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Du luxe à la misère… Le chaos continue… Les meurtres se succèdent… Non mais, franchement ?
La nouvelle vie de Doreen Montgomery à Kelowna devait être un nouveau départ après la rupture difficile qui a mis un terme à quatorze années de mariage, une chance de se retrouver et de remettre sa vie sur les rails. Au lieu de quoi, elle a passé sa première semaine dans sa ville natale à déterrer des cadavres, à traquer les indices et à taper sur les nerfs du brigadier Mack Moreau.
Maintenant que cette affaire a été résolue et que le meurtrier est traduit devant la justice, Doreen compte enfin se reposer cette semaine. Lorsque Mack lui demande de rafraîchir le jardin de sa mère, elle accepte la mission. Ce sera un second souffle dans sa nouvelle vie à Kelowna ainsi que dans sa relation naissante avec Mack.
L’ennui, c’est qu’en déterrant les racines récalcitrantes des bégonias de Madame Moreau pour les planter ailleurs, Doreen découvre de nouveaux ossements… et un autre mystère à résoudre. Tandis que les indices s’accumulent, Mack lui fait clairement comprendre qu’il n’a ni envie ni besoin de son aide, mais Doreen ne peut résister à l’attrait d’une nouvelle enquête. Alors qu’ils enchaînent les impasses et les fausses pistes, Nan, la grand-mère de Doreen, s’en amuse et lance des paris. Lequel des deux résoudra le crime en premier ?
Tout cela sous l’œil d’un assassin…
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Première de Couverture
Page de Titre
Résumé du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Épilogue
Un cadavre dans les œillets
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Du luxe à la misère… Le chaos continue… Les meurtres se succèdent… Non mais, franchement ?
La nouvelle vie de Doreen Montgomery à Kelowna devait être un nouveau départ après la rupture difficile qui a mis un terme à quatorze années de mariage, une chance de se retrouver et de remettre sa vie sur les rails. Au lieu de quoi, elle a passé sa première semaine dans sa ville natale à déterrer des cadavres, à traquer les indices et à taper sur les nerfs du brigadier Mack Moreau.
Maintenant que cette affaire a été résolue et que le meurtrier est traduit devant la justice, Doreen compte enfin se reposer cette semaine. Lorsque Mack lui demande de rafraîchir le jardin de sa mère, elle accepte la mission. Ce sera un second souffle dans sa nouvelle vie à Kelowna ainsi que dans sa relation naissante avec Mack.
L’ennui, c’est qu’en déterrant les racines récalcitrantes des bégonias de Madame Moreau pour les planter ailleurs, Doreen découvre de nouveaux ossements… et un autre mystère à résoudre. Tandis que les indices s’accumulent, Mack lui fait clairement comprendre qu’il n’a ni envie ni besoin de son aide, mais Doreen ne peut résister à l’attrait d’une nouvelle enquête. Alors qu’ils enchaînent les impasses et les fausses pistes, Nan, la grand-mère de Doreen, s’en amuse et lance des paris. Lequel des deux résoudra le crime en premier ?
Tout cela sous l’œil d’un assassin…
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À la Mission, Kelowna, Colombie-Britannique
Jeudi, presque une semaine plus tard…
Doreen Montgomery se tenait dans l’embrasure de la porte ouverte de sa cuisine. Sa cuisine. C’était agréable de s’installer enfin dans cette maison, passé le chaos des derniers jours, la « normalité » faisant après tout son entrée dans sa vie… Eh bien, tant que la « normalité » incluait ses trois adorables et uniques animaux de compagnie… C’était bizarre mais, pour elle, l’expression « s’installer dans cette maison » voulait dire se servir une tasse de café ou de thé quand elle le souhaitait, se coucher quand elle était prête et se reposer dans le jardin juste parce qu’elle en avait envie. Et bon sang, elle en avait vraiment envie. Mieux encore, certains jours, elle pouvait faire quelques pas sous son porche sans être accostée par quelqu’un voulant plus de détails sur les meurtres récemment résolus.
D’une manière ou d’une autre, elle était devenue une célébrité dans la petite ville de Kelowna. Mais elle ne voulait vraiment pas de ce rôle. Au moins, cela détournait l’attention des habitants de son statut de trentenaire désargentée, presque divorcée, vivant dans la maison de sa grand-mère.
Pourtant, Doreen était déterminée à gérer sa nouvelle vie comme elle l’entendait, sans cuisiniers, jardiniers, femmes de chambre ou chauffeurs. Elle pouvait se débrouiller dans la plupart des cas, sauf un. Doreen ne savait pas cuisiner. C’était pourquoi elle devait faire face à la chose la plus terrifiante que contenait sa cuisine. Elle s’avança pour remplir la bouilloire de Nan et la plaça sur la cuisinière, l’appareil avec lequel elle entretenait une relation de haine totale. Elle tourna le cadran pour allumer le gaz, mais, bien sûr, il n’y eut pas de flamme bleue. Cependant, elle put immédiatement sentir une odeur de gaz emplir ses narines.
Elle coupa le gaz et lança un regard noir à l’engin.
— Tu n’es pas une cuisinière. Tu es un démon. Je ne comprends pas comment tu marches, ce qui te fait marcher et pourquoi quelqu’un voudrait de toi dans sa maison, annonça-t-elle à la cantonade. Les seuls qui l’écoutaient étaient Mugs, son basset de race – tout heureux d’être étalé par terre hors de son chemin – et Thaddeus, l’énorme et magnifique perroquet bleu gris de Nan, avec ses longues plumes de queue rouges, sautillant actuellement sur la table de la cuisine, espérant grappiller des restes de nourriture.
— Je t’ai déjà nourri ce matin, Thaddeus.
Doreen secoua la tête. Elle n’aurait jamais dû le laisser manger ici. Désormais, il serait impossible de l’éloigner de sa table de petit déjeuner.
