Deuxième chance - Marie-Paule Dunant - E-Book

Deuxième chance E-Book

Marie-Paule Dunant

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Beschreibung

Dans la vie il y a deux types de personnes - les forts et les faibles. Les premiers dominent les deuxièmes, les exploitant jusqu'à ce que mort s'ensuive. C'est ainsi que Dan voit le monde, lui qui a dû fuir les atrocités de sa famille pour descendre aux enfers de la rue. Pourtant dans ce monde obscur, il a des amis sur qui compter. Jusqu'au jour où sa vie bascule à nouveau et cette fois à cause de Luc, un éducateur d'un centre de réinsertion. Entre haine, folie et regret, un sentiment étrange apparaît dans la vie de Dan. Il s'agit d'une réédition.

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Seitenzahl: 221

Veröffentlichungsjahr: 2022

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DÉDICACE

À mes lecteurs de Wattpad qui m’ont apporté leur soutien quotidien.

REMERCIEMENTS

Merci à ma famille qui me soutient dans ma passion pour l’écriture, à mes lecteurs/lectrices sur Wattpad qui ont suivi l’aventure.

Sommaire

Chapitre I

Chapitre II

Chapitre III

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VI

Chapitre VII

Chapitre VIII

Chapitre IX

Chapitre X

Chapitre XI

Chapitre XII

Chapitre XIII

Chapitre XIV

Chapitre XV

Chapitre XVI

I

Trois adolescents étaient adossés au mur d’un vieux hangar désaffecté, devenu leur lieu de rendez-vous quotidien. Ils s’y retrouvaient pour boire de l’alcool et fumer quelques joints, à l’abri des regards indiscrets, surtout ceux de la police. Ces derniers n’attendaient qu’un faux pas de leur part pour les arrêter. Cela faisait des années qu’ils ne fréquentaient plus l’école, exactement depuis leur fugue respective. Ils squattaient à gauche et à droite, dans des bâtiments vides. Ils vivaient principalement de petits larcins et de vols. Occasionnellement, quand il fallait plus d’argent, ils tiraient à la courte paille celui qui irait faire la pute. Pour eux, ce n’était pas une insulte, juste une évidence de ce qu’ils faisaient avec leur corps. C’était une chose courante dans le quartier où ils résidaient et les professionnelles du sexe, plus âgées, ne s’en formalisaient pas trop. On leur refilait souvent les vieux vicelards autour de la cinquantaine qui aimait les garçons. C’était de l’argent facile, même si pour cela, ils s’asseyaient sur leur fierté.

— Hé, Dan, file-moi la bouteille avant de tout descendre comme un égoïste.

— Ne me fait pas chier Yann, je n’ai même pas bu une gorgée, j’ai juste trempé les lèvres. Cody, tu as fini de le rouler ou c’est pour demain ? demanda-t-il en se retournant vers son ami.

— Ça va, je me dépêche, mais il s’agit d’un papier de mauvaise qualité. La prochaine fois, faites gaffe à ce que vous prenez. Ne le gâchez surtout pas, les gars, c’est la dernière dose. On ne sait pas quand on pourra en fumer un de nouveau.

— On doit donc tirer au sort celui qui ira se faire enculer ce soir, annonça Yann tout en inspirant une taffe. Il n’y a pas moyen que j’attende plus que nécessaire. Je ne tiendrai pas.

Yann, le plus âgé de la bande, possédait des cheveux courts châtains et le regard argenté. Les deux autres le considéraient comme le chef du groupe alors qu’il n’y avait pas de réelle hiérarchie. Il se chargeait souvent des transactions pour de la drogue. Personne ne savait depuis combien d’années il était dans la rue. Dan et Cody pensaient que cela durait depuis très longtemps, car c’était lui qui leur avait appris toutes les ficelles pour survivre dans la jungle urbaine.

