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Un vieux château au pied des Cévennes abrite un condensé de personnages malfaisants et pervers.
Le marquis les invite à assouvir leurs instincts les plus bas.
Les prisonniers, enfants et adolescents, sont drogués, humiliés et molestés. Roxanne, la mère d’une jeune adolescente, va réussir à secouer ce nid de frelons.
Pour fuir cette vengeance, le marquis transportera son vice dans les montagnes vosgiennes.
Une course contre la montre va s’engager entre le capitaine Videl, désireux d’arrêter les coupables alors que Roxanne et Gentiane ne pensent que vengeance.
La police devra s’associer aux redresseurs de torts pour combattre ces prédateurs sexuels, pendant que, dans l’ombre, évolue un individu cruel, dépravé et sans scrupules. Le mal incarné.
Sur le thème de l’enfance abusée et maltraitée, l’auteur nous fait découvrir un monde violent et cruel.
Dans une ambiance tendue, sans jamais être étouffante, l'auteur nous livre un récit prenant, sans complaisance malsaine.
EXTRAIT
Roxanne a noté que les cauchemars de Miléna sont apparus en même temps que leur implantation dans leur nouvelle maison à la campagne, au pied des Cévennes. Lorsqu’elles habitaient un appartement à Nîmes, tout se passait bien, malgré l’absence du père trop tôt emporté. Le traumatisme n’était pas oublié, mais la mère et la fille, main dans la main, avaient su surmonter cette terrible épreuve. Non, ce n’était pas la cause des problèmes de Miléna, c’était bien le déménagement qui était le déclencheur de son mal-être. Cependant, à la moindre évocation de retour en ville, elle explosait de colère, une colère noire que sa mère ne pouvait contenir.
À PROPOS DE L'AUTEUR
André Poirot : Ancien responsable de bureau d’études dans l’industrie des matières plastiques, puis dessinateur indépendant. Aujourd’hui à la retraite.
Rédacteur et modérateur occasionnel dans le média participatif
Agoravox.
Né un beau jour d’avril à La Bresse, face à la ligne bleue des Vosges.
Réside, depuis 25 ans, à Caissargues, la première agglomération au sud de Nîmes.
Passionné de littérature. Aime écouter la musique blues des noirs américains.
Garde une âme sportive en pratiquant la randonnée et le ski.
Auteur d’un premier roman publié en 2017 chez Complices éditions
Sale temps pour les Jumeaux.
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Seitenzahl: 287
Veröffentlichungsjahr: 2018
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La méchanceté, pour se faire encore pire, prend le masque de la bonté.
Publius Syrus
En août de cette année-là, la canicule qui emprisonnait Paris sous une chape de plomb, vous réveillait suant et poisseux. Sur le boulevard des Maréchaux, dans l’arrière-cour d’un immeuble vieillot, au deuxième étage, dans une piaule infecte, le docteur Raymond avait rendez-vous avec monsieur Herbert. Il devait examiner une jeune recrue, future préposée au rabattage à proximité du marché aux puces de la Porte de Clignancourt. Cette fillette appelée Vérola était parrainée par une soulageuse professionnelle, d’origine suédoise, au doux nom de Suga.
Le toubib, psychopathe avéré, se permettait les agressions sexuelles les plus avilissantes sur ses patients, sans distinction pour le sexe, la couleur ou l’âge de ses victimes. Cependant, plus le sujet était jeune, plus l’homme était excité. La moiteur aidant, ses mains parcouraient avidement le corps de Vérola. Prétextant une insupportable chaleur, il retirait déjà ses vêtements.
Monsieur Herbert, affublé d’un éternel Stetson et d’une redingote largement ouverte sur un torse imberbe, contemplait la scène avec un amusement non dissimulé, tandis que la moutarde montait avec violence vers le nez de Suga. N’y tenant plus, celle-ci s’approcha du médecin. Elle cracha son chewing-gum, saisit le sexe en érection, elle le glissa dans sa bouche et le mâcha à pleines dents. En agrippant la chevelure de la gagneuse, le docteur poussa des hurlements qui attirèrent tous les regards des oiseaux bizarres créchant sur le même palier. La scène était si cocasse que certains des spectateurs applaudirent frénétiquement. Furieux, monsieur Herbert chassa les curieux, après quoi il verrouilla la porte. De son ceinturon, il extirpa un long couteau et le planta à plusieurs reprises dans le cœur de Suga. Sans un cri, les lèvres retroussées, les yeux fixés sur l’organe blessé, elle s’affala lentement sur les pieds de son bourreau. Sans s’attarder un seul instant, celui-ci ordonna à Vérola de le suivre en lui disant :
— N’oublie jamais ce que tu viens de voir.
Puis, s’adressant au toubib, en désignant le corps agonisant :
— Rhabille-toi et démerde-toi avec ça.
