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Le point sur la dernière énigme du Führer : quelle était sa vie amoureuse ? Le livre qui nous plonge dans l'intimité d'un tyran, sans voyeurisme ou fantasme.
Amoureux des femmes, amateur d'hommes, pervers polymorphe... qui était vraiment Adolf Hitler ?
Était-il impuissant, pervers ou pédophile ? Avait-il des choses à cacher, susceptibles de heurter la bonne morale ou de nuire à son image publique ?
Pourquoi un tel mystère s'est-il créé autour de lui ?
Le livre qui répond à ces multiples questions.
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Seitenzahl: 310
Veröffentlichungsjahr: 2020
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© Editions Jourdan
Paris
http://www.editionsjourdan.fr
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ISBN : 978-2-39009-366-4 – EAN : 9782390093664
Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.
Patrick campiol
dans le cœurDE HITLER
Les amours d’un tyran
Introduction
Si, de nos jours, on n’hésite plus à publier des photos de soi en pleine action sur l’un ou l’autre salon de rencontres éphémères, ou si on participe à des réunions de démonstration d’ustensiles érotiques, ou si on vient confesser la particularité de ses pratiques sexuelles à la télévision ou dans des livres, il n’en fut pas toujours ainsi. Et d’ailleurs, même de nos jours, pour beaucoup d’entre nous, la sexualité est recouverte par le voile de la pudeur, touche à l’intime, à la vie privée et est quelque chose que nous maintenons volontiers dissimulé par le sceau du secret.
Et cela était certainement encore plus vrai au début du XXe siècle en Allemagne. Certes, on parlait d’hygiène de vie, de naturisme, un peu d’homosexualité, mais pour le reste le sexe était un grand tabou. Combien d’entre nous seraient capables d’écrire l’histoire de la vie sexuelle de leurs propres grands-parents ? Pourtant, en menant votre petite enquête vous finiriez bien par trouver quelque trace de cette vie de vos ancêtres. Avec le temps, l’un ou l’autre de vos aïeux finirait peut-être par vous dire que votre grand-mère avait « fréquenté » un tel avant de connaître votre grand-père, ou qu’elle avait le béguin pour tel ou tel soldat pendant ou après la guerre. En fouillant un peu dans les archives familiales, vous trouveriez peut-être un mot doux, voire toute une correspondance amoureuse, quelques photos plus légères sur lesquelles un regard se trahit. Peut-être en cherchant encore plus, quelques cœurs coloriés ici ou là avec des initiales qui vous permettraient de remonter jusqu’aux premières amours d’enfance… Bref, un ensemble de traces de la vie amoureuse et sexuelle de vos grands-parents et, dans le pire des cas, le fait que votre grand-père ait épousé votre grand-mère et qu’ils eurent un ou plusieurs enfants est déjà une preuve en soi, même si peut-être votre grand-père était un homosexuel refoulé ou qu’un autre est en réalité votre vrai grand-père.
On pourrait s’attendre à faire le même genre de découvertes en cherchant à en savoir plus sur la vie amoureuse d’un personnage comme Hitler, mais le constat est simple : il n’existe aucun document témoignant de cette partie de la vie du dictateur allemand. Aucune photo, aucun film de l’époque – et pourtant ce n’est pas ce qui manque – ne nous le montrent embrassant ou tenant la main de l’une ou l’autre demoiselle, rien non plus dans les documents qu’il nous reste de lui, pas le moindre mot d’amour. Rien ! Si ce n’est l’acte de mariage qu’il contracta avec Eva Braun la veille de son suicide.
Le résultat en est que la quête d’éventuelles traces de la vie sexuelle d’Hitler s’avère très rapidement une mission impossible. L’absence de toute preuve directe nous oblige à nous retourner vers les témoins de l’époque qui auraient vu ou entendu quelque chose, ou ceux à qui on aurait rapporté tel fait ou tel propos.
Aucun des témoins de l’époque ne peut être considéré comme fiable, chacun ayant de bonnes ou de mauvaises raisons de soit assombrir le personnage, soit, et plus rarement, de le sublimer. Si une personne a vu cela, il y en a toujours une autre pour affirmer le contraire.
Et puis, il y a tous ceux qui, à défaut d’avoir vu, pensent savoir que ceci ou que cela.
Mais surtout ce vide, donc cette absence de certitude, va être une vraie machine génératrice de fantasmes en tout genre. Et les freudiens, qui ne pouvaient pas laisser passer un tel phénomène sans chercher à l’expliquer, ne vont rien arranger à l’affaire.
C’est tout cela qui va petit à petit créer ce qui est et restera sans doute à jamais la dernière énigme de la vie d’Adolf Hitler : ce que fut réellement sa vie sexuelle.
Ce livre n’est pas un livre à thèse, loin de nous l’envie de vouloir faire la démonstration qu’Hitler fut un hétéro ou un homo, un homme asexué ou le pire des pervers. Si dans la conclusion nous évoquons une piste qui nous semble intéressante à suivre, ça s’arrête là. Vous ne trouverez pas plus dans ces pages de grandes révélations que des scoops exclusifs, l’histoire de l’édification de la vie sexuelle d’Hitler en est déjà suffisamment chargée comme ça que pour en ajouter encore et encore.
Nous avons simplement voulu faire un tour, qui n’a pas la prétention d’être exhaustif, des différents éléments qui ont, à un moment ou un autre, été avancés pour lever cette énigme, mais à chaque fois en vain ou trop légèrement pour qu’elle soit définitivement convaincante.
Si l’on en croit les photos et films de l’époque, on ne peut que constater qu’Hitler semblait apprécier la compagnie de jeunes et jolies femmes, et qu’une partie des femmes allemandes faisaient preuve d’un fervent enthousiasme à chacune de ses apparitions. On sait aussi qu’à la toute fin de sa vie il épousa une certaine Eva Braun. Mais cela suffit-il à faire de lui un homme aimant les femmes ? Nous verrons que la réalité n’est pas aussi claire, même pour Eva Braun, quant à l’existence d’un éventuel commerce charnel avec une femme. Nous irons voir ce qu’il fut dit ou écrit sur la plupart des femmes ou jeunes filles qui furent un jour ou l’autre promues au titre de « maîtresses » ou compagnes potentielles de celui qu’on présenta comme le mari de toutes les Allemandes.
En l’absence de preuve formelle d’une activité hétérosexuelle, il était tout naturel que l’idée d’un Hitler homosexuel fasse son chemin. Nous passerons en revue les principaux éléments qui permirent à certains de soutenir qu’Hitler aurait aujourd’hui plutôt trouvé sa place sur un char lors d’une Gay Pride.
