Demain, c'est la guerre - Alain J. le Clercq - E-Book

Demain, c'est la guerre E-Book

Alain J. le Clercq

0,0

Beschreibung

Vendredi 11 mars 1938. Hitler est au pouvoir en Allemagne et des bruits de bottes résonnent dans l'Europe entière. Ce même jour, le chancelier autrichien démissionne et, durant la nuit, l'Allemagne envahit l'Autriche. Au cours du mois suivant, les nazis organisent un plébiscite, demandant au peuple de ratifier le rattachement de l'Autriche au Reich, qui, de facto, a déjà eu lieu : 99 % des votes ont été favorables à l'annexion. Ce sont ces évènements, et tous ceux qui vont suivre: invasion de la Pologne, coalition entre états, discussions entre généraux, Premiers ministres et présidents, qui mèneront le monde à la Seconde Guerre mondiale, un des conflits les plus meurtriers du XXe siècle. Cet ouvrage relate jour après jour ce qu'il s'est passé entre ce 11 mars 1938 et la déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne, le 3 septembre 1939. Des rencontres entre les chefs d'États aux préparations secrètes des troupes, des communications à la presse à l'ambiance dans les rues de Berlin, des discours sulfureux de Hitler à la résistance alliée, les heures sombres qui précèdent la Seconde Guerre mondiale sont enfin mises en lumière.


Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 269

Veröffentlichungsjahr: 2020

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



© Éditions Jourdan

Paris

http://www.editionsjourdan.com

Les Éditions Jourdan sont sur Facebook. Venez dialoguer avec nos auteurs, visionner leurs vidéos et partager vos impressions de lecture.

ISBN : 978-2-39009-440-1 – EAN : 9782390094401

Toute reproduction ou adaptation d’un extrait quelconque de ce livre par quelque procédé que ce soit, et notamment par photocopie ou microfilm, est interdite sans autorisation écrite de l’éditeur.

Malgré ses recherches, l’éditeur n’a pas pu retrouver l’auteur et ses ayants droits. Les ayants droit qui constateraient que des textes ont été reproduits sans leur accord sont priés de prendre contact avec l’éditeur.

Demain, c’est la guerre

1939,L’année de la dernière chance

Sous la direction d’Alain J. le Clercq

Chapitre 1

Vendredi 11 mars 1938. Je viens de passer une nuit sans sommeil et j’ai l’esprit troublé par les événements politiques de ces derniers jours. J’aurais bien voulu me retourner une fois encore dans mon lit, traînasser un peu et dormir quelques heures encore. Mais le devoir m’appelle. Devant moi, il y a une pile de télégrammes et de bulletins de télex. Il s’agit de les trier, d’y faire un choix et de communiquer les plus importants à mon journal de Londres.

– Le métier de correspondant est peut-être très intéressant, dis-je en bâillant, mais c’est un truc qu’on devrait pouvoir faire de son lit.

C’est toujours la même pensée qui me vient en tête lorsque j’ai sommeil. Mais cela passe à mesure que les tasses de café fort s’empilent à côté de moi.

Dans le Berlin de 1938, le café fort n’est pas facile à trouver, même pour un correspondant étranger, bien que nous appartenions à une classe de gens qui soient encore choyés de temps à autre par les nazis.

Ce jour-là cependant, deux minutes après ce long bâillement, je n’ai plus le moindre besoin de café pour être tout à fait éveillé.

« De fortes concentrations de troupes allemandes sont signalées à proximité de la frontière autrichienne. »

C’est ce que m’annonce un télégramme provenant d’Autriche. Des concentrations de troupes... Ce serait donc vrai ! Je fouille nerveusement dans un paquet de bulletins et de notes.

—Il est grand temps d’avoir une vue claire sur la situation en Autriche même et au-dehors, me dis-je.

Devant moi, j’ai encore le texte du discours que Hitler a prononcé au Reichstag, le 20 février :

En ce moment même, il y a plus de dix millions d’Allemands qui vivent dans deux pays ayant une frontière commune avec l’Allemagne. Il est inacceptable pour une grande nation comme la nôtre que certains que nos compatriotes soient exposés à tous moments à des lois humiliantes pour la seule raison qu’ils sont solidaires de leurs frères du grand Reich. Il est donc du devoir du Reich allemand de garantir la protection des populations allemandes le long de sa frontière dans d’autres états, pour autant que ces populations ne soient pas à même d’assurer elles-mêmes leurs libertés politique et spirituelle.

J’ai même marqué ce passage d’un gros trait au crayon rouge.

