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Il s'agit ici de rappeler quelques principes qui doivent guider celui qui a décidé d'explorer le labyrinthe postérieur, c'est-à-dire la partie de l'oreille interne qui contribue à l'équilibre, et qui comprend les canaux semi-circulaires (CSC) et les macules. Il sera essentiellement question de la vidéonystagmographie (VNG), du Video Head Impulse Test (VHIT) et de la Verticale subjective. J'ai souhaité insister sur le fait que la force de l'habitude, ou une perversion des moyens à notre disposition, amènent à ignorer certains principes théoriques et des règles pratiques, pouvant mener à des erreurs de diagnostic. Je m'appuie sur mon expérience de plusieurs décennies ; il faut entendre par expérience non pas la multiplication d'observations, mais la critique des faits observés. J'ai mêlé les considérations techniques à une divagation dans la forêt de mes connaissances extra-médicales et en particulier littéraires ; elles sont abreuvées de mes innombrables lectures, dont je ne peux me passer. J'ai souhaité montrer la part de poésie dont se teinte la vestibulologie et espère n'avoir pas égaré mon lecteur. Je raconte comment j'ai été, plus ou moins consciemment, amené à entrer dans le labyrinthe et n'en suis jamais sorti. Il a en effet le pouvoir d'ensorceler et nombreux sont ceux qui se sont pris pour lui d'une véritable passion. J'ai essayé d'analyser pourquoi. Mon ultime mise en garde contre ce sentiment dangereux arrive sans doute trop tard, à la fin du livre, pour en préserver le candidat vestibulologue. Mais le vestibule peut être l'expérience d'une vie. J'espère que mon lecteur tiendra compte de cet avertissement et n'attribuera pas au mot divagation son sens figuré : « Dire n'importe quoi, ne pas raisonner correctement » !
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Seitenzahl: 94
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Toulouse le 10 juillet 2021
Le titre de ce recueil est inspiré par Serge Rezvani : Divagation sentimentale dans les Maures. C’était un temps où l’on pouvait se perdre dans le massif et croire qu’on était au bout du monde en atteignant la Chartreuse de la Verne. La première fois que je le vis, le monument était dans l’état qu’avait décrit Guy de Maupassant en 1888 dans Sur l’eau, de Saint Tropez à Monaco. Il a été depuis restauré dans le style des parcs d’attraction et la divagation y est interdite.
Dédicace
Définitions
Prologue
Ariane, ma sœur
Le sentiment même de soi
L’appât du gain
Le nystagmus
« Fréquence »
Mon violon
Calibration ou calibrage ?
La VNG, une épreuve ?
La vision, le regard et le vestibule
Regard et vision
Et mon vertige, docteur ?
Vertigo
Circulez, y’a rien à voir !
La verticale subjective
Compensation
Proprioception
Une histoire de fesses
La canne du professeur Nicolas Rohner
Prépondérance directionnelle du nystagmus
De la méthode et de la vérité
VHIT
La bonne vieille clinique
Périphérique et central
Laisse aller, c’est une valse !
Centre intégrateur
Délégation de tâches
Le syndrome de La Havane
Cinétose
Un p’tit jet d’eau
Le son du C.O.R.
En guise de conclusion :
Passion
Épilogue
Remerciements
Abréviations
Table des matières
Je dédie ce modeste ouvrage, comme disent les prétentieux, à tous ceux qui m’ont introduit dans le labyrinthe et m’y ont guidé.
F. Bassères a été le premier à me révéler par ses articles dans la belle Revue d’ORL du professeur Yves Guerrier, que derrière l’horrible vertige et son cortège de nausées et de vomissements se cachait le dérèglement d’une des merveilles de la nature : le labyrinthe postérieur. Ce récepteur sensoriel n’est pas plus grand qu’une pièce d’un centime d’euro et pourtant, son atteinte est capable de nous faire perdre le nord, ce qui est une aliénation vécue comme celle de notre humanité, tous les vertigineux vous le diront une fois qu’ils auront surmonté leur crise.
Il est inutile que j’ajoute que F. Bassères, comme ceux que je vais citer, n’ont jamais su dans quoi ils m’avaient entraîné.
Dans le service d’ORL du professeur Greiner (d’autre part aquarelliste de talent) M. Collard et C. Conraux régnaient en maîtres sur la discipline lorsque je fis le voyage à Strasbourg en 1980, à la recherche des fondements de l’exploration du vestibule, c’est l’autre nom du labyrinthe, d’où vient vestibulométrie. Chez eux je me suis vite aperçu que le canal semi-circulaire, à quoi se réduisait alors l’essentiel de notre savoir, si microscopique soit-il, nécessitait pour son exploration une lourde intendance et beaucoup de temps. J’ai pu vaincre ces obstacles en réunissant la plupart des ORL toulousains de l’époque au sein d’un Laboratoire d’Explorations Labyrinthiques (LEL) qui arrivait à point pour répondre à une réelle demande.
