Dans sa bulle - Philippe Frot - E-Book

Dans sa bulle E-Book

Philippe Frot

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Beschreibung

Suite à sa séparation d'avec Sylvie, sa femme, Patrick Guérémy, correcteur, s'était fait la promesse de ne plus retomber amoureux. Pourtant, lors d'une soirée avec Michel, un agent littéraire devenu son ami, il va faire la connaissance de Li-Yuan, et tomber sous son charme. Un amour sans encombre naitra entre lui et cette chanteuse, jusqu'au jour où un journaliste mal intentionné, fera ressurgir le passé sombre de Li-Yuan. A partir de là, tout va basculer.

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Seitenzahl: 232

Veröffentlichungsjahr: 2021

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DU MÊME AUTEUR

Chez Évidence éditions :

Larguez les Amarres

Chez Le Lys bleu :

L’Optimiste triste

L’Aigle rouge des frères jumeaux

Prisonnier de vivre libre

Le Brun est de retour

Chez BOD :

Que tu sois elle ou lui, je t’aime

Mes vieux amants

Honte !

À toi Roger, tu disais que j’étais

le fils que tu aurais aimé avoir.

Toi, tu es le beau-père que j’ai adoré avoir !

Repose en paix,

et continue de briller parmi les étoiles !

Un énorme merci à Élaine,

qui m’épaule à chacun de mes livres,

et à Malika Javelle, artiste peintre,

pour sa toile qui sert d’illustration à mon livre

Sommaire

INTRODUCTION

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

CHAPITRE 6

CHAPITRE 7

CHAPITRE 8

CHAPITRE 9

CHAPITRE 10

CHAPITRE 11

CHAPITRE 12

CHAPITRE 13

CHAPITRE 14

CHAPITRE 15

CHAPITRE 16

CHAPITRE 17

ÉPILOGUE

INTRODUCTION

Les lumières de la ville brillent de mille feux et chaque commerçant use de tous les artifices pour avoir la plus belle des vitrines. Leur désir est que tous se souviennent de la devanture de leur magasin. Les yeux des clients sortent de leurs orbites devant toutes ces mises en scène, ces jeux de lumières ou autres ornements. Chaque parent est fier d’emmener sa progéniture voir ces petites merveilles, et l’on ne sait pas trop qui, des adultes ou des bambins, sont les plus ravis de cette sortie nocturne. Les métiers de bouche se démènent à trois cents pour cent, dans deux jours, c’est le réveillon du jour de l’an. Il faut se tenir prêt, cette date est certainement la plus importante de l’année. Certes, les journées s’avèrent difficiles et pénibles, mais le jeu en vaut la chandelle. Le tiroir-caisse s’affolera et les billets se reflèteront dans les yeux de nos chers artisans. Eux aussi sont à la fête, mais différemment.

Pour les familles, il s’agit là d’un excellent prétexte pour se retrouver et déguster un bon repas. Des bonnes bouteilles sont débouchées et des plats rares et coûteux viennent ravir les papilles des convives. Partout, aux quatre coins de la planète, les terriens vont célébrer la nouvelle année, celle dont on espère tant de choses, celle qui va effacer vos problèmes et vous remettre sur les bons rails. C’est un instant de ravissement, et tous se font la bise pour cet évènement. Les guerres et les famines sont oubliées. Tous n’ont qu’une obsession, faire la fête et se remplir la panse des victuailles qui leur sont proposées. Puis, quand minuit sonne, c’est l’embrasement planétaire, on se saute au cou pour se souhaiter la bonne année, qui à son voisin, qui à sa femme, qui à ses enfants. Tout ce qui passe à portée est « victime » de ces embrassades. Comme chaque année, la tour Eiffel s’illumine, faisant apparaitre le chiffre nouveau. Beaucoup vont danser et boire toute la nuit, ne prenant des bonnes résolutions que quelques jours plus tard, lorsque la gueule de bois aura terminé son ouvrage. Tout le monde sera en joie, sauf moi.