Goliath profita de ce moment de calme pour apparaître, traversant la cuisine en courant, passant entre les jambes de Doreen, et à nouveau dans le salon.
— Goliath ! cria Doreen en se redressant. Arrête de faire ça, ou tu finiras par me faire mal et à toi aussi.
Goliath était le gigantesque Maine coon doré, de la taille d’un lynx, qui accompagnait la maison. Goliath étant Goliath, c’était un élément perturbateur, qui choisissait les moments les plus inopportuns pour faire son apparition, tout en dormant le reste du temps. Initialement, Doreen avait pensé que Goliath courait à travers la maison à la poursuite d’une souris – que Dieu nous en préserve ! –, mais elle n’avait jamais vu aucune preuve de la présence d’une souris à l’intérieur. Elle avait réalisé que c’était le comportement « normal » de Goliath.
Soupirant, Doreen jeta un nouveau regard noir à sa cuisinière. Est-ce trop demander, de l’eau chaude pour mon thé ? Certains parvenaient à produire des mets incroyables en utilisant ces machins.
Doreen n’était pas de ceux-là.
Sa cuisinière était un démon noir. Pourtant, elle était déterminée à ne pas la laisser prendre le dessus sur elle. De nouveau, elle tendit la main pour allumer le gaz puis se figea. Elle ne pouvait pas faire ça. Et si quelque chose clochait avec la conduite de gaz ? Et si quelque chose était vraiment cassé ? Au moins, cela lui donnait une excuse pour mettre fin à ses tentatives idiotes de cuisiner. Elle sourit à cette pensée.
Consciente que c’était une échappatoire, néanmoins soulagée, elle prit la bouilloire électrique qu’elle avait trouvée au fond du garde-manger de Nan quand elle était arrivée, la remplit d’eau et la brancha. Puis elle appuya sur le bouton sur le côté et attendit que l’eau bouille. C’est la meilleure manière de faire du thé, de toute façon. Elle se réconforta à cette pensée alors que son regard retournait vers la cuisinière.
— Saleté.
Juste derrière elle s’éleva une voix.
— Saleté. Saleté.
Il faudrait fournir aux propriétaires de perroquets qui parlent un mode d’emploi et s’assurer de leur circonspection. Elle se retourna et agita son doigt sous le bec de Thaddeus.
— Ne répète pas ça.
— Saleté. Saleté. Saleté.
Elle fixa le perroquet gris d’Afrique, les mains posées sur les hanches, inquiète que Thaddeus se mette à jurer ainsi dans les moments les plus gênants. Comme avec toutes les autres horribles phrases qu’il avait appris à dire depuis qu’elle était arrivée.
C’était une autre première. Doreen était libre de jurer, maintenant. Libre de dire tout ce qu’elle voulait. Se débarrasser des chaînes de son mariage lui avait aussi libéré la langue. Ce qui n’était peut-être pas une si bonne chose. Elle avait une image de marque à défendre. Elle ne savait pas encore exactement quelle était cette image, mais elle était ici quelque part, et elle était censée la conserver. La réputation de Nan avait été un peu ternie par les récents meurtres. Mais Doreen avait blanchi le nom de Nan, et c’était tout ce qui comptait.
Un sentiment de paix envahissait Doreen maintenant, comme si elle avait en quelque sorte réussi un examen important, probablement l’un des nombreux à venir, alors qu’elle entamait cette transition majeure dans sa vie.
Mugs arriva en se dandinant et se frotta contre sa cuisse en aboyant.
— Je ne t’ai pas oublié, espèce d’idiot.
Doreen se pencha pour lui caresser rapidement les oreilles. Quand il aboya à nouveau, s’asseyant maintenant à ses pieds et lui lançant ce regard triste, elle lui rappela :
— Je t’ai déjà nourri, toi aussi.
Alors que la bouilloire chauffait, elle ouvrit la porte arrière de la cuisine et avança sous la longue véranda qui courait à l’arrière de la maison. L’entaille sombre à côté de la deuxième série de marches au fond, là où l’un des corps avait été déterré, était toujours une insulte au jardin qui aurait dû se trouver ici. Et, bien sûr, le reste du jardin était encore pire. Elle voulait s’y promener, planifier et concevoir ce qu’elle pourrait faire de cet espace, mais, comme elle n’avait pas d’argent, il était difficile d’imaginer des options viables en ce moment. Au moins, elle n’était pas pressée par le temps.
Cela lui rappela l’époque (alors qu’elle n’était encore qu’un trophée au bras d’un homme riche) où elle pouvait demander aux jardiniers de faire ce qu’elle voulait, quel qu’en soit le coût.
Alors qu’elle étudiait son immense jardin à l’arrière, des idées fusèrent dans son esprit. Elle sourit avec ravissement, puis retourna à l’intérieur, attrapa son bloc de papier et un crayon, et elle était sur le point de ressortir quand elle réalisa que la bouilloire était toujours allumée.
Cela ne l’avait jamais dérangée auparavant, mais maintenant elle ne pouvait plus quitter la maison tant qu’un appareil était en marche. L’idée de voir cette maison – sa maison – réduite en cendres était trop perturbante. Il n’y avait que très peu de temps qu’elle possédait enfin quelque chose à elle et ne pouvait pas supporter de le perdre.
Préparer son propre thé au cours des deux derniers jours avait été une expérience révélatrice. Elle avait l’habitude de commander des latte fantaisistes avec de beaux motifs en mousse sans se rendre compte qu’ils provenaient d’une machine à cinq mille dollars et d’un barista qualifié. Ce qu’elle aurait pu faire avec cinq mille dollars à présent… Elle grimaçait chaque fois qu’elle pensait au prix apparemment insignifiant d’un de ces latte raffinés qu’elle consommait quotidiennement lorsqu’elle était mariée. Une simple tasse de thé maison était un plaisir modeste maintenant, et ces cafés raffinés un caprice. Quelque chose qu’elle ne pouvait plus se permettre.
