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"Contretemps et autres nouvelles" déploie trente récits comme autant d’éclats de vie où l’ordinaire bascule vers l’inoubliable. Du navigateur défiant la tempête à l’avocat face au vertige du mal, ce recueil nous plonge dans un kaléidoscope d’émotions vibrantes. On y croise une cliente audacieuse jouant avec l’administration ou un chauffeur de taxi bouleversé par une rencontre, chaque page révélant une humanité saisissante. Entre humour, suspense et mélancolie, ces trajectoires s’entrelacent pour surprendre le lecteur au détour de dénouements inattendus.
/À PROPOS DE L'AUTRICE
Sylvie Ollivier a suivi un parcours éclectique, exerçant divers métiers avant de se consacrer pleinement à ses deux passions : l’écriture et la peinture. Récompensée à deux reprises pour ses nouvelles, elle puise son inspiration dans ses nombreux voyages et expériences à travers le monde.
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Seitenzahl: 204
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Contretemps
et autres nouvelles
La petite Lili et autres nouvelles, septembre 2024
Oscar et autres nouvelles, mars 2025
Sylvie Ollivier
Contretemps
et autres nouvelles
© Le Lys Bleu Éditions, Paris, 2026
www.lysbleueditions.com
ISBN : 979-10-437-0237-2
Le monde de la réalité a ses limites ;
le monde de l’imagination est sans frontières
Jean-Jacques Rousseau
J’ai toujours aimé et apprécié « l’Art de la Nouvelle ». Il n’est pas donné à tout le monde de s’adonner à ce genre qui peut sembler a priori facile, peu exigeant. Rien n’est plus faux.
L’art de la nouvelle demande un esprit particulier à l’auteur ; une façon d’être à la fois concis et pourtant capable de créer un univers entier, un monde dans lequel entraîner le lecteur à « pas de loup », au fil d’une histoire où deviner la fin semble presque impossible tant elle reste ouverte à l’imaginaire de celui ou celle qui l’aborde. J’emploie le terme « aborder » à dessein, car on aborde une nouvelle avec, à chaque fois, une sorte de gourmandise, d’appétit, de curiosité. On aborde le récit, comme on accoste le rivage d’une « île » à explorer, à découvrir.
Tous les ans, ou dès que j’en ai la possibilité, ou l’envie, je relis Le Horla, que l’on doit à la plume de Guy de Maupassant, édité en 1887. J’en connais la fin et pourtant, je relis cette nouvelle avec le même enthousiasme. L’intérêt d’une nouvelle réside autant dans son déroulement, autant ou plus que dans sa chute, son dénouement. Il y a un plaisir quasi charnel à se plonger dans le récit, un récit riche de détails, d’impressions, de chemins de traverse.
Sylvie Ollivier maîtrise à merveille ce genre littéraire. On sent dès les premières phrases son désir profond de nous prendre par la main, de nous attirer dans son jardin secret. Sa prose élégante, mais non alambiquée, danse sur la page et nous invite à nous y accrocher, à nous y perdre avec volupté.
Bon voyage dans son univers et merci à elle de participer à faire vivre « l’Art de la Nouvelle ».
Fabienne Thibeault
Chevalier de la Légion d’honneur
Commandeur du Mérite agricole
Aujourd’hui était un grand jour pour Justin. Il allait interviewer la grande et célèbre Lady Gaga, à dix heures ce matin. Il n’était pas énervé, mais plutôt tout excité à l’idée de cette rencontre. Il avait réglé le réveil de son mobile bien en avance, afin de pouvoir prendre son temps pour arriver à son rendez-vous, et déguster un café en relisant ses notes. Il avait bien préparé ses questions depuis plusieurs jours, et était content de lui. Rien de fâcheux ne devait ternir cet entretien, et encore moins une mauvaise préparation de sa part.
Après avoir endossé son plus beau costume, il avait pris un léger petit déjeuner et se dirigeait à présent vers la porte de son appartement. Mais quand il voulut retirer la clé qu’il avait laissée dans la serrure, comme à son habitude, elle se cassa net au moment où il voulut la ressortir.
Pas le temps d’appeler un serrurier, il fallait partir. Il s’occuperait de savoir comment il allait rentrer chez lui ce soir, un peu plus tard. Sans doute dans l’excitation de sa journée spéciale, avait-il été un peu brusque, ou avait-il été trop vite pour enlever la clé, dans tous les cas, le résultat était une clé cassée, coincée dans la serrure.
Il claqua donc simplement la porte, et partit prendre l’ascenseur, pour sortir de son immeuble. Il n’avait pas de temps à perdre.