Cela fait maintenant quatre ans que je hais ces festivités, que ce soit Noël ou le jour de l’an. Cela me ramène à des souvenirs que je voudrais oublier, mais ces maudites dates reviennent chaque année et me replongent dans les cauchemars de ma vie passée. Bien sûr, avant cela, j’étais moi aussi fondu dans le moule de tous ces gens qui piaffaient d’impatience avant le vingt-quatre décembre et le trente et un du même mois. Je jubilais de voir toute ma famille ces jours-là. J’étais marié à Sylvie et père de deux grandes filles, de dix-huit et de vingt ans. Avec mon épouse, nous frôlions la cinquantaine et nous étions, comme beaucoup, un petit couple sans histoires. Nos filles avaient chacune un petit ami et elles travaillaient dans la plus grosse usine de la région. Elles gagnaient bien leur vie et, bien que vivant encore sous notre toit, étaient totalement indépendantes.

Sylvie était vendeuse dans la boulangerie du village et avait un week-end par mois de repos. Nous en profitions pour nous échapper en amoureux. Moi, je travaillais comme correcteur dans une imprimerie, située à quinze kilomètres de notre domicile. Avec les années, ma situation financière était devenue confortable, et, grâce à nos deux salaires, nous avions acheté un pavillon avec du terrain. Juste ce qu’il fallait en mètres carrés pour s’y sentir bien. J’avais avec ma femme une relation très fusionnelle et la force de notre couple était l’échange, une communication totale. Aucun sujet n’était tabou, tout était abordé avec une extrême franchise. Du moins, c’est ce que je pensais !

Ma vie avait donc basculé il y avait de cela quatre ans. Un midi, je m’étais aperçu que Sylvie avait oublié ses papiers sur le buffet de la salle à manger. Comme nous étions dimanche et que je ne travaillais pas, j’en avais profité pour les lui apporter et, par la même occasion, lui faire un petit coucou.

La femme du boulanger effectuait des tournées jusqu’à quatorze heures, à peu près. Surpris je le fus en trouvant la boutique fermée à mon arrivée. Il n’était que midi quinze et le rideau ne fermait normalement qu’à treize heures. Comme je connaissais bien les lieux, je fis le tour pour aller voir dans le fournil. Et là, les bras m’en tombèrent. Sylvie était à genoux et, alors que le boulanger lui tenait la tête, elle lui faisait une « magistrale » gâterie ! Je lançai ses papiers à travers la pièce en hurlant :

— Tiens, tu as oublié ça, salope !!!

Tout s’enchaina alors très vite. Quatre mois après, j’étais divorcé. Bien que je ne fusse pas le « coupable », celui qui avait fauté, ce fut moi pourtant qui me retrouvais sur la paille. J’avais omis une chose essentielle. Ma femme avait un contrôle total sur mon existence. Notre pavillon était à son seul nom, ne voulant pas à l’époque m’embarrasser de paperasses. J’étais très loin d’imaginer alors que je serais expulsé de ce que je croyais être, à tort, également mon chez moi. Presque du jour au lendemain, je me retrouvai à la rue, et dus compter sur la solidarité de quelques amis pour être hébergé, le temps pour moi de me refaire une santé. Mais ce n’était là que la première de la « facture », car l’addition qui m’attendait allait être salée ! L’imprimerie dans laquelle je travaillais depuis plus de trente ans, avait à sa tête mon beau-frère, le frangin de Sylvie ! Là encore, je fus éjecté comme un malpropre et mon renvoi s’effectua comme pour un vaurien. Je fus licencié pour faute grave, « quelqu’un » s’étant arrangé pour falsifier mes corrections qui, d’un coup, n’étaient plus qu’un ramassis de fautes d’orthographes, d’erreurs de syntaxe, et l’on me reprocha d’avoir retardé l’imprimerie des journaux. Ce qui, bien entendu, était totalement faux !

Voilà où j’en étais. Sylvie usa et abusa de sa malignité jusqu’au bout, elle voulait me terrasser, ne supportant pas d’avoir été prise en flagrant délit d’adultère. Qu’elle admît que la raison de notre séparation lui incombait lui était inconcevable. Moi, je n’étais pour rien dans cette histoire de fesses. Pourtant, elle réussit le tour de force de m’inventer une « passe » avec des prostituées qui tapinaient à la sortie de la ville. J’eus même des témoins à charge contre moi ! Tous déclarèrent m’avoir vu à cet endroit. Comme il était simple, avec quelques billets, de faire dire n’importe quoi aux gens. Et tous, sans exception, travaillaient à l’imprimerie. La prime du patron avait parlé !

