Ennemi, mon ami - Guéshé Rabten - E-Book

Ennemi, mon ami E-Book

Guéshé Rabten

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Beschreibung

Où trouver assez de cuir pour recouvrir toute la surface de la terre? Mieux vaut protéger ses pieds avec des semelles de cuir! Bodhisattvacharyavatara 5,13 Il nous est impossible d' écarter tous nos ennemis et de nous lier d' amitié avec tous les êtres. Mais en éliminant la colère, nous triomphons de nos véritables ennemis qui siègent en notre esprit.

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Seitenzahl: 124

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Guéshé Rabten

Ennemi, mon ami

Traduit de l’allemand par Evelyne Venezia

Revu et corrigé par Marie-Thérèse Guettab

Edité par des élèves

de Guéshé Rabten sous la direction

de Gonsar Rimpoché

Tous droits réservés – imprimé en Suisse

© Edition Rabten, Le Mont-Pèlerin / VD

e-mail: [email protected]

http://www.rabten.eu/xvCatalog_fr.htm

Composition et couverture : Edition Rabten

Photos: portrait en couverture ; image en page 9 et page 11 ; image en sable : effectué par Ruedi Hofstetter

eBook Herstellung: Edition Rabten www.rabten.eu

ISBN 3-905497-39-5

eBook: ISBN 978-2-88925-078-3

eBook-production et livraison :

HEROLD Auslieferungs Service GmbH

www.herold-va.de

Le motif représenté sur la couverture est l’un des huit signes traditionnels de bon augure qui illustrent cette collection de livres de poche. Il a été exécuté par saupoudrage de sable par les moines du monastère de Ganden Shartsé réfugiés dans le sud de l’Inde.

Cette technique appartient aux traditions de l’art religieux du bouddhisme tibétain. Enseigné par le Bouddha dans les grands Tantras et plus spécialement consacré à la fabrication de Mandalas. Cet art a été préservé jusqu’à nos jours dans les grands monastères tibétains.

Le miroir symbolise la nature claire et connaissante de l’esprit ainsi que la nature ultime de tous les phénomènes : ils se reflètent dans un miroir, mais leur nature ultime est vide d’existence inhérente.

Avertissement de l’éditeur

Ces enseignements ont été donnés en 1983 par le Vénérable Guéshé Rabten Rimpoché en trois endroits différents. Le premier séminaire eut lieu en mars au Letzehof en Autriche, le second en juin à Münich-Otteroh et le troisième en août aux Avants, en Suisse.

Guéshé Rimpoché expliqua ces versets non pas dans l’ordre rigoureux du texte racine mais exposa l’essentiel de leur signification en se fondant sur sa grande expérience personnelle.

Au cours des séminaires, la traduction orale du tibétain en allemand fut réalisée par Helmut Gassner. Les élèves du Vénérable Guéshé Rabten ont travaillé à la version allemande sous la conduite du Vénérable Gonsar Tulkou Rimpoché que nous voudrions remercier ici de tout cœur pour sa grande ouverture d’esprit, sa compréhension et son aide inlassable. Nos remerciements s’étendent également à tous ceux qui ont participé à l’édition de ce livre. L’édition française est la traduction de l’édition allemande.

L’éditeur, mars 2002

Préface

Ce livre renferme les précieux conseils d’un guide spirituel authentique. Le Vénérable Guéshé Rabten Rimpoché fut l’un des Maîtres les plus éminents du bouddhisme tibétain contemporain.

De tous les enseignements qu’il dispensa, le texte présenté ici est d’une importance primordiale pour le développement de la patience, cette qualité de ­l’esprit la plus indispensable. En sanscrit, elle est appelée , ce qui veut dire «patience». Cette patience n’est autre que la capacité d’endurer les désagréments et les souffrances sans émoi. La pratique de la patience s’exerce à tous les niveaux du Dharma. Elle est l’une des principales sources de paix et d’harmonie entre les êtres, tandis que ses contraires, la colère et l'aversion détruisent la paix et le bonheur. La patience est aussi l’un des six principaux entraînements des Bodhisattvas dénommée en sanscrit Khsanti-Para­mita, ce qui signifie «perfection de la patience».

Il existe trois sortes de colère et trois aspects correspondants de la patience se trouvent à l’état potentiel dans chaque individu. Avec la méthode appropriée, ces potentiels peuvent être développés et amenés à la perfection, comme le décrit le sixième chapitre consacré à la patience, exposé dans le «Bodhi­sattvacharyavatara» , ouvrage majeur du Boud­dhisme Mahayana, composé par le grand Maître indien Shantidéva (env. 685-763 après J.C.).

