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Il est à la tête d’une multinationale, elle est héritière d’une des plus grosses fortunes des États-Unis. Il est brillant dans ses entreprises, mystérieux et insaisissable. Elle est dévouée à son travail, intelligente et inaccessible. Il est célibataire. Elle veut faire plaisir à son père. La chance les fait se rencontrer. Rien ne les destinait à se retrouver ensemble. Ils sont aussi opposés l’un à l’autre que parfaitement complémentaires. Pour des bagatelles, ils vont décider d’unir leur vie. Ce n’est pourtant que le début d’une histoire…
À PROPOS DE L'AUTEURE
Amandine Weber est une auteur née le 12 mai 1991 en région parisienne. Elle y passa dix-neuf années de sa vie avant de déménager dans le Sud (dans l'Hérault). Elle a ensuite été à Nîmes et habite depuis peu à Bordeaux. Titulaire d'un bac S, elle a intégré l'année suivante une classe préparatoire ECS avant d'entrer en école supérieure de commerce. Amandine Weber entretient des liens privilégiés avec les membres de sa famille proche. Elle a une petite sœur de trois ans sa cadette et un petit frère qui a onze années de moins qu'elle. Ses parents se sont mariés quand elle avait dix-huit ans et elle fut le témoin de sa mère. Elle a eu un grave accident en compétition de judo (qu'elle avait gagné d'ailleurs) lorsqu'elle avait quatorze ans. Depuis, elle écrit. Son premier roman a été achevé alors qu'elle n'avait pas encore passé son bac. Autrice de Mon boss & Moi, Amandine Weber, continue d'écrire car sa passion ne s’éteint pas alors qu’elle publie, avec Épouse-moi si tu l’oses, son cinquième roman. Elle s’intéresse a beaucoup de choses, et écrit également des scénarios, des fanfictions sans compter ses romans dont la moitié n’a pas encore été publiés. Elle adore également les chiens (elle a un dogue de Bordeaux), la couture, le théâtre, le cinéma et… le Champagne !
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Veröffentlichungsjahr: 2021
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Épouse-moi si tu l’oses
Amandine Weber
" A ma maman,
la première et la meilleure de mes lectrices.
Première rencontre
S’il y avait bien une chose que ne supportait pas Alexi, c’était l’hypocrisie mondaine. Pourtant il en avait l’habitude, étant milliardaire depuis plus de dix ans, millionnaire depuis l’enfance, Alexander Vasilis y était accoutumé. Mais rien n’y faisait, le temps n’aidait pas et il ne se faisait pas à cette ambiance plus que douteuse. Tous ses partenaires commerciaux le savaient et leur comportement s’en ressentait, mais rien n’y faisait ; c’était comme si l’hypocrisie faisait partie des travers inaliénables de l’humanité.
Pourquoi venait-on toujours l’importuner alors qu’il se tenait tranquille et ne demandait, pour une fois qui plus est, rien à personne ? Pourtant ce mariage ne réunissait – quasiment – que des hommes et des femmes tous plus riches les uns que les autres. C’était à n’y rien comprendre. L’homme d’affaires ne voulait pas comprendre d’ailleurs. Plutôt se taper lui-même la tête contre un mur. En tout état de cause, il en avait assez qu’on vienne lui demander d’examiner tel projet pour investissement. Il avait des bureaux d’études pour cela, il ne s’en chargeait pas lui-même ! En tout cas pas pour les premiers écrémages… et s’il n’y avait que cela…
Les mains dans les poches dans son pantalon de smoking hors de prix sur-mesure, le jeune homme observait sans vraiment y prêter attention Central Park qui s’ouvrait devant lui. Il fut arraché à ses sombres pensées par une douce main sur son épaule. D’un coup d’œil, le milliardaire s’avisa de la présence de sa femme qui lui sourit, magnifique dans sa robe Chanel.
- Que se passe-t-il ? Alexi, tu pourrais faire un effort, nous sommes au mariage de ton meilleur ami et tu fais la tête comme si nous étions à son enterrement.
Face au ton un peu sec et réprobateur de Nina, Alexi fronça les sourcils. Il savait que parler de ses états d’âme à sa femme ne servirait à rien. Puis ce n’était guère dans sa nature de s’épancher. Autant tout rapporter au travail, comme il en avait l’habitude.
- J’ai reçu un appel d’Athènes pour la fusion de…
- Ha ! se récria-t-elle. Ne me parle pas de travail ! Ce n’est vraiment pas le moment ! Regarde autour de toi ! Tout le monde s’amuse et passe un agréable moment, sauf toi qui boudes on ne sait trop pourquoi dans ton coin et moi parce que mon mari me délaisse. Tu sais quoi ? Je ne t’ai pas épousé pour ça !
Sans rien ajouter, la jeune femme s’éloigna.
Tentant de ravaler son agacement, le milliardaire grec serra les poings et les mâchoires une seconde avant de respirer profondément. Il aimait son épouse, profondément et sans doute même un peu trop, mais il y avait des aspects de sa personnalité qu’il ne supportait pas : son égocentrisme en faisait partie.
Néanmoins, Nina avait raison quant au fait qu’il devait se civiliser un peu. Jake ne se marierait pas tous les jours, d’autant plus qu’il était son témoin. Son meilleur ami était un grand homme d’affaires, comme lui, les deux hommes s’étaient rencontrés le premier jour de leur cursus à Dartmouth et ne s’étaient plus quittés depuis. Certes leur vie professionnelle les avait un peu séparés, lui en Europe et Jake en Amérique, mais ils se voyaient très souvent grâce aux nombreux voyages de l’un et de l’autre.
- Ha, te voilà ! lui sourit son meilleur ami lorsqu’il l’aperçut quelques secondes plus tard, une coupe de Champagne à la main. Encore au téléphone ?
Alexi se laissa doucement à sourire.
- Oui, mais rien de bien important.
- Hmmm, fit le jeune marié, guère convaincu, enfin bref, viens que je te présente ma cousine, tu ne la connais pas, mais elle fait ses études à Oxford.
- Olivia, c’est ça ? se souvint-il.
- Oui ! l’attrapa-t-il par les épaules. Tiens, justement la voilà. Et c’est grâce à elle si nous avons le Plaza aujourd’hui.
- Mais je croyais que…
- Non, Laura s’était renseignée, mais il y a trois ans de délais, il me semble.
- Pardon ?
