Contes et légendes d'Irlande - Marilyn Plénard - E-Book

Contes et légendes d'Irlande E-Book

Marilyn Plénard

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Beschreibung

Héros, saints chrétiens, paysans, princesses, fées, vache blanche, porc noir, saumon de la Connaissance, trèfle, pomme de terre, citrouille d’Halloween, harpe vivante… font l’âme de l’Irlande, cette contrée des merveilles où les antagonismes sont faits pour s’entendre.

Où l’Histoire et l’imaginaire, le temps des demi-dieux et celui des saints se juxtaposent. Où l’extraordinaire et le banal se lancent des piques. La première partie offre des extraits des grands cycles mythologiques gaéliques, tels que le « Lebor Gabala Erenn », qui relate les invasions mythiques successives de l’Irlande, remonte à l’époque médiévale et s’est transmis par voie orale jusqu’au VIIIe siècle, date à laquelle les clercs en ont couché les chroniques par écrit.

Dans la seconde partie, les contes des origines sont suivis d’autres contes, qui en reprennent les sujets. Par exemple, à ceux sur l’origine des fées succèdent contes et témoignages présentant leurs pouvoirs ou la façon de se protéger de leurs rosseries.

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Seitenzahl: 187

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Couverture

Page de titre

À Galina Kabakova : « La Fondation d’Emain Macha, l’ancienne capitale d’Ulster ».L’histoire d’une femme hors du commun…

AVANT-PROPOS

Héros, saints chrétiens, paysans, princesses, fées, vache blanche, porc noir, saumon de la Connaissance, trèfle, pomme de terre, citrouille d’Halloween, harpe vivante… font l’âme de l’Irlande, cette contrée des merveilles où les antagonismes sont faits pour s’entendre. Où l’Histoire et l’imaginaire, le temps des demi-dieux et celui des saints se juxtaposent. Où l’extraordinaire et le banal se lancent des piques. Où la poésie et le sarcasme se mélangent. Où le profond amour de Dieu se mâtine d’une méfiance envers ses représentants sur terre.

Pour le confort du lecteur, j’ai choisi d’arranger ce recueil en deux parties distinctes, qui, chacune, comprendront les chapitres « Au commencement », « La faune », « La flore », ou encore « Les créatures surnaturelles… »

La première partie offre des extraits – sélectionnés en raison de certains détails étiologiques – des grands cycles mythologiques gaéliques, tels que le Lebor Gabala Erenn, qui relate les invasions mythiques successives de l’Irlande, remonte à l’époque médiévale et s’est transmis par voie orale jusqu’au VIIIe siècle, date à laquelle les clercs en ont couché les chroniques par écrit tout en les remaniant afin qu’elles soient en phase avec les préceptes de l’Église catholique. Cette présentation est proposée soit dans une traduction proche des originaux – par exemple : « La première fois qu’on entendit parler du Leprechaun » –, soit dans celle d’adaptations roman-tiques par des auteurs du XIXe siècle – « La Fondation d’Emain Macha, l’ancienne capitale d’Ulster » ou « La Tombe du porc noir », inspiré à son auteur par la mort du guerrier Diarmuid, fils du dieu Donn. J’ai pu en outre inclure dans cette partie des textes récoltés au XIXe siècle, comme : « Qu’est-il arrivé au pont bâti entre l’Irlande et l’Écosse ? » car se rapportant à une des aventures du champion Finn mac Cumhaill.

La seconde partie est consacrée aux contes, récitations et témoignages qui, à partir du XIXe siècle, furent collectés auprès des paysans irlandais. Les contes d’origine chrétienne y sont fréquents. Y figurent également des légendes mettant en scène les saints majeurs : sainte Brigitte, à ne pas confondre avec la déesse Brigit, ou saint Patrick, bien que sa vie soit intimement liée à la période préchrétienne. Dans cette seconde partie, les contes des origines sont suivis d’autres contes, qui en reprennent les sujets. Par exemple, à ceux sur l’origine des fées succèdent contes et témoignages présentant leurs pouvoirs ou la façon de se protéger de leurs rosseries.

D’autres thèmes chers aux cœurs irlandais n’ont pas droit à leur conte des origines. Ainsi, la pomme de terre, bien que la croyance veuille que les premières se soient échouées sur le littoral d’Erin après le naufrage de l’Invincible Armada dont les bateaux en transportaient à leur bord, aura, à la place, droit à un poème en son honneur, lequel dit tout de l’enthousiasme qu’elle suscite.