« 10 millions d’Allemands », dit Hitler. Ces dix millions sont en fait 7 millions d’Autrichiens et 3 millions de Sudètes en Tchécoslovaquie. Hitler s’exprime d’ailleurs très clairement dans son discours : cela concerne les Autrichiens et les Sudètes. Et les deux pays qui ont une frontière commune avec le grand Reich sont encore les deux même.

Depuis quelque temps, les choses se gâtent en Autriche. Le parti nazi est actif depuis longtemps dans la patrie de Hitler, mais maintenant, enfin, les choses commencent à aller bien pour lui. Après-demain, dimanche, les Autrichiens iront aux urnes, mais pas encore pour se prononcer pour le rattachement à l’Allemagne, comme l’exigent les nationaux-socialistes. Selon eux, la grande majorité des Autrichiens sont partisans de cette solution. Et si cela est vrai, Hitler n’a rien à craindre. Les résultats de la consultation populaire seront en sa faveur. Alors, dans peu de temps, l’Autriche fera partie intégrante du grand Reich allemand.

Tout cela a commencé le 4 février. Ce jour-là, Franz von Papen, ambassadeur d’Allemagne à Vienne, est appelé au téléphone par Berlin. C’est le secrétaire d’État Lammers qui le demande personnellement.

—Herr von Papen, lui dit ce dernier, je dois tout simplement vous annoncer que votre mission à Vienne est terminée. Veuillez donc revenir le plus vite possible à Berlin.

—Mais... que me veut-on ?

—Je suis désolé, répond Lammers, mais je ne puis vous en dire plus.

Papen est fortement impressionné en apprenant cela. À Vienne, il s’est toujours efforcé d’arrondir les angles là où des difficultés sont nées à la suite du comportement des nazis. Le parti nazi autrichien est très actif et veut à tout prix obtenir le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne. Bien que la plupart des Autrichiens soient Proallemands, ils sont quelque peu effrayés par les méthodes des nazis. Papen, pour sa part, a toujours essayé d’arranger les choses de façon un peu plus diplomatique. Par exemple, la veille même de son rappel, il a appris du chancelier Schuschnigg que ce dernier était prêt à rencontrer Hitler.

Et voilà que tout cela tombe à l’eau, par le simple fait de son rappel à Berlin.

Hitler est très ennuyé de devoir recevoir Papen en visite d’adieu, ainsi que cela se fait dans la diplomatie, mais, au cours de la conversation, Papen lui glisse qu’il a pu convaincre Schuschnigg de venir en Allemagne. Hitler ne s’était pas attendu à cela.

Il téléphone aussitôt à Berlin et donne l’ordre que Papen soit à nouveau nommé ambassadeur à Vienne. À Berlin, au ministère des Affaires étrangères, on ne sait plus ce qui se passe. À Vienne aussi, tout le monde est surpris de voir revenir Papen.

Ce changement d’attitude a une conséquence : le chancelier Schuschnigg accompagné de son ministre des Affaires étrangères se rend discrètement en Allemagne, le 11 février, pour rencontrer Hitler au Berghof à Berchtesgaden. Papen est du voyage et observe que « tout à fait comme par hasard » quelques généraux allemands sont de passage chez Hitler. Et l’ambassadeur espère que cela ne troublera pas Schuschnigg, Hitler attend ses hôtes sur le perron et il les conduit aussitôt dans son bureau. Le chancelier autrichien, pour engager la conversation, fait une remarque polie sur la merveilleuse vue qu’on a de la fenêtre, mais le Führer ne l’entend même pas.

—Écoutez-moi, crie-t-il, toute l’histoire de l’Autriche n’est qu’une longue chaîne de trahisons. C’est un paradoxe historique auquel je veux mettre fin. Écoutez-moi bien, Herr Schuschnigg. Le Reich allemand est une des plus grandes puissances du monde ! Personne n’osera s’opposer à nous lorsque nous déciderons de régler le problème de nos frontières.

Schuschnigg et le ministre Schmidt sentent un petit froid leur courir dans le dos. Ils sont venus à Berchtesgaden pour essayer de trouver une solution raisonnable au problème de l’annexion de l’Autriche à l’Allemagne, et voilà que Hitler se met à hurler.

—De plus, le fait que vous ayez fait dresser des fortifications est une insulte à l’adresse de l’Allemagne !

Hitler tourne comme un lion en cage.

—Ma patience est à bout, mon cher collègue. Je me vois obligé de prendre des mesures immédiates à moins que vous ne soyez disposé à accepter mes exigences. Alors, réfléchissez-y bien, Herr Schuschnigg, réfléchissez-y bien ! Je ne puis attendre que jusqu’à cet après-midi. Et je vous prie de me croire sur parole. Je n’ai aucune envie de bluffer. Mon armée est prête et derrière les divisions de la Wehrmacht, se tiennent les SA et la division autrichienne.

