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Entre Hainaut et Cambrésis, c’est autour d’une prévôté bénédictine fondée au VIIe siècle que se développa le village
d’Haspres. Au Moyen Âge on y venait, nombreux, pour se recueillir devant les reliques de saint Hugues et de saint Achaire.
Les têtes couronnées et les marchands y passaient aussi régulièrement, en empruntant le vieux chemin reliant Cambrai et Valenciennes.
Au XVIIIe siècle, la disparition de la prévôté et la mise en service d’une nouvelle route longeant l’Escaut furent cause d’un lent déclin, qu’accélérèrent les difficultés industrielles de la région au XXe siècle.
De par sa situation géographique, toujours à proximité d’une frontière et fréquemment sur la voie des invasions, Haspres ne cessa de subir les misères et les malheurs de la guerre.
Á PROPOS DE L'AUTEUR
Ancien élève de l’École Nationale d’Administration, vice-président de l’Académie des sciences, belles lettres et arts d’Angers,
Gérard Lesage est inspecteur général honoraire de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche.
Originaire du nord de la France, il a écrit divers articles et publié plusieurs ouvrages ayant trait au passé de cette région.
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Seitenzahl: 287
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Gérard Lesage
Entre Hainaut et Cambrésis
un village dans le cours de l’Histoire
Haspres
En couverture
En couverture :
Haspres aux alentours de l’année 1600.
Gouache du peintre valenciennois Adrien de Montigny.
Dédicace
À ma famille.
Remerciements
Je remercie chaleureusement toutes celles et tous ceux qui m’ont apporté leur concours, notamment les habitants, actuels et anciens, du village d’Haspres, et plus particulièrement quelques camarades de la classe 1966, Aliette Colin, Daniel Deliège, Jean-Claude Moreau dont les connaissances et les encouragements m’ont été particulièrement précieux.
Jean-Claude Moreau m’a fait connaître Henri Morelle, un fin connaisseur de l’histoire de sa commune, avec qui j’ai pu longuement échanger et qui m’a fort obligeamment transmis quelques illustrations que j’ai reprises dans les pages hors texte.
Je tiens aussi à remercier Alain Salamagne, professeur d’histoire de l’art médiéval à l’Université de Tours et Jean-Jacques Vandewalle, responsable du service patrimoine de la Bibliothèque Municipale de Lille pour leur aide dans mes recherches.
Ma fille aînée Valérie a droit aussi à toute ma gratitude pour la relecture attentive de mon manuscrit et sa contribution dans la mise au point des différents clichés ici reproduits. Il en va de même pour ma filleule Annie Claude et son mari Philippe qui ont eu l’extrême gentillesse de répondre instantanément, et patiemment, à mes demandes de prises de vues.
Le lecteur me permettra une mention particulière pour celle qui partage ma vie depuis plus d’un demi-siècle, mon épouse Micheline, qui, une fois encore, m’a apporté son indéfectible soutien et ses conseils avisés.
Présentation
Haspres est une commune du département du Nord, équidistante de Valenciennes et de Cambrai. Un village qui fut longtemps proche d’une frontière, que ce soit entre le comté de Hainaut et l’évêché de Cambrai, la Neustrie et l’Austrasie, le royaume de France et son voisin : le Saint Empire romain germanique, le duché de Bourgogne ou encore le royaume d’Espagne.
J’y suis né, dans une maison de la rue Waldeck-Rousseau. Ce fut longtemps la rue dite de la Balle, une rue en pente qui monte vers le Cambrésis et descend vers le Hainaut. Derrière ma maison natale, au fond du jardin, se voyait une longue butte broussailleuse, vestige des remparts. L’un de mes terrains d’aventures, un lieu aussi où pouvaient s’imaginer des histoires, et même l’Histoire car cet ouvrage défensif datait du temps où Haspres était une localité espagnole.
Non loin de là, il y avait une fontaine, dédiée à saint Achaire, avec saint Hugues l’un des saints patrons de la paroisse.
Enfant de chœur, l’église me devint vite familière, ses statues anciennes, ses inscriptions mystérieuses, ses passages secrets, aux dires du curé de ma jeunesse, l’abbé Flament.
Dans la cour de l’église, les vestiges d’une prévôté bénédictine se donnaient à voir dans la vaste façade en pierre blanche de la ferme de l’abbaye.
Plus loin, dans la campagne, les deux cimetières anglais témoignaient de la violence des combats qui précédèrent la libération du village en 1918.
C’est sans doute ainsi, en me promenant et en regardant, que naquit mon goût pour l’Histoire. Une Histoire visible, concrète qui se découvre et s’imagine sur le terrain.
*
Comme tant d’autres villes et villages, Haspres a eu et a ses historiens. Cinq, à ma connaissance.
