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« Contes à la brune » d'Armand Silvestre est une œuvre littéraire marquante, renfermant une approche sensible et poétique des récits populaires. Le livre se compose de dix-huit contes, oscillant entre le féérique et le quotidien, où le mystère et la magie s'entrelacent dans des ambiances crépusculaires. Silvestre, avec son style élégant, joue habilement sur les sonorités et les images, créant une atmosphère contemplative. Écrits à la fin du XIXe siècle, ces contes s'inscrivent dans une tradition littéraire française valorisant le folklore et la narration orale, reflétant une époque de renouveau esthétique et d'introspection sociale. Armand Silvestre, poète et dramaturge issu du mouvement symboliste, a été influencé par une diversité d'expériences personnelles, notamment son goût pour la nature et les légendes populaires de son enfance. Son engagement dans le monde des lettres et sa curiosité pour les récits traditionnels l'ont conduit à explorer les profondeurs de l'imaginaire collectif à travers les biais du merveilleux. En tant qu'auteur engagé avec la modernité littéraire, Silvestre a également cherché à réaffirmer des valeurs intemporelles à travers ses récits. Je recommande chaleureusement « Contes à la brune » à tous les amateurs de littérature qui souhaitent plonger dans un univers féerique tout en appréciant la musicalité du langage. Cet ouvrage offre une résonance palpable avec l'âme humaine, capturant des instants de mélancolie et d'émerveillement. À travers ses récits, Silvestre dévoile une compréhension profonde des désirs et des peurs, rendant cette lecture à la fois captivante et introspective.
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Veröffentlichungsjahr: 2020
C'est la première du Printemps Au théâtre de la Nature,
comme chantait Suzanne Lagier dans quelque antique féerie des Folies-Dramatiques. Oui, mes amis, c'est aujourd'hui la première du Printemps. Le calendrier l'affirme; j'ouvre ma fenêtre, plein d'espérance, et la referme, aveuglé par la neige. Encore un mensonge de ce méchant bout de carton que nous apporte, avec l'innocence perfide de Pandore, devant que chaque année soit finie, l'émissaire quotidien de l'administration des Postes! Voilà un cadeau qui m'ennuie! D'abord c'est le signal de tous ceux que j'aurai à faire sous le nom futile d'étrennes. Puis c'est absolument comme si on m'offrait gracieusement le catalogue de tous les ennuis à venir. Tous les jours de terme sont marqués là et tous les jours d'échéance, toutes les nuits sans lune et tous les jours sans gaieté! Il faut avoir été bien constamment heureux pour aimer à prévoir, et je suis de ceux qui sont reconnaissants à Dieu de nous céler l'avenir. Le calendrier est le grand obstacle à l'oubli, qui peut seul consoler de vivre. Il ramène les anniversaires où l'on pleure, les plus nombreux de tous! Les plus beaux moments de la vie sont ceux où on voudrait que le temps arrêtât sa course. C'est par décence que l'Écriture prétend que, ce fut à l'occasion d'une bataille, que Josué lui en donna l'ordre. S'il n'était pas le dernier des imbéciles (et nous en avons connu beaucoup d'autres après lui) et s'il était vraiment investi de ce féerique pouvoir, j'estime qu'il en a dû profiter pour l'amour et non pour le carnage. Suspendre, ô ma chère, le vol de l'Heure, durant que je suis dans vos bras! Ce fut toujours mon rêve et mon voeu inexaucé. Mais il semble que son aile est plus rapide encore quand vous dormez ce sommeil dont chaque souffle est un baiser! Oh! ce calendrier qui nous prend au flanc comme un éperon! Et puis, j'ai encore contre lui une rancune personnelle. Jamais il n'a daigné citer, dans sa nomenclature stupide, l'humble saint dont je porte le nom, bien que celui-ci ait été un homme vertueux et bienfaisant, comme je l'ai établi d'après les légendes. En revanche, sainte Beuve y est nommée, car c'était une bien heureuse que le célèbre écrivain avait pour patronne, ce qui lui donna un goût immodéré des femmes durant toute sa vie. Tandis que moi!… O saint Armand, qu'on surappelait le chaste dans toute la province, quelle injustice on nous fait à tous deux!
