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À l’instar des grandes adaptations qui ont été réalisées, notamment pour le cinéma par
Murnau ou
Coppola en passant par
Herzog, celle-ci met l’accent sur les rapports humains qui égrènent le roman fleuve de
Bram Stoker — ce qui pourrait apparaître comme gageure pour une fiction qui traite de morts-vivants !
Il s’agit pourtant ici des rapports d’amitié entre les jeunes Mina et Lucie, des rapports paternels entre le vieux sage Van Helsing et Mina, des rapports sociaux entre le marginal Renfield et les amis de Mina déterminés à vaincre le mal, bref d’un tableau-miroir de notre société qui revêt au cours de ce récit une force étrange.
Nous découvrons aussi un Dracula séculaire qui, face à une Mina séduite par la perspective de l’éternité (on songe bien sûr au mythe de Faust), doutera de son projet maléfique. Ainsi, la relation triangulaire entre Mina, Jonathan (son fiancé) et le comte Dracula, met en perspective les contraintes du temps qui s’écoule inexorablement face à la puissance de l’amour…
Les émotions et les sentiments qui nous préoccupent tous se voient ainsi traduits dans un conte destiné au plus large public, afin de susciter à la fois la réflexion et le plaisir d’une histoire et d’un mythe universels.
À PROPOS DES AUTEURS
Denis Leddet est né à Pau en 1960. Après des humanités classiques à Maredsous où il acquiert le virus littéraire, il fait ses études supérieures à Paris. Outre la direction d’une société industrielle de ventilation, il s’est investi activement dans le monde de la création ou de la production littéraire, en rachetant le costumier Maghet en 1990, et partenaire des éditions Le Cri depuis 1995. Il travaille actuellement avec
Stephen Shank (auteur, metteur en scène) à la réalisation d’une trilogie de livres illustrés par
Thierry Bosquet (décorateur, illustrateur), destinés à son fils Ferdinand et à la jeunesse en général. Hédoniste par nature, il met ses talents de cuisinier au service de ses amis, apprécie les cigares cubains et les parfums de création. Il vit à Bruxelles.
Christian Lutz est né à Léopoldville en 1954. Il a été administrateur de la Foire internationale du Livre de Bruxelles de 1984 à 1992. Il est notamment le co-auteur, avec
Fabrice Gardin, du roman
Peut-être rencontrerons-nous des pintades en route, les prodigieuses aventures de Marx et Engels (2006). Il dirige les éditions Le Cri depuis 1981.
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Seitenzahl: 99
Veröffentlichungsjahr: 2021
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DRACULA
Version scénique pour l’Abbaye de Villers-la-Ville
Une production de Patrick de Longrée
et Rinus Vanelslander
pour DEL Diffusion
Eté 2007
Bram Stoker
Dracula
Pièce en 3 parties
Adaptée du roman pour le théâtre par
Denis Leddet & Christian Lutz
Catalogue sur simple demande.
www.lecri.be [email protected]
(La version originale papier de cet ouvrage a été publiée avec l’aide de la Fédération Wallonie-Bruxelles)
La version numérique a été réalisée en partenariat avec le CNL
(Centre National du Livre - FR)
ISBN 978-2-8710-6702-3
© Le Cri édition,
A Leopold Wiener, 18
B-1170 Bruxelles
En couverture : Gustav Klimt,Amour(1895).
Tous droits de reproduction, par quelque procédé que ce soit, d’adaptation ou de traduction, réservés pour tous pays.
PERSONNAGES
Dracula
Jonathan Harker
Mina Murray
Lucie Westenra
Van Helsing
Renfield
John Seward
Arthur Holmwood
Quincey Morris
Le Vieillard (Mr Swales)
Jeune femme blonde
Jeune femme brune 1
Jeune femme brune 2
La Première Partie comporte deux scènes qui se jouent et se mélangent simultanément (les effets de lumières, dispositions et mises en scène font la différence) sur un seul grand espace scénique où le décor naturel figure alternativement l’ancienne Abbaye de Whitby et le Château de Dracula dans les Carpates.