- Ouais, enfin des trucs de filles et Laura n’en démordait pas : c’était le Plaza ou on attendait.
- Les femmes ! se moqua gentiment Alexi.
- C’est ça, marre-toi ! Moi en attendant, ma femme ne m’a pas fait une crise parce que je lui ai offert une lune de miel sur un yacht et pas à Saint-Tropez ou je ne sais plus quel site touristique pour milliardaires.
Alexi se rembrunit à ce souvenir. Les caprices de diva de sa femme le rendaient fou… heureusement qu’il l’aimait.
Ils arrivèrent finalement face à une magnifique jeune fille d’une petite vingtaine d’années. Grande, entre le châtain et le blond, des yeux gris-bleu rieurs, la peau claire des origines britanniques de la famille ressortait particulièrement chez elle. Et son accent confirma à Alexi son ascendance anglaise si l’indice de ses études n’avait pas aidé.
- Liv ! Voici Alexi, donc.
- Olivia Pound, lui tendait-elle la main en souriant. Je suis heureuse de pouvoir enfin vous rencontrer en personne, cela fait des années que j’entends parler de vous aux réunions de famille.
- Alexander Vasilis. Enchanté.
La cousine de Jake éclata de rire. La fraîcheur de la jeune fille détendit Alexi.
- Il ne m’avait par contre pas prévenu que vous n’aviez pas d’accent. C’est amusant, je m’étais figurée que ce serait le cas puisque vous êtes grec.
- Je parle votre langue depuis ma petite enfance, avec mes parents, je n’ai aucun mérite…
- Haaaa, arriva Laura un large sourire aux lèvres avant d’énumérer : mon mari, son meilleur ami et la personne grâce à qui ce mariage est parfait ! Liv, je te serai à jamais redevable pour…
- Hahaha, rit Liv, arrête avec ça ! Je te répète que ce n’est pas moi qui t’ai obtenu le Plaza, mais ma meilleure amie… elle connaît je ne sais plus quel actionnaire du groupe El-Ad…
La douce anglaise se perdit dans ses souvenirs, à la recherche du nom qu’elle avait sur le bout de la langue.
- Enfin bref, reprit-elle, toujours avec le sourire. Donc Laura, ce n’est pas moi que tu dois remercier, mais Amy…
- Peu importe, si je la rencontre un jour, je la remercierai, mais en attendant c’est toi que j’ai sous la main et il me semble que tout est grâce à toi, alors merci ! Merci, merci, merci !
Les deux femmes s’éloignèrent en riant.
Jake se tourna vers son meilleur ami.
- Haaa, les femmes ! répéta-t-il en riant.
Alexi acquiesça.
Le téléphone vissé sur son oreille, ses talons martelant le sol du hall du Plaza, Amy essaierait de penser à autre chose qu’à son mal de tête. La journée avait été longue et elle prenait l’avion ensuite pour retrouver son père à San Francisco pour la réunion d’elle ne savait plus trop quoi… il serait toujours tant de travailler dans l’avion.
« À défaut de dormir », songea-t-elle en soupirant.
- Et alors tu arrives quand ? lui hurla Liv dans le tympan.
- Je suis dans le hall, calme-toi ! Tu as de la chance que…
- Haaaaaa, j’arriiiiiiiiiiiiiiiiiiiiive, s’extasia-t-elle en raccro-chant.
Ok, son amie avait trop bu.
À peine eut-elle raccroché que son portable sonnait de nouveau. Voyant le nom de son interlocuteur, la jeune fille soupira et coupa la sonnerie, décidée à oublier son correspondant.
- AMYYYYYYYYYYYYYYYYYYYY, cria de nouveau Olivia, de vive voix cette fois.
Amelia adorait sa meilleure amie, il n’y avait aucun problème, son enthousiasme et sa gentillesse à toute épreuve d’ordinaire la réjouissaient et lui redonnait le moral… mais pas aujourd’hui.
Elle était trop fatiguée. Sa vie était trop compliquée et tout allait de travers. Puis elle n’avait pas envie.
Liv se jeta dans les bras, l’embrassa puis la dévisagea. La petite anglaise perdit son sourire.
- Qu’est-ce qu’il se passe ?
Ha oui, elle avait oublié la perspicacité de son amie.
D’un geste de la main, Amy lui fit comprendre que ça n’avait pas d’importance.
- Je dois repartir vite, je ne peux pas me permettre de rater l’avion, Papa m’attend. Le mariage de ton cousin s’est bien passé ?
- Ouiiiiiiiiiiii ! C’était magnifique ! Encore merci !
- Je t’en prie, c’est normal.
- Tu as le temps de boire un verre ? l’interrogea son amie en l’entraînant vers la salle.
Le service de sécurité de l’hôtel plus celui sans doute de la famille du marié les laissèrent passer sans poser de questions. De toute façon, la jeune fille venait régulièrement ici et son amie faisait partie des invités. Ils n’avaient aucune raison d’intervenir.
Amy rangea son portable dans son sac à main puis jeta un rapide coup d’œil à sa montre.
- Je vais plutôt prendre un café, mais oui, je peux t’accorder dix minutes voire un quart d’heure !
- Tu es géniale ! Va te chercher ton café, je fais chercher mon cousin et sa femme.
Amy sourit doucement puis soupira discrètement avant de se tailler une place parmi les invités. Alors qu’elle atteignait le bar, une femme se tordit la cheville à ses côtés à cause d’une bousculade entre deux jeunes hommes sans doute un peu ivres du côté du bar. La pauvre se rattrapa comme elle put sur Amy qui glissa à son tour. Le bruit figea toutes les conversations et l’attention se porta sur les deux femmes à terre. Évidemment, un malheur n’arrivant jamais seul, le cocktail de l’invitée se déversa sur son chemisier en soie blanc.
La journée se poursuivait donc en accord avec son commencement : pourrie !
En tombant, Amy se tordit la cheville et grimaça alors que la femme devait aussi s’être fait mal au cri mi-indigné mi-douloureux qu’elle poussa.
Rapidement, des gens – tant des invités que du personnel – se précipitaient pour les aider. La magnifique femme blonde dans sa somptueuse robe longue jaune Chanel (elle l’aurait juré) pesta en se relevant puis se tourna vers Amy en l’injuriant. Comme si tout était de sa faute.
- Non, mais regardez ce que vous avez fait à ma robe ! Vous auriez pu faire attention !