CYCLE MYTHOLOGIQUE

L’UNIVERS

Du dieu-Soleil,Trefuilngid Tre-eochair

Nous, les hommes d’Irlande, étions réunis autour de notre roi, Conaing Bec-eclach. Un jour, nous aperçûmes un homme de haute taille qui s’approchait, venant de l’ouest, au soleil couchant. Il était beau, il avait l’air puissant. Nous nous extasiâmes sur sa magnificence. Ses épaules auraient pu toucher la canopée d’un bois. Entre ses belles et grandes jambes on pouvait voir le ciel et le soleil. Un voile qui étincelait comme le cristal l’enveloppait ; on eût dit un vêtement de lin précieux. Ses sandales étaient taillées dans une matière inconnue. Ses cheveux bouclés couleur de l’or retombaient jusqu’à ses cuisses. Dans la main gauche, il portait des tablettes de pierre votives ; dans la droite, une branche portant des fruits de trois variétés différentes, des noix, des pommes et des glands. C’était le mois de mai, et les fruits étaient verts. Il passa devant nous, puis fit un cercle autour de notre groupe, laissant traîner derrière lui sa branche de cèdre d’or aux multiples couleurs. L’un de nous lui adressa la parole :

– Viens et entretiens-toi avec notre roi, Conaing Bec-eclach.

– Que désirez-vous savoir de moi ? se contenta-t-il de répondre.

– D’où viens-tu, et où te rends-tu ? Quel est ton nom ? Et quel est ton surnom ?

– Je viens du crépuscule, et je me rends au levant. Mon nom est Trefuilngid Tre-eochair.

– Pourquoi t’a-t-on donné ce nom ?

– Rien n’est plus simple. C’est parce que je suis celui qui fait se lever le soleil et celui qui le fait se coucher.

– Et qu’est-ce qui t’a conduit en son coucher si c’est en son lever que tu dois être ?

– Un homme fut torturé – cet homme fut crucifié aujourd’hui. Quand, après sa mort, il passa parmi ses tourmenteurs, ne brilla aucun rayon. C’est ce qui m’a conduit jusqu’au couchant pour apprendre ce qu’il est advenu du soleil. Cela me fut révélé, et, quand j’ai vu le pays au-dessus duquel le soleil se couchait, je suis venu sur l’île d’Inis Gluairi, dans la baie d’Irrus Domnann, au-delà de laquelle il n’y a plus de terres en direction de l’ouest parce que c’est la demeure du soleil couchant. Tout comme le Paradis d’Adam est la demeure au-dessus de laquelle il se lève.

De la vertu d’Inis Gluairi

Sur Inis Gluairi, au large de la péninsule des Domnann, les corps mis en terre ne pourrissent pas. Leurs ongles et leurs cheveux poussent. Chacun peut y reconnaître le visage de son père et le visage de son grand-père longtemps après leur mort. Pas plus que les corps mis en terre, les viandes non salées ne pourrissent sur Inis Gluairi.

AU COMMENCEMENT

L’Origine du nom Erin,l’Irlande

Eriu, Fodla et Banba étaient les trois filles de Fiachna, fils de Dealbaeth, fils d’Ogma, fils d’Ealathan, fils de Dealbaeth, des Tuatha Dé Danann. Quand les Milésiens, fils de Mil Espaine, arrivèrent en vue des côtes irlandaises, les Tuatha Dé Danann utilisèrent leurs dons druidiques pour que la région n’apparaisse pas à leurs yeux comme une terre ou une île, un territoire ou un pays. Les fils de Mil circumnaviguèrent trois fois autour de l’Irlande, jusqu’à ce qu’ils jettent l’ancre à Inbher Stainghe. C’était un jeudi, un jour avant les calendes de mai, le dix-septième jour du mois, la veille de Beltaine, la fin de la saison sombre. Au bout de trois jours, ils atteignirent Sliabh Mis, où ils rencontrèrent Banba. Amergin lui demanda son nom. Elle répondit :

– Banba. Ce pays porte mon nom. Je vous le demande comme une requête : qu’il en demeure ainsi.

Sa requête lui fut accordée.

À Eblinne, les fils de Mil rencontrèrent Fodla. Le poète Amergin lui demanda son nom. Elle répondit :

– Fodla. Ce pays porte mon nom. Je vous le demande comme une requête : qu’il en demeure ainsi.

