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Quels sont les tests et examens psychologiques existants pour déceler d'éventuelles psychopathologies ?
Décrire fidèlement le fonctionnement psychologique d'une personne est une activité particulièrement pertinente si cette description est utile au parcours des personnes évaluées. Cette pratique demande un aller-retour entre les informations individuelles de la personne examinée et les données scientifiques récentes sur la validité et l'utilité des procédures utilisées. Dans cet esprit, sont présentées ici deux procédures centrales de l'examen psychologique en clinique adulte : le Rorschach en système intégré et le MMPI-2. Une vision récente et synthétique de l'interprétation conjointe de ces deux tests est exposée. Plusieurs cas cliniques portant sur des domaines de la psychopathologie particulièrement exigeants sont détaillés. Une articulation étroite entre le diagnostic psychologique et l'intervention est effectuée à travers des propositions techniques issues de travaux nord-américains. La démarche adoptée est à la fois concrète et tout à fait nouvelle dans les pays francophones. L'ouvrage montre que ces deux tests sont hautement complémentaires et que les informations qu'ils permettent de récolter sont pertinents pour orienter et formuler les stratégies thérapeutiques en psychologie clinique.
Cet ouvrage de référence permet de comparer deux types d'évaluation psychologique, afin d'établir les stratégies thérapeutiques adéquates.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- "L’ouvrage montre que ces deux tests sont hautement complémentaires et que les informations qu’ils permettent de récolter sont pertinentes pour orienter et formuler les stratégies thérapeutique en psychologie clinique."
(Site de l’université Paris Descartes)
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
- "L’ouvrage montre que ces deux tests sont hautement complémentaires et que les informations qu’ils permettent de récolter sont pertinentes pour orienter et formuler les stratégies thérapeutique en psychologie clinique."
(Site de l’université Paris Descartes)
A PROPOS DES AUTEURS
Lionel Chudzik est psychologue et Maître de conférences à l’Université François Rabelais de Tours (France). Il enseigne et mène plusieurs recherches sur le MMPI-2 et le MMPI-RF. Il a créé le Centre d’Étude et de Soins des Troubles Externalisés au Centre Psychothérapique de l’Orne à Alençon et propose des prises en charge spécialisées pour les personnes sous obligation de soins.
Serge Sultan est psychologue et Professeur à l’Université Paris Descartes (France). Il mène plusieurs recherches sur l’évaluation de la personnalité, particulièrement sur le système Rorschach intégré et dirige une équipe de recherche en psychopathologie et psychologie de la santé au sein de l’Institut Universitaire Paris Descartes de Psychologie.
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Seitenzahl: 331
Veröffentlichungsjahr: 2013
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Nous remercions les usagers et les équipes des services de soins dans lesquels ces procédures d’examen ont été mises au point et utilisées. Nous avons beaucoup de gratitude pour nos étudiants qui nous ont permis d’affiner les propositions théoriques et méthodologiques contenues dans cet ouvrage.
À la mémoire d’Henri. À Jonas, Hannah et Hélène.S.S.
À Jean, Anna et Isabelle. À mes parents avec gratitude.L.C.
Serge Sultan, Université Paris Descartes, France & Lionel Chudzik, Université de Tours, France
L’objectif de cet ouvrage est de décrire de quelle manière l’examen psychologique peut être utile pour organiser les interventions ou les traitements dans la pratique. Si la raison d’être d’un examen psychologique est de conduire à un diagnostic approfondi, celui-ci n’est intéressant que s’il amène à confirmer ou infléchir le parcours des usagers. Utiliser le diagnostic psychologique et le communiquer est devenu une activité centrale de la pratique des psychologues. Quand le psychologue se fonde sur la description psychologique d’une personne pour recommander et planifier une intervention, il fait appel à des connaissances et des compétences très élaborées (Sultan, 2004). Celles-ci touchent à différents secteurs: interprétation des instruments utilisés, intégration des différentes informations, mise en œuvre de cadres conceptuels et de méthodes destinés à recommander une intervention, utilisation des informations du diagnostic psychologique dans l’intervention. Ces compétences ne peuvent être acquises que par un apprentissage associant théorie et pratique. Le présent ouvrage a été élaboré dans cet esprit didactique en articulant pratique et science.
Dans cet objectif, nous présentons une conception de l’examen fondée sur deux outils cliniques dont l’usage est très répandu: le Rorschach (Exner, 2003) et le MMPI-2 (Butcher et al., 1989). Ces deux tests apportent chacun une description du fonctionnement extrêmement fouillée et complémentaire l’une de l’autre. Dans les pays anglo-phones, et particulièrement aux États-Unis, ils sont ainsi identifiés comme les piliers de l’examen psychologique (Groth-Marnat, 1997). Toutefois, ils sont souvent utilisés de manière isolée et rarement de concert, alors même que la confrontation et l’intégration de leurs données débouchent sur une conceptualisation riche et approfondie du cas, en raison notamment des processus très contrastés qui les soustendent: perception, reconnaissance de formes et projection dans le cas du Rorschach, et conceptualisation de soi, introspection et description de soi dans le cas du MMPI-2.