Mais pour d’autres, si on ne peut démontrer qu’Hitler n’aimait ni les femmes, ni les hommes, c’est tout simplement parce qu’il opta pour un ascétisme sexuel. Mais si ascétisme il y a, était-ce vraiment un choix de sa part ? Personnel ou politique ? Ou fut-il dicté par la nature des choses ?
À moins que le silence qui entoure sa sexualité ne soit le fruit d’une volonté de taire la perversion sexuelle qui était la sienne.
C’est un voyage dans l’incertitude, le non-dit, les phrases énigmatiques ou les grandes vérités invérifiables, bref dans l’épais brouillard qui entoure la vie sexuelle d’Hitler, auquel vous invite ce livre. Un voyage au bout duquel il ne vous restera plus qu’à forger votre propre opinion de ce que peut être la réalité cachée derrière cette ultime énigme.
Le mari de toutes les femmes
Hitler avait parfois, avec son entourage, des propos bien arrêtés sur les femmes. Il trouvait par exemple qu’il n’y avait rien de plus beau que de former une jeune fille entre dix-huit et vingt ans car, à cet âge, elles sont malléables comme de la cire, un homme devant être capable d’imprimer sa marque sur toute jeune fille qu’il désire ; celle-ci ne demande d’ailleurs rien d’autre. Ou encore qu’une femme devait être une belle petite chose câline, douce et stupide. Il affirmait aussi que si une fille n’avait pas d’enfant, elle devenait hystérique ou tombait malade. Dans Mein Kampf, il compare la masse aux femmes :
« De même que la femme est peu touchée par des raisonnements abstraits, qu’elle éprouve une indéfinissable aspiration sentimentale pour une attitude entière et qu’elle se soumet au fort tandis qu’elle domine le faible, la masse préfère le maître au suppliant, et se sent plus rassurée par une doctrine qui n’en admet aucune autre près d’elle, que par une libérale tolérance. »
Il observe les femmes et formule de grandes théories à leur égard :
« Aux yeux d’une femme, la plus belle des toilettes perd à l’instant son charme – si elle aperçoit une autre femme qui en porte une semblable. J’en ai vu une quitter subitement l’Opéra à la vue d’une rivale qui venait de pénétrer dans une loge et qui portait la même robe qu’elle. "Quel culot, s’exclama-t-elle, je m’en vais !"
Dans le plaisir qu’éprouve une femme à se parer se mêle toujours un élément trouble, quelque chose de perfide : susciter la jalousie d’une autre femme en faisant étalage d’une chose que celle-ci ne possède point. Les femmes ont ce talent qui nous est inconnu, à nous autres hommes, de savoir donner un baiser à une amie, tout en lui perçant le cœur d’un stylet bien effilé. Vouloir changer les femmes sur ce point, cela ne manquerait pas de candeur. Les femmes sont ce qu’elles sont. Accommodons-nous de leurs petites faiblesses. Et si vraiment il suffit aux femmes, pour être heureuses, de satisfactions de cet ordre, surtout qu’elles ne s’en privent pas ! Je préfère, pour ma part, les voir s’occuper de la sorte plutôt que de s’adonner à la métaphysique. Il n’y a pas de pire calamité que de les voir aux prises avec les idées. Dans le genre, le point de catastrophe est atteint par les femmes peintres, lesquelles n’attachent aucune importance à la beauté – quand il s’agit d’elles-mêmes ! »
Il les regarde avec un œil presque de sociologue, car il lui faut définir leur rôle dans la société nationale-socialiste, leur position face aux hommes.
« L’univers de l’homme est vaste comparé à celui de la femme. L’homme est pris par ses idées, par ses occupations. Ce n’est qu’incidemment qu’il consacre toute sa pensée à une femme. L’univers de la femme, en revanche, c’est l’homme. Elle ne voit pour ainsi dire rien d’autre, et c’est pourquoi elle est capable d’aimer si profondément.
L’intelligence, chez la femme, n’est pas une chose essentielle. Ma mère, par exemple, eût fait piètre figure dans la société de nos femmes cultivées. Elle a vécu rigoureusement pour son mari et pour ses enfants. C’était son seul univers. Mais elle a donné un fils à l’Allemagne. »
Voilà donc le rôle de la femme, être une bonne épouse, tenir son foyer et surtout, comme il le dit dans Mein Kampf, faire partie « des femmes capables de mettre au monde de vrais hommes ».
Mais il lui arrivait parfois aussi de quitter son poste d’observateur « politique » pour faire des portraits assez acides de certaines d’entre elles qu’il côtoyait :
« J’ai fait d’innombrables excursions dans la montagne, entraîné par la baronne Abegg. Sans elle, je ne serais probablement jamais allé sur le sommet du Jenner. Elle était infatigable et grimpait comme une chèvre. Cela arrangeait Eckart, qui n’aimait pas la marche, et qui pouvait rester ainsi en paix à la pension. Dietrich Eckart disait d’elle qu’elle était la femme la plus intelligente qu’il eût connu. J’eusse été prêt à subir cette intelligence si elle n’avait été accompagnée de la plus grande méchanceté qu’on pût imaginer. Cette femme était un véritable scorpion. Elle était blonde comme le lin, avait les yeux bleus, et des canines d’une longueur démesurée, dans le genre anglais. J’avoue qu’elle était remarquablement intelligente. Une femme de la classe de Mme Bruckmann. Elle avait beaucoup voyagé, dans le monde entier. On ne lui connaissait que deux états extrêmes. L’un confinait à l’anéantissement quasi-total. Elle était affalée sur sa véranda, comme une pile vidée, tout le monde autour d’elle affairé à la servir. L’autre, un état de pétulance invraisemblable – elle s’agitait, partait en trombe, grimpait, dévalait.
Le mari de la baronne s’était jeté dans le Königssee. Comme on le comprend ! À sa place, j’en eus fait autant. Des deux chevaliers servants qu’on lui a connus, l’un est mort – l’autre est devenu fou. »
Mais tout cela donne l’image d’un homme au regard froid et distant sur la gente féminine, un peu comme quelqu’un qui aurait peur de laisser tomber ses visières pour poser un regard plus humain, plus sensuel, plus amoureux sur l’une d’elles.
Il y eut pourtant dans son entourage de nombreuses femmes qui, le temps d’une nuit ou pendant plusieurs années, ont pu être perçues, à tort ou à raison, comme ayant pu tenir le rôle de compagne, d’amoureuse, de maîtresse, … du maître du troisième Reich.