À l’issue d’une longue période de probation ponctuée de révoltes toujours suivies de nombreuses brimades et de phases de prostitution intensive, Vérola se métamorphosa en un objet sexuel, d’abord utile, puis indispensable à son tuteur. Elle finit par se rendre incontournable en calquant son image sur celle de ses tortionnaires. Beaucoup plus tard, elle profita de son nouveau statut pour faire remodeler son visage mutilé, conséquence d’un trop plein d’affection d’un de ses admirateurs drogué et schizophrène.
Dans sa chambre sous le toit, comme chaque soir, elle tente en vain de gagner un sommeil paisible. Une chaleur intense monte le long de son corps, elle atteint son visage et vient se loger au creux de son cortex. Un songe ou un cauchemar percute ses neurones avec violence. Elle transpire. Une sueur poisseuse colle les draps sur sa peau. Sous ses cheveux ruisselants, son oreiller n’est déjà plus qu’une éponge gorgée.
Son rêve nocturne récurrent la transporte dans cette maison colossale, perchée au sommet d’un amas de rochers. On la dirait suspendue au-dessus du vide, comme posée sur un nuage. Les grandes et hautes fenêtres, qui percent la façade principale, laissent apparaître des filets de lumières blafardes, se diluant dans la brume qui s’élève avec lenteur comme une fumée lointaine. Échappés du ventre de la bâtisse, comme tous les soirs, ces cris d’horreur, ces cris d’effroi qui transpercent les murs et rejaillissent sur les collines en se transformant, pour finir tels une longue lamentation à plusieurs voix, en se glissant dans les plis de l’étroite vallée.
Encore une fois, Miléna a sursauté, elle est assise dans son lit, tremblante et inquiète.
— Pourquoi ? se dit-elle en pleurant. Elle sait que ces plaintes viennent du tréfonds de son être, c’est bien elle qui a hurlé ainsi.
Roxanne, affolée, pénètre dans la chambre, en pressant l’interrupteur elle interroge sa fille.
— Toujours ce même cauchemar ?
La serrant fort dans ses bras, d’une voix très calme :
— Tu es en nage, tu vas aller prendre une douche, je t’attends ici, je dormirai avec toi.
C’est ainsi que Roxanne Cedile, la mère de Miléna, passe ses nuits à se ronger les sangs depuis le jour des douze ans de la petite. Hier, cette dernière vient de fêter son quatorzième anniversaire. À la prochaine rentrée, elle va passer en classe de troisième. C’est une jeune fille dégourdie, plaisante à côtoyer, quoique plutôt introvertie. Ses cauchemars nocturnes semblent responsables de son repli ; les conseils de son oncle, psychologue de formation, n’ont pas réussi à lever le mystère qui provoque son malaise. Une graine de fragilité suffit pour faire émerger des idées fallacieuses, disait en substance son dernier thérapeute. Diagnostic aussi farfelu que le zigoto l’ayant prononcé. Rien qui puisse rassurer les angoisses d’une maman.
Depuis le décès de son mari, militaire mort au combat, Roxanne élève seule sa fille. Professeure de gymnastique et d’arts martiaux, spécialiste du fleuret, elle vit retirée à la campagne en compagnie de Miléna. Elle a recueilli un chien Doberman alors qu’il n’était qu’un bébé, le colosse intrépide et obéissant frôle aujourd’hui les 40 kilos, c’est un excellent gardien. En sa présence, un étranger pourrait pénétrer dans la propriété, et même dans la maison, mais Spartacus lui interdirait toute tentative de sortie.
Dans l’enclos bordant la villa, gambade l’ânesse Tsipora, suivie comme son ombre par le cheval camarguais au simple nom de Camargue. Ces deux-là sont très affectueux et friands de caresses, tout le monde peut les approcher sans crainte et sans risque. Tsipora et Miléna sont très liées, elles se recherchent avec persévérance et restent de longues heures en tête à tête, sans jamais attirer la jalousie de Camargue qui se contente de les regarder, de veiller sur elles.
Roxanne a noté que les cauchemars de Miléna sont apparus en même temps que leur implantation dans leur nouvelle maison à la campagne, au pied des Cévennes. Lorsqu’elles habitaient un appartement à Nîmes, tout se passait bien, malgré l’absence du père trop tôt emporté. Le traumatisme n’était pas oublié, mais la mère et la fille, main dans la main, avaient su surmonter cette terrible épreuve. Non, ce n’était pas la cause des problèmes de Miléna, c’était bien le déménagement qui était le déclencheur de son mal-être. Cependant, à la moindre évocation de retour en ville, elle explosait de colère, une colère noire que sa mère ne pouvait contenir.