Dan du haut de ses dix-sept ans passait beaucoup de temps à provoquer leur aîné même pour des broutilles. C’était son caractère et ce qui lui permettait de tenir dans cet enfer. Ces cheveux café mi-longs, coiffés à la sauvage, lui donnaient un air beaucoup plus jeune, ce qui attirait de nombreux clients pendant de ses séances de tapin. Même après autant de mois à le faire, il avait du mal à s’y habituer. D’ailleurs prenait-on le pli réellement quand son corps était en permanence sali par les autres. La seule chose qui le faisait tenir était le gros billet qu’il encaissait à la fin. Au moins, il pouvait s’acheter ce dont il avait besoin.

Cody était le plus jeune et le dernier de la bande. Il était arrivé dans le groupe depuis six mois. Ce garçon aux allures de punk avait tenté de voler l’argent gagné par Dan. Après une bonne bagarre, les trois adolescents avaient finalement sympathisé. Il était le plus bavard de la bande. Dan le surnommait la pile. Ce dernier se demandait même comment il faisait pour être en permanence aussi énergique, quand lui ne rêvait que de son lit et de paix. Mais il ne pouvait pas nier qu’il aimait bien ce type qui rendait moins triste leur quotidien.

Ils firent tourner le joint, se délectant de chaque bouffée qu’ils fumaient. Cody ouvrit une deuxième bouteille de vodka. Les trois amis appréciaient déguster les alcools forts sans aucun mélange. La consommation simultanée de la boisson et de la drogue les rendit rapidement stone. Ils se décidèrent tout de même de tirer au sort, avec le jeu « pierre – feuille – ciseaux », celui qui devait se débrouiller pour trouver de l’argent afin d’acheter de l’herbe assez vite. À la fin de la partie, ce fut Dan qui perdit. Il tenta de contester, mais ses gestes étaient devenus tellement désordonnés qu’il tomba aux pieds de Yann. Cody éclata de rire, aussitôt rejoint par l’aîné.

— C’est quand même super la liberté, lança le punk.

— Je ne te le fais pas dire. Pas de contrainte, on peut faire ce que l’on veut, quand on le désire, c’est la grande vie au final, commenta Dan.

— Les gars, on doit se relever, on a de la visite. Regardez qui passe par là. Un duo d’intello. Ils ont peut-être du fric pour nous, annonça Cody.

— Occupe-toi en Yann. Si tu désires de l’aide, on viendra en renfort, mais ils ne paraissent pas costauds.

— Putain les mecs, pourquoi moi ?

— Parce que Dan a besoin d’être en forme pour ce soir et moi je tiens la bouteille.

Yann se leva et se dirigea vers le groupe des premiers de la classe.

— Ben alors les gosses, on s’est perdu ? Il est fortement déconseillé de traîner dans certaines rues. Il pourrait vous arriver des malheurs, vous savez.

— On ne fait que passer, répondit le petit blond.

— Ben voyons. Pour traverser, il faut s’acquitter de la taxe.

— La rue appartient à tout le monde. Laissez-nous continuer notre chemin.

— Vous avez entendu les gars ? La rue serait à n’importe qui.

— Allez, Yann, montre-leur que cette rue est une propriété privée, lança Cody.

Dan observait la scène, le regard brumeux. Il trouvait le blondinet bon à croquer et il se voyait bien le faire couiner contre un mur. Il se leva péniblement et se dirigea vers la troupe.

— Dis Jean, j’ai une idée. S’ils n’ont pas les moyens de payer cash leur droit de passage, ils peuvent toujours régler en nature. Surtout le petit garçon aux cheveux de blés.

— Pourquoi pas, le deuxième est plutôt mignon et tout à fait à mon goût.

— Alors les gars, c’est cent euros par tête ou bien ce sera un tour dans le hangar. À vous de choisir, nous sommes dans un jour de bonté.

Le blond semblait garder son sang-froid et regardait les deux voyous. Il analysa brièvement la situation avant de saisir le poignet de son camarade et de prendre la tangente. Yann et Dan mirent quelques secondes à réagir. Aussitôt, ils coururent après les deux fuyards. Ils s’arrêtèrent au coin de la rue après les avoir perdus de vue.