Mais dans tout ce qu’on a pu dire sur les relations qu’il aurait entretenues avec l’une ou l’autre d’entre elles, il y a un éternel grand absent : l’amour.
Une laitière entreprenante
En décembre 1909, Hitler vit à Vienne sans le sou, n’ayant pour subvenir à ses besoins que les vingt-quatre couronnes qu’il reçoit comme pension d’orphelin. Et même cette pension, il risque de la perdre d’un jour à l’autre, car celle-ci est liée à son statut d’étudiant… ce qu’il n’est plus : il a été refusé par l’Académie des Beaux-Arts, ses dessins ayant été considérés comme de trop pauvre qualité.
Il trouve refuge pendant plusieurs semaines dans un foyer pour hommes à Meidling. C’est là qu’il fait la rencontre de Reinhold Hanisch qui, comme lui, se dit artiste.
Alors qu’ils cherchent un moyen de gagner leur vie, Hitler lui dit qu’il pourrait faire de fausses copies de grands maîtres, mais Hanisch rejette cette idée, argumentant qu’il vaut mieux rester honnête et proposant comme solution de peindre des cartes postales qu’il irait lui-même vendre aux abords des cafés et des foires.
Les deux hommes passaient beaucoup de temps ensemble à peindre et discuter, ce qui permit à Reinhold Hanisch de récolter un ensemble d’informations sur la vie d’Hitler, sur ses idées et, comme il partageait son quotidien, sur ce qu’était la vie du Führer à cette époque.
Hanisch relatera la période de sa vie qu’il partagea avec Hitler dans la presse, et notamment dans un article intitulé : « I Was Hitler’s Buddy », où il tire un portrait pas très flatteur de son ancien « buddy » (pote), le présentant comme quelqu’un de paresseux et lunatique.
Il explique aussi que, parmi leurs sujets de discussion qui revenaient de temps à autre, figurait en bonne position celui des femmes. Hitler, nous dit Hanisch, malgré sa haute opinion pour le mariage et la fidélité, avait fort peu d’estime pour le sexe faible. Il prétendait que c’était la faute des femmes si l’homme s’était égaré. Pour lui, il n’était pas difficile pour tout homme d’avoir une femme et que par conséquent, il fallait que l’homme ait suffisamment de caractère pour résister et s’économiser. Afin d’illustrer son propos et faire démonstration de sa propre maîtrise de lui, Hitler lui racontait toujours la même anecdote :
Alors qu’il était en secondaire, pendant les vacances scolaires, il fit la connaissance d’une jeune laitière qui semblait être intéressée par lui et qui ne le laissait pas non plus indifférent. Un jour, alors qu’elle était occupée à traire les vaches et qu’ils étaient seuls, elle l’attira à lui et se montra entreprenante, agissant comme si elle était prise de folie. Hitler pensa alors aux éventuelles conséquences que cela pourrait avoir s’il se laissait aller aux avances de cette fille et préféra prendre la fuite, en renversant au passage un grand pot de lait.
L’association entre les deux hommes prit fin lorsqu’Hitler reprocha à Hanisch d’avoir vendu une de ses toiles et d’avoir gardé l’argent pour lui. Hitler porta plainte et Hanisch fut condamné à sept jours de prison. Par la suite, Hanisch se spécialisa dans la production de fausses œuvres signées Hitler, ce qui lui vaudra plusieurs arrestations et séjours en prison.
Ce témoignage s’avère être la première trace de sexualité, même si elle est refoulée, dans la biographie d’Hitler. Il est dommage que la personnalité de son auteur jette le doute sur la véracité de son témoignage.
Stefanie Rabatsch
En 1906, Stefanie Rabatsch, jeune fille blonde, reçut une drôle de lettre anonyme. Une lettre d’amour. L’inconnu lui faisait part du fait qu’il partait étudier les arts à Vienne, mais qu’il reviendrait pour l’épouser. Ne sachant que faire de cette lettre surprenante, elle la jeta. Cette histoire aurait dû rester dans les limbes de l’oubli si l’expéditeur ne s’était avéré être un certain Adolf Hitler. C’est l’historien Franz Jetzinger qui révéla l’identité de l’inconnu à Stefanie. Il lui présenta un portrait d’Hitler jeune, mais elle affirma ne l’avoir jamais rencontré.
C’est grâce à August Kubizek, un ami de jeunesse d’Hitler avec qui il partageait une chambre à Vienne, que nous en savons plus sur l’attirance d’Hitler pour cette jeune fille d’un à deux ans plus âgée que lui. C’est en voyant cette « fille distinguée, grande et mince » passer avec sa mère à plusieurs reprises dans la rue qu’Hitler tomba éperdument amoureux d’elle.
Le jeune Adolf de seize ans était, à en croire Kubizek, plutôt coincé et timide de nature et, par peur de la réaction de cette jeune fille, il n’osa jamais l’aborder, reportant toujours au lendemain le moment d’aller lui parler. Il sublima cet amour dans l’écriture de poèmes, avec des titres comme « Hymne àlabien-aimée », adressés à Stefanie. Hitler lut aussi à son ami, toujours d’après ce dernier, une lettre dans laquelle il détaillait les projets de vie qu’il rêvait de partager avec elle.
Tous les garçons n’étant pas aussi timides que lui, et comme la beauté de Stefanie ne passait pas inaperçue, elle se faisait fréquemment aborder par des officiers de l’armée, ce qui rendait Hitler littéralement fou de rage. Il fustigeait alors ces « imbéciles prétentieux » qui portent des corsets et usent de parfums. Il ressentait dans ces moments-là une « inimitié intransigeante envers la classe des officiers dans son ensemble et envers tous les officiers en général. »
Il imagine alors des scenarii où il enlève sa bien-aimée loin des mains de ces rustres en uniforme et ce rapt se termine par un double suicide, à la Roméo et Juliette, se jetant main dans la main du haut d’un pont dans le Danube.
Pour Hitler, le fait de ne pas être entré en contact avec Stefanie n’est pas important car, explique-t-il à Kubizek, des êtres exceptionnels comme elle et lui n’ont pas besoin de communiquer oralement, ils se comprennent par intuition. Il est persuadé que Stefanie connaît ses opinions, mais aussi qu’elle les partage avec enthousiasme. Alors que Kubizek lui fait part des limites que lui semble avoir cette faculté, Hitler, contrarié, lui lance : « Vous ne comprenez simplement pas, parce que vous ne pouvez comprendre le vrai sens de l’amour extraordinaire. »
Hitler apprend un jour que Stefanie aime danser et cela le contrarie énormément : la danse n’est pas du tout de son goût à lui. Il se rassure alors en affirmant qu’une fois qu’elle sera sa femme, elle n’aura plus du tout envie de danser.
