T’inquiète pas, papa - Didier Hermand - E-Book

T’inquiète pas, papa E-Book

Didier Hermand

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Paul est veuf. Il ne s'est jamais remarié et élève seul sa fille Marine.Marine n’a plus 5 ans. Exister fortement est une nécessité absolue pour elle. Elle veut affirmer ses choix, sa volonté et sa différence...Paul ne l’a pas vu grandir. Il est dépassé par le tempérament exigeant de la jeune femme. Les garçons qu’elle fréquente ne lui inspirent rien de bon et son imagination débordante lui font craindre le pire.Paul est parfois agaçant : On voudrait lui dire : « Laisse-la vivre, ta fille, laisse-la respirer un peu… » Souvent attendrissant : On s’amuse des situations rocambolesques dans lesquelles il s’entortille tout seul. Seulement voilà : on ne sait pas tout. Avec Marine, nous ne sommes pas au bout de nos surprises… Un roman rempli d'humour et d'émotionsEXTRAITDepuis la mort de sa femme, Paul ne s’est jamais remarié et il élève seul sa fille. Marine a maintenant dix-sept ans, l’âge où le cœur s’éprouve, où le corps s’étrenne, l’âge ingrat des orages intempestifs de l’adolescence où les toujours courtisent les jamais et se confondent avec audace et insolence, passant de la passion brûlante à l’indifférence glaciale et parfois, de la plus pénible des paranoïas à la plus céleste des désinvoltures.Confrontées au tumulte de leurs contradictions, les filles de dix-sept ans ne sont jamais contentes, n’ont jamais assez de temps, ne sont jamais comprises ; elles ont le monde entier contre elles. Les adolescentes sont assaillies par les pressions qui déferlent au printemps de leur existence. Le lycée, le BAC, les parents, les profs, les garçons, les copines, la clope, la mode, le sexe… rien ne les épargne à cet âge. C’est dur, très dur.À PROPOS DE L’AUTEURDidier Hermand est un écrivain français. Il compte aujourd'hui beaucoup de livres à son actif, notamment Le marionnettiste, Âmes sœurs ou encore Les lettres de Lou. T’inquiète pas, papa (Le secret de Marine) constitue son troisième roman.

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Seitenzahl: 145

Veröffentlichungsjahr: 2016

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À Jacqueline, Mandelieu 2007…

Le monde a la beauté du regard qu’on y pose

Yves Duteil

1

Depuis la mort de sa femme, Paul ne s’est jamais remarié et il élève seul sa fille.

Marine a maintenant dix-sept ans, l’âge où le cœur s’éprouve, où le corps s’étrenne, l’âge ingrat des orages intempestifs de l’adolescence où les toujours courtisent les jamais et se confondent avec audace et insolence, passant de la passion brûlante à l’indifférence glaciale et parfois, de la plus pénible des paranoïas à la plus céleste des désinvoltures.

Confrontées au tumulte de leurs contradictions, les filles de dix-sept ans ne sont jamais contentes, n’ont jamais assez de temps, ne sont jamais comprises ; elles ont le monde entier contre elles. Les adolescentes sont assaillies par les pressions qui déferlent au printemps de leur existence. Le lycée, le BAC, les parents, les profs, les garçons, les copines, la clope, la mode, le sexe… rien ne les épargne à cet âge. C’est dur, très dur.

Devenir le père d’une adolescente n’est pas plus aisé. Il faut savoir être à l’écoute sans se montrer trop indiscret, rester très proche sans lui coller aux fesses, être dans le coup, juste ce qu’il faut sans devenir "ringard", inventer chaque jour un nouveau cocktail d’interdictions et d’approbations, de blâmes et d’éloges, combiner les tabous et les permissions, les faveurs et les obligations avec un savant dosage, tantôt avec une pincée de complaisance, tantôt avec un zeste de sanction, écouter avec indulgence et se taire avec sévérité, protéger sans contraindre. L’éducation d’une fille est un sport comparable à la pêche en mer : laisser partir et rembobiner, laisser partir encore et rembobiner en conservant sans cesse à l’esprit que le fil peut casser à tout moment. Il faut, sans répit, garder le contrôle en laissant suffisamment de lest pour éviter de rompre le lien.