Délaissant la chronologie, j’évoquerai en premier Guy Morelle. En 1982, l’association « les Amis du Cambrésis » publiait son ouvrage sur « Haspres et son passé ». L’auteur y relate quelques faits majeurs de l’histoire d’Haspres. Il y décrit aussi quelques vestiges que l’on peut découvrir dans le village et sa campagne environnante. Il n’oublie pas non plus d’y présenter longuement les deux associations qui alors marquaient notablement l’identité de la commune, la pittoresque compagnie des canonniers et la fameuse fanfare municipale.
Comme source majeure, il mentionnait bien sûr le livre pionnier de Charles Laurent Canonne sur « l’histoire de la franche ville d’Haspres ». Paru en 1934, avec des illustrations de Georges Delbart-Laurent, cet ouvrage est consultable à la bibliothèque municipale de Lille.
Guy Morelle était instituteur. Il dédia d’ailleurs son livre, après un vibrant plaidoyer pour l’enseignement de l’Histoire, à ses élèves. Parmi eux OlivierLegrand, avec patience et méthode, a construit et mis en ligne un site internet de première valeur sur « Haspres et son histoire ». Il y explore dans ses multiples facettes la vie passée, et aussi présente, de notre village.
Il convient aussi, dans cette liste, de citer l’article érudit écrit par Ernest Auger et Théophile Louïsesur « la ville franche et la prévôté d’Haspres », et publié dans les « Souvenirs de la Flandre Wallonne » en 1871.
*
Tous ces matériaux, mais aussi le Mémoire que ma fille aînée Valérie rédigea, en 1992, dans le cours de ses études de géographie, m’ont été très utiles pour la rédaction de ce livre, un livre sur l’histoire du village d’Haspres et plus encore de ses habitants.
Dès l’abord j’eus le sentiment qu’il serait intéressant d’étendre mon information aux lieux environnants, et de toujours veiller à contextualiser les données que je recueillais, en les situant dans le champ historique et politique plus global.
Ainsi, tout en demeurant centré sur les événements ayant eu lieu à Haspres, ai-je cherché à élargir mon étude, afin que le récit qui la conclut, au-delà de la seule histoire du village, s’efforce de raconter ce qu’il fut, et ce que fut la vie de sa population, dans le cours de l’Histoire.
Note : des repères chronologiques ouvrent chaque chapitre. Les événements relatifs au village d’Haspres figurent en gras.
I - Les moines se réfugièrent au désert de Haspres
Vers 300 avant notre ère, le peuple des Nerviens s’établit dans la vallée de l’Escaut,
58 avant notre ère, début de la guerre des Gaules,
57 avant notre ère, Jules César défait les Nerviens à la bataille de la Sabis Flumen,
481, Clovis roi des Francs de Tournai,
567, le royaume franc est divisé en trois parts, Austrasie, Neustrie et Bourgogne,
654, fondation du monastère de Jumièges,
687, victorieux à Tertry, Pépin de Herstal réunit la Neustrie et l’Austrasie,
692, fondation du prieuré d’Haspres. La date de 760 est aussi avancée pour cet évènement,
841, les Vikings prennent d’assaut le monastère de Jumièges. Les moines rejoignent le « désert » d’Haspres,
881, le prieuré d’Haspres est incendié par les Vikings.
Dans une version rédigée en 1024 par Foulques, chapelain de l’évêque de Cambrai, Gérard Ier, la gesta episcorum cameracensium cite le village d’Haspres, ici Hasprum. C’est l’une des mentions les plus anciennes qui soit faite d’Haspres, et qui nous soit parvenue.
Le village d’Haspres s’étend au bord de la Selle, une rivière qui, après avoir pris sa source dans le département de l’Aisne, rejoint l’Escaut à Denain. Sur sa rive droite.
L’Escaut occupe une place centrale dans le département du Nord. Longtemps il a marqué la frontière, notamment entre le royaume de France et le Saint Empire Romain Germanique. Sur la rive gauche celui-là, sur la rive droite celui-ci. Dans un paysage loin d’être uniforme, ce fleuve est toujours une limite au-delà de laquelle, après le déroulé monotone des plaines de Flandre, le sol se relève progressivement en direction des Ardennes. Alors les coteaux se redressent et les vallons formés par les affluents se creusent. Certes l’escarpement demeure relatif quand on sait que le point le plus haut du territoire d’Haspres, au lieu-dit La Croix Louis, n’affiche qu’une différence de quarante mètres avec l’altitude de la rivière, mais la pratique du vélo suffit à démontrer la réalité de l’encaissement de la vallée de la Selle. La même remarque peut être faite à propos de celle toute proche de l’Écaillon, un autre affluent de l’Escaut.
Dans les textes du Haut Moyen Âge, Haspres est parfois désigné comme un « locus », c’est-à-dire un « lieu », un « endroit ». Parfois est mentionnée la « villa Haspera », terme faisant référence à une grande ferme gallo-romaine.
