De Stockholm à Lima - Ana Jan Lila - E-Book

De Stockholm à Lima E-Book

Ana Jan Lila

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Beschreibung

688 886 Quand la folie et la violence se déchaînent dans une audacieuse sensualité. Quand le tortionnaire devient un repère pour la proie. Quand la proie devient l'essentiel pour le tortionnaire. Quand l'amour frappe fort où on ne l'attend pas. Quand la lecture est si brûlante qu'elle vous consume petit à petit, page après page, mot après mot, lettre après lettre. Jan et Will. Will et Jan. Un duo étrange et dérangeant, trash, et pourtant extraordinairement sensuel. Sont-ils respectivement les bourreaux de cette histoire ou les sombres victimes de leurs passions ? L'amour glisse sur le corps parfait de Jan, pénètre le papier et, pour finir, vous aliène à sa féminité absolue. Will incarne le fantasme féminin par excellence et sa violence romantique déstabilisera toutes lectrices amoureuses de l'idée d'être amoureuses. Celles qui sont en quête de l'absolu vérité du sentiment et qui ont conscience qu'on ne vit qu'une fois.

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Seitenzahl: 228

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Sommaire

Avertissement aux lecteurs

Le dernier soir d’une autre vie

Rapt

Le hangar

Esclave

Possession

Will

Jan

Will

Jan

Will

Jan

Will

Jan

Will

Jan et Will

Les règles

Will

Jan

Nous

Will

Jan

Will

Jan

Jan

Will

Jan

Trois

Jan

Will

Jan

Avertissement aux lecteurs

Cette œuvre est une œuvre de fiction, sans relation avec des faits réels, elle ne fait en aucun cas l’apologie de quelque crime ou délit que ce soit. Qu’ils soient de nature sexuelle ou autres. Cette œuvre s’adresse à un public averti et, de préférence, adulte. Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé serait purement fortuite.

JDH Éditions

Le dernier soir d’une autre vie

Ben, Adélaïde, Jenny et moi passons notre dernière soirée ensemble dans un club branché de la ville. Demain, je devrai m’envoler pour Rio de Janeiro, retrouver mes parents. Antonio, mon père, et ma mère, Tessa. Ils forment le plus beau couple du monde à mes yeux. Mariés depuis maintenant trente-deux ans, ils vivent l’amour, le vrai, depuis leur rencontre. Ils sont un modèle pour moi.

Je m’appelle Jan, j’ai vingt-six ans et des projets plein la tête. Après avoir étudié la littérature et l’histoire de l’art, j’ai travaillé trois ans pour une grosse entreprise liée aux affaires culturelles. À la suite de quoi, j’ai récemment demandé ma mutation au Brésil pour me rapprocher de ma famille.

Je suis brune, mes cheveux sont coupés au carré et j’adore ma frange. J’ai hérité des beaux yeux verts de ma mère. Plutôt sexy, d’après mes amis masculins, malgré ma petite taille, plutôt joyeuse… Pétillante et heureuse, je croque la vie à pleines dents, comme si chaque jour était le dernier. Je suis très féminine. J’aime être une femme et je le revendique.

Ce soir, nous sommes dans ce club très prisé de Los Angeles, le Revenge. Il y a énormément de monde, nous entrons et déposons nos affaires au vestiaire, et nous plongeons sans plus attendre dans l’ambiance de la soirée. Ben nous fait signe :

— Venez !

Il nous indique une table cernée d’un canapé de velours noir, très confortable. Nous commandons du champagne pour fêter mon départ qui aura lieu maintenant dans quelques heures. Jenny et moi partons nous déhancher sur la piste de danse, pendant que Ben et Adélaïde se bécotent. Ils forment un super couple depuis cinq ans, ils transpirent le bonheur. J’aime les observer, ils me réchauffent le cœur. Adélaïde est ma meilleure amie depuis mes treize ans, elle me connaît par cœur, nous avons fait les quatre cents coups, toutes les deux. D’un simple regard, elle me comprend, elle m’a toujours soutenue quoiqu’il se passe. Parfois, je crois que nous sommes presque amoureuses l’une de l’autre. C’est une relation très forte. Je l’adore.