Un scénario incroyable s’était donc construit autour de ma vie, et, comme je m’y attendais, mes filles prirent le relais. Ce fut à celle qui m’insulta le plus, me reprochant d’avoir blessé leur mère, de l’avoir souillée dans son statut de femme mariée. Je ne savais si je devais rire ou pleurer, tant cette histoire frisait le ridicule. Je tentai bien de me justifier, mais je me heurtais à un mur, chacune campant sur ses positions. Sylvie avait toujours eu beaucoup d’influence sur elles, bien plus que moi. Elles craignaient plus leur mère. J’étais le papa gâteau, alors que les ordres et les punitions émanaient de Sylvie. Il en fut ainsi dès le début de notre rencontre. Elle avait un caractère plus fort que le mien, et je lui léguais sans broncher le rôle de décisionnaire. Elle reproduisait l’image de ses parents, car chez elle, c’était la mère qui portait la culotte. Celle que chacun écoutait lorsque quelque chose n’allait pas. Du plus loin que je me souvienne, ma femme confiait toujours ses malheurs à sa mère, jamais à son père. Le « commandant de bord », c’était la vieille, celle qui validait ou non vos propos.

Ma femme avait beau avoir du caractère, jamais je ne pus m’imaginer qu’elle égalât sa mère. Car, bien qu’elle contrôlât et eût un œil sur tout, elle n’agissait pas avec moi de façon tyrannique contrairement à son père, qui lui, était un véritable toutou. Bien que je fusse quelqu’un de calme et, me semble-t-il, d’assez gentil, si le dialogue prenait une tournure anormale, je pouvais moi aussi, hausser le ton, même si son dessein était que je m’abaisse à ses convictions.

Pour le divorce, il n’y eut ni cris, ni menaces. Elle fit cela de manière si sournoise, que je ne vis rien venir. En peu de temps, je devins SDF, chômeur, et je n’avais plus d’enfants, mes filles m’ayant annoncé qu’elles ne souhaitaient plus me voir, que leur père était mort.

La « gâterie » eut lieu le vingt-quatre décembre, je fus évincé de mon domicile le trente et un décembre. Vous comprendrez aisément pourquoi ces fêtes me laissent aujourd’hui un goût amer dans la bouche !

Il m’avait fallu du temps pour remonter la pente, retrouver un emploi, un logement. J’avais été plongeur, laveur de carreaux, j’avais fait les vendanges, avant de me lancer à mon compte, comme lecteur-correcteur, pour des auteurs de romans ou des agences de publicité. J’occupais un studio en centre-ville, et doucement, j’avais refait surface. Mais cette blessure n’était pas totalement refermée, le couteau de la trahison était toujours planté dans mon dos et le poids du mensonge qui m’avait fait tomber si bas, était toujours présent.

CHAPITRE 1

31 décembre 2019

Une partie de ce que je déteste est derrière moi, et je m’en réjouis. Chacun a dû y aller de son cadeau au pied du sapin, et s’émerveiller des regards éblouis de leur progéniture. Ils se sont tous goinfrés de dinde aux marrons et ont terminé avec la sempiternelle bûche. Je ne sais ce qu’ont fait mes filles. Qu’ont-elles reçu comme présents, qu’ont-elles offert ? Les deux sont mères de famille, et ont chacune un petit garçon. Pourtant, hormis le fait que je sois leur grand-père, je ne saurais dire leur date de naissance, car je n’ai pas eu la faveur d’être mis au courant pour cet évènement. Je l’avais appris par l’un de mes anciens voisins, un des rares qui daignait encore m’adresser la parole, ceci malgré « l’abattage » de Sylvie. Toute la ville était au fait de mes pseudos-relations avec les prostituées. J’étais devenu le paria de toute une population, celui qui, pour assouvir ses instincts les plus primaires, n’avait pas hésité à détruire toute une famille. Cette ville, dans laquelle je m’étais pourtant tant investi, j’avais dû lui tourner le dos et m’enfuir vers d’autres horizons. Certes, je n’étais pas parti bien loin, car mes racines étaient ici, je ne pouvais tout renier.