C’est la perspective ou la chance d’une rencontre avec la jeune fille qui donne le ton de l’humeur qui sera la sienne le reste de la journée. Si, par hasard, elle croise son regard et lui répond d’un sourire, alors Hitler est aux anges, c’est pour lui le summum du bonheur. Par contre si, comme c’était généralement le cas, elle ignore froidement son regard, alors le monde s’effondre pour lui et il devient morose, se sentant prêt à se suicider et à détruire le monde entier.
L’apothéose de cette relation se déroula durant le mois de juin 1906. Un festival de fleurs prend place dans les rues de Linz. Hitler et Kubizek assistent au défilé des chars fleuris, mais Hitler semble ne prêter aucune attention au spectacle qui s’offre à lui, trop occupé à scruter la foule à la recherche d’une éventuelle apparition de Stefanie. C’est alors qu’Hitler saisit avec force le bras de son ami pour lui faire remarquer que Stefanie et sa mère sont là, assises dans une belle voiture décorée de fleurs. La voiture s’approche d’eux et, arrivée à leur hauteur, Stefanie croise le regard d’Hitler auquel elle répond par un large sourire et lui jette une des fleurs du bouquet qu’elle avait en main. L’émotion est alors à son comble pour Hitler qui, une fois le chariot passé, ne peut s’empêcher, tremblant d’émotion, de dire à son ami : « Elle m’aime ! Tu as vu ! Elle m’aime ! »
Hitler continue à rêver d’une vie future avec Stefanie, il prévoit de construire une maison pour elle de style Renaissance, et va jusqu’à imaginer où placer le piano dans la salle de musique.
Au printemps 1906, Hitler part pour Vienne. Il donne alors des consignes très précises à Kubizek sur la manière dont il doit se conduire face à elle. Il était évident que, rapidement, constatant l’absence d’Hitler, elle irait interroger Kubizek sur la raison de cette disparition. Il devait alors lui répondre : « Mon ami n’est pas malade, mais il a dû aller à Vienne pour reprendre ses études à l’Académie des arts. Lorsque ses études seront terminées, il voyagera une année à l’étranger en Italie. Dans quatre ans, il sera de retour et vous demandera en mariage. En cas de réponse favorable à sa demande, les préparatifs du mariage seront immédiatement mis en route. ». Mais Stefanie ne s’inquiéta, bien sûr, jamais du sort d’Hitler, ce qui désappointa fortement celui-ci.
Hitler demandera aussi à son ami de lui envoyer fréquemment des rapports sur Stefanie durant son séjour à Vienne.
À la mort de la mère du futur Führer, alors que le cortège funéraire passe devant l’immeuble de Stefanie, Hitler l’aperçoit à sa fenêtre. Il racontera à Kubizek que ce fut pour lui une vraie consolation.
Cette relation imaginaire dura quatre années pendant lesquelles Stefanie restera pour Hitler le rêve de l’amour idéal, idéal justement parce qu’imaginaire.
Stefanieépousaun officierde haut rang et, sans l’intervention de l’historien Franz Jetzinger, n’aurait jamais pris conscience de la passion que lui avait vouée Hitler.
Emilie Häusler
Alors qu’elle est internée au camp d’« Augsbourg », Emilie Christine Schroeder est interrogée par Albert Zoller, un agent de liaison français. Si Christa Schroeder intéresse autant les services français, c’est qu’elle n’est pas n’importe qui. En 1933, alors qu’elle travaille depuis 1930 comme sténographe au sein de l’appareil administratif du parti nazi, elle est remarquée par Hitler qui la prend à son service comme secrétaire personnelle. Elle restera à son service quasiment jusqu’à la fin. La relation privilégiée que sa position lui permit d’entretenir avec Hitler fait de son témoignage une source de première importance pour aborder la vie du Führer. Le contenu de son interrogatoire et d’autres propos de sa part seront réunis dans un livre qui sera traduit en français sous le titre de : « Douze ans auprès d’Hitler, confidences d’une secrétaire particulière d’Hitler1 ».
On peut notamment y lire un souvenir datant de ses débuts au service d’Hitler. Sans doute encore impressionnée par la personnalité de son employeur et surmontant sa timidité, la jeune secrétaire profita d’une rencontre avec celui-ci pour lui tendre une photographie afin d’obtenir un autographe. Il s’y plia de bon gré, lui demandant son prénom. À quoi Christa répondit « Emilie » tout en s’excusant d’avoir un prénom aussi moche. Hitler la reprit immédiatement, lui disant qu’il s’agissait là d’un très beau prénom car il avait été celui de sa première maîtresse.
On identifia cette mystérieuse Emilie, comme étant Emilie Häusler, dite « Milli ».
En février 1913, alors qu’il loge dans une pension pour hommes, Hitler se lie d’amitié avec Rudolf Häusler. Rudolf invite fréquemment Adolf à passer du temps avec lui dans la maison de sa mère. C’est là qu’il rencontre sa plus jeune sœur âgée de dix-sept ans. Le courant passe directement bien entre la timide Emilie et le jeune homme qui jusque-là n’avait connu que l’amour imaginaire. On ne sait pas grand-chose sur cette relation si ce n’est que lorsqu’ils se voyaient, elle jouait pour lui du piano. Elle lui demanda un jour de lui faire un dessin sur l’un de ses cahiers de poésie. Pris de court, il griffonna une esquisse, mais le lendemain lui offrit un dessin plus abouti représentant un ancien guerrier allemand armé jusqu’aux dents attendant sous un chêne. Au bas de l’image, il avait inscrit ses initiales : A.H.
Étant donné que les rencontres se faisaient dans le cadre familial des Häusler et qu’Emilie ne pouvait quitter la maison sans chaperon, on peut supposer que cet amour d’Adolf pour Emilie resta pur, Hitler ne voulant pas trahir la confiance que lui accordait la famille Häusler. Si elle ne fut pas sa maîtresse, elle fut probablement le premier amour platonique d’Hitler.
Madeleine Coulie et Hélène Leroy
Le 29 mai 1940, alors qu’Hitler fait le tour des divers endroits qu’il a connus lors de la Première Guerre mondiale, il demande à ce qu’on marque un arrêt dans la ville de Comines. Lors de cette halte, il s’inquiète de savoir ce qu’est devenue une certaine Madeleine. Il s’agit de Madeleine Coulie, fille du patron du troquet « Au Fossoyeur » où, à l’époque, les soldats venaient un peu oublier le quotidien de la guerre. La fille du patron est alors très populaire, notamment pour ses formes généreuses. Elle est tout à fait dans le style qu’apprécie Hitler, suffisamment en tout cas pour que vingt-deux ans plus tard il s’inquiète encore de savoir si elle vit toujours là. Malheureusement, on ne retrouva aucune Madeleine Coulie à Comines à ce moment-là. Hitler n’insiste pas et l’anecdote ne va pas plus loin.