Paul ne s’en était pas trop mal sorti jusqu’à aujourd’hui, on pouvait même dire qu’il était doué pour l’éducation de sa fille. Il avait su, au fil du temps, combler l’absence maternelle, en multipliant par deux ses efforts. Il était capable de l’accompagner au magasin et de passer du temps avec elle pour l’aider à choisir le jean ou le petit pull dernier cri, passant tantôt les cintres, tantôt - à son invitation - un regard avisé derrière le rideau de la cabine d’essayage. Marine le sollicitait également pour une coupe de cheveux ou un brushing, pour rectifier l’épilation de ses sourcils ou retoucher le pli d’un pantalon, pour choisir la couleur d’un maquillage, d’un bijou ou d’un petit accessoire. Elle n’imaginait pas demander conseil à quelqu’un d’autre. Même si elle ne le suivait pas toujours à la lettre, elle avait besoin de son avis. Quand celui-ci était réprobateur, elle disait tout simplement : « de toutes façons tu ne connais rien à la mode ! » ou encore : « tu me saoules ! », mais elle finissait toujours par trouver un compromis qui les réconciliait. Elle aussi, jouait à la pêche au gros en évitant le point de rupture. Tantôt rebelle, tantôt complice, elle savait doser avec subtilité la docilité et l’espièglerie.

À dix-sept ans, les filles tombent amoureuses, s’enflamment au moindre regard et s’effondrent à la première déception. Là encore, Papa joue son rôle et improvise la recette d’un nouveau cocktail : un tiers d’ironie, un tiers de jalousie, un tiers de prévention et un zeste de détachement, le tout enrobé d’une grande méfiance à l’égard de l’élu, saupoudré de tendresse et de temporisation. Quand l’Amour a mis une fille en orbite, il incombe à son père de la ramener en douceur à une altitude raisonnable et quand l’appareil traverse une zone de turbulences, il doit corriger l’assiette du planeur. Le papa pêcheur change de casquette ; il passe de la pêche au gros au vol de haut niveau, c’est de la haute voltige. Un mot de travers et l’appareil pique du nez, une parole de trop et c’est l’envol d’Icare.

Marine s’était énamourée d’un garçon du lycée, une sorte de Don Juan, un séducteur sûr de lui qui la manipulait sans scrupule. Paul ne l’appréciait pas beaucoup -à dire vrai, il ne l’appréciait pas du tout- et lui avait fait part à plusieurs reprises de sa défiance à l’égard du jeune homme. Evidement, il s’était heurté à la sublimation inconsciente qui exultait le cœur amoureux de Marine. Il ne voulait pas la blesser, juste la mettre en garde du ressenti qu’avec le recul, il pouvait se permettre d’avoir. Paul n’avait aucun préjugé et ne voulait pas s’immiscer dans les affaires de cœur de sa fille, il n’avait pas non plus l’intention de lui choisir un prétendant. Le premier qui serait capable de l’aimer autant qu’il l’aimait lui-même, serait à ses yeux digne de sa fille. Ça n’était pas l’impression que donnait ce garçon-là. Paul le pressentait, même si elle refusait de l’avouer, Marine était malheureuse.

Cependant, il n’était pas question pour lui d’interférer de façon brutale, il espérait qu’avec le temps elle se rendrait compte que ce mufle se moquait d’elle. Il essayait sans la braquer de lui ouvrir les yeux sur sa fumisterie, mais plus il cherchait à l’éloigner de lui et plus elle s’en rapprochait. Comme l’a si bien dit Pascal :" le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît pas". Paul ne le savait que trop bien et il s’avançait prudemment sur cette voie fragile. Marine était comme envoûtée par ce Casanova malfaisant, son comportement changeait à vue d’œil. Elle qui était de nature enjouée, devenait renfermée, elle avait perdu son sens de l’humour. Elle qui autrefois partageait avec son père l’art généreux de l’autodérision, devenait plus susceptible qu’une caisse de nitroglycérine. Le temps des fous rires et des délires complices s’éloignait peu à peu. Elle se dévalorisait et devenait agressive, voire irascible avec son entourage.