Les trois quarts de son cocktail s’étaient déversés sur sa tenue à elle, c’était cette perche blonde qui l’avait fait tomber, mais en plus cette garce avait le toupet de s’en prendre à sa personne !?
Un homme magnifique arriva à cet instant et prit la blonde par la taille, comme pour la calmer, tout en lui demandant ce qu’il venait de se passer. Amy ravala sa rage et fixa stupidement le nouvel arrivant, sans doute une seconde de trop car l’inconnu capta son regard. Heureusement, Liv arrivait également et la détourna de sa gêne. Était-ce de sa faute si ce magnifique et ténébreux brun était le plus bel homme, le plus viril (elle frissonna), qu’elle eut vu de sa vie ?
- Amy, ça va ?! Qu’est-ce qu’il s’est passé ? arriva Liv, inquiète.
- Je ne sais pas… j’ai juste eu le temps de voir cette adorable personne me tomber dessus avec son Bloody Mary.
- Non, mais ! hurla l’autre, outrée. Vous n’allez quand même pas faire croire que…
- Calme-toi, l’incita l’inconnu en costume.
Sur ces contrefaits arrivèrent Jake, Laura et le responsable événementiel du Plaza. Amy tenta de faire un pas, mais sa cheville la rappela à sa raison et la jeune fille grimaça.
- Tu es blessée ? s’inquiéta aussitôt Liv, qui ne ratait jamais rien.
- Ce n’est rien, juste ma cheville.
- Que s’est-il passé ? intervint l’employé du grand hôtel new-yorkais.
- Ha enfin ! fit toujours la grande blonde, enfin on s’occupe de ma personne ! Figurez-vous que des invités m’ont bousculée et que je suis tombée sur une de vos subalternes ! À cause d’elle, ma robe et fichue ! ragea-t-elle en désignant successivement Amelia et ses jambes.
- Subalterne ? murmura Liv en arquant un sourcil.
Sa réflexion eut le don de faire sourire Amy qui en oublia son agacement. Son changement d’attitude fut clairement perçu par l’inconnu aux origines méditerranéennes, elle en était certaine. Cependant, il n’eut guère le temps de dire quoi que ce soit car, alors que l’attention générale s’était portée sur le pauvre responsable de salle, ce dernier se tourna vers Amy.
- Mademoiselle Guess, je vous présente toutes mes excuses pour ce malheureux incident… j’espère que vous n’êtes pas blessée… je vais tout de suite vous faire préparer une suite et vous envoyer une gouvernante pour vos vêtements, vous…
- Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Ce n’est qu’un malheureux incident, cela arrive. Veillez à ce que cette dame trouve de quoi se changer et faites en sorte que sa robe soit nettoyée. Vous mettrez ça sur ma note.
- Bien évidemment mademoiselle… cependant, cela restera à notre charge pour nous excuser de la gêne occasionnée. Puis-je faire autre chose ?
- Rien, merci, je suis pressée… mon taxi doit m’attendre dehors. J’appellerai ce soir pour un compte-rendu.
- Bien mademoiselle, laissez-moi vous raccompagner…
- Laissez cet honneur à mon amie, s’il vous plaît, sourit Amy en posant sa main sur le bras de Liv qui souriait également.
- Bien entendu. Bonne soirée, mademoiselle Guess.
- Merci (elle se tourna vers Jake et Laura) et vous devez être le cousin de Liv. Toutes mes félicitations, j’espère qu’on se reverra et que nous aurons le temps de discuter. Liv ?
Grimaçant et s’appuyant discrètement sur son amie, la meilleure amie d’Olivia Pound quitta la salle de réception avec cette dernière, sous les regards plus ou moins interloqués, ravis ou amusés des convives.
- C’était qui ? murmura Nina, blême.
- Amelia Guess, je suppose, sourit Laura. Celle grâce à qui nous avons eu le Plaza pour le mariage.
Alexi lâcha Nina qui venait encore une fois de provoquer un scandale. Ravalant sa colère, il préféra ne rien dire alors que l’homme apparemment représentant du Plaza ici s’adressait à sa femme.
- Excusez-moi madame, je vais vous escorter pour que nous puissions nous charger de votre robe… en attendant, je vais faire venir la responsable boutique de notre hôtel qui saura vous trouver de quoi vous vêtir en attendant que nous réglions votre… problème.
Voyant qu’elle allait encore râler, Alexi prit les devants et la fusilla du regard, la dissuadant de faire encore un éclat.
- Merci monsieur. Elle vous suit.
- Tu…
Le regard glacé de son époux la dissuada de poursuivre. Il glissa entre ses dents :
- Tu t’es suffisamment fait remarquer pour ce soir. Sors avec le peu de dignité qu’il te reste.
Le fusillant à son tour du regard, la mannequin quitta la salle. Alexi la suivit de quelques pas, mais bifurqua vers la sortie de l’hôtel pour trouver la fille blessée. Le milliardaire la trouva devant l’hôtel alors qu’elle montait en voiture, toujours en pleine conversation avec Liv.
- Bonsoir, s’approcha-t-il.
Ses profonds yeux gris-bleu se levèrent vers lui, son trouble fut perceptible, mais la jeune fille se reprit rapidement, trop rapidement. Étrangement, le Grec fut subjugué par son regard. Une peau pâle, mais plus laiteuse qu’anglaise, elle devait avoir des origines italiennes ou françaises comme semblait le confirmer sa chevelure brune presque noire relevée en un chignon strict. La jeune fille dans son tailleur tâché était beaucoup plus jeune qu’il ne l’avait cru au premier abord. Plus jeune encore que son sourire l’avait laissé croire quelques minutes auparavant. Elle devait en réalité avoir le même âge que la cousine de Jake. Ce qui paraissait parfaitement logique en y songeant puisqu’il s’agissait de sa meilleure amie.
- Bonsoir.
- Alexi ? l’encouragea Liv.
- Mademoiselle, je m’excuse pour la conduite de mon épouse et vous remercie pour vos largesses, mais cela sera inutile.
Amelia scruta son regard, ouvrit la bouche puis la referma avant de répondre finalement.
- Je ne veux pas d’incident, ce sont des bagatelles.
- Cela est tout à votre honneur, mais ne vous en faites pas, je vais gérer cela.
La jeune fille jeta un coup d’œil à Olivia, mais il ne perçut que son haussement d’épaules, toute sa concentration tournée vers la jeune fille dans la voiture.