Le Rorschach et le MMPI-2 bénéficient d’un volume de recherche clinique et empirique impressionnant qui permet au psychologue d’adopter une démarche professionnelle informée par les données probantes. Cet atout concerne non seulement les tests pris séparément mais aussi leur utilisation conjointe. Ainsi, l’intégration Rorschach-MMPI-2 commence à être documentée, aussi bien du point de vue pratique (ex. comment faire une synthèse des deux descriptions?) que de celui de la recherche (ex. doit-on attendre des associations élevées entre les deux instruments, et pourquoi?). À ce jour, ces informations ne sont toutefois disponibles qu’en langue anglaise (Ganellen, 1996; Lindgren & Carlsson, 2002).
Le choix de ces deux tests pourra toutefois surprendre certains praticiens au vu de la littérature récente en évaluation de la personnalité. Ces vingt dernières années, le Rorschach, et particulièrement la méthode d’exploitation la plus documentée au plan empirique, le Rorschach en Système Intégré, a été l’objet de critiques vives qui ont porté sur la validité des informations, leur fidélité et leur utilité. Ces critiques ont stimulé un programme de validation ambitieux auquel bien peu d’autres tests psychologiques de la batterie courante du psychologue ont été soumis. Certains des auteurs de cet ouvrage ont participé à cet effort qui a montré que la majeure partie des scores utilisés atteignait un niveau de validité acceptable, comparable à d’autres tests psychologiques (Meyer, 2004), une fidélité adéquate (Meyer et al., 2002; Sultan & Meyer, 2009) et une utilité clinique nette (Hunsley & Meyer, 2003). S’il n’est pas dans l’objectif du présent ouvrage de donner l’ensemble des arguments empiriques, le lecteur intéressé trouvera les grands termes du débat dans trois références (Lilienfeld et al., 2001; Meyer, 2000; SPA, 2005).
Les deux piliers de l’examen que sont le Rorschach et le MMPI-2 ont été le lieu de projection de nombreux stéréotypes et préconceptions erronées. En ce qui concerne le MMPI-2, on ramène souvent cet outil à un simple questionnaire. En tant que questionnaire, il n’offrirait qu’une voie d’entrée limitée dans le fonctionnement du sujet. Ces limites seraient dues à la capacité des personnes à former une conception d’elles-mêmes et tiendraient au format même du questionnaire auto-administré. Contrastant avec cette vision, la pratique moderne du MMPI-2, ainsi qu’elle est détaillée dans l’ouvrage, montre que les informations dérivées de ce test ne se limitent absolument pas à ce que les personnes veulent bien dire et reconnaître sur elles-mêmes. En outre, on décrit le MMPI-2 comme étant centré sur les symptômes, sur les conduites «ouvertes», alors que d’autres, comme le Rorschach, seraient orientés sur les dynamiques internes, les conduites ou les mouvements psychiques «couverts». Cette vision est réductrice car elle ne tient pas compte des différents niveaux de fonctionnement évalués au MMPI-2. De plus, on peut considérer que la situation Rorschach est un excellent échantillon de comportements «ouverts», c’est-à-dire observables et classifiables par le clinicien. Une autre attitude répandue concerne l’opposition entre objectivité et subjectivité, le MMPI-2 se situant du côté des tests «objectifs» et le Rorschach, des tests «subjectifs». Au-delà des jugements de valeur et des oppositions épistémologiques que cette terminologie implique (Meyer & Kurtz, 2006), les termes employés ne sont tout simplement pas appropriés. Le but de l’examen, quel que soit le test utilisé, est d’objectiver certains fonctionnements individuels. Dans le MMPI-2, on demande au sujet de décider si une phrase le décrit: ce travail est assez complexe et fait appel à la subjectivité de la personne évaluée. Dans le Rorschach, le sujet est amené à reconnaître certaines caractéristiques de la tache et les rapprocher de certains engrammes stockés en mémoire. Ce travail n’est ni plus ni moins subjectif que le précédent, il est de nature différente. Il est vrai que le Rorschach nécessite une codification et une interprétation des réponses, mais le système actuel tend à standardiser cet aspect du travail afin que la procédure ne soit pas influencée par la subjectivité du clinicien. Cette standardisation est également promue, depuis l’origine, dans l’utilisation des réponses du MMPI.
Enfin, on décrit habituellement le MMPI-2 comme un outil dont les conclusions peuvent être aisément biaisée par l’attitude de la personne évaluée. Cela fait référence à la validité de façade qu’ont beaucoup d’instruments d’auto-description (self-report). À l’opposé, le Rorschach serait difficilement falsifiable, ou, en tout cas, il ne serait pas aisé d’y modifier, consciemment ou non, l’image que l’on donne de soi. Là encore, cette vision des deux procédures n’est pas adaptée à la réalité. Comme nous le verrons dans la suite de l’ouvrage, le MMPI-2, comme le Rorschach, comportent tous deux des aspects que les personnes sauront facilement associer au concept mesuré (ex. les réponses morbides au Rorschach ou l’échelle de contenu BIZ au MMPI-2). Mais à l’inverse, les deux procédures comportent des éléments difficilement identifiables pour les personnes et dont le lien avec les concepts sous-jacents restera mystérieux (ex. les déterminants Vista au Rorschach et le profil des échelles de validité au MMPI-2).
Pour toutes ces raisons, la démarche que nous adoptons dans l’ouvrage passe par une mise au point sur l’interprétation des deux tests et leur intégration. Dans cette mise au point, nous insistons sur la conceptualisation du cas, c’est-à-dire sur le diagnostic psychologique permettant d’ouvrir la voie aux recommandations.