Quelques types dansent avec nous, nos visages sont éblouis par les spots multicolores que la musique déchaîne, les vibrations des basses cognent sous nos pieds. J’en remets certains, qui sont un peu trop tactiles, à leurs places. Leurs mains baladeuses ne me flattent pas et ne m’excitent pas. Pour tout dire, elles produisent sur moi l’effet inverse. Je suis célibataire depuis un moment. J’ai eu une relation qui a duré un an, ma seule relation sérieuse d’ailleurs, mais bien trop absorbée et accaparée par mon travail, mon couple n’y a pas résisté. Curtis était très gentil, un beau blond aux yeux bleus, du genre de ces mecs qui posent pour des affiches publicitaires en sous-vêtements de marque. Mes ambitions professionnelles ne lui plaisaient pas du tout, il préférait de loin être seul sous les feux des projecteurs. Une femme comme moi l’encombrait. D’un commun accord, nous avons donc décidé de mettre un terme à notre relation qui n’avait aucun avenir. Et puis… sexuellement, je n’étais pas tout à fait satisfaite. La beauté d’un corps ne fait pas tout. La fantaisie, l’imagination et le fun n’étaient pas dans sa personnalité.

La soirée avance. Je suis déjà dans un certain état d’ébriété. Mais j’ai envie de faire la fête ; je me dirige vers le comptoir pour commander une autre bouteille de champagne. Un homme assis sur un tabouret me fixe. Ses traits sont assez flous pour mon regard alcoolisé. Je n’y prête pas attention plus longtemps. Il me mate, et alors ? Tous les types me matent ce soir, je suis sexy et bourrée : normal ! Je retourne auprès de mes amis en roulant des fesses pour le provoquer. J’adore rire des hommes comme lui.

Quelques instants plus tard, le serveur s’avance, dépose le seau de champagne et me tend un verre en ajoutant tout en pointant son doigt vers l’homme qui me fixait quelques instants plus tôt :

— Une vodka offerte par la personne en chemise blanche assise au comptoir.

— Merci ! dis-je dans un sourire.

Je lève mon verre en direction de l’homme, qui fait de même avec le sien, et le bois cul sec.

Au bout d’une vingtaine de minutes, je commence à avoir vraiment chaud. Mes cheveux sont trempés, mes vêtements me collent à la peau, je me sens vaporeuse et excitée. L’envie de danser me reprend. Et j’ai aussi une soudaine fringale de sexe. Je réprime l’idée, mais je ne sais pas ce que j’ai. Je me sens bizarre. De plus en plus bizarre. Je me surprends à mater comme une nymphe l’entrejambe de Ben, délicieusement mise en valeur dans un Levi’s 501. Je me lève du canapé, décidée à aller me passer la tête sous un robinet d’eau froide, rouge de confusion, priant pour que Ben n’ait rien remarqué. Mais prise de vertiges, ma tête commençant à tourner, je dois m’appuyer à l’aide de ma main contre le dossier pour ne pas tomber. Ben me demande :

— Jan, tout va bien ?

— Je suis un peu fatiguée et saoule, je pense que je vais rentrer.

— OK, je vais appeler les filles et on y va.

— Non, non, restez… Amusez-vous ! On se voit demain matin avant mon départ.

— Tu es sûre ? demande-t-il d’un air inquiet.

— Oui, ne t’en fais pas, ça va aller. Je vais prendre un taxi et me reposer.

Je lui fais un bisou sur la joue, en lui demandant de dire au revoir aux filles pour moi. Je commence à marcher, mais je dois me tenir à tout ce qui est à portée de main, tellement la sensation d’ivresse m’emporte. Les sons résonnent dans mes tempes. J’ai des nausées. Je me sens flotter. Les choses tournent au ralenti autour de moi. Le sol se dérobe sous mes pieds. Les lumières de la salle deviennent insupportables. Je manque de tomber, mais quelqu’un me retient.

— Hey, doucement, ma belle, je vais te ramener.

— No… Non… Ça…

Je ne termine pas ma phrase et je sens que je m’écroule dans les bras de l’inconnu, puis c’est le trou noir.

Rapt

J’ouvre les yeux difficilement, c’est une sensation de nausée qui me réveille. C’est immédiat, je me penche et vomis aussitôt. Je suis essoufflée. De petites piqûres amères m’irritent la gorge au passage de l’air. Je retombe sur le dos. J’ai froid.