— Putain, tu fais chier Dan. Tu aurais pu aller plus vite.

— Et toi alors, tu n’avais qu’à les attraper plus tôt. Tu veux toujours t’amuser et regardes à comment cela se finit. On aurait pu tirer notre coup tranquille et tu as tout gâché.

— Vas-y plains toi. Toi tu n’as même pas bougé d’un centimètre ton cul.

Ils se cherchèrent quelques secondes les poings serrés, prêts à en découdre avant d’apercevoir Cody revenir au pas de course avec les flics à ses trousses. Ils décampèrent illico et se séparèrent pour avoir une chance de s’en sortir.

*

Dan entra dans un hôtel plutôt insalubre où il possédait une chambre permanente. C’est ici qu’il faisait généralement ses affaires de cul. Il n’appréciait pas de faire ses passes à l’arrière d’une voiture ou sur un parking. Et puis après, il pouvait se laver pour enlever l’odeur et la sensation des mains de ces hommes qui se sentaient trop hétéros pour accepter qu’ils aimassent pourtant une bite.

Le propriétaire fermait l’oeil contre un petit pourcentage des gains. Ce dernier n’allait pas cracher sur quelques billets. Il monta dans sa pièce miteuse et s’allongea sur le lit, dont on pouvait douter de la fraîcheur des draps jaunis. Il n’allait pas s’en plaindre, car au moins, il avait un toit. Les murs étaient tellement épais, qu’il entendait tout ce qui se passait de part et d’autre. La chambre du côté de sa tête de lit était actuellement occupée. Il percevait parfaitement le grincement du sommier et les simulations de la femme qui devait en être à son énième client de la journée. Il y avait à peine deux jours, il l’avait croisé en rentrant de sa balade nocturne. Un coquard et la lèvre inférieure fendue décoraient le visage de la prostituée. Si les gens qui n’étaient pas du milieu la dévisageaient, lui, il ne s’était même pas arrêté sur ça. C’était ni plus ni moins les risques du métier. Lui-même avait déjà reçu des coups de certains clients un peu trop violents. Depuis, il faisait attention aux types qu’il acceptait. Il ne tenait pas à mourir trop tôt.

Dan avait encore quelques heures devant lui avant d’aller faire le tapin. Il espérait tirer le gros lot ce soir pour être tranquille un moment. Le garçon ne regardait plus depuis longtemps l’âge du mec qu’il se faisait. Du moment qu’il avait le blé pour payer, c’est tout ce qui comptait. Il avait même réussi à avoir quelques clients réguliers. À ceux-là, il leur tirait plus d’argent. Ils s’agissaient souvent de mari ne trouvant plus de satisfaction dans le lit de leur femme. Comme tous ceux dans sa situation, il mentait à propos de son âge réel.

*

Dehors, la pluie et le vent froid avaient décidé d’être de la partie. Cela promettait pour attirer des clients à venir le voir. Dan avait déjà remarqué plus d’une fois que par mauvais temps, il se faisait moins de blé. Il espérait néanmoins avoir de quoi s’acheter un peu d’herbe et peut être aussi une pizza. Il en avait envie depuis quelques jours. Cela faisait longtemps qu’il n’en avait pas mangé une. Il fallait dire qu’il devait faire quelques kilomètres dans la ville pour trouver un vendeur qui ne connaissait pas ses prouesses dans le vol ou le tapin.

Quand il arriva dans la ruelle habituelle, il salua les filles présentes. Quelques-unes étaient déjà parties en clientèle. Les autres s’abritaient comme elles le pouvaient sans pour autant se cacher sous des parapluies. Elles ne voulaient pas louper la voiture de passage. Dan constata que ce soir encore, il allait être le seul mec à bosser. Il savait pourtant qu’il y en avait d’autres. Ils ne venaient uniquement qu’en cas d’extrême nécessité.