Sa requête lui fut accordée.

À Usnech de Midhe, les fils de Mil rencontrèrent Eriu, qui leur dit :

– Guerriers, bienvenue ! Cela fait longtemps que la prophétie m’a parlé de vous. Les vôtres sont ici pour toujours. Il n’y a pas plus bel endroit, plus belle île ailleurs dans le monde. Il n’y a personne plus parfait que vous dans le monde.

– Tu dis vrai, répondit Amergin.

– Ne la remercie pas, intervint Donn. Remercie nos dieux et notre puissance.

– Tu n’obtiendras rien, et tes enfants n’obtiendront rien, répliqua Eriu, si mon nom n’est pas celui de l’île.

– Il sera son nom pour toujours, promit Amergin. Son nom sera Eriu.

Le Poème d’Amergin,le premier barde, en l’honneur de l’Irlande

De tous les Milésiens, le barde Amergin fut le premier à poser le pied sur le sol irlandais. Ce faisant, il chanta :

Je suis le vent du large,

Je suis la vague marine,

Je suis le taureau de sept batailles,

Je suis l’aigle sur le rocher,

Je suis l’éclat du soleil,

Je suis les plus belles des plantes,

Je suis le sanglier sauvage et fort,

Je suis le saumon dans la douceur de l’eau,

Je suis le lac dans la plaine,

Je suis le mot de la connaissance,

Je suis la pointe de lance dans la bataille,

Je suis le dieu allumant la flamme dans la tête des hommes.

Qui répand la lumière par les collines ?

Qui peut dire l’âge de la Lune ?

Qui peut nommer le lieu où le Soleil prend du repos ?

Cessair et Banba

Cessair, fille de Bith, fils de Noé, débarqua en Irlande quarante jours avant le Déluge. Partholon, fils de Sera, trois cents ans après le Déluge. Nemed, fils d’Agnomain, Grec de Scythie, trente ans après Partholon. Les Fir Bolg, et les Fir Domnann, et les Gailioin, vinrent après. Les Tuatha Dé Danann après. Les fils de Mil après, ainsi que le dit le poète Fintan.

Il se dit dans le livre de Druim Snechta que vint en Irlande après la création du monde et avant le Déluge une femme nommée Banba. C’est d’elle que l’Irlande tient l’un de ses noms : Banba. Elle y débarqua avec trois fois cinquante filles et trois hommes. Ladra, l’un des trois hommes, fut le premier à mourir en terre d’Irlande. Ard Ladrann porte son nom. Banba et les siens restèrent quarante ans sur l’île. Puis la maladie les frappa et tous moururent en un laps de temps de huit jours.

L’Irlande demeura deux cents ans sans qu’aucun être humain ne foule son sol, puis s’abattit le Déluge. Pendant un an et quarante jours l’Irlande fut submergée par les flots. Au bout de trois cents ans, Partholon s’empara de l’Irlande. Il s’y établit pendant cinq cents et cinquante ans, jusqu’à ce que les Fomoires cynocéphales l’en chassassent. Aucun des enfants de Partholon ne survécut. Après quoi, trente ans durant, ne demeura plus un seul être humain en Irlande.

Il se dit aussi que trois hommes : Capa, Luasad et Laigne, avaient mis le cap sur l’Irlande avant le Déluge. Mais ils n’y auraient pas posé le pied. Ils étaient venus pour pêcher. Le vent les avait poussés d’Espagne jusqu’en Irlande. Ils décidèrent de rentrer en Espagne pour chercher leurs femmes dans le but de s’y installer. Mais, alors qu’ils faisaient voile, le Déluge les surprit et les engloutit à Tuad Inbir.

Mais c’est bien Cessair, fille de Bith, fils de Noé, qui débarqua en Irlande la première, quarante jours avant le Déluge.

La raison ? Fuir le Déluge ! Car Noé, qui avait refusé qu’elle monte à bord de l’arche, lui avait dit :

– Pars, fuis vers la frontière ouest du monde : il est possible que le Déluge ne l’atteigne pas.

Après quoi, un mardi, le quinze du mois, depuis l’île de Meroe, elle remonta le Nil. Elle resta dix ans en Égypte. Elle voyagea vingt jours en mer Caspienne. Et mit vingt jours à rallier la mer Cimmérienne. Elle resta un jour en Asie Mineure, puis rallia la mer Torrienne. Un voyage de vingt jours la conduisit dans les Alpes. Il lui fallut neuf jours pour aller en Espagne. Et neuf autres jours pour gagner l’Irlande. Elle accosta un samedi, le cinquième jour du mois.