- Très bien, je vais vous faire confiance. Bon, elle regarda sa montre, il est temps que je parte. L’avion ne m’attendra pas. Liv, on se voit la semaine prochaine à Londres ?
- Ouaip, je t’appelle… et fais soigner ta cheville en arrivant !
La fille aux yeux bleus lui sourit et claqua la porte de la voiture en lui faisant un clin d’œil. Le moteur démarra et la voiture s’éloigna.
Olivia soupira. Alexi haussa un sourcil interrogatif en la regardant. La cousine de son meilleur ami s’en aperçut. Elle soupira avant de rentrer dans l’hôtel.
- Elle est têtue !
- Elle s’est blessée en tombant ?
- Amy s’est tordue la cheville, mais elle ne prendra pas le temps de la faire regarder par un médecin, je la connais.
- Ce n’est pas la fin du monde.
Liv lui jeta un étrange regard.
- C’est bien le genre de remarque qu’elle me ferait. Tu sais quoi ? poursuivit-elle. Je suis certaine que nous allons devenir des amis !
Surpris une seconde par le ton familier, Alexi sourit.
Puis retrouva son visage froid lorsqu’il songea à la scène que Nina ne manquerait pas de lui faire après la soirée.
Quelques jours de vacances
Jour 1 : arrivée en Angleterre
Point de vue d’Amy
- Papa, tu es sûre que ça va aller ? je m’inquiète pour la millième fois au moins depuis ce matin.
Je termine d’éteindre mon ordinateur dans mon bureau et de ranger mes affaires. Papa fume tranquillement son cigare dans le canapé de mon bureau en me regardant faire. Il m’énerve quand il est si calme.
Il est tout le temps aussi calme. Donc je m’agace souvent. Mais jamais après lui. Je l’aime trop pour ça.
- Ma chérie, je travaillais déjà que tu n’étais pas née, je te promets que je saurais me débrouiller quatre jours sans toi.
Gnagnagna.
- Je sais, mais tu es…
Comment le dire de manière diplomatique ?
- … plus faible qu’avant.
Il me regarde un moment puis il doit voir que je suis vraiment inquiète. Je suis inquiète depuis cinq ans, depuis qu’il a eu sa tumeur au cerveau.
- Ne t’inquiète vraiment pas ma petite Amy, se lève-t-il en venant me prendre dans ses bras, je vais bien. Mise à part la réunion à Kyoto lundi, tu ne vas rien manquer d’important. On se retrouve là-bas mardi de toute façon… tu as aussi le droit de prendre des vacances ! Quand est-ce que c’était la dernière fois que tu as pris des vacances ?
Euh… Joker ?
Ma grimace doit être éloquente parce qu’il éclate de rire.
- Tu vois ? Tu dois profiter de la vie ma chérie et pas que travailler.
- Mais j’adore travailler avec toi ! j’hoquète.
- Je le sais bien, rit-il. Mais tu dois vivre d’autres choses. Au fait, Jason te rejoint là-bas ?
Hein ? Mais pour quoi faire ?
- Bin non, pourquoi ? je m’étonne.
Mon père semble tout à coup aussi surpris que moi.
- Bin, c’est ton fiancé, je pensais que tu passerais ces quelques jours avec lui…
Bizarrement, ça ne m’a même pas traversé l’esprit de lui demander. Je suis une fiancée pitoyable. Baf, pas grave, Jason en a après mon argent et mon cul. C’est vulgaire, mais c’est vrai. Il se vexera, mais il se calmera. Moi en attendant, j’ai la paix. Puis j’ai envie de profiter de ma meilleure amie sans l’avoir sans arrêt dans les pattes.
- Bon, je vais y aller Papa… appelle-moi si tu as le moindre problème.
Il me prend dans ses bras. J’adore son odeur de cigare et d’après-rasage. J’aime ses bras rassurants. J’aime mon père.
- Ne t’inquiète pas ma fille, me répète-t-il encore. Tout va bien se passer. Je t’aime.
Je lui souris, il sait que j’ai besoin d’être rassuré. Il est la personne que j’aime le plus au monde, celui en qui j’ai le plus confiance. Je ne veux pas le décevoir, jamais.
Il m’a tout donné. Je lui dois tout.
Je suis tellement fière d’être sa fille.
Le cœur un peu plus léger, je quitte le siège social de Guess Group, ma valise à roulettes d’une main, mon sac à main dans l’autre et mes lunettes de soleil sur le nez.
Je ne sais pas ce que je déteste le plus : les embouteillages ou l’attente entre l’enregistrement des bagages et l’embarquement. Bref, tout ça prend beaucoup de temps. En plus j’ai eu la bonne idée de laisser mon vernis à ongles dans mon sac à main. Comme si j’étais une terroriste parce que je n’ai pas les ongles manucurés !
J’en ai pour quasiment onze heures de vol et même en première classe : c’est long !
En plus j’ai de gros problèmes pour dormir, je suis insomniaque depuis que j’ai vu ma mère mourir petite… bref, c’est pas la joie. En fait, ce sont plus des angoisses que de l’insomnie. Même si le résultat est le même : je ne dors pas !
Il y a huit heures de plus à Londres qu’à San Francisco, le vol dure presque onze heures et je suis partie à seize heures… il sera donc à peu près dix heures du matin quand j’arriverai à Londres… une voiture de location devrait m’attendre sur le parking… en théorie j’en ai pour un peu plus d’une heure de trajet jusque chez Liv dans le Somerset, mais on va compter deux heures parce que j’ai un sens de l’orientation pourri et que je me perds même avec un GPS… compte tenu de tout ça… je devrais retrouver mon amie vers midi.
Juste à temps pour le déjeuner.
Si tout va bien.
Après avoir récupéré ma valise et les clefs de ma voiture de location. J’ai une préférence pour les Jaguar, je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Bon, là, je n’ai pu avoir qu’une Tesla, le modèle S, bon, ça va, elle est classe cette voiture ! Et surtout elle a le volant à gauche ! Autant ça ne me dérange pas de conduire « à l’envers », mais la boîte de vitesse et le volant à l’envers, non définitivement, je beugue carrément.