À la même époque encore, nous trouvons aussi, et la liste est loin d’être exhaustive, dans divers textes, les mots « Hasper », « Hasprum », « Hasprensis », « Hasperum », substantifs ou adjectifs utilisés pour désigner ce qui aura trait plus tard au village d’Haspres.
Comme pour beaucoup de proches localités, on trouve en ouverture la lettre « h ». C’est le cas pour Haveluy, Hérin, Hordain, Haussy ou Haulchin par exemple. Mais cette lettre est, pour Haspres, parfois omise dans une orthographe longtemps hésitante, tout comme d’ailleurs le « s » final, et, au xviiie siècle, on voit dans des registres paroissiaux mentionnée la paroisse d’« Happe ». Plus singulière assurément, est la sonorité gutturale du toponyme « Haspres », qui évoque un idiome germanique.
L’orthographe varie donc mais l’essence du mot demeure identique et on peut s’interroger sur son étymologie. En dépit d’une consonance inhabituelle dans les parlers d’origine latine, son origine pourrait-elle être tout de même à rechercher de ce côté, et dans ce cas viendrait-elle du mot « asper », qui signifie « dur, âpre, rugueux » ? Serait-ce que la pente pour sortir du lieu avait été jugée d’une telle difficulté qu’elle appelait un tel qualificatif ? C’est peu probable. Serait-ce la nature ingrate d’un sol où les cailloux l’emporteraient sur le limon ? Ici encore l’hypothèse ne paraît guère vraisemblable quand on sait que la terre, dans la vallée de la Selle, loin d’être avaricieuse, se trouve enrichie naturellement par les alluvions de la rivière.
Certains ont recherché dans le nom « Haspres » une origine celtique. « Ars » signifiait, dans ces parlers, rivière et « pre » coupure. Une rivière coupée. C’est effectivement une particularité du lieu, puisqu’à l’entrée du village, la Selle se divise en deux bras qui se rejoignent à sa sortie, formant ainsi une petite île, à l’image de l’île de la Cité dans le cœur de Paris. Sauf qu’il semble bien que cette caractéristique ne soit pas d’origine mais que ce sont les moines qui, pendant le Haut Moyen Âge, créèrent cette dérivation artificielle du cours d’eau…
L’érudit local André Bigotte, de la même manière qu’il s’était prononcé sur l’origine du nom de la commune voisine d’Avesnes le Sec, avance aussi la thèse anthroponymique. Haspres aurait alors été le domaine d’un certain Hasperius ou Haspero ou toute autre forme proche. Une hypothèse tout à fait plausible.
Mais il est une approche tout aussi pertinente, qui amène à rechercher la provenance du nom « Haspres » dans les langues d’origine germanique. C’est celle privilégiée par le professeur Albert Carnoy dans un article publié en 1959 dans la revue internationale d’onomastique, qui rappelle que la racine « asp » désigne, pour ces parlers, « le tremble », comme le montre la traduction de ce mot en anglais : « Aspen ». L’auteur de cet article nous dit encore qu’« aspara » pouvait se traduire par « rivière aux peupliers ». Il n’est pas invraisemblable que, découvrant le site, avec la Selle bordée de peupliers, les Francs dont nous verrons qu’ils occupèrent la région, lui aient donné le nom qui serait plus tard celui d’Haspres.
*
Les abords de l’Escaut ont été précocement occupés par les chasseurs-cueilleurs de l’époque paléolithique, puis continûment par les agriculteurs de l’époque néolithique. La terre y est généreusement fertile ; le fleuve, qui se prête plutôt aisément à la navigation, abondamment poissonneux et la forêt, profonde et giboyeuse à souhait.
Près de Mons, à une soixantaine de kilomètres du confluent de la Selle et de l’Escaut, à Spiennes précisément, un vaste centre d’extraction et de taille de silex a été mis au jour. Il fut exploité durant deux millénaires, jusqu’à 2000 ans avant notre ère. Signe d’une importante présence humaine. Des traces d’occupation préhistorique ont aussi été découvertes à Proville, non loin de Cambrai, ou encore, légèrement plus en aval du fleuve, à Bouchain. Divers objets ont également été retrouvés sur le territoire d’Haspres, généralement près de la rivière, et plus particulièrement aux alentours du hameau de Fleury, des pointes en silex, des grattoirs, une hache polie de l’époque néolithique, des restes de poteries…
Quelques centaines d’années avant notre ère, s’établirent dans la région des populations celtiques. Ce sont les Nerviens que Jules César combattit et dont il décrivit ainsi le mode de vie dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules. « Les marchands n’avaient point d’accès auprès d’eux ; ils interdisaient absolument l’importation en leur pays du vin et des autres produits de luxe, parce qu’ils les jugeaient propres à amollir les âmes et affaiblir le courage ». Un peuple brave, belliqueux, fier et indépendant donc, qu’on ne saurait suspecter de se laisser aller à l’indolence. L’historien romain Tacite dira aussi d’eux qu’ils étaient d’origine germanique.
