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Du luxe à la misère… Du contrôle au chaos… Quant au meurtre… eh bien, peut-être…
Le succès de Doreen dans sa résolution de meurtres s’est ébruité dans tout le pays, mais elle n’a qu’une envie, rester toute seule. Elle a des antiquités à présenter à une vente aux enchères et une relation avec le brigadier Mack Moreau à démêler, sans parler de sa nouvelle amitié avec Penny, sa première amie à Kelowna. Doreen ne veut pas tout gâcher.
Mais lorsqu’une accusation surprise est portée (au sujet de George, le mari décédé de Penny, et lancée par l’un des hommes que Doreen l’a aidée à évincer), elle se dit que ça ne peut pas faire de mal d’enquêter sur le passé de sa nouvelle amie.
Avant d’en prendre conscience, Doreen se retrouve avec une nouvelle affaire sur les bras, une affaire classée et un probable meurtre par compassion… qu’elle doit creuser tout en entretenant ses relations avec Penny, Mack et ses animaux de compagnie : Mugs, le basset, Goliath, le chat Maine coon et Thaddeus, le perroquet gris bien trop bavard. Depuis le temps, Mack devrait être habitué au manège de Doreen, mais quand elle se jette à corps perdu dans une autre de ses affaires, il a de plus en plus de mal à le supporter…
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Première de Couverture
Page de Titre
Résumé du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Épilogue
Une empreinte dans les fougères
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Un nouveau polar « cozy mystery », par Dale Mayer, auteure de best-sellers au classement du USA Today. Suivez les aventures de Doreen Montgomery, jardinière et détective en herbe, et de ses adorables assistants (un chat, un chien et un perroquet) dans leurs enquêtes criminelles dans la jolie ville de Kelowna au Canada.
Du luxe à la misère… Du contrôle au chaos… Quant au meurtre… eh bien, peut-être…
Le succès de Doreen dans sa résolution de meurtres s’est ébruité dans tout le pays, mais elle n’a qu’une envie, rester toute seule. Elle a des antiquités à présenter à une vente aux enchères et une relation avec le brigadier Mack Moreau à démêler, sans parler de sa nouvelle amitié avec Penny, sa première amie à Kelowna. Doreen ne veut pas tout gâcher.
Mais lorsqu’une accusation surprise est portée (au sujet de George, le mari décédé de Penny, et lancée par l’un des hommes que Doreen l’a aidée à évincer), elle se dit que ça ne peut pas faire de mal d’enquêter sur le passé de sa nouvelle amie.
Avant d’en prendre conscience, Doreen se retrouve avec une nouvelle affaire sur les bras, une affaire classée et un probable meurtre par compassion… qu’elle doit creuser tout en entretenant ses relations avec Penny, Mack et ses animaux de compagnie : Mugs, le basset, Goliath, le chat Maine coon et Thaddeus, le perroquet gris bien trop bavard. Depuis le temps, Mack devrait être habitué au manège de Doreen, mais quand elle se jette à corps perdu dans une autre de ses affaires, il a de plus en plus de mal à le supporter…
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Mission, Kelowna, Colombie-Britannique
Dimanche après-midi… le même jour que la fin de sa dernière enquête
Cela avait été une journée si éprouvante… et elle n’était pas encore terminée. Doreen poussa un grognement. Au moins, son incident avec Hornby appartenait au passé. Même si c’était aujourd’hui qu’il avait eu lieu, elle avait l’impression que tout n’était que le commencement. Elle avait déjà dit ça plusieurs fois depuis que son futur ex-mari l’avait remplacée par son nouveau trophée, l’ancienne avocate chargée de son divorce, rien que ça.
Mais c’était dur d’être en colère contre cette situation aujourd’hui. Si elle était restée dans ce mariage avec cet homme manipulateur, elle n’aurait jamais connu toutes ces merveilleuses expériences depuis qu’elle avait emménagé dans sa nouvelle maison, la vieille demeure de sa grand-mère. Et grâce à toutes les affaires que Doreen avait résolues depuis son arrivée à Kelowna, eh bien… elle avait aidé beaucoup de monde à faire son deuil.
Et désormais, peut-être une personne de plus, Penny, même si Doreen se débattait toujours avec les accusations de Hornby selon lesquelles Penny aurait pu tuer son mari. Doreen aurait pu les considérer comme de l’amertume venant d’un homme qui prenait la direction de la prison pour le reste de sa vie, mais… s’il y avait une once de vérité dans tout ça ?
Mack avait réussi à mettre la main sur Penny. Elle lui avait fourni sa version officielle au sujet de la disparition de son beau-frère, dont il avait désormais été confirmé que l’assassinat avait été commis par Alan Hornby, et elle était revenue chez elle après sa visite chez son ami à Vernon. Dès qu’elle avait débarqué en ville, elle s’était rendue chez Doreen. Quand cette dernière avait ouvert sa porte d’entrée, Penny l’avait prise dans ses bras.
— Je vous remercie tellement de m’avoir apporté des réponses, pleura Penny avant de l’enlacer de nouveau. (Après un moment, elle recula et dit :) Je suis tellement désolée. Je ne voulais pas vous abandonner. Mais je ne savais pas ce que cet homme affreux avait l’intention de faire. Je ne pouvais pas rester plus longtemps dans les parages pour le savoir.
— C’est bon, répondit Doreen. Horny ne peut plus vous faire de mal.
Ressentant le besoin de marcher et de parler, les deux femmes étant trop nerveuses pour se contenter de rester assises à l’intérieur, elles firent une petite promenade dans le jardin de Doreen, pendant laquelle cette dernière donna à Penny tous les détails. Lorsqu’elles furent à court de questions et de réponses, Penny remarqua les larges plates-bandes le long de la clôture.