Arrivé dans la rue, il se dirigea vers le RER. La foule des petits matins de semaine était là, pressée par le temps et les obligations. Il s’engouffrait dans le hall, quand il entendit un message émis dans la station. En raison d’un incident sur la ligne, le service est interrompu. Nous vous conseillons de consulter notre site internet ou notre application pour connaître les lignes impactées et les alternatives de transports disponibles. Nous vous remercions de votre compréhension et nous vous prions de nous excuser pour ce désagrément.
Justin ne réfléchit pas longtemps, juste quelques secondes, puis se précipita vers la station de taxis, située à l’extérieur de l’entrée de la gare. Mais bien sûr, il n’était pas le premier à avoir eu cette idée. Une petite file, d’une dizaine de personnes qui attendaient leur tour, s’était déjà formée. Justin prit son mal en patience. Puis, enfin, au bout d’un certain temps, il put monter dans un taxi, en lui indiquant la destination de son important rendez-vous professionnel.
La circulation était déjà très dense, et Justin commençait à stresser, malgré le temps d’avance pris par précaution. Le taxi roulait prudemment, avec une aisance qui démontrait une bonne expérience de la conduite en région parisienne de la part du chauffeur. Justin, pour s’occuper, relut ses notes et corrigea quelques phrases pour être plus accrocheur au niveau de ses questions.
Mais soudain, il fut, malgré sa ceinture de sécurité, projeté sur le côté droit de la banquette, contre la portière, à l’arrière du taxi. Malgré la bonne conduite du chauffeur, un véhicule venant de la gauche était entré en collision avec son taxi. Rien de grave, juste des problèmes de carrosserie, mais il fallait que le chauffeur fasse un constat avec le conducteur qui venait d’occasionner l’accident.
Justin n’avait pas le temps d’attendre. Il était à présent rentré dans Paris, mais était encore loin de sa destination finale. Réglant le chauffeur pour la partie effectuée de la course, il se mit en quête de la station de métro la plus proche. Il était à la hauteur du Pont de Neuilly et devait aller à la Porte de Saint-Cloud. En étudiant le plan affiché à l’extérieur de la station de métro, il vit que beaucoup trop de stations et de changements l’attendaient. Ce serait trop long et trop compliqué, cela lui prendrait trop de temps.
Alors, il décida de reprendre un taxi pour finir son trajet. Mais, pas de station de taxis à l’horizon. Donc, il en appela un, grâce à son mobile, et l’attendit sur le bord du trottoir. Le deuxième taxi fut assez rapide à arriver, au grand soulagement de Justin, car le temps passait vite, les minutes s’écoulaient comme si le temps avait changé de rythme et s’était emballé.
Arrivé sain et sauf sur son lieu de travail, mais, de plus en plus stressé, Justin sortit du véhicule, et comme par malchance, reçut un excrément de pigeon, juste sur l’épaule gauche de son beau costume bleu. Décidément, le sort s’acharnait sur lui. Lui qui pensait que ce serait un des plus beaux jours de sa vie, la journée avait très mal commencé.
En rentrant dans l’immeuble, il se dirigea directement dans les toilettes pour aller nettoyer les souillures du pigeon indélicat. Il retira avec précaution sa veste, prit un papier pour enlever le plus gros du dépôt de l’oiseau, puis frotta avec de l’eau la tache blanche qui persistait. Enfin, il réussit à la faire entièrement disparaître et sécha sa veste sous le sèche-mains. Il en profita pour regarder sa tête dans le miroir au-dessus du lavabo. Il pensait être rouge de rage, car son front suait à grosses gouttes, mais, en fait, il était blanc comme un linge. Il remit sa veste de costume encore un peu humide, et alla appeler l’ascenseur.
Le temps s’était écoulé si rapidement qu’il était déjà dix heures et dix minutes à sa montre. Faire attendre une célébrité comme Lady Gaga, risquait de lui coûter sa place, lui qui pourtant, avait pris toutes les précautions nécessaires pour arriver bien avant l’heure du rendez-vous.
Quand il sortit de l’ascenseur, il se dirigea directement devant la star. Il remarqua que toutes les personnes sur son passage le regardaient en le fusillant du regard.
En l’attendant, Lady Gaga, arrivée en plus un peu en avance, avait déjà bu deux cafés pour patienter.
Justin était très mal à l’aise et encore le visage un peu humide de sueur. Tout le stress qu’il avait vécu depuis le départ de son appartement lui avait enlevé son côté charmeur légendaire. Il avait du mal à trouver ses mots, à construire ses phrases, et devant la tête peu chaleureuse de la star, il perdait complètement ses moyens.
