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Victime d'un accident de voiture, Marc Therry plonge dans le coma.Au cours de son voyage de l'autre côté du miroir, il va faire des rencontres insolites et troublantes. L'une d'entre elles lui fera une révélation terrible : sa fille Maurine, âgée de quatre ans, court un grave danger.Où est la réalité ? Il doit absolument se réveiller pour intervenir...Un thriller sentimental riche en rebondissementsEXTRAITUne lune pleine et ronde éclaire un immense labyrinthe aux cloisons noires et lisses. Plantées dans le sol, bout à bout, des stèles de trois mètres de hauteur forment des couloirs étroits.Dans ce décor fantastique et sombre, un petit garçon, en pyjama, pieds nus, cherche désespérément la sortie depuis plus d’une heure. À chaque bifurcation, à chaque croisement, ses doutes et son angoisse augmentent. Au bout d’un couloir, le chemin se coupe en « T ». Deux possibilités s’offrent à lui. À gauche : il y a un autre carrefour à cinq mètres et un autre choix à faire. À droite : une grande ligne droite semble partir à l’infini mais à son extrémité jaillit un jet de lumière qui évoque la liberté. Le gamin s’engage dans le couloir interminable et court à toutes jambes vers la sortie suggérée. Il se heurte soudain à la cloison qui semble avoir surgi de terre et qui se dresse maintenant devant lui. Ce qu’il prenait pour une lumière extérieure, n’est rien d’autre que le reflet de la lune sur cette grande paroi glacée…À PROPOS DE L'AUTEURDidier Hermand est un écrivain français. Il compte aujourd'hui beaucoup de livres à son actif, notamment Le marionnettiste, Âmes sœurs, ou encore Les lettres de Lou. Embrasse les vivants pour moi constitue son premier roman.
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Seitenzahl: 172
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Embrasse les vivants pour moiPrix d’honneur de l’Académie Littéraire de Provence 2010
Une fois ce premier roman achevé, j’ai pensé : ce serait bien de le dédier à quelqu’un...
À cette pensée à peine effleurée, succédait la question : à qui ?
Et spontanément j’ai pensé à mes enfants. Oui, ce sont les premières personnes qui me sont venues à l’esprit.
À Séverine, Julien, Mélody et Marine.
L’Homme est une prison où l'âme reste libre. Victor Hugo
Une lune pleine et ronde éclaire un immense labyrinthe aux cloisons noires et lisses. Plantées dans le sol, bout à bout, des stèles de trois mètres de hauteur forment des couloirs étroits.
Dans ce décor fantastique et sombre un petit garçon, en pyjama, pieds nus, cherche désespérément la sortie depuis plus d’une heure. À chaque bifurcation, à chaque croisement, ses doutes et son angoisse augmentent. Au bout d’un couloir, le chemin se coupe en « T ». Deux possibilités s’offrent à lui. À gauche : il y a un autre carrefour à cinq mètres et un autre choix à faire. À droite : une grande ligne droite semble partir à l’infini mais à son extrémité jaillit un jet de lumière qui évoque la liberté. Le gamin s’engage dans le couloir interminable et court à toutes jambes vers la sortie suggérée. Il se heurte soudain à la cloison qui semble avoir surgi de terre et qui se dresse maintenant devant lui. Ce qu’il prenait pour une lumière extérieure, n’est rien d’autre que le reflet de la lune sur cette grande paroi glacée. Il fait demi-tour pour revenir au dernier croisement, là, logiquement il irait tout droit. Il se rappelait qu’il venait de la gauche et qu’il avait hésité entre deux directions, il n’y avait rien en face tout à l’heure… il y avait trois voies. Il s’arrête à un carrefour en croix, il a maintenant quatre directions possibles.
— Le labyrinthe est mouvant… c’est impossible ! J’ai dû me tromper quelque part…
Il reprend alors dans le sens inverse, à pas courts et rapides, à droite, à gauche, ça n’a plus d’importance, il doit sortir à tout prix et le plus vite possible, la panique le gagne. Au sol, dans le sable, il reconnaît ses empreintes reproduites à plusieurs reprises… son cœur s’emballe.