Afin de faire l’articulation entre le diagnostic psychologique et la recommandation de traitement, nous avons adopté une démarche en trois temps. La première partie souhaite donner au lecteur une vision synthétique et récente des procédures d’interprétation des deux tests et fournir une méthodologie opérante pour l’intégration des données. Dans le Chapitre 1, Anne Andronikof, qui a introduit le système intégré en France et traduit les ouvrages de John Exner, présente la procédure d’interprétation du Rorschach en Système Intégré, la seule à avoir reçu un soutien empirique consistant. Elle montre que la stratégie d’interprétation est fondée sur un critère fondamental, le critère de déviance. Loin des caricatures, cette stratégie accorde une place importante aux données quantitatives mais ne sacrifie pas l’interprétation qualitative des verbalisations du sujet. Le Chapitre 2, écrit par Lionel Chudzik, présente la démarche d’interprétation du MMPI-2. Après avoir décrit les spécificités de l’instrument, l’auteur formule les différentes alternatives se posant au clinicien pour interpréter un protocole, de la plus simple à la plus complète. Le chapitre se conclut sur une proposition d’organisation de résumé formel, synthétisant les traits saillants des données MMPI-2. Ces deux premiers chapitres d’interprétation ne visent pas à se substituer aux ouvrages et manuels techniques portant sur l’interprétation des tests mais cherchent à adapter les démarches issues du monde américain à la pratique psychologique des pays francophones. À la suite de ces présentations, le Chapitre 3, par Nikoleta Kostogianni, présente une méthode pour intégrer les données issues du Rorschach et du MMPI-2. Ce travail est fondé sur une analyse détaillée de la nature des données en présence, des convergences, des divergences, et des aspects complémentaires. Cette analyse est étayée par des exemples cliniques nombreux et fondée sur le travail de Ganellen (1996).
La deuxième partie vise à appliquer la méthodologie d’interprétation et d’intégration des trois premiers chapitres à des situations cliniques concrètes. Trois cas cliniques sont présentés et analysés en profondeur et permettent d’appliquer la méthodologie d’intégration des données envisagée en première partie. L’ensemble des données brutes étant mis à la disposition du lecteur, ces chapitres constitueront d’excellents outils pédagogiques pour l’apprentissage de l’interprétation des tests, de l’intégration du Rorschach et du MMPI-2, et de la recommandation de traitement. Le Chapitre 4, par Nikoleta Kostogianni et Serge Sultan, détaille le cas de Lola, une jeune fille présentant un syndrome dépressif atypique, vis-à-vis duquel l’équipe soignante se pose la question du cadre et de la forme de la prise en charge à l’hôpital. La nature du fonctionnement cognitif de Lola plaide en faveur d’une modification majeure de la stratégie thérapeutique. Le Chapitre 5 présente le cas de Fabio, un homme ayant une personnalité antisociale et des conduites d’escroquerie et souhaitant changer de comportement. À l’aide du Rorschach et du MMPI-2, Lionel Chudzik tente de répondre à la question de la stratégie d’approche pertinente qui permettrait de déboucher sur des changements réels. L’examen psychologique permet de mettre au jour des subtilités que l’on n’a pas l’habitude d’aborder dans le cadre carcéral. Enfin, le Chapitre 6, par Nikoleta Kostogianni, permet de se familiariser avec le cas de Dimitri, un homme en sevrage alcoolique et apparemment déprimé vis-à-vis duquel l’équipe hospitalière pose la question de l’organisation des traitements. Les résultats plaident en faveur d’une prise en compte hiérarchisée des plaintes et permettent de discuter l’alcoolisation secondaire de la personne.
La troisième partie est centrée sur l’articulation entre les données de l’examen et les recommandations d’intervention. Nous offrons trois approches de cette articulation, visant à montrer que les données issues de l’examen permettent non seulement de formuler des recommandations vis-à-vis du traitement, mais aussi, dans certains cas, constituent le fondement de certaines approches thérapeutiques brèves. Le Chapitre 7 est centré sur la présentation du modèle de Beutler, Clarkin & Bongar (2000), qui organise les données du diagnostic psychologique selon des dimensions qui aident à la formulation du choix thérapeutique, par exemple la complexité du trouble ou la motivation au changement. Serge Sultan et Lionel Chudzik y définissent ce que veut dire recommander un traitement, les dimensions clés à évaluer et la manière dont le Rorschach et le MMPI-2 approchent ces dimensions. Le Chapitre 8 présente un exemple d’évaluation collaborative où les réponses du Rorschach et du MMPI-2 sont l’occasion d’échanger avec le patient dans une «restitution active». Filippo Aschierri présente le cas d’Aaron, jeune étudiant, qui souffre de difficultés d’adaptation et de motivation. Dans la continuité avec le chapitre précédent, le Chapitre 9, par Stephen Finn et Lionel Chudzik, est consacré à la présentation d’un modèle thérapeutique basé sur les résultats des tests. Stephen Finn est internationalement renommé pour son modèle de l’évaluation thérapeutique dont les auteurs font ici la première présentation en français. Il s’agit d’une prise en charge originale brève fondée sur une communication particulière à partir des données issues de l’examen. Le principe et l’organisation de l’évaluation thérapeutique sont présentés puis appliqués au cas de Ben, souffrant d’addiction au sexe.