Lady Gaga se rendit compte de l’état de stress de son interviewer, et par compassion, se radoucit un peu pour le détendre. Elle lui trouvait beaucoup de charme, malgré son front perlé de sueur, ses mots bafouillés et son air de chien battu. Il lui rappelait l’acteur Hugh Grant dans « Quatre mariages et un enterrement » ; bref le même charme auquel aucune femme ne peut résister.
Justin continuait son interview malgré son handicap, et, comme il l’avait bien préparé, ce dernier était très intéressant et percutant. Lady Gaga se prit au jeu et répondit le plus sincèrement possible à ses questions de fond, sympathiques, originales et intelligentes.
Il réussit même à la faire rire plusieurs fois, au grand bonheur de son directeur de chaîne. L’interview serait retransmise en différé, mais il n’y avait qu’une seule prise, vu l’agenda très serré et compliqué de la star internationale. Donc, il ne fallait surtout pas la rater, la notoriété de la chaîne en dépendait, et il en était conscient. Tout le poids de cet enjeu reposait sur lui.
Justin finit sa rencontre avec la star presque dans son état normal. Il avait récupéré son aisance, son sens de l’à-propos et sa dextérité de journaliste. Il était si impliqué dans son travail, que ses soucis du début de la journée s’étaient effacés le temps de la conversation avec la grande artiste. Il avait retrouvé son savoir-faire habituel.
À la fin de l’interview, Lady Gaga le remercia pour ses questions pertinentes, qu’aucune personne ne lui avait encore posées. Le courant passait très bien entre les deux personnages, et elle n’avait pas l’air d’être pressée de partir, malgré les engagements professionnels qu’elle avait pour le reste de la journée. Elle insista même pour lui dire que s’il avait une autre opportunité, elle serait ravie de le revoir et de discuter à nouveau avec lui.
Le directeur de la chaîne n’en croyait pas ses oreilles. Lui qui était en colère à l’arrivée de Justin, jubilait devant les compliments de la grande star vis-à-vis de son journaliste.
Lady Gaga alla même jusqu’à s’inquiéter de la cause du stress de Justin, en arrivant au studio d’enregistrement. Et il lui répondit tout simplement, avec beaucoup d’élégance :
Dans le fin fond de la campagne française, dans la région dijonnaise, en Bourgogne–Franche-Comté, vivait un petit rat des champs. Il avait choisi d’élire son domicile dans une vieille ferme isolée, toute en vieilles pierres typiques, occupée par un couple de fermiers âgés. Ils possédaient encore quelques bêtes, et un peu de terres, juste pour subvenir à leurs besoins.
Le petit rat des champs s’était très vite fait des amis à la ferme. Il y avait une poule, un mouton et une vache, notamment, dont il appréciait beaucoup la compagnie. Régulièrement, il allait discuter avec eux, ou leur demandait leur avis sur plein de sujets. Il se promenait un peu partout dans toute la ferme, sans problème, même si parfois, la fermière se mettait à hurler et à courir partout en le voyant. Il affectionnait surtout vivre dans la salle à manger, où il avait un nid, son petit terrier. C’était un poste d’observation très intéressant, car parfois quelques miettes ou autres choses tombaient de la table.
Mais un jour, la fermière, en ayant assez de voir ce petit rat des champs passer devant elle, de pièce en pièce, demanda à son mari d’acheter des pièges à souris. Quand le jeune rat vit les tapettes à souris sur la table de la salle à manger, il prit peur et alla chercher de l’aide auprès de ses amis.
Il alla d’abord voir la poule.
Le pauvre petit rat était bien déconfit devant la réponse de la poule. Alors, il alla rendre visite à son ami le mouton.
Le rat des champs comprit alors qu’il n’allait pas l’aider. Il courut voir la vache. Elle était en train de manger, tranquillement dans l’étable. Elle était grande et forte et connaissait très bien le fermier. Elle, elle pourrait l’aider, sans aucun doute.
Le petit rat, lui aussi, était bien désolé. Aucun de ses amis ne pouvait faire quoi que ce soit pour lui, juste des conseils, ce n’était pas beaucoup.
Alors, il rentra avec beaucoup de précautions dans son trou de souris, dans la salle à manger. La vache avait raison. Le fermier avait placé un beau morceau de fromage, bien en évidence, et la tapette était prête à se refermer dès qu’on l’effleurerait.