Vraiment froid.

Tout mon corps me fait mal.

Même ma bouche.

Je ne comprends pas ce qu’il se passe ni où je suis. Mon crâne tape et mon cœur s’emballe. Je me sens faible et chaque mouvement est pénible. Il n’y a aucun bruit autour de moi. Je n’entends que mon propre souffle, il n’y a aucune lumière.

Où suis-je et comment suis-je arrivée ici ?

Je n’arrive pas à me souvenir.

Qu’est-ce que je fais là, d’ailleurs ?

Je regarde autour de moi, à la recherche de quelque chose de familier, mais il fait tellement sombre que je ne vois pas grand-chose. Mes yeux sont encore légèrement voilés, je tâtonne. Je comprends que je suis sur un lit, j’essaie de me lever, mais je n’y arrive pas, quelque chose me bloque. Je recommence et cette fois je ne rêve pas, quelque chose m’empêche de me redresser. Je touche mes poignets avec angoisse, et je suis horrifiée quand je découvre que l’un d’eux est attaché à ce qui semble être une chaîne !

L’horreur de la situation me saisit. Je me pince pour être sûre que je ne rêve pas. Je rassemble mes esprits et j’essaie de me rappeler la fin de la soirée. Mon dernier souvenir étant le verre que m’a offert cet inconnu assis au comptoir de la boîte.

J’ai été droguée…

Ce n’est pas vrai !

Pas moi !

Je palpe mon corps et là, c’est pire que ce que je pensais… Je m’aperçois que je ne porte plus que ma petite culotte et que mes vêtements ont disparu !

Un sentiment d’impuissance s’empare de moi. Je tente de maîtriser ma peur comme le ferait une personne rationnelle, en ravalant un cri qui se coince dans ma gorge. Un cri devenu muet, comme dans ces cauchemars où l’on voudrait hurler à l’aide, mais où la voix ne sort pas. Le bruit métallique des chaînes attachées à mon poignet me glace le sang. Je réalise et tout va très vite dans mon esprit ! Dans une panique devenue animale, je hurle ! Je crie en demandant de l’aide, jusqu’à en perdre la voix, j’essaie d’arracher mes chaînes, tire dessus comme une forcenée, hurle et crie à nouveau, mais rien ne se passe. Rien ne bouge, personne ne vient à mon secours.

De longues minutes s’écoulent où je scrute le moindre bruit, je suis tendue comme une corde de violon. Rien. Épuisée et vaseuse, je me laisse tomber sur le lit. Je m’enroule en position fœtale et pense à mes amis qui doivent me chercher, car ils devaient me conduire à l’aéroport, je pense aussi à mes parents qui vont m’attendre et tenter de me joindre, à leurs inquiétudes face à ma disparition.

Mon téléphone !

Je me redresse et cherche mon sac des yeux, mais je ne le vois pas. Bien sûr qu’on ne m’a pas laissé mes affaires !

Comment ai-je pu croire le contraire ?

J’ai froid et il n’y a pas de drap.

J’essaie de me réchauffer avec mes bras, sans résultat.

Je finis par m’endormir, attaquée par des vagues nauséeuses, perdant le fil de mes pensées.

Le hangar

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis dans les vapes. C’est le fracas d’une porte qui me réveille brutalement et me force à ouvrir les yeux. Une lumière agressive éclaire la pièce et m’oblige à les refermer aussitôt. Je lutte et parviens à distinguer vaguement l’endroit dans lequel je me trouve.

La peur me prend alors jusqu’au fond des tripes…

Je suis prisonnière dans une sorte de bunker, dans une pièce aux murs bétonnés luisants d’humidité… Il n’y a pas de fenêtre… Ma couche est l’unique meuble. Un matelas souillé et moisi. Je vois que j’ai des bleus sur les jambes et que mes pieds sont très sales. J’ai aussi des écorchures sur les avant-bras et les poignets.

Un homme de grande taille, roux, plein de tatouages, avance vers moi, le regard menaçant. Son visage est horrible ! J’ai peur, je ne calcule plus rien. D’instinct, je me recule sur ma paillasse et me mets en position assise, entourant mes jambes de mes bras, tentant de cacher autant que possible ma quasi-nudité à cet inconnu. Qu’est-ce qu’il me veut ? Sa voix résonne méchamment entre les murs de ma prison.