À plusieurs reprises, le lascar avait rompu leur liaison, mais Marine s’accrochait à ses basques comme une droguée en manque et le malotru en profitait chaque fois pour la tenir un peu plus à sa merci. Leur relation redémarrait sur la base des promesses que Marine devait faire pour mériter les faveurs de son altesse. Chaque rupture brisait Marine un peu plus et à chaque fois, Paul nourrissait l’espoir que ce pût être la dernière. Essayant d’affermir en elle la volonté de décrocher, il la consolait en évitant de lui trop montrer de satisfaction. C’était perdu d’avance.

Comme il rêvait de lui casser la gueule à ce petit con ! Mais surtout ne pas passer à l’acte ! Il lui offrirait le rôle de victime et risquait de perdre Marine définitivement. Il n’était pas prêt à prendre ce risque. Paul serrait les poings et les dents, il continuait à recevoir le chéri et il essayait même d’être agréable avec lui. Ce n’était pas par lâcheté, mais plutôt par prudence et par amour aussi. Son raisonnement était simple : si de façon radicale, il prohibait leurs rapports, ils se verraient de toute façon en cachette, Dieu sait où, Dieu sait comment et au prix de quelle folie ! Marine fuguerait peut-être. Elle se détournerait de lui et il n’aurait plus aucun regard sur cette relation. Tandis que là, même si elle n’était pas avec la bonne personne, elle était au bon endroit et il gardait un œil sur elle. Elle était à la maison. Le temps ferait son œuvre ; à force d’usure, il briserait pour lui ce lien frauduleux.

Paul se demandait toujours ce que sa fille avait pu lui trouver à ce gaillard ; il était inélégant, mou, toujours fatigué, toujours mal rasé, toujours en retard. Beau, était-il beau ? Paul aurait eu beaucoup de mal à se prononcer sur ce sujet ; les critères de beauté masculine lui étaient inconnus. Et son prénom ? Shermann ! Personne ne s’appelle Shermann ! Personne, sauf lui !

Avait-il un don artistique, quelque chose d’original qui fait craquer les filles ? Non ! Rien d’évident et rien auquel Marine ne fît allusion une seule fois. Sa seule passion connue était le football, un sport qu’il pratiquait le plus souvent dans son canapé. Il ne ratait aucun match ! Malgré la rareté de leurs rencontres, il était suffisamment goujat pour demander à Marine de la boucler pendant toute la durée d’une retransmission. Les jours sans diffusion footballistique, même en sa présence, il s’isolait dans la lecture d’un magazine de sport ou s’absentait des heures, cloîtré dans la bulle illusoire de sa console de jeux. À dix-neuf ans, cet être avachi dans sa platitude se vautrait déjà dans des pensées routinières.

Comment Marine pouvait-elle se griser de ce parfum d’ennui ?

Non vraiment, Paul ne voyait rien en lui qui pût provoquer une telle passion. On dit que "l’amour rend aveugle ". Pourquoi fallait-il que cela arrivât à sa fille ? Il ne pouvait décidément pas l’accepter, il refusait de projeter pour elle l’avenir d’une existence navrante et défectueuse.

Qu’est-ce qui pouvait pousser une jeune fille aussi jolie et aussi intelligente à s’éprendre d’un bellâtre aussi creux que Shermann ?

Marine ne pouvait pas se satisfaire de sentiments bâtards ; de temps en temps, quand même, elle s’affranchissait à dénoncer quelques défauts et à venir s’en plaindre.

— Papa, tu trouves ça normal toi ? À chaque fois que je demande pour sortir, il trouve une excuse… Mes copines, elles reçoivent des messages de leur copain à tous bouts de champs. Moi, il faut que je réclame et lui, il dit que je ne suis jamais contente ! Il n’y a que son foot qui l’intéresse !