— Je tourne en rond !
Il se met à courir en laissant traîner ses mains sur les murs qui semblent se rapprocher, essoufflé il finit par se laisser tomber par terre. Assis, la tête entre les jambes, il respire bruyamment et laisse échapper un sanglot. Après une minute, reprenant son sang froid, il décide de suivre ses traces de pieds dans le sens inverse. De cette manière il compte retrouver l’endroit par lequel il est entré.
Son plan semble fonctionner. D’abord trois passages dessinés au sol, puis deux, et enfin il ne distingue qu’une seule séquence de pas, il accélère, il touche au but, il ne regarde plus devant lui, fixant ses propres traces, il fonce tête baissée, soudain :
— Non ! C’est pas vrai ! C’est impossible !
Ses pas s’arrêtent dans une impasse, devant lui se dresse un mur constellé de mille empreintes de mains, des mains de toutes les tailles imprimées dans la masse dans tous les sens. Au fronton du bas-relief, on peut lire en incrustation :
Ici les lois de l’orientation sont dépassées
Il ne comprend pas bien le sens de ce qu’il vient de lire. À qui sont ces mains ? Combien sont passés ici avant lui ? Il s’affole et paniqué, frappe de toutes ses forces contre la muraille qui se rapproche toujours…
— Maman ! Maman ! Papa ! Je suis là, je veux sortir ! Papa !
Il est encerclé et les dalles se resserrent sur lui.
— Papa ! Maman ! Au secours ! Aidez-moi !
— Ce n’est rien, je suis là… tu as fait un mauvais rêve… ça va aller, ça va aller…
Alerté par ses cris, son père vient d’entrer dans la chambre et le rassure.
Trempé de sueur et le cœur battant, Marc sort de son cauchemar. Il a onze ans, il sanglote, il a eu peur. Ce rêve est apparu il y a six mois, après le décès de sa mère, et depuis il vient le hanter presque chaque nuit.
Chaque fois, il se réveille avec l’angoisse d'être isolé du monde et de ne plus jamais retrouver les siens…
Vingt ans plus tard…
Sous une pluie d’octobre, les voitures se suivent lentement à la périphérie de la ville. C’est le rituel du vendredi soir où chacun prend son mal en patience, roulant inexorablement au pas, l’un derrière l’autre.
Au volant de son superbe 4x4, Marc Therry vient de s’engager dans la file.
— Cet inévitable embouteillage de fin de semaine est la dernière épreuve avant un week-end bien mérité, se dit-il avec philosophie.
À ce rythme-là, il ne lui faudra pas moins d’une heure pour rejoindre la nationale et un flot de circulation plus fluide. Avec un peu de chance, il sera rentré avant que Claire ait couché Maurine, leur fille de quatre ans. Jouissant de ce moment d’intimité forcée, il glisse un album d’Eddy Mitchell dans son lecteur CD, il dénoue sa cravate, la jette sur la banquette arrière et ouvre son col de chemise. Il est tranquille et chantonne : Sur la route de Memphis en pianotant sur son volant.
Marc est aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise et peut se vanter d’avoir réussi. Il a su tirer parti d’une époque où la tendance est à l’écologie et aux économies d’énergie en créant un nouveau concept de chauffage. Il a tout simplement remis à la mode la cheminée feu de bois. Outre l’aspect écologique de sa démarche, il met également en avant l’esthétique d’une cheminée, le petit plus d’une soirée romantique au coin du feu, faisant gentiment oublier les désagréments du stockage et du coupage des bûches. Ces dernières années il a quasiment ratissé la région, toujours à l’affût d’un nouveau lotissement en construction. Les chantiers vont bon train, on construit à tout va, ses affaires se portent bien.
