Davies - Fabrice Gardin - E-Book

Davies E-Book

Fabrice Gardin

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Beschreibung

Davies a une double vie : détective privé le jour, agent de la sureté de l’État la nuit. Davies a un don : le don de se placer au centre des situations les plus rocambolesques.
Engagé par le notaire Gentil — qui n’a de gentil que son nom — pour retrouver l’assassin de son client décédé, Davies doit combattre des terroristes internationaux tout en poursuivant des agents secrets qui en savent beaucoup trop… Une seule certitude : si Davies ne sauve pas la capitale de l’Europe de la menace terroriste, personne ne pourra le faire !
Au cours de cette aventure, nous faisons la connaissance de personnages pas très nets issus de la CIA, du Hamas et/ou du Mossad, le tout agrémenté d’une dose d’amour, d’humour noir, et d’une intrigue non conventionnelle.
Davies est parmi nous. Prenez garde en traversant !

À PROPOS DES AUTEURS

Fabrice Gardin associe dans son travail quotidien au Théâtre des Galeries la communication à sa passion du théâtre et de l’écriture. Il est l’auteur de Les Inconsolables (lecture-spectacle en mai 2004 au Théâtre du Parc), Destin (Théâtre du Méridien, octobre 2005, éditions Le Cri), Anna, Une rencontre comme une autre (La Samaritaine, avril 2007, éditions Le Cri), L’Hôtel idéal, Compartiment non-fumeurs et Une vie d’infortune (L’Arrière-Scène, octobre 2008). Il a adapté Candide de Voltaire (Compagnie des Galeries, été 2002) et L’assassin habite au 21 de S. -A. Steeman (Théâtre des Galeries, octobre/novembre 2008).

Christian Lutz est né à Léopoldville en 1954. Après un passage par les multiples réseaux du livre — de la librairie à la distribution en passant par l’imprimerie —, il fonde les éditions Le Cri en 1981. Il a été administrateur de la Foire internationale du Livre de Bruxelles de 1984 à 1992. Outre un roman écrit avec Fabrice Gardin, il est aussi l’auteur d’un roman historique, Marie ou la Renaissance (avec Arnaud de la Croix, Legrain, Bruxelles — rééd. Le Cri, Bruxelles, 2002) et d’une adaptation de Dracula de Bram Stoker (avec Denis Leddet).

Ensemble, ils ont publié Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route (roman, Le Cri, 2006).

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Seitenzahl: 125

Veröffentlichungsjahr: 2021

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DAVIES

LA MORT QUI TUE

DES MÊMES AUTEURS

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route

(les prodigieuses aventures de Marx et Engels),roman, 2006

Fabrice Gardin

Christian Lutz

Davies

La mort qui tue

Roman

Catalogue sur simple demande.

www.lecri.be [email protected]

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

ISBN 978-2-8710-6680-4

© Le Cri édition

Av Leopold Wiener, 18

B-1170 Bruxelles

En couverture : Armand Rassenfosse,Le Peintre obstiné(détail, 1929)

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

N’avez-vous jamais vu pleurer un chien ?

Dans le dernier refroidissement de la terre, quand le vide de votre croyance sera enfin dévoilé, il restera toujours quelque imbécile, à l’esprit obnubilé, qui couvrira de son corps un autre homme afin de lui procurer la chaleur nécessaire pour vivre une heure de plus.

Graham Greene,

A burn-out case

(La saison des pluies), 1960.

1. L’Hédoniste libertaire

La cérémonie n’avait pas duré longtemps.

Ils étaient trois, Davies et deux jeunes femmes, chacune assise à l’extrémité opposée d’une rangée de chaises cannées qui couinaient, sans compter l’offi-ciant debout, raide derrière un micro crachouillant. Ce dernier avait déblatéré quelques lieux communs – c’était compris dans le prix – où il était question d’éternité et de mérites, avant de donner le signal du départ.

Le chariot sur lequel se trouvait le cercueil s’était mis en branle, une porte métallique s’était ouverte sur un feu prométhéen et le cercueil avait disparu dans les flammes avant que la porte ne se referme.

Puis il y eut quelques mesures de Mahler et l’officiant fit comprendre que d’autres clients attendaient… par ici la sortie… y’a plus rien à voir !

Rien que pour le faire chier – lui et ses clients –, Davies restât assis dans la crypte en béton face à cette porte métallique qui avait tout du four à pizza. Il était 9h23 un vendredi.

Les deux jeunes femmes avaient disparu.