Une autre femme apparaît dans la vie d’Hitler durant la Grande Guerre. Hélène Leroy est la cuisinière des officiers du régiment List attaché à la villa du docteur Capelle à Wavrin. C’est dans cette cuisine qu’Hitler, chaque matin, attend les ordres du capitaine Wiedemann à transmettre au front. Il déjeunera dans cette cuisine chaque midi pendant vingt-deux mois. À passer autant de temps ensemble, un lien particulier n’a pu que se tisser entre Hélène et le jeune caporal. Mais quelle était la nature de ce lien, on ne le saura sans doute jamais. Certains historiens sont allés plus loin car l’histoire ne s’arrête pas là. Un peu moins d’un an après le départ du régiment List, Hélène donna naissance à un fils de père inconnu. Il n’en fallut pas plus pour attribuer cette paternité à Hitler. Si Hélène ne dévoila jamais le nom du père, elle confia à une de ses amies qu’il ne s’agissait pas d’Hitler mais d’un autre homme de Munich.
Henriette Hoffmann von Schirach
C’est dans sa tendre enfance, à huit ans à peine, qu’Henriette Hoffmann, fille du photographe Heinrich Hoffmann, rencontra pour la première fois Hitler. Il était venu rendre visite à son père dans son atelier qui se situait à l’étage d’un café. Henriette était chargée, de temps à autre, d’apporter des messages à son père. C’est ainsi, un peu par hasard, qu’ils se croisèrent pour la première fois.
Mais c’est trois ou quatre ans après cette première entrevue que les prémices de leur relation s’établirent. Un jour où Hitler se rendait à l’appartement des Hoffmann, c’est la jeune Henriette qui l’accueillit, le prévenant que son père était en train de se reposer et ne pouvait donc le recevoir tout de suite. Hitler ne s’offusqua pas de la situation et proposa à Henriette d’attendre auprès d’elle que son père finisse sa sieste.
Elle le fit entrer dans une pièce voisine. Elle s’assit au piano et reprit l’exercice auquel elle travaillait juste avant l’arrivée d’Hitler. Très vite, la curiosité de ce dernier fut éveillée par la jeune pianiste. Il entama une conversation autour du plaisir de jouer du piano. Puis s’installa à côté d’elle et lui joua Annenpolka de Strauss. Il s’enflamma, lui parla des Nibelungen. Elle l’écouta avec passion, sans doute impressionnée par cet adulte qui s’intéressait à elle.
Hitler était conquis par la jeune Henriette : on le revit souvent certains après-midis dans l’appartement des Hoffmann passer de longues heures auprès de la fillette.
Dans ses Mémoires qu’elle publiera en 1956, elle précisera que, durant leurs rencontres, Hitler ne cherchait pas à avoir le dessus sur elle, au contraire, il la considérait d’égal à égal sans la moindre arrogance.
Que pouvait donc bien trouver Hitler dans une telle relation ? Peut-être se sentait-il à l’aise avec cette enfant sur qui il avait, sans le montrer, par sa position d’adulte, un complet ascendant. Une relation dans laquelle il pouvait mettre de côté sa timidité, son mal-être face aux femmes adultes.
Hitler prend littéralement Henriette sous son aile, joue au mentor. Il entreprend de lui former l’esprit, l’amenant par exemple pour ses douze ans au festival de Bayreuth. Il corrige ses devoirs, lui donne des cours de dessin, lui fait faire le tour des musées de Munich… Il s’occupe aussi de son développement physique, lui montre des mouvements de gymnastique, l’encourage dans ses activités sportives en lui achetant des équipements pour faire du tennis ou du ski.
La fille grandit et Hitler continue à entretenir cette relation. Il devient si proche d’elle que c’est lui et non le père d’Henriette qui, alors qu’elle a quinze ans, lui annonce la mort de sa mère.
La formation d’Henriette se voulait aussi idéologique : la jeune fille faisait partie des proches accompagnant Hitler lors de ses meetings politiques.
Tout semblait se passer à merveille dans le rôle d’éducateur dans lequel s’était improvisé Hitler face à Henriette. Pourtant un soir, alors qu’elle était seule à l’appartement, Hitler se présenta à la porte prétextant avoir oublié la cravache qui l’accompagnait toujours. Au moment de prendre congé d’elle, il s’emballa et lui demanda s’il pouvait l’embrasser. Chose qu’Henriette, sans doute un peu étonnée et décontenancée, lui refusa. Hitler resta un moment sans voix face à ce refus puis finit par s’en aller. Lorsqu’elle raconta l’incident à son père, celui-ci minimisa la chose, lui disant qu’elle devait se faire des idées.
Cet évènement ne mit pas fin à l’implication d’Hitler dans la vie de la jeune fille. C’est en effet lui qui lui choisit son mari, en la personne de Baldur von Schirach. Mariage dont il fut, évidemment, le témoin.
Après son mariage, elle garda une place privilégiée auprès du Führer. Henriette fut l’une des seules personnes à pouvoir aborder certains sujets délicats avec lui sans qu’il ne se fâche, comme par exemple celui de l’art moderne considéré comme dégénéré par le Parti.
Toutefois, elle finit un jour par dépasser la limite du tolérable pour Hitler en lui reprochant la manière, comme elle l’avait vu faire en Hollande, avec laquelle étaient arrêtées et séparées les familles juives. Une altercation verbale s’ensuivit et ils se quittèrent fâchés, Henriette affirmant qu’elle ne voulait plus être à sa table. Mais malgré cela, elle restera jusqu’à la fin une adepte d’Hitler.
Elle s’éteignit le 27 janvier 1992, à 78 ans.
Cette étrange relation, avec un Hitler jouant à l’amoureux transi qui ose à peine demander d’être embrassé, a évidemment été au centre de ragots dont voici les grandes lignes.
