avons besoin de l’Église instituée pour “vérifier” que nos inspirations viennent de l’Esprit-Saint…

Marie, fille de Nazareth, est, elle, encore bien jeune… Mais elle est celle dont Isaïe a annoncé la maternité. Très concrètement, en attendant son enfant, elle est devenue la porteuse de la Bonne Nouvelle : en son ventre se trouve tout l'Évangile en germe, le Nouveau Testament. Elle est la Nouvelle Arche d’Alliance de Dieu avec son peuple.

Sa rencontre avec Élisabeth est une image qui nous montre comment les deux Alliances s’articulent l’une par rapport à l’autre. En Marie, la Nouvelle vient à l’Ancienne pour lui donner sa finalité : accueillir le Messie. En Élisabeth, l’Ancienne alliance devient comme l’annonce et “l’acclamation” de celle qui porte en son sein celui dont elle attend la venue depuis si longtemps.

Les deux mères, quelques trente ans avant leurs fils, ont déjà entre elles l’attitude que Jean-Baptiste et Jésus auront l’un vis-à-vis de l’autre.

Marie, Reine des Prophètes.

Que se passe -t-il lors de cette rencontre. ?

Rien d’intéressant pour les médias. La scène a pourtant une signification et intensité spirituelles exceptionnelles : Entrons dans la densité des états d’âme de Marie et d’Élisabeth, et nous découvrirons les rebondissements successifs du souffle de l’Esprit-Saint dans leurs cœurs. Il agit en ces deux femmes dans un sorte de crescendo d’allégresse. Il crée une extraordinaire communion de bénédictions et d’actions de grâce entre les acteurs de la scène :

Marie entre chez sa cousine.

« Shalom Alekhem » lui dit-elle probablement, c’est à dire “la paix soit avec toi”. Aussitôt, l’Esprit-Saint vient comme investir Jean-Baptiste. L’Esprit-Saint est parti de Marie habitée par Jésus pour réaliser la promesse de Gabriel à Zacharie : « Il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère »5 .

Voilà Marie devenue Reine des prophètes.

« L’enfant tressaillit » :

Pour expliquer qu’il ne s'agit pas d’un mouvement naturel, Luc utilise le même mot que celui qui décrit David dansant devant l'Arche d'alliance 6.

Ce tressaillement de Jean-Baptiste est donc une sorte de pas de danse de jubilation devant Marie, nouvelle arche où Dieu demeure.

Jean-Baptiste a reçu à ce moment-là comme son baptême dans l'Esprit-Saint. Il le communique à sa mère qui en est "remplie" jusqu’à pousser une acclamation d'allégresse :

« Tu es bénie... » :

Luc utilise, pour exprimer le cri d’Élisabeth, le même mot que celui de la Bible des Septante7 quand elle décrit les acclamations du peuple de Dieu. La seule femme de l’Ancien Testament à recevoir cette bénédiction dans les mêmes termes, fut Judith au retour de sa victoire sur Holopherne.

“Béni soit …”

« Cette formule israélite n’est ni simple constatation, ni pur souhait. Plus enthousiaste encore que la béatitude [Heureux !] elle jaillit comme un cri devant un personnage en qui Dieu vient de révéler sa puissance et sa générosité, et qu’il a choisi entre tous… elle exprime l’émerveillement devant ce que Dieu peut faire en son élu. L’être béni est dans le monde comme une révélation de Dieu, il Lui appartient à un titre spécial… « le saint » et « le béni » qualifient d’abord Dieu, mais le premier terme saint révèle plutôt son inaccessible grandeur, le second : son inépuisable générosité. » VTB. “Bénédiction”, II §3,p.122

Lorsque nous récitons nos "je vous salue Marie", qui commence par le salut de l'ange Gabriel, nous reprenons tous cette exclamation d'Élisabeth : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ton sein est béni ». Nul doute que cette prière plaise à Dieu, puisque c’est celle qu’il adresse lui-même à son élue. Elle exprime la beauté de ce qu'il a fait, avec des mots qu'il a lui-même inspiré et qui sont désormais inscrits dans l'éternité de l'expression de son amour pour Marie8.

« Comment m’est-il donné que vienne à moi… » :

L'humilité d'Élisabeth s'exprime par sa gratitude étonnée de recevoir Marie chez elle : elle ne s'estime pas assez digne, elle qui, de haute condition, aurait pu en tirer fierté du miracle de la conception de Jean. Si l'Esprit-Saint « souffle où il veut », force est de constater qu'il agit désormais de façon particulière en Jésus par l'entremise de Marie. Cette réalité justifie et conforte notre "dévotion mariale" de catholiques. L'Église le sait, elle qui ne cesse de fêter Marie et de la prier.