Cette démarche permet de suivre le fil rouge allant de la collecte et de l’interprétation des données Rorschach et MMPI-2, à la recommandation de traitement et l’intervention brève sur la base des éléments recueillis, en passant par l’intégration des données et la conceptualisation du cas. Ce parcours, proposé pour la première fois au lecteur francophone, est fondé sur un aller-retour constant entre pratique clinique et données de la recherche. De nombreux chapitres détaillent des cas cliniques dans des domaines variés et rarement abordés de la psychopathologie, personnalité antisociale et addiction comportementale notamment. L’ouvrage offre une articulation inédite entre le Rorschach, et le MMPI-2 et les modèles récents de recommandation d’intervention et d’interventions brèves.
Nous espérons que cet ouvrage saura étonner et éveiller la curiosité du lecteur francophone pour ces approches nouvelles du diagnostic psychologique.
Anne Andronikof, Laboratoire IPSé, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, France
Aujourd’hui, la psychologie clinique se trouve probablement à un tournant de son existence. Elle se trouve à un carrefour entre deux voies d’évolution possible. Elle pourrait d’une part en quelque sorte «entrer dans le rang» en se coulant dans la pensée dominante qui régit la psychopathologie aujourd’hui – à savoir un modèle médical positiviste – ou s’affirmer comme une science originale, appliquée au service de l’homme. D’un côté, avec les avancées de la pharmacologie et des neurosciences, une pensée qui ramène les troubles psychiques à des déficits ou à des dysfonctionnements localisés et qui réduit l’homme à ses fonctions les plus élémentaires, et de l’autre, une approche intégrée qui conserve à l’homme son unité.
Le problème de cette seconde approche est qu’elle nécessite des théories et des outils susceptibles d’explorer le psychisme de manière fiable, et d’en restituer le fonctionnement en articulant les diverses dimensions mesurées en un tout cohérent. La psychanalyse, si elle offre bien une théorie globale du fonctionnement psychique, ne dispose pas d’outils qui seraient utilisables en dehors du cadre de la cure. La psychologie clinique, quant à elle, dispose d’une grande quantité d’outils, mais ceux-ci sont pour la plupart des instruments de mesure de fonctions isolées, et elle semble manquer encore de théorie unitaire.
Il existe aujourd’hui un outil qui donne accès à une compréhension globale du fonctionnement psychique et qui pourrait déboucher sur une théorisation cohérente. Il s’agit du Rorschach en Système Intégré, élaboré par John E. Exner aux États-Unis.
Le Rorschach est un test imaginé en 1921 par Hermann Rorschach qui se fonde sur l’idée originale qu’il y aurait une correspondance entre la façon dont un sujet perçoit la réalité et sa personnalité. Pour explorer la perception, Hermann Rorschach a dessiné 10 taches d’encre qui constituent le matériel du test et qui sont toujours utilisées aujourd’hui (Rorschach, 1921). On a longtemps cru que ces images étaient le fruit du hasard sans aucune signification a priori. Les réponses du sujet ont alors été considérées comme des interprétations libres, comme de pures projections, des rêveries, tout aussi aléatoires que le matériel qui les aurait provoquées.
Toutefois, l’étude approfondie des documents préparatoires d’Hermann Rorschach 1 a révélé que ces taches d’encre avaient été soigneusement dessinées et savamment agencées dans leurs formes et leurs couleurs, de telle sorte que chaque image soit composée d’informations contradictoires, mais plus ou moins discrètes. Les contradictions sont d’ordre cognitif (conflit entre deux représentations incompatibles), émotionnel (conflit entre des couleurs joyeuses et tristes), pulsionnel (libido et agressivité).
Lorsqu’on présente les planches du test à une personne et qu’on lui demande de dire «ce que cela pourrait être», celle-ci se trouve confrontée à une situation un peu étrange où elle se sent à la fois contrainte d’identifier des objets qui lui sont suggérés et libre de les interpréter comme bon lui semble. Face aux informations contradictoires qui lui sont fournies, la personne est amenée à prendre position, à se déterminer, à composer. Pendant des décennies après la mort d’Hermann Rorschach survenue en 1922 quelques mois seulement après la publication de sa monographie, cet aspect fondamental du test a été ignoré, ce qui a donné lieu à une prolifération de modèles pour interpréter les réponses.
L’apport original de John Exner fut de retrouver l’idée originale de l’auteur du test et de concevoir un système d’interprétation approprié. La première version du Système Intégré (en anglais Comprehensive System) parut en 1974, et la dernière fut publiée en 2005, peu avant sa mort (Exner, 2005). Le lecteur francophone dispose de la version de 1995 de cet ouvrage et du manuel d’interprétation (Exner, 1995, 2005).
John Exner a élaboré une méthode qui a transformé l’épreuve des taches d’encre conçues par H. Rorschach en un véritable test psychologique aux qualités psychométriques avérées qui permet de faire une description fine du fonctionnement psychologique d’un sujet, de sa personnalité et des éventuels processus psychopathologiques dont il souffre.
Le mode d’administration et les consignes ont été fixés (quasi identiques à ce que H. Rorschach préconisait) et les critères de dépouillement établis de sorte à maximiser l’accord inter-correcteurs. Le nom français de cette méthode, Système Intégré, reflète à la fois la méthode utilisée par Exner et le résultat final: l’objectif premier d’Exner a été de tenter d’homogénéiser la plupart des systèmes de cotation antérieures quant à leurs critères de cotation, et de valider leur interprétation. Ce faisant, il a découvert de nouvelles dimensions qu’il a incorporées dans son système.