Hitler aurait répondu au refus de la fille du photographe en la battant à coups de fouet. Ce qui encouragea la jeune fille à confier à ses parents les détails sur les perversions sexuelles du dictateur. Celui-ci engagea Hoffmann comme photographe personnel pour se garantir de son silence. La famille Hoffmann n’est pas pour autant en reste : on lui reproche d’organiser des orgies auxquelles participaient la mère et la fille. Le tout, filmé par le père, venait accroître la collection de films et photos sadomasochistes d’Hitler. Enfin on justifia aussi le mariage d’Henriette avec Baldur von Schirach par la volonté d’étouffer les rumeurs de scandales sexuels mettant en scène Baldur et des garçons des Jeunesses hitlériennes.
Geli Raubal
Alors qu’ils allaient prendre congé l’un de l’autre, Hitler prit le bras de la réalisatrice et actrice Leni Riefenstahl et lui dit :
« Avant de me quitter, laissez-moi vous montrer quelque chose. Vous confier un secret. Je vous en prie, suivez-moi. » Il ouvrit alors une porte fermée dont il portait la clé sur lui. Dans cette pièce, le regard était immédiatement amené sur le buste d’une jeune fille couverte de fleurs. Hitler reprit la parole : « Je vous ai expliqué tout à l’heure pourquoi je ne me marierai jamais, mais la jeune fille que vous voyez là n’est autre que ma nièce Geli. Je l’ai beaucoup aimée. Elle était la seule femme que j’aurais pu épouser. Mais le destin en a décidé autrement. »
Lorsqu’en 1924, Angela Raubal rend visite à son demi-frère Adolf, détenu à la prison de Landsberg suite au putsch raté de Munich, elle est accompagnée de son fils Léo et de sa fille Angelika qui prendra plus tard le sobriquet de Geli. C’est une belle jeune fille de seize ans, joviale et aux formes généreuses, que découvre alors Hitler sous les traits de sa nièce. On présente souvent cette rencontre comme étant leur première rencontre, ne sachant rien sur les hypothétiques visites qu’aurait bien pu faire Hitler à la famille Raubal durant les années d’enfance de Geli. Une nouvelle rencontre a lieu en avril 1927. Alors qu’elle est au lycée, elle part à Munich, au cours d’un voyage scolaire organisé par son professeur d’histoire. Elle loge à la villa Bruckmann. Elsa Bruckmann fait partie de ces femmes du monde inconditionnelles d’Hitler. Elles vont permettre à Hitler de devenir une personne respectable auprès des industriels influents, le soutiendront lors de son séjour en prison et n’hésiteront jamais à mettre la main au portefeuille pour soutenir leur héros. Elsa Bruckmann offrira à Hitler une Mercedes pour célébrer son accession au pouvoir. Chez les Bruckmann, la jeune Geli est impressionnée par le luxe et le milieu dans lequel évolue son oncle. Une rencontre est organisée avec la classe devant laquelle Hitler improvise un discours de propagande. La jeune fille est ensuite invitée à prendre le thé avec son oncle. Alfred Maleta, un camarade de classe de l’époque de Geli, témoin de la rencontre, nous dit qu’elle était bien plus impressionnée par la personnalité de son oncle que par ses propos politiques auxquels elle ne semblait rien comprendre.
Durant le séjour d’Hitler en prison, son ami et soutien financier Ernst Hanfstaengl s’était quant à lui réfugié en Autriche ; il en profita pour rendre visite à la famille du Führer :
« Je profitai de mon séjour forcé en Autriche pour prendre contact avec la famille d’Hitler, à Vienne. (…) je finis par trouver trace de la demi-sœur d’Hitler, Frau Raubal, je découvris qu’elle vivait misérablement au troisième ou au quatrième étage d’un immeuble sordide et délabré. Visiblement gênée de recevoir un visiteur dans son pauvre logis, elle n’avait fait qu’entrebâiller sa porte ; j’avais toutefois eu le temps d’entrevoir une pièce mal tenue à l’ameublement plus que sommaire et une entrée dans un coin de laquelle gisait, à même le sol, une vieille paillasse. J’invitai Frau Raubal à me rejoindre dans un café. Elle accepta, et arriva au rendez-vous, accompagnée de sa fille Geli.
J’avais un peu l’impression d’avoir invité à déjeuner ma femme de ménage. La mère se montra méfiante et avait l’esprit confus ; mais la fille, alors âgée de seize ans environ, était blonde, délurée et plutôt jolie. Elles portaient toutes deux des vêtements ternes et bon marché. Pour leur être agréable, je proposai à Geli de l’emmener au spectacle. Je me souviens que nous allâmes voir une opérette insipide avec un ténor adipeux qui braillait des insanités : c’était exactement le genre de spectacle propre à satisfaire les goûts médiocres de Geli : « Dire que nous avons vécu l’épisode de la Feldherrnhalle, pensai-je, et que me voici avec la nièce d’Hitler en train d’applaudir ce navet !2 »
En 1927, Hitler loue la petite maison « Wachenfeld » surplombant le village de Berchtesgaden. Il y fait venir Angela Raubal afin de s’occuper de l’entretien de la maison. À ce moment-là, Geli est toujours au lycée à Vienne. Elle termine son année scolaire, obtient son baccalauréat et rejoint alors sa mère au service d’Hitler.
En octobre 1927, Geli décide de poursuivre des études en médecine. Elle aménage pour cela dans une pension à Munich dans la Königingstrasse. Mais ses ambitions s’écroulent rapidement et elle arrête ses études à la fin du premier trimestre.
Geli n’est pas comme sa sœur Friedl timide et discrète, elle est énergique et pleine de vie. Et c’est sans doute ce qui a dû plaire à Hitler, qui ne tarde pas à tomber sous le charme de la jeune fille. La présence de sa nièce à ses côtés paraît avoir une influence positive sur l’humeur du Führer, elle semble lui faire du bien. Hitler prend de plus en plus plaisir à sortir avec elle, il se montre fier de pouvoir s’afficher avec une telle jeune fille à son bras. On la verra dès lors en permanence à ses côtés.