Le pays des Nerviens, compris entre l’Escaut et la Sambre, était bordé au sud par un vaste massif forestier. Ce peuple gaulois y vivait « retiré » à en croire Plutarque, et demeurait à l’écart des peuplades voisines. Des échanges avaient bien sûr lieu et des pistes avaient été tracées, telle celle qui traversait la Selle à Saulzoir. Mais les communications avec les voisins demeuraient limitées.
À la toute fin de ce premier millénaire avant notre ère, le calme de la forêt nervienne est troublé par les remous qui agitent la Gaule transalpine. À la demande des Éduens, alliés et amis du peuple romain, Jules César intervient en Gaule en 58 avant Jésus Christ pour les protéger des Helvètes qui viennent d’entamer une impressionnante migration vers l’Ouest.
L’année suivante, c’est contre les Belges que marchent les Romains. Au sortir de l’hiver, les légions romaines sont positionnées derrière l’Aisne. Dès les premiers beaux jours, elles mettent le cap sur le Nord. Elles marchent d’abord sur Noviodonum, près de Soissons, puis gagnent le pays des Ambiens, l’actuel département de la Somme, avant de prendre la direction du territoire des Nerviens.
La rencontre avec ces derniers et leurs alliés, Atrébates et Vermanduens, se fit, après trois jours de marche, sur les rives d’une rivière que César appelle la Sabis Flumen.
Pendant longtemps Sabis fut traduit par Sambre. Une autre traduction a vu le jour au cours du xxe siècle, et il est désormais admis que la confrontation entre les Nerviens et les Romains s’est tenue le long de la Selle. Dans un article paru en 1941 dans la revue belge de philologie et d’histoire, le professeur Maurice Arnould, au terme d’une démonstration convaincante, montre en effet que la Sabis est la Selle. Plus précisément, mais là notre chercheur est plus prudent, il écrit qu’il est probable que la bataille se déroula sur le territoire de la commune de Saulzoir. D’une part en effet le terrain correspond là aux indications de César : un cours d’eau d’une profondeur de trois pieds, ce qui fait de l’ordre d’un petit mètre, et, de chaque côté de la rivière, deux collines en pente douce. D’autre part, c’est à Saulzoir, comme indiqué plus haut, que la rivière était coupée par une voie qui desservait le cœur du pays des Nerviens ; un tracé repris et amélioré par les Romains et que l’on retrouve aujourd’hui sous l’appellation de chaussée Brunehaut, la célèbre reine d’Austrasie.
Interprétation qui séduisait notre professeur de latin qui, en 1960, emmena sa classe de 4e, le texte des Commentaires de César à la main, arpenter le site de Saulzoir.
La bataille fut serrée, et si les Atrébates et les Vermanduens qui tenaient l’aile droite et le centre du dispositif gaulois furent bien vite repoussés, il en alla tout autrement avec les Nerviens. Commandés par leur chef Buduognat, ils infligèrent de lourdes pertes aux Romains. César dut s’engager personnellement pour éviter le désastre. Les pertes nerviennes furent sans doute énormes. César, avec sans doute quelque exagération, nous dit qu’après cette bataille, « la race et le nom des Nerviens furent presque anéantis ». Mais admirant leur héroïsme, il « leur laissa la jouissance de leur territoire ».
Battus, massacrés, mais pas résignés, les Nerviens se rallièrent à la révolte menée par Ambiorix et leurs voisins du Nord trois ans plus tard. Encore défaits, et de nouveau contraints à faire leur soumission, ils virent, cette fois, leur pays totalement dévasté par les Romains. Cela ne les empêcha pas de rejoindre, sans plus de succès, l’armée gauloise qui tenta de secourir Vercingétorix enfermé dans Alésia.
*
Après que les tumultes de la guerre ont pris fin, laissant le pays nervien ruiné et saccagé, Haspres et sa région vont connaître une longue période, près de cinq siècles, de tranquillité puis de prospérité. C’est la paix gallo-romaine.
Sans véritable conflit, la Gaule s’intègre peu à peu dans l’Empire. La Nervie gauloise devient la cité des Nerviens, une circonscription administrative entre Sambre et Escaut, que celui-ci sépare de la cité des Ménapiens et de celle des Atrébates, et celle-là de la cité des Tongres. Au sud, les forêts d’Arrouaise et de Thiérache distinguent la Nervie de la cité des Vermanduens et de celle des Rèmes.
Cette époque a laissé de nombreuses traces. Bavai, alors Bagacum, le chef-lieu de la cité des Nerviens, en est un parfait exemple. Là se croisaient sept grandes voies de circulation qui firent de ce lieu un endroit stratégique de première importance pour l’Empire. En route vers la frontière de Germanie, le futur empereur Tibère s’y arrêta en l’an XII de notre ère.