Le dépouillement consiste à coder les réponses du sujet sur plusieurs axes, en référence aux caractéristiques de chaque planche. Les axes retenus concernent la perception proprement dite (c’est-à-dire de quelle façon le sujet a scanné visuellement, découpé et agencé le stimulus), la nature et la variété des éléments de la planche utilisés (c’est-à-dire les formes, les couleurs, les estompages, la symétrie, les suggestions de mouvement), l’adéquation de l’objet mentionné dans la réponse à la forme objective du stimulus, la projection (les éléments personnels introduits par le sujet dans sa réponse, les déformations et les embellissements), le langage, le raisonnement et enfin le contenu de sa réponse (c’est-à-dire le type d’objet identifié).
Une fois toutes les réponses codées, on récapitule les cotations en les groupant par genre puis on les totalise. Les variables ainsi obtenues sont regroupées dans des clusters et certaines d’entre elles sont associées pour produire des indices composites.
L’interprétation porte sur l’ensemble des variables ainsi agencées et présentées dans un tableau récapitulatif appelé résumé formel.
Les clusters identifiés par Exner sont:
la triade cognitive (traitement de l’information, médiation cognitive, idéation)
les affects
la perception de soi
la perception des relations
la tolérance au stress
L’interprétation se fait non pas à partir de variables prises isolément mais en fonction des configurations qu’elles présentent. La méthode d’interprétation est complexe et requiert du clinicien un apprentissage spécifique 2.
L’interprétation repose sur les notions suivantes:
– la correspondance entre les variables et un certain nombre de caractéristiques ou de processus psychologiques, correspondance qui a été établie ou suggérée par de nombreux auteurs antérieurs à Exner et démontrée par lui à travers des travaux empiriques. Une étude récente de Mihura a confirmé l’exactitude de cette correspondance pour les variables qu’elle avait sélectionnées (Mihura, Meyer & Bel-Bahar, 2003);
– la conviction, que le clinicien éprouve d’ailleurs tous les jours dans sa pratique, que chaque personne présente des caractéristiques et fonctionne de manière complètement unique;
– l’idée qu’il existe des styles de fonctionnement variés et que chacun de ces styles présente des caractéristiques de fonctionnement qui lui sont propres;
– la proposition que la psychopathologie se reflète dans une dysharmonie du style, dysharmonie qui peut être repérée et décrite voire expliquée par la configuration des facteurs Rorschach.
La cotation suit un schéma classique et utilise le codage traditionnel, mais elle est dans le Système Intégré beaucoup plus étendue et complexe que dans les systèmes antérieurs. Dans le souci d’augmenter la fidélité inter-correcteurs, les critères de cotation ont été précisés et la technique de cotation standardisée Et pour accroître les qualités psychométriques de l’instrument, les différents axes de cotation sont devenus indépendants les uns des autres. Nous donnons ci-dessous quelques éléments de définition (pour une présentation exhaustive, voir le manuel de cotation en français, Exner, 2003).
Répond à la question: quelle partie de la tache est concernée par la réponse? Il existe trois possibilités: la tache entière (W); une partie perceptivement évidente (D); une découpe non évidente (Dd). En outre, un espace blanc peut avoir été inclus (S).
Répond à la question: de quelle manière le sujet a-t-il organisé son percept? Trois possibilités: percept simple sans organisation particulière (o); percept organisé, articulation de plusieurs détails (+); inorganisation (v).
Répond à la question: eu égard à la structure de la planche (plus ou moins compacte, plus ou moins dispersée), quelle quantité d’efforts le sujet a-t-il fourni dans son organisation du percept? Exner a repris là le coefficient Z de S. Beck. Les valeurs de Z, pour chaque planche et en fonction du type d’organisation de la réponse, se trouvent dans un tableau auquel on se réfère pour la cotation.
Répond à la question: quelles sont les caractéristiques objectives de la planche que le sujet a utilisées dans sa réponse? Il existe cinq catégories, dont certaines comportent des subdivisions. Les catégories sont: formes, couleurs, estompages, mouvement (kinesthésie), symétrie. Les catégories forme, couleur et mouvement ayant sensiblement la même définition et les mêmes symboles de codage que dans la plupart des systèmes antérieurs, nous ne les détaillerons pas ici.
Les catégories estompages et symétrie sont des bons exemples de ce qui caractérise le Système Intégré, à savoir d’un côté le souci d’approfondir et de systématiser les connaissances et intuitions des auteurs précédents et d’un autre l’ouverture à de nouvelles idées. En effet, les grands auteurs du Rorschach de part et d’autre de l’Atlantique (en particulier Klopfer, Piotrowski, Loosli-Usteri, Bohm, Rausch de Traubenberg) ont toujours distingué différents types d’estompages (diffusion, texture, profondeur). Après avoir vérifié que ces nuances correspondaient bien à des processus psychiques différents, Exner les a introduites dans son système.
Lorsque la caractéristique estompée d’une couleur donne au sujet une impression tactile, c’est un estompage de texture que l’on code T, TF ou FT en fonction du poids relatif de la forme dans la réponse. Lorsque la caractéristique estompée d’une couleur donne au sujet une impression de profondeur, de transparence ou de relief, c’est un estompage de vista que l’on code V, VF ou FV en fonction du poids relatif de la forme dans la réponse. Dans tous les autres cas où le sujet tient compte de la caractéristique estompée des couleurs, on code Y, YF ou FY selon le même principe de dominance formelle relative.
Les mêmes auteurs mentionnés plus haut s’étaient aussi beaucoup intéressés à un phénomène particulier qu’ils avaient appelé la réponse «unilatérale», à savoir le fait que le sujet situe l’objet de sa réponse dans la partie gauche ou droite de la tache en négligeant l’effet de symétrie. Tout en ayant constaté ce phénomène relativement rare, ces auteurs n’avaient pas réussi à en donner une interprétation satisfaisante.