—Quelles sont vos exigences ? se risque à demander le chancelier autrichien.

—Réfléchissez d’abord et, quand vous serez prêt à accepter toutes les exigences, venez me le dire cet après-midi.

Mais Hitler ne laisse pas à ses deux hôtes autrichiens l’occasion de discuter ensemble. Il les emmène au déjeuner qui est servi et auquel sont encore présents les généraux en grand uniforme.

Dans l’après-midi, Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, apporte les exigences de Hitler.

L’Autriche doit reconnaitre le parti national-socialiste. Seyss-lnquart doit être nommé ministre de l’Intérieur. L’économie autrichienne doit être alignée sur l’économie allemande et, à cet effet, un candidat nazi doit être nommé ministre des Finances.

Une amnistie doit être accordée aux condamnés nazis et tous les fonctionnaires nazis doivent être repris en service. La même exigence vaut pour les officiers et il faut aussi un changement de chefs militaires...

Ribbentrop est impitoyable devant Schuschnigg. Il doit accepter toutes les clauses, sinon Hitler frappera. La présence des généraux le prouve. Hitler ne se sent aucune, envie de bluffer et pourtant, Schuschnigg ne cède pas. Pendant quelques instants, Schmidt a l’impression qu’ils vont être arrêtés tous les deux, mais après une demi-heure, Hitler fait de nouveau appeler Schuschnigg auprès de lui.

—Pour la toute première fois de ma vie..., j’ai changé d’avis. Je vous accorde trois jours de réflexion.

Hitler est très content de sa petite représentation devant Schuschnigg. Sa volonté continue à s’accomplir. Lorsque les mesures contre les nazis sont abrogées en Autriche et quand Seyss-Inquart est nommé ministre, Hitler rappelle d’Autriche tous les chefs nazis.

—Le problème autrichien ne sera jamais résolu par une révolution, affirme Hitler.

Schuschnigg est d’abord très heureux de la situation, mais il re­ marque bientôt que Seyss-Inquart va chercher ses ordres à Berlin et fait exactement le contraire de ce qu’on attendrait de lui en tant que ministre autrichien.

C’est pourquoi, le 8 mars, Schuschnigg annonce soudain que le dimanche 13 mars, tous les Autrichiens devront faire connaître leur avis sur le rattachement de l’Autriche au grand Reich.

Cette décision de Schuschnigg survient à l’improviste. Il ne l’annonce qu’au cours d’une réunion de son propre parti fasciste de droite : le Front national.

Hitler est furieux en apprenant que le chancelier autrichien veut lui couper l’herbe sous le pied. Toute la journée du 10, il reçoit des gens qui arrivent d’Autriche : conseillers, généraux et membres du Parti.

Le 11 mars, on apprend qu’il y a des concentrations de trou­pes à la frontière autrichienne.

Je note tout cela dans mon compte rendu sur les événements, mais il me faut encore attendre quelques jours pour y ajouter la suite. Tout cela se passe à un rythme déchaîné et on a l’impression de devoir attendre un peu pour laisser retomber la poussière soulevée et avoir une vue plus large sur ce qui s’est passé.

On en est à la mi-mars et, à toutes les mairies d’Autriche, flotte le drapeau rouge, blanc et noir à croix gammée. L’Autriche n’existe plus. La frontière du grand Reich est déplacée.

À Rome, Mussolini déplie un télégramme de Vienne. C’est un message de Hitler, le nouveau voisin de l’Italie fasciste.

« Je vous remercie, Excellence, pour votre attitude. Je ne l’oublierai jamais. »

A. Hitler

Voilà ce que lit Mussolini. Quelle est cette attitude pour laquelle on le remercie ? Mussolini s’est abstenu de toute intervention armée au moment où les troupes de la Wehrmacht ont franchi la frontière autrichienne.

En ce même soir du 11 mars, tandis que les avions allemands débarquent des troupes et du matériel sur les aérodromes proches de la frontière autrichienne, tandis que les camions militaires déchargent du ravitaillement et des renforts, ce même soir, le chancelier Schuschnigg est réveillé très tôt par le chef de la police qui lui annonce que les Allemands interdisent tout trafic à la frontière et ne laissent plus passer les trains.

—Tous les postes de douane allemands sont vides, dit-il.