Il ordonne :

— Mange.

Il me jette une sorte de barre énergétique qu’il sort de la poche de sa veste, puis jette une bouteille d’eau à côté de moi, sur le matelas.

Je ne bouge pas, ce n’est pas l’homme de la soirée, je ne l’ai jamais vu. Jamais croisé. Je me souviendrais de sa sale gueule, sinon…

Je lui hurle, prise d’une bouffée de colère :

— Qu’est-ce que vous me voulez ?

Il me regarde avec moins de réactions dans les yeux qu’un poisson mort. Il me fait frémir d’horreur. Je poursuis, d’un ton suppliant :

— Laissez-moi partir, je vous jure que je ne dirais rien. Tout peut encore s’arrêter. S’il vous plaît !!

Il grogne :

— Mange et ferme-la !

Il me regarde encore quelques secondes, tourne les talons et quitte la pièce sans se retourner. Il ferme la porte si violemment que le bruit me fait tressaillir.

Une clé tourne dans la serrure.

Je suis enfermée.

Prisonnière.

Je hurle à fissurer les murs, mais il ne revient pas.

Personne ne vient.

Je deviens folle.

Je mets de longues minutes à me calmer.

Je bois un peu d’eau de la bouteille donnée par mon geôlier, je suis déshydratée, cela me fait du bien. Mais pas longtemps, car, petit à petit, je sombre de nouveau dans le sommeil, je crois que j’ai encore été droguée… Mon angoisse s’estompe. Ma volonté s’annihile. Mes yeux se ferment. Je sombre encore.

Le temps de quelques cauchemars et je me réveille brusquement, comme si j’émergeais d’une eau profonde, sans pouvoir bouger, comme pétrifiée… Certainement encore les effets de la drogue.

Je n’ose pas descendre mon regard sur la personne qui est sur moi, mes yeux se fixent au plafond. C’est un cauchemar, je vais me réveiller, me dis-je à moi-même. Un homme cherche à s’introduire en moi, sans ménagement, il crache sur sa main et me souille de sa salive en frottant durement mon sexe, je tente de me débattre en bougeant mes jambes, mais je n’y arrive pas, j’ai l’impression qu’elles sont clouées au matelas. Pourquoi mes jambes ne bougent-elles pas ?

Il dit :

— Tu vas aimer ma grosse queue, petite pute !

Des larmes coulent, je suis spectatrice de mon propre viol sans pouvoir faire le moindre mouvement. Il me pénètre en forçant, grogne de satisfaction et remue sur moi comme si je n’étais qu’une poupée gonflable. Il pue, son haleine fétide m’asphyxie.

Au bout de ce qui me semble être des heures, l’homme émet un râle bruyant et se laisse tomber sur moi de tout son poids. Il dégage aussi une forte odeur de fumée froide, il transpire horriblement. Quelques instants plus tard, il se relève et je peux découvrir mon violeur de pied en cape ; un atroce vieillard aux dents jaunes, chauve et laid à pleurer. Il se fend d’un sourire en me regardant, tout en réajustant son pantalon sur son ventre bedonnant et poilu.

— Tu as une bonne petite chatte… Longue et étroite. Tu vas faire un malheur, ce soir.

L’homme s’en va, emportant ma dignité avec lui. Je me sens sale, son haleine fétide imprègne encore mes narines, je vomis de nouveau, mais cette fois, sur moi. Je suis immobile, sur ce matelas inconfortable, il n’y a pas d’oreiller.

Un liquide coule entre mes cuisses, du sperme ?

Du sang ?

Peut-être les deux.

Il ne s’est pas protégé.

J’angoisse immédiatement à l’idée de tomber enceinte de quelqu’un d’aussi épouvantable.

Et s’il m’avait refilé une maladie ?

Je voudrais mourir.

Ma peau me brûle, je voudrais me laver, pouvoir supprimer la sensation que ses mains hideuses ont laissée sur moi, me frotter jusqu’au sang s’il le faut pour qu’elle s’en aille, je veux oublier ce qu’il vient de se passer.