Roxanne avait fait l’acquisition de ce petit mas à la campagne à la suite d’un coup de cœur. Adolescente, elle avait séjourné durant un été avec ses parents à cet endroit précis ; quand elle a redécouvert le lieu, les souvenirs oubliés défilèrent au même rythme qu’un pan de vie merveilleux s’exhumait devant ses yeux. Sans délai, la maison fut la sienne. Comme par magie, l’euphorie de la mère se communiqua à la fille, elles adoptèrent ce bout de terre avec sa demeure dans une vraie joie réciproque. Un cadeau venu du ciel.
Pourtant, au village, on dit que cette maison est maudite.
Roxanne a volontairement ou involontairement occulté le drame qui s’est joué dans cette demeure lors de ses vacances. C’était en 1993 au mois de juillet. Un couple s’était introduit par effraction dans l’habitation. Croyant le lieu désert, ils ignoraient les deux pitbulls appartenant au propriétaire et élevés par un gardien au comportement pour le moins inquiétant. Les deux chiens se ruèrent sur les voleurs et les déchiquetèrent. C’est Roxanne et sa sœur aînée qui découvrirent les corps mutilés. Longtemps, elle fit des cauchemars identiques à ceux qui hantent aujourd’hui Miléna. On pourrait presque imaginer un transfert de la mère vers la fille, occasionné par la fréquentation de l’endroit du drame. À aucun moment ce drame n’a été évoqué en présence de Miléna, ni par sa mère ni par aucun autre membre de la famille. Sans jamais s’être consultés, tous ont calfeutré cette période derrière un mur de silence. Pourtant, Miléna vit cette épreuve au quotidien ; Roxanne se sent responsable du désarroi de sa fille, elle voudrait lui expliquer, lui raconter. Lui raconter quoi ? Elle-même ne comprend pas les phénomènes qui perturbent cet endroit, elle devra sans délai faire un choix. Mais quel choix ? Toutes deux se sentent si bien, en harmonie avec cette demeure et tout ce qui l’entoure.
Cependant, un incident va venir bouleverser la quiétude du lieu et de ses habitants.
Dans la vieille bâtisse à l’orée du bois vit Aimé, le taxidermiste édenté. Quinquagénaire et célibataire, petit homme trapu aux longs bras affublés de deux énormes paluches qui lui donnent l’air d’un pantin mal articulé. Son regard perçant et inquisiteur, au milieu d’une tête ronde couverte d’une plantation de quelques rares épis clairsemés, a le pouvoir d’embarrasser ses interlocuteurs. Personne ne sait son mode de vie, jamais aucun de ses clients n’a pu pénétrer dans son antre. Son atelier, jouxtant sa masure, sert de salle de réception à ses visiteurs et d’exposition à ses « œuvres », toutes plus troublantes les unes que les autres. Même si on ne se bouscule pas dans les parages, le diable d’homme semble avoir une brochette d’acheteurs assez singuliers. Parmi ceux-ci, celui qui se fait appeler « le marquis », qui a fait l’acquisition du vieux château perché sur une des hauteurs du village voisin. Curieux personnage, trop riche pour être un véritable noble et trop jeune pour avoir amassé honnêtement une telle fortune. On va dire environ 45 à 50 ans, grand, mince et ma foi plutôt beau mâle ; il a la capacité et le pouvoir d’aimanter toutes les mijaurées du département et d’attirer la suspicion de tous les machos du même secteur.
La rumeur prête à cet homme des débordements sexuels pareils au marquis de Sade, son château serait un lieu de débauche, on y donnerait des soirées orgiaques avec de très jeunes adolescents. En ces occasions, Aimé le taxidermiste, lui servirait de valet et d’homme à tout faire, celui-ci se révélerait vicieux et cruel. Au village, on a même évoqué des actes de zoophilie.
Toutes ces informations invérifiables proviennent de la même source, Berthe, la vieille femme, la plus proche voisine d’Aimé, ici qualifiée de sorcière, car elle dormirait dans son cercueil et se nourrirait en toute exclusivité des produits de la forêt et des petits animaux qu’elle capturerait. Mais à part quelques anciens, personne ne côtoie plus cette femme acariâtre et négligée. Toujours emmitouflée dans des vêtements d’un autre âge, couverte d’un vieux foulard improbable, il est très difficile de définir si les rides de son visage et de ses mains sont dues à la vieillesse ou à la crasse qui tapisse toute sa carapace. On la croirait issue d’un sachet de pruneaux, la saveur en moins. Son jugement semble aussi douteux que son apparence, c’est pourquoi beaucoup s’interdisent de souscrire à ses allégations. Souvent, pendant l’hiver, les jours de brouillard et lorsque son voisin répand les restes nauséabonds des animaux éviscérés, elle distille toutes sortes de fruits et de racines, en totale illégalité et à l’insu des autorités. L’alcool qu’elle récolte est stocké en partie chez elle et chez le taxidermiste, afin de mieux se jouer des contrôles. Tels des fantômes, même les clients les plus médisants se glissent vers la demeure de la vieille à la tombée de la nuit pour compléter leurs réserves de gnôle.