Cessair et ses équipages – trois bateaux constituaient sa flotte – jetèrent l’ancre à Dun na mBarc, territoire de Corco Duibne. Deux des bateaux sombrèrent. Cessair, cinquante filles ainsi que trois hommes échappèrent au naufrage : Bith, fils de Noé, en l’honneur de qui fut nommé le Sliab Betha – c’est là qu’il fut enterré, sous le grand tumulus de pierres, le cairn de Sliab Betha ; Ladra, le capitaine, qui donna son nom au Ard Ladrand – il fut le premier mort à être enseveli dans le sol d’Irlande ; Fintan, fils de Bochra, dont la tombe, la tombe de Fintan, se trouve à Tul Tuinde. Cessair mourut à Cul Cessrach, dans le Connacht, avec les cinquante filles venues avec elle.

Partholon

L’Irlande resta un désert durant deux cent soixante-dix-huit ans jusqu’à ce que Partholon, fils de Sera, fils de Sru, n’y accoste. Il est le premier à avoir pris pied en Irlande après le Déluge, un jeudi, le quatorze du mois, à Inber Scene. Partholon descendait de Magog, fils d’Iafeth. Quand Partholon prit pied en Irlande, Abraham avait soixante ans.

Trois chefs l’accompagnaient : son fils Laiglinne, qui donna son nom au lac Laiglinne ; Slanga et Rudraige, deux autres fils de Partholon, qui donnèrent leur nom au cairn de Slanga et au lac Rudraige. Le lac se forma quand la tombe de Rudraige fut creusée.

Partholon était en Irlande depuis sept ans quand mourut le premier de ses hommes, Fea, qui fut enterré à Mag Fea.

Trois ans plus tard, éclata la première guerre, durant laquelle Partholon remporta la victoire, à Slemna de Mag Itha, sur Cichol Clapperleg, du peuple des Fomoires, des hommes qui n’avaient qu’un bras et une jambe.

Quatre plaines furent éclaircies par Partholon. Parce qu’il n’y en avait qu’une avant son arrivée, celle-ci fut nommée la Vieille Plaine. Aucune branche, aucune brindille n’y a jamais poussé.

C’est là que mourut Partholon, en même temps que cinq mille hommes et quatre mille femmes, emportés par la peste, aux calendes de mai. Un lundi, la peste les emporta ; un homme en réchappa : Tuan, fils de Starn, fils de Sera, neveu de Partholon. Grâce à Dieu, il eut de nombreuses renaissances. Cet homme survécut, seul, du temps de Partholon jusqu’au temps de Finn mac Cumhaill, jusqu’au temps de Colomban. C’est lui qui leur narra les Occupations de l’Irlande depuis le temps de Cessair, la première. Et c’est Tuan, fils de Cairell, fils de Muiredach Muinderg, qui chanta :

Au tout début,

Ce sont quatre fils de Partholon

Qui divisèrent l’Irlande :

Er, Orba, Fergna, Feron,

Il y avait aussi quatre autres hommes, leurs homonymes,

Parmi les fils de Mil.

D’Ath Cliath de Laigen jusqu’à Ailech Neil fut la division d’Er.

D’Ath Cliath jusqu’à l’île d’Ard Nemid fut la division d’Orba.

D’Ailech jusqu’à Ath Cliath de Medraige fut la division de Feron.

D’Ath Cliath jusqu’à Ailech Neit fut la division de Fergna.

Ainsi quatre fils de Partholon firent-ils la première division de l’Irlande.

Nemed

Trente ans après l’épidémie de peste qui avait emporté le peuple de Partholon, Nemed, fils d’Agnomain, descendant des Grecs de Scythie, débarqua en Irlande. Macha était le nom de sa femme. Elle mourut le douzième jour après que le peuple de Nemed eut atteint l’Irlande. Elle fut la première d’entre eux à y mourir.

Quatre lacs parurent du temps de Nemed : le lac Cal, le lac Muireamhar, le lac Dairbrech et le lac Ainninn. Deux châteaux furent bâtis : Cinn Eich et Ciombaeith. Douze plaines furent éclaircies. Nemed remporta trois batailles contre les Fomoires.