Le commentaire de ce chapitre donné ici par mon regretté Maître Guéshé Rabten Rimpoché est l’expression directe de son expérience personnelle et de sa totale confiance qu’il vouait au développement de la patience. Il fut, toute sa vie durant, un exemple de la perfection de la patience, comme en témoigne sa biographie.

Toutes ces explications, par leur clarté et leur richesse, feront de ce livre une source d’espoir, d’inspiration et d’encouragement pour tous ceux qui sont déterminés à éliminer définitivement de leur esprit la haine et la colère, et à vaincre ainsi en eux-mêmes leur véritable ennemi.

Gonsar Tulkou

Directeur spirituel

Rabten Choeling

Le Mont-Pèlerin, mars 2002

Texte racine

Shantidéva

Bodhisattvacharyavatara

Chapitre six – La patience

Toutes les actions vertueuses, générosité,

offrandes aux Bouddhas et autres,

Accumulées durant des milliers de cycles

cosmiques,

Toutes sont détruites

Par un seul instant de colère.

Il n’y a pas de faute comparable à la haine

Et pas d’ascèse supérieure à la patience.

Ceci étant, avez zèle et de multiples façons,

Je méditerai sur la patience.

Quand la maladie de la haine le saisit,

L’esprit ne connaît plus la paix;

Il n’a plus ni joie, ni bonheur,

Ne trouve plus le sommeil et devient instable.

Recevant de lui biens et services,

Ceux-là même qui dépendent de sa grande bonté

Menacent de tuer le Maître

Quand la haine s’empare de leur esprit.

La haine décourage mes proches et mes amis.

J’ai beau les attirer par ma générosité,

Ils ne me font pas confiance.

En bref, nul ne peut vivre heureux dans la colère.

Des ennemis tels que la colère

Sont les auteurs de nos maux.

Quiconque, s’y étant efforcé, a vaincu la colère

Sera heureux dans cette vie et les suivantes.

Nourrie du mécontentement

Engendré par ce que je fais à contrecœur

Et par les obstacles à mes desseins,

La haine croît et me détruit.

Par conséquent, ce qui alimente mon ennemi,

Je le détruirai complètement

Car cet ennemi

N’œuvre qu’à me nuire.

Quoi qu’il arrive, je ne laisserai aucune

perturbation

Altérer la joie en mon esprit car sans joie,

Je n’accomplirai pas ce que je désire,

Et mes vertus dégénèreront.

Si le remède existe,

Pourquoi être malheureux ?

S’il n’y a pas de remède,

A quoi bon être malheureux ?

Pour mes proches et moi-même, je ne veux

Ni souffrance, ni humiliation,

Ni paroles blessantes, ni aucun désagrément.

Mais pour mes ennemis, c’est tout le contraire.

Les causes de bonheur surgissent parfois;

Quant aux causes de souffrance, elles abondent.

Sans souffrance, il n’y a pas de renoncement.

Sois donc ferme, ô mon esprit !

Quand les adeptes de la déesse Durga (ascètes)

Et le peuple de Karnapa

Endurent sans raison brûlures et lacérations,

Pourquoi manqué-je de courage pour

atteindre la libération ?

Il n’y a absolument rien que l’habitude ne

rende plus facile.

Par conséquent, en s’accoutumant

Aux moindres maux on apprend

A supporter les grands.

N’a-t-on pas vu cela pour des souffrances

sans gravité

Telles que des morsures de serpent, des piqûres

d’insectes,

La sensation de faim et de soif,

Des démangeaisons et autres ?

Si je m’irrite de la chaleur, du froid,

Du vent et de la pluie,

De la maladie, de l’emprisonnement et des coups,

J’en souffrirai d’autant plus.

A la vue de leur propre sang,

Certains redoublent de vaillance et d’assurance.

D’autres, à la vue du sang d’autrui,

Défaillent et s’évanouissent.

C’est selon que l’esprit

Est déterminé ou timoré.

Ne faites donc pas cas des nuisances.

Ne vous laissez pas affecter par les souffrances.

Les sages ne laissent pas les souffrances qui

surviennent

Troubler leur esprit résolu.

Ceux qui livrent bataille aux facteurs

perturbateurs de l’esprit

Subissent bien des maux à l’heure du combat.

Ceux qui dédaignent toute souffrance

Triomphent d’ennemis tels que la haine.

Ceux-là sont des vainqueurs, des héros.

Les autres ne font que tuer des cadavres.