Mais le LEL n’aurait jamais été ce qu’il fût sans l’apport essentiel de Gilles Gaillard, déjà fort d’une expérience de technicien2, et qui acceptât sans trop d’hésitations de nous rejoindre en 1981. Ce fut le début d’une belle aventure et de notre amitié, qui dure depuis plus de quarante ans. Le LEL est devenu une petite société qui s’alimentait de notre participation aux congrès et de nos visites auprès des services privés ou hospitaliers spécialisés. Il fut aussi un lieu de rencontre avec le groupe lyonnais de l’EFORL3 , occasion de quelques voyages de travail mémorables.
C’est ainsi que nous avons fait la connaissance de Jacques Boussens. Il a toujours été un soutien du LEL et plus tard de l’organisme de formation créé par Gilles Gaillard : AFTE ORL4 ; que j’ai rejoint à mon tour à sa demande. Il dépouillait les énormes tracés sur papier d’électronystagmographie (ENG) de l’époque comme on feuillette une revue illustrée. Il égrenait son commentaire et nous avions l’impression de lire une bande dessinée : « C’est une femme…la cinquantaine…vertige ancien… ». Il ne se trompait jamais !
Puis j’ai assisté au développement de nouvelles techniques d’exploration : après l’ENG, l’ENG informatisée et surtout la révolution que constitua la vidéonystagmographie (VNG). Deux noms lui sont associés. Érik Ulmer en fut l’inventeur et il révolutionna avec elle l’exploration vestibulaire. Tous ceux qui l’ont approché se souviennent de la simplicité avec laquelle il se laissait aborder. J’aurai l’occasion de reparler d’Érik Ulmer, mais je veux dire dès maintenant que malgré ce contact si facile, j’ai toujours gardé avec lui la distance que m’imposait naturellement son évidente supériorité.
Joël de Rosa fut son associé et je crois bien son ami. C’est lui qui réalisa la VNG grâce à Synapsys, start-up avant l’heure qui a toujours privilégié la recherche, dans un monde volontiers mercantile. Je l’admirais et l’enviais pour une aussi belle réalisation. J’ai eu avec J. de Rosa des relations personnelles chaleureuses et j’ai beaucoup appris auprès de lui.
À tous j’exprime ma reconnaissance.
2 Sous la direction du docteur Maurice Cros, un des premiers à rejoindre le LEL.
3 Exploration Fonctionnelle ORL.
4 Association de Formation des Techniques d’Exploration ORL
Voici quelques définitions tirées du Dictionnaire de la langue française d’Émile Littré.
Divagation : Action de divaguer, de s’écarter de son sujet…
Divaguer : S’écarter sans raison de son sujet.
Sentimental : Où il y a du sentiment.
Tout cela est bien dans mon projet.
Mais aussi Labyrinthe : Édifice composé d’un grand nombre de chambres et de passages disposés tellement5, qu’une fois engagé on n’en pouvait trouver l’issue. Ensemble des cavités flexueuses situées entre le tympan et le conduit auditif interne.
5 C’est-à-dire : de telle sorte.
Préface de Joseph Conrad pour Le Nègre du Narcisse, 1897, L’imaginaire Gallimard
« Toute œuvre littéraire qui aspire, si humblement soit-il, à la qualité artistique doit justifier son existence à chaque ligne. Et l’art lui-même peut se définir comme la tentative d’un esprit résolu pour rendre le mieux possible justice à l’univers visible, en mettant en lumière la qualité, diverse et une, que recèle chacun de ses aspects…L’artiste donc, aussi bien que le penseur ou l’homme de science, recherche la vérité et lance son appel. Séduit par l’apparence du monde, le penseur s’enfonce dans la région des idées, l’homme de science dans le domaine des faits, dont ils émergent bientôt pour s’adresser aux qualités de notre être qui nous rendent capables d’affronter l’hasardeuse entreprise qu’est notre vie. Ils parlent avec assurance à notre sens commun, à notre intelligence, à notre désir de paix ou d’inquiétude, fréquemment à nos préjugés, parfois à nos appréhensions, souvent à notre égoïsme, mais toujours à notre crédulité. Et l’on écoute leurs paroles avec respect, car elles ont trait à de graves questions, à la culture de notre esprit ou à l’entretien convenable de notre corps, à l’accomplissement de nos ambitions, à la perfection de nos moyens et à la glorification de nos précieux objectifs. »
« Ariane, ma sœur, de quel amour blessée Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ? »Phèdre, acte I scène 3 Jean Racine.