Et pendant que Schuschnigg se rend à la chancellerie, l’ambassadeur allemand von Papen et Seyss-Inquart, ministre autrichien des Affaires étrangères, se trouve sur l’aérodrome de Vienne. L’appareil qui arrive de Berlin apporte à Seyss-Inquart un message de Hitler. Et c’est par le même appareil que Papen rentre en Allemagne. Chargé des ordres du Führer, Seyss-Inquart se rend aussitôt à la chancellerie.

—Hitler exige que la consultation populaire prévue pour de­ main soit reportée de trois semaines.

—Il est trop tard, répond Schuschnigg.

Et pourtant le chancelier va en discuter avec le président Miklas. Lorsque, après le déjeuner, il a une nouvelle entrevue avec Seyss-Inquart, Schuschnigg annonce qu’il est disposé à retarder la consultation.

—Je regrette, lui répond Seyss-Inquart, mais cela ne nous suffit plus.

—Que voulez-vous de plus ?

Le ministre autrichien des Affaires étrangères hésite un moment.

—Hitler exige que vous vous retiriez. Schuschnigg ne peut en croire ses oreilles.

—Mais...

—Vous avez bien entendu. La consultation populaire est annulée et vous donnez votre démission de chancelier.

—C’est un plan diabolique, soupire Schuschnigg en se laissant tomber, sur son siège.

Mais en fin de compte, il ne s’agit pas seulement de sa petite personne. Si sa démission peut encore sauver l’Autriche, il est tout prêt à la donner. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que les Allemands ont une autre exigence : personne d’autre que Seyss-Inquart ne pourra remplacer le chancelier. Cette exigence est présentée au président Miklas qui commence par refuser.

—Très bien, répond Seyss-Inquart. Alors, sachez que les troupes allemandes sont massées à la frontière, prêtes à envahir le pays si vous ne me chargez pas de la fonction de chancelier. Il vous reste exactement une demi-heure. L’invasion est prévue pour 1 h 30.

Seyss-lnquart lui répète alors les paroles de Goering qui l’a appelé de Berlin une demi-heure plus tôt, dans la soirée de ce samedi 12 mars.

Mais Miklas refuse toujours.

C’est bien en prévision de cela que Goering a appelé Seyss-Inquart pour lui dire de se considérer comme chef du gouvernement et, comme tel, de demander l’aide de son grand voisin l’Allemagne, pour éviter une effusion de sang au cours de la révolution nationale.

—Inutile de faire cette demande par écrit, a encore ajouté Goering.

À ce moment, le président Miklas cède et Seyss-Inquart devient Premier ministre d’Autriche. Son premier soin est d’appeler Berlin.

—Arrêtez l’invasion, crie-t-il. Miklas a cédé. Je suis chancelier.

Mais l’invasion n’est pas arrêtée. Le 12 mars, les colonnes allemandes pénètrent en Autriche, sans qu’un seul coup de feu soit tiré. Une population en délire accueille les Allemands en libérateurs. Et à l’heure de midi, Hitler fait un grand discours.

—Enfin, voici nos frères délivrés d’un esclavage tyrannique, hurle-t-il.

Lorsque lui-même franchit la frontière et se rend à Linz, il y est attendu par Seyss-Inquart et un autre ministre qui lui remet le texte de la dernière loi promulguée par le gouvernement autrichien, loi par laquelle l’Autriche s’intègre comme province dans le grand Reich allemand.

Des larmes coulent sur les joues de Hitler.

—C’est le grand moment que j’ai tant désiré toute ma vie, dit-il avec émotion. Je suis très heureux de m’être livré à cet acte politique. Cela a permis d’épargner beaucoup de sang.

Non, le sang n’a pas coulé. C’est un fait. Toute l’armée autrichienne reste passive. Le jour même, les policiers se voient mettre au bras un brassard à croix gammée. Tous les officiers et fonctionnaires prêtent sur-le-champ un serment de fidélité au Führer. Au même moment aussi, Heinrich Himmler arrive dans l’ancienne capitale autrichienne où il vient prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre tous les adversaires politiques hors d’état de nuire. Rien que dans la capitale, 76 000 personnes sont arrêtées.

La consultation populaire prévue pour ce dimanche 13 mars n’a donc pas lieu. Hitler annonce la dissolution du Reichstag. De nouvelles élections sont prévues pour le 10 avril. Et les Autrichiens pourront y prendre part en tant que citoyens allemands.

Plus de 10 millions d’Allemands... Sept millions d’entre eux ont déjà été arrachés aux griffes des puissances étrangères. Il n’en reste plus que 3 millions. Les Sudètes...

Chapitre 2

—La Wehrmacht occupe l’Autriche... Je suppose que vous êtes au courant ?

Je suis en communication avec le Dr Mastny, ambassadeur de Tchécoslovaquie.