Son père était bûcheron, un travailleur acharné qui ne se plaignait jamais. Dès son plus jeune âge, c’est avec lui qu’il a appris la dure loi du travail. Dans son sillage, il a gagné ses premiers sous à la sueur de son front. Il aurait pu continuer dans cette voie, mais son père avait d’autres ambitions pour lui. Marc pouvait trimer autant qu’il le voulait pendant les vacances pour se faire de l’argent de poche. Ça ne le dérangeait pas, il en éprouvait même beaucoup de fierté. Mais qu’il en fasse son métier, c’était hors de question ! Georges Therry ne plaisantait pas avec les résultats scolaires. Marc était son fils unique et il souhaitait le meilleur pour lui.
Mais le gamin qu’il était ne prenait pas toujours les conseils de son paternel en considération et c’est avec quelques difficultés, quelques coups de pieds au derrière et deux années de retard qu’il obtint son BAC. En quittant le lycée, il avait immédiatement commencé à travailler dans la vente grâce à un petit coup de pouce de son oncle qui était installateur de véranda.
Il fit ses preuves très vite. Il était doué pour l’approche de la clientèle et verrouillait systématiquement toutes ses ventes. Il faut dire que son physique était pour lui un atout essentiel. Il était plutôt mince et naturellement élancé, néanmoins ses bûcheronnages d’été lui avaient forgé un torse d’athlète. Son visage était carré, son menton était fendu par une fossette, ses cheveux noirs, irréprochablement peignés en arrière, donnaient de la hauteur à son front volontaire. Accentué par des sourcils épais parfaitement dessinés, son regard bleu clair était franc et pénétrant. La clarté de ses yeux contrastait avec son teint mat et sa chevelure brune, et c’était certainement le détail essentiel de son pouvoir de séduction.
Marc prenait goût à ce qu’il faisait, il était passionné par son métier. Mois après mois, il s’imposait des défis et mettait toujours la barre un peu plus haute.
À vingt et un ans, il était le manager de sa propre équipe de vente. Quand il eut atteint les limites de son ascension, la routine l’ennuyait, la prise de risques lui manquait. Il avait besoin de se mettre en danger pour pouvoir avancer.
Il décida alors de monter sa propre affaire et c’est tout naturellement qu’il s’aventura dans un domaine qui le rapprochait du métier de bûcheron. Il misa toutes ses économies, ainsi qu’un petit pécule que son père avait épargné pour lui, pour le jour où il quitterait la maison. Devant sa réticence, Georges avait dû insister fermement pour qu’il accepte cet argent. Le père mettait un point d’honneur à contribuer à la réussite de son fils et il était difficile de contrecarrer une décision prise par Georges Therry. Marc n’eut pas le courage de le contrarier longtemps sur ce point. Il accepta son aide et lui fit la promesse d’une belle réussite.
Aujourd’hui son entreprise roule sur des rails et il n’a pas à se soucier du lendemain. Il jouit du fruit de son travail à la suite d’un parcours sans embûche et dans son esprit tout est limpide. Il ne se pose aucune question vitale : ça baigne pour lui.
Si sur le plan professionnel sa vie est un succès, elle n’en est pas moins réussie sur le plan sentimental.
Claire et lui se sont mariés, il y a six ans. Leur union est le fruit d’une histoire d’amour sans histoires. La conséquence d’une rencontre des plus ordinaires si tant est qu’une rencontre réussie soit une banalité. Et depuis six ans ; pas la moindre querelle d’amoureux, pas une ombre au tableau, rien qui puisse venir déranger ce bonheur parfait. Marc avait trouvé l’âme sœur, il en avait la certitude. Claire était la seule personne à qui il pouvait tout confier et de qui il était capable de tout entendre. Il y avait entre eux une complicité sans limite, une forme de fusion télépathique et ils en avaient pris conscience dès leurs premières entrevues.