— Ce sera joli, affirma-t-elle en désignant une longue portion du jardin envahi de mauvaises herbes.
— J’ai encore un long chemin à parcourir pour que ça redevienne comme au temps où Nan vivait ici, rétorqua Doreen. C’est beaucoup de boulot.
— Je comprends. C’est pareil chez moi, ajouta Penny. Et pas sûre d’en avoir envie en ce moment. Avant que Johnny disparaisse, j’adorais le jardinage. Puis c’est devenu un moyen d’estomper les soucis et la tension accumulés toutes ces années, mais après la mort de George…
— Je le laisserais tel quel à ta place, conseilla Doreen. Tu vas vendre, et ton jardin n’a pas si mauvaise allure.
— Et pourtant, vendre la maison, c’est comme trahir George.
Doreen regarda Penny.
— Tu étais heureuse avec lui ?
Penny afficha un grand sourire.
— Très heureuse. C’était un homme remarquable et un bon mari qui subvenait à nos besoins.
Doreen ne savait pas si elle devait poser des questions à propos du décès de George. Ce n’était pas un sujet facile. Parce que Hornby avait porté des accusations, ça ne signifiait pas que tout était faux, mais ça ne voulait pas non plus dire qu’il n’était là que pour causer des problèmes.
— Comment George est-il mort déjà ?
— Crise cardiaque, répondit Penny, le visage impassible. (Elle porta une main à son cœur.) Il est parti très vite.
Penny marcha vers l’arrière de la propriété, où une large bande d’échinacées était disposée. Elles n’avaient pas encore fleuri, mais elles promettaient de s’épanouir bientôt.
— Toutes mes condoléances, exprima Doreen. Ça a dû être très difficile.
— Oh oui ! confirma Penny. Ça l’a été, en effet.
Doreen baissa les yeux sur le carré d’échinacées et sourit.
— Je me rappelle à quel point tes plantes sont bien plus grandes que les miennes. (Elle les désigna et ajouta :) J’ai des tas de végétaux qui peuplent mon jardin, dont certains que je dois déplacer, comme des digitales, des belladones, des solanacées…
Son regard glissa sur le côté, vérifiant la réaction de Penny à la liste de plantes toxiques, mais ne perçut absolument rien de fâcheux. Satisfaite, Doreen noua son bras à celui de Penny et fit face à sa nouvelle copine jardinière.
— Je suis contente que Mack ait mis la main sur toi avant que tu l’entendes ailleurs.
— Je suis sûre que je dois te remercier pour ça, approuva Penny. Je devrais rentrer maintenant.
Elle regarda de nouveau vers les jardins de Doreen tandis qu’elles se dirigeaient vers la crique. Elle pointa du doigt un autre massif d’échinacées.
— Tu sais quoi ? Étant donné qu’on a trouvé la dague de Johnny dans les dahlias à la maison et ensuite son médaillon dans mon jardin de devant, je ne regarderai plus jamais un parterre de plantes sans me demander si d’autres preuves y sont cachées.
L’esprit de Doreen sursauta, se répétant preuve dans les échinacées, preuve dans les échinacées. Mais ce n’était pas l’affaire du jour. Cela devrait attendre. En souriant, elle reprit :
— Oublie tout ça pour le moment. On pourra parler de jardinage, de plantes et de preuves un autre jour.
Penny gloussa.
— Ça me paraît bien. Au moins, on a quelque chose en commun.
Doreen acquiesça.
— En effet. On plante des trucs, toutes sortes de graines et même des idées dont on n’avait aucune idée… dit-elle d’un ton énigmatique.
Penny scruta sur les côtés, mais Doreen ne fit que sourire et suggéra :
— Peut-être devrais-tu assembler un jardin du souvenir, en mémoire de Johnny. (Au regard surpris de Penny, elle s’expliqua :) Je sais que ça sort de nulle part. Mais je me disais, tu sais, pendant que je regardais les échinacées, que tu avais perdu Johnny et George et que tous deux adoraient ta maison.
— Mais je la vends, contesta Penny. Tu t’en souviens ?
Doreen hocha la tête.
— C’est peut-être une bonne façon de la quitter, alors, en tant que foyer que vous avez tous partagé. Créer un jardin du souvenir avant de déménager serait une bonne chose pour les honorer. Si les nouveaux propriétaires l’enlèvent, eh bien, qu’il en soit ainsi ! Tu n’aurais pas besoin d’en faire trop. Simplement mettre en place deux cercles de pierres et une petite pierre tombale au centre de chacun d’eux, puis prononcer quelques mots par-devant. Tu devrais récupérer le médaillon de Johnny ainsi que son couteau au bout d’un moment, par l’intermédiaire de la police. Il y a aussi une petite croix.
Penny observa d’un air réfléchi la crique.
— Tu veux me faire tourner la page, c’est ça ?
— En effet, confirma Doreen qui était également en train de penser à autre chose qui ne la laisserait pas en paix. Pour ton propre bien. En plus, tu ne sais pas combien de temps prendra la vente de ta maison. Mais si tu y réfléchis, ça pourrait mettre quelques mois ou même une année. Tu ne l’as pas encore mise sur le marché, si ?
Penny secoua la tête.
— Je ne pouvais pas tant que tu menais l’enquête, indiqua-t-elle sobrement. Ça paraissait être une mauvaise idée à ce moment-là. Maintenant que tu as fini et que nous savons ce qui est arrivé… (Elle branla du chef.) George a passé la majeure partie de sa vie d’adulte à chercher son frère, et il ne l’a jamais retrouvé… Mais en seulement quelques jours, vois ce que tu as accompli !