La rencontre entre Roxanne et le marquis eut lieu un lundi aux environs de 19 heures, car le soleil faisait rougeoyer l’horizon et les ombres au sol s’étiraient devant les passants. Derrière Roxanne, une ombre inquiétante vint fusionner et se fondre dans la sienne. Elle stoppa sa marche, se retourna dans un geste brusque et découvrit l’homme dans son sillage. Il était grand, il était mince, portait un chapeau en feutre tout droit sorti d’un vieux western américain. Une longue cape couvrait ses épaules. Elle pensa à Zorro, sans le masque ni la moustache, elle le trouva ridicule et un brin mystérieux. Quand il lui adressa la parole avec un sourire enjôleur, elle aima la voix mâle qui l’interpellait tout en détestant le vocable du personnage qui s’exprimait ainsi :
— Si vous me permettez, Madame, de faire un petit bout de route à vos côtés, je vous conterai une histoire qui devrait vous intéresser.
Le timbre précieux de son interlocuteur l’amena à ricaner en cachette, mais c’est d’un ton sévère qu’elle lui répondit :
— Sachez, Monsieur, que je ne suis pas disposée à vous entendre. Plus précisément, foutez-moi la paix, retournez jouer dans vos plates bandes..
— Je suis désolé de vous déranger, Madame Cedile, mais vous êtes bien la mère de Miléna, n’est-ce pas ?
Déstabilisée par les propos de l’intrus, Roxanne, d’abord stupéfaite, se raidit sur-le-champ pour n’être plus qu’une arme prête à blesser sans retenue. Ses yeux lancent des étincelles capables d’ébouillanter l’adversaire intrépide. Animée par l’instinct du fauve dans la savane, elle se prépare à bondir sur sa proie. L’homme n’a pas cillé, il ne semble pas impressionné par l’attitude pugnace de la femme lui faisant face. Désinvolte et narquois, il la jauge sans vergogne pendant qu’elle lâche :
— Comment connaissez-vous ma fille ?
— Je vous félicite, Miléna est charmante et très intelligente.
— Répondez à ma question ou je vous jure que vous allez le regretter.
— Calmez-vous Roxanne, je vous l’ai dit, je veux vous raconter une petite histoire et cette évocation parle de Miléna. Vous êtes donc concernée par les propos que je vais vous tenir. Marchons un peu jusqu’à la berge du lac, voulez-vous ?
Au collège, la meilleure amie de Miléna est une fille charmante et très délurée, elle se prénomme Yonanda. Sa mère est eurasienne et son père franco-américain. Son allure générale et sa frimousse lisse et halée s’accordent bien à son pedigree. Au vu de l’absence quasi permanente de ses deux parents, c’est son frère, de cinq ans son aîné, qui lui sert de chaperon. Si le garçon est gentil, il n’a aucune autorité sur sa sœur qui le mène en bateau avec une facilité déconcertante. Ce vendredi soir, Miléna a obtenu la permission de sa mère, elle dormira chez son amie Yonanda, à la condition de faire ses devoirs sans faute. Roxanne n’a aucune idée du mode de vie de la famille de Yonanda, elle l’imagine semblable à toutes les tribus de la région.
En cours de SVT , un jeune homme charismatique est venu faire une intervention sur le dérèglement climatique. À l’issue de la leçon, Yonanda a murmuré quelques mots à l’oreille de l’orateur, elle a glissé un papier ou un objet dans la poche de la veste de l’individu avant de quitter la salle en riant. Après avoir assisté à la scène, Miléna est allée s’enquérir du motif de la joie de son amie. Celle-ci lui a révélé avoir provoqué l’intervenant. Elle lui a donné une photo d’elle nue en lui demandant s’il était intéressé ; elle attend sa réponse sous la forme d’un signe convenu.
Devant le discours ulcéré de Miléna, Yonanda éclate de rire, elle lui explique que depuis l’âge de douze ans, elle adore émoustiller les mecs, même les vieux, qu’elle trouve ce jeu très excitant. Elle propose à son amie de l’initier dans l’art de faire bander les hommes. D’un air plus grave, elle ajoute :
— Si tu savais le dixième de ce que mon père m’a appris, tu serais…
Elle s’est arrêtée brusquement comme si elle avait peur, avant de continuer sur un ton plus agressif.
— Mais ne t’inquiète pas, tu n’auras rien à faire, tu regardes et tu t’instruis.
— Ce que tu fais est dégueulasse, je n’ai pas envie de voir ça.
C’est ce moment que choisit le jeune homme pour apparaître comme par enchantement devant les deux filles surprises et craintives. Le sourire du personnage rassure les adolescentes béates.
