Les Saisons invincibles - Odile Anizet - E-Book

Les Saisons invincibles E-Book

Odile Anizet

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Beschreibung

Les saisons invincibles, ce sont celles que nous traversons au cours de notre existence: enfance pleine de promesses, adolescence attendrissante, vieillissement inexorable, entre maladie, ruptures ou renaissance. Six nouvelles pour aborder en toute humanité les différentes étapes de la vie.

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Seitenzahl: 36

Veröffentlichungsjahr: 2021

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« Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi, un invincible été »

Albert Camus

Les saisons invincibles

Chrysalide

Petite Musique

Métamorphose

Un peu de rose aux joues

Le pas du silence

Le parfum des lilas

Chrysalide

« L’enfance trouve son paradis dans l’instant » Louis Pauwels

A mes petites-filles

Il y avait ce matin-là une douceur particulière. Le soleil portait haut son flambeau ; chacun vaquait à ses occupations. L’une avait investi la cuisine d’où le son clair des casseroles indiquait un rangement impétueux. Un autre avait élu domicile dans le sofa du salon, auprès du chat, et lisait un journal. Une troisième, alanguie dans un hamac, terminait avec délectation la mangue juteuse qui maculait doigts et visage.

Elle, elle était assise sur la pierre chaude de la terrasse, genoux relevés et mains autour. Son regard lointain se posait sur la mer bondissante qui s’irritait de beaux rouleaux d’écume. Il y avait dans cette posture, une grâce entendue : menton haut, mains entrelacées, et cette mèche de cheveux caressant le visage.

Un kyo1 se pose dans le flamboyant.

Tout le corps se tourne en une valse joyeuse : elle saute sur ses pieds en un détour, lève les bras au ciel pour attraper l’oiseau ; un pas de danse, et hop, elle court vers sa mère :

« Viens voir Maman, le kyo est revenu. Allez, viens vite, vite ; il va partir ! »

Mais une mine boudeuse se dessine aussitôt sur le petit visage : sa mère est occupée.

Son père alors ? Elle grimpe sur les genoux, lui qui d’une main distraite caressait le chat roux. Il l’enveloppe de ses bras ; elle se cale contre lui, enchanteresse.

« Voyons, chère princesse, ce que vous me chantez ? »

La voilà qui frétille, se tortille, soudain intimidée. Chanter, oui, mais quoi ? La voix s’élève, de cristal brisé et les mots écorchés sont vite remplacés par un éclat de rire. On se chatouille, on rit, on s’aime !

« Laisse-moi, maintenant, j’ai à faire ! »

La voilà qui s’enfuit.

Changeons-nous ! Devenons reine ou fée. Vite ! Ce foulard coloré fera bien un jupon, ces talons hauts, la démarche idéale. Bientôt, grimpée sur une chaise, elle contemple son image au miroir : les yeux ourlés de khôl, scintillants de malice ; la bouche écarlate aux contours indécis, s’ouvrant sur quelques perles ; et deux beaux abricots à la place des joues. Elle plonge un doigt distrait dans le pot d’onguent, en saisit une noix pour dompter ses cheveux qu’elle lissera d’une main experte. Un sourire, une facétie gracieuse ; elle court vers la cuisine.

« Maman, regarde comme je suis jolie. Crois-tu que Loïc va m’aimer ainsi ? »

Sourire de la complice qui sait déjà sa fille. Elle lui connaît la coquetterie naissante, le désir de plaire à tout prix, d’être aimée et admirée. Mais aussi l’art si tôt maîtrisé de faire ce que bon lui semble.

Cinq ans, se dit-elle ! La voilà à peine éclose, et elle entrouvre déjà la porte de sa féminité. Qu’en fera-t-elle ?

1 Oiseau des Antilles

Petite musique

« Cueillez, cueillez votre jeunesse » Ronsard

A tous les ados,

pour qu’ils vivent tous ces moments de grâce

Les voilà tous les deux perchés sur le mur de pierraille. Devant eux, la mer déroule une longue houle qui s’enroule et glisse sur le sable doré. Le soleil décline, peignant le ciel d’écharpes de carmin. Le vent est tombé et avec lui s’est enfuie la chaleur de ce jour de carême.

Ils regardent au loin, fixement mais l’on sent la tension qui naît de leur proximité.

C’est une jolie fille, ronde et dorée comme une sapotille. Elle a dix-sept ans, l’âge où le monde paraît si vaste et si étroit à la fois, l’âge où l’amour teinte les jours, envahissant chaque heure d’espoir, d’attente et de sentiment d’abandon.

Il a son âge, un peu plus peut-être et s’il sortait de son silence, on entendrait sa voix quelque peu éraillée par l’émotion qui lui noue le ventre.

Tous les deux sont beaux de cette jeunesse fraîche et bouillonnante.