— Je suis vraiment désolée pour ce long épisode sans réponses, dit Doreen, la voix compatissante. Je crois que l’une des situations les plus difficiles que les gens puissent vivre, c’est de ne jamais connaître la vérité.
— Et tu l’as découverte si vite, ajouta Penny, ébahie. C’est vraiment ce qui m’a coupé le souffle. Je t’ai seulement parlé, quoi… mardi dernier, mercredi ? Et alors, tout à coup, on est dimanche et tu as déjà résolu l’affaire.
Doreen ne savait pas quoi rétorquer. Pendant qu’elle réfléchissait à une phrase, Penny éclata :
— Pourquoi la police n’a-t-elle pas fait ça, il y a quelques années ?
— Parce qu’alors, les gens gardaient ça pour eux, pour diverses raisons. Les choses étaient différentes. Ils ne révélaient pas leurs secrets, probablement par crainte, expliqua lentement Doreen, pensant à ce qui avait été entrepris pour que les réponses remontent à la surface. Et je crois que Hornby faisait profil bas et a même quitté la ville dès qu’il a pu. Une fois qu’un certain laps de temps était passé, il s’est dit qu’il ne risquait plus rien à revenir.
— Ça n’a aucun sens, s’indigna Penny. Il a tué ces trois garçons, pour rien !
— Oui, acquiesça Doreen, s’exprimant lentement. Cela a aussi aidé Hornby à garder son secret, Susan ne se souvenant de rien depuis son accident de voiture. Elle était sous l’influence de drogues et planait constamment, alors ce n’est pas étonnant que les flics ne l’aient pas prise au sérieux. De plus, c’est la seule qui a persisté à affirmer qu’un véhicule de toutes les couleurs était impliqué, tandis qu’Alan expliquait que c’était arrivé si vite qu’il ne se rappelait rien d’autre qu’une petite voiture. Noire, pensait-il, mais il n’en était même pas sûr. Elle aurait pu être verte ou bleu sombre. Apparemment, il luttait contre Susan.
— Et, évidemment, tout était un simulacre de toute manière, murmura Penny. C’est simplement incroyable.
— En effet, mais franchement, la vérité est souvent la solution la plus simple.
— Ils n’avaient aucun ADN pour les mener à un quelconque suspect. Ils ne possédaient aucune preuve digitale à ce moment-là, ajouta Penny. Ils ne pouvaient pas attendre que Johnny se pointe dans un autre comté, par exemple.
Doreen hocha la tête.
— Et, bien sûr, le père d’Alan a pris la défense de son fils, lui a fourni un alibi, croyant qu’il était à la maison. Et monsieur Hornby n’a jamais vu de corps dans le camion-poubelle. La famille de Julie n’était pas en reste. Personne ne voulait pointer Alan Hornby du doigt, alors que personne ne l’appréciait. Même Julie n’avait aucun moyen de savoir qu’une querelle ni même le fait de choisir un homme plutôt qu’un autre aurait causé ce genre de réaction.
— Mais de là à imaginer que c’est un triangle amoureux qui a mal tourné… souffla Penny perplexe. Et que tout ça soit resté secret pendant toutes ces années… Nous n’étions même pas au courant de la relation entre Johnny et Julie.
— Ça a dû arriver il y a vingt-neuf ans, mais mère Nature abandonne ses secrets un jour ou l’autre, dit Doreen. Pense à la dague. Pense au médaillon. Pense à la croix.
— Aucune chance que le corps de Johnny soit retrouvé, si ?
— J’en doute, déclara Doreen doucement mais fermement. J’ai peur que cette option doive être mise de côté. Il était situé dans la vieille décharge. Là-bas, tout était mélangé à la paille et recyclé, et maintenant, un nouveau lot de résidences a été bâti dessus. Je crois que la communauté de Wilden s’y trouve désormais.
Penny la regarda.
— Toutes ces nouvelles et grandes jolies maisons à Glenmore ?
— Je crois bien, oui, confirma Doreen. Si ce n’est pas dans cette zone, c’est dans une autre pas loin. (Elle observa son amie, essayant toujours de tout assimiler, de faire la paix avec ça.) Viens. Tu es un peu secouée, et j’ai besoin de marcher. On te ramène à la maison.
— Tu es sûre ? demanda Penny, qui paraissait néanmoins reconnaissante. J’admets que je me sens assez tremblotante. Savoir que c’est fini, que tout ce qui nous a tourmentés, ce qui a hanté presque tout mon mariage, est terminé. Si seulement tu avais emménagé à Kelowna il y a des années, blagua-t-elle, alors George aurait su ce qui était arrivé avant de mourir.
— Le truc, c’est qu’à cette époque, je n’aurais probablement pas été impliquée dans des affaires classées comme je le suis aujourd’hui.
— Pourquoi cela ?
— Parce que je suis une personne très différente de celle que j’étais il y a quelques années, expliqua Doreen en souriant à moitié. Mugs ! Tu veux aller te promener ?
Son chien basset – qui avait perdu son pedigree depuis longtemps, ainsi que les bonnes manières que son ex avait tenté de lui inculquer – apparut, sauta et tournoya sur ses pattes arrière. Elle gloussa.
— Si seulement on pouvait gagner de l’argent avec un numéro de cirque, souffla-t-elle.
Elle s’accroupit, lui donna rapidement un câlin, puis sortit la laisse de sa poche arrière pour l’accrocher.
— Normalement, tu ne l’attaches pas, si ? demanda Penny.