—Oui, soupire-t-il à l’autre bout du fil. Oui, je le sais. Il fallait s’y attendre.

—Quelle va être l’attitude de votre pays ?

Je connais très bien le Dr Mastny qui est un ami, et pas seulement parce que, tout comme moi, il est d’origine hongroise.

—Pour le moment, la Tchécoslovaquie adopte une attitude d’attente.

—Oui, bien sûr..., mais comment voyez-vous l’avenir ?

J’ai failli lui demander : « Vous ne craignez, rien pour l’avenir ? » En effet, la Tchécoslovaquie est le deuxième pays auquel Hitler a fait allusion dans son discours devant le Reichstag. C’est dans ce pays que vivent les trois autres millions d’Allemands. Et maintenant que Hitler occupe l’Autriche, la Tchécoslovaquie est à moitié encerclée par les frontières du grand Reich.

—Je crois que les prévisions sont optimistes, dit le Dr Mastny.

Il me raconte comment la veille au soir, soit le 11 mars, il se trouvait au bal organisé à la Haus der Flieger (Maison des Ailes). C’était le grand événement mondain de l’année à Berlin avec une exhibition de ballets et sous la présidence de Goering en grande tenue.

Le Dr Mastny me révèle que Goering lui a assuré publiquement qu’il n’était pas question d’une attaque contre la Tchécoslovaquie. En présence de plusieurs ambassadeurs, Goering lui a bien dit que les mesures qui avaient été prises ne concernaient que l’annexion de l’Autriche.

—En fait, me dit encore Mastny, je viens encore de recevoir une confirmation de la part de Goering. Le maréchal vient de me faire savoir que la Wehrmacht a reçu l’ordre de ne pas s’approcher à plus de 15 km de nos frontières.

Le lendemain, je rencontre Mastny.

—Bonjour, Kovacs, me dit-il.

Et il me raconte qu’il revient d’une réunion au ministère des Affaires étrangères où on lui a annoncé que l’Allemagne n’avait pas la moindre intention malveillante à l’égard de Prague.

Dans la capitale tchécoslovaque aussi, la chose est confirmée verbalement par l’ambassadeur allemand. Les entretiens diplomatiques qui ont surgi devant la crainte de voir l’Allemagne engloutir la Tchécoslovaquie après l’Autriche, ces entretiens se poursuivent normalement.

À Londres, Jean Masaryk, fils du fondateur de la République, déploie une activité intense. Il obtient du Foreign Office qu’il envoie son ambassadeur à Berlin demander à Goering s’il est bien exact que l’Allemagne ne conçoive pas de projet d’invasion de la Tchécoslovaquie. Et Neville Henderson quitte le palais de Goering avec une confirmation en poche.

Le 14 mars, le Premier ministre Neville Chamberlain peut rassurer le Parlement britannique.

Je sais de bonne source que, le 11 mars, le maréchal Goering a affirmé pour la première fois à l’ambassadeur de Tchécoslovaquie à Berlin que la capitale allemande ferait tout son possible pour améliorer les relations entre le grand Reich et la Tchécoslovaquie. Cette assurance a été confirmée ensuite par Monsieur Hitler. De plus, le 12 mars, le maréchal Goering a fait savoir à l’ambassadeur de Prague que les troupes allemandes qui étaient entrées en Autriche avaient reçu l’ordre de s’arrêter à 15 km de la frontière tchécoslovaque. Enfin, le baron von Neurath, ministre allemand des Affaires étrangères, a confirmé que son pays s’estimait lié par le traité germano-tchécoslovaque de 1925.

Certains parlementaires britanniques relèvent la tête d’un air étonné en entendant leur Premier ministre leur faire une communication au sujet de la Tchécoslovaquie. En quoi ce pays les concerne-t-il ?

– C’est un produit du Traité de Versailles, un pays artificiel conçu autour d’une table ronde, disent beaucoup.

Un journal français écrit que la Tchécoslovaquie sera le pré —texte de la guerre, parce que sa création a été une des causes de la guerre dès 1914-1918.

Membres de l’Empire austro-hongrois, les provinces tchèque et slovaque ont toujours constitué une véritable poudrière. Les artisans de l’indépendance de la Tchécoslovaquie ont profité de la Première Guerre mondiale pour acquérir une liberté tant désirée.

Lorsque Thomas Garrigue Masaryk, fils d’un cocher, fait son entrée à Prague, le 21 décembre 1918, comme fondateur et premier président du nouvel état, des drapeaux pendent partout avec le lion à deux têtes et partout aussi, on voit la devise du jeune pays : Pravda Scitezi – la liberté pour tous !

