Compartiment non-fumeurs - Fabrice Gardin - E-Book

Compartiment non-fumeurs E-Book

Fabrice Gardin

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Beschreibung

Marco Bodoni est écrivain. Auteur de romans policiers aux tirages fabuleux !
Il veut se débarrasser de cette étiquette. Il veut être reconnu à sa « juste valeur ». Il veut tuer son héros, l’Inspecteur Davies. Et passer à autre chose.
Après un dernier ouvrage dans lequel son personnage perd la vie (pas encore publié), il écrit uniquement pour le théâtre … Un jour, lors d’un voyage international en train, une jeune femme vient squatter le compartiment qu’il a réservé. Malgré son machisme évident, il l’accepte. Elle n’est pas journaliste, elle est étudiante. Elle écrit un mémoire sur Marco Bodoni. Leur rencontre n’est pas due au hasard. Mais qui a vraiment suivi l’autre ? C’est l’occasion pour Bodoni d’une remise en question. C’est aussi la seule rencontre qu’ils auront. Elle a quelque chose qui lui appartient. Il le sait. Elle ignore qu’il le sait.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Fabrice Gardin est l'auteur de Destin (Théâtre du méridien, octobre 2005, éditions Le Cri), Une rencontre comme une autre (La Samaritaine, avril 2007, éditions Le Cri), Une vie d'infortune (L'Arrière-Scène, octobre 2008) et aussi Les inconsolables, Anna et L'Hôtel idéal.
Il a adapté Candide de Voltaire (Compagnie des Galeries, été 2002), L'assassin habite au 21 de S-A Steeman (Théâtre des Galeries, otobre/novembre 2008) et La Souricière d' Agatha Christie (Théâtre des Galeries, octobre 2009).
Avec Christian Lutz, il est l'auteur de deux romans, Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route (éditions Le Cri, 2006) et Davies, la mort qui tue (éditions Le Cri, 2009).

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Seitenzahl: 50

Veröffentlichungsjahr: 2021

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COMPARTIMENT NON-FUMEURS

DU MÊME AUTEUR

CHEZ LE MÊME ÉDITEUR

Destin, théâtre, 2005

Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route

(avec Christian Lutz), roman, 2006

Une rencontre (comme une autre), théâtre, 2007

Davies, la mort qui tue,

(avec Christian Lutz), roman, 2009

Compartiment non-fumeurs :

AvecMélanie Robin et Marc De Roy

Mise en scène dePatrice Mincke

Assistanat deMarjorie Berger

Création àLa Samaritainedu 27 octobre au 14 novembre 2009

Fabrice Gardin

Compartiment non-fumeurs

Théâtre

Catalogue sur simple demande.

www.lecri.be [email protected]

(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)

La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL

(Centre National du Livre - FR)

ISBN 978-2-8710-6707-8

© Le Cri édition,

Av Leopold Wiener, 18

B-1170 Bruxelles

En couverture : Mélanie Robin et Marc De Roy.

© Photo F. Gardin.

Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.

À mes parents

« Un esprit sensible ne convient

 pas à qui porte une épée. »

Shakespeare

Dans un compartiment d’un train international. Marco, assis confortablement, lit des documents et prend des notes. Tout à coup, il se met à lire.

Marco: Qui est là, à part le mauvais temps ? – Un homme dont l’esprit est tourmenté. – Où est le roi ? – Aux prises avec les éléments ; il donne l’ordre aux vents d’engloutir la terre dans la mer, afin que tout change ou périsse.

Claire entre.

Durant toute la première réplique de Claire, Marco répondra uniquement par de petits signes.

Claire: Bonjour. Excusez-moi… Je peux m’asseoir ? … Pas de réponse. J’imagine que c’est un ‘oui’ en bonne et due forme… Merci. Je pensais l’avoir raté. Le train. J’ai couru. Quand j’ai vu qu’il était encore sur le quai, j’ai couru à en perdre haleine. Mais ça va, j’en ai toujours. De l’haleine. Ce n'est pas très drôle, c’est vrai, je vous le concède. (Toujours pas de réactions. Elle s’installe, prend son temps.) C’est agréable ce compartiment. Le train est rempli. J’ai cru que je devrais rester debout dans le couloir. Il y a quand même 200 bornes… c’est long ! Debout dans un couloir… sinon, ce n’est pas si long… aujourd’hui, 200 bornes, c’est rien ! Je ne sais pas pourquoi je dis aujourd’hui. 200 bornes d’hier valent bien 200 d’aujourd’hui. Non ? Je vais retirer mon manteau. J’ai chaud. C’est le fait d’avoir couru. Certainement. Ou alors de me retrouver seule dans ce compartiment avec vous ! J’espère que vous n’avez pas de mauvaises pensées. Je plaisante ! Vous n’êtes pas très causant. Je vous dérange peut-être ? Je vais me faire toute petite. Oui, c’est ça. Je vais rester silencieuse. Je crois que c’est ce que vous voulez. Vous étudiez ? Vous prenez des notes. Non. Je vous laisse travailler. J’ai pris un livre de toute façon. Aux cœurs désencombrés et accueillants, Dieu accordera un bonheur sans pareil…