— Non, répondit Doreen. Pas depuis que j’ai emménagé ici, mais il a été éduqué avec une laisse. Je me dis juste que, de temps en temps, je devrais conserver cette habitude.
À ces paroles, elles posèrent les pieds sur le chemin vers la crique, et une traînée orange se rua vers elles. L’énorme Maine coon de Nan avait été livré avec la maison. Il faisait partie de la famille de Doreen désormais.
— Goliath, tu veux venir te balader ?
Comme d’habitude, le chat l’ignora totalement.
De la véranda jusqu’à l’arrière de la demeure, Doreen pouvait entendre Thaddeus appeler : « Attendez-moi ! Attendez-moi ! » Doreen rit.
— Je crois que Thaddeus veut nous accompagner aussi.
Le grand et beau perroquet bleu-gris avec une grande queue de plumes rouges faisait également partie de l’héritage anticipé de Doreen, tout comme la maison de Nan. Que ferais-je sans eux ou Nan pour me tenir compagnie ?
Penny semblait fascinée en voyant Doreen s’accroupir, attendant que l’oiseau se dandine vers elles. Elle tendit le bras, et Thaddeus sauta sur le revers de sa main. Il se déplaça de côté tout du long jusqu’à son épaule, d’où il frotta son bec contre sa joue. Elle lui caressa doucement le dos.
— Je ne serais pas partie sans toi, mon grand.
Comme s’il comprenait, il la frôla plusieurs fois puis s’installa. Alors qu’elle s’apprêtait à faire un pas, il causa : « Hue ! Hue ! »
Elle se tourna vers lui et lui lança :
— En aucun cas, je ne vais obéir à tes ordres.
Il tordit sa tête pour la regarder à son tour, cligna ses grands yeux et cancana : « Thaddeus part. »
— Oui, lâcha-t-elle, exaspérée. Tu peux dire que tu t’en vas quelque part. Tu es sur mon épaule, et nous sommes déjà en dehors de la maison.
Il parut ensuite se tasser, sans plus de cérémonie. Comme elle regardait Penny, sa nouvelle amie essayait de contenir son rire. Doreen roula des yeux.
— C’est pas très joli quand l’oiseau me traite comme une vieille jument grise, grommela-t-elle sèchement. Oh, attends ! (Elle retourna à la maison, réactiva les alarmes des portes avant et arrière, puis rejoignit ses animaux et Penny.) Maintenant, allons nous promener.
— J’ai entendu les bips. (Penny jeta un coup d’œil à la maison.) Tu mets toujours une alarme quand tu pars en promenade ? Tu ne me sembles pourtant pas être du genre nerveux.
— Normalement, je ne devrais pas. Mais j’ai un revendeur en antiquités qui vient demain, pour jeter un œil à quelques pièces, expliqua-t-elle en modifiant précautionneusement la vérité. Je n’aimerais pas que quelqu’un entre et se serve.
Penny hocha la tête.
— Oh, mon Dieu, non ! Quand je pense à toutes ces heures qu’ont passées George et Nan à se disputer à propos de ses antiquités…
— Pourquoi se disputer ?
— Parce que George estimait qu’elle devait les vendre, et Nan répondait qu’elle avait une autre idée en tête.
Le cœur de Doreen se réchauffa lorsqu’elle se mit à penser à l’autre idée de Nan.
— Oui, elle les conservait pour moi, lui apprit-elle avec un sourire pensif. Ma grand-mère est très spéciale.
— Oh ! elle est spéciale, d’accord, reprit Penny en gloussant. Quand George revenait de ses visites chez elle, même s’il était plus joyeux et plein de rires, il disait que Nan était particulièrement folle.
— Beaucoup de gens m’ont expliqué qu’elle appartenait à cette espèce. J’ai peur qu’elle ait perdu un peu de sa mémoire, cependant.
— Elle a probablement arrêté de prendre les compléments dont George lui avait parlé. C’étaient des charmes pour elle.
— Quel genre de compléments ?
Penny haussa les épaules.
— Je vérifierai. J’ai les notes quelque part, à la maison. George a toujours entretenu une fascination pour les remèdes naturels. Nan avait des soucis en ce temps-là.
— Et ils l’ont aidée ?
Penny hocha vivement la tête.
— Oh oui ! George avait pour habitude d’en parler tout le temps !
— Si tu pouvais m’avoir cette liste, ce serait chouette, dit Doreen. Je n’ai absolument aucune notion sur les suppléments nutritionnels. Et je n’aime vraiment pas les médecins.
— Pourtant, une fois que tu prends connaissance de certaines informations comme les conditions cardiaques de George, tu te rends compte à quel point la profession médicale en connaît un rayon, en fait. Ils aident beaucoup la plupart du temps, mais il est vrai qu’à certaines occasions, tu en es à te demander s’ils ne veulent pas juste mettre les gens sous drogues.
— Exactement, confirma Doreen. Mais si tu as des compléments efficaces à la place, ce serait énorme.
— Je crois que c’est la même liste que celle qu’il m’a donnée, alors je trouverai sûrement quand j’aurai un moment. Tu crois que Nan les prendrait de nouveau ?
Doreen hocha la tête.
— En particulier si je lui précise que ce sont ceux que George lui conseillait.
— Ça pourrait marcher, estima Penny. Ces deux-là étaient vraiment comme larrons en foire. Nan était assez bouleversée à ses funérailles.
— J’en suis certaine. L’une des choses les plus difficiles quand tu vieillis, ce doit être de voir tous tes amis mourir avant toi.
— On ne peut plus vrai, confirma Penny.
Comme elles marchaient vers la maison de Penny une bonne heure plus tard, Penny fit un signe et proposa :
— Si tu veux entrer quelques minutes, je peux chercher cette liste.