En outre, la souffrance a pour vertu

De dissiper l’arrogance par l’abattement,

De faire naître la compassion pour les êtres du

cycle des existences,

De faire éviter les fautes et de faire aimer le bien.

Alors que je ne m’irrite pas

Contre des sources de souffrance comme la

jaunisse,

Pourquoi m’irriterai-je contre les êtres ?

Ils sont eux aussi poussés par des conditions.

Par exemple, bien que non désirée,

La maladie apparaît.

De même, bien que non désirées,

Les perturbations mentales surgissent

immanquablement.

Les gens ne se disent pas : «Je vais me mettre

en colère».

Et pourtant ils s’irritent.

La colère ne se dit pas : «Je vais naître».

Et pourtant elle se produit.

Toutes les fautes, si nombreuses soient-elles,

Toutes les actions négatives, si diverses

soient-elles,

Dans leur intégralité apparaissent par la force

de conditions.

Elles ne sont point autonomes.

Et cette réunion de conditions,

Elle non plus n’a nulle pensée d’engendrer,

Pas plus que ce qu’elle produit

N’a l’idée de se produire.

Ce qui est affirmé sous la dénomination de

«principe»

Et désigné comme le «moi» (Atman)

N’apparaît pas de son projet intentionnel,

Disant : «Je vais apparaître».

Si, n’étant pas né, il n’existe pas,

Comment, dès lors, pourrait-il désirer naître ?

Etant en permanence en contact avec un objet,

Comment pourrait-il cesser de l’être ?

Si le soi était permanent, il devrait de toute

évidence

Etre inopérant comme l’espace.

Et même s’il rencontrait d’autres conditions,

Comment agiraient-elles sur ce qui est immuable ?

Si au moment de l’action il est comme avant,

Quel effet les actions auraient-elles sur lui ?

Et si l’on dit : «Voici les conditions qui

agissent [sur un soi permanent],

De quelle manière les conditions et le soi

sont-ils reliés ?».

Ainsi, toute chose dépend de ses causes,

Elles-mêmes dépendantes et dépourvues

de liberté.

L’ayant compris, envers tous ces objets pareils

à des apparences,

Je n’aurai pas de colère.

Mais alors, dira-t-on, qu’est-ce qui élimine

quoi 1 ?

Contrer [la colère], ce n’est pas possible !

Ce n’est pas impossible, car en dépendance du

remède,

Il est possible de couper le cours des souffrances 2 !

Par conséquent, quand je vois un ami ou

un ennemi

Agir de manière incorrecte,

«C’est l’œuvre de telles conditions» penserai-je.

Et ce faisant, je garderai l’esprit heureux.

Si les choses s’accomplissaient selon nos désirs,

Puisque nul ne veut souffrir,

Aucun être, quel qu’il soit,

Ne devrait subir la souffrance.

D’aucuns, par manque d’attention,

Se blessent aux ronces ou autres;

Certains, obsédés par la conquête d’une

femme ou par l’appât du gain,

Entre autres [tourments] se privent de nourriture.

Il en est aussi qui se pendent,

Ou se jettent dans un précipice,

Ou avalent du poison ou encore,

Absorbent quelque nourriture malsaine.

Dominés par leurs perturbations mentales,

Ils se nuisent par des actes négatifs. Pourtant

si chers à eux-mêmes,

Ils se tuent. Alors, comment pourraient-ils

s’abstenir

De porter atteinte au corps d’autrui ?

Même si je ne développe aucune compassion

envers ces êtres qui,

Sous l’influence de perturbations mentales,

Portent atteinte à leur vie,

Qu’au moins je ne me mette pas en colère !

Si nuire aux autres est la nature des êtres puérils,

Il serait tout aussi impropre de s’irriter contre eux

Que de reprocher au feu de brûler.

Et si ce défaut est passager

Car les êtres sont bons de nature,

Il serait aussi absurde de me fâcher contre eux

Que de reprocher à l’espace de laisser monter

la fumée.

Ce qui me frappe réellement, c’est le bâton.

Si l’on doit s’irriter contre celui qui le manie,

Parce qu’il est lui-même un instrument

manipulé par la haine,

C’est contre la haine qu’on ferait mieux de

s’emporter.

Dans le passé, j’ai infligé aux êtres

De semblables souffrances.

Il est juste qu’aujourd’hui me revienne

Le mal que j’ai fait aux autres.

Son arme et mon corps

Sont tous deux les causes de ma souffrance.

Quand de lui vient l’arme et de moi ce corps,

Contre qui faut-il se mettre en colère ?