Mais la Tchécoslovaquie s’en tire très mal. Les frontières sont tracées de telle façon que le pays n’est en fait qu’une réplique en miniature du creuset de peuples et de races qu’était l’ancien empire austro-hongrois.

Mussolini, un jour, a appelé ce pays : la Tchéco-Germano­Polono-Magyaro-Rutheno-Roumano-Slovaquie, voulant sous-entendre par là le mélange de races qui y vivaient. D’ailleurs, d’après le recensement de 1930, on trouve six groupes ethniques différents :

7 447 000 Tchèques 

2 231 600 Allemands

2 309 000 Slovaques 

691 900 Hongrois

549 000 Ruthènes 

81 700 Polonais

Tous ces groupes ont des conceptions, des besoins et des habitudes qui leur sont propres. Après quelques années, la nouvelle république va se rendre compte à quel point il est difficile d’héberger plusieurs groupes ethniques différents à l’intérieur des mêmes frontières.

Les plus remuants sont les Slovaques qui veulent encore scinder la république en 1938 et, après eux, les Sudètes qui demandent leur annexion au Reich.

Pourtant, la Tchécoslovaquie n’est pas un pauvre petit pays balkanique. C’est au contraire un des pays les plus florissants de l’Europe Centrale. L’industrie y travaille à plein rendement. La plupart des pays avoisinants, y compris l’Autriche, sont débiteurs de Prague. Mais tout cela ne suffit pas pour permettre au président Benès de dormir sur ses deux oreilles. Depuis bien des années déjà, il a des ennuis avec les groupes minoritaires, avec les Sudètes surtout, qui sont continuellement insatisfaits parce que, après chaque concession, on voit se dresser Konrad Henlein, chef du S.D.P., le Sudeten-Deutsche Partei (Parti Sudètes allemand), une filiale du NSDAP qui reçoit un subside mensuel de 15 000 reichsmarks.

Les Sudètes habitent surtout le long de la frontière et beaucoup de politiciens clairvoyants se demandent à quoi peut bien servir l’ingénieux système défensif de la Tchécoslovaquie, alors que les ennemis Sudètes sont installés sur la ligne de défense et même derrière.

Équipée de canons et autres armes de chez Skoda, cette ligne de défense est en quelque sorte une copie de la ligne Maginot en France. Ce n’est pas pour rien que la Tchécoslovaquie a conclu un pacte d’assistance mutuelle avec la France. Paris est son meilleur et plus fidèle allié parce que les deux pays se sont garanti un soutien mutuel dans le cas d’une agression allemande contre l’indépendance de la Tchécoslovaquie ou contre la sécurité de la France. De plus, la Tchécoslovaquie a encore conclu un pacte d’assistance avec l’Union soviétique et d’autres petits traités avec la Yougoslavie et la Roumanie.

Cependant, à l’Ouest, on respire un peu quand l’Allemagne assure aussi catégoriquement qu’elle ne tendra jamais une main menaçante en direction de Prague.

Mais le calme disparaît à mesure que Konrad Henlein déploie une activité de plus en plus grande.

En France, le Premier ministre Daladier est plutôt inquiet devant le développement de la situation de la Tchécoslovaquie. Il en discute avec son ministre des Affaires étrangères, mais Bonnet le rassure en agitant le traité d’assistance.

—Si l’Allemagne tend un seul doigt vers la Tchécoslovaquie, nous serons obligés de faire marcher nos poilus.

En entendant ces mots, Daladier pousse un profond soupir.

—Ce traité d’amitié et d’assistance a été signé en 1924. Nous ne pouvons rien y changer.

—Si, au moins, nous avions l’Angleterre à nos côtés. L’Angleterre...

Paris a aussi un traité d’assistance avec Londres. L’Angleterre respectera-t-elle ce pacte si la France se jette dans le combat pour Prague ?

Et les deux Français décident aussitôt d’aller en discuter à Londres.

Le 27 avril, ils prennent l’avion au Bourget et, SS minutes plus tard, ils atterrissent à Croydon où lord Halifax, ministre anglais des Affaires étrangères, les attend. Lorsqu’ils sont reçus par le Premier ministre Chamberlain, Daladier lui tend une note dans laquelle est stipulé ce que fera la France au cas où l’Allemagne attaquerait la Tchécoslovaquie. Mais l’Angleterre ne se sent guère disposée à se laisser entraîner dans une guerre.

—Vous ne voulez donc pas adresser avec nous une note sérieuse à Hitler ?

—Peut-être...

—Écoutez, poursuit Daladier. Aujourd’hui, il prend l’Autriche, demain, la Tchécoslovaquie, et après-demain...