Doreen s’illumina. Elle était en train d’essayer de trouver un prétexte crédible, puisqu’elle n’avait jamais été invitée chez quiconque en ville ailleurs qu’à la maison de retraite de Nan ou chez sa voisine meurtrière, Della. Doreen hocha la tête et lança :
— Bien sûr ! Merci beaucoup.
Ensemble, tous les cinq pénétrèrent dans la maison de Penny.
Dimanche après-midi…
À l’intérieur de la maison de Penny, Doreen jeta un coup d’œil circulaire. Elle était meublée de canapés aux jolis motifs floraux, de larges peintures de fleurs et, oui… de tapis floraux. C’était aussi immaculé.
— Tu n’as pas commencé à emballer tes affaires, hein ?
— Ce n’est pas comme si j’avais déjà vendu ma maison, répondit Penny d’un ton sec.
Doreen observait le grand salon de Penny. Il n’était pas très encombré, mais bourré de souvenirs.
— Si tu bénéficies d’une équipe pour du home staging ou d’un agent immobilier, je suis quasi sûre qu’ils vont insister pour enlever toutes les peintures du mur ainsi que tout ce qui se trouve sur les plans de travail, et pour retirer toutes les étagères. Ces gens peuvent être assez brutaux.
La mâchoire de Penny en tomba.
— Tu sais quoi ? Je pensais faire venir un décorateur ici pour voir combien ça me coûterait. Mais on dirait que tu en sais beaucoup sur le sujet.
— Pas forcément, la contredit Doreen, mais j’ai regardé pas mal d’émissions à la télé. Et mon mari achetait et revendait beaucoup.
— D’accord, conclut Penny.
Doreen pouvait presque discerner dans l’esprit de Penny que ce qu’elle considérait comme un défaut venait d’élever son statut de plusieurs crans. Elle ne savait pas comment cela fonctionnait, car, bien sûr, les gens devraient faire leurs propres investigations et recherches sur ce genre de choses avant de prendre une décision. De plus, dans l’esprit de Doreen, elle devrait être rétrogradée, et non promue, pour les activités de son mari.
— As-tu choisi un agent immobilier ?
— Absolument. Simi Jeron, l’informa Penny. Je connais sa famille depuis trente ans, voire plus.
— Oh ! parfait, lâcha-t-elle, ça rendra la chose facile. Demande-lui au sujet du staging et du désencombrement lorsqu’elle sera là.
— Elle est déjà venue une fois, mais nous n’avons encore rien signé.
— Ce sera fait quand le marché sera un peu moins prospère, gloussa Doreen.
— Je n’espère pas ! répondit Penny.
Elle entra dans sa cuisine, s’approcha d’un grand placard et l’ouvrit. Elle en sortit un petit calepin placé sur le dessus d’une boîte remplie de tubes de vitamines, l’apporta à la table de la cuisine et s’assit, en feuilletant les pages.
— Ah ! Voilà ! lança-t-elle. Une page juste pour Nan. (Elle leva le carnet et le lut :) Vitamine D, ginkgo, B12 et… je ne suis pas certaine de déchiffrer l’autre.
— Je peux jeter un œil ? demanda Doreen, tendant la main.
Penny lui donna le carnet. En le parcourant, Doreen dit :
— Je n’en suis pas sûre non plus. Je peux en faire une copie ?
— On photocopiera les deux côtés.
Pendant que Penny s’attelait à la tâche, les animaux, tout aussi curieux de l’intérieur de ce nouvel endroit, ne semblaient pas s’ennuyer. Mugs errait, Goliath fouinait sur le tapis, la queue qui se balançait. Thaddeus était sagement assis sur son épaule, et c’est ce qui l’inquiétait le plus. Il semblait se blottir de façon affreusement proche. Elle tendit une main et murmura à son intention. Il se pencha à son toucher.
— Merci, dit Doreen en acceptant les feuilles de Penny.
Doreen donna à la liste un regard désinvolte, se demandant si Nan l’écouterait. Peut-être, si elle choisissait le moment parfait pour lui parler. En attendant, elle mit les papiers dans sa poche et suivit de nouveau Penny dans la cuisine, où cette dernière replaça le livre dans le coin des vitamines.
— Ça devait être sympa que George s’intéresse autant à la santé, supposa Doreen.
— Ça ne l’a pas beaucoup aidé, répondit amèrement Penny avant de grimacer. Je suis désolée. Je n’aurais pas dû dire ça.
— Je suppose que tu es en colère à cause de sa mort, hein ?
— N’est-ce pas là le plus stupide ? lâcha Penny. Même après un an, je continue de regarder partout dans la maison et de m’énerver contre lui. On avait plein de projets pour la retraite, tellement de choses qu’on allait faire maintenant qu’il ne travaillait plus, et voilà qu’il me claque entre les doigts.
— Ne peux-tu pas les réaliser toute seule ?
— Je pourrais. Mais je n’en ai pas vraiment envie. Il y en avait qu’on devait faire ensemble. C’étaient nos projets.
— Et les tiens ?
Penny s’immobilisa un moment et acquiesça lentement.
— Très pertinent. (Elle jeta un coup d’œil à sa montre et s’exclama :) Oh, seigneur ! Je dois y aller, j’ai un rendez-vous.
— Oh, bien sûr ! Désolée, lança Doreen. On va te ficher la paix et te laisser partir.
Goliath avait trouvé place au milieu du grand fauteuil relax de George. Doreen le prit dans ses bras, Thaddeus toujours sur son épaule, et Mugs trottait derrière eux.