J’ai l’organisme gorgé de café et je tremble en prenant le volant, mais ce n’est pas grave, au moins je vais pouvoir conduire malgré la fatigue. J’ai de la chance, il fait beau. Remarque, en plein mois d’août, c’est mieux. Même si j’ai pris une douche dans l’avion et que je me suis changée, j’ai hâte d’arriver. D’une main, je cherche mes lunettes de soleil dans mon sac à main, ça devient urgent, le soleil m’éblouit. Finalement, radio à fond, je chante à tue-tête en sortant de Londres, direction Runwell, le château familial du fiancé de Liv, Percival. Je l’ai rencontré plusieurs fois, ce comte britannique. Et je l’aime bien. J’aime la façon dont il regarde Liv surtout. Ça se voit qu’il l’aime. Et même si je ne l’ai vu qu’à trois reprises, ça me suffit parce que l’amour qui les lie est tout ce qui compte.
Finalement, cette heure de route est des plus agréables. Il fait chaud et le ciel est bleu ! Que demander de plus ? Mon téléphone sonne alors que mon gentil GPS m’a bien entraîné sur les bonnes routes.
- Allo ? je décroche avec le Bluetooth de la voiture (vive la technologie !)
- Tu es arrivée ? me fait la voix de mon père.
- Presque Papa. Je viens d’entrer dans le Somerset.
- Très bien. Tu m’appelles quand tu es installée ?
Je ris. J’ai l’impression d’avoir dix ans avec lui. Qu’est-ce que je l’aime !
- Oui, Papa, ne t’inquiète pas. Dès que je suis dans ma chambre et que j’ai dit bonjour à tout le monde.
- Embrasse Liv de ma part. Et excuse-moi auprès d’elle de ne pas être là.
- Ce sera fait… mais elle le sait, ne t’inquiète pas. Et tu seras là au mariage, c’est tout ce qui compte.
- Bisous ma chérie et fais attention.
- Toujours. Au revoir.
Nous raccrochons.
Musique de nouveau à fond, chantant à tue-tête des musiques passant à la radio qu’on finit par connaître par cœur tant on les entend, j’appuie légèrement sur l’accélérateur.
Il est midi moins le quart lorsque j’arrive finalement devant le château familial des Jones. Et comme je ne sais pas où me garer, j’arrête la voiture devant l’entrée. De style Henri VIII (enfin, je pense), l’entrée se trouve au centre du château en pierres claires. Sur deux étages, deux ailes de part et d’autre d’une espèce de tour centrale rectangulaire avec deux petites tours rondes aux mâchicoulis aux sommets, de très grandes fenêtres… cet endroit est magnifique. La double porte d’entrée en bois sculpté est arrondie avec la pointe au sommet. Je ne connais pas les termes d’architecture, mais cet endroit est un bijou, sans compter qu’il doit être entretenu si l’on tient compte du fait qu’il doit avoir plus de cinq cents ans.
Je coupe le contact après avoir baissé le son de la musique puis je sors de la voiture toujours en scrutant les alentours. La droite de la demeure est entourée par la forêt… la gauche, on voit des champs et de la campagne à perte de vue. Il y a même, je pense, une petite ville au loin.
Mon Dieu, nous sommes vraiment au milieu de nulle part ! Inquiète, je sors mon portable que je viens à peine de remettre dans mon sac à main… ouf, heureusement, on capte ici ! Ce n’est pas Londres non plus, mais au moins, j’ai droit à du réseau.
Les portes s’ouvrent alors que j’ouvre le coffre et en sors ma valise. Liv se précipite vers moi, trois énormes chiens sur ses traces.
- ENFIN TU ES LAAAAAAAAAAAA ! hurle-t-elle.
Je la réceptionne dans mes bras et je la serre aussi fort qu’elle me tient. Je ne l’ai pas vu aussi enthousiasme depuis… la première fois qu’elle m’a parlé de Percival.
- Je suis contente d’être arrivée aussi.
- Tu as l’air fatiguée… je vais te présenter à tout le monde, te faire visiter puis après je te montrerai ta chambre et tu pourras te reposer.
- Vous avez déjeuné ?
- Non…
- Alors on peut commencer par ça ? je souris. J’ai faim.
Olivia éclate de rire.
- Tu as raison, c’est une excellente idée. Viens que je te présente. On visitera après. Le déjeuner est servi à treize heures. On a le temps…
Elle me prend par le bras et me dirige vers l’intérieur.
- Attends, ma valise… je me tourne vers ma voiture.
- Laisse, les domestiques vont s’en occuper.
Les domestiques ? C’est encore un terme qu’on emploie vraiment dans la vie ?!
À cet instant, un homme dans un costume (ou uniforme, je ne sais pas trop…) s’approche.
- Ha ! s’arrête Liv. Albert, voici ma meilleure amie Amelia Guess. Pouvez-vous vous occuper de sa voiture et de ses bagages ? Elle est installée au deuxième étage dans l’aile sud.
- Tout de suite.
- Merci… allez Amy, on y va.
Je souris au « domestique » donc et je lui donne mes clefs de voiture alors que ma tarée d’amie m’entraîne déjà vers les gigantesques escaliers à la "Autant en emporte le vent". J’exagère à peine.
Et elle commence à me faire faire le tour du château en m’expliquant l’histoire des lieux et les aménagements modernes apportés avec le temps au patrimoine des Jones. Les nobles anglais ont été beaucoup plus malins que les Français avec les révolutions industrielles. Mais ça, c’est autre chose.
Au rez-de-chaussée, on croise une partie de la famille de Percival, et le fiancé de Liv aussi. Il est toujours aussi gentil et brillant, c’est indéniable. Je rencontre également Lady Margareth qui vit toujours au château et qui est la tante de Percival. Pénélope et Bridget les cousines de Percival, et Austin, le frère de ce dernier. Le compagnon de Bridget n’est pas là et n’arrivera que pour la soirée de fiançailles samedi soir et la femme d’Austin est encore à Londres avec leur fille jusqu’à ce soir d’après ce que j’ai compris. Quant aux parents du fiancé, ils sont morts dans un accident d’avion lorsque Percival était enfant et c’est Lady Margareth qui les a élevés Austin et lui.
Tout le monde m’accueille avec bienveillance, en dehors de Penelope qui est la garce de la famille. Il y a toujours des ratés dans les familles. Bah chez les Jones à mon avis, c’est elle. Austin est en fauteuil roulant, je ne sais pas s’il a eu un accident ou s’il était avec les parents quand ceux-ci sont morts. Et bizarrement, je ne vais pas demander.