Le petit rat passa une très mauvaise nuit. Il était terré dans son trou, n’osant pas bouger d’un centimètre, en ayant l’odeur enivrante du fromage juste à l’entrée de sa cachette, et à quelques centimètres de son museau. Une vraie torture.
Mais dès que le jour arriva, il se précipita pour aller passer la journée dehors et décida de ne rentrer que le soir au souper, juste avant la tombée de la nuit. Dehors, il ne risquait pas de tomber sur une tapette. Il les avait toutes repérées, méticuleusement, dans tous les endroits de la maison, et savait où le fermier les avait déposées.
Quand il rentra le soir, la maison était anormalement très calme. La table était mise, mais le couple de fermiers ne dînait pas. Ils avaient abandonné la table au milieu du repas, et se trouvaient tous les deux dans la chambre. À la place, il vit, gisant sur le sol, la tapette fermée avec un bout de queue de serpent dedans. Le corps du serpent gisait un peu plus loin, avec sa tête coupée juste à côté. C’était une belle vipère aspic, sans doute un mâle, car ses couleurs étaient assez contrastées. Sa peau était beige avec des ornements variant du brun au noir, en forme de zigzag sur le dos. Sur les flancs blancs, on pouvait apercevoir de petites taches. Sa tête plate et triangulaire était terminée par un museau retroussé, mais sans corne. Ses pupilles, quant à elles, étaient d’un beau noir de jais.
Le morceau de fromage, lui, avait été éjecté, et avait atterri à l’entrée de son petit logis. Il prit le bout de gruyère et le transporta à l’intérieur de sa cachette, pour le déguster tranquillement pendant la nuit. Ensuite, tout en grignotant son butin, il essaya de comprendre ce qui était arrivé, pendant son absence, à ce terrible reptile. Il avait toujours eu peur de se retrouver face à face avec cette espèce, qui n’aurait fait qu’une bouchée de lui. Mais là, c’était le serpent qui avait été pris au piège à sa place, et lui avait en quelque sorte sauvé la vie.
En fait, le couple de fermiers était en train de dîner, quand une vipère aspic, rentrée on ne sait comment dans la maison, sans doute par les fissures situées dans les grosses pierres du mur, effleura la tapette avec sa queue. Ni une, ni deux, la tapette se referma d’un coup sec, avec violence, et coupa la queue du serpent. La pauvre bête se tordit de douleur et sauta instinctivement sous la table, dans les jambes de la fermière. Elle lui mordit le mollet jusqu’au sang. Le fermier n’eut pas le temps de s’interposer entre sa femme et le reptile. Par contre, il eut le réflexe de prendre un couteau et de lui couper la tête sur-le-champ. Mais le mal était fait. La fermière, morte de peur et souffrant atrocement, se leva d’un bond en criant et en courant dans toute la pièce, puis dans la cuisine, et les autres salles à proximité. Son mari arriva, tant bien que mal, à la calmer. Ensuite, il la coucha en lui donnant un antidouleur, puis apposa des compresses de désinfectant pour soigner sa blessure.
La fermière passa une très mauvaise nuit, faite de souffrances, de cris et de fièvre. Le lendemain, en fin de matinée, son mari appela enfin le médecin. Mais il était déjà un peu tard. Le venin était monté dans la jambe et commençait à se diffuser dans tout le corps. La pauvre femme souffrait horriblement, et le médecin n’était pas très confiant quant à son rétablissement.
Le fermier ne savait plus quoi faire pour aider et soulager sa femme. Il tua la poule pour lui faire une bonne poule au pot, avec un bon bouillon bien chaud et réconfortant aux vermicelles, et de bons légumes du jardin, pour la remettre en forme. Mais rien n’y fait. On pouvait voir, sur la jambe de la pauvre femme, la marque des crochets, deux points rouges distants d’un centimètre, avec un suintement sanguinolent. Puis, après quelque temps, un gros œdème gonfla sa jambe et une nécrose localisée apparue.
La femme du fermier mourut quelques jours après.
Le fermier décida de lui faire un bel enterrement, car il avait beaucoup d’affection pour sa femme. Il invita toute la famille, les amis et voisins. Pour ce faire, il dut tuer le mouton pour nourrir ses convives.
Le lendemain, il fit ses comptes. Il avait dépensé beaucoup d’argent ces derniers temps, avec le décès de sa femme. Avec le médecin, le cercueil, la messe et les funérailles, il n’avait plus beaucoup d’argent pour vivre, même pour lui tout seul. Alors, il emmena la vache pour la vendre aux abattoirs, pour avoir un peu de liquidités d’avance, pour vivre, tout simplement.