Ayant constaté que ce phénomène était assez peu fréquent, Exner a imaginé de comptabiliser à l’inverse les réponses qui tenaient compte de la symétrie. On appelle ce nouveau déterminant la réponse «paire» que l’on code (2). Au cours des études qu’il a menées pour dégager la signification psychologique de ce déterminant, il est tombé sur un autre des phénomènes décrits par les auteurs précédents et qui est une autre façon de tenir compte de la symétrie, à savoir la réponse «reflet», que l’on code rF ou Fr (selon le poids de la forme).
Répond à la question: quel(s) type(s) d’objet(s) est mentionné dans la réponse? Les catégories sont sensiblement les mêmes que dans les systèmes précédents.
Le symbole P (popular) est utilisé pour les réponses dites banales, c’est-à-dire celles qui apparaissent dans au moins un protocole sur trois dans la population générale. Le critère de un sur trois est celui qui avait été établi par Hermann Rorschach.
L’axe des cotations spéciales est l’une des grandes innovations – et richesse – du Système Intégré. Il permet d’opérationnaliser un certain nombre de caractéristiques plus cliniques de la réponse telles que des particularités du langage, de la projection, de la perception, de la pensée et d’autres phénomènes spécifiques.
On peut les regrouper de la manière suivante:
Langage: les lapsus, termes impropres, redondance dans la formulation ou néologismes sont codés DV.
Pensée: les digressions, commentaires à côté, fuite du cours de la pensée sont codés DR. La transgression de l’intégrité des objets est codée INCOM (combinaison incongrue). La mise en relation irréaliste d’objets est codée FABCOM (combinaison fabulée). L’emploi d’une logique aberrante est codée ALOG (absence de logique). Une réponse sous forme d’abstraction est codée AB.
Perception: fusion de deux percepts en un seul, sans que le sujet ait conscience du mélange qu’il réalise, est codée CONTAM (contamination).
Projections: le fait de voir une couleur chromatique à une planche où il n’y en a pas est codé CP (projection de couleur). L’atteinte à l’intégrité physique ou psychique d’un objet est codée MOR (morbide). L’attribution d’un mode de relation particulier entre deux objets (agressivité ou coopération) est codée AG ou COP.
Autres phénomènes: une réponse que le sujet justifie non pas par des caractéristiques du percept mais par la connaissance qu’il en a est codée PER (personnalisation). Une autre cotation spéciale (PSV) regroupe trois phénomènes différents:
– deux réponses successives à une même planche sont codées de manière identique (par exemple «un papillon» suivi de «une chauvesouris») sans que le sujet enrichisse cette deuxième réponse;
– un même contenu est répété comme automatiquement à plusieurs planches;
– un objet perçu à une planche précédente est réintroduit à une planche ultérieure mais dans un état modifié. Ceci est un phénomène très rare qu’il ne faut pas confondre avec les simples et très habituelles répétitions d’objets. Il s’agit par exemple d’un sujet qui aurait vu à la planche I «un papillon mort» et qui soudain à la planche V déclare: «tiens, mon papillon de tout à l’heure, il a ressuscité!».
La catégorie PSV étant hybride, son usage pour l’interprétation est assez limité et nécessite de retourner au protocole pour déterminer de quel type de persévération il s’agit.
Enfin, nous devons mentionner une dernière cotation spéciale qu’Exner a introduite, vraisemblablement pour contenter certains de ses collaborateurs très férus de statistiques, mais à laquelle il n’a lui-même jamais complètement adhéré: GHR (Good Human Response) ou PHR (Poor Human Response). Contrairement au principe qui préside à toutes les autres cotations, celle-ci ne transcrit pas directement une caractéristique et une seule de la réponse repérable à l’œil nu: elle est obtenue par un algorithme qui prend en compte des éléments déjà codés dans la réponse. À ce titre, elle devrait plutôt figurer dans le résumé formel à titre de variable car elle n’est pas une cotation à proprement parler. Il semble d’ailleurs que la validité clinique de cette variable reste encore à démontrer, surtout en Europe (Sultan et al. 2006).
Tableau 1.1 Illustration de la cotation du Rorschach en Système Intégré: comparaison avec le système français classique.
Le codage consiste en une transposition des réponses d’un langage à un autre selon une grille de lecture préétablie (les axes présentés ci-dessus). Pour bien refléter les réponses du sujet, l’encodage doit être le plus fidèle et le plus exhaustif possible. C’est pour cette raison que, sur chaque axe, on prend soin de coder tous les aspects qui s’y trouvent mais seulement ceux qui sont effectivement présents. C’est ce qui contribue à la très grande richesse au Système Intégré ainsi que sa pertinence et sa puissance clinique. Par exemple, on mentionnera tous les déterminants d’une réponse et tous ses contenus sans avoir à en sélectionner certains de façon subjective.
Le résumé formel est composé de deux parties, l’une qui récapitule et totalise les cotations, l’autre qui présente l’ensemble des mises en rapport de variables, pourcentages, dérivations et calculs des indices. Dans cette section, les variables sont regroupées dans des clusters. (On trouvera des exemples de résumé formel dans les chapitres 4 à 6 de cet ouvrage).
L’interprétation d’un protocole commence toujours par une analyse du résumé formel.