Et s’il recommençait ?

L’angoisse l’emporte sur le dégoût. Morte de trouille, j’écoute le moindre bruit en ayant la sensation étrange que mon ouïe est d’un coup surdéveloppée. Je suis terrifiée à l’idée qu’il revienne. Ma respiration s’intensifie et devient plus rapide, ma bouche est sèche, mon bas-ventre me fait mal. Je n’arrive toujours pas à bouger, des larmes coulent du coin extérieur de mes yeux. Je tente de me souvenir de la maison de mes parents, des bras rassurants de ma mère, du sourire de mon père, pour ne pas devenir folle. Ensuite, je prie, j’implore Dieu de me sortir de là, de m’aider. Je ferme les paupières fortement, en me disant que lorsque je les rouvrirai, je ne serai plus ici, je serai dans ma chambre au Brésil, entourée de ma famille. J’attends quelques instants. Je les ouvre, mais, malheureusement pour moi, rien n’a changé, et mon sexe gonflé et douloureux me rappelle atrocement ce que je viens de subir.

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là.

Des heures ?

Des jours ?

Je n’ai plus ma montre.

J’ai retrouvé l’usage de mes membres et bien qu’engourdi, je peux bouger presque normalement. J’ai retiré la culotte déchirée qui gisait sur ma cuisse gauche, j’ai tenté de laver avec l’eau de la bouteille mes souillures. Comme je pouvais. Je me dégoûte, je hais mon corps.

Mais j’entends des bruits, on vient à nouveau vers ma cellule, mon ventre brûle d’angoisse. Les pas se rapprochent. La porte s’ouvre vivement : le premier homme que j’ai vu en me réveillant, le rouquin, entre d’un pas vif et me jette des vêtements.

— Enfile ça !

Je ne bouge pas, il s’approche un peu plus et attrape violemment mon menton de ses mains de gorille. Il hurle :

— Tu vas obéir salope ! Tu bouges ton cul, sinon je te le casse.

J’attrape les vêtements à la hâte. La menace est réelle. Je panique. Je ne suis plus qu’une petite fille terrorisée. J’obéis et saisis les vêtements : une nouvelle culotte et un débardeur blanc en lin. J’ose le regarder en levant les sourcils d’impuissance. Il se frotte le front, comme s’il venait de comprendre que je ne pouvais pas le faire seule. Ses réactions sont celles d’un primate. Sa gestuelle montre sa bêtise.

Je me demande si je suis la première femme qu’il enlève ?

En soufflant, il me saisit sans ménagement et libère mes chevilles afin que je puisse enfiler la culotte, puis il détache mes mains pour que je puisse mettre le débardeur également. Mes chevilles sont douloureuses. Je pourrais tenter quelque chose, mais je suis bien trop faible et je ne sais pas de quoi cet homme est capable. Sa force physique semble être colossale… Je ne ferais pas le poids. Il me ferait mal. J’obtempère, heureuse aussi, malgré tout, de lui cacher mes seins et mon intimité. Je déchante rapidement en sentant que le fait de m’habiller devant lui semble l’exciter. Il dit, satisfait, le ton gras :

— Tu vois ma salope, ce n’est pas compliqué.

Il s’approche encore et me passe quelque chose sur la tête. Il en profite pour me peloter au passage. Je me raidis : il grogne.

Je ne vois plus rien, tout est noir. Il me soulève comme un sac, et me plante debout. J’ai du mal à garder l’équilibre, il me tient par le bras, puis me force à avancer. Je ne sais pas où nous allons, mais qu’est-ce qu’il pourrait m’arriver de pire ?

Un viol collectif ?

Mourir peut-être…

Il me fait mal. J’ai si peur que je frémis comme une chienne que l’on conduit à l’euthanasie…

— Tu fermes ta gueule, je ne veux pas t’entendre, grognasse, m’ordonne-t-il.

J’entends beaucoup de bruit autour de moi, j’essaie de voir quelque chose à travers la cagoule, mais sans succès. J’ai chaud et commence à suffoquer, là-dedans. Mon corps tremble, toujours tenu par la main ferme de ce connard.

— Installe-la là-bas ! Ordonne une voix que je ne connais pas.