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L'impunité dont ont joui jusqu'ici les jeunes gens qui achèvent volontiers une nuit de plaisir en coupant la gorge à la femme qui la leur a procurée porte ses fruits. Les femmes galantes que Vacquerie, longtemps avant l'invention des horizontales et des agenouillées, appelait galamment des universelles et le pauvre Philoxène Boyer des conciliantes (avouez que le mot était joli et bien trouvé) vivent maintenant sous un véritable couteau de Damoclès. Leur sommeil coupable est peuplé de cauchemars sanglants. La vertu profitera, je l'espère, de celle terreur, et le dégoût viendra à beaucoup de ces dames d'une carrière qui n'avait eu jusqu'ici que des fleurs. C'est un bien pour un mal. Seulement, je trouve que les messieurs qui ont entrepris cette morale en action vont un peu loin. Ils ne se contentent plus de décapiter leur bonne amie d'une nuit, pour emporter le chapelet de ses salaires honteux; ils massacrent en même temps ses domestiques et les enfants de ceux-ci. Si on les laisse faire, il extermineront, par la même occasion, toute la maison. Car, soyez certains que si, au devant de l'homme que la police cherche partout où il n'est pas, avec le flair de ses fins limiers, le concierge de la maison où s'est commis le crime et toute sa famille, ou quelque imprudent locataire s'était présenté au moment de sa fuite, il n'eût pas hésité davantage à leur trancher le chef. J'en conclus que les immeubles où ces dames loueront des appartements deviendront dangereux à leurs voisins. Il y a là une question de risques locatifs, au moins aussi considérable que pour l'incendie et qui donnera à réfléchir aux gens prudents. Nos aïeux étaient plus sages qui ne laissaient pas «divaguer», comme disent les maires de village en parlant, dans leurs affiches, des chiens errants, les personnes faisant le métier de ramener chez elles les voyageurs, les rufians et les rôdeurs de nuit, mais leur prescrivaient de vivre entre elles et comme cloîtrées dans de profanes couvents où habitait la félicité antique. Hic habitat félicitas. La mode de ces maisons de retraite se perd de plus en plus, et c'est grand dommage pour la dignité des rues et des boulevards, et j'ajouterai pour le plaisir des gens raisonnables. Car il eût suffi d'un peu d'imagination et de luxe oriental pour en faire la réalisation du Paradis de Mahomet sur la terre. Le ruisseau dans lequel elles se sont vidées a été comme une terre grasse et féconde pour le vice qui y a pullulé. Ah! comme les Romains et les gens d'Herculanum étaient d'autres artistes et d'autres philosophes que nous! Aujourd'hui c'est pour protéger les jours (non! les nuits) de ces pauvres filles, de leurs gens et de leurs colocataires, que je supplie le gouvernement de les enfermer à nouveau. Elles ne chômeront pas, pour cela, de visites, vous pouvez être tranquilles; mais ceux qui les viendront voir ne le feront pas dans l'intention de les assassiner. Ce sera toujours un progrès.
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Que l'homme s'exagère volontiers ses maux, et comme il se plaindrait moins de sa destinée, s'il considérait plus souvent les sorts pires que le sien et que d'autres ont subis avant lui! L'étude de l'histoire ne devrait nous servir qu'à connaître ces exemples monstrueux de déveine, chez certains héros, qui font dire aux gens raisonnables: «Enfin! en voilà un qui était plus malheureux que moi!» Ce serait une excellente leçon de philosophie résignée, puisqu'il est entendu que, par une sage ordonnance de la Providence, nous sommes tous destinés à souffrir plus ou moins, et qu'il est logique de mesurer nos cris et nos révoltes à la part d'ennuis qui nous est faite.
Cette réflexion mélancolique me vient du bruit que font messieurs les bookmakers à propos de la mesure peu bienveillante, j'en conviens, dont ils viennent d'être l'objet. Il faut les voir, dans la banlieue, que presque tous habitent, exhaler leur colère le long du fleuve, comme les Hébreux à Babylone ou comme les damnés au bord du Styx. Le grand gémissement entendu dans Rhama n'était qu'une musiquette de quatre sous auprès de la douloureuse symphonie dont ils régalent les oreilles. A les entendre, tout est perdu pour la paix publique, et ils renverseront le gouvernement. C'est comme si c'était déjà fait! Ceux-ci geignent et ceux-là clament; tous vocifèrent et se démènent. On a osé toucher à un des corps les plus respectables de l'État moderne et secouer, dans leur personne, les assises de la société!… Que leur a-t-on fait pourtant, bon Dieu! Retiré tout simplement un inerte morceau de bois qui, ne leur servait qu'à ficher en terre pour faciliter leurs opérations.