— J’ai bien visionné votre photo, je vous en remercie. Délicieux et prometteur mademoiselle… ?
— Yonanda.
— Et vous jolie jeune fille ?
— Je m’appelle Miléna.
— Donc Yonanda et Miléna, où sont papa et maman, personne ne vient vous accueillir à la sortie des classes ?
— Non jamais ! Mes parents sont toujours en voyages et je suis grande, je fais ce que je veux.
— Et vous, Miléna, vous êtes seule aussi ou bien votre père vous attend au coin de cette rue ?
— Non, je vis avec ma mère, elle est absente pour quelques jours, je suis chez Yonanda.
Tout en jetant un regard circonspect autour de lui, l’homme continue :
— Seriez-vous intéressées par une visite historique et culturelle d’un vieux château médiéval ? J’en profiterais pour vous donner un cours sur l’environnement et sur les mœurs de nos ancêtres, ceux-là mêmes qui ont hanté cette demeure. Mon oncle nous laissera flâner dans les dédales de ce monument de l’histoire régionale, il vous régalera de sa culture et de son savoir d’épicurien. Mais peut-être ignorez-vous le sens du mot « épicurien », mon savant oncle pourra vous en détailler tous les contours. Nous avons en ce moment la compagnie de jeunes gens de votre âge. Ils demeurent au château afin de parfaire leurs connaissances. Je suis convaincu que vous aimeriez les rencontrer.
Subjuguées par la voix et le charisme de cet homme, si beau et si élégant en ce lieu, les donzelles se laissent emporter dans un tourbillon euphorique. Elles se consultent du regard et décident d’emboîter le pas de cet illustre inconnu.
— Sachez, ma chère Roxanne que j’ai eu l’opportunité de rencontrer votre fille Miléna. Mon neveu l’a menée pour visiter les vestiges de mon vieux château, elle était accompagnée de son amie Yonanda, toutes deux se sont avérées des auditrices aussi charmantes que dociles. J’ai hâte de croiser de nouveau leur chemin. C’est d’ailleurs à cette fin que j’ai désiré vous entretenir aujourd’hui. J’en profite pour vous demander de chaperonner ces demoiselles lors de leur prochaine venue.
— Monsieur, je ne vous reconnais pas le droit d’entraîner ma fille dans votre château sans mon autorisation. C’est un refus total de ma part d’accéder à vos lubies. Oubliez-moi et oubliez Miléna.
— Je n’espérais pas de réponse positive aujourd’hui, mais je vous affirme que vous viendrez me rendre visite dans ma demeure avant la nouvelle lune. Sur cette déclaration, je vous salue en toute amitié, chère madame et je vous dis à bientôt.
Roxanne, incrédule et courroucée s’en retourne à toutes jambes vers sa fille, dans le but d’obtenir une explication sur son comportement. Sans attendre, elle se rend à la sortie des classes pour intercepter Miléna et son amie et leur demander de lui dire la vérité sur cette histoire. Elle a garé sa voiture dans la ruelle attenante au collège. Une demi-heure après, les derniers élèves ont quitté les lieux et toujours pas de Miléna ni de Yonanda. Inquiète, elle pénètre à l’intérieur de l’établissement pour s’enquérir de l’endroit où elle peut voir sa fille et son amie. Elle parvient ainsi à l’accueil de l’école. Une dame blonde semble rêver à un improbable prince charmant. Elle trône derrière le bureau qui lui tient lieu de paravent. Pour l’interpeller, Roxanne doit se hisser sur la pointe de ses chaussures et toussoter en se raclant la gorge pour attirer l’attention de la princesse étourdie. Celle-ci daigne tourner son regard vers son interlocutrice d’un air ulcéré. Quand elle reconnaît Roxanne, elle s’excuse et lui demande ce qui l’amène à cette heure.
— Pouvez-vous me dire où sont ma fille et son amie Yonanda ?
L’hôtesse consulte ses registres et d’un ton dépité :
— Elles sont inscrites comme absentes pour la totalité de la journée.
— Ce n’est pas possible. Je n’ai jamais signé d’autorisation. Vérifiez la classe de leur dernière heure de cours, je crois qu’elles devaient terminer par une heure d’histoire.
Par acquit de conscience, la dame blonde se replonge dans l’examen de son mémoire. Elle contrôle la justesse de sa réponse sur l’écran de l’ordinateur lui faisant face, pour finir par planter ses yeux désolés dans ceux de Roxanne en hochant la tête de gauche à droite.
En se dirigeant vers son domicile, Roxanne est inquiète, elle accélère, elle a dépassé la vitesse autorisée lorsque les gendarmes l’arrêtent au sortir d’une courbe. Elle range sa voiture sur le bord de la chaussée.