Bref, elle me montre le gigantesque hall, la salle de musique, la salle de bal, une salle qui ne sert pas à grand-chose, mais dans laquelle on peut mettre beaucoup du monde, un bureau, les cuisines, une pièce qui sert aux repos des domestiques, le dressing, des cheminées et encore des cheminées, un salon, une salle de jeux (avec un billard et un flipper… dans un château type XVIème ça fait bizarre)
Puis on est passé à l’étage où la majorité de la famille à ses appartements. Donc je n’ai pas vu toutes les pièces, mais ce sont des successions de chambres, de petites pièces privées et de salles de bain – donc aucun intérêt. Mais surtout, il y a une gigantesque bibliothèque. Je crois que je suis restée trop longtemps la bouche ouverte dans la pièce. J’étais genre Belle dans la Belle et la Bête.
J’adore les livres, eh bien là, je suis servie. Je pense que je vais passer pas mal de temps ici moi dans les prochains jours… enfin les prochaines nuits surtout ! Enfin un avantage à ne pas dormir ! OUIiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii des livres partout !
Et d’ailleurs Liv est très fière de son petit effet vu son petit sourire et son air moqueur. Elle me laisse admirer les étagères plusieurs minutes, tout mon soûl. Jusqu’à ce que je revienne de moi-même.
- Pourquoi tu ne m’avais rien dit ? Cette bibliothèque est incroyable !
- C’était mon dernier argument pour te forcer à venir passer quelques jours ici, mais je préférais ne rien te dire parce que je voulais vraiment voir ta tête.
Saleté. Mais je lui pardonne parce que c’est vraiment trop classe une bibliothèque comme ça.
Après il y a encore des pièces qui me semblent inutiles et pareilles au deuxième étage. Mais l’avantage du deuxième étage c’est qu’il y a ma chambre. Très grande, très clair, qui donne sur le sud donc j’ai droit à du soleil. Le sud est en réalité l’est du château, mais c’est magnifique comme vue. J’ai un lit à baldaquin dans ma chambre, mais le reste du mobilier est beaucoup plus moderne, rivalisant avec du IKEA ou quelque chose de cet ordre-là.
Ma valise est déjà dans ma chambre.
- Voilà, je vais te laisser, on mange dans une demi-heure. Je te ferai visiter dehors plus tard ; ça va aller ?
- Mais oui, merci pour tout.
- Tu sauras te repérer ? se moque-t-elle en songeant sans doute à mon manque quasi handicapant de repère dans l’espace.
- Ha ha ! Va retrouver ton cher et tendre. J’arrive vite…
- Ok !
- Ho, je me rappelle alors qu’elle atteint la porte, Papa t’embrasse et s’excuse encore de ne pouvoir être là.
- Roooooh, dis-lui que ce n’est pas grave, il m’a envoyé sa fille !
Et elle claque la porte.
Je ricane toute seule. Qu’est-ce que ça fait du bien de retrouver sa meilleure amie ! Des vacances ! Il va falloir que j’en profite de ces quelques jours.
Je m’assieds en tailleur sur mon lit et récupère pour téléphone portable tout en allumant mon ordinateur. Checker mes mails, ce n’est pas vraiment travailler… puis je téléphone à Papa en même temps, je peux bien m’occuper à côté !
J’entre à treize heures pile dans la salle à manger (ouais le carillon de la pendule sonne à cet instant !) et tout le monde est déjà attablé.
Mince, il faudra que je songe à arriver en avance la prochaine fois.
- Excusez-moi du retard, je fronce les sourcils.
- Mais pas du tout ma chère, vous êtes pile à l’heure… venez prendre place aux côtés d’Olivia, me sourit Lady Margareth.
J’adore cette femme. Elle est peut-être d’une classe d’un autre temps, mais cela lui confère son charme. Et puis sa bonhommie me détend. J’ai vraiment l’impression d’être la bienvenue ici, c’est très agréable.
Je m’installe donc où elle m’a dit de le faire – très original – et pas une minute après, deux femmes et Albert entrent avec les assiettes. Cool ! On n’a même pas à se servir dans le plat !
Albert est le majordome de la maison. C’est lui qui s’est occupé de ma voiture tout à l’heure.
Les deux femmes… après les avoir respectivement croisées dans ma chambre pour finir le lit et dans la salle de jeux où elle rangeait je ne sais quoi, s’appellent Louise et Cristal. Elles sont polyvalentes, leur tâche va de femme de ménage à camériste en passant par commis de cuisine. En même temps, j’ai l’impression que chacun des domestiques est plus ou moins polyvalent. On n’est plus dans l’Angleterre de l’avant-guerre où les familles pouvaient se permettre d’avoir une armée de domestiques.
Enfin, ils sont quand même nombreux d’après ce que j’ai pu voir… en même temps, vu la taille du domaine, ça n’est pas très étonnant.
Bref, je vais pouvoir commencer à manger, j’ai les crocs !
Je viens à peine de boire un verre d’eau et d’entamer mon entrée que Penelope avec son air de garce accomplie tourne l’attention vers ma personne. Ah oui, parce qu’elle parlait de sa trépidante vie d’actrice montante. Mais comme ça ne m’intéresse pas des masses (d’accord, pas du tout), je n’ai pas écouté grand-chose. Tout ce que je retiens c’est sa voix nasillarde et la prétention dont elle m’a largement éclaboussée en s’exprimant.
- Et toi, Amelia, que fais-tu dans la vie ?
Je hausse un sourcil et me tourne vers Liv qui hausse les épaules. Je pensais qu’elle aurait parlé de moi… toute la famille se tourne vers moi et comme on est quand même sept à table ça fait rapidement un lourd silence désagréable.
Bande de curieux va !
Je me redresse et pose ma fourchette – à regret.
- Je travaille avec mon père. Je l’aide à gérer ses entreprises.
Pénélope renifle de dégoût.
- Une fille à papa… et que fait-il ?
Bah ouais, je suis une fille à Papa et j’assume parfaitement.
- Nous sommes dans l’hôtellerie.
- En Amérique ? me fait Lady Margareth, réellement intéressée après un coup d’œil d’avertissement à sa fille aînée.
Demoiselle qui ferme la bouche.
Et toc !
- Oui, mais pas seulement. Nous nous sommes développés à l’international depuis une trentaine d’années.
- Tante Margareth, intervient Percival, tu as dû entendre parler du groupe Guess. C’est la famille d’Amy qui le gère.