Hitler dira à son confident et conseiller économique, Otto Wagener : « Je peux m’asseoir à côté de jeunes femmes qui me laissent complètement indifférent. Je ne ressens rien, ou alors elles finissent par m’agacer. Mais une fille comme la petite Hoffmann ou Geli – avec elle je deviens gai et lumineux – et si je peux écouter pendant une heure leurs propos d’apparence légers – ou simplement m’asseoir à côté d’elles – alors je me sens libéré de tout ennui et de mon apathie et je peux, alors, retourner à ma tâche l’esprit rafraîchi. »
Voici comment Baldur von Schirach, qui fut chef des Jeunesses hitlériennes, raconte dans ses mémoires la première apparition de Geli aux côtés de son oncle Alfi :
« Quelques centaines d’étudiants nationaux-socialistes étaient rassemblés dans la salle des fêtes de l’hôtel Union à Munich pour la fête de Noël 1929. Nous avions invité à cette manifestation Hitler et les dirigeants du Parti sans compter le moins du monde sur la venue effective du Führer. Et voilà qu’il se trouva soudain parmi nous, joyeux comme je l’ai rarement vu. Il y avait dans le ton de sa voix un mélange de fierté et de tendresse lorsqu’il fit les présentations : « Ma nièce, Mademoiselle Raubal ». Une nuance de gêne avait fait rougir son visage arrondi lorsqu’elle entra dans la salle et sentit la surprise provoquée par son apparition. Moi aussi je la contemplai longtemps, non parce qu’elle était agréable à regarder, mais parce que la présence d’une jeune fille aux côtés d’Hitler lors de son entrée dans une grande assemblée était passablement stupéfiante… Elle l’appelait « Onkel Alf ». Nous étions assis devant de longues tables blanches à la lueur des chandelles, Adolf Hitler à sa droite, moi à sa gauche, et elle disait d’une voix claire et gaie : « Onkel Alf ». Cela me choquait sans que je susse pourquoi. Il bavardait avec elle avec animation, lui tapotait la main et prit à peine le temps d’une courte déclaration. À onze heures pile, il se leva et partit avec Geli, alors que la fête commençait à s’animer. J’eus l’impression que Geli serait volontiers restée plus longtemps. »
Baldur von Schirach précise encore que « tous ceux qui étaient souvent auprès d’Hitler s’habituèrent vite à la présence de Geli. Nous l’aimions bien. Quand elle était là, il n’y avait jamais de ces scènes redoutées et même pénibles faites d’interminables monologues et de reproches sans fin dont il accablait non seulement ses ennemis politiques, mais aussi ses amis et collaborateurs. La présence de Geli le détendait et atténuait sa crispation. Devant les invités intimes, il lui faisait montrer ses tours avec les choucas noirs. Sur son appel, les oiseaux entraient par la fenêtre ouverte et il s’amusait de les voir se chamailler avec ses chiens de berger. Geli avait le droit de se moquer de « Onkel Alf » et de rajuster sa cravate démise. Elle n’était jamais obligée de se montrer particulièrement intelligente ou amusante. Elle se donnait simplement telle qu’elle était, fraîche et sans complications. »
Hitler devient addict à la joie de vivre que dégage sa nièce. Il l’accompagne dans les magasins de mode munichois, il interrompt ou annule des rendez-vous ou des réunions pour pouvoir l’accompagner à un concert, au théâtre ou l’emmener en Mercedes pique-niquer au bord du lac Chiemsee où, à en croire les souvenirs de Heinrich Hoffmann, on déployait une nappe à carreaux et on faisait honneur aux sandwiches qu’avait préparés madame Winter. Les hommes lisaient alors leurs journaux à l’ombre d’arbustes et les filles profitaient de l’intimité que leur offraient des buissons pour se déshabiller et plonger nues dans l’eau chaude.
Les largesses qu’il prend avec ses obligations pour voir briller les yeux de sa nièce et le fait qu’il n’hésite pas à puiser dans la caisse du Parti pour contenter les désirs de Geli commencent à faire grincer certaines dents au sein du Parti.
Si Hitler semble céder à tous les caprices de sa nièce, il ne la laisse pas libre de ses mouvements. Il contrôle ses fréquentations, ses sorties en son absence sont accompagnées de chaperons qu’il a lui-même désignés. Parmi ceux-ci figure son chauffeur, Emil Maurice. Maurice est un fidèle de la première heure de la cause nationale-socialiste, un proche d’Hitler avec qui il participa au putsch de la Brasserie en 1923. À force de proximité sans doute, Geli et Emil tombent amoureux l’un de l’autre. Hitler n’avait-il pas répété à plusieurs reprises à Maurice qu’il était temps pour lui de penser au mariage, lui promettant de venir déjeuner chez lui tous les jours s’il se mariait ? Pour Maurice, il n’y a pas de doute, ce ne peut être qu’elle. Alors il se décide à demander sa main à Geli qui accepte directement. Mais l’annonce de la bonne nouvelle à l’oncle ne se passe pas bien. Il entre dans une terrible colère, se sent trahi par son ami et finit par interdire à Geli de revoir son prétendant. Mais une lettre de Geli à Maurice envoyée le 24 décembre 1927 nous laisse entendre qu’un compromis a été trouvé avec l’oncle tyrannique :
« Le postier m’a déjà apporté trois lettres de toi, mais je n’ai jamais été aussi heureuse que lorsque j’ai reçu la dernière. Peut-être parce que les derniers jours furent éprouvants. Oncle Adolf insiste pour que nous attendions deux ans. Penses-y, Emil, deux années entières où nous pourrons seulement nous embrasser de temps en temps et toujours sous la surveillance d’oncle Adolf. Je ne peux que te donner mon amour et t’être fidèle sans condition. Je t’aime tellement. Oncle Adolf insiste pour que je poursuive mes études. »
L’incident "Maurice" semble être réglé. Hitler et sa nièce reprennent leur vie et leur relation comme si de rien n’était : elle continue à parader à ses côtés, il continue à la sortir selon ses désirs. Dans une lettre à Maurice, elle dit qu’Oncle A. est très gentil envers elle et qu’elle ne sait pas comment s’y prendre pour lui faire un grand plaisir.
Elle joue à la nièce trop gâtée et lui à l’oncle conciliant. Pendant la guerre, il arrivait de temps en temps à Hitler d’évoquer le souvenir de Geli en présence de ses secrétaires. Il se rappelait les soirées « enivrantes de joie » qu’ils passaient ensemble et ses petits travers : « Lorsque je l’accompagnais dans les salons de mode, elle faisait déballer tous les chapeaux qui se trouvaient dans les rayons, et ordonnait d’apporter ceux qui étaient exposés dans les vitrines. Lorsque tous les chapeaux du magasin avaient défilé sur sa tête, elle constatait qu’elle n’avait rien trouvé à son choix et le déclarait à la vendeuse avec une telle désinvolture que j’en étais gêné. Lorsque je chuchotais à Geli qu’elle ne pouvait pas quitter le magasin sans rien acheter, après l’avoir ainsi mis complètement sens dessus dessous, elle me lançait un de ses sourires désarmants et laissait tomber du bout des lèvres : « Mais Onkel Alf, ces gens ne sont-ils pas là pour cela ? »
Pourtant l’affaire "Maurice" rebondit durant l’été 1928, quand Hitler congédie sans préavis son ami et chauffeur.