Nemed mourut de la peste, en même temps que trois mille de ses compagnons, dont ses champions et ses chefs de clan. C’est pourquoi les survivants subirent le joug des Fomoires. Après moult révoltes, ils finirent par se réfugier dans la province de Munster.

La Fondation de Tara

Les Fir Bolg arrivèrent en Irlande en l’an 3266 avant Notre Seigneur. Peu après, leurs chefs, bien qu’ils aient accosté en différents points du rivage, trouvèrent le moyen de se retrouver. Ils cherchèrent un point central, un lieu agréable, où se réunir pour inventorier leurs forces. Leur choix se porta sur une verte colline, Druim Cain, la « Belle Éminence », ou Tara. Ils y installèrent le siège de leur gouvernement. Les cinq chefs, Gann, Genann, Rudraige, Sengann et Slanga, divisèrent l’Irlande en cinq territoires, un pour chacun, sur lesquels ils dispersèrent leur peuple.

Les Fir Bolg régnèrent durant trente-six ans, c’est-à-dire jusqu’en l’an 3303 avant Notre Seigneur, alors que Eochaidh, fils d’Erc, en était le roi.

Ce qui appartient en propre aux cinq territoires d’Irlande

Lors de sa venue à l’assemblée des hommes d’Irlande qui se tenait chez le roi Conaing Bececlach, Trefuilngid tre-oechair interrogea le poète Fintan.

– Ô, Fintan, comment fut partagée l’Irlande et que renferme chaque partie ?

– Le savoir se trouve dans l’Ouest, le combat dans le Nord, la prospérité dans l’Est, la musique dans le Sud, et le Royaume de Tara est au centre.

– Tu es un excellent historien, commenta Trefuilngid.

– L’Irlande est ainsi et ce, pour toujours : son savoir, son fondement, son enseignement, son alliance, son tribunal, ses chroniques, ses conseils, ses histoires, son Histoire, sa science, sa beauté, sa modestie, sa générosité, son abondance, sa santé appartiennent à l’Ouest. Ses batailles, ses conflits, sa hardiesse, ses lieux sauvages, ses querelles, son arrogance, son absence de rentabilité, son orgueil, ses captures, ses agressions, sa brutalité, ses guerres, ses disputes appartiennent au Nord. Sa prospérité, sa subsistance, ses ruches, ses joutes, ses faits d’armes, ses chefs de famille, ses nobles, ses merveilles, ses coutumes, ses bonnes manières, sa splendeur, son abondance, sa dignité, sa force, sa santé, ses biens mobiliers, son art, ses vêtements, ses trésors, son satin, sa serge, sa soie, ses tissus, ses tissus vert chatoyant, son hospitalité appartiennent à l’Est. Ses cascades, ses kermesses, sa noblesse, ses propriétaires, sa science, sa subtilité, ses musiciens, ses mélodies, ses chansons, sa sagesse, son honneur, sa musique, son érudition, son enseignement, son art de la guerre, son jeu de plateau – le fidchell –, sa véhémence, son acharnement, son art poétique, son art du plaidoyer, son humilité, son code, sa retenue, sa fertilité appartiennent au Sud. Ses rois, ses régisseurs, ses primats, sa stabilité, sa constitution, ses appuis, ses anéantissements, son art de la guerre, son art de l’attelage, son armée, sa principauté, sa haute royauté, son art poétique, son hydromel, sa libéralité, sa bière, sa renommée, sa gloire, sa prospérité appartiennent au Centre.

Le Dernier Roi des Fir Bolg

Le roi des Fir Bolg Eochaidh, fils d’Erc, régna dix ans. Il fut tué par les lances de Cesarb, Luamh et Luachra, fils de Nemed, fils de Badrai, des Tuatha Dé Danann. Eochaidh, fils d’Erc, avait été un bon roi. En son temps, il ne pleuvait jamais. Seule la rosée tombait sur terre. Il n’y eut pas une seule année de son règne sans que les arbres portent leurs fruits. Le mensonge avait déserté l’Irlande. Sous ses ordres, la justice et la loi n’étaient pas de vains mots.

L’Arrivée desTuatha Dé Danann

Les Tuatha Dé Danann, le peuple des dieux de la déesse Danu, vint du nord jusqu’en Irlande par le chemin brumeux des airs.

Ils étaient originaires de quatre cités : Falias, la magnifique ; Gorias, la lumineuse ; Finias ; et Murias, la richissime, qu’ils quittèrent pour le sud.