Je me demande combien ils sont !

De nouveau, il me force à marcher. Il me manipule de façon à ce que je m’asseye et menotte mes poignets dans mon dos. Puis il me bascule sur ce qui semble être un lit. Mes jambes sont également attachées et écartées suffisamment pour qu’un nouveau violeur se serve. Il retire le tissu de ma tête. La lumière me fait plisser les paupières, elle est trop vive pour mes rétines qui n’ont connu que trop l’obscurité. Il me bâillonne avec du ruban adhésif noir. Je regarde autour de moi, il y a plusieurs autres lits occupés par d’autres femmes, attachées tout comme moi. Peut-être plus d’une douzaine. Je rencontre leurs yeux apeurés, remplis de souffrances et d’interrogations, elles doivent certainement lire la même chose dans les miens. Bâillonnées, nous ne pouvons que gémir. De peur et de douleur. Mon Dieu, mais où sommes-nous ?

C’est quoi ce délire ?

Le rouquin se tient devant moi. D’autres hommes sont positionnés devant chacune des prisonnières. Nous sommes toutes dans la même position avec les mêmes vêtements et à peu près dans le même état, certaines plus amochées que d’autres. Des hommes de toutes sortes, de toutes origines avec des physiques bien différents envahissent la pièce d’un coup, comme à l’ouverture d’un magasin. La majorité d’entre eux portent des costumes. Ils sont nombreux et font le tour des lits, nous observant et lisant ce qui ressemble à des fiches accrochées à chacune des couchettes. Je n’y avais pas prêté attention jusque-là. Cela semble nous concerner, mais je n’arrive pas à lire ce qui est écrit.

Certains s’approchent de moi, m’observent sans pudeur, détaillent mon corps de leurs yeux pervers et parlent avec le rouquin posté devant mon lit. Je tends l’oreille, espérant comprendre quelque chose.

— Je t’en offre cinq mille… dit un homme d’une cinquantaine d’années plutôt maigre, au regard lubrique.

— Tu ne veux pas que je te la donne non plus ? Frappée par l’évidence, je pleure. Ces hommes sont là pour nous acheter, ils font du trafic d’êtres humains.

Oh, mon Dieu, je vais être vendue !

Les négociations continuent, un autre homme s’approche. Plus jeune, avec un costume violet et une chemise blanche, je ne vois pas bien son visage, ma vue étant brouillée par les larmes. Il interrompt la conversation des deux autres :

— Vingt milles et je pars avec elle.

— Payez l’homme au costume bleu au fond de la salle. Et l’affaire est faite.

Mon kidnappeur pousse le vieux pervers pour faire signe à cet homme en bleu au fond de la salle. Je n’arrive pas encore à bien distinguer son visage, mais il s’agit certainement du chef de cet immonde trafic. Il avance vers son client.

À quelques mètres de là où je me trouve, je le reconnais ! Je suis prise d’un haut-le-cœur. C’est mon violeur ! Il approche, l’homme qui m’a achetée lui tend une grosse enveloppe, je vois son visage dégueulasse se fendre à nouveau du même sourire que tout à l’heure. Il jette un œil dans l’enveloppe, puis, d’un hochement de tête au rouquin toujours devant mon lit, il lui indique que c’est bon. Ce dernier s’approche et défait mes liens.

— Tu ne tentes rien, sinon je te bute ! Dommage que tu nous quittes si rapidement, je n’aurai pas le temps de te prendre le cul. Pour le reste, tu es bonasse ! Surtout ta bouche ; mais pour ton cul, je voulais t’entendre gueuler comme une truie.

Je ravale le vomi dans ma bouche. Je n’ai donc pas été violée qu’une seule fois et par un seul homme.

Combien de temps ai-je été inconsciente ?

Cette pensée me donne de nouveau envie de vomir, mais mon ventre qui n’a rien avalé depuis… en fait, je ne sais pas depuis combien de temps je n’ai rien mangé, et je n’ai plus rien à rejeter hormis de la bile. Il m’attrape par un sein et me lève. Je crie de douleur sous le bâillon.

— Avance.