Ensuite, il retira tous les pièges à souris dispersés dans toute la maison. Cela lui rappelait trop de mauvais souvenirs.
Le petit rat des champs put ainsi revivre, comme avant, tranquillement dans la ferme, mais sans la présence de ses trois amis.
S’il y avait une morale à cette histoire, c’est sans doute que lorsque quelqu’un souffre et cherche de l’aide, il ne faut pas détourner le regard sous prétexte que son malheur ne nous concerne pas. Tout ce qui touche un seul d’entre nous finit par nous atteindre un jour ou l’autre. Le monde ne souffre pas tant de la cruauté des uns, mais de l’indifférence des autres. C’est en cultivant l’empathie, en tendant la main aux autres, que l’on vient en aide à soi-même.
Sa vie avait été celle d’un homme ordinaire, tranquille : un bon emploi dans une grande entreprise, une maison confortable et un mariage de longue durée. Mais la routine avait engendré un sentiment d’emprisonnement, de lassitude, de frustration. Henri s’était rendu compte qu’il avait encore des rêves, des rêves qu’il avait tirés de ses lectures de récits d’aventures et des histoires de navigateurs intrépides.
Alors, un jour, après une simple tasse de café, il prit une décision radicale. Il allait tout vendre, tout ce qu’il possédait, et acheter un beau bateau. Puis, il partirait à l’aventure lui aussi. Ses amis, perplexes, ne comprenaient pas.
Henri n’avait besoin de l’approbation de personne. Son cœur battait pour l’inconnu, et pour l’aventure que lui réservait la mer.
Il vendit la maison héritée de ses parents, sa jolie voiture, sa belle maison, ses meubles, et même sa collection de montres de marques. Chaque objet vendu lui apportait un sentiment de liberté retrouvé.
Il s’offrit ainsi un voilier majestueux, qu’il nomma « l’Étoile du matin ». Le jour où il prit le large, le regard d’Henri s’illumina. Il avait enfin retiré le poids de la routine et de la stagnation qui l’encombrait.
À bord, il y avait sa femme, qui le suivait dans toutes ses décisions, et un homme qui deviendrait un ami, un marin expérimenté, qui l’accompagnait pour l’aider à diriger le bateau. Les premiers jours en mer furent une révélation. Le vent dans ses cheveux, le bruit des vagues contre la coque devenaient sa nouvelle mélodie. Il découvrit des îles, rencontra des pêcheurs et des voyageurs comme lui. Chaque escale était une nouvelle page écrite dans son carnet, rempli de récits d’amitiés et d’émerveillements.
Mais l’aventure n’était pas sans défis. Des tempêtes parfois menaçantes se levaient, mettant à l’épreuve son courage et sa résilience. Une fois, lors d’une tempête, il se remémora tout ce qu’il avait laissé derrière lui. Mais il pensa également à la passion qui l’avait poussé à partir, et il ressentit une profonde gratitude pour la liberté qu’il avait trouvée.
Après des mois en mer, Henri naviguait tranquillement vers Bizerte, en Tunisie, admirant les nuances de bleu de la mer Méditerranée. Il se réjouissait de cette nouvelle escale, espérant goûter à la cuisine locale et rencontrer des habitants chaleureux. Il avait appris que la véritable richesse résidait dans les expériences, les rencontres et la passion. Un soir, alors qu’il levait son verre entouré d’amis venus des quatre coins du monde, Henri comprit qu’il n’avait jamais été aussi vivant. Son cœur, libre comme son voilier, voguait vers l’horizon, à la recherche de nouvelles aventures. Quand on lui demandait ce qui l’avait poussé à prendre une si grande décision, Henri répondait, les yeux brillants :
Bizerte était connue pour être unique. Ancien comptoir phénicien, son origine remontait au premier millénaire av. J.-C., et son architecture témoignait des nombreuses civilisations qui s’y étaient succédé. Le vieux port était un endroit insolite, avec un quai au petit bassin en arc de cercle et entouré de maisons toutes blanches donnant sur l’ancienne cité la Kasbah.
Cependant, à son arrivée au port de Bizerte, la situation prit une tournure inattendue. Alors qu’il accostait, un groupe de policiers lui demanda de monter à bord. Un sentiment de crainte commença à s’emparer de lui, mais il tenta de rester calme. Il savait que son bateau était en ordre, avec tous les papiers en règle.
C’était, selon eux, un contrôle de routine. Il sut, par la suite, que les services de la douane en Tunisie saisissaient souvent des armes sur des bateaux étrangers accostant dans les ports. Par conséquent, ils suspectaient, a priori, des déclarations frauduleuses.