Goebbels dans son journal à la date du 19 octobre, nous donne peut-être une raison à la réaction d’Hitler :
« On raconte des choses ridicules sur le chef. Lui, sa nièce Geli et Maurice. La tragédie qu’est la femme. Faut-il donc se désespérer ? Pourquoi devons-nous tous souffrir à cause de la femme ? Je crois fermement à Hitler. Je comprends tout. Le vrai et ce qui ne l’est pas. »
Hitler s’est donc peut-être débarrassé de Maurice pour faire taire les ragots qui commençaient à circuler sur un trio amoureux Geli-Maurice-Hitler.
Si Geli semble s’épanouir et se complaire dans le rôle que lui permet de jouer son oncle, si elle en apprécie tous les avantages, il semble que sa jeunesse la pousse à trouver, ailleurs que dans les bras d’Hitler, l’amour. Un nouveau prétendant, dont on ne connaît rien si ce n’est qu’il s’agirait d’un artiste peintre de Linz, la demande en mariage. Cette fois c’est en faisant pression sur sa demi-sœur qu’Hitler impose un moratoire d’un an au couple. Il ne peut se permettre davantage, sa nièce étant bientôt majeure. Il ne reste de cette relation qu’une lettre dans laquelle le jeune homme éconduit dépeint le portrait d’un Hitler agissant en père abusif qui ne compte pas tenir ses promesses.
Si Hitler justifie ses agissements par le fait qu’il veuille à tout prix éviter à sa nièce de faire un mauvais mariage, il est probable que sa vraie motivation soit de garder Geli pour lui, comme épouse possible. Et sans doute Geli ne serait-elle pas opposée à une telle idée. L’oncle Adolf et tout ce qu’il pourrait lui apporter comme élévation dans son statut social, comme une porte d’accès à une vie facile, pourrait à ses yeux faire de lui un bon parti. Sans doute sa mère, la demi-sœur d’Hitler, n’en attend-elle pas moins non plus de cet étrange parent.
Quoiqu’il en soit, lorsque le 10 septembre 1929 Hitler déménage pour un luxueux appartement sur la Prinzregentenplatz à Munich, c’est tout naturellement qu’elle vient s’y installer aussi, le 5 octobre, sans que cela pose problème à sa mère qui, elle, reste au Bergof. Hitler fait attribuer pour chambre à sa nièce l’une des plus belles pièces de la maison, proche de sa chambre à lui. Elle l’aménage à son goût, faisant venir des meubles anciens de Salsbourg, ou accrochant au mur un paysage de Belgique réalisé par son oncle.
Le couple oncle/nièce continue sa vie faite de sorties à l’opéra, au théâtre, dans de grands restaurants, des séjours au Berghof… Geli souhaite alors devenir chanteuse d’opéra et oncle Adolf s’arrange pour lui offrir des cours de chant, d’abord auprès du chef d’orchestre Adolf Vogel, puis auprès de Hans Streck. Mais les deux finissent par abandonner suite au manque de potentiel et d’application au travail dont semble faire preuve Geli.
Mais Hitler profite de sa mainmise sur sa nièce pour renforcer son contrôle sur sa vie. Plus question pour elle de sortir sans l’aval de son oncle, idem pour les personnes qu’elle peut rencontrer. La cohabitation dure environ deux ans. Il semble qu’avec le temps Hitler se montre de moins en moins souple avec sa nièce, les interdictions s’accumulent et les libertés se réduisent.
Un exemple de ce qu’était la relation entre l’oncle et sa nièce à cette époque nous est donné lors des célébrations du Carnaval. Geli, comme toutes les jeunes filles de son âge, rêve de participer pour la première fois à l’un des fameux bals organisés pour l’occasion. À force d’insister, son oncle finit par accepter pour celui, masqué, du « Deutsches Theater », réputé comme bien fréquenté et convenable. Il dicte toutefois ses conditions : elle devra être accompagnée par Hoffmann et Amann et devra quitter le bal à vingt-trois heures. Mais Geli n’a pas le temps d’apprécier le goût de la victoire qu’elle vient d’avoir sur la volonté de son oncle, il est temps pour elle de choisir une tenue pour la soirée. On fait pour cela appel à Ingo Schroeder. Mais les propositions du couturier semblent toutes trop provocantes aux yeux du Führer : trop osée, dévoilant trop la poitrine, trop ouverte sur le côté, … Tout y passe. Dépitée face à la mauvaise foi que semble y mettre son oncle, Geli décide de dessiner elle-même son costume. Mais les croquis proposés reçoivent le même accueil de la part d’Hitler, il lui fait remarquer que si c’était pour mettre une telle robe elle pouvait tout aussi bien y aller nue. Le ton monte, Geli part en claquant la porte. Hitler part à sa recherche. Puis la situation revient à la normale. Ne reste plus pour Geli qu’à se conformer aux désirs de son oncle. Le choix se portera finalement vers une robe du soir classique à col montant. Pendant la soirée, pas question pour Geli de se laisser aller à la fête, la présence à ses côtés de ses deux chaperons lui rappelle en permanence qu’à défaut de robe adéquate pour la soirée, elle a des chaînes invisibles aux chevilles. C’est avec le goût amer d’être passée à côté d’une bonne occasion de s’amuser qu’à l’heure indiquée elle rejoint sa chambre.
Peut-être pour échapper un peu à la pression de sa cage dorée, Geli élabore le projet d’aller à Vienne, seule, pour y suivre des leçons de chant auprès d’un nouveau professeur. Hitler accepte dans un premier temps à la condition que sa mère soit du voyage. Soit face au refus de Geli, soit parce que sa mère ne peut plus l’accompagner, Hitler revient sur sa décision et s’oppose fermement au projet. Le sujet devient de plus en plus une cause de tension entre l’oncle et sa nièce.
Est-ce là le motif de la dispute qui éclate entre eux le matin du vendredi 18 mai 1931 ? Rien n’est certain. D’aucuns avancent que ce sont les projets de fiançailles de Geli avec un homme à Vienne qui en sont la cause. Dans tous les cas, l’atmosphère est lourde lorsqu’Hitler, vers quinze heures, quitte l’appartement de la Prinzregentenplatz. À peu près au même moment, selon Annie Winter, Geli entre précipitamment dans la chambre de son oncle et en ressort tout aussi précipitamment quelques instants plus tard. Ce qu’est ainsi venue chercher Geli, c’est l’arme de son oncle, un Walter 6.35 qu’il garde toujours dans sa chambre sur sa table de nuit ou sur son bureau afin de pouvoir se défendre en cas de tentative d’assassinat durant son sommeil.