Toute l’attention se porte de nouveau vers moi, mais chacun est surpris et impressionné cette fois. Surtout Penelope. Et ouaisssss !
Eh oui, poulette, tu n’es pas la seule gamine riche de l’assemblée.
- Roman est quelqu’un de très gentil ! Il n’a pas pu venir pour les fiançailles, mais il viendra pour le mariage ! sourit Liv.
- Roman Guess, le père d’Amelia je suppose ? demande Austin que j’entends pour la première fois du repas.
- Bien deviné !
L’attention se détourne de moi et le repas se poursuit joyeusement.
Je pourrais facilement m’habituer à la vie ici moi. Elle est vraiment sympa cette famille.
En milieu d’après-midi, Liv et Percy me font visiter les jardins et les écuries. Écuries vers lesquelles on se dirige parce que j’adore monter à cheval. Liv le sait et Percival me permet de monter un des chevaux, on va voir avec Trent… ou Cliff (un des deux est le jardinier, je ne sais plus qui est qui… on s’en fout). Bref ! Liv m’avait prévenue qu’ils avaient des chevaux alors j’ai pris ma tenue d’équitation ! Ouiiiiiiiiiiiii, ça fait presque un an que je ne suis pas montée, depuis l’été dernier quand je suis allée voir Papa avec Jason un week-end dans notre haras au Texas.
- Au fait, est-ce que ton cousin vient ? je demande alors que notre conversation s’éteigne doucement.
- Oui ! Évidemment ! Laura et lui arrivent tout à l’heure. Normalement, ils devraient arriver pour le dîner… ho et tu sais quoi ? Ils vont avoir un bébé !
- Ils ont déjà un fils, il me semble ? je tente de rassembler mes souvenirs.
- Oui ! Mike ! Il a deux ans, il est trop chou !
- Il vient aussi ?
- Oui, évidemment, répète-t-elle. Déjà qu’il vit aux États-Unis, mais si en plus il vient sans son fils pour mes fiançailles, je pense que la famille va devenir dingue.
J’éclate de rire. Certes, le cousin de Liv a grandi aux États-Unis parce que son oncle et sa tante vivent là-bas. Il me semble même que sa tante vient de je ne sais quelle ville paumée du Minnesota. Bref, donc tout le reste de la famille – en tout cas du côté des Pound – vit encore en Angleterre.
C’est compliqué la vie des gens riches ! De la famille partout dans le monde, que c’est ennuyeux ! Sans oublier qu’on se trouve du coup des ramifications partout. Attends, des fois qu’ils aient un jour des problèmes d’argent, il faut bien qu’ils puissent compter sur les autres.
Que je suis médisante.
D’autant que je suis moi aussi issue d’une famille riche.
Enfin, à peu près…
Mais ça, c’est autre chose.
- Ha et Alexi vient aussi.
- Alexi ? je soulève un sourcil.
Qui c’est encore ?
- Oui, tu sais…
- Alexander Vasilis, la coupe Percy. Le meilleur ami de Jake.
Liv le fusille du regard comme s’il venait de tuer son effet.
- Tu allais te perdre dans les détails, lui sourit-il avec une auréole brillante au-dessus de la tête.
Il lui embrasse le front et mon amie soupire en se détendant.
Pourquoi est-ce que j’ai l’impression d’avoir déjà entendu ce nom ? Je dois vraiment avoir un air perplexe parce que Sainte Olivia vient à mon secours.
- Vous vous êtes vus une fois… au mariage de Jake et Laura. Au Plaza. Sa femme avait renversé son cocktail sur toi.
Ha, ça y est. J’y suis.
Je grimace.
Le plus beau mec que j’ai vu de mon existence et sa garce de femme. Ils formaient d’ailleurs à la réflexion un couple parfaitement assorti avec leur plastique parfaite : lui le bel apollon méditerranéen et elle la magnifique sirène nordique.
C’en est d’ailleurs écœurant de découvrir qu’une telle perfection existe.
Et moi j’ai droit à quoi ?
Un abruti qui en veut à mon argent et ma poitrine.
Bon, c’est vrai aussi que je ne cherche pas mieux.
Je déteste les relations amoureuses. C’est pourri. En tout cas pour ma petite personne. Je dois avoir un gène qui a muté, mais je ne m’en sors jamais bien. C’est peut-être le karma ou je ne sais quoi. Ou alors c’est moi qui ne suis pas fabriqué comme il faut. Dans tous les cas, c’est la misère. Bon, certes, je ne fais rien non plus pour que ça s’améliore.
Pour quoi faire de toute façon ? Tout le monde n’a pas la chance de Liv ! En même temps, elle mérite vraiment quelqu’un comme Percival.
Mais qu’est-ce que je raconte ? Comme si l’amour était une question de mérite.
Pfeuf !
Ha, d’ailleurs, il faudrait peut-être revenir à la conversation en cours, enfin plutôt au monologue de Liv qui me raconte – il me semble – qu’elle est devenue super ami avec ledit Alexi qui est un partenaire commercial très important de Jake. Comme elle travaille avec Jake, mais depuis Londres, elle l’a rencontré souvent et ils sont devenus amis.
- C’est fou comme le monde est petit ! rit-elle, en plus.
J’échange un regard dépité avec Percy, mais il hausse les épaules, un brin amusé. Bah mon colon, bonne chance pour ta vie avec Liv !
Parce que, poulette, c’est juste que les gens qui travaillent ensemble sont forcément amenés à se voir ! Bref !
M’en moque, je vais faire du cheval !
Oula, attends attends, je viens de percuter un truc là… mais si Jake vient avec Laura et leur fils… ça veut dire que l’autre milliardaire qui a refusé que je paie pour que sa femme me fiche la paix va débarquer avec cette dernière ?
Non, mais non ! Je n’ai pas du tout envie de la revoir celle-là !
Baf, au pire, ce n’est pas grave, le domaine est assez grand pour les éviter… puis j’éviterai de porter du blanc si elle a un cocktail en main !
Vendredi : arrivée en Angleterre
Point de vue d’Alexi
- Papa, quand est-ce qu’on arrive ? me demande Julian alors que nous ne sommes montés dans l’avion il n’y a pas trois quarts d’heure.
Je reste calme. Il faut toujours rester calme avec les enfants, mais je lève le regard de mon ordinateur pour le poser sur celui de la nourrice de mon fils qui l’accompagne partout. Heureusement, elle semble comprendre parce qu’elle s’approche et vient le prendre par la main.