Dan se mit le long de la route improvisée. Les véhicules ne s’arrêtaient pas longtemps et il devait se dépêcher d’appâter le bon client. Il savait qu’il n’y resterait pas des heures, étant l’un des plus jeunes et les hommes appréciaient beaucoup son cul. Si au début, cela avait été une torture pendant laquelle il se sentait violé chaque nuit, maintenant, il arrivait à y prendre un minimum de plaisir de temps à autre surtout avec ceux qui se laissaient dominer par un adolescent comme lui.

Cela n’effaçait pas le dégoût qu’il ressentait et les sombres pensées qui revenaient au pas de course, mais c’était toujours mieux que rien, se disait-il pour se motiver.

Comme il l’avait estimé, il ne resta que quelques minutes sous la pluie. Un nouveau client s’était stoppé à ses côtés. Dan s’était penché au moment où la vitre s’ouvrit.

— Bonsoir, tu cherches peut-être un peu de compagnie masculine ? lança Dan d’une voix aguicheuse.

— Tu es clean ?

— Toujours.

Dan sortit de sa poche arrière des capotes. Il en avait tout le temps sur lui pour le cas où cela ne se ferait pas dans sa piaule. Le chauffeur, un homme blond dans la quarantaine et plutôt bien bâti, étira son bras pour lui ouvrir la portière. Dan n’hésita pas une seconde et s’engouffra à l’intérieur.

— Je connais un endroit où on peut faire ça tranquillement. Discrétion garantie.

— Indique-moi le chemin.

Quelques instants plus tard, Dan se retrouvait dans sa chambre avec le client. Il s’approcha de ce dernier, une lueur étrange dans le regard.

— Alors, qu’est-ce que Monsieur désire ?

— Que tu prennes une douche avant. Rien ne me garantit que tu n’aies pas eu d’autres clients.

Dan soupira. Ce n’était pas la première fois qu’il en avait un qui faisait une fixation sur l’hygiène.

— Ça te fera dix billets de plus. C’est que l’eau, je la paye.

— Ce n’est pas un problème.

— OK. Installe-toi sur le lit en attendant. J’en ai pour cinq minutes. T’en fais pas, les draps sont propres.

Dan poussa légèrement la porte de sa salle de bains. Il tenait à pouvoir entendre ce qu’il se passait de l’autre côté. Il fit couler l’eau à peine tiède sur son corps. Il insista sur certaines parties et en profita pour se préparer. Au moins si le mec y allait trop brusquement, il aurait peut-être un peu moins mal. Il se sécha rapidement et retourna dans la chambre juste vêtue d’une serviette.

— Ben merde alors, il est passé où ?

L’homme s’était barré de façon très silencieuse. Pourtant, il avait été attentif au moindre bruit suspect. Aussitôt, Dan inspecta son tiroir et son armoire. Il fut soulagé de constater que tout était encore à sa place. Il se laissa tomber sur son lit. Ce n’était pas la première fois qu’un client se faisait la belle. Dans un sens cela le rassura, car au moins, il n’aurait pas mal au cul à cause d’un débutant. Malheureusement pour lui, il devait aussi retourner dans la ruelle. Il avait besoin de fric. En s’appuyant pour se redresser, sa main froissa des papiers. Il lui fallut quelques secondes avant de réaliser qu’il s’agissait d’argent. Il s'assit aussitôt et comptabilisa les billets.

— Cent… cent-cinquante… Deux cents… Trois cents… Trois cent cinquante ! Youpi, pas la peine de ressortir ce soir.

Dan qui désespérait de pouvoir rester à l’abri cette nuit et à devoir subir les assauts d’un client sautait de joie sur son lit. La journée n’était pas si moche que cela. Pourtant, il était étonné qu’il lui eût laissé l’argent avant de partir. D’ordinaire, quand il était dans cette situation, il n’avait pas un centime vu que la prestation n’avait même pas démarré. Enfin, il ne comptait pas se plaindre au contraire. Il mit de côté un billet de cinquante pour le gérant de l’hôtel. C’était le tarif qu’il demandait par soirée de tapin. Ce n’était pas grand-chose pour une personne, mais vu que les lieux servaient exclusivement qu’à cela, il se faisait un sacré paquet par nuit.