Elle attendit que l’eau bouille, puis laissa tomber un sachet de thé dans une grande tasse ébréchée que Nan avait laissée derrière elle et versa l’eau bouillante dessus. En examinant le frigo, elle fut soulagée de trouver un fond de lait dans une brique ouverte.
Elle s’en saisit, renifla l’intérieur et sourit. Il était encore bon. Elle en versa un peu dans son thé, replaça la brique dans le frigo, pris sa tasse et dit à Mugs :
— Tu es prêt à sortir ?
Mugs aboya joyeusement au mot pavlovien.
La porte était déjà ouverte, mais elle appuya une des chaises de la véranda contre pour qu’elle reste ainsi. Mugs s’élança en avant, ses énormes bajoues flasques remuant et tremblotant à chaque pas. Thaddeus s’envola au-dessus de sa tête – bien que Doreen ne sache pas comment l’oiseau pouvait voler. À son arrivée, il ne volait pas beaucoup. Aujourd’hui, il faisait des semi-montées en flèche entrecoupées de semi-chutes libres. Mais il le faisait avec beaucoup d’élégance. Ou du moins, cela aurait été élégant si les mots qui sortaient de son bec n’avaient pas été « Saleté. Saleté. »
Pourquoi se sentait-il obligé de se répéter ? Elle l’avait déjà entendu la première fois… malheureusement.
Goliath la dépassa à nouveau en courant, la queue en l’air.
Apparemment, c’était une sortie en famille.
Elle gloussa. C’était une belle journée, et tout semblait… parfait.
Elle se dirigea vers le fond de la propriété, son escorte la suivant. Les formalités administratives étaient encore en cours pour transférer légalement la propriété de la maison, grâce à sa grand-mère, au nom de Doreen. Nan avait choisi d’emménager dans une maison de retraite voisine et lui avait laissé sa maison. Doreen avait été absolument abasourdie et émue par la générosité de Nan à un moment où sa petite-fille avait désespérément besoin d’un chez-soi et d’un oreiller sur lequel poser sa tête la nuit.
Thaddeus s’envola et atterrit sur son épaule. Doreen caressa la tête du bel oiseau.
— Gentil oiseau.
Mais Thaddeus ne répéta pas cela. Allez comprendre.
Elle fit le tour de l’arrière-cour, se délectant du jardin, sachant qu’il était à elle pour toujours. Même s’il était envahi par les mauvaises herbes, le jardin avait tellement de potentiel. Avisant plusieurs petits arbres dans le fouillis, Doreen se rapprocha et hoqueta.
— Des arbres fruitiers, s’écria-t-elle avec joie.
Se penchant pour éviter les branches indisciplinées, elle étudia les feuilles et identifia un prunier d’Italie, peut-être un abricotier aussi, mais elle n’était pas sûre du dernier– peut-être un cerisier.
Les arbres fruitiers étaient un ajout délicieux à son jardin. Cet endroit serait merveilleux avec un effort minimal – tout prenait vie dans son esprit alors qu’elle envisageait les améliorations qu’elle pouvait lui apporter.
Doreen entendit des grognements étouffés et s’arrêta pour voir ce que Mugs était en train de déterrer. Heureusement, ce n’était que de la terre, cette fois.
Le jardinage était le seul et unique talent de Doreen. Mais concevoir le plan d’un jardin que quelqu’un d’autre se chargerait d’exécuter n’avait rien à voir avec le réaliser soi-même. Elle ne se rappelait pas la dernière fois qu’elle avait tenu une pelle à la main. Elle ne savait pas du tout quelle force physique serait nécessaire pour nettoyer ce jardin. De plus, elle s’était engagée à faire du jardinage pour la mère de Mack, contre monnaie sonnante et trébuchante, espérons-le. Le simple souvenir du détective local qui l’avait aidée à traverser le cauchemar de la découverte de plusieurs corps dans son jardin la semaine dernière la fit rire.
C’était un homme très intéressant…
Et qui pensait probablement qu’elle était cinglée. En même temps, ça avait été une semaine folle, la première passée à vivre dans l’un des plus vieux quartiers de la Mission à Kelowna, alors elle ne pouvait guère lui en vouloir.
Mack l’avait aidée à traverser cette période difficile. Sa présence avait été une aubaine lorsque les corps avaient commencé à affluer chez elle. Non pas que les cadavres soient de son fait, mais c’était elle qui les avait découverts. Ou peut-être qu’elle aurait dû en vouloir à Goliath. Ou à Mugs. Ils l’avaient tous les deux aidée… ou pas. Puis il y avait Thaddeus…
Elle fronça les sourcils en regardant sa « progéniture », en particulier le chien qui reniflait minutieusement les broussailles.
— Mugs, ne t’avise pas de trouver encore des corps ! le prévint-elle. Nous avons eu plus qu’assez de cadavres dans notre monde.
Mugs aboya gravement et reprit son chemin en se dandinant, l’herbe se fendant largement pour laisser passer sa bedaine. Elle sourit. Il était avec elle depuis cinq ans déjà. Elle avait hérité de Goliath et Thaddeus par Nan, comme des meubles de sa maison. Goliath était caractériel. Il allait et venait à sa guise et exigeait toujours qu’elle s’occupe de lui quand il était là. Un peu comme son futur ex-mari. Seulement, Goliath était castré, pas comme son futur ex-mari.
Elle gloussa à cette pensée.
— C’est ce que j’aurais dû faire. J’aurais dû le faire castrer. Il n’aurait pas ramené à la maison une autre femme objet et il ne m’aurait pas mise à la porte.
Quoi qu’il en soit, elle était mieux sans lui. Maintenant, tout ce qu’elle avait à faire était de trouver comment gagner de l’argent. Au moins assez pour payer l’électricité de la maison et la nourriture dans le frigo. Cela s’avérait être un défi plus grand qu’elle ne l’avait réalisé.