À l’époque, je donnais des cours de soutien aux élèves qui avaient de grosses difficultés en français, à la maison des jeunes du quartier. J’entrainais également l’équipe des U16 dans le club de football et j’étais un membre actif du comité des fêtes. Bref, j’aimais cet endroit, et je m’y activais pour que l’on s’y sente bien. Sur de pures calomnies, je devins le pestiféré, le lépreux, celui qu’il ne fallait pas approcher.

Je n’étais parti qu’à une quinzaine de kilomètres, et le seul supermarché de la région se trouvait ici, dans mon ancienne ville. Il m’arrivait donc de revoir d’anciennes connaissances qui, très souvent, évitaient de croiser mon regard. Seul Robert, mon ancien voisin, s’enquérait de ma santé, de ma vie professionnelle, et me « tenait la jambe » pendant une heure. C’était lui qui m’avait informé, dans un premier temps, de la grossesse de mes filles, puis de la naissance de mes petits-fils. Je n’avais d’ailleurs aucune idée à quoi ils ressemblaient. J’avais beau œuvrer pour me construire une carapace, je pâtissais de cette situation. J’étais grand-père, et je ne pouvais mettre, ni un prénom, ni un visage sur ces bambins. Car Robert avait beau être la « commère » du village, il ne savait pas tout. Quelquefois, je me prenais à rêver de voir débarquer deux grands gaillards dans quelques années devant ma porte, m’annonçant que j’étais leur grand-père et qu’ils désiraient renouer des liens. Mais bien vite je redescendais de mon nuage, tout ceci n’étant que pure utopie. J’avais passé l’âge de rêver, et la vie m’avait appris que ces rêves-là ne se voyaient qu’au cinéma. Alors, je me disais simplement, qu’un jour peut-être, je croiserais l’un d’eux sur ma route, et que j’aurais au moins la satisfaction de voir à quoi il ressemble. Car le courage me manquerait pour aller me présenter, ne sachant trop quelles noirceurs ma fille leur aurait racontées. J’imaginais les quolibets dont j’avais dû être l’objet. Aux yeux de ces enfants, je serais toujours le salaud qui a « explosé » la famille, qui a causé tant de chagrin à leur grand-mère.

Mes filles n’habitaient pourtant pas très loin de chez moi. Par deux fois je m’étais risqué à passer en voiture devant chez elles. Nous n’étions éloignés que d’une cinquantaine de kilomètres, et pourtant, j’avais l’impression qu’elles se trouvaient à l’autre bout du monde. Jamais je n’eus la force de descendre de mon véhicule, d’aller à leur rencontre. Je ne voulais pas, une fois de plus, essuyer des insultes. Se faire agonir par un inconnu n’était pas chose plaisante, mais par ses propres enfants, cela était terrible.

Je continuais ainsi ma vie, seul, sans personne avec qui boire le champagne en fin d’année. J’appréhendais vraiment ces dates, car le mot « solitude » prenait tout son sens. J’étais fils unique, et mes parents étaient décédés depuis une dizaine d’années. Noël se résumait à un plateau-télé, ne cessant de zapper devant tous ces programmes plus stupides les uns que les autres. Certes, j’avais bien un ou deux amis qui m’avaient proposé de venir réveillonner chez eux, mais je refusais à chaque fois. Noël était une fête familiale et je ne voulais pas jouer les pique-assiettes. Et puis, pour être tout à fait honnête, mon cœur aurait été lourd en voyant leurs enfants déballer leurs cadeaux. Je ne désirais pas faire ressurgir ces souvenirs qui, au fil du temps, avaient perdu de leur splendeur. Aujourd’hui, ils me faisaient pleurer. Je préférais rester dans mon studio, certes, en me créant l’illusion, en achetant des huîtres et du foie gras, mais le cœur n’était pas à la fête.

Noël était passé et, pour la énième fois, nous avions eu droit au film « Peau d’âne ». Une fois de plus ou de trop, je ne saurais dire, je l’avais regardé, avec le même déplaisir. Mais ce long-métrage était la seule chose que je pouvais « digérer » sans m’étouffer. En dessert, je me contentais d’une glace, certes que j’avais achetée chez un pâtissier, mais rien qui frôlât le haut de gamme. J’étais donc heureux que l’homme à la barbe blanche ait fini sa besogne, j’attendais maintenant avec appréhension le soir du trente et un décembre, quand mes voisins hurleraient à tue-tête : Bonne année !