On affirmait, dans mon village, que plusieurs s'étaient tués de désespoir. Eh bien, si, dans les champs Élyséens d'un monde meilleur, leurs ombres toujours gémissantes rencontrent l'ombre éternellement mélancolique d'Abélard et que le grand érudit entende le sujet de leur plainte, quel ironique sourire sur ses lèvres où le nom sacré d'Héloïse brûle encore, et quel regard de dédain dans ses yeux abaissés!
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—C'est le Printemps! vous dis-je, ma chère! C'est le Printemps!
Et vous vous repeletonnez, frileuse, au coin du feu clair et ronflant, comme une chatte, le dos sous votre belle chevelure dénouée, les coudes sur les genoux et les mains ramenées vers la flamme qui fait courir, dans leur transparence délicate, de délicieux petits reflets roses. Et je vous répète:
—C'est aujourd'hui le Printemps, mignonne! ne m'entendez-vous pas?
Alors vous fermez les yeux, sans toujours me répondre, et j'imagine que mes paroles vous frappent l'oreille sans aller plus loin, comme un son indécis, comme une romance lointaine dont les mots échappent et dont l'air seul parvient jusqu'à vous, vague et mêlé dans le vent. Mais ces mélodies inconsciemment perçues ont le don d'évoquer les visions et les souvenirs. Vous fermez les yeux et c'est certainement pour vous recueillir dans le rêve des verdures renaissantes, des violettes bordant les chemins, des brises pleines d'odeurs vivaces et douces, des longues promenades sous le soleil tiède déjà, de toutes les splendeurs en boutons dont la Nature devait être parée aujourd'hui, si mon almanach n'avait effrontément menti! Vous ne rêvez pas tant que cela, mon âme. Le Printemps n'est-il pas dans cette chambre chaude et pleine de fleurs où vous aimez à vivre en hiver? Le Printemps n'est-il pas partout où vous êtes? Et ne pouvons-nous pas chanter là comme dans les bois, et chaque jour, tant notre joie s'y renouvelle:
C'est la première du Printemps Au théâtre de la Nature!
Comment ne pas songer qu'ils viennent de là-bas où la terreur et l'effarement ont marqué la fin des jours de gaieté carnavalesque, ces beaux panaches de mimosas que les petites charrettes parisiennes promènent et qui semblent verser une pluie d'or sur les roses alanguies des marchandes ambulantes? Que la Nature est indifférente à nos misères! Tandis que la fourmillière humaine s'éparpillait affolée, croyant encore sentir le sol s'ouvrir sous ses pas, les fleurs, tranquilles, s'épanouissaient dans la sérénité du matin, sous cette première blancheur de l'aube qui est comme le sourire d'argent du ciel.
La mythologie grecque, qui savait si bien mêler aux fables grandioses les plus exquises imaginations, n'avait pas dédaigné de chercher une légende aux fleurs. Rappelez-vous celle d'Hyacinthe; Ainsi au Japon, dont je vous ai dit, un jour, le joli poème des lilas. L'Orient est plein de ces traditions charmantes. Je les regrette vivement, ma chère, et constate l'infériorité de notre imagination à ce sujet. Ce n'est pas assez pour moi de comparer sans cesse les lys à vos doigts et les roses à votre bouche. Tous les madrigaux d'autrefois n'étaient pleins que de ces choses-là. Et puis ce n'est ni vrai ni vraiment flatteur. Les lys n'ont pas les jolis reflets d'azur qui courent sous le satin blanc de votre main, et vos lèvres ont des parfums vivants que n'ont jamais eus les roses. Il faudrait en finir avec ces continuelles comparaisons qui, si belles que soient les fleurs, sont encore à l'humiliation de la femme. Je voudrais faire mieux et plus digne de vous que cela dans une mythologie nouvelle. Tout est symbolique autour de nous. Mais, entre toutes choses, les fleurs dont les plus humbles, suffisamment contemplées, évoquent mille images diverses, comme vous le savez bien, vous qui passez des heures entières en contemplation devant un myosotis.
Voilà ce que j'ai rêvé, moi, il y a quelques jours devant une branche de mimosa.