Dans chacune des quatre cités, les jeunes gens suivaient l’enseignement de quatre sages. Celui de Senias à Murias ; celui d’Arias, le poète aux beaux cheveux, à Finias ; celui d’Urias, à la noble nature, à Gorias ; celui de Morias à Falias.

Les quatre sages apportèrent avec eux les quatre trésors des quatre cités : la pierre de vertu de Falias, Lia Fail, la Pierre de la Destinée ; l’épée de Gorias ; la lance de Finias, toujours victorieuse ; le chaudron de Murias.

À l’époque de la venue des Tuatha Dé Danann, Nuada était leur roi. Mais Manannan, fils de Lir, fut plus fameux encore. Parmi les autres chefs, il y avait Ogma, frère du roi, qui leur apprit à écrire, et Diancecht, le guérisseur ; et Neit, dieu de la Guerre, et Credenus, l’artisan, et Goibniu, le forgeron. Parmi les femmes du plus d’importance il y avait Badb, la déesse de la Guerre ; et Macha, qui se nourrissait des têtes des hommes tombés à la bataille. Et la Morrigu, le Corbeau de la Guerre ; et Eriu, Fodla et Banba, les filles du Dagda, qui toutes trois donnèrent leur nom à l’Irlande. Et Eadon, la nourrice des poètes.

Et Brigit, la poétesse, qui connaissait les secrets de la guérison et ceux de la forge. Elle fut la première à créer un sifflet qui avertissait des dangers dans les profondeurs obscures de la nuit. D’un côté, son visage n’était qu’horreur ; de l’autre, charme et beauté. Breo-saighit, son nom, voulait dire Flèche ardente.

Mais, la plus grande, c’était Danu, la Mère des dieux.

Les trois choses que les Tuatha Dé Danann vénéraient par-dessus tout étaient Cecht, la charrue, Grian, le soleil, et Coll, le noisetier.

Ils parvinrent en Irlande le premier jour de Beltaine, le premier jour de mai. C’était dans le nord-ouest du Connacht. Les Fir Bolg, leurs prédécesseurs, ne virent pas arriver les Tuatha Dé Danann, qui se cachaient dans la brume alanguie sur les collines…

LES JOURS, LES MOIS, LES SAISONS

Le Premier Mai

À l’aurore du premier jour de mai, alors que le soleil s’avance vers le solstice d’été, O’Donoghue, le héros sous le règne duquel la terre connut l’Âge d’or, monte des profondeurs du lac de Killarney en compagnie des elfes étincelants. Tout à sa joie et à sa magnificence, chevauchant un étalon à la blancheur de lait, O’Donoghue mène le train fastueux à la surface des eaux. La vision n’a qu’un sens : la contrée est bénie.

Bienheureux le témoin d’une telle apparition !

LES ÉLÉMENTS

Le Premier Feu

Mide, fils de Brath, fils de Deoth, fut le premier à allumer un feu en Irlande, pour les clans de Nemed. Durant six ans, il ne s’éteignit pas. À partir de ce feu furent allumés tous les autres. C’est pourquoi les successeurs de Mide ont droit à un sac de grains et à un cochon né dans chaque grande maison d’Irlande.

Magiciens et enchanteurs avaient déclaré :

– Ce feu est diabolique (mi-dé). Pour nous, c’est un malheur qu’il fût allumé ici.

C’est pourquoi Mide ordonna qu’on rassemble les magiciens en un seul lieu et qu’on leur coupe la langue, que Mide mit en terre, sous un monticule sur lequel il s’assit.

Pourquoi l’écho est-il surnommé « la déception »

L’un des guerriers de Finn mac Cumhaill avait été sévèrement blessé au combat. Les collines alentour résonnaient de ses hurlements de douleur. Ses cris parvinrent aux oreilles de sa sœur, dont la demeure se dressait près d’un lac. Reconnaissant la voix de son frère, elle se jeta à l’eau pour lui porter secours. Durant des heures, se fiant à l’écho des appels plaintifs poussés par le guerrier, elle nagea en rond, incapable de décider de la direction à prendre, jusqu’à ce qu’épuisée la malheureuse finisse par couler.

LES CRÉATURES SURNATURELLES

L’Origine des fées (I)

Des anciens Tuatha Dé Danann, qui régirent jadis l’Irlande avant d’être défaits par les Milésiens, les fées sont les rescapées.