Je marche en regardant ces femmes ligotées sur leurs lits de torture. L’une d’entre elles est en train de se faire violer par une matraque manipulée par un type qui « l’essaie ». Les autres hommes autour de lui rigolent de la scène. Plus loin, un homme à genoux sur le lit au-dessus d’une autre l’oblige à le sucer. Une autre allongée sur le ventre se fait sodomiser par une sorte de nain au sexe démesuré ! Là, un autre type, à l’aide d’une paire de pinces, martyrise les tétons d’une fille, qui a l’air très jeune, pour « entendre si elle gueule bien » ! Le hangar de l’horreur... Les cris de douleurs et les rires gras résonnent à l’infini entre les tôles de l’édifice. Au passage, quelques types me pelotent et aboient des insultes. Mon tortionnaire ne bronche pas. Il m’entraîne avec lui sans faiblir. Nous nous arrêtons enfin à l’extrémité de ce hangar désaffecté et il ouvre une porte et me pousse dans une petite pièce vide : il ramasse sur le sol un sac plastique et me le jette au visage :

— Enfile ça, magne-toi, la pute !

Il y a dedans un débardeur blanc et un bas noir, je ne me fais pas prier, pour une fois que je peux couvrir ma nudité et échapper à leurs regards. Nous ressortons par une autre porte métallique et je distingue l’homme en costume violet de tout à l’heure, entouré de trois hommes qui ressemblent davantage à des gardes du corps qu’à des acheteurs. Nous marchons dans leur direction. Le rouquin lui lance :

— Elle est prête.

L’homme à qui je viens d’être vendue claque des doigts, deux des types attrapent chacun un de mes bras et me font avancer. La luminosité m’éblouit vraiment, je n’ai pas vu le soleil depuis un moment. Je baisse la tête et les yeux, nous arrivons rapidement à une voiture, une grosse berline. L’un des gardes ouvre une portière et me fait monter avant de la refermer sur moi. Au bout d’un certain temps, mon acheteur monte à son tour dans la voiture. Il me regarde. Je suis perdue et je dois paraître affolée. Il laisse échapper un petit rire sadique.

— Je t’ai achetée. Donc, tu m’appartiens. Ton calvaire ne fait que commencer, princesse.

À l’instant où il prononce cette phrase, je comprends que le cauchemar continue. Ce que j’ai vécu n’était qu’une mise en bouche, je suis entre les mains d’un autre malade, pas d’un sauveur. Je l’observe, il émane de lui une autorité naturelle, il me paraît être le genre d’hommes qui n’a pas besoin de lever la voix pour se faire entendre. J’essaie d’enregistrer le moindre détail. Grand, je dirais qu’il me dépasse d’au moins deux têtes. Sa carrure semble taillée pour le combat, son allure athlétique est d’autant plus marquée par les vêtements ajustés qu’il porte. Son visage est froid, sa mâchoire carrée, ce qui lui donne un air dur, ses lèvres sont charnues, ses yeux sont foncés, ses iris sont vert clair selon la luminosité. Sa mine grave accentue la sévérité de son visage. Son regard me glace lorsque je m’aperçois qu’il m’observe lui aussi, faisant glisser ses yeux sur mon corps. Un frisson me prend sur le haut du crâne et me parcourt entièrement et je me remets à trembler. Je tente de gérer ma respiration intérieurement pour arrêter la crise d’angoisse qui commence à naître.

— Où allons-nous ? dis-je, hésitante.

Il me fixe toujours, ses pupilles sont dilatées, il fixe ma bouche longtemps avant de remonter jusqu’à mes yeux. Je me sens à nouveau violée.

Même si…

En fait, il est vraiment pas mal…

Je dirais qu’il a dans la trentaine.

Non, mais ça ne va pas !

Je ne dois pas le trouver « pas mal » !

Il répond, tranchant :

— Chez moi. Et je vais devoir t’apprendre certaines… règles.

Je déglutis. Des règles ? Sur quel genre de malade suis-je encore tombée ? Il passe sur l’un des sièges à côté de moi, mon rythme cardiaque commence à s’accélérer. Il reprend :

— Je vais mettre ce bandeau sur tes yeux.

Je vois un bout de tissu rouge dans sa main, la matière ressemble à de la soie. Très belle. Comme pour les foulards de prix.

Un comble ! Un malade de luxe, pensais-je.

— Pourquoi ?