L’une des chaussées qui convergeaient vers Bavai venait de Cambrai. Rectiligne, elle traversait, comme nous l’avons vu la Selle à Saulzoir, deux à trois kilomètres en amont d’Haspres. De ce lieu, un diverticule rejoignait la grande route romaine.
De cette période gallo-romaine subsistent à Haspres quelques vestiges, des pièces de monnaie, des épingles en or découvertes dans ce qui deviendra la fontaine Saint-Achaire, une urne, des vases et des lampions, un dallage en grès qui devait permettre le franchissement de la rivière à l’emplacement de ce qui fut un ancien gué, les traces aussi de ce qui a pu être un système de chauffage par le sol…
À la fin du iiie siècle, après que l’organisation de l’Empire a été remodelée par Dioclétien, la région baignée par la Selle fait partie de la Belgique Seconde, administrée depuis Reims. Dans la cité des Nerviens, Bavai est supplanté, en tant que chef-lieu, par Cambrai. La vie économique de la région tend en effet à se déplacer autour de cette ville et plus généralement le long des rives de l’Escaut.
*
Une centaine d’années plus tard, en 406, une multitude d’envahisseurs venus de Germanie envahissent la Gaule. L’Empire romain d’Occident ne peut faire face. Son dernier empereur, Romulus Augustule, est déposé en 476.
Ceux que l’on appelle les Barbares s’installent donc en Gaule et forment plusieurs entités politiques. Tel est le cas avec les Francs Saliens, qui, à la fin du ve siècle, s’installent tout au long de l’Escaut.
La présence franque est attestée à Haspres par l’existence d’un cimetière de cette époque. Des armes, des bijoux, des vases, y ont été mis au jour. Voilà qui permet, pour le village, de conforter la thèse d’une toponymie d’origine franque.
Avec la division du royaume franc, après la disparition de Clovis, reviennent les temps difficiles et tragiques, pendant lesquels la Neustrie, à l’ouest, et l’Austrasie, à l’est, ne cessent de se déchirer.
Le Cambrésis et le Hainaut relèvent du pouvoir austrasien. Mais la frontière n’est pas loin et la région est régulièrement l’objet d’incursions de troupes neustriennes.
À la fin du viie siècle, c’est une véritable guerre que connaît la vallée de l’Escaut. Ébroïn, le maire du palais de Neustrie, revendique en effet ce territoire qu’il envahit dans les années 680. Cambrai, Solesmes, Famars, Valenciennes sont successivement soumis. C’est alors que le seigneur du Hainaut sollicite le secours de l’Austrasie. Son maire du palais, Pépin de Herstal, le père de Charles Martel, mène la contre-attaque. Rassemblant l’armée austrasienne depuis Metz, il marche vers la frontière neustrienne. Le choc a lieu à Tertry, à l’ouest de Saint Quentin, en juin 687. Pépin est vainqueur et sa victoire permet une réunification du royaume franc sous son autorité.
Cinq ans plus tard, pour remercier Dieu de lui avoir donné la victoire, il fait installer un prieuré à Haspres, « sur les bords de la Selle, dans une vallée sauvage, formée de coteaux légèrement inclinés, au sein de l’antique forêt Charbonnière… ». C’est ce qu’indiquent, en 1871, les historiens Théophile Louïse et Ernest Auger, dans leur ouvrage sur « la ville franche et prévôté d’Haspres ». Un siècle plus tôt, dans son « Histoire ecclésiastique et profane du Hainaut », l’abbé Hossart date, lui, la création du prieuré en 760, et en attribue la paternité à Pépin le Bref. Interprétation rejetée par Louïse et Auger sur la foi, disent-ils, de « documents authentiques ». Authentiques peut-être mais non cités, ce qui fait que les deux versions sont plausibles.
Demeure que le plus important pour notre étude est sans doute de nous interroger sur les raisons du choix du site d’Haspres. Louïse et Auger écrivent que, marchant à la rencontre de son ennemi, Pépin de Herstal traversa la forêt Charbonnière. Peut-être alors passa-t-il dans ce qui allait devenir le territoire du village d’Haspres. Gageons aussi que durent être déterminantes la proximité de Bouchain, lieu de résidence des comtes de l’Ostrevant, et l’équidistance de Cambrai, avec son siège épiscopal, et Valenciennes, pour laquelle est mentionnée l’existence d’une demeure royale dans un texte daté de 693. Le texte de l’abbé Hossart conforte d’ailleurs cette hypothèse : « Ce roi Pépin [le Bref], en action de grâce qu’il était parvenu à la royauté, fonda le prieuré de Haspres, situé entre Valenciennes et Cambrai… ».