*

La journée était déjà bien entamée quand Dan quitta enfin l’hôtel. Il avait profité de cette soirée finalement calme pour récupérer un peu. La bonne humeur n’était cependant pas au rendez-vous. Son corps semblait être attaché à une enclume. Pour autant son état ne l’inquiétait pas plus que cela. Il avait l’habitude, quand la dose commençait à ne plus agir. Pendant encore quelques heures, il se sentirait mal.

Il déambula dans les rues jusqu’à retrouver enfin ses amis. Aucun d’eux n’avait de téléphone. Ils n’en voyaient aucune utilité. Ils savaient où se trouver en cas de besoin et n’avaient plus de contact avec leurs familles.

— Vous en tirez une tronche les gars, commenta Dan en les saluant.

— Yann a perdu sur un pari le peu qu’il nous restait, se lamenta Cody.

— Hé ! je n’y suis pour rien si tu m’as porté la poisse aussi. Dès le départ tu étais défaitiste je te rappelle. Si tu n’avais pas été pessimiste, on aurait eu toutes nos chances et on aurait pu tripler nos gains.

— Non, mais franchement, vous êtes sérieux les gars ? Pendant que moi je me faisais défoncer le cul, vous vous perdiez notre pognon ? Ce soir c’est hors de question que j’y retourne. Vous vous démerdez.

— Ne sois pas en colère et puis n’oublie pas que les clients te préfèrent à nous. Je ne sais pas ce que tu leur fais, mais ils adorent, expliqua Yann.

— Je ne leur fais rien de spécial. Ne cherchez pas d’excuse pour glander. Ce soir je rentre et je dors.

— Mais au fait, tu es sûr d’être allé bosser hier. Je trouve que tu marches plutôt bien.

Dan n’aimait pas qu’on l’accuse de mentir. Il serra les poings pour ne pas les mettre dans le visage de Yann. À la place, il sortit l’enveloppe de sa poche et lui balança.

— Voilà deux cent cinquante.

— Cool. Je vais pouvoir aller faire les courses. Tu as eu combien de clients ?

— Un seul et encore, il s’est barré avant même que je commence. Mais celui-là a laissé un paiement pour prestation non effectuée. Bon ce n’est pas que je ne vous aime pas, mais j’ai des choses à faire cet après-midi.

— Quoi ! Sans nous ? s’alarma Cody.

— Hé oui. On est le quinze aujourd’hui.

— Les paris de baston. Tu n’as pas peur de te faire abîmer le visage ?

— Non, aucune chance. Le patron veille à ce qu’il ne m’arrive rien de mal. Il tient trop à son pognon pour ça.

— Tu devrais lui réclamer une augmentation de tes gains avec tout ce que tu lui ramènes, renchérit Yann.

— Un jour peut-être. Si jamais tu lui en demandes trop, il sait aussi te virer. Il a descendu Pablo le mois dernier.

— À part ça tu ne crains rien. Fais quand même gaffe à toi. Je ne voudrais pas avoir des problèmes par la suite, prévint Yann.

— Comment ça des problèmes ? Tu te prends pour mon père maintenant ?

Dan ne comprenait pourquoi Yann lui disait cela. En quoi ce qu’il faisait de sa vie concernait son ami ? En l’observant de près, il remarqua les traits légèrement tirés sur son visage. Aussitôt Yann détourna la tête.

— Comme ça. Je te rappelle que tu es celui qui nous rapporte le plus, c’est tout.

— Ouais, ouais, c’est ça. Bon on se voit ce soir chez moi ?

— J’aurais une nouveauté à vous faire goûter, annonça Yann.

— Alors là j’ai encore plus hâte d’y être, lui répondit Dan heureux de savoir que cette nuit ils allaient pouvoir à nouveau se défoncer. Peut-être qu’avant, il se ferait un client pour avoir un peu de blé d’avance.