— C’était une agréable visite, observa-t-elle, et je suis contente d’avoir eu de bonnes nouvelles te concernant finalement. Maintenant, ta vie peut revenir à la normale.
Comme Doreen descendait les marches de devant, Penny ajouta :
— Une fois encore, merci. Je vais définitivement mieux dormir maintenant.
Faisant un petit signe, Doreen observa Penny, son sac à la main, entrer dans son véhicule, sortir de son allée et descendre la rue. Même si Doreen savait qu’elle aurait également dû partir, elle s’arrêta dans le chemin. Elle ne devrait vraiment pas mettre en œuvre ce dont elle mourait pourtant d’envie. Mais c’était assez difficile de lui ôter cette idée de la tête. Ne prêtant pas attention à ce doute, elle décida que ça la préoccuperait et qu’elle ferait mieux d’apaiser sa conscience.
Elle posa Goliath à terre et se dirigea vers le jardin de Penny, à l’arrière, à l’endroit où Johnny adorait s’asseoir. Doreen ignorait pourquoi le parterre d’échinacées la chiffonnait, mais elle se dit qu’elle avait lu quelque part que ces fleurs étaient utilisées dans toutes sortes de médecines. Ce n’était certainement pas – autant qu’elle le savait – une plante meurtrière, mais n’importe quoi pouvait tuer si on en abusait.
Doreen entreprit un rapide tour du jardin de Penny, griffonnant mentalement ce qu’elle y voyait – soucis, lys, callas, rudbeckies. Aucune n’avait encore fleuri. Les marguerites bourgeonnaient… Ce serait un jardin vivant lorsque l’été arriverait. Elle appréciait sincèrement la grande variété, avec même quelques tulipes tombantes. Elle s’arrêta et les regarda, secouant la tête.
— Mais pourquoi vous pendez de cette façon ?
Elle s’arrêta pour étudier les courtes tiges d’un massif d’échinacées, s’élevant vers le ciel. Elles ne fleuriraient pas avant un mois ou deux, et ce parterre était bien trop peuplé pour qu’elles le fassent convenablement. Puis la belladone et la digitale s’étaient mêlées à l’ensemble également. Crotte. Elle espérait que certains de ces végétaux ne se trouveraient pas ici. Leur présence était-elle si mauvaise ? Elle n’aurait su l’affirmer. Mais puisque les mêmes plantes vénéneuses se trouvaient dans le jardin de sa grand-mère… peut-être que Nan et George partageaient un amour pour les plantes toxiques tout comme pour les antiquités ?
Scrutant les alentours, Doreen remarqua le peu d’ombre dont les échinacées allaient probablement bénéficier aux heures du jour, placées contre la barrière comme elles l’étaient, ce qui n’aiderait pas leur croissance. Comme elle s’agenouillait devant le grand massif vert – d’au moins un mètre de diamètre, avec une douzaine de plantes –, elle fronça les sourcils, se rendant compte que leurs racines seraient complètement tordues les unes avec les autres. Les échinacées aimaient la compagnie, surtout celle de leur espèce, mais, à un certain point, elles combattraient et finiraient par se détester, exactement comme n’importe quelle famille le ferait.
Confinés ensemble et trop proches, cela causait un conflit d’intérêts.
Elle vérifia le sol autour des racines, incapable de s’en empêcher, et découvrit qu’il était également très sec. La terre ici était pauvre, avec plein de cailloux qu’on pouvait apercevoir. Même des déchets. Elle retira un petit bout de plastique sur le bord et le jeta sur le côté. L’échinacée pouvait survivre dans un sol pourri, c’était aux fleurs de s’épanouir. Et là encore, en lançant un regard circulaire au jardin, elle pensa que ce qui avait été autrefois la fierté et la joie de Penny était probablement devenu une source constante de travail et de mauvais souvenirs. Comme Doreen passait à côté des échinacées, elle crut apercevoir quelque chose d’autre enterré au milieu des plantes. Mais, au-delà de la barrière, côté route, juste à ce moment, un homme demanda :
— Hé ! Vous faites quoi, là-bas ?
L’air coupable, elle sortit du jardin de Penny par la barrière, qu’elle laissa ouverte pour ses animaux, et afficha un sourire lumineux sur son visage.
— Je suis rentrée avec Penny, dit-elle, mais elle a dû partir. Je voulais juste jeter un rapide coup d’œil à son jardin. Elle a fait un si bon boulot ici, ajouta-t-elle en injectant une chaleur lumineuse dans sa voix.
L’homme la regardait avec suspicion.
Elle l’observa, du sommet de son mètre quatre-vingts à ses baskets sales, et lui tendit la main.
— Je suis Doreen Montgomery, et vous ?
— Je suis Steve, lui annonça-t-il en lui serrant la main avec réticence.
Elle hocha la tête et lança :
— Eh bien, si vous voyez Penny et que vous voulez lui raconter que j’étais dans son jardin, ça ne me pose pas de problème. Elle sait que je suis également une dingue de jardinage. J’étais en train de regarder ses échinacées.
— Échinacées ? répéta-t-il, soupçonneux, en regardant la grosse tache verte contre la clôture.
— Échinacées, rétorqua-t-elle avec fermeté. On discutait des miennes, chez moi, plus tôt.
À ces mots, le visage de l’homme parut se dérider, et ses épaules s’affaissèrent avec soulagement.
— Pas de quoi s’inquiéter, reprit-elle. Je ne suis pas une voleuse. C’est moi qui ai aidé à élucider la disparition de Johnny.
Là, la lumière se fit dans les yeux de Steve. Évidemment, la lente approche de Mugs, la tête baissée et bougeant d’un côté et de l’autre comme un taureau énervé, demanda plus d’attention à Doreen. Tout comme la traînée orange qui courait entre les jambes de Steve. Alors, il arbora un large sourire.