—Oui, soupire Chamberlain.

—Si nous envoyions une note à Hitler pour lui montrer ses droits et ses devoirs...

—Bien, soupire le Premier ministre anglais. Nous sommes prêts à risquer l’expérience. Si notre action diplomatique concordante est couronnée de succès, eh bien, tant mieux ! Mais notez bien que, sous aucun prétexte, nous n’irons plus loin.

Ces paroles donnent le signal du départ à des conversations diplomatiques entre Paris et Londres. Les deux gouvernements étudient la meilleure attitude à adopter vis-à-vis de Hitler.

Pendant ce temps, à Prague aussi, on travaille nerveusement. Le président Benès est très déçu lorsque son allié russe déclare qu’il ne pourra accorder une aide militaire que dans le cas où la Pologne ou la Roumanie permettrait le passage de troupes allemandes. Mais ni la Pologne ni la Roumanie ne sont décidées à offrir une telle occasion à leur ennemi russe.

Hitler, de son côté, a quitté le Reich et est allé voir Mussolini pour discuter avec lui et le remercier une fois encore de s’être abstenu de toute intervention militaire lors de l’annexion de l’Autriche.

Quant à Henlein, il ne peut plus compter le nombre de fois qu’il s’est rendu en Allemagne pour aller chercher des instructions auprès du SS-Obergruppenführer Lorenz, l’homme responsable de l’affaire des Sudètes.

—Écoute bien, lui dit Lorenz. Tu en demandes toujours plus que Prague ne peut t’accorder.

—Je crois savoir que les Tchèques ont décidé, pour nous calmer, de nous accorder les demandes les plus folles.

—Alors, demande des choses encore plus folles, aboie Lorenz.

—D’accord ! répond Henlein en faisant claquer les talons. C’est un ancien employé de· banque qui s’était lancé dans la politique et avait fondé un soi-disant groupement de gymnastique. Sous le prétexte de, faire du sport, il entraînait ses hommes pour le grand moment. Il avait même déjà recueilli plu­ sieurs adhésions pour la mise en pratique d’une certaine politique de terreur.

Et maintenant, un parti allemand s’inscrit sur la liste des élections et la grande majorité des Sudètes votent S.d.P.

Si Prague et les dirigeants tchécoslovaques craignent Henlein et son S.d.P., ils ont encore bien plus peur de l’Allemagne.

« Importantes concentrations de troupes allemandes à la fron­tière ».

C’est ce que lit le président Benès dans un télégramme. Il don­ ne aussitôt l’ordre de vérifier l’information. Celle-ci semble sérieuse : à proximité de la frontière, on a remarqué une grande activité de troupes feldgrau. C’est pourquoi Prague prend une première décision importante. Les défenses frontalières sont mises en état d’alerte, de même que les troupes. Sans faire trop d’histoires, on commence une mobilisation partielle.

Mais ces mesures sont connues à Berlin. Et lorsque deux Sudètes qui voulaient franchir la frontière près de Eger sont abattus par des soldats tchécoslovaques, il n’en faut pas plus pour apporter de l’eau au moulin de l’Allemagne.

—Vous voyez bien ! Ils commencent par mobiliser et main­ tenant ils abattent nos gens !

Voilà ce que crient les Allemands et cela fait une réaction en chaîne.

Le 22 mai, la menace de guerre tient en haleine tous les diplomates et les chefs de gouvernement. C’est surtout l’ambassadeur britannique à Berlin qui fait l’impossible pour faire baisser la tension.

Et lorsque, le 23 mai, Hitler fait de nouveau savoir à l’ambassadeur de Tchécoslovaquie que son pays n’a rien à craindre, le calme revient. L’incident est clos et la crise du mois de mai est passée.

Aux élections communales, Henlein remporte tous les sièges disponibles dans la région des Sudètes.

De plus, on apprend dans la suite que l’Allemagne ne mentait pas : la Wehrmacht ne déployait absolument aucune activité le long de la frontière tchécoslovaque. Les troupes dont il avait été question n’étaient que des unités des Bereitschafts-SS récemment formées et qui » allaient devenir dans la suite les Waffen-SS.

Simple question de point de vue.

Chapitre 3

NUREMBERG vit dans un déploiement de drapeaux rouges, de hampes surmontées de croix gammées et d’uniformes chamarrés. Les observateurs étrangers au grand congrès du parti, les délégués de groupements étrangers sympathisants des nazis, se demandent sans cesse à quelle organisation appartient celui-ci ou celui-là. Il y a les SS en noir, les SA en brun. Il y a aussi les délégués des Jeunesses hitlériennes, de la Deutsches Jungvolk, des organisations de jeunes filles B.D.M., des organisations féminines. Il y a aussi les hommes de l’Arbeitsdienst, des aviateurs, des motocyclistes et bien d’autres encore.