*

Le dernier combat avait été juste. Son adversaire refusait de se coucher à terre. Le type devait faire une tête et demie de plus que lui. Dan en avait bavé pour y arriver. Il se laissa tomber sur ses genoux, alors que l’arbitre d’occasion venait pour lui lever le bras en signe de victoire. Il avait mal à la mâchoire. L’autre individu n’y était pas allé de main morte avec les droites et les uppercuts. Heureusement pour lui, il avait pu compter sur sa souplesse et son endurance. Il lui fallut plusieurs minutes pour s’en remettre complètement et pouvoir se relever sous les applaudissements de la foule.

Son adversaire, un homme dans la trentaine, était jeté sur un brancard de fortune, toujours inconscient. Dan le regarda être évacué. Des gens nettoyaient à grande eau les traces des combats. Personne ne devait remonter aux organisateurs ou aux combattants.

— Bien joué fiston. Tu les as tous mis au tapis. Je savais que je pouvais compter sur toi, clama un homme dans la quarantaine.

Celui-ci était plutôt bien sapé. Il portait des lunettes de soleil malgré l’obscurité de la salle.

— M’appelle pas comme ça. T’es pas mon père. File-moi juste ma part et la prochaine date.

— Tu as l’air bien pressé. T’as déjà envie de retourner faire la pute ? Je ne savais pas que tu aimais à ce point les queues. Tu en reçois combien par nuit ? Je suis sûr que tu les apprécies bien grosses.

Dan serra les dents pour ne pas cracher ce qu’il pensait de cet être ignoble. C’était à chaque fois la même chose avec ce type. Il se promit de lui faire ravaler toutes ses paroles, un jour.

*

La nuit était tombée depuis un moment quand Dan arriva enfin chez lui. Son corps entier le faisait souffrir. Il était sûr qu’il avait des bleus qui se formaient actuellement. Il ne rêvait plus que d’une chose, oublier les dernières heures et ce sale type de Ringo.

— Enfin te voilà ! s’exclama Cody qui squattait le dessus de son lit.

Le sourire de Dan revint aussitôt. Il allait pouvoir se sentir bien durant quelques heures. Yann était installé sur une chaise près de la fenêtre, fumant une clope. Il sortit de sa poche trois seringues déjà prêtes à l’emploi.

— Alors les gars, prêts pour un voyage ?

Chacun se saisit d’une dose et fit pénétrer le liquide dans une veine. Malgré la douleur due à ses combats, Dan mit de la musique et ouvrit une bouteille achetée sur le retour. Il comptait profiter un maximum de leur trip.

II

Dan revint petit à petit à lui. Il avait perdu la notion du temps. Un sourire béat ornait son visage. Il n’y avait pas à dire, mais cette nouvelle pépite était démente. Il était prêt à recommencer dès que possible. Seulement, une dose lui coûtait au moins quatre clients. S’il voulait plonger régulièrement dans ce délire, il devait augmenter ses soirs de prostitution ou alors ses tarifs. Dan préféra néanmoins la première option. Avec la deuxième, il avait plus de chance de perdre des clients.

À ses côtés, Cody, le corps enchevêtré dans les draps, commença à remuer. Dan l’observa de ses yeux vitreux. Il avait l’impression d’avoir besoin d’une paire de lunettes. Son ami avait, par il ne savait quel miracle, réussi à se mettre à nu durant leur trip. Dire qu’il n’avait aucun souvenir de ces dernières heures. Il soupira en se rendant à l’évidence qu’il devait se lever. Une envie pressante et il devait la satisfaire immédiatement.

En voulant se redresser, une douleur au bas des reins le saisit et lui fit craindre le pire. Il réalisa qu’il était aussi nu que Cody. Il ne lui fallut pas plus pour savoir ce qu’il s’était réellement passé durant leur shoot. Une idée lui glaça le sang. Dan connaissait assez Cody pour savoir qu’il ne se protégeait pas lors de rapport sexuel. Il passa la tranche de sa main le long de la raie des fesses et se figea.