— Pour être franc avec toi, si tu veux vraiment entendre mon avis, je pense que ce garçon ne te mérite pas. Tu devrais faire un break, prendre tes distances un moment pour voir si…

— Et si pendant ce temps-là, il partait avec une autre ?

— Eh bien au moins tu serais fixée !

— Je n’en ai pas le courage Papa, j’ai peur de le perdre.

— Tu ne perdrais peut-être pas grand-chose.

— Qu’est-ce que tu en sais ?

— Tu m’as posé une question, je te réponds. À mon avis il ne t’aime pas. Oh ! Toi tu l’aimes, je me demande bien pourquoi d’ailleurs, mais tu l’aimes, ça ne fait aucun doute. Par contre lui, il joue avec toi et ça me fait de la peine.

— Il m’aime à sa façon.

— Tu sais, il n’y a pas mille et une façons d’aimer. L’amour te transporte, il te donne des ailes, tu n’as plus froid, tu n’as plus faim, tu ne vois plus le temps passer. L’amour a des outrances, des déchaînements démesurés que même la haine ne connaît pas, il te fait faire des conneries parfois, on peut même tuer par amour… On donne tout ce qu’on a et tout ce qu’on est à celui ou celle que l’on aime. L’amour ça ne se réclame pas, on le reçoit de celui qui vous l’offre sans détour. Quand une personne en aime une autre, il est difficile pour elle de le cacher, l’amour transpire, il est palpable, deux amants ne restent pas amants dans le secret bien longtemps… Il y a toujours des signes qui les trahissent.

— C’est exactement ça… C’est exactement ce que je ressens.

— J’aimerais juste qu’il éprouve la même chose à ton égard, l’amour à sens unique, ça ne va pas bien loin. Je ne te dis pas que ce garçon n’est pas assez bien, je te dis juste qu’il ne t’aime pas assez. S’il ne te téléphone pas, c’est que tu ne lui manques pas, tu ne lui es pas indispensable…

— Je sais bien, tu crois que je ne m’en rends pas compte ? Je sais bien que tu as raison, mais je ne sais pas comment faire autrement. Il finira par changer…

— Il ne t’aime pas…

— Je préfère aimer plutôt que d’être aimée !

— Tu te laisses influencer par les chansons que tu écoutes, mais dans la vraie vie, c’est différent. Tu souffriras, forcément.

— Tu crois qu’on peut aimer sans souffrir ?

— Ma chérie, crois-moi : plus tu attendras pour rompre et plus ce sera douloureux. Tu es au début de ta vie, tout n’est pas encore joué, tu peux toi aussi rencontrer quelqu’un d’autre, qu’est-ce que tu risques ? Tu n’as rien à perdre. Si vous êtes vraiment faits l’un pour l’autre, vous finirez tôt ou tard par vous retrouver, rien ne devrait vous séparer et si ça n’était pas le cas, tu aurais limité les dégâts, non ?

— C’est facile pour toi de dire ça… De toute façon tu ne l’as jamais aimé, alors ça t’arrangerait bien…

— Ne le prends pas comme ça… c’est vrai que "Shermann" n’est pas tout à fait le gendre auquel je m’attendais, mais je respecterai ton choix. Peu importe qu’il soit gros ou maigre, noir ou jaune, riche ou pauvre, si tu l’aimes et surtout et avant tout, s’il t’aime et s’il sait te rendre heureuse, c’est tout ce qui m’importe ! Tu le sais. En l’occurrence c’est loin d’être le cas et tu t’accroches à un rêve. Ce n’est pas Shermann que tu aimes, c’est l’image que tu t’es faite de lui, l’image que tu as sublimée de votre amour et que tu ne veux pas détruire.

— Tu ne trouves pas que tu en fais un peu trop ?