Mais il y a surtout Hitler.

Au cours de la séance de clôture sur l’immense terrain de la Feldherrnhalle, une manifestation impressionnante est organisée, les Allemands prouvant ainsi qu’ils s’y connaissent en démonstrations de masse. Hitler monte à la tribune devant des dizaines de milliers de manifestants. Il y est accueilli par une tempête de « Sieg Heil ». Lorsque le calme revient enfin, on entend résonner la voix rude et mordante de Hitler. Tout le monde attend ce qu’il va dire de la situation en Tchécoslovaquie.

Ce qui nous oblige, nous, Allemands, à considérer ce problème, c’est le fait que, parmi les peuples opprimés, il y a plus de trois millions d’Allemands qui vivent sous le joug des Tchèques. C’est-à-dire autant qu’il y a d’habitants au Danemark. Mais ces Allemands sont aussi des créatures de Dieu et le Tout-Puissant ne les a pas mis sur terre pour qu’ils soient livrés à de sombres puissances étrangères tout simplement parce que le Traité de Versailles en a ainsi disposé. Dieu n’a pas créé six millions de Tchèques pour dominer 3 millions d’Allemands, pour les martyriser et les tyranniser.

Nos compatriotes sont exposés aux poursuites les plus graves. Les Sudètes sont menacés de la façon la plus inhumaine. Trois millions et demi de citoyens, appartenant à un peuple de quatre-vingts millions, ne peuvent chanter les airs qu’ils veulent, sous prétexte que ces derniers déplaisent à ces messieurs de Prague. Ils sont battus jusqu’au sang. Et pourquoi ? Parce qu’ils portent des chaussettes blanches. Et les seigneurs tchèques n’aiment pas cela ! Ils sont terrorisés parce qu’ils saluent d’une façon qui ne plaît pas à Prague, ou bien parce que ces messieurs de Prague ne saluent pas ou encore parce qu’ils ne se saluent qu’entre eux. Ils sont chassés de partout comme des bêtes, chaque fois qu’ils veulent célébrer une fête à leur manière.

Tout cela n’intéresse absolument pas ces messieurs des pays démocratiques. D’autres considèrent cela avec indifférence : cela ne concerne que trois millions et demi de personnes. D’autres encore se réjouissent : ce ne sont que des Allemands qui sont maltraités.

Mais je dis ici à ces messieurs de ces pays soi-disant démocratiques, que cela ne nous laisse pas indifférents, nous ! Le jour où les opprimés appelleront au Secours, nous répondrons à leur appel. Il faut que cela cesse !

L’Allemagne n’a pas le droit, elle, d’opprimer trois millions et demi de Français ou d’Anglais. Alors, les Tchèques non plus n’ont pas le droit d’opprimer des Allemands.

Nous exigeons pour eux le droit à la libre détermination.

Il serait regrettable que nos relations avec d’autres pays aient à souffrir de tels événements. Mais je sais une chose : ce ne sera pas la faute de l’Allemagne. Elle ne se dresse que pour défendre une cause juste, celle des Sudètes, opprimés par un état constitué artificiellement par les vainqueurs de la dernière guerre.

Ce discours n’est pas écouté en Allemagne seulement. À l’étranger aussi, beaucoup de gens ont branché leur appareil de radio sur les émetteurs allemands pour écouter Hitler. Les chefs d’État qui ne possèdent pas l’allemand à fond se font transmettre aussitôt par des traducteurs ce que veut Hitler. Et quand ils apprennent le contenu du rapport, ils poussent un soupir de soulagement.

—Je m’étais attendu à pire, dit Benès.

En envoyant à mon journal de Londres un compte rendu succinct du discours de Hitler, je suis obligé d’ajouter un commentaire au texte. Tout le monde s’attendait à ce que Hitler déclarât la guerre sans ambages à la Tchécoslovaquie.

Dans mon commentaire, j’ajoute la première réaction à l’étranger : celle de Mussolini :

—Je m’étais attendu à de plus grandes menaces. Tout n’est pas encore perdu.

Le 12 septembre 1938 est passé et il n’est rien arrivé de grave. Tous les journaux impriment la nouvelle avec optimisme.

En ce 13 septembre, ce jour où toute la presse mondiale an­ nonce que Hitler n’a pas de si mauvaises intentions, le dis­ cours de Hitler est interprété de façon tout à fait différente au pays des Sudètes.