Décryptages - Odile Anizet - E-Book

Décryptages E-Book

Odile Anizet

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Beschreibung

Décryptages n'est pas un recueil de nouvelles; il comprend dix textes courts élaborés à partir d'oeuvres picturales d'artistes contemporains ou non. Ces photographies et ces tableaux m'ont inspiré des histoires de vie qui parlent d'échecs, d'espoirs, d'illusions, qui disent l'amour, la mort, la peur, qui racontent notre humaine existence. Le lecteur est ainsi incité à construire lui-même d'autres destins.

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Seitenzahl: 58

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Aux femmes, si fortes en dépit de tout,

Aux hommes, si fragiles en dépit de tout…

« Je ne trempe pas ma plume dans un encrier mais dans la vie ».

Ainsi parlait Blaise Cendrars.

Un photographe ou un peintre pourrait dire quelque chose d’approchant et c’est ce à quoi je m’attache aussi en décryptant à ma manière ces œuvres picturales. Vous, lecteurs pourriez faire de même : vous entreriez alors dans la complexité de l’âme humaine, celle des autres d’abord mais aussi la vôtre, n’en doutez point !

Bonne lecture et bon voyage…

Odile Anizet

Décryptages

Partie 1

:

où l’on voit que le destin est parfois cruel

1. Miroir, mon beau miroir

2. Indiscrétion

3. Il arrive !

4. Un jour mon Prince

Partie 2

:

où l’on voit parfois s’ouvrir des portes

5. Escapade

6. Sous le feu du ciel

7. La curiosité n’est pas un vilain défaut

Partie 3

:

où l’on voit que la vérité est parfois surprenante

8. Une dame si parfaite

9. Un si joli minois

10. Filature

Iconographie

Partie 1

Où l’on voit que le destin est parfois cruel.

« Tous les malheurs de l’homme viennent de l’espérance. »

Albert Camus

Miroir, mon beau miroir

Femme devant son miroir

William Hodgkins

1952

Mon Dieu que j’ai mauvaise mine ce matin ! Il faut dire que la nuit a été courte, une fois encore. Une nuit ponctuée de musique, de verres et de flirt innocent, si tant est qu’un flirt le soit !

Un bar, des bars, des boîtes de nuit class mais de moins en moins class au fil de la soirée, des rencontres improbables mais aussi prévisibles, des approches cousues de fil blanc ou tout à fait délicates pour un même résultat : une sensation profonde d’écœurement. Est-ce cela que je veux faire de ma vie ? Comment en suis-je arrivée là, à rester plantée devant ce miroir et me plaindre de ma mauvaise mine ?

Le pire dans tout cela c’est que mes souvenirs sont loin d’être clairs aujourd’hui. J’ai même gardé aux pieds mes escarpins et cela me semble prouver la gravité de la situation de la veille : je ne sais pas ce que j’ai fait, ni avec qui. Comment je suis rentrée chez moi est un mystère. Mais, en définitive, si je suis là, c’est qu’il n’y a pas eu mort d’homme. Enfin, pas que je m’en souvienne ! Je me dis parfois en sortant dans la rue que je serais bien à mal de reconnaître mes « partenaires de jeu », si bien que je baisse ostensiblement la tête, porte lunettes noires, chapeau ou turban plutôt que la chevelure longue et bouclée que j’arbore lors de mes sorties de gala ou de fête. D’autant que les paparazzi me guettent. Ils cherchent à savoir où j’habite, avec qui, mais William fait tout pour préserver mon intimité. William, c’est mon agent. Pas mon petit ami, non, il préfère les garçons. William me permet de sortir mais seulement en soirée. Je suis libre de faire ce que je veux mais incognito : une perruque, des lunettes, du fond de teint pour dissimuler le tatouage si reconnaissable. Pourtant je vois bien que cette liberté m’est néfaste. Je ne comprends pas pourquoi il me laisse faire ainsi. Au début de ma carrière, il y a deux ans, il m’accompagnait, renvoyait les harceleurs, me protégeait des quémandeurs et autres pique-assiettes. J’étais rayonnante alors, je portais haut la tête, savais draper mon joli corps de robes chics et originales. Je faisais la une des journaux, les réseaux sociaux m’adulaient. J’étais heureuse dans cette vie toute nouvelle. J’avais des propositions de tournage et certains grands acteurs savaient qui j’étais, moi, la petite actrice de sitcom. La série avait un succès incroyable, en dépit de la faiblesse du scénario mais l’histoire d’une petite jeune fille de milieu modeste qui devient une star, c’est toujours une histoire passionnante ! Et puis ce titre ! Bellissima ragazza ! Je trouvais à l’époque qu’il me convenait tout à fait : tous les regards étaient tournés vers moi et cela renforçait ma quasi-certitude d’être la plus belle ! J’étais au sommet de ma gloire.

Mais ce matin- enfin, il est quatorze heures-, je ne sais plus où j’en suis. William est absent pour quelques jours et il me semble qu’hier soir, j’ai rencontré quelqu’un qui a sous-entendu qu’il l’avait vu : il n’était pas seul mais accompagné d’une certaine Brigitte, une belle blonde. Cela aurait dû me mettre la puce à l’oreille mais j’avais déjà bien entamé ma bouteille de vodka.

Sale mine ! Et si je relevais mes cheveux avec ce foulard de Maman ? Que dirait-elle, ma chère maman, de sa petite fille chérie, sa Dolly en sucre d’orge, son adorable enfant ? Mais Maman est loin ; Maman ne voit que l’endroit de la pièce, la belle face dorée à la célébrité, à la gloire et à l’argent. Pauvre Maman, si elle me voyait… Que verrait-elle ?

Une jeune femme qui se fane à la lueur de bougies qui ne font plus briller ses yeux tant ceux-ci sont déjà las de tout ! Une jeune femme qui se fuit en s’évadant dans la luxure, l’alcool et le drogue, hypothéquant ainsi son avenir et même peut-être sa carrière ! On n’est jamais préparé à la célébrité. On ne s’attend pas à ce double sentiment de peur mais aussi de soif de reconnaissance : un paradoxe qui pousse à prendre les risques que l’on estime nécessaires alors qu’il faudrait laisser faire les choses tout en dressant des garde-fous. Mais à vingt ans, quels garde-fous peut-on dresser quand la vague de la gloire s’empare de vous et vous lie au sentiment d’un accomplissement toujours recherché et jamais atteint ? Comment lutter contre la joie d’être aimée, reconnue, désirée, admirée même ? Comment ne pas aller trop loin quand on n’est encore qu’une enfant à la recherche d’idoles ?

Hélas, il faut bien continuer. Relever ses cheveux pour paraître plus belle, faire briller au citron les yeux qu’on ourlera d’un trait de khôl, lisser ses traits d’un patch et sourire au miroir qui bientôt renverra l’image idyllique de la petite star d’un jour.

Indiscrétion

Pandora

John William Waterhouse

1896

Il m’a semblé à mon réveil que ce jour serait particulier. D’abord, la tourterelle avait chanté plus tôt que d’habitude et John William n’était pas là, parti sur ses terres visiter ses métayers. C’est un homme possessif : ses terres, ses métayers, son domaine, ses « gens », sa femme -moi-, ses chiens, ses trophées de chasse et son coffre secret et ce, dans un ordre incertain.