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La Méditerranée et son bleu manteau couchés sous le ciel, par un soir d'été plein de l'odeur des lauriers-roses, et, dans une île aujourd'hui disparue,—car je parle d'un temps lointain et inutile à préciser, puisqu'on a aimé toujours,—deux amants goûtant l'extase de cette heure mystérieuse où s'ouvre le jardin des étoiles. L'île est proche de la terre, et la solitude en semble faite pour le mutuel enchantement de leurs âmes. Vous souvient-il que nous avons souvent rêvé d'une thébaïde pareille, où rien ne nous atteindrait des clameurs lointaines et des banales gaietés? Ils marchent sur le rivage, les mains unies. Je les vois si bien que je pourrais vous dire maintenant vers quel siècle lointain ils ont vécu. Ils portent la blanche tunique grecque. Elle a, comme vous, de longs cheveux noirs qui sont comme une nuit répandue sur la double colline de neige de ses épaules; comme vous, elle a le profil fier de la race élue, et, comme vous, je ne sais quel éclat fatal de pierrerie dans les yeux. Et c'est lentement qu'ils s'avancent le long du flot qui chante, tout en poussant jusqu'à leurs beaux pieds nus, son écume pareille à des palmes d'argent. Les grands oiseaux que le soir exile des hautes mers passent au-dessus de leurs têtes avec un doux balancement d'ailes. C'est comme un grand recueillement de la Nature autour d'eux, dans ce magnifique paysage sérénal où leurs ombres grandissent et bleuissent, à mesure que la lune se lève, la lune mélancolique qui roule dans les flots comme une grosse larme brisée.
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—Que la vie est douce ici, ma bien-aimée! fait l'amant, rompant soudain le silence.
Et elle lui répondit, comme quelqu'un qui se réveille:
—La mort serait plus douce encore, car elle nous réunirait pour jamais.
Et, leurs regards plongeant l'un dans l'autre, comme si leurs âmes s'y mêlaient, ils y mesurèrent l'infini d'une tendresse que rien au monde ne pourrait briser; car l'espoir fou d'immortalité, par delà le trépas, qui nous dévore ne nous vient que de l'amour.
—Oui, reprit-il, tout est beau autour de nous, tout est charmant, mais tout cela pourrait disparaître que, si tu me restais, je n'y prendrais même pas garde.
Elle lui répondit:
—Le ciel n'est pas si grand que tes yeux ni la mer si profonde que ton amour.
Ainsi, comme il arrive dans les tendresses exaltées, s'immatérialisait leur pensée dans un rêve où s'anéantissait l'univers. Ils sentaient bien qu'en dehors l'un de l'autre, rien ne leur était rien ni à l'un ni à l'autre, que tout pouvait s'écrouler autour d'eux, mais non pas rompre l'invisible chaîne que leurs lèvres tendues dans un baiser suprême allaient fermer.
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Jamais la sérénité du ciel n'avait été si grande dans aucune nuit d'été. A peine un frisson sur la mer qui, par places, en allongeait les ondes en un sillon d'argent. Les étoiles y posaient leurs images apaisées, comme des oiseaux lassés dont le vol s'arrête sur un arbre où ne passe pas le vent. Non, jamais, une telle sérénité du firmament n'avait enveloppé toutes choses d'une telle caresse…. Un grondement! puis un choc sous les pas. La mer soulevée et hurlante. Un bouquet de feu montant dans l'air avec un fracas épouvantable et, plus loin, par delà la rive, quelque Vésuve ou quelque Etna s'ouvrant dans une lourde fumée de soufre…. Plus d'île charmante! Plus d'amants soupirant une idylle dans le calme de ce beau soir! Comme ils l'avaient souhaité, la même flamme avait mêlé leurs esprits pour les emporter au ciel!
Au printemps qui suivit, sur la plage où étaient retombées quelques terres de l'île dispersée, une fleur nouvelle fleurit, semblant un bouquet de feu qui monta vers la nue comme celui des volcans. C'était le mimosa où respire encore l'âme douce et fidèle de ces amants fortunés!
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Et pour finir moins tristement, ma chère, que par cette sombre légende:
Vous connaissez la fleur légère Bordant le flot bleu qui s'endort? On dirait que, sur la fougère, Le soleil tombe en neige d'or.
Comme un panache de fumée Que le couchant teint de safran, Comme une poussière embaumée Que pousse la brise en errant,
Elle monte dans l'air humide Où le flot roule un souffle amer, Et mêle son parfum timide Aux âcres senteurs de la mer.
Elle flotte parmi l'espace Où l'oranger tend ses bras lourds; L'aile du papillon qui passe Y met un fragile velours.
Mimosa! presque un nom de fée! Quelque naïade, assurément, S'en étant autrefois coiffée, Parut plus belle à son amant.
J'aime cette fleur parfumée Au souffle furtif et coquet, Pour ce qu'une main bien aimée Un jour en portait un bouquet.