Le Château de Dracula
Jonathan Harker, Dracula
Les Carpates. Le Château de Dracula. Le jour tombe.
Jonathan Harker arrive, un sac de voyage à la main.
La porte du château s’ouvre.
Jonathan Harker se trouve face à Dracula. Il tient une torche vacillante projetant de longues ombres tremblantes. Dracula esquisse un geste invitant Jonathan Harker à entrer.
Dracula,immobile comme une statue, d’abord péremp-toire. — Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré !(Puis soudain, après un moment, s’avançant vers Jonathan Harker et lui prenant la main presque de force, fébrile)Vraiment, soyez le bienvenu chez moi ! Sans crainte… laissez ici un peu du bonheur que vous apportez.
Jonathan Harker,hésitant. — Comte Dracula ?
Dracula,déférent. — Oui, c’est moi le comte Dracula, monsieur Harker.(Il pose sa torche)Entrez, entrez… La nuit est froide, vous avez certainement besoin de vous reposer et de manger quelque chose.(Il saisit la sacoche de Jonathan Harker qui s’apprête à protester)Non, monsieur Harker, vous êtes mon invité. Il est tard et tous mes domestiques sont couchés.(Il s’avance et Jonathan Harker lui emboîte le pas)Permettez-moi de vous conduire à votre appartement… (Devant la porte ouverte)Ce voyage a dû vous éreinter ! Vous désirez certainement vous reposer un peu, et changer de vêtements. J’espère que vous trouverez ici tout ce dont vous avez besoin. Lorsque vous serez prêt, vous pourrez souper.
Ils sortent de scène.
L’Abbaye de Whitby
Mina Murray
L’ancienne Abbaye de Whitby.
Mina entre, s’avance à l’avant-scène et s’adresse au public.
Mina Murray,narrative. — La scène se déroule en août. Je suis en visite chez mon amie Lucie Westenra. Nous avons pris l’habitude de nous promener dans les ruines de l’ancienne Abbaye de Whitby, proche de chez elle, qui fut mise à sac par les Danois et où se situe une partie deMarimon, de Walter Scott, vous connaissez sûrement, notamment cette scène où la jeune fille est emmurée vive. Bref, entre ces ruines et la ville s’élève le clocher de l’église paroissiale, laquelle est entourée d’un vaste cimetière. C’est là que souvent, nous nous asseyons pour deviser. On a une vue magnifique sur le port et sur la baie d’où un promontoire s’avance dans la mer. Ce promontoire devient si abrupt que les bords se sont éboulés, et que certaines tombes — car le cimetière se prolonge jusque là — ont été détruites… Je suis non seulement inquiète au sujet de Jonathan, mais aussi au sujet de Lucie. En fait, en juillet, le patron de mon fiancé, le cher Mr Hawkins, qui est toujours si aimable, m’a envoyé une lettre qu’il avait reçue de Jonathan. Quelques lignes seulement, envoyées du château de Dracula, annonçant son départ. Cela ressemble si peu à Jonathan ! Je ne comprends pas ce qui se passe… je voudrais tant être rassurée ! Quant à Lucie, bien qu’elle paraisse en bonne santé, elle est de nouveau en proie à des crises de somnambulisme. En fait, avec le temps qui passe, Lucie se lève de plus en plus souvent, la nuit, et, chaque fois, je m’éveille quand je l’entends marcher dans la chambre.
Mina Murray sort, songeuse.
Le Château de Dracula
Jonathan Harker, Dracula
Une porte s’ouvre. Entrent Jonathan et Dracula.