— Bonjour madame, vous savez que vous roulez trop vite, votre véhicule vient d’être flashé à la vitesse de 73 kilomètres à l’heure, alors que la limitation en agglomération est fixée à 50 kilomètres à l’heure. Avez-vous quelque chose à dire ?
— Excusez ma distraction, mais je suis à la recherche de ma fille. Elle ne s’est pas rendue en classe aujourd’hui et je me dépêchais de retourner à mon domicile pour voir si elle s’y trouve.
— Veuillez descendre du véhicule et me suivre jusqu’à la voiture de la gendarmerie. Nous allons vous dresser un procès-verbal pour cette infraction au Code de la route. J’espère que vous vous rendez compte de votre délit. Supposez que votre fille traverse la chaussée sans prévenir devant votre voiture alors que vous roulez à cette vitesse, vous la renversez, vous pouvez imaginer les suites de votre inconscience.
— Mais monsieur, je suis à la recherche de ma fille et je suis très inquiète, voilà la raison de mon étourderie. Vous m’en voyez désolée. Je voudrais juste retrouver sa trace au plus vite. Il est bien évident que je reconnais mes torts, je vous signe le procès et vous me laissez partir.
— Présentez vos papiers, permis de conduire, pièces d’identité, certificat d’assurance, nous allons vérifier tout cela.
— Mais monsieur le gendarme…
— Avez-vous consommé de l’alcool ou un quelconque stupéfiant dans les douze heures précédentes ?
— Non ! Je ne crois pas, j’ai peut-être bu un verre de vin pendant le repas de midi, je ne me souviens plus. Mais je n’ai rien avalé d’autre.
— Vous ne vous souvenez plus ! Nous allons vérifier la teneur de vos souvenirs. Après quoi, si tout est en ordre, vous pourrez reprendre votre voiture en la conduisant avec prudence.
Quel con ce mec, pensait-elle. Plutôt énervée, Roxanne demande l’autorisation de téléphoner à son domicile pour savoir si Miléna est rentrée. Le cerbère accepte de mauvaise grâce, sans montrer la moindre empathie. L’appel ne donne aucun résultat, Roxanne est de plus en plus inquiète et au bord de la crise de nerfs.
Dans la camionnette de la gendarmerie, le deuxième préposé aux incartades effleure les touches du clavier de son ordinateur avec le seul index de sa main droite. Sans même regarder son interlocutrice, il note tous les renseignements nécessaires à justifier le délit de cette dernière. Après avoir contrôlé l’état des poumons de sa patiente, il la renvoie vers son acolyte sans ambages. Celui-ci lui sert un ultime discours moralisateur avant de lui rendre sa liberté. Elle a perdu plus d’une heure dans cette aventure.
Lorsqu’elle parvient à l’appartement, elle doit constater que Miléna ne s’y trouve pas. Aucune trace de son passage, ni dans la cuisine, ni dans le salon, ni dans sa chambre. Pas un seul indice pour l’orienter vers une recherche. Elle reste là, assise sur une chaise. Appuie sa tête sur ses deux mains ouvertes, le bout de ses doigts martyrise ses paupières fermées. Ses pensées voyagent dans des suppositions incontrôlables. Elles se heurtent et rebondissent dans le monde inconnu d’une mère qui a perdu son enfant. Elle aurait dû surveiller, anticiper. Une envie de se transporter dans la cervelle de Miléna la submerge. Elle vient de comprendre que sa fille pourrait lui échapper. Mais pourquoi et que voudrait-elle fuir ? Pour la première fois de sa vie de mère, Roxanne se trouve devant une situation qu’elle ne maîtrise pas.
Lorsque les deux jeunes filles passent devant les personnages qui les jaugent avec une insistance gênante, on sent chez elles comme un regret d’être ici. Un couple au comportement inquiétant se permet même de vouloir les toucher au passage, l’intervention virulente du marquis les renvoie vers leurs petits fours.
— Mesdemoiselles, veuillez excuser ces rustres, mais vos si jolies silhouettes leur ont tourné les sens. Je vous promets que cela ne se reproduira plus. Vous êtes mes invitées, suivez-moi vers le buffet, nous avons des canapés de foie gras qui devraient vous ravir. Bien sûr, à votre âge on ne boit pas encore de champagne, c’est pourquoi je vous ai fait préparer un cocktail à base de thé glacé et un autre sur un mélange de Coca-Cola et de Mojito sans alcool. Vous m’en direz des nouvelles.
— Mais nous devions rencontrer des gens de notre génération, et je ne vois que des visages ridés ou flétris.
Miléna acquiesce aux propos de Yonanda, le marquis sourit et les entraîne vers un deuxième salon séparé du premier par une grande porte à coulisse.
— Voilà, vous êtes ici chez vous et entre vous, nous avons un bel échantillon d’une jeunesse avide de culture et de plaisirs, laissez-vous aller, régalez-vous. À tout à l’heure.