Lorsque Davies sortit finalement, il remarqua d’emblée trois choses : il faisait un froid piquant, sec, le ciel était bleu turquoise et ses semelles de cuir noir écrasaient en crissant un gravier rouge sur une allée triste, comme il y en a dans la plupart des crématoriums.

Ensuite seulement il vit une des deux jeunes femmes qui avaient assisté au « spectacle ».

Elle était assise sur un banc, une cigarette éteinte entre les lèvres.

— Vous n’auriez pas du feu ? lança-t-elle lorsque Davies fut à sa hauteur.

Le temps de sortir son Zipo et il perçut distinctement les deux « plocs » qui trouèrent la veste en cuir de la jeune femme, qui se coucha sur le banc.

Davies se retourna vivement et eut le temps d’apercevoir la silhouette de la seconde jeune femme enfourchant une Vespa qui démarra en trombe et disparut derrière un bosquet.

— Trop tard ! grommela-t-il en se penchant sur la victime… Vous m’entendez ?

— Ma cigarette… ma cigarette… murmurait-elle.

— Elle est ici, intacte, dit Davies en l’allumant, puis en la glissant entre les lèvres de la jeune femme. Qui était-ce ?

— Trop tard, monsieur Davies, trop tard…

— J’ai l’impression de vous avoir déjà vu… De vous connaître ? Vous allez vous en sortir. Restez calme, je vais chercher de l’aide…

— Trop tard, je suis foutue Davies…

— Comment savez-vous mon nom ?

— Qui ne connaît pas le fameux Davies ?

— Vous perdez beaucoup de sang, je vais…

— Non !… vous allez… m’écouter… (sa voix faiblissait dangereusement) il faut récupérer…

— Quoi ?

— …

— Que faut-il récupérer, mademoiselle ? Vous m’entendez ?

— Le billet…

— Quel billet ? Où ?

— Le billet sur le corps… il l’avait sur lui avant l’incinération… le…

— Mademoiselle ? Qui êtes-vous ?

Mais il était effectivement trop tard.

La cigarette roula des lèvres de la jeune femme sur le banc puis sur le gravier rouge.

Fallait-il ameuter la troupe ou la jouer en toute discrétion ?

Récupérer un billet sur un cadavre qui venait d’être incinéré ! La tentation de relever le défi était grande.

Davies ramassa la cigarette, tira un coup et réfléchit avant de traîner le corps jusqu’au bosquet, où il le dissimula. Il fouilla les poches de la victime, mais n’y trouva rien. Aucune trace de son identité. Et comme signe distinctif, cette cicatrice qui lui barrait la joue gauche. « Si tu es qui je crois, c’est vrai que tu étais moche. Et puis, tu aurais dû arrêter de fumer », songea Davies en sortant des fourrés.

Heureusement, il n’y avait personne dans l’allée, personne alentour. Il frotta le banc avec son mouchoir et touilla le gravier, on n’y voyait plus que du feu ! Le sang sur le mouchoir pourrait toujours servir en cas d’analyse ADN, songea-t-il.

Il sortit la flasque qu’il avait toujours sur lui et but une petite gorgée. Minuscule, juste pour se réchauffer. Du calvados, comme toujours. Davies contourna le bâtiment aux angles improbables et revint sur ses pas. Il avisa un employé du crématorium et voulut lui poser une question. Mais celui-ci s’arrêta net en voyant Davies s’approcher et prit la direction opposée. « Bon, pensa Davies, il est temps de passer à la vitesse supérieure. » Il entra dans le bâtiment principal et hurla au milieu du hall qu’il voulait voir le directeur de ce boxon, nom de dieu ! Une jeune femme habillée en noir – « c’est de circonstance », pensa Davies – arriva en trombe et lui fit signe de se taire.

— Mais, Monsieur, vous êtes dans un crématorium !

— C’est donc ça ! lui répondit Davies ironique. Je voudrais voir votre patron…

— Il n’y a pas ici de patron plus patron que moi, répondit mademoiselle Van Steen Kicht – c’était écrit sur sa plaquette en fer doré –. Je gère ce crématorium depuis la mort de mes parents.

— Très bien. J’ai une question pour vous.

— Je vous écoute.

— Le type qui vient d’être réduit en cendres…

— Monsieur Gian Franco Parmiggiana Balduti ?

— Oui, si vous voulez… (Davies ouvrit son calepin en cuir noir et nota juste : Balduti) Il avait un billet sur lui. Je voudrais le récupérer.

— Si ce monsieur avait quoi que ce soit sur lui au moment de la crémation, ça a disparu avec lui, en fumée je veux dire.