— Putain Cody !!!

L’accusé ouvrit un oeil avant de le refermer aussitôt.

— Ne fais pas autant de bruit dès le réveil.

— Tu m’as baisé sans capote, enfoiré ! Tu sais très bien que je déteste ça.

— Ah, on l’a fait ? Je ne m’en rappelle pas. C’est dommage, tu devais être super bandant en plus.

— Ne te fous pas de moi. Et si je choppe une merde, je fais quoi ?

— Relax, je suis clean.

— Ah bon ? Et quand t’es-tu testé la dernière fois ?

— Pas besoin de ça. Je le sais c’est tout. Maintenant, laissemoi dormir encore un peu.

Dan n’en revenait pas de l’inconscience dont faisait preuve son ami. Pour lui, c’était la seule chose qu’il faisait de censé. Il se refusait d’attraper la moindre merde. Il allait devoir se rendre dans un centre pour se tester. Le jeune homme se retint de frapper celui qui était la cause de ses tourments. Il se dirigea en pestant vers sa salle de bains. Son corps rougit sous les frottements intensifs. Dan tentait vainement de faire disparaitre les traces de leurs heures de sexe sans protection. Il ressortit de la douche vingt minutes plus tard.

— Il est où Yann ?

— Sais pas. Il n’était pas là à notre réveil.

— Il a dû réussir à se lever avant nous alors.

Au même moment, la porte s’ouvrit sur l’aîné de la bande, chargé de sacs.

— Ah quand même vous émergez.

— Pourquoi ? questionna Dan.

— Ça fait deux jours entiers que vous êtes en plein trip. Vous étiez déchainé.

— Deux jours ! s’étonnèrent Cody et Dan en même temps.

— J’ai pensé que vous auriez peut-être faim.

— Tu avais encore du fric ? Suspecta Dan.

— Quoi ? T’as peur que je t’aie volé en ton absence ? Et ben non. Je sais économiser moi au moins. Au fait, quelqu’un t’a laissé un mot à l’accueil.

Dan saisit le bout de papier et le lut en diagonal.

— Alors ? demanda Cody qui se rhabillait enfin.

— Un client pour ce soir.

— Ah parce que tu as des rendez-vous maintenant ?

— Ça vient d’un régulier pour un de ses amis. Il veut être sûr que ce soit moi et pas un autre.

— Quand je te dis que tu as du succès, commenta Yann.

— Je m’en serais passé.

*

Il était plus de vingt-deux heures quand Dan sortit de l’hôtel pour se rendre dans la rue des gens comme lui. L’adolescent patienta tranquillement, adossé à un poteau au moment où une voiture s’arrêta à sa hauteur. La fenêtre s’abaissa sur un homme au regard assez froid. Il n’avait pas l’air très grand et surtout ce mec n’était pas tiré à quatre épingles comme d’habitude. Dan s’approcha lentement.

— Alors, on est seul ce soir ? On cherche un peu de compagnie ?

— Combien gamin ?

— Ça dépend de la prestation que tu souhaites.

— Le pack complet.

— Trois cent cinquante cashs.

— Monte derrière.

Quelque chose n’allait pas. Le type était trop sûr de lui pour un timide. Dan sentit l’entourloupe. Il ouvrit la porte et la claqua aussitôt pour partir en courant. Il entendit une deuxième se refermer et un sifflet retentir. Son instinct de survie ne l’avait pas trompé une fois de plus. Des flics déguisés en clients n’étaient pas rares et il se méfiait en permanence de chaque coup du soir. Une deuxième voiture se plaça sur son chemin, le forçant à stopper sa course. Il se sentit coincé. Dan tenta de partir vers la droite et sauta sur le grillage pour l’enjamber. Au moment où il allait basculer de l’autre côté, deux mains puissantes lui saisirent une des jambes et le tirèrent violemment vers le bas. Il essaya de s’échapper en se débattant, mais deux flics blonds le maintinrent fermement à plat ventre sur le sol, les deux mains dans le dos.