Une quinzaine de jeunes filles et garçons sont ainsi rassemblés, ils mangent, ils boivent, l’un d’entre eux raconte des histoires censées faire rire la majorité. À l’arrivée des deux nouvelles invitées, un garçon se détache du groupe et vient les accueillir, il dit se prénommer Galdric et se charge des présentations d’usage. Après quoi on boit à la santé des recrues en leur souhaitant une agréable soirée loin des parents et de la famille.
Miléna a remarqué certains regards fuyants, quelque chose ne tourne pas rond dans l’attitude du maître de cérémonie. Toutes les filles sont vêtues de robes longues avec des manches recouvrant entièrement les bras, malgré la température délicieuse en cette saison. On aurait pu espérer un peu de disparité dans l’habillement féminin, malgré une variété de couleurs amusante. Les garçons portent un pantalon strict et une chemise droite, là aussi avec des manches longues. Seules Miléna et Yonanda sont habillées de jeans et chaussées de baskets, avec un tee-shirt « peace and love » noir sur fond blanc pour Miléna et débardeur rouge uni pour Yonanda.
Au fur et à mesure que la soirée avance, des couples se forment et commencent à se tripoter mutuellement sous la bienveillance de l’assemblée. Yonanda est déjà dans les bras d’un adolescent qui voyage sans vergogne sous son pull, tandis qu’elle se colle à lui comme une sangsue. Miléna est courtisée par une fille qui tente de la caresser. Quelque chose en elle dit non, mais son esprit, son cœur, sa bouche, tout son corps se tend vers cette fille nommée Stella. Elle se surprend à glousser lorsque celle-ci lui retire doucement son soutien-gorge pour saisir ses petits seins à pleine bouche. Elle reprend un verre de ce cocktail qui la fait rire et réchauffe tous ses sens, elle se sent bien. Son visage rayonne dès qu’il croise le regard de son amie Yonanda ; dans le moment présent, elle est convaincue d’être capable d’aimer toute la gent féminine se mouvant avec langueur dans son environnement visuel.
C’est à peu près ce moment que choisit le marquis pour ouvrir la grande porte à glissière, laissant pénétrer l’autre assistance, celle des voyeurs dépravés qui désirent se régaler du spectacle et profiter de ces corps innocents et soumis.
La première fois que Roxanne rencontra le capitaine Videl, c’était en 1993, elle venait d’avoir 17 ans. Le Videl de cette époque était un fringuant trentenaire, il officiait alors en tant que Brigadier de Police et c’est lui qui avait enquêté avec succès sur la mort des voleurs déchiquetés par les chiens. Depuis ce temps, Arnold Videl entretient toujours des liens amicaux avec la famille de Roxanne. Aujourd’hui, le quinquagénaire est un homme usé par les excès et les déboires de la vie, son teint cireux et ses yeux enfoncés dans le creux des orbites laissent voir les dégâts de la boisson. Son petit ventre bedonnant donne une allure confortable à sa silhouette, une attitude d’homme parvenu, à qui on ne la fait pas. En dépit de son apparence bonhomme, son regard pétillant augure bien de quelqu’un qui sait écouter avec attention.
Sa dernière enquête l’a beaucoup éprouvé, la recherche d’un coupable insaisissable perturbe encore ses jours et ses nuits. Pourtant, il reste le policier opiniâtre que Roxanne a toujours connu ; c’est pourquoi elle s’adresse à lui pour l’aider à mettre la main sur sa fille avant qu’il ne soit trop tard.
— Bonjour, Arnold ! Comment vas-tu ?
— Bien merci et toi ?
— Inquiète, très inquiète !
— Vas-y, je t’écoute…
— Je suis ici, car j’ai besoin de tes compétences pour retrouver Miléna. Elle a disparu. Je suis dans la merde. Je ne sais plus vers qui me tourner. Tu es le seul qui puisse me sortir du pétrin.
Devant le ton pressant de Roxanne, le capitaine se sent désarmé, il murmure quelques mots pour se donner une contenance. Il n’ose pas la serrer dans ses bras pour la rassurer. Alors il redevient professionnel.
— Écoute Roxanne, inutile de t’affoler. Raconte-moi tout depuis le début. N’écarte aucune information, aucun événement, même si ça te semble anodin.
Et Roxanne se plonge dans le récit des renseignements dont elle dispose, consciencieusement, avec beaucoup d’application elle détaille tous les faits qui ont précédé la disparition de Miléna et de son amie. Lorsqu’elle retrace sa rencontre avec le marquis, le capitaine l’interrompt, il lui demande de lui décrire physiquement le personnage. Pendant qu’elle parle, il fouille sans résultat dans un tiroir de son bureau. Il appelle un de ses adjoints et lui ordonne de lui amener le dossier de Pierre de Roquefeuille. Quelques minutes plus tard, muni du dit dossier, il en extrait plusieurs photographies et les montre à Roxanne. Celle-ci les examine avec soin, puis elle soulève les sourcils en secouant la tête de gauche à droite.