— Maintenant, je vois qui vous êtes.
Thaddeus, pour ne pas être en reste, brailla : « Non, c’est faux. Non, c’est faux. »
— Oui, désolée pour ça… dit Doreen. (Elle fit à Steve un petit signe du doigt.) Et maintenant, je vais rentrer chez moi avant que mes monstres décident que le jardin de Penny est mieux que le mien.
Steve observa Doreen et ses animaux avancer tranquillement vers la crique.
— Pourquoi vous marchez le long du ruisseau ? questionna-t-il en poussant la voix derrière elle.
— Parce que j’aime ça ! répondit-elle. C’est mon lieu de balade favori.
Il haussa les épaules et lâcha :
— Y a rien d’autre que de l’eau sale là-bas. C’est plein de canards et d’autres oiseaux d’eau.
— Avec de la chance, j’en verrai aujourd’hui.
— Vous ne me prendrez pas à traîner dans cette flotte qui leur sert de toilettes !
Et sur ce, il s’éloigna.
Elle progressa de quelques pas et se retourna pour regarder. Il disparaissait à grands pas, sans avoir expliqué sa présence sur la propriété de Penny. Doreen fronça les sourcils et y réfléchit avant de lui envoyer un SMS.
Me suis arrêtée pour jeter un bref coup d’œil à tes échinacées. Un étranger du nom de Steve est arrivé et n’a pas paru très amical. Pas vraiment sûre de ce qu’il faisait dans le parc, derrière ta maison. Je voulais juste te prévenir. Et elle en resta là.
— Allez, Goliath, Mugs…
Thaddeus cria en se dandinant vers elle, mais alors, Mugs vint en courant avec Goliath sur ses talons et, d’un mouvement rapide surprenant, le perroquet sauta sur le chien, criant autant que le lui permettaient ses poumons : « Hue, Mugs ! Hue, Mugs ! »
Doreen secoua simplement la tête avec un petit sourire en coin. Ma famille.
Au moment où elle avait atteint le petit pont qui allait la mener à son jardin, Thaddeus avait abandonné depuis un moment Mugs, ayant préféré marcher. Mais maintenant, il avait enfoncé sa tête dans le creux de son cou, se balançant à chaque pas. Pendant que Doreen traversait la passerelle, son téléphone annonça l’arrivée d’une réponse. C’est un voisin adorable, mais il n’aime pas les étrangers. Ces échinacées vont très mal. Tout comme pas mal de mes autres plantes. Des suggestions ?
Doreen afficha un rictus. Moyen parfait pour en apprendre davantage. Absolument. Peut-être pourrions-nous prendre le thé un autre jour et vérifier tout ça.
Quand tu veux.
Dimanche, fin d’après-midi…
De retour chez elle, Mack remontait l’allée alors qu’elle se tenait sur le seuil. Caporal Mack Moreau, l’homme le plus intéressant de la ville et aussi le plus exaspérant. Il suivait la ligne droite même quand elle souhaitait qu’il la dépasse juste un tout petit peu. Cependant, elle ne pouvait que l’admirer pour sa prise de position.
Il savait différencier le bien du mal, et c’était plus que ce que son ex sournois avait compris. Mack marchant vers sa maison, il leva le petit sac qu’il portait.
— Vous avez apporté tout ce qu’il faut ? Car je meurs de faim !
— Vous mourez toujours de faim, compléta-t-il, ses grandes enjambées le portant jusqu’à la cuisine. Je vais commencer, vous pouvez préparer le café.
Complaisamment, elle était ravie de s’exécuter puisqu’elle avait enfin confiance en sa capacité à servir une bonne tasse de café. Tandis qu’elle le regardait, Mack se lava les mains puis sortit les pâtes froides du frigo.
— Qu’est-ce qu’il y a dans le sac ?
— Des artichauts, répondit-il avec un sourire satisfait, comme demandé.
Elle poussa un soupir de ravissement et l’observa ouvrir le bocal pour en sortir quatre des choses les plus étranges qu’elle ait vues. Son sourire s’effaça.
— Je ne sais pas ce que sont ces trucs-là.
Il s’immobilisa et la dévisagea, surpris.
— Des artichauts ?
Elle secoua la tête.
— Je ne suis pas certaine qu’on parle de la même chose, corrigea-t-elle délicatement. Parce que les artichauts que je connais ressemblent à des pommes de pin.
Il rit.
— Absolument, les artichauts entiers s’y apparentent. Ça, ce sont des cœurs d’artichaut. Ils ne vont certainement pas mettre des feuilles d’artichaut dans vos pâtes.
Elle plissa le front et dit :
— Je ne sais pas. À quoi ressemblent les feuilles ?
— À des pétales de pommes de pin, lâcha-t-il sans ménagement. Vous pourriez les consommer ? Ou les avez-vous mordillées ?
Elle branla la tête.
— Non, je les mangeais une fois dans le plat.
— Alors, ce qu’ils vous donnaient, c’étaient des cœurs d’artichaut.
— Oh… répondit-elle. Puis d’une voix plus douce, elle demanda : Pourquoi les pommes de pin ont-elles des cœurs ?
Il la regarda et elle observa la bouche de Mack faire en sorte de contenir son hilarité. Elle posa les yeux sur les siens, les mains sur les hanches et l’avertit :
— N’y pensez pas.
Mais c’était trop. Il se laissa tomber sur la chaise la plus proche, les bras serrés contre son torse, et alors, comme un ballon qui aurait été trop gonflé, il explosa de rire. Elle marcha d’un pas lourd jusqu’à lui et fit prendre de l’élan à son bras, mais il leva les yeux sur elle et prévint :
— N’y songez même pas.