Quelques exemples de variables traditionnelles:
– l’Erlebnistypus (EB) qui correspond au type de résonance intime classique (rapport entre les mouvements humains et la somme pondérée des couleurs);
– le Lambda (L) qui correspond au F % classique (proportion des réponses dont le déterminant est uniquement formel);
– le rapport affectif (Afr) qui correspond au RC % classique (rapport entre le nombre de réponses données aux trois dernières planches couleurs et le nombre de réponses données aux autres planches):
– le XA % qui correspond au F + % élargi classique.
Quelques exemples de variables nouvelles:
– le rapport entre la somme des réponses qui utilisent le déterminant C’ et la somme pondérée des couleurs (SumC’/WSumC);
– la proportion dans le protocole des réponses qui tiennent compte de plusieurs déterminants (Blends/R);
– la proportion des réponses de symétrie (paire et reflet) dans le protocole (indice EGO);
– le rapport entre les mouvements actifs et les mouvements passifs (a/p et Ma/Mp);
– la quantité de réponses de tendance intellectuelle (abstraction, art, référence culturelle);
– le rapport entre les ressources psychologiques disponibles au sujet et l’ensemble des tensions psychiques qu’il ressent (scores D).
Les indices particuliers:
Exner a identifié un certain nombre de configurations remarquables de variables qui reflètent des états psychologiques, des fonctionnements ou des styles particuliers:
– l’indice perception-pensée (PTI) mesure l’intensité et la gravité de la perturbation cognitive;
– l’indice dépression (DEPI) permet, s’il est positif, de repérer la présence d’une sensibilité dépressive particulière;
– l’indice d’hypervigilance (HVI) repère, s’il est positif, un style de personnalité particulier qui décrit une personne se trouvant dans un état d’alerte permanent, voire de suspicion, à l’égard de l’environnement.
Ces trois indices, s’ils sont présents dans une personnalité gravement perturbée, signalent une psychopathologie précise: le PTI est typique des états psychotiques, le DEPI est associé aux états dépressifs, le HVI signale la paranoïa ou le délire paranoïde.
– l’indice d’incompétence sociale (CDI) permet, s’il est positif, de repérer des difficultés relationnelles ou une immaturité de la personnalité;
– l’indice d’obsessionnalité (OBS) permet de repérer, s’il est positif, une personnalité de tendance méticuleuse, peu à l’aise dans les relations affectives, qui a tendance à se perdre dans les détails.
Enfin, nous allons développer quelque peu ici une constellation très originale, intéressante au plan clinique et très illustrative de la démarche d’Exner, la constellation suicidaire (S-CON).
Cette constellation est très originale car elle donne une estimation de la probabilité d’un passage à l’acte violent, le plus souvent auto-agressif, sans recourir aux intentions conscientes ou déclarées du sujet comme le font, sans succès, toutes les échelles soi-disant prédictives d’un geste suicidaire. Elle est intéressante au plan clinique parce qu’elle traduit la présence chez le sujet d’un état particulièrement explosif. Enfin, elle est illustrative de la démarche d’Exner parce qu’elle a été obtenue selon un procédé empirique mais enraciné dans une méthodologie aussi rigoureuse que créative. Au lieu d’interroger les suicidants après leur passage à l’acte, Exner a rassemblé plus d’une centaine de protocoles de Rorschach qui avaient été recueillis peu de temps AVANT un suicide ou une tentative de suicide. Les configurations de facteurs et de variables souvent retrouvées dans ces protocoles ont été ensuite testées dans diverses populations cliniques (schizophrènie, dépression, troubles du caractère) et non clinique (adultes non consultants) afin d’éliminer les configurations ou les variables qui produisaient trop de faux-positifs. En Europe, aucune étude ne s’est encore attelée à la validation de cette constellation qui reste toutefois, même dans nos régions, d’un intérêt majeur. Cette constellation est intéressante aussi sur le plan conceptuel car elle semble pouvoir nous fournir un modèle théorique du passage à l’acte suicidaire. Andronikof (2005) a analysé les composants de cette constellation et en a dégagé un modèle.
La première étape de l’interprétation consiste, comme dans tout test qui se respecte, à vérifier la validité des résultats obtenus et/ou à en repérer des biais éventuels (R et Lambda).
On sait que chaque test possède des critères de validité. Par exemple, un questionnaire n’est valide que si le sujet a répondu à toutes les questions. Au Rorschach, il faut s’assurer que le sujet a fourni suffisamment de réponses pour que l’empreinte de sa personnalité soit repérable dans le résumé formel. Exner a établi que 14 réponses étaient un strict minimum.
Cependant il ne suffit pas d’avoir 14 réponses pour que le protocole soit valide car il faut en outre que le sujet se soit véritablement impliqué dans le processus de réponses: si le sujet est resté sur la défensive et n’a donné ses réponses que du bout des lèvres, la majorité des réponses, sinon toutes, n’auront pour déterminant que la forme. Dans ce cas, le résumé formel ne sera pas suffisamment fourni pour l’interprétation.
Cette particularité du Rorschach met en lumière une dimension de l’examen psychologique dans son ensemble qui est parfois négligée par les cliniciens, à savoir, la nécessité d’établir avec le sujet, préalablement à l’examen psychologique, une relation de confiance et de collaboration.