Il était fréquent que Claire sente arriver Marc. Elle se retournait sans raison, poussée par une force invisible, et elle l’apercevait au coin d’une rue qui venait à sa rencontre. Ceci bien sûr, sans qu’ils ne se soient donnés rendez-vous. C’était comme si elle pouvait percevoir sa présence. Ils savaient se pressentir mutuellement dans leurs gestes et dans leurs mots. C’était quelque chose qu’ils avaient en eux et rien que pour eux.
Avec la naissance de Maurine, le phénomène s’était un peu atténué. Durant sa grossesse, Claire s’était déconnectée de lui, son état absorbait toutes ses réflexions et peu à peu ils s’étaient désynchronisés. Bien sûr ils continuaient à partager leur bonheur, bien sûr Claire lui faisait part de ses impressions et de ses émotions, mais pendant cette période, tout avait une autre saveur. Marc était peut-être le seul à s’en être rendu compte. Bien qu’il en souffrît les premiers temps, il n’avait pas jugé utile de s’en plaindre. Pour rien au monde il n’aurait voulu gâcher les instants magnifiques que vivait Claire. Le plus important, c’était le bébé et sa venue au monde gommerait tout le reste.
Quand Maurine vint au monde, leur couple prit une autre dimension, une autre teinte. Leur complicité ne fonctionnait plus seulement à double sens, l’un envers l’autre, mais ensemble pour le bébé. A présent, intuitivement, ils pouvaient chacun de leur coté pressentir les sentiments, les émotions et les besoins de leur enfant. De leur complicité en duo naquit une harmonie familiale parfaite, construite jour après jour, sans effort, puisque naturelle.
C’est comme ça que Marc voyait les choses, et pour lui, il ne pouvait pas en être autrement. Même si la vie ne lui avait pas toujours souri, aujourd’hui, Marc Therry était un homme comblé, prospère dans son travail et heureux en famille.
En fredonnant les chansons d’Eddy Mitchell qu’il connaît par cœur, il n’a qu’une idée en tête en cette fin de semaine : regagner au plus vite son foyer, retrouver sa femme et sa fille, pour qui il s’est juré de ne pas rentrer trop tard. Pris au piège dans cet embouteillage, Marc conduit machinalement. Les feux des véhicules qui le précèdent, scintillent comme des paillettes sur les gouttes épargnées par le va-et-vient des essuie-glaces. Il est pris au piège, mais son esprit s’évade. Inspiré par la chanson Couleur menthe à l’eau, ses pensées vont naturellement vers Claire. Il plonge dans ses yeux verts, repense aux mots tendres qu’ils se sont échangés ce matin sur le pas de la porte, puis il se remémore leur rencontre, le moment précis de son coup de foudre.
C’était un après-midi de fin d’été, encore très ensoleillé.
Alors qu’il cherchait la direction d’un chantier, le hasard avait voulu qu’il emprunte une route de campagne, très pittoresque, bordée d’étangs et de pâturages. Elle devait sûrement faire la joie des promeneurs, mais en cette circonstance, elle devenait agaçante. La poésie des lieux n’avait aucune emprise sur lui, l’homme obsédé de travail qui cherchait à s’orienter. Il gagnait en stress le temps qu’il perdait. Cette jolie route verdoyante ne figurait vraisemblablement pas sur sa carte et il était perdu.
Marc — c’était dans sa nature — pouvait tourner des heures avant de se résigner à demander son chemin. Là, il s’avouait vaincu et il s’apprêtait à aborder la première personne qu’il rencontrerait.
Claire marchait sur le bas coté, son vélo à la main. Il faisait chaud, elle portait une robe courte, vert pâle, retenue par de fines bretelles qui dévoilaient ses épaules et le haut de son dos.
Marc avait ralenti jusqu’à sa hauteur en baissant la vitre du coté passager, elle ne s’était pas arrêtée, comme si elle ne l’avait pas remarqué.
— Mademoiselle !
— Non merci, ça va aller !
— Pardon ?
— Ça ira, merci je me débrouillerai ! dit-elle sans même regarder dans sa direction et en poursuivant sa route.