— Vous en êtes bien certaine ?

— De manière totalement affirmative.

Songeur, Davies reprit son chemin. Mademoiselle Van Steen Kicht étaittotalement affirmativesur le fait querienne pouvait résister à la crémation. Voilà qui le laissait perplexe ! Elle avait aussi insisté pour que, la prochaine fois que l’inspecteur Davies voulait lui parler, il lui téléphone ou sonne à la porte de son bureau. Il promit de respecter cette façon d’opérer. De toute façon, il reviendra. « Ah ! », avait-elle laissé échapper.

Arrivé au bureau, Davies confia son mouchoir à sa secrétaire préférée et demanda une analyse ADN pour tenter d’identifier la personne à qui appartenait le sang du mouchoir, et aussi un café bien serré. Comme à son habitude, la zélée secrétaire ne posa pas de question et se mit en action.

Ensuite, Davies alluma, à contrecœur, son ordinateur et envoya un mail, ce qui lui demanda un temps certain et une entorse à ses convictions, car il n’était pas à proprement parler un amateur de technologies modernes.

Davies avait réfléchi à cette histoire de billet sur le chemin du retour du crématorium – Davies avait toujours la possibilité de réfléchir lors de ses déplacements, car il ne conduisait pas (Profitons de cette info pour préciser que Davies ne possédait pas de GSM. Il refusait d’envisager ce moyen de communication qui faisait perdre à cette « civilisation » un temps considérable, prétendait-il. Sa théorie s’étendait aux écrans plats, au micro-ondes, à la domotique, au percolateur électronique, à la montre à quartz, au GPS, etc.) –. Dans le taxi, une idée lui était venue. Si ce type voulait vraiment qu’on récupère un billet sur lui, il avait dû songer à la façon de le protéger.

Voici donc ce qu’il pianota péniblement à Verna Daems, une charmante scientifique jadis rencontrée sur une enquête et qui buvait presque autant que lui :

Hello ! J’ai cru comprendre que tu étais une scientifique avertie… J’ai donc une question pour toi… Connais-tu un métal qui pourrait résister à la plus haute température ?

Voilà, je suis en train d’écrire un roman « policier » et, au cours du récit, un homme se fait incinérer après avoir ingéré un (à toi de me dire) en (à toi de me dire) dans lequel il a dissimulé un message !

Tu comprendras qu’il suffirait alors au zélé policier en charge de l’enquête de passer sur le lieu de la dispersion des cendres avec un détecteur de métaux pour récupérer le (à toi de me dire) en (à toi de me dire). Crois-tu que cela soit réaliste ?

Voilà.

C’est pas magnifique la vie !

Ton fidèle Davies.

Le temps que Davies se rende aux commodités, Verna lui avait répondu :

Enfantin mon petit Davies.

Je crois que le tungstène (W) fera ton affaire.

Il ne fond qu’à 3400°C. On l’utilise d’ailleurs pour des tuyères de fusées, des bords d’attaques d’ailette de vaisseaux retournant dans l’atmosphère, etc. Plus couramment, dans l’industrie, on utilise le platine (1770°C.).

Un petit étui en tungstène, dans lequel sa grand-mère cachait ses pilules spatiales, me parait du meilleur effet... Pour info, on fait aujourd’hui des composites dits en carbone-carbone qui résistent à 3000°C., mais là c’est Tintin et même Rintintin pour les repérer avec un détecteur de métaux…

Bien des choses à toi, mon petit Davies. En espérant avoir pu t’aider dans ton enquête !

PS : Quand est-ce que tu m’écriras pour autre chose que des composants chimiques ?

V. D.

« Voilà une information intéressante, pensa Davies. Mon intuition est peut-être la bonne. » Il était 13h42.

Sur le cadran de son vieux téléphone en bakélite noir – que la compagnie des téléphones avait bien du mal à maintenir en activité (Davies n’en démordait pas) –, il tourna le numéro de cette chère Mlle Van Steen Kicht pour savoir où et quand seraient dispersées les cendres du dénommé Balduti.

— Aucune dispersion n’est prévue, Monsieur Davies.

— Pouvez-vous en prévoir une ?

— Mais pour cela il faudrait que…

— Pouvez-vous en prévoir une, mademoiselle Kitsch ? Répondez par oui ou par non.

— Kicht !

— Pardon ?

— Kicht !Mon nom est Kicht, pas Kitsch. J‘en ai assez d’entendre mon nom massacré ! Un peu de respect que diable !