— Je ne sais pas. Je ne suis pas sûre. Mais tout cela n’est pas très ressemblant. Pourtant, un petit détail me perturbe. Je vois sur cette photo que le personnage a une cicatrice horizontale sur le front et il me semble que le marquis avait une marque, certes discrète, mais presque similaire. C’est le seul élément qui m’apparaisse.
En lui tendant les photos, elle ajoute :
— Je ne remarque ce détail que sur une seule image, c’est bizarre n’est-ce pas ?
Le capitaine se saisit des clichés, il les retourne, ils sont tous annotés avec une date précise figurant au dos de l’image ; or c’est la photographie la plus récente qui montre la fameuse cicatrice. On peut donc définir approximativement la date d’un supposé accident ou d’une intervention chirurgicale capable d’une estafilade.
— Voilà un élément intéressant, on va creuser dans cette direction. J’ai bien noté et situé tout le détail de ton récit. Rien ne sera laissé au hasard, toutes les pistes seront étudiées. Je me charge en personne de retrouver Miléna dans les délais les plus brefs. Je ne peux rien te promettre, mais il faut que tu saches que cette affaire est devenue ma priorité.
Il est presque midi lorsque Roxanne quitte le bureau du capitaine Videl. Celui-ci s’empare de quelques dossiers qu’il glisse dans sa vieille serviette fatiguée. Il sort du commissariat, il tourne au coin de la rue Lebrun et pénètre dans l’établissement à l’angle de la rue Nationale. C’est ici son domicile et sa cantine, il loue un petit deux-pièces chez Léa la tenancière du bar des Sports. Rien de bien sportif dans ce débit de boissons, juste quelques habitués rivés au zinc dès l’ouverture matinale et par vagues successives au long de la journée. Videl les connaît tous, il les salue d’un signe distrait et se dirige vers sa table réservée située au fond de la grande pièce, à l’abri d’un pilier. De ce point stratégique, il peut superviser tout le contenu du bistrot et surveiller en toute discrétion les entrées et sorties de l’établissement. Déformation professionnelle sans doute ! Il est assis là depuis environ trois quarts d’heure. Il regarde ses dossiers en sirotant son habituel Bourbon, quand il remarque, d’abord par hasard, puis avec plus de précision, un homme grand et mince, affublé d’une redingote et coiffé d’une casquette anglaise en tweed. Intrigué par la silhouette du personnage qui lui rappelle quelqu’un de déjà vu, il s’extirpe de son siège pour se rapprocher de l’inconnu et pouvoir l’observer à la dérobée.
L’homme a commandé une salade et un verre de bière, il est maintenant assis à une table et consulte son Smartphone en picorant dans son assiette sans y prêter attention. Dans son cerveau, une petite lumière vient de s’allumer, Videl regagne ses documents qu’il triture avec nervosité. Il en extrait les photos qu’il a fait examiner à Roxanne. Il scrute le visage de l’individu en tentant de trouver une ressemblance avec les images de son dossier. Il cherche une cicatrice sur le front de l’inconnu sans réussir à en déceler la moindre trace. Le personnage n’a pas quitté son couvre-chef et il se tient penché vers l’avant en consultant son portable ou en farfouillant dans son assiette. Quand sa tête se relève, c’est pour ingurgiter quelques gorgées de bière. Pas suffisant pour éclairer la lanterne du policier.
Miléna se réveille avec une douleur lancinante au niveau des tempes, elle est dans une salle sombre, aucune lumière ne vient filtrer. Lorsque ses yeux se sont habitués à la pénombre, elle constate que la pièce n’a aucune fenêtre. Devant elle, une lourde porte en bois avec en son milieu une sorte de trappe munie de barreaux métalliques. Elle est assise sur une banquette en béton ou en pierre, à ses côtés, enroulée dans une grande couverture, Yonanda semble dormir paisiblement. Miléna est prise de panique, tout son corps se met à trembler, c’est à cet instant qu’elle se rend compte qu’elle est nue. Elle a froid ! Elle a peur ! Elle crie ! Un cri strident venu du plus profond de son effroi.
Yonanda se réveille en sursaut, quand elle se dresse sur ses deux jambes, elle constate sa nudité en même temps que celle de Miléna. Les deux filles ne comprennent pas, elles pleurent de concert en s’étreignant et en s’enroulant dans l’unique étoffe.
— On est où ? Qu’est-ce qu’on fait là ? interroge Yonanda.
— Il y a quelqu’un ! Au secours ! crient-elles en cœur en s’avançant vers la seule issue.