Si je m’accroche avec un attachement aveugle

A cet abcès douloureux qui a forme humaine,

Qui ne supporte pas le contact,

Contre qui me mettrai-je en colère quand il

est blessé ?

Les êtres puérils ne désirent pas la souffrance.

Mais puisqu’ils sont avides de ses causes,

C’est leur faute si le mal les frappe.

Pourquoi donc en faire aux autres le reproche ?

Si, tout comme les gardiens des enfers

Et la forêt aux feuilles tranchantes,

Ceci est produit par mes propres actions,

Contre qui dois-je me mettre en colère ?

C’est poussés par mes propres actions

Qu’apparaissent ceux qui me nuisent.

Et si à cause de cela ils vont dans les enfers,

N’est-ce pas moi qui les ai détruits ?

Grâce à eux, en m’exerçant à la patience,

Je purifie beaucoup d’actions négatives;

Mais eux, à cause de moi,

Devront souffrir longuement dans les enfers.

Ainsi, je leur fais du tort

Alors qu’eux me sont bénéfiques.

Pourquoi cette incohérence,

O toi mon esprit inique qui te mets en colère ?

Si je possède cette qualité de l’esprit

[qu’est la patience],

Je n’irai pas dans les enfers.

Mais si je peux ainsi me protéger,

Qu’adviendra-t-il des autres ?

Néanmoins, ce n’est pas en rendant le mal

pour le mal

Que je pourrai les protéger.

Ma propre conduite aussi se dégraderait

Et mes efforts seraient ruinés.

Puisque l’esprit est immatériel,

Personne ne peut le détruire d’aucune manière.

Mais parce qu’il est fortement attaché au corps

Les souffrances physiques l’atteignent.

Puisque ni le mépris, ni les paroles grossières

ou blessantes

Ne peuvent porter préjudice à mon corps,

Alors pourquoi, toi mon esprit,

Es-tu si violemment en colère ?

«C’est que les autres ne m’aimeront pas !».

Mais cela, ni dans cette vie, ni dans les suivantes,

Ne me dévorera pas.

Alors, pourquoi donc le redouter ?

«C’est que cela m’empêche de m’enrichir !».

Pourtant, même si je ne le veux pas,

Tout ce que j’ai gagné, je l’abandonnerai là,

Tandis que mes méfaits seront solidement

maintenus.

Mieux vaut la mort aujourd’hui qu’une longue vie

Entretenue par des moyens d’existence

malhonnêtes.

Même si les êtres comme moi vivent longtemps,

Ils connaîtront inévitablement les souffrances

de la mort.

Pour celui qui s’éveille de l’expérience

Vécue en rêve de cent ans de bonheur,

Comme pour cet autre qui s’éveille

De l’expérience onirique du bonheur d’un instant,

Ni pour l’un ni pour l’autre,

Ce bonheur ne reviendra.

Alors, que la vie soit longue ou qu’elle soit courte,

Au moment de la mort, l’une et l’autre se valent.

Même si je tire de mes richesses une longue

jouissance

Ayant amassé des biens en abondance,

Je partirai nu et les mains vides,

Comme détroussé par des voleurs.

«Les biens matériels me permettront de vivre,

Mes actions négatives diminueront et je

créerai des mérites».

Mais si à cause de mes biens, je me mets en colère,

Mes mérites ne vont-il pas plutôt diminuer et

mes actions négatives augmenter ?

A quoi peut bien servir

La vie d’un homme

Aux desseins dégradants

Et qui ne fait que le mal ?

Contre ceux qui médisent de moi je me mets

en colère

Parce qu’ils sapent la confiance qu’on me

porte, dis-tu.

Mais alors, pourquoi ne t’irrites-tu pas de même

Contre ceux qui médisent d’autrui ?

Si tu supportes qu’on ne fasse pas confiance

Quand il s’agit d’autrui,

Pourquoi ne supportes-tu pas les propos

déplaisants

Liés à l’apparition des perturbations mentales ?

Contre ceux qui outragent ou détruisent

Le Dharma, les images saintes et les reliquaires,

M’irriter n’est pas juste,

Car rien ne peut nuire aux Bouddhas.

Ayant compris ce qui a été dit précédemment

Sur l’émergence des faits soumise à conditions,

Je me détournerai de la colère

Envers ceux qui offensent mes Maîtres, mes

parents et mes amis.

Puisqu’aux individus les maux sont infligés

Tant par les êtres animés que par les objets

inanimés,

Pourquoi s’en prendre seulement aux êtres ?

Au lieu de cela, tous les maux, je les supporterai.