— Oui, bon, comme vous voudrez… on ne va pas en faire un fromage.

— …

— Vous êtes toujours là ?

— Prononcez correctement mon nom, et on verra si je suis toujours là !

— « Kicht »… ça vous va ?

—Toutmon nom, avec prénom, tout !

— J’ai oublié.

— Je vous le rappelle, vous n’avez qu’à le noter dans votre super carnet relié de cuir noir : « Mademoiselle Olivia Van Steen Kicht ».

— « Van Steen Kicht », c’est bon ?Alors, pour cette dispersion des…

— Mademoiselle Olivia Van Steen Kicht, s’il vous plaît ?

Davies leva les yeux au ciel, se mordit le pouce qui soutenait le lourd cornet en bakélite, prit sa flasque et ingurgita une rasade de calva avant de poursuivre, mielleux :

— Ma-de-moi-selle-O-li-via-Van-Steen-Kicht-s’il-vous-plaît ?

— Très bien, merci… Il est près de quatorze heures. Vous pouvez passer en fin de journée pour la dispersion. Disons… dix-neuf heures trente ?

— Parfait. J’y serai Olivia…

Elle avait déjà raccroché.

Le bureau de Davies se situait rue de la Rasière en plein quartier des Marolles. Il s’agissait d’un bâtiment à trois étages, datant du début duxixesiècle, ayant abrité un marchand de bois. Davies l’avait vaguement aménagé lorsqu’il l’avait acquis en 1997. Au rez-de-chaussée, un vaste plateau encombré de tables lumineuses, de montagnes de livres et documents poussiéreux, de tables et de chaises de récupération, le tout éclairé par des ampoules jaunasses datant de l’époque de la construction, un coin cuisine. Davies vivait à l’étage dans un dénuement certain. Le deuxième étage abritait les archives de ses dix ans d’intense activité.

En effet, Davies avait lancé sa revue,L’Hédoniste libertaire, pile dix ans plus tôt, mais il n’y avait personne aujourd’hui pour se souvenir de cet anniversaire. Lui-même n’avait pas le cœur à se souvenir.

L’Hédoniste libertaire, revue philosophique et politique à la base avait, au fil des années, consacré de plus en plus de pages à l’hédonisme, ou plutôt à des rubriques de bien-être, allant de la cuisine au jardin, de la psychothérapie familiale au régime macrobiotique, en passant par le massage relaxant et la chirurgie esthétique. Davies en était désolé, mais l’air du temps soufflait dans cette direction.

La revue trimestrielle tirait à trois cents exemplaires, comptait cent-quarante sept abonnés, vendait une soixantaine d’exemplaires au numéro, le reste se retrouvait dans les archives au troisième. Autant dire que Davies ne tirait pas ses revenus de sa couverture, car la revue était une « couverture ».

Davies était consultant pour les services de la sécurité de l’état. Mais ça, à part vous, chers lecteurs, personne ne le savait. Pourtant, sa secrétaire préférée, Marie-Christine Schwartz, se doutait bien de quelque chose et soupçonnait une activité parallèle. Surtout quand Davies lui demandait de s’occuper d’analyses ADN, et qu’il lui confiait des missions du genre de celle dont il la chargea derechef :

— Merci pour le café, Marie-Christine. Ah ! Il me faut un détecteur de métaux avant seize heures.

— Où voulez-vous que je trouve un détecteur de métaux ? J’ai le numéro spécial sur la cellulite à boucler et…

— Marie-Christine, c’est vous qui la bouclez, et vous me trouvez un détecteur de métaux avant seize heures, ok ?

— Charmant !

— Je suis désolé ma petite, mais j’ai des priorités. Je vous expliquerai, si vous êtes sage. D’ici-là, il faut que je dorme.

Davies grimpa à l’étage et se laissa tomber sur son lit, qui n’avait pas été fait depuis des siècles.

— Crrraaamoisi… Crrraaamoisi… Poioioil au grrrain de rrriz…

— C’est pas le moment, Jeckyll !

— Crrraaamoisi…

— T’as raison ! Je me demande bien pourquoi ce Balduti m’a envoyé ce message pour me donner rendez-vous au crematorium ? Qui peut bien avoir été ce type qui convoque à sa propre incinération ? T’as une idée Jeckyll ?

— Crrraaamoisi…

Alors que Jeckyll, l’ara multicolore trônant sur un porte manteau baroque se transformait en arc en ciel, Morphée plongea Davies dans les limbes d’inextricables interrogations.

2. Deux rendez-vous certifiés