692 ou 760, peu importe, la création du prieuré est capitale. Elle est, à dire vrai, fondamentale, au sens premier du terme. C’est elle qui fonde véritablement Haspres.
Autour de ce lieu de prières un village va en effet s’organiser. Et d’abord son paysage. Les opérations de défrichement sont amplifiées et suivies par la mise en culture des terres, propriétés de la communauté monastique. La structuration du terroir, telle que nous la connaissons aujourd’hui, date en large part de cette époque. Dans le même temps, une église est bâtie, auprès de laquelle les vivants se regroupent, et aussi les morts puisque le cimetière est implanté le long de l’édifice religieux.
Conséquence (à moins que ce ne soit la cause…) de l’installation des moines, Haspres occupe une place importante dans l’organisation administrative qui se met en place à la fin du premier millénaire. Rappelons qu’à la suite du traité de Verdun de 843, l’Empire carolingien est divisé en trois parts. La région qui nous occupe, « ce qui est entre l’Escaut et le Rhin…, le Cambrésis, le Hainaut… », est dévolue à Lothaire Ier. Et, sur une carte de ce qui va devenir le pays du Hainaut, le « pagus Hainoensis », on peut voir qu’est mentionné, tout le long de la vallée de la Selle, depuis le confluent avec l’Escaut jusqu’à la frontière avec le Cambrésis, le « vicaria Hasprensis », le « vicariat » étant, à l’époque carolingienne, une circonscription administrative que l’on pourrait assimiler à ce que sont les cantons de nos jours.
L’organisation des institutions religieuses, et tout particulièrement du diocèse de Cambrai, favorise aussi le développement d’Haspres. Le diocèse est en effet divisé en cinq archidiaconés, eux-mêmes partagés en décanats. Compte tenu de sa grande taille, le pays du Hainaut est fractionné en deux archidiaconés, celui du Hainaut proprement dit et celui de Valenciennes, lequel est lui-même divisé en trois décanats, dontcelui d’Haspres.
Le territoire du décanat d’Haspres reproduit en large part celui du vicaria Hasprensis carolingien évoqué plus haut. Ainsi l’église d’Haspres, et son curé qu’on appelle le doyen, occupent-ils une place éminente dans la région, puisqu’une quarantaine de paroisses est sous leur obédience.
*
Revenons quelques instants sur le monastère. Dès sa fondation, il est soumis à la règle de saint Benoît.
Comme c’est l’usage, il relève de l’autorité d’un établissement plus ancien et plus important, au cas d’espèce l’abbaye de Jumièges, en Normandie, une région qui, au ixe siècle, est sous la menace des Vikings. Ceux-ci, profitant du moindre fleuve navigable, pénètrent profondément dans les terres. Les villes et le plat pays sont alors saccagés et pillés. Cela sans épargner, bien au contraire, les abbayes et monastères dont les envahisseurs ont vite compris qu’ils sont des lieux d’accumulation de richesses tout autant que de prières. C’est le cas pour Jumièges en 841. Le 24 mars, l’abbaye normande est incendiée. Les moines s’enfuient et se réfugient « au désert de Haspres où se trouvaient les barrières et les maisons de notre loi » nous dit un auteur anonyme du xiie siècle dans la « Chronique des actes des Normands en France ». Sans doute les réfugiés pensaient-ils que, même si ce lieu était proche d’un fleuve, l’éloignement de sa façade maritime amoindrissait beaucoup le risque d’une incursion viking. Peut-être aussi espéraient-ils que la proximité de l’évêque de Cambrai leur garantirait une protection en cas de problème.
L’option retenue ne fut cependant pas si bonne ! Revenus en 851, les Vikings incendient Denain et en 881, c’est au tour d’Haspres et de son monastère d’être réduits en cendres. Fort heureusement, ce que les moines de Jumièges avaient amené de plus précieux, les reliques de leurs abbés saint Hugues et saint Achaire, avaient pu à temps être mises à l’abri. Il se dit que c’était dans une muche creusée à l’emplacement des remparts à venir.
Face à ces cataclysmes à répétition, et pour pallier l’incapacité des empereurs carolingiens à les protéger, les villes, mais aussi les établissements religieux, entreprennent de se mettre en état de se défendre. Un peu partout on construit des enceintes fortifiées. Remis en état, le monastère d’Haspres est entouré d’un vaste et profond fossé protecteur. Dans le milieu du xie siècle une muraille est élevée, dominée par quatre tours, chacune coiffée d’une guérite pour abriter les guetteurs.
*
Au tournant de l’an mille, Haspres est dans la mouvance du royaume de Germanie que l’Escaut sépare du royaume de France. Beaucoup plus directement, le village relève de l’autorité des seigneurs du Hainaut, plus précisément encore, dans la mesure où il appartenait à la châtellenie de Bouchain, de celle des comtes de l’Ostrevant. On verra que cette règle n’était pas exempte de dérogations et que l’enchevêtrement des compétences rendait les choses plus complexes.