Mais ce n’était pas le problème du jour. Elle se dirigea vers la clôture délabrée, construite à partir de matériaux disparates, chacun trouvant sa propre façon de s’effondrer à moitié. Cela pourrait rebuter certaines personnes, mais cela n’empêcherait certainement pas quiconque voulant entrer de rester à l’extérieur.
Elle aurait aimé pouvoir s’offrir une toute nouvelle clôture autour de la propriété, comme bon point de départ. Le gros œuvre d’abord, puis les fioritures. Là, elle ne savait pas trop comment procéder pour le gros œuvre, surtout avec un budget restreint.
Elle se dirigea vers la porte branlante et maintenant brisée – Mugs derrière elle, Thaddeus toujours perché sur son épaule, Goliath quelque part –, détacha le fil du poteau et l’ouvrit.
Elle s’avança sur le chemin, prenant la direction du joli ruisseau qui passait derrière sa propriété. Elle ne voulait pas du tout clôturer. Il était impossible de sauver quoi que ce soit ici de toute façon.
À environ quarante mètres du ruisseau se trouvait la vue la plus magnifique depuis son jardin, bien plus intéressante qu’une clôture délabrée. Elle regarda de plus près le ruisseau, ne sachant pas si elle devait l’appeler « ruisseau » ou « rivière ». À l’heure actuelle, c’était plus un cours d’eau gazouillant. Mais elle se dit que, plus tard ce printemps, il pourrait devenir un peu plus violent. Néanmoins, la berge du ruisseau avait une pente tout à fait convenable, les inondations ne devraient donc pas être un problème. Elle repéra un endroit où elle pourrait aménager un petit patio dallé pour se reposer et profiter de l’eau.
Thaddeus s’envola de son épaule pour atterrir près de l’eau, se pavanant, cherchant plein d’espoir des poissons et des insectes.
Il n’y avait pas de sentier délimité de ce côté du ruisseau, et les autres propriétés environnantes étaient également clôturées au niveau du ruisseau. C’était vraiment dommage. Le ruisseau offrait une vue magnifique et paisible.
Elle retourna vers le côté le plus éloigné de sa clôture, posa son bloc de papier et sa tasse de thé sur un rocher, puis saisit un poteau et le secoua pour voir à quel point il était solide. Instantanément, la clôture émit un faible gémissement et s’effondra. Doreen fit un bond en arrière en s’écriant :
— Oh, non !
Mais quoi qu’elle ait fait, c’en était trop pour le vieux bois. Plusieurs des panneaux de la palissade s’affaissèrent sur le côté, créant un désordre plus important qu’elle ne l’avait prévu. Mugs se rapprocha, mais elle le chassa.
— Non, Mugs. Éloigne-toi. Tu pourrais te blesser sur un clou.
Alors qu’elle regagnait son jardin, enjoignant Mugs à la suivre, et fixait le ruisseau bouillonnant, elle se mit à rire.
— Ce n’est peut-être pas ce que j’avais prévu de faire, Mugs, mais le résultat final est magnifique. La vue est vraiment dégagée.
Elle prit le silence de Mugs pour de l’approbation.
De l’autre côté du ruisseau se trouvaient de très beaux saules pleureurs, et sa propriété possédait d’autres arbres parsemés le long des restes de sa clôture brisée. Un petit pont, auquel elle pouvait accéder, se trouvait juste à l’autre bout de la propriété. En réalité, c’était une vue superbe.
Enthousiasmée par ce qu’elle avait accidentellement commencé, elle retourna vers le reste de sa clôture et la secoua. Et, sans surprise, les trois quarts du reste de la palissade au bord du ruisseau s’éparpillèrent au sol, presque reconnaissants de ne pas être obligés de maintenir leur faux-semblant d’utilité plus longtemps.
Avec un grand sourire, elle se dirigea vers la dernière section debout, un grillage avec des tiges de fer profondément enfoncées dans le sol. Elle poussa et tira sur la première tige de fer, espérant qu’elle aussi soit branlante. La première céda, mais pas la deuxième. Elle réussit à en soulever une et vit la majorité du grillage s’écraser de manière désordonnée autour du poteau suivant, toujours debout. Ce dont elle avait vraiment besoin, c’était d’un bricoleur pour finir d’arracher la clôture et de la retirer, mais elle n’en avait pas sous la main. Cela lui rappela des souvenirs indésirables des événements de la semaine dernière. Le seul homme à tout faire qu’elle connaissait en ville avait été assassiné.
D’un hochement de tête, elle revint au problème en question. Elle n’était pas sûre de la quantité de débris de jardin qu’elle pouvait transporter dans sa petite Honda. Un camion serait utile pour faire un voyage à la déchetterie. Elle se demanda ce qu’elle pourrait faire pour que quelqu’un de grand et fort vienne lui donner un coup de main.
Sur cette pensée, Mack s’imposa à son esprit. Encore. Le détective mesurait bien plus d’un mètre quatre-vingts – ses épaules étaient presque aussi larges qu’il était grand. C’était une montagne. Mais, jusqu’à présent, il avait été très doux et gentil avec elle. Même si elle l’exaspérait plus que tout.
Mais tout ça pour la bonne cause.
Malheureusement, Doreen n’était pas sûre que Mack y croyait. Il ne l’avait pas non plus crue au début à propos des cadavres. Il avait fallu une affaire classée et plusieurs autres affaires en cours avant que cela n’arrive. Donc, dans l’ensemble, Mack devrait la remercier. Il devrait peut-être même lui verser une compensation pour son aide. Elle s’égaya un instant, imaginant un gros chèque en provenance de la police montée du Canada, puis secoua la tête.
— Ça n’arrivera pas.
Elle haussa les épaules. C’était sa vie actuellement. Et, pour ce que cela valait, elle était bien plus heureuse maintenant que lorsqu’elle était une poupée Barbie qui ne se souciait jamais de l’argent.