— Je n’en doute pas, mais …
Elle avait déjà repris de l’avance et ne l’écoutait plus.
Habituellement il n’aurait pas insisté, mais Claire était jolie, et sa tenue légère, bien que sage, mettait ses formes en valeur. Elle n’était pas provocante, mais néanmoins très sexy. Ses cheveux étaient roux flamboyant, coiffés en arrière et retenus par un turban large vert Irlandais en harmonie avec le vert plus clair de sa robe. Marc n’avait pas encore vu son visage, mais il n’était pas indifférent à sa silhouette ni à sa démarche légèrement déhanchée et très féminine malgré la bicyclette qui l’ handicapait.
Il n’avait pas pour habitude de se faire rembarrer de la sorte. Elle se trompait sur ses intentions et il ne voulait pas quitter cette fille sur un malentendu. Agacé, il se remit à sa hauteur.
— Pouvez-vous arrêter un moment ? Je suis perdu, je cherche…
Elle s’arrêta enfin, fit un quart de tour dans sa direction et se pencha pour mieux voir à qui elle avait à faire.
— Je cherche ce lotissement, dit-il en lui tendant la brochure de l’agence immobilière.
— Ah ? Excusez-moi je pensais que… enfin je vous avais pris pour quelqu’un d’autre…
— Ce n’est rien… vous le connaissez ?
— Qui ça ?
— Ce lotissement, vous savez où c’est ?
— Faites voir.
Elle s’approcha et s’accouda à la portière pour regarder de plus près l’adresse qu’il lui tendait. Ce faisant, elle offrait un décolleté magnifique qui ne lui échappa guère.
— Je devrais demander mon chemin plus souvent… songea-t-il en plongeant son regard dans l’échancrure de sa robe.
Elle en prit conscience et se redressa avant de poursuivre :
— Le clos de l’Hermitage ? Oui, ça me dit quelque chose, c’est un nouveau quartier en construction en bordure du village, je vois où c’est, mais vous en êtes loin… et d’ici c’est assez compliqué pour s’y rendre.
Pendant qu’elle réfléchissait à l’itinéraire le plus simple en se tenant le menton, Marc ne la quittait plus des yeux. Elle était vraiment jolie, mais il ne la trouvait pas seulement jolie. Elle avait quelque chose dans le regard et dans la voix qui le séduisait. Il lui sembla à cet instant qu’il ne se lasserait jamais de l’écouter. Pendant qu’elle lui expliquait la route à suivre il restait subjugué, il détaillait la finesse de son visage, la lumière de ses yeux verts, la forme de ses lèvres à peine soulignées par le maquillage, son front lisse dégagé par le bandeau qui retenait ses cheveux, le dessin de ses sourcils très expressifs malgré leur finesse…
— Ça ira ? Vous allez trouver ?
— Pardon ?
Pendant un instant, Marc avait quitté la réalité.
— Vous ne m’avez pas écoutée ?
— Non… enfin si ! Je vous ai écoutée, [Je n’ai fait que ça !] mais je n’ai pas tout suivi, excusez-moi.
— Vous avez de quoi noter ?
Marc avait du mal à dissimuler sa confusion.
— Ça ne sera pas nécessaire, excusez-moi, j’avais la tête ailleurs… je vous en prie, vous pouvez répéter ? Je vous promets d’être attentif cette fois.
En inclinant la tête, avec une petite moue qui semblait vouloir dire : « c’est la dernière fois ! » elle répéta l’itinéraire en prenant bien soins de ponctuer chaque étape pour s’assurer qu’il avait bien enregistré.
— … et au stop, vous allez tout droit sur environ un kilomètre, là vous ferez bien attention, il y a un petit poucet qui a semé des petits cailloux blancs…
— Comment ?
Elle éclata de rire.
— Je plaisante, je voulais m’assurer que vous m’écoutiez, je disais donc : au stop tout droit et à environ un kilomètre, vous aurez un panneau publicitaire qui indique le lotissement, vous ne pourrez pas vous tromper.