Dracula. — Je vous en prie, prenez place. Soupez à votre aise.(Pendant que Jonathan Harker s’installe)Vous m’excuserez si je ne partage pas votre repas, mais…(faisant mine de se retirer)j’ai déjà dîné, plus tôt…
Jonathan Harker,faisant l’inventaire de son repas. — Un instant, comte, si je peux… Voici une lettre scellée que Mr Hawkins m’a remise pour vous…
Dracula ouvre le pli et lit à voix haute, le ton grave, faisant les cent pas…
Dracula,lisant. — « Je regrette vraiment qu’une nouvelle attaque de goutte m’empêche de voyager en ce moment ; néanmoins, je suis heureux de pouvoir vous envoyer à ma place quelqu’un en qui j’ai une entière confiance. Ce jeune homme est plein d’énergie, il connaît parfaitement son métier. Pendant son séjour chez vous, il sera à votre disposition chaque fois que vous le désirerez, et en toutes choses il suivra vos instructions. »
Dracula esquisse un charmant sourire en rendant le pli à Jonathan Harker pour qu’il puisse vérifier. Pendant que Jonathan Harker lit, visiblement ravi, Dracula s’approche de lui et soulève le couvercle d’un plat qui fait apparaître un poulet rôti. Jonathan Harker entame son souper avec entrain.
Dracula. — Et ce voyage, monsieur Harker ?
Jonathan Harker,tout en soupant. — Un cauchemar, mais passionnant ! Figurez-vous que depuis que j’ai quitté Londres, il m’arrive des choses étranges. Enfin, je vous passe les retards de trains, Munich, Vienne, Budapest, une très belle ville par ailleurs, pour ce que j’ai pu en voir. C’est pourtant à partir de là que j’ai eu l’impression très nette de quitter l’Occident pour entrer dans le monde oriental, après avoir franchi les magnifiques ponts du Danube. Des modèles d’architecture occidentale, ne trouvez-vous pas — là où le Danube est particulièrement large et profond ? C’est là, comme vous le savez, qu’on pénètre dans cette région où prévalent les coutumes turques. Mais je vous ennuie…
Dracula,marchant de long en large. — Pas du tout, monsieur Harker, bien au contraire. Poursuivez, cela me passionne, je veuxtoutsavoir… ma solitude est immense ici, et vous me faites rêver, jeune homme !
Jonathan Harker,allumant un cigare. — Donc, ayant quitté Budapest sans trop de retard, nous arrivâmes le soir à Klausenburg. Je m’y arrêtai pour passer la nuit à l’Hôtel Royal. On me servit, au dîner, ou plutôt au souper, un poulet au poivre rouge délicieux, mais cela vous donne une soif ! J’en ai demandé la recette à l’intention de Mina.
Dracula. — Mina ?
Jonathan Harker. — Excusez-moi, j’aurais dû vous parler de Mina Murray, ma fiancée…
Dracula. — Ah, oui, votre fiancée… Charmante ! Que dis-je, délicieuse ! Si vous me permettez… mais poursuivez, et n’omettezrien…
Jonathan Harker,quelque peu hésitant, surpris que le Comte connaisse l’existence de Mina. — Donc… le garçon m’apprit que cela s’appelait du paprika hendl, que c’était un plat national, et que j’en trouverais partout dans les Carpates. À Londres, quelques moments de loisir m’avaient permis d’aller au British Museum et…
Dracula. — Ah, le British Museum…
Jonathan Harker.— … euh, et, à la bibliothèque, j’avais consulté des cartes de géographie et des livres traitant de la Transylvanie ; il me paraissait intéressant de connaître certaines choses du pays, puisque j’aurais affaire avec un gentilhomme de là-bas…
Dracula. — Vous me flattez, monsieur Harker… continuez…
Jonathan Harker.— Je me rendis compte que la région dont vous parliez dans vos lettres était située à l’est du pays, à la frontière des trois États : Transylvanie, Moldavie, Bukovine, dans les Carpates. Une des parties de l’Europe les moins connues, et les plus sauvages. Mais aucun livre, aucune carte ne put me renseigner sur l’endroit exact où se trouvait votre château, car il n’existe aucune carte détaillée de ce pays. Mes recherches m’apprirent toutefois que Bistritz où, me disiez-vous, je devrais prendre la diligence, était une vieille petite ville, très connue.
Dracula. — C’estvousle connaisseur, monsieur Harker, vous me fascinez… Et que vous ont encore appris vos livres ?
Jonathan Harker.— Quatre races se sont implantées en Transylvanie : au sud, les Saxons, auxquels se sont mêlés des Valaques, qui eux-mêmes descendent des Daces ; à l’ouest, des Magyars ; à l’est et au nord, enfin, les Szeklers. C’est parmi ceux-ci que nous nous trouvons, n’est-ce pas ?