Elle fixa l’égratignure sur sa paume, le sang coulant déjà. Elle aurait dû porter des gants de jardinage. Inutile de regarder ses ongles abîmés. D’ailleurs, elle ne pouvait pas les voir à cause de la saleté.
— Doreen ?
Elle se retourna et cria :
— Je suis derrière !
Elle se tourna vers le grillage abattu et soupira. Elle allait se déchirer les mains. Et peut-être aussi le dos. Elle se dirigea vers sa tasse de thé, la ramassa et but une gorgée.
Lorsqu’elle entendit des pas, elle se retourna pour voir Mack s’avancer vers elle, Goliath dans les bras, grattant sa tête velue et parlant à Mugs qui était accouru le saluer. Elle posa sa tasse et lui adressa un sourire éclatant. Mack lui faisait toujours cet effet…
Mack sourit, posant le chat sur l’herbe, et offrant à Mugs un sourire et un rapide gratouillis des oreilles.
— Je vous laisse tranquille pendant une semaine et voilà le travail. Vous détruisez cet endroit.
Elle éclata de rire.
— Eh bien, il fallait bien que quelqu’un le fasse, dit-elle avec un sourire.
Thaddeus décida de les rejoindre à cet instant, atterrissant dans l’arrière-cour.
— Salut, toi, salua Mack, attendant que l’oiseau se dirige vers lui pour lui offrir une petite caresse sur la tête.
Les trois animaux se regroupèrent autour d’eux pour observer le grand homme.
— Qu’est-ce qui vous amène ici ? demanda Doreen.
Il montra la façade avant de la maison.
— Est-ce que cette foule vous dérange ?
Elle haussa les épaules.
— La notoriété est définitivement particulière. Je ne peux pas dire que je m’y suis habituée. Mais le stress s’atténue légèrement.
— Eh bien, vous êtes habituée à la notoriété, mais pas nécessairement à ce niveau.
Elle grimaça au souvenir de son riche mari désormais lointain et du nombre de fois où, en tant qu’épouse, elle avait été photographiée à un moment ou à un autre. Elle acquiesça.
— C’est vrai. Cela ne veut pas nécessairement dire que j’aime le sensationnalisme.
Il pointa la clôture du doigt.
— Vous vouliez l’enlever ?
Elle le dévisagea.
— Est-ce qu’on dirait que je l’ai fait par accident ?
Il rit.
— Avec vous, tout est possible.
Il s’approcha et testa le poteau d’angle.
— Il ne va pas tenir longtemps non plus.
Il examina la clôture brisée, longue et sinueuse, jusqu’au côté qui longeait la propriété voisine, le reste de la grande clôture fantaisiste collée tout contre elle.
— Est-ce que vous allez la retirer de ce côté aussi ?
— Y a-t-il la moindre raison que je ne puisse pas utiliser la clôture du voisin ?
Il haussa les épaules.
— C’est ce que je ferais.
Avec un grand sourire, elle demanda :
— Pourriez-vous retirer les derniers poteaux ?
Elle se frottait presque les mains de joie à l’idée de se débarrasser de cette énorme horreur. Détruire une telle longueur de clôture avait dégagé cette magnifique vue naturelle sur le ruisseau et elle avait hâte de se débarrasser du reste.
Apparemment autant d’effort qu’il lui en aurait fallu pour soulever une tasse de café, il déterra sans soucis l’énorme poteau de fer du sol.
Elle n’était pas même arrivée à le faire bouger d’un iota.
— C’est le bazar ici, déclara Mack. Pour l’instant, le seul bon endroit pour mettre cette vieille clôture, c’est au milieu du jardin. Elle entraînera ces machins feuillus avec.
— Ces « machins feuillus » dont vous parlez se trouvent être des buissons vivaces que j’aimerais garder.
Il lui lança un regard noir mais se retourna pour saisir le poteau à deux mains, le tira haut au-dessus de sa tête et traîna ce qu’il pouvait vers le centre de son jardin où il fit un gros tas sur la pelouse.
— Vous aurez besoin d’une bonne pince coupante pour le détailler en morceaux maniables.
— Ce dont j’ai besoin, c’est d’un camion pour me rendre à la déchetterie, annonça-t-elle. Je ne peux pas mettre grand-chose dans ma voiture.
— Après avoir terminé le projet de jardin de maman, nous irons probablement à la déchetterie. En fonction de la quantité de déchets que nous devrons jeter chez elle et de la quantité de compost que nous devrons peut-être ajouter, on pourra sans doute débarrasser une partie de vos débris de jardin en même temps.
Elle eut un sourire éclatant.
— Ça serait adorable.
Puis elle fronça les sourcils.
— Je ne pense pas avoir d’outils pour découper ce grillage.
— Il faut voir. Nan avait tout un tas d’outils dans le placard de l’entrée.
Doreen le regarda avec surprise, puis se souvint du placard de l’entrée rempli d’un étrange assortiment d’objets.
— Vous avez peut-être raison. Je vais vérifier.
Elle se dirigea vers la maison avant de se retourner soudainement et de crier :
— Attention ! Ne touchez pas ces plantes !
Il lui jeta un coup d’œil agacé mais continua à lutter avec les poteaux.
Elle le laissa là, tirant sur d’autres poteaux, essayant de soulever la clôture sans endommager les plantes, et se dirigea vers le placard. Une fois là-bas, elle se demanda à quoi ressemblait exactement une pince coupante. Elle trouva un marteau – elle en avait besoin pour arracher les clous des planches de bois sur la clôture déjà tombée.
Elle attrapa ce qui ressemblait à deux paires de quelque chose – peut-être ce dont elle avait besoin – et, le marteau en main, s’élança dehors. Lorsqu’elle atteignit Mack, elle les leva en l’air en criant :
— Ta-da.