Comme tous les ans depuis mon « célibat », je me rendrai au bistrot du coin, me boirai une coupe de champagne, et lèverai mon verre pour célébrer le décès de mon ex-belle-mère, un jour de l’an. C’était là ma seule satisfaction, que cette date ne résonnât pas comme une fête pour Sylvie. Cette vieille mégère avait claqué quelques jours après notre séparation. J’étais heureux qu’elle n’ait pas eu le temps de se satisfaire de cela. Car ce divorce était pour elle une bénédiction. Du plus loin que je me souvienne, j’avais toujours été considéré comme le vilain petit canard au sein de cette famille. Dès le début de ma relation avec sa fille, elle usa de toutes sortes de scélératesses à mon égard. Pourquoi, je ne saurais le dire. Sans doute ne représentais-je point le gendre idéal à ses yeux, n’étant pas à la hauteur pour Sylvie. Mon statut professionnel, contrairement à mes beaux-frères, ne me permettait pas de bomber le torse, de m’enorgueillir face à ses voisins, qui, pour la plupart, n’avaient que des ouvriers pour gendres. C’était là que le bât blessait. Sur mon bulletin de salaire apparaissait la mention, ouvrier spécialisé. Qualifié certes, mais « ouvrier ». Cela mettait à mal son statut de bourgeoise, elle qui ne brillait que par ses signes extérieurs de richesse, mais certainement pas par son intelligence.

Il est clair que sa situation était envieuse. Elle possédait trois résidences secondaires, deux voitures de luxe, et partait chaque année dans une contrée lointaine, de préférence très éloignée de la France, dans un pays en voie de développement. Elle pouvait ainsi assouvir ses plus bas instincts, réduire la population locale au rang d’esclaves. Elle savait le pouvoir qu’exerçait l’argent et ce qu’elle pouvait en tirer. Elle voyait cela comme une distraction, faisant de ces gens ses pantins, pratiquant sur eux un asservissement total. Voir les gens ramper à ses pieds la ravissait. Avec mon beau-père, la chose était routinière, et la jouissance du début s’était amoindrie, surtout depuis qu’il lui était totalement dévoué, il était sa chose.

Lui était plutôt « bonne pâte », et je pense qu’il était plus bête que méchant. Mais, pour ne pas la contredire et surtout ne pas s’attirer ses foudres, il allait dans son sens, même s’il était flagrant qu’il n’était pas de son avis. Je l’avais déjà remarqué à plusieurs reprises, alors qu’elle jubilait, en me lançant toutes sortes de saloperies. Malgré ses attaques incessantes, il m’arrivait de trouver dans ces débats houleux, une énorme satisfaction. Lorsque je parvenais à la mettre en difficulté, démontant un à un tous ses arguments, j’étais le plus heureux des hommes. Et ma joie n’était que plus grande en voyant son double menton se renfrogner, et que, ne sachant plus quoi dire, elle tapait sur l’épaule de son mari en lui hurlant :

— Mais dis-lui quelque chose toi !!!

Alors, il balbutiait quelques minutes, avant de prononcer, d’une voix presque inaudible :

— Oui Patrick, vous exagérez.

Alors elle quittait la table et, telle une grande tragédienne, elle se mettait à hurler, à verser des larmes de crocodile, se plaignant à qui voulait bien l’entendre que je l’avais humiliée. Alors que tous les autres se levaient pour aller consoler la pauvre victime, je restais assis, dégustant son café pourtant immonde, qui, d’un coup, recélait des saveurs exceptionnelles. J’exultais, j’avais terrassé ce vieux dragon que tout le monde craignait, et j’en étais très fier.

Après cela, Sylvie me faisait la tête pendant plusieurs jours, ne supportant pas mes incartades avec sa mère. Ce n’était pas tant le fait que je lui réponde qui l’agaçait, mais de rentrer dans son jeu. Car, je dois bien l’avouer, Sylvie n’était pas d’accord avec sa mère, mais, comme tous les autres, elle acceptait ses brimades et se taisait. Souvent, elle me disait de ne pas y prêter attention. Mais c’était plus fort que moi, dès que l’on m’agressait, je perdais tout contrôle, j’envoyais une salve ! Je ne tendais pas l’autre joue après une première baffe. Non, moi c’était plutôt le poing qui se tendait.