Dracula,faisant comprendre à Jonathan de poursuivre. — Mmmh !
Jonathan Harker.— Ils prétendent descendre d’Attila et des Huns. Peut-être est-ce vrai, car lorsque les Magyars conquirent le pays au onzième siècle, ils y trouvèrent les Huns déjà établis. Il paraît que toutes les superstitions du monde se retrouvent dans les Carpates, et qu’elles ne manquent pas de faire bouillonner l’imagination populaire. J’ai pu m’en rendre compte par moi-même, croyez-moi !
Dracula,ricanant sous cape. — C’est votre imagination qui bouillonne, mon ami!
Jonathan Harker.— Pas du tout, je vous assure. Je fis malgré tout des rêves étranges. Un chien ne cessa, durant toute la nuit, de hurler sous ma fenêtre : était-ce la cause de mon insomnie, ou ce paprika ? Bref, au petit déjeuner, j’eus à nouveau du paprika, ainsi qu’une sorte de porridge fait de farine de maïs et d’aubergines farcies, un plat excellent qui porte le nom deimpletata.J’en ai noté également la recette pour Mina.
Dracula,d’une voix profonde et traînante. — M-i-n-a !
Jonathan Harker,troublé.— Je… je déjeunai donc en hâte, car le train partait quelques minutes avant huit heures. Il me semblait que plus on allait vers l’est, plus les trains avaient du retard. Qu’est-ce que cela doit être en Chine ? (Rêveur) Tantôt nous apercevions soit des petites villes, soit des châteaux juchés au sommet de collines escarpées, comme on en voit représentés dans les anciens missels…
Dracula,toujours la voix profonde et traînante. — M-i-s-s-e-l !
Jonathan Harker,de plus en plus troublé, mais poursuivant comme pour distraire Dracula de ses états.— À chaque gare où nous nous arrêtions, les quais fourmillaient de gens vêtus de costumes de toutes sortes. Il faisait déjà nuit lorsque nous arrivâmes à Bistritz. Puis le col de Borgo et Bukovine. Après, j’ai suivi vos instructions et…
Alors qu’il raconte, lueurs progressives de l’aube. On entend crescendo les loups hurler au loin. Les yeux rouges de Dracula s’intensifient.
Dracula,lyrique. — Écoutez les enfants de la nuit ! Écoutez leur musique…(Puis, aussitôt conscient de l’étonnement de Jonathan Harker)Ah ! Monsieur ! Vous les citadins ne pourrez jamais comprendre ce qu’éprouve le chasseur… Mais vous devez être fatigué. Votre chambre est prête, et demain vous dormirez aussi tard que vous voudrez… Pour ma part, je devrai m’absenter jusque dans l’après-midi. Faites de beaux rêves…
Dracula s’incline courtoisement et laisse passer Jonathan Harker qui regagne sa chambre. Au loin, hurlements des loups dans la nuit…
Noir.
L’Abbaye de Whitby
Mina Murray, Lucy Westenra
John Seward, Quincey Morris, Arthur Holmwood
Mina Murray,à Lucie. — J’ai été littéralement accablée de travail, la vie d’une institutrice n’est pas toujours commode.
Lucie Westenra. — En fait, tu rêves de pouvoir collaborer avec Jonathan.
Mina Murray. — Figure-toi que j’étudie la sténographie…
Lucie Westenra. — Et de cette façon, quand vous serez mariés, tu pourras l’aider.
Mina Murray. — Tiens, à propos de Jonathan, toujours rien de Transylvanie. Je désespère. Mais parlons de toi, Lucie, dis-moi tout. Nous ne nous sommes pas vue depuis si longtemps… Et je crois avoir entendu quelque chose à propos d’un beau grand jeune homme aux cheveux bouclés ?
Lucie Westenra. — Je suppose que tu fais allusion à celui qui m’accompagnait au dernier concert ?
Mina Murray. — Des bruits ont évidemment couru…
Lucie Westenra