II - L’abbé Thierry fit trop peu attention aux mœurs déréglées de quelques religieux du prieuré d’Haspres
1023, le prieuré d’Haspres est rattaché à l’abbaye Saint-Vaast d’Arras.
1109, le pape Pascal II refuse de faire de la prévôté d’Haspres une abbaye autonome.
1176, le comte de Hainaut, Baudouin V, accorde une charte à la prévôté d’Haspres.
1230, une abbaye de moniales est fondée à Haspres.
1246, Saint Louis attribue le comté de Hainaut à la maison d’Avesnes.
1254, Haspres est incendié par les hommes de Charles d’Anjou.
1289, la prévôté est à son tour détruite.
Dès les premiers temps du xie siècle, l’architecture de la société féodale se met en place. On prête à Gérard Ier, évêque de Cambrai dans les années 1000, l’invention d’une formule appelée à un grand avenir. « Le genre humain a été divisé dès l’origine en trois groupes, les hommes de prière, les guerriers et les agriculteurs ». En latin, oratores, pugnatores, agricultores. C’est, résumée en une formule, la présentation trifonctionnelle de l’ordre social, dont nul, au Moyen Âge, ne conteste la pertinence.
Dans le village d’Haspres, il n’y a de fait que deux de ces composantes qui cohabitent, les religieux et les paysans, qu’on désigne aussi sous le nom de manants, rustres, croquants, etc. La doxa d’aujourd’hui dirait dominants et dominés.
Combien y a-t-il de moines ? Impossible de le savoir avec précision. Sans doute ne sont-ils pas très nombreux. Haspres n’est qu’une annexe, et les effectifs ne peuvent guère être comparés à ceux que l’on pouvait compter dans une abbaye mère qui pouvait en regrouper plusieurs centaines. Ils étaient de l’ordre d’une vingtaine de frères, peut-être un peu plus, qui composaient sans doute la prévôté d’Haspres. Prévôté puisqu’à sa tête était placé un prévôt.
Même si le 48e chapitre de la règle de l’ordre de saint Benoît rappelle aux moines qu’ils doivent « s’adonner à certains moments au travail manuel », la prière et la participation aux offices étaient au cœur de leur vie quotidienne. Ils s’adonnaient aussi à l’écriture comme le révèle la rédaction d’une vie de saint Hugues et de saint Achaire. Les autres travaux, notamment ceux des champs, n’occupaient de fait qu’une portion très congrue de leur temps, ce qui rendait nécessaire de recourir aux manants du village. L’interdépendance était donc forte entre ces deux catégories de la population.
Les moines donnaient aussi probablement quelques rudiments d’instruction aux enfants du village. Rappelons qu’un capitulaire de Charlemagne, daté de l’année 789, demandait aux religieux de créer des écoles « pour apprendre à lire aux enfants ». Sans aucun doute, pour ce qui est du prieuré d’Haspres, les enseignements n’étaient, ni en intensité ni en qualité, à la hauteur de ceux que délivrait la très réputée école monastique de la proche abbaye de Saint-Amand, mais tout de même y avait-il là une contribution à l’éducation du peuple qui devait aller au-delà de la seule transmission de l’histoire et des valeurs religieuses.
En revanche, deux conciles, en 1130 et 1131, avaient interdit aux religieux l’exercice de la médecine des corps à laquelle ils s’adonnaient jusqu’alors.
Au tournant de l’an mille, il semble bien que les préceptes de la règle de saint Benoît soient quelque peu oubliés et que la discipline monastique se soit relâchée. C’est ce que constate et regrette l’évêque Gérard dont nous venons d’évoquer la pensée.
La « gesta episcorum cameracensiuum » raconte que, se rendant à Haspres avec l’abbé Leduin de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras, Gérard fut indigné par le comportement des moines qu’il y rencontra. « Les frères s’adonnaient librement au relâchement du siècle, vivant de manière irrégulière ». Gérard et Leduin déplorèrent que « l’abbé [de Jumièges] avait très rarement l’habitude de [leur] rendre visite », ce que confirme une histoire de l’abbaye royale de Jumièges, « l’abbé Thierry fit trop peu d’attention aux mœurs déréglées de quelques religieux du prieuré d’Haspres ».
Pour remédier à cette situation, l’évêque imagine alors de rattacher la prévôté d’Haspres à une abbaye plus proche, en l’occurrence Saint-Vaast d’Arras, dont on a vu au demeurant que l’abbé accompagnait l’évêque dans sa mission d’inspection. En échange Saint-Vaast d’Arras devait transférer à l’abbaye de Jumièges les droits qu’elle avait sur le prieuré d’Angicourt, dans l’actuel département de l’Oise.