Elle renifla, recula de quelques pas et questionna :
— Comment saviez-vous ?
Lorsqu’il vit le verre d’eau dans sa main, il le fixa.
— Vous ne l’auriez quand même pas déversé sur moi, si ?
Elle lui rendit simplement son regard et il s’esclaffa de nouveau :
— J’ignore si les pommes de pin ont des cœurs ou non. Les artichauts, oui, dit-il. La prochaine fois, si j’y pense, je ramènerai un artichaut entier et on le décortiquera.
— D’accord, accepta-t-elle, satisfaite de cette réponse. Vous auriez fait un bon professeur, vous savez ?
— C’était mon second choix de carrière, alors merci.
— L’école publique a été la grande perdante quand vous êtes parti vers le domaine de la légalité.
— Espérons que j’ai causé plus de dommages au monde criminel que je n’aurais pu le faire à ces jeunes esprits vulnérables.
Elle pensa avoir deviné ce qu’il sous-entendait, mais ne releva pas. Car, soudain, elle vit un morceau d’artichaut qui ressemblait presque à ceux dont elle avait l’habitude. Elle s’en saisit et le plaça délicatement entre ses lèvres, pour le goûter. Et alors, elle eut un grand sourire.
— Oh, mon Dieu, mais c’est ça !
Puis elle l’engloutit en entier. Il en coupa quelques-uns de plus et les mit sur le côté. Elle en piqua un qui avait plus de feuilles plutôt que celui avec un cœur mou. Elle demanda :
— On peut manger tout ça ?
Il hocha la tête. Elle pouvait déceler quelle partie était le cœur tendre et où commençaient les feuilles à l’intérieur. Elle mangea celui-là aussi et, une fois que tout fut parti, elle lâcha joyeusement :
— C’est divin.
— Je peux pas dire que j’en ai eu beaucoup pour pouvoir juger, taquina-t-il en en jetant un dans sa bouche, mais il acquiesça :
— Alors, commençons par les pâtes. (Il désigna les spaghettis restants.) On peut les laisser entières.
— Je ne pense pas, contredit-elle. Elles sont dures et froides et seront impossibles à manger comme ça. (Elle secoua la tête.) Ce n’est pas comme ça que les chefs font leur salade de pâtes.
Mack saisit un saladier, y versa de l’huile d’olive et la mélangea aux pâtes avec ses mains. Presque instantanément, elles se séparèrent en de jolies nouilles tortillées.
— Maintenant, reprit-il, vous pouvez les émincer ou utiliser les ciseaux.
— Ah ! s’écria-t-elle, j’ai l’outil parfait !
Elle farfouilla dans l’un des tiroirs de la cuisine et en sortit une grande paire de cisailles. Il la regarda, surpris et elle annonça :
— Tenez les nouilles !
Alors, il tint un bouquet de spaghettis tendus de toute leur longueur, ses poings maintenant les extrémités opposées, et elle découpa les pâtes entre ses mains afin qu’elles soient divisées en trois tas. Il hocha la tête et déclara :
— Ça marche parfaitement.
Avec les nouilles coupées dans un autre saladier, il incorpora la sauce italienne. Ébahie, elle l’observa ajouter ensuite une cuillerée de moutarde. Une fois tout cela mélangé, elle tamponna délicatement le bout de son petit doigt dans la salade et goûta. Elle en fut ravie.
— Mais comment vous arrivez à faire ça ?
— Beaucoup d’essais et d’erreurs, dit-il en riant.
— Beaucoup d’essais, peut-être, mais je doute fortement qu’il y ait eu beaucoup d’erreurs.
— Vous seriez surprise.
Ayant suffisamment de pâtes pour leur dîner, il laissa tomber les artichauts sur le dessus, sortit trois tomates Roma qu’il coupa en petits morceaux et les ajouta. Il ouvrit une boîte d’olives noires, les égoutta, puis en versa la moitié pendant que Doreen contemplait avec fascination ce repas, si similaire à celui qu’elle avait déjà adoré, qui était en train d’être concocté devant elle. Lorsqu’il sortit la feta et qu’elle en vit un gros bloc, elle s’écria de surprise.
Il la regarda attentivement.
— Et comment la feta arrive chez vous normalement ?
— En petits carrés parfaits, précisa-t-elle en fronçant les sourcils. Mais celui-ci est vraiment énorme.
Il hocha la tête.
— Vous avez une spatule ?
Elle lui en amena une en métal. Il la dévisagea et dit :
— Parfait.
Il coupa une partie du bloc qu’il détailla ensuite en petits cubes. Elle sourit avec délectation.
— Vous savez quoi ? Si j’avais eu la moindre idée que c’était ce que faisaient tous les chefs chez mon mari, alors je me serais rendu compte qu’on les payait beaucoup trop.
Cela fit hurler de rire Mack.
— Je n’en suis pas certain parce qu’ils étaient de toute évidence doués, sinon votre mari ne les aurait pas gardés dans son sillage.
— C’est vrai, mais il en virait tous les six mois ou plus. Il était vraiment exigeant.
— Je ne suis pas surpris, répondit-il sans rien ajouter.
Mais elle connaissait déjà l’opinion qu’il avait de son ex. Elle hésita à évoquer le frère de Mack, qui avait proposé de jeter un œil dans la mauvaise gestion de son divorce par sa propre avocate. Puis elle décida que non, elle ne voulait pas ruiner un chouette dîner.
Il jeta doucement les ingrédients et demanda :