Il jeta un coup d’œil et le sourire de Doreen disparut. Il se mit à rire.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
Il désigna une paire de pinces et s’expliqua :
— C’est un coupe-griffes sophistiqué pour chien.
Elle fixa un instant l’outil, puis Mugs, qui lui lança un regard qui signifiait « T’as pas intérêt ».
Elle secoua la tête.
— Je n’ai jamais vu ça.
— Cela ne coupera certainement pas les fils de fer. Par contre, ça, dit-il, en saisissant l’autre paire qui ressemblait à des cisailles étranges, ça devrait marcher.
Il les testa sur le poteau central qu’il avait déterré. Instantanément, le fil se brisa sous ses doigts. Il se dirigea vers la tige principale, y coupa le fil et reprit :
— Maintenant, faites ça sur chacun de ces poteaux et séparez le fil de fer pour pouvoir le rouler en boule.
Elle hocha la tête avec empressement.
— Je peux le faire.
Pendant qu’elle était allée chercher des outils, il avait retiré le reste des poteaux principaux. Certaines plantes étaient probablement abîmées, mais elle passerait l’après-midi à découper cette monstruosité de clôture pour pouvoir la manipuler plus facilement. Elle sourit.
— Vous voyez à quel point c’est mieux, déjà.
Il se tourna et étudia son immense jardin jusqu’au ruisseau, puis hocha la tête.
— Vous avez raison. Le simple fait de se débarrasser de cette horreur a dégagé la vue magnifiquement. Mais ne voulez pas remettre de clôture à l’arrière ?
Elle secoua la tête.
— Non, je veux voir le ruisseau. C’est beau.
Elle le conduisit jusqu’à l’endroit où elle s’était tenue un peu plus tôt.
— Je pense mettre un patio ici.
— Ne parlez pas de vos projets à la municipalité, l’avertit-il. C’est une zone riveraine. Vous n’êtes pas autorisée à faire quoi que ce soit sans une montagne de permis.
Elle haussa les sourcils.
— Des permis ? C’est mon terrain. Pourquoi ne pourrais-je pas poser des dalles ?
Il haussa les épaules.
— Tout ce que je peux vous dire, c’est que vous aurez probablement besoin d’un permis pour faire ça.
Elle fronça les sourcils, mécontente. La dernière chose qu’elle voulait, c’était que quelqu’un entrave son plaisir de jardiner.
— Je mettrais du gravier, alors. Je ne sais pas. Ce n’est pas une priorité absolue. Il y a cette jolie berge, un petit chemin et le pont. Même s’il est vieux, il est solide.
Sauf là où son pied avait traversé l’une des planches la semaine dernière.
Le pont pouvait théoriquement être utilisé par n’importe qui, mais elle n’avait jamais vu personne sur ce chemin au bord du ruisseau, car il était assez envahi par la végétation et peu populaire. Mais, pour Mugs, c’était un excellent moyen de faire de l’exercice. Il en avait besoin.
À ce moment-là, Thaddeus sauta sur le bloc de papier posé sur le rocher, l’envoyant valser ainsi que le crayon contre sa tasse de thé. La tasse tomba avec fracas sur les cailloux en dessous, et Thaddeus s’écarta des dégâts. Mais, évidemment, de sa voix aiguë et perçante, il s’écria :
— Saleté. Saleté.
— Oh, Thaddeus pourquoi dis-tu ça ?
Elle s’approcha, ramassa les morceaux de porcelaine brisée et le bloc de papier maintenant dégoulinant de thé. C’était sa faute. Elle n’aurait pas dû le poser ici. Mais elle n’avait pas de table ni de chaises d’extérieur à cet endroit qu’elle aurait pu utiliser.
— Je vois que vous lui apprenez d’autres jurons.
Mack garda une voix agréable.
Elle lui lança un regard suspicieux.
— Ce n’est pas intentionnel.
Il gloussa.
— Je suis sûr que ce satané oiseau répétera tout ce que vous ne voulez pas qu’il dise.
Thaddeus jeta à Mack un regard perçant, pencha la tête sur le côté et dit :
— Satané oiseau. Satané oiseau. Satané oiseau.
Elle gémit.
— Faites attention à ce que vous dites quand il est là.
Mack écarta les doigts.
— Moi ? Ce n’est pas moi qui lui ai appris la première phrase.
— Et maintenant, vous lui en avez appris une autre, répondit-elle sèchement. Bientôt, sans qu’on le réalise, il connaîtra tous les gros mots et ira choquer les voisins.
— Je pense que vous avez déjà choqué les voisins, déclara Mack avec un sourire. Exhumer des cadavres, capturer un meurtrier et résoudre une affaire classée depuis longtemps… tout cela a dû définitivement choquer les voisins.
Elle rougit en entendant l’admiration dans son ton.
— Eh bien, j’ai fait de mon mieux. Et puis, vous aviez besoin de mon aide.
— Je n’avais pas besoin de votre aide, fulmina-t-il. Je suis détective depuis longtemps, je résolvais des crimes bien avant que vous n’arriviez ici.
— Oui, mais vous n’aviez pas résolu celui-ci, n’est-ce pas ?
Elle ne pouvait s’empêcher de le taquiner.
— Allons, comment pouvais-je savoir que vous aviez un cadavre enterré sur votre propriété ?
Elle haussa les épaules.
— En tout cas, nous l’avons résolue, déclara-t-elle, ajoutant, magnanime : Tous les deux.
Il hésita, pencha la tête dans sa direction.
— D’accord, je vous l’accorde. Nous l’avons fait ensemble.
Elle eut un sourire éclatant.
— Maintenant que Thaddeus a renversé mon thé et cassé ma tasse, voulez-vous entrer et prendre une tasse de thé ?
Il secoua la tête.
— La prochaine fois. Je me suis arrêté pour vous demander si vous pouviez venir chez ma mère. Elle s’inquiète à propos de ses bégonias. Je ne sais pas si vous pouvez faire quelque chose. Mais, tant qu’on y est, on pourrait discuter de ce qu’il faut faire et voir quand commencer.