— Écoute, prends une feuille blanche, tire un trait au milieu pour faire deux colonnes. Dans la colonne de droite tu mettras les qualités et les raisons qui font que tu es amoureuse de lui et dans l’autre, tu mettras les raisons qui te poussent à douter de votre relation. Tu verras bien. Fais la liste des cadeaux qu’il t’a offerts en deux ans, ou des petites attentions qu’il a eues à ton égard… Imagine ce que sera ta vie dans cinq ans ou dans dix ans… Si votre relation s’effrite déjà ; ça sera dix ans de perdus, mieux vaut en finir tout de suite.

— C’est ça justement qui me fait de la peine, c’est pour ça que je suis si malheureuse et que je ne me sens pas bien dans ma peau en ce moment. Mais peut-être que ça vient de moi, je devrais peut-être faire des efforts pour être plus agréable, plus féminine ? Il m’appellerait plus souvent si j’étais moins… si je n’étais pas…

— Si tu étais moins quoi ? Tu n’as rien à changer pour plaire à qui que ce soit ! Reste toi-même. Reste Marine la rigolote, celle qui fait des grimaces et qui en rit, sois nature, c’est ton plus bel atout. Tu n’as rien à envier à quiconque et si c’est lui qui te met ces idées-là en tête, il n’est vraiment pas digne de toi ! Il va te détruire. Il n’y a qu’à regarder tes résultats scolaires depuis que tu sors avec lui…

— Nous y voilà ! Les résultats scolaires ! Tu vois ; avec toi on ne peut jamais parler cinq minutes, sans que tu remettes ça sur le tapis !

— Eh oui ! Que veux-tu ? C’est mon côté vieux con qui ressurgit, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher, c’est ma petite faiblesse.

— T’es bête…

— Je t’aime ma puce, ne l’oublie jamais. Je ne pense qu’à ton bonheur et en ce moment, c’est plutôt mal parti avec cet oiseau de malheur. Je ne peux rien faire pour t’aider, je suis impuissant, je ne peux pas le forcer à t’aimer et je ne peux pas décider à ta place. Mais sache que, quelle que sera ta décision, je serai toujours à tes côtés.

Paul s’efforçait toujours de terminer les discussions dans l’apaisement, il donnait son opinion sans contrainte, laissant à Marine la liberté de ses choix. Il avait la chance d’avoir une fille intelligente qui lui faisait confiance et qui lui ouvrait son cœur ; il n’allait pas gâcher cette relation privilégiée par souci d’autorité. Il avait l’intime conviction que même si en apparence Marine était sur la défensive, une infime partie d’ellemême restait lucide. Il savait que ses paroles n’étaient pas vaines, qu’elle en tiendrait compte en dépit de tout. Il devait être fort pour elle, ne pas mépriser son grand Amour, respecter son choix, la laisser faire son expérience de la vie et prier pour être là, pour la relever le jour où elle tomberait. C’est ça aussi, être père et tous les pères n’ont pas cette chance.

Quand Marine trouvera l’homme de sa vie, il saura le reconnaître, il saura le regarder au-delà des apparences et il l’adoptera sans jugement. Quand il verra dans les yeux de cet homme le même amour qu’il ressent toujours pour sa femme, il le reconnaîtra. Il se reconnaîtra en lui et il pourra lui confier son trésor.

Il devait parler à Shermann, lui dire le fond de sa pensée… ou plutôt lui écrire, ça serait plus efficace. Quand Marine fut couchée, il s’installa immédiatement à son bureau et entama sa missive :

Shermann,

Si je t’écris (il raya ces trois premiers mots, il ne voulait pas le tutoyer, histoire de le garder à distance)

Si jevousécris cette lettre, c’est que j’estime qu’il est temps d’évoquer un sujet qui me hante : votre façon d’aimer notre Marine (il raya « notre » qu’il remplaça par « ma » affirmant ainsi son refus de la partager avec lui) …votre façon d’aimermaMarine. (Il gomma définitivement « ma » pour ne pas paraître trop possessif) …votre manière d’aimer Marine, ou plutôt de la si mal aimer.