Cette transaction, qui permettait aussi d’amener le prieuré d’Haspres dans le giron du comte de Flandre Baudouin IV, alors en même temps comte de Hainaut, ne fut pas aisée à réaliser et il fallut la menace d’une intervention armée du comte de Flandre, pour amener les deux abbés à s’entendre. Le 13 janvier 1023 c’est toutefois chose faite. Ce jour-là, à Rouen, en présence du roi de France Robert II dit le Pieux, l’acte est scellé qui transfère la tutelle de « cellam quae dicitur Haspera » à l’abbaye de Saint-Vaast. Pour ce qui est des reliques, Saint-Vaast s’engageait à restituer à Jumièges les bras, tant de saint Hugues que de saint Achaire, qu’ils gardaient chez eux, après qu’ils avaient été séparés des corps. Ainsi Jumièges aurait les bras, Arras vraisemblablement aussi quelques parties du corps. Mais, et c’est pour nous le plus important, la prévôté d’Haspres pouvait conserver des reliques des deux saints, pour son plus grand bénéfice, comme nous le verrons plus loin.
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De manière indirecte, la prévôté d’Haspres allait être mêlée aux controverses qui accompagnèrent le mouvement de réforme monastique engagé aux XIe et xiie siècles. En 1109 en effet, la réforme clunisienne est introduite à l’abbaye de Saint-Vaast. Mécontents, certains moines arrageois demandèrent alors au pape qu’Haspres leur fût réservé, qu’ils puissent en choisir leur abbé et être de la sorte affranchis de toute forme de tutelle d’un établissement de l’ordre de Cluny. Refuge des religieux attachés à la règle bénédictine originelle, Haspres serait ainsi devenu une abbaye autonome.
Dans le doute de ce que serait la réponse papale, ceux de Saint-Vaast qui s’étaient ralliés à Cluny rédigèrent une fausse bulle, attribuée, quelque cent ans après sa mort, à ce même Benoît VIII qui avait enregistré le transfert de la prévôté d’Haspres de Jumièges à Arras ! Ce texte apocryphe, daté de 1021, proclamait qu’Haspres serait toujours soumis à l’autorité de l’abbé de Saint-Vaast, qu’il n’aurait jamais d’abbé distinctif, mais serait de tout temps administré par un prévôt de l’abbaye arrageoise.
Tricherie totalement inutile car le pape alors aux affaires, Pascal II, avait décidé, dès l’année 1100, de ne jamais nommer un abbé particulier dans les maisons religieuses soumises à Cluny. La centralisation de l’Église en général, et de l’organisation monastique en particulier, était alors un courant trop fort pour tolérer que des prieurés acquièrent une quelconque indépendance. Haspres ne serait, et ce définitivement, qu’une annexe de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras.
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Le Moyen Âge est friand de reliques. Celles de saint Achaire, un abbé de Jumièges du viiie siècle, sont particulièrement vénérées. Très tôt on leur prêta en effet le pouvoir de soigner les désordres mentaux, « la frénésie et la rêverie », comme l’écrira au Moyen Âge le chroniqueur valenciennois Jean Froissart, mais aussi, plus généralement les maux de tête. Celles de saint Hugues n’étaient pas en reste et le champ des pouvoirs prêtés aux deux saints était d’ailleurs plus large que les maladies de la tête et de l’esprit, puisqu’en 1008, leurs reliques furent envoyées à Valenciennes pour conjurer l’épidémie de peste.
Ces ossements furent dès lors la source de profits substantiels. Nombreux furent ainsi ceux qui vinrent se recueillir auprès de ces reliques et accorder à la prévôté des dons, en espèces ou en nature. Dans « le Jeu de la Feuillée », une pièce de théâtre satirique écrite par Adam de la Halle, un trouvère arrageois dont les œuvres sont passées à la postérité, et représentée à Arras le 3 juin 1276, il y a, parmi les personnages, un moine d’Haspres qui prétend guérir les maladies mentales avec l’aide des reliques de saint Achaire dont il transporte quelques éléments : « Seigneurs, messire saint Achaire est venu ici vous faire visite. Approchez donc tous pour le prier et que chacun verse son offrande… J’en vois souvent des plus idiots venus à notre monastère d’Haspres… car la relique est de grande vertu ; et avec une petite pièce de monnaie vous pouvez vous faire bien voir du saint ».
Durant le Moyen Âge, les pèlerins affluèrent. Et les offrandes se multiplièrent. Pour le plus grand profit des religieux d’Haspres, et plus généralement du village qui pouvait lui aussi tirer parti de la manne que représentait cette forme de tourisme religieux. À la fin du xiie siècle, un hôtel est d’ailleurs ouvert, probablement dans les murs de la prévôté, pour accueillir les pèlerins. En 1218, à l’initiative de l’abbé de Saint-Vaast, un hôpital voit aussi le jour pour accueillir les malades qui venaient prier pour bénéficier de l’intercession du saint.