Par «biais», nous entendons les attitudes conscientes du sujet qui vont conférer à ses réponses une orientation intentionnelle. Ces biais sont généralement dus à l’une des trois situations possibles: le sujet a des préconceptions erronées sur le test; le sujet a des préconceptions erronées sur le but de l’examen psychologique; le sujet tente de contrôler l’image qu’il va donner. Comme exemple de préconceptions erronées sur le test, on peut citer l’idée que le Rorschach serait un test d’imagination ou de créativité ou encore qu’il s’adresserait directement à l’inconscient. Les conceptions erronées sur le but de l’examen psychologique entraînent le plus souvent une attitude de grande méfiance ou, à l’inverse, des attitudes de dérégulation interne ou de provocation. La tentative de contrôler l’image que l’on donne de soi prend deux formes: la désirabilité sociale et la simulation proprement dite.
D’une certaine manière, on peut dire que de telles attitudes sont toujours présentes dans un examen psychologique mais, dans la plupart des cas, le clinicien aura su les tempérer de telle sorte qu’elles ne vont pas biaiser les résultats. La question de la simulation a beaucoup préoccupé les cliniciens qui ont besoin de savoir dans quelle mesure les instruments qu’ils utilisent sont fiables. Concernant le Rorschach, quelques études ont exploré les possibilités de falsification des résultats par manipulation des réponses. Trois grandes questions ont été posées: peut-on simuler une maladie mentale de type schizophrénique? peut-on simuler un état dépressif? peut-on masquer une psychopathie? (Exner, 1995)
Sans pouvoir donner ici les détails de ces recherches, disons qu’au début du XXIe siècle les études avaient montré qu’au Rorschach les possibilités de simulation étaient relativement limitées. Il est très intéressant de se rendre compte que l’élément directement manipulable dans ce test est le contenu de la réponse. Viennent ensuite la tonalité affective des réponses (joie ou tristesse) et leur distance au sens commun ou à la conventionalité. Toutefois la volonté de simulation amène le sujet à exagérer l’aspect qu’il veut donner au protocole et le clinicien expérimenté repère aisément le caractère excessif de l’expression.
Il n’est toutefois pas sûr que le Rorschach conserve encore longtemps sa fiabilité qui sera dans quelques années à nouveau à vérifier. En effet, on assiste depuis peu à une prolifération des entreprises de destruction de ce test, que ce soit dans la presse écrite ou via l’Internet. Nous reviendrons sur cette question un peu plus loin.
Une fois la validité du protocole établie, on peut passer à l’étape suivante qui consiste à «scanner» le résumé formel pour en repérer le trait le plus saillant. Il existe en effet un certain nombre de variables clés, c’est-à-dire des variables ou des indices qui, s’ils sont positifs, exercent une influence considérable sur l’ensemble du résumé formel et qui peuvent signaler la présence d’un état psychopathologique qu’il sera nécessaire d’analyser en premier.
La première variable clé rencontrée constitue l’entrée dans l’interprétation du protocole et détermine l’ordre dans lequel les clusters seront analysés.
Cette variable ou cet indice dominant va conférer à l’ensemble du protocole sa tonalité particulière et indiquer quels sont les résultats qu’il est raisonnable d’attendre dans ce contexte. Par exemple, si un sujet présente un style extratensif (marqué par une prédominance des couleurs sur les mouvements humains), on va s’attendre à la présence d’un déterminant C pur ou tout du moins plusieurs CF, alors que cette même caractéristique serait très inattendue chez un introversif. Ce sont les écarts à l’attendu qui constituent les points d’appui pour l’interprétation, ce qu’Exner a appelé le principe de déviation.
Dans le Système Intégré, il est considéré qu’aucune variable ou facteur n’a de signification automatique. En effet, les variables prennent leur sens seulement si elles sont analysées à la fois dans leurs dimensions quantitative et qualitative. C’est pourquoi le processus d’interprétation nécessite un aller-retour constant entre le résumé formel et les réponses elles-mêmes. Et, comme nous l’avons déjà vu, variables et facteurs sont interprétés à la lumière d’autres variables. Pour une description complète de la démarche d’interprétation, nous renvoyons le lecteur au manuel d’interprétation (Exner, 2005).
En résumé, l’interprétation du Rorschach nécessite plusieurs choses: avoir une bonne connaissance des données empiriques qui étaient la signification des facteurs, des variables et des indices; disposer de données de référence solidement établies; avoir une bonne expérience clinique (Andronikof & Réveillère, 2004).
Le premier point (connaissance des données empiriques) permet de comprendre ce qu’un facteur, une variable ou un indice représente vraiment au plan psychologique et sa marge d’erreur ou d’incertitude. Le deuxième permet de fixer les fourchettes attendues pour les variables (et donc de repérer les déviations). Le troisième, enfin, permet de ne pas plaquer des interprétations toutes faites ou passe-partout et de savoir restituer le sujet dans toute son originalité.
Il convient ici de développer quelque peu la question des données de référence. Soulignons tout d’abord que nous n’avons pas utilisé le terme de «données normatives» qui est généralement interprété, et conçu, comme devant faire la part entre ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Le glissement est aisément réalisé entre le statistiquement normatif, qui donne simplement la fréquence d’apparition d’un caractère dans une population, et le psychologiquement normal, qui tendrait à assimiler faible fréquence à anormalité. Il est pourtant indispensable pour interpréter un test d’en connaître la distribution habituelle des résultats. En outre, on sait aujourd’hui qu’un test se comporte pour ainsi dire différemment selon la culture où il est appliqué et qu’il nécessite des adaptations locales. Les données du Rorschach pour la France ont été publiées récemment (Sultan et al., 2004).