Doreen revêtit son expression de jardinière en chef.
— Bien sûr, je sais comment traiter les bégonias malades. Je dois toujours replanter les miens. Ils ont été déterrés quand votre service est venu enlever le cadavre. Le premier.
Il acquiesça.
— Et depuis que j’ai mentionné que des bégonias avaient été arrachés ici, ma mère s’inquiète des siens.
— Quand voulez-vous y aller ?
Il hésita.
— Je ne veux pas qu’elle s’inquiète, ça vous dérangerait de venir avec moi maintenant, juste pour jeter un coup d’œil ? On verra ce qu’on peut faire d’eux.
Enthousiaste, Doreen répondit :
— Parfait. Allons-y.
Ils avancèrent jusqu’à l’allée principale. Ignorant l’attroupement qui regardait sa maison depuis le trottoir, sans dire un mot à personne, Doreen sauta dans le pick-up, Mugs essayant de la suivre.
—Ça vous dérange, si Mugs nous accompagne ?
Seulement, il n’y avait pas que Mugs, car Goliath se précipitait déjà vers eux et Thaddeus cria depuis le porche avant de s’élancer dans leur direction.
— Tout le monde ? Vraiment ?
Mack soupira et laissa à Doreen le temps de récupérer sa ménagerie. Lorsqu’ils furent tous installés dans le véhicule, il sortit en marche arrière de son allée et conduisit les cinq minutes nécessaires jusqu’à la maison de sa mère. Ils auraient pu y aller en marchant, mais ils auraient alors été accostés par tous les curieux.
Alors qu’ils descendaient de son véhicule, il dit :
— Elle doit encore faire la sieste. Je l’ai laissée alors qu’elle se couchait et je suis venu directement chez vous.
Ils firent le tour de la maison et il indiqua un grand massif qui n’allait pas très bien.
Doreen soupira.
— Si ce sont des bégonias, ils ont définitivement connu des jours meilleurs.
Elle contourna la grande parcelle de presque deux mètres, puis se mit à quatre pattes, plongeant les doigts dans la terre, vérifiant et examinant le sol.
— Je ne sais pas exactement ce qui ne va pas. Vous auriez une pelle sous la main ?
Il lui apporta une petite bêche. Elle creusa près des racines du premier massif, retirant une partie de la terre pour voir le système racinaire. Après avoir retiré plusieurs pelletées, elle s’arrêta, enleva une partie de la terre sur les tubercules et regarda de plus près.
— Ils sont vraiment malades. Sont-ils suffisamment arrosés ?
— L’arrosage est automatique. Donc ils devraient recevoir suffisamment d’eau.
Elle hocha la tête et recula un peu sa bêche pour pouvoir retirer plus de terre. Il y avait de la perlite tout autour de la base de la plante, mais la terre noire était correcte. Bien qu’il y ait aussi beaucoup d’argile, elle semblait absorber suffisamment d’eau. Alors qu’elle retirait une autre pelletée, elle se figea.
Mack se pencha à côté d’elle.
— Que se passe-t-il ?
Elle ramassa quelque chose de blanc et le laissa tomber dans sa main. Elle se tourna pour regarder Mack.
— Est-ce que c’est ce que je pense ?
Il fronça les sourcils, secoua la tête, mais sa bouche s’ouvrit, puis il se figea.
— J’espère vraiment que non.
— Ce serait approprié, dit-elle d’un ton lugubre.
— Comment ? aboya-t-il, le regard fixé sur ce qu’il avait dans la main.
Elle ricana.
— Un os dans les bégonias, ça vous tente ?
Mack lui lança un regard furieux.
— Ce n’est pas drôle.
Doreen plaqua les mains sur sa bouche pour retenir son éclat de rire et regarda Mack.
— Alors dites-moi qu’il n’est pas humain.
Son expression maussade indiquait ce qu’il ressentait.
— Je ne peux pas dire ça.
Elle s’approcha.
— Cela pourrait être un os de raton laveur. Il pourrait s’agir d’un os d’écureuil. Il n’y a aucun moyen de dire qu’il est humain pour le moment.
Il fouilla dans sa poche, en sortit un petit sac et y fourra l’os.
— Il y a un moyen de savoir. Je vais l’emmener au labo. Mais ils auront besoin de quelques jours.
— Bien, dit-elle brièvement. Il me faut un peu plus d’une semaine entre deux cadavres, s’il vous plaît.
À cela, il lui lança un regard en coin et sourit. Le sourire se transforma rapidement en un rire contagieux.
Elle le fixa, sentant son propre sens de l’humour revenir.
— La seule chose amusante que je voie à ce sujet, c’est que, cette fois, c’est la propriété de votre mère.
Instantanément, le rire de Mack s’interrompit. Il la dévisagea.
— Ce n’est pas drôle.
Elle sourit doucement.
— Non, mais c’est vrai, répondit-elle en se levant et en regardant autour d’elle. Et votre mère a un joli jardin. S’il y a des os dans les bégonias, eh bien, ce n’est peut-être pas sa faute non plus.
Elle lui jeta un coup d’œil.
— Depuis combien de temps habite-t-elle ici ?
Il fronça les sourcils.
— Je suis né et j’ai grandi ici. Et elle habite ici sûrement depuis qu’elle a épousé mon père.
Il tourna son regard vers la maison.
— Je ne sais pas exactement combien de temps. Une cinquantaine d’années ?
— Il serait peut-être temps de le découvrir.
Sans plus lui prêter d’attention, elle avança le long des bégonias, puis inspecta tout le jardin.
— Tout est sain sauf les bégonias. Nous pouvons donc les replanter à un autre endroit, retourner cette parcelle, l’enrichir avec de la tourbe, de l’engrais et de la perlite – peut-être de la nouvelle terre, si votre mère se rappelle de dernière fois où elle a stimulé cette zone. Et ensuite planter une autre plante vivace.