Il me semble que ce sont les Grecs qui ont donné au Labyrinthe ses lettres de noblesse, même s’ils n’en sont pas les inventeurs. Tout le monde connaît Ariane, « La fille de Minos et de Pasiphaé6 ». Thésée, qui lui devait tout, l’a lâchement abandonnée à Naxos. On lui pardonne cette conduite machiste puisqu’elle est à l’origine d’un chef-d’œuvre de Richard Strauss. Mais ne nous égarons pas, je voulais seulement souligner le fait que c’est une femme qui la première nous a sortis du labyrinthe. Or, la période moderne de cette histoire est une litanie de noms d’hommes : Flourens7, Ménière, Barany… Il y a de quoi réfléchir : y aurait-il une malédiction d’Ariane ? Même dans les contes pour enfants, c’est un garçon, le Petit Poucet, qui sauve ses frères en semant des cailloux : les otolithes ?
J’aurai l’occasion de montrer le caractère imparfait de nos méthodes d’exploration du labyrinthe qui, à défaut d’en sortir, permettent au moins de nous y orienter. Mais nous attendons tous la nouvelle Ariane. Nous savons son nom : Potentiels Évoqués Vestibulaires.
6 Alexandrin qui occupe une place de choix dans mon anthologie poétique personnelle.
7 « Sa spécialité ? je crois qu’il enfonce des épingles dans la tête des lapins » Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas
Au cours de nombreuses réunions, sessions de formation et autres séminaires entre passionnés du vestibule, il m’est arrivé plus d’une fois d’offrir mon corps, si ce n’est à la science, du moins aux essais balbutiants de candidats vestibulométristes. J’ai redressé des verticales défaillantes, j’ai tourné sur des fauteuils plus ou moins pilotés électroniquement, j’ai accepté qu’on introduise dans mes conduits auditifs des fluides, chauds ou froids, j’ai même laissé mes cervicales, douloureuses depuis des décennies, entre les mains d’apprentis-sorciers s’exerçant au rite ésotérique du VHIT 9 . Sans compter les plateformes traîtresses qui cherchaient à mettre mon équilibre en défaut.
Je n’ai cependant éprouvé que de très modestes sensations, loin des horreurs que redoutent, après avoir « regardé sur Internet », les candidats au fauteuil et qu’ils racontent ensuite. J’attribue ce résultat au fait que je savais parfaitement ce qui se passait en moi au cours de ces « épreuves ». Je pouvais imaginer (avoir l’image) de mes canaux semi-circulaires, de mes macules, et de ce qui était en train de s’y passer. Cela suffisait à rendre la chose, plus que supportable, banale.
Car c’est l’inconnu qui effraie.
C’est pour cela que du passé, nous ne gardons paraît-il que le meilleur, c’est-à-dire l’illusion du bonheur, quand il ne s’agissait que de petites joies, même si, inéluctablement, nous en perdons la mémoire. Mais nous ignorons l’avenir et ne supportons pas cette ignorance ; les grands de ce monde eux-mêmes, dans l’espoir de percer le secret, n’hésitent pas à aller consulter des voyantes, je dis bien : la boule de cristal, le marc de café ou les tarots. Quant au présent, il n’existe pas, puisqu’aussitôt passé il pénètre dans l’avenir. Avec une exception, ce qu’on appelle « le moment de la mort ». Un moment que chacun redoute, car il est l’inconnu absolu. Il inspire la terreur. Le croyant lui-même n’en est pas à l’abri, car le doute est inhérent à sa foi. Seule la certitude de Dieu, qui sous différents noms est le même pour tous, pourrait nous délivrer de cette angoisse existentielle. Les Saints, paraît-il, y arrivent.
8 Titre du livre d’Antonio Damasio, que tout candidat à l’entrée dans le vestibule devrait avoir lu, avec celui d’Alain Berthoz, Le sens du mouvement.
9Video Head Impulse Test, Épreuve d’impulsion de la tête sous vidéo.
L’appât du gain ne doit pas être le moteur du vestibulométriste. Les épreuves qui étudient le fonctionnement du vestibule demandent un investissement matériel coûteux, beaucoup de temps et ne rapportent pas grand-chose (au tarif de la Sécurité Sociale). 10
Si le gain est une notion capitale dans l’analyse des résultats des épreuves de la VNG, j’ai remarqué qu’elle est mal comprise par certains débutants. C’est pourtant simple si l’on veut bien comprendre que le gain est en réalité une perte. Voyons cela.