Oui, sa mère m’avait « pourri » la vie, poussant le vice à raconter des horreurs à mes filles, alors qu’elles n’étaient encore que des enfants. Là encore, ma femme ne bronchait pas, et, bien que je l’aimasse, je lui en voulais. Je peux donc passer aux yeux de tous pour la pire des ordures en célébrant sa mort, mais personne ne peut imaginer ce que m’a fait subir cette « vieille vache ».

J’irai donc dans ce petit bistrot, et je trinquerai à la mort de cette sorcière, tout en remerciant les vers de la bouffer. Puis, comme à chaque fois, je rentrerai chez moi et regarderai la télévision jusque tard dans la nuit, histoire de veiller un peu ce soir-là, de « marquer » le coup. Pour le jour de l’an, j’allais depuis l’année dernière dans un petit restaurant chinois, à la sortie de la ville. Il n’était pas besoin de réserver, et les prix étaient très abordables. Bref, le déroulement de mes festivités était tout tracé, je faisais partie des personnes seules dans ces moments-là. Mais je préférais cette situation à celle où, étant le seul célibataire, je devais subir leurs baisers dès que retentirait minuit. Leur tenir la chandelle alors qu’ils s’embrassaient goulûment, je ne le désirais pas. Et il s’écoulerait de longues minutes avant qu’ils ne vinssent vers moi pour me souhaiter mes meilleurs vœux. Je devrais pendant tout ce temps supporter leurs roucoulades. Je ne voulais pas assister à ce bonheur auquel je ne croyais plus. L’autre sexe avait trahi ma confiance et je pensais que toute relation finissait par une inconstance. Mes amis avaient beau me répéter que je ne devais pas généraliser, je n’arrivais pourtant pas à me projeter dans une histoire de cœur. Pour moi, les dés étaient jetés. J’avais dépassé la cinquantaine et, cela ne me gênait pas de devoir finir ma vie seul, dans mon studio. J’avais une totale liberté et je ne devais rien à personne. J’avais bien quelques aventures, mais elles ne duraient que le temps d’une soirée. Celles-ci se passaient lors de fêtes entre amis, où l’alcool et des cigarettes qui font rire tournaient à plein régime. Ces relations étaient purement sexuelles, et cela me convenait. Certaines me demandaient mon numéro de téléphone, ce qui d’ailleurs m’étonnait. Je ne faisais preuve à leur égard, d’aucune douceur, d’aucune attention. J’étais simplement un mufle qui assouvissait sa pulsion, afin de rentrer chez lui le cœur léger. Ces coucheries se déroulaient à l’arrière de ma voiture. Cela n’avait rien de romantique. Je ne serais même pas en mesure de vous donner le prénom de l’une d’elles. C’est dire l’importance que je leur accordais. Pour moi, elles étaient là pour la même raison qui me faisait m’installer sur le siège arrière, elles voulaient consommer du sexe, rien de plus. Sûrement que pour certaines, cela devait se faire avec amour. Mais je n’y prêtais aucune attention. Pas de caresses ni de baisers, je passais directement à l’acte. Puis, une fois ma besogne accomplie, je leur demandais de se rhabiller et de sortir de mon véhicule. Je ne désirais pas un second rendez-vous, celui où vous regardiez la personne différemment, des bribes de sentiments risquant de pointer le bout de leur nez. Vous pouviez même vous sentir honteux de votre soirée, d’user pour se faire pardonner de paroles rassurantes, d’être gentil, de l’aborder de façon courtoise. Cela, je ne voulais plus l’envisager. Certes, je savais que j’agissais comme un salaud, considérant les femmes comme de la chair fraîche. Malgré cela, je ne ressentais aucune honte, mes manœuvres me glissaient dessus. Avant, lorsque j’étais marié, je condamnais fermement et avec virulence les hommes qui agissaient ainsi. Je ne pouvais considérer le sexe sans amour. Aujourd’hui, je me comportais tel un proxénète, les femmes étaient mes esclaves sexuelles, et le pire, c’est que j’en étais heureux. Certains amis m’en firent la remarque. Mais pour moi, la cause était entendue, elles ne méritaient pas que l’on s’intéressât à leur petite personne.