Heureux de changer de sujet, il se tourna vers le reste du jardin.
— Où mettriez-vous les bégonias ?
— Les bégonias aiment le soleil. Elle tourna lentement sur elle-même, étudiant le jardin qui longeait le périmètre de l’arrière-cour : Il y a beaucoup de soleil vers cette clôture, là-bas.
Elle s’approcha et étudia les gros massifs de marguerites à l’endroit qu’elle avait en tête.
— Les marguerites poussent même dans des conditions défavorables. Nous pourrions échanger leurs places. Mettre les marguerites là où se trouvent les bégonias.
Elle réfléchit à l’idée en jetant un coup d’œil aux autres massifs.
— Vous avez également beaucoup de place ici.
Elle se dirigea vers une parcelle vide à côté d’un massif d’azalées et de ce qui ressemblait à un gros rhododendron.
— Vous pouvez toujours diviser les marguerites et en mettre une partie ici et disperser le reste dans le jardin. Cela rajoutera une belle touche de couleur blanche durant l’été.
— J’en parlerai à ma mère.
Doreen hocha la tête.
— Faites donc. Et lorsque vous aurez décidé ce que vous voulez faire, vous m’appellerez. Nous rentrerons à pied… sauf Goliath, je suppose, qui fera ce qu’il veut.
Elle fit un signe du doigt à Mack et se dirigea vers la porte de la cour.
— Venez, Mugs et Thaddeus. Nous avons fait assez de dégâts ici.
Thaddeus s’avança vers elle en criant :
— Maudit os. Maudit os.
Elle soupira.
— Ce n’est pas tout à fait ce que nous avons dit, Thaddeus.
Thaddeus pencha la tête sur le côté alors qu’il sautillait en avant.
Elle lui tint le portail ouvert et, avant qu’il ne le franchisse, une traînée dorée le dépassa à toute allure. Cela fit presque chuter le pauvre Thaddeus.
— Goliath, un peu de tenue, s’il te plaît.
Goliath s’arrêta, se retourna, lança un regard malveillant à Doreen et reprit son chemin lentement à grandes enjambées.
Elle se pencha et attrapa Thaddeus.
— Que dirais-tu d’un tour, mon grand ?
Elle posa Thaddeus sur son épaule.
Il plia le cou et caressa sa joue avec sa tête.
— Merci. Merci.
Elle rit.
— C’était approprié. Qui t’a appris à parler d’ailleurs ?
— Melle Nan. Melle Nan.
Instantanément, Doreen eut le mal du pays.
— Eh bien, on peut prendre le chemin le plus long et nous arrêter pour lui rendre visite, si tu veux. Ou peut-être aller en ville après une tasse de thé ?
Thaddeus hocha la tête à sa deuxième suggestion, elle choisit donc de rentrer chez elle.
Alors qu’elle passait devant la clôture, elle jeta un coup d’œil derrière elle pour voir Mack, toujours debout dans le jardin de sa mère, les mains sur les hanches, qui la regardait partir avec son trio vers le chemin du ruisseau. Elle lui fit à nouveau un signe de la main. Il lui répondit, mais elle aperçut une expression étrange sur son visage. Que ce soit parce qu’il l’avait entendue parler à son oiseau ou à cause des bégonias et de tout ce qu’ils avaient trouvé, elle l’ignorait.
Il devait sûrement être habitué à elle maintenant, alors elle opta pour l’os qu’elle avait trouvé dans le lit de bégonias comme la cause de ce bouleversement. Cela retiendrait certainement son attention pendant un certain temps. Peut-être plus qu’un certain temps, en fait. Alors qu’elle se dirigeait vers son jardin et contournait la clôture partiellement démantelée, ses animaux se dispersèrent et elle s’arrêta pour contempler son œuvre.
— C’est encore pire qu’avant. Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir en faire ?
— Bonjour, s’écria une voix joyeuse et claire du côté de sa maison.
Doreen se tourna et fronça les sourcils devant l’inconnue qui venait vers elle.
— Puis-je vous aider ? demanda-t-elle poliment. Elle était presque plus déterminée à installer une nouvelle clôture sur l’avant de sa maison, y compris l’allée, qu’elle ne se souciait de démonter celle-ci. Depuis que les médias avaient découvert les meurtres, ils étaient partout sur sa propriété.
La femme tendit la main, mais elle était un peu trop parfaitement coiffée pour que Doreen se détende. Elle avait beaucoup vu de femmes comme elle au fil des ans. Celle-ci était entrée dans son jardin sans invitation, ce qui faisait d’elle quelqu’un à qui Doreen ne voulait vraiment pas parler.
Pourtant, ses manières revenaient toujours à l’attaque. Son futur ex-mari lui avait rabâché cela tous les jours. Peu importait qu’elle apprécie quelqu’un ou non. « Souris et utilise ces manières à ton avantage. » Elle se plaqua un sourire mondain éclatant sur le visage et serra la main de la femme.
— Je m’appelle Sibyl. Je travaille au journal de Kelowna. Vous avez donné toutes sortes d’interviews aux grands journaux télévisés et à la presse, mais pas encore pour nous.
Doreen montra les dents.
— Et je ne le ferai pas. Maintenant que vous vous êtes identifiée, je vous prie de quitter ma propriété.
Le sourire quitta le visage de la femme.
— Oh, ma chère. Je ne voulais pas vous contrarier.
— Il y a une raison pour que j’évite la foule devant. Je ne veux plus parler de cette histoire à personne.
Doreen croisa les bras sur sa poitrine et tapota ses doigts contre son avant-bras.
— Alors s’il vous plaît, faites demi-tour et partez.
— Eh bien, peut-être que je vais juste vous poser une question sur notre charmant inspecteur de police, Mack Moreau, qui repasse encore souvent ici.