Marie, Reine des Apôtres

« ... la mère de mon Seigneur » :

Marie ne lui ayant encore rien dit de son état et de son origine, il semble évident qu'Élisabeth en a reçu la révélation intérieure. Sans le savoir, ni le vouloir, Marie lui a donc apporté la Bonne nouvelle du Verbe fait chair : la voilà Reine des Apôtres.

« Bienheureuse celle qui a cru... » :

Chronologiquement, cette béatitude est la première des Évangiles.

Jésus lui-même la confirmera 9. En acceptant les paroles de Gabriel, Marie a assumé sa vocation et ses conséquences dans une Foi “totale”, qui va contre toute sagesse humaine. Elle en constate après coup le bien-fondé, du fait même qu'elle est enceinte !

Nos actes de Foi présenteront toujours une part de risque. Nos certitudes de Foi ne s'appuient pas d'abord sur des démonstrations logiques et expérimentales, mais sur la confiance que nous avons en la pleine capacité que Dieu a de faire ce qu'il veut, parce qu'il est Dieu. Après coup, nous nous rendons compte que notre confiance n'a pas été déçue. Cette confiance, vertu de Foi, est un don de Dieu qu'il nous faut sans cesse lui demander pour pouvoir agir en communion avec Lui.

Dieu a créé l'homme pour qu’il vive "en état de gratitude".

Si nous n'y sommes pas, c'est à cause de nos péchés.

Seul l'Esprit-Saint peut nous y mettre. C'est lui qui rend "vraies" nos actions de grâce et nos louanges. Laissons-nous "posséder" par Lui, à l'exemple de Marie, pour qu'il nous mette ainsi en état de gratitude.

Alors, au lieu de nous replier sur nos difficultés, soucis et imperfections, au lieu d’être fascinés par le mal qui sévit autour de nous, nous serons tout tournés vers Dieu qui nous rendra féconds.

Magnificat : Le Cantique de Marie

Structure du Magnificat

 D’abord, Marie rend grâce pour l’œuvre de Dieu en elle (vv.44-49) . Puis en 50-54, elle universalise sa gratitude en l’ouvrant aux effets de l’avènement du Royaume sur toute l’humanité. Enfin, comme Zacharie dans son propre cantique 10 le tout est salué comme l’accomplissement de la promesse faite à Abraham 11

Chaque jour l’Église reprend ce cantique à l’office de vêpres. Il résume l’histoire du salut, soulignant ce qui essentiel dans l’action miséricordieuse de Dieu. Il nous concerne tous personnellement, en profondeur, car, si cette histoire est celle du peuple élu, elle est aussi celle qui se réalise dans le cœur de chacun …

Aspects spirituels

Dans sa joie qui jaillit, Marie manifeste combien elle est "possédée" par celui qui l’a couverte de son ombre. Mais contrairement aux autres possessions qui "aliènent", celle-là fait entrer Marie dans une allégresse lucide et une grande liberté intérieure. C'est l'Esprit-Saint qui la fait exulter ainsi : La joie intérieure est un des fruits de l'Esprit et la louange est l’expression d’un cœur qui se laisse investir par le souffle divin.

Aspects doctrinaux

L'Esprit-Saint appuie ses interventions sur les connaissances de ceux qu'il inspire : Marie était nourrie des Écritures.

Une étude un peu approfondie montre que le cantique de Marie est tissé des références bibliques, des prophètes, des livres sapientiaux et des psaumes, donc de David.

C’est surtout avec le cantique d’Anne12 – cette femme stérile dont la prière fut exaucée – que le Magnificat offre le plus de points communs, dans le détail et dans le mouvement d’ensemble 13.

Ainsi, dès le Magnificat retrouvons-nous en Marie ce que Jésus dira de lui-même en commentant à ses apôtres « ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et des psaumes ».

En chantant son action de grâces sous l’action de l’Esprit-Saint, Marie exprime donc avec les mots de l’Ancien Testament une prophétie pour le Nouveau Testament : elle retrace, en même temps qu’elle annonce, la joie du peuple de Dieu dans l’Espérance du Messie. Cette joie du peuple sauvé s’y révèle à ce moment comme concentrée dans le cœur de Marie.

C'est pourquoi, pour coopérer à l’action de l’Esprit-Saint en nous, il importe d'étudier la parole de Dieu. Non pas comme "une matière" comme les autres, pour devenir érudit, mais dans la Foi, pour y découvrir ce que l'Esprit-Saint a déjà révélé, en utilisant ce que l'Église y a elle-même déjà découvert et qu’elle est chargée – par Jésus lui-même - d’expliquer et de transmettre au monde.

Il n’est donc pas étonnant que son chant soit comme un condensé de ce que la Bible nous révèle de Dieu.