Marco: Sans partage…

Claire: Pardon ?

Marco: La phrase exacte, c’est ‘sans partage’. Un bonheur sans partage.

Claire: Je suis si heureuse.

Marco: Pourquoi ?

Claire: Vous acceptez de partager quelques mots avec moi !

Marco: Ce n’est pas un hasard.

Claire: Quoi donc ?

Marco: Que tout à coup vous sortiez cette phrase ! Il s’agit des dernières paroles du personnage principal dans mon dernier livre publié !

Claire: C’est vrai. Ce n’est pas un hasard.

Marco: Vous m’avez donc reconnu.

Claire: Exact ! Vous êtes Marco Bodoni, mon auteur préféré.

Marco: J’imagine que vous voulez dire votre auteur préféré de romans policiers.

Claire: Vous n’êtes pas content !

Marco: Non !

Claire: Vous ne trouvez pas que c’est gentil de ma part de vous dire que vous êtes mon auteur préféré.

Marco: Non !

Claire: Je ne vois pas de différence. Vous êtes mon auteur préféré !

Marco: Vous l’avez déjà dit ! Et il y a une différence. Je fais peu de cas des gens qui mélangent les genres littéraires.

Claire: Dommage ! Je m’apprêtais à vous dire plein de choses agréables sur vos livres. Combien il y a du rythme, de l’intérêt, des idées novatrices…

Marco: Vous êtes pénible !

Claire: Ce n’est pas très aimable !

Marco: La question est de savoir si vous m’avez reconnu en vous installant laborieusement dans ce compartiment que j’ai par ailleurs réservé à mon usage exclusif, ou si vous êtes entrée dans ce compartiment parce que vous m’avez reconnu.

Claire: Quelle différence cela fait-il ?

Marco: Vous êtes journaliste ?

Claire: Non.

Marco: Alors, effectivement, cela fait peu de différence.

Claire: Je suis étudiante en littérature et j’écris mon mémoire de fin d’études sur… vous.

Marco: Je vous prierai de sortir.

Claire: Pourquoi ?

Marco: Vous n’êtes pas là par hasard.

Claire: C’est une évidence.

Marco: Je n’ai aucune intention de répondre à vos questions.

Claire: Je ne vous en pose pas.

Marco: Pas encore !

Claire: Je veux juste profiter de votre présence.

Marco: Lisez mes livres. Mes livres de gare.

Claire: Vous êtes aigri.

Marco: Je suis passé à autre chose.

Claire:ça n’efface pas le passé.

Marco: Je n’ai pas envie de parler avec vous.

Claire: Et si je vous montre un sein ?

Marco: Qu’est-ce que vous racontez ?

Claire: Vous aimez les jeunes filles. Je suis prête à tout.

Marco: Je vois. Bien jouée !

Claire: Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Marco: Vous savez très bien que je dois refuser mais qu’en même temps votre approche va m’accrocher.

Claire: C’est une scène que j’ai lue dans un de vos livres.

Marco: Vous espérez de cette façon attirer mon attention et rester dans ce compartiment.

Claire: Et alors ?

Marco: Quoi ?

Claire: J’ai réussi ?

Marco: Non ! Ce serait un peu simple.

Claire: Oh ! Allez, faites un effort pour moi, j’ai mis un porte-jarretelles, regardez !

Marco: Arrêtez ce petit jeu. Tenez-vous tranquille deux minutes que je rassemble mes notes.

Claire:ça veut dire que je peux rester ?

Marco: Vous avez une chance. Ne la laissez pas passer.

Claire: Merci. Je vais essayer d’être à la hauteur.

Marco: Je l’espère.

Claire: La gentillesse chez vous, c’est un pas en avant, un pas en arrière.

Marco: Vous allez commencer par faire quelque chose pour moi.

Claire: Avec plaisir.

Marco,en confidence