Dans les premières minutes de leur rencontre, Claire s’était permis de plaisanter, comme on le fait avec un vieux copain. Un climat de confiance s’était établi. Quelque chose était né, déjà, avant qu’ils pussent l’un et l’autre s’en rendre compte.
— Merci beaucoup. [Elle est charmante. Elle est superbe et elle est charmante]
— De rien…
— Je pense que je vais me débrouiller, au revoir.
— Au revoir.
Il démarra, s’arrêta à une centaine de mètres puis fit marche arrière.
— Excusez-moi encore…
— Oui ?
— Tout à l’heure vous disiez que vous pouviez vous débrouiller seule… vous avez des ennuis ?
— Oh, rien de grave, mon vélo est crevé… mais je ne suis plus très loin de chez moi.
— Voulez-vous que je vous dépose ?
— C’est gentil, mais ça ne sera pas la peine, je vous assure et puis vous allez vous retarder…
— Pensez-vous ! J’insiste, ça me ferait vraiment plaisir et j’ai de la place pour votre vélo.
Elle acquiesça d’un signe de la tête et il descendit de voiture pour l’aider à charger la bicyclette à l’arrière du pick-up. Elle était près de lui, tout près, il pouvait sentir son parfum, il resta immobile un instant face à elle…
— Bon, on y va ? Dit-elle en se frottant les mains.
— On y va ! Montez !
C’est vrai qu’elle n’habitait pas loin ; en moins de dix minutes, ils étaient arrivés. Durant ces dix minutes, ils ne s’étaient pas dit grand-chose, Marc jetait de temps en temps un regard furtif sur les genoux légèrement hâlés et lisses de sa passagère en espérant qu’elle ne le remarque pas. Quand elle lui indiquait la direction, elle tournait de temps en temps le visage vers lui et il plongeait systématiquement dans son regard jusqu’à ce qu’elle s’en décroche pour regarder la route.
L’intensité de ces dernières minutes était presque palpable, mais ils en étaient les seuls témoins, jouissant de l’instant tout en s’interrogeant sur la réalité de cette émotion si rapide.
Après avoir débarqué le vélo, ils s’étaient dits au revoir poliment. Marc aurait aimé la revoir, mais il n’avait pas osé le lui demander, il ne connaissait même pas son prénom. Il s’en voulait, mais se forçait à croire qu’il avait bien fait, qu’il aurait pu paraître grossier.
Pendant que Marc rêvasse ; la circulation s’est éclaircie, les autos roulent encore doucement à cause de la pluie, mais le flot est plus limpide. Son esprit chemine naturellement vers le jour où ils firent véritablement connaissance.
Après avoir raccompagné Claire, ses sentiments étaient partagés entre l’impression d’avoir raté l’occasion de sa vie et la conviction qu’ils se reverraient. Penchant pour la deuxième hypothèse, il s’assurait qu’il ne laisserait pas passer une seconde chance.
L’avenir lui donna raison. Bien entendu, il avait un peu forcé le destin en passant dans son quartier chaque fois qu’il en avait l’occasion.
Leur seconde rencontre fut plus amicale, un peu comme des retrouvailles.
— Eh ! Bonjour !
— Ah ? C’est vous ? Bonjour ! Alors vous avez trouvé votre chantier ?
— Oui, bien sûr… et c’est grâce à vous… vous n’avez pas votre vélo aujourd’hui ?
— Je n’ai pas eu le temps de le faire réparer.
— Vous allez loin ? Je peux vous déposer quelque part ?
— Méfiez-vous, ça pourrait devenir une habitude… ceci dit, vous tombez bien, je suis un peu en retard. Merci, c’est très gentil …
— Vous plaisantez ? Tout le plaisir est pour moi !
Marc était flatté qu’elle l’ait reconnu, ça lui avait donné de l’assurance. Lorsqu’elle prit place à ses cotés, il reconnût immédiatement son parfum.