Fabrice, mon meilleur ami, avait d’ailleurs une analyse très tranchée sur mon comportement. Selon lui, je faisais payer aux femmes le mal que Sylvie m’avait fait. Je sais que cela relevait d’une véridicité absolue, même si je ne voulais pas me l’avouer. Je haussais les épaules en lui disant que ma cécité avait disparu, qu’il n’y avait pas de grand amour, que tout ceci n’était que foutaises. J’étais désormais quelqu’un d’autre, et j’avais comme nouvelle conviction, que le cœur d’un homme n’était pas pour une seule femme, que la fidélité et les relations fusionnelles, n’étaient que pure utopie. Les femmes étaient comme moi, voire pire. Elles n’avaient aucun scrupule à s’amuser avec vous et à vous jeter dès qu’un Apollon trainait dans les parages. Alors oui, les choses étaient claires. Il était hors de question qu’une femme me fît souffrir de nouveau. Nous étions tous des prédateurs, et nous devions agir comme tel. L’amour n’était plus pour moi. Mon cœur avait trop saigné, la blessure de cette trahison était encore béante, revivre une relation m’était impossible.

CHAPITRE 2

Le réveillon du jour de l’an approchait et tous ceux que je connaissais, de près ou de loin, avaient pour l’occasion, soit pris des congés, soit couraient faire des courses afin que cette soirée fût une réussite. D’aucuns réservaient dans des restaurants ou des cabarets. Il y en avait pour toutes les bourses, chacun y trouvait son compte. Moi, mon petit bistrot allait comme d’habitude me seoir et j’allais y trinquer, à la mort de la vieille. Puis, si le cœur m’en disait, je m’en irais manger un morceau au restaurant chinois. Mais j’avais de moins en moins envie que cette soirée trainât en longueur. Je me formulais même l’hypothèse de rentrer travailler une fois ma « célébration » terminée. C’était là ma seule coutume du jour de l’an, et je ne voulais pas m’en défaire. J’aurais manqué à mon honneur si je l’eusse oubliée. J’en étais presque convaincu, une fois mon verre terminé, je retournerais à la maison et continuerais de plancher sur le manuscrit que j’avais reçu pour correction. Ce synopsis était comme une bénédiction. Il m’avait été envoyé par Bernard Cantien, un écrivain qui venait de connaître successivement trois énormes succès. Il était l’auteur à la mode, celui que tout le monde s’arrachait. Il était sur tous les plateaux télé, et tous les éditeurs essayaient de s’attirer ses bonnes grâces. J’étais très flatté qu’il fasse appel à mes services, car, bien que je travaillasse énormément, je n’avais pour l’instant aucun auteur de renom comme client. Lorsque j’avais reçu son manuscrit accompagné de son courrier, j’avais relu la lettre plusieurs fois afin de m’assurer que je ne rêvais pas. Sans le savoir, j’avais œuvré pour un écrivain qui était ami avec ce monsieur. Bernard Cantien était en froid avec sa maison d’édition, et ne voulait plus entendre parler de leur correcteur qui, pour reprendre ses propos, était un incapable, et totalement inculte face à la langue de Molière. Son ami lui avait alors envoyé le lien de mon site internet, sur lequel apparaissait mes tarifs. Cela dut lui convenir, car il fit appel à mes services. Mon rôle ne se limitait pas à repérer les éventuelles coquilles, les fautes d’orthographe, erreurs de syntaxe, non, je devais également jouer le bêta-lecteur. Cela consistait à lire toute son œuvre, et, en plus de lui suggérer des rectifications, de lui donner mon ressenti sur ses écrits. Cela lui permettait d’avoir une première approche avant le verdict des lecteurs.

Mais ce n’était pas tout. Il désirait, avant la parution de son ouvrage, que je rédige une chronique, en toute objectivité. Cet exercice était pour moi quelque chose de nouveau, et pouvait s’avérer périlleux. Jamais je n’avais fait cela, car je n’en ressentais pas la légitimité. Il désirait que je fasse preuve d’une grande franchise. Mais cette loyauté qu’il désirait tant pouvait être à double tranchant. Je savais que la « droiture » amenait parfois à de sévères déconvenues.