On répète un peu trop systématiquement que l'Ancien testament révélait un Dieu vengeur dont la colère était à craindre. Marie n'avait pas cette vision sommaire : Pour elle Yahvé est Seigneur, Sauveur14, Saint, Puissant, Juste, Miséricordieux et Fidèle. Et en même temps, redoutable pour les impies.

Ainsi nous décrit-elle sa façon de faire pour amener les hommes à vivre en enfants du Père :

Il « se penche » sur ses serviteurs, sans que sa grandeur soit un

La seule vraie dynamique d’établissement de la paix et de la justice sociale est celle qui favorise la conversion de tous les hommes, prenant le mal à sa racine qui est dans le cœur de chacun. Toutes les dispositions « structurelles », les changements de systèmes politiques, pour judicieux qu’ils puissent être, ne serviront à rien sans cette conversion.quelconque obstacle à sa tendresse.

Il travaille à détruire en chaque homme - et donc en nous - ce qui reste superbe (orgueil, autosatisfaction, mépris des autres), trop lié aux richesses de ce monde et à la recherche de la domination des autres. Tous obstacles à la communion avec Lui et entre nous.

Parallèlement, ce qui, en nous est humble, il l'élève (litt. : « Il l’exalte »). Ce qui est affamé, Il le rassasie

15

. Ce qui est faible, Il vient à son secours.

C'est ainsi qu'il « déploie la force de son bras ». C’est sa façon de nous sauver.

Aspects pratiques

L'action de Dieu est donc une lutte pour le bien de ceux qu'il aime. Cependant, les « armes" de Dieu ne sont pas celles des hommes. Déjà, nous voyons bien que c'est en se faisant faible et humain dans le sein de Marie qu’Il réalise son dessein. De ce fait, Il nous déconcerte, car nous concevons trop les luttes comme une activité violente.

En fait, nous confondons violence et force ou énergie. Or, tant que notre charité ne sera pas insistante malgré les obstacles, il lui manquera quelque chose ... à condition de tenir de l’opiniâtreté et non de l’agressivité. Le chrétien n’est pas le fanatique que Voltaire se complaît à caricaturer, mais son amour pour Dieu et ses frères peut l’amener à faire “des folies” aux yeux des hommes. En fait, notre participation à la lutte de Dieu doit être celle de Marie : vivant dans la plénitude intérieure de la communion avec Dieu, soumise à ses inspirations, éclairée par son intelligence des choses, dans l'acceptation de sa vocation, la Vierge se fait un vecteur parfait de l'action de Dieu lui-même.

À cause du péché, les rapports humains se font selon une dialectique du maître et de l'esclave. Dieu, lui, par son Salut, nous libère de la dialectique du dominant-dominé, où l'un vient renverser l'autre pour se comporter avec lui de la même façon. Car, il n’est pas un dictateur mais un Papa qui aime ses enfants. En Dieu, tous sont amenés à connaître non l’opulence ou la puissance, mais les Béatitudes : les pauvres qu’Il aura élevés et les affamés qu’Il aura rassasiés ne deviendront plus des affameurs du peuple, mais resteront spirituellement pauvres et affamés quels que soient leurs biens matériels. De même, les mains vides des riches et des puissants dispersés leur donneront la béatitude des pauvres et celle de ceux qui pleurent.

 Comme Marie est allée vers Élisabeth, sachons "aller vers les autres". Comme Marie est en "état de gratitude", laissons monter en nous les actions de grâce que l'Esprit-Saint nous inspire. Pour cela n'ayons pas peur de "briser" en nous tout ce qui tient de la superbe, de la volonté de puissance et de l'amour désordonné des richesses.

Pour autant, le Magnificat ne saurait se confondre avec un quelconque programme politique... !

NOTES sur la Visitation

1 Luc 1/24

2 v.5

3 Luc 1/17

4 Mt 11/14

5 Lc.1,15

6 2 Samuel 6/2-15

7 écrite en grec

8 Ce qui explique probablement la façon dont Marie récite son chapelet quand elle

apparaît à Ste Bernadette à Lourdes.

9 Lc.11/27-28

10 Luc 1/72

11 v .55

12 1 Sam. 2/1-10

13 Certains exégètes ont soutenu que Marie n’aurait pas pu se souvenir si précisément de son cantique au moment de son témoignage auprès de Luc… et que celui-ci n’aurait plutôt repris une sorte d’hymne “omnibus” composé par les premiers chrétiens en l’adaptant au cas particulier de Marie.

Aucune trace ne permet d’étayer cette hypothèse : leurs auteurs n’apportent pas de preuve historico-théologique qui viendrait dévaloriser ainsi cette louange mariale.

14 Son Immaculée Conception est un fruit anticipé du salut que son enfant lui apporte par son sacrifice.

15 Cf. la béatitude des affamés en Mt.5

LA PATERNITÉ DE JOSEPH

Évangile de Saint Matthieu Ch.1/18-25

(Extrait de la Bible de Jérusalem)

18 Or telle fut la genèse de Jésus Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu'ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint.

19 Joseph, son mari, qui était un homme juste et ne voulait pas la dénoncer publiquement, résolut de la répudier sans bruit.

20 Alors qu'il avait formé ce dessein, voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :"Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint ;

21 elle enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus : car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés."

22 Or tout ceci advint pour que s'accomplît cet oracle prophétique du Seigneur :

23 « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l'appellera du nom d'Emmanuel, ce qui se traduit :"Dieu avec nous"

24 Une fois réveillé, Joseph fit comme l'Ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui sa femme ;

25 et il ne la connut pas jusqu'au jour où elle enfanta un fils, et il l'appela du nom de Jésus.

Le songe est une inspiration généralement accompagnée d’une paix divine permettant de la distinguer du rêve ou des imaginations. Dieu se sert souvent de ce type de révélation intérieure dans l'Ancien Testament pour donner ses indications 1 . Nouveau Testament et vie des saints contiennent aussi des songes : Saint Jean Bosco en avait souvent, Paul s’est vu “élevé aux cieux”2. Le songe peut aussi accompagner un miracle, comme ce fut le cas de Saint Pierre qui « se figurait avoir une vision »3 au moment où l’Ange du Seigneur le délivrait de la prison d’Hérode.

Ceux qui ironisent sur la situation de Joseph ne savent pas ce qu’ils perdent : leur esprit de dérision les fait passer à côté de ce qui est beau et grand.

Et si on considérait d’abord la qualité de ceux à qui Dieu a confié la mission de recevoir et d’éduquer son Fils ?

Ils ont une dignité exceptionnelle : parfaite pour Marie, elle confine à la perfection pour Joseph. Leurs rapports mutuels devaient être d’une délicatesse qui dépasse nos conceptions très abîmées des rapports homme-femme.

C’est dire l’humilité avec laquelle il va falloir nous situer en face d’eux.

Ne sommes-nous pas trop habitués à ce récit ?

Il devrait pourtant nous heurter, au moins autant que celui de l’Annonciation. Qu’un homme accepte de prendre en charge un enfant qui n’est pas de lui, cela s’est vu et se verra encore. Qu’il le fasse à cause d’un songe est déjà moins courant...

Mais que Joseph accepte de croire que Marie soit enceinte « par l’action de l’Esprit-Saint » … Il était déjà arrivé bien des choses extraordinaires dans l’histoire du peuple élu, mais celle-là, c’était du jamais vu ! ... et pourtant…

Un couple Unique au monde

Marie est sans défaut. Pas mièvre. Au contraire, son absence de péché laisse supposer qu’elle était gaie, simple, attentive aux autres, profondément intuitive et attachante. Et réaliste. Une “perle” quoi !

Ne la connaissons-nous pas déjà un peu après avoir étudié son Annonciation ? Mais qu’en est-il pour Joseph ?

Ici, le peu qui nous est révélé de lui est :

Qu’il est « fils de David » (donc de lignée royale)

4

Qu’il est « un homme juste »

5

Qu’il est fiancé à Marie

6

Qu’il n’est pas le géniteur de l’enfant qu’elle porte

7

On sait aussi qu’il était charpentier à Nazareth

8

.

Fiancés ou mariés ?

Matthieu dit 9 que Marie était « fiancée » à Joseph. Aussitôt après, il nomme Joseph « son époux »10. N’est-ce pas contradictoire ?

Chez les Juifs, les fiançailles étaient un état très voisin de celui du mariage : tant que la femme n’avait pas rejoint le toit de l’homme, elle était nommée “fiancée”. À l’époque, les mots ne correspondaient pas aux mêmes réalités qu’à la nôtre.

« Selon le droit judaïque en vigueur, les fiançailles signifiaient qu’un lien juridique entre les deux partenaires existait désormais, si bien que Marie pouvait être appelée la femme de Joseph, même si l’acte de son accueil à la maison, qui fondait la communion matrimoniale, n’avait pas encore eu lieu. Fiancée, l’épouse vivait encore dans la maison de ses parents et restait sous la “patria postestas”. » (C’est-à-dire sous “la responsabilité paternelle”).

Benoît XVI, in « L’enfance de Jésus »

Leur mariage a probablement été “arrangé” par les familles : « à l’époque, l’usage judaïque était que l’homme puisse se fiancer sans l’accord de sa future femme » 11 !

Pour autant, ne devine-t-on pas la qualité de l’attirance de Joseph pour Marie : puissamment “tiré vers le haut” par cette jeune fille au charme si pur, on pressent une admiration et une confiance sans nuages.