Je sais qu’il n’a que cinq ans, mais je l’ai prévenu que le vol serait long. Il s’est levé tôt alors j’espère vraiment qu’il ne va pas faire de comédie tout le trajet. Heureusement, la perspective d’une promenade en hélicoptère en arrivant à Londres semble le réjouir. Revoir Liv de toute façon le rend heureux. Depuis qu’il a passé une semaine avec elle l’été dernier, mon fils le prend pour sa tante. Je ne vais pas le contredire, parce qu’il s’est mis en tête de se trouver une mère.
Certes, il a besoin d’une mère. Déjà que je ne suis pas très présent… et même si ma famille ne manque pas d’amour à lui donner, ce n’est pas du tout la même chose.
Malheureusement, comment lui donner une mère ? Sa génitrice a renoncé à ses droits parentaux alors qu’il n’était même pas né et depuis Nina, on ne peut vraiment pas dire que j’ai laissé des femmes entrer dans ma vie.
Mais pour mon fils, je peux faire beaucoup.
En attendant, il faut que je travaille.
Avant de baisser de nouveau mon regard sur mon ordinateur, je vois clairement l’expression réprobatrice que Laura me dédie.
Cela n’a aucune importance.
Finalement, j’arrive un minimum à travailler malgré le bruit des enfants – entre Mike et Julian, on ne peut pas dire que l’appareil était placé sous le sceau du calme et l’avion arrive sans encombre ni retard à Londres.
Jake a loué une voiture dans laquelle il embarque sa petite famille et Madeline, la nourrice de Julian. Logiquement, ils arriveront après nous puisque nous, nous allons prendre mon hélicoptère. En théorie, ma voiture et nos affaires nous attendent déjà à Runwell. Si tout le monde a bien exécuté mes consignes.
Et c’est généralement le cas.
Je prends un appel urgent – ma vie est régentée par des appels urgents ! – avant de monter dans l’hélicoptère, Julian tout excité et joyeux malgré sa fatigue.
Parfait, il dormira tôt ce soir malgré le décalage horaire.
Il n’est pas vingt heures lorsque l’hélicoptère se pose sur la gigantesque pelouse devant le château de la famille du fiancé d’Olivia.
Parfait.
Julian saute à terre dès qu’il le peut et court vers Liv qui vient de sortir avec toute la maison il me semble pour venir nous voir. C’est vrai qu’un hélicoptère n’est pas ce qu’il y a de plus discret.
Je remercie le pilote et lui souhaite un bon week-end avant de me diriger à mon tour vers l’entrée du château.
Julian est déjà dans les bras d’Olivia alors je serre la main en premier lieu à Percival et, puisque sa fiancée a décidé de garder mon fils en otage, le maître des lieux me présente au reste de sa famille : sa tante qui l’a élevé, sa cousine Penelope, son autre cousine Bridget et son compagnon ainsi que son frère Austin.
Arrive à cet instant une autre personne, une jeune femme au téléphone. Elle parle en japonais, il me semble. Même sur ses sandales à talons aiguilles, elle est plus petite que moi, c’est certain. Étrangement, un frisson me parcourt. Pourquoi ai-je la sensation de l’avoir déjà vue ? Cette peau laiteuse dans sa robe estivale et ses longs cheveux bruns ondulés me rappellent quelque chose… et là je me souviens lorsqu’elle lève les yeux vers moi, plongeant instantanément dans mon regard : le mariage de Laura et Jake, il y a sept ans.
Amelia Guess.
Son regard bleu se plisse alors qu’elle réfléchit et j’ai envie de sourire. Elle ne fait absolument pas crédible avec son air sérieux.
- Bonsoir Alexi ! me coupe littéralement de mes pensées Liv.
En fait, ça n’est pas plus mal… parce que si je couche avec sa meilleure amie, je ne suis pas sûr qu’elle soit d’accord… surtout si je ne fais que coucher avec elle.
Olivia est assez protectrice avec ses amis… avec Amelia en particulier. Je commence à bien la connaître, la carne !
Mais c’est ce qui fait le secret de son charme.
- Bonsoir Liv.
- Je viens d’avoir un appel de Laura, ils seront là dans moins de quarante minutes. Viens, je vais te montrer ta chambre… et celle de Julian aussi !
Julian, avec la spontanéité des enfants de son âge, s’est déjà présenté à tout le monde depuis que Liv l’a posé et maintenant il domine tout ce petit monde depuis les genoux d’Austin qui l’a pris sur son fauteuil roulant.
Le pire est que mon fils semble très fier de lui.
Julian a l’habitude de rencontrer beaucoup de monde dès qu’il est avec moi, c’est sans doute pour ça qu’il n’est pas timide pour deux sous… heureusement qu’il n’est jamais seul parce que sinon je m’inquièterai qu’il suive des inconnus… il est tellement gentil qu’il ne dirait pas non.
Amelia raccroche alors que nous entrons tous dans le hall. Hall magnifique d’ailleurs.
- Bonsoir, me dit-elle en me tendant cérémonieusement la main. Je suis la meilleure amie de Liv, Amelia.
- Bonsoir, je lui serre la main. Oui, nous nous sommes brièvement rencontrés il me semble, il y a quelques années… une histoire de bagatelles.
À sa poignée de main, elle a l’habitude de faire face à des hommes. Elle est accoutumée à montrer qu’elle est forte et qu’elle sait d’où elle vient et ce qu’elle veut. J’ai rarement rencontré des personnes avec des poignées de mains si franches.
Amelia fronce légèrement les sourcils avant de reprendre une expression neutre. Finalement, elle jette un coup d’œil à Julian qui vient de prendre ma main avant de reposer son attention sur moi.
- En effet, mais c’était il y a longtemps, je ne vous en aurais pas tenu rigueur si vous l’aviez oublié.
Comment aurais-je pu oublier Bagatelle ?
- Je n’oublie jamais rien, je réponds.
Elle fronce de nouveau les sourcils et fouille mon regard. Après quelques instants, Liv attire son attention sur Julian.
- Amy, je te présente Julian, c’est le plus gentil des petits garçons du monde. Julian, voici Amelia, ma meilleure amie. Tu lui dis bonjour ?
La meilleure amie de Liv se détend alors et s’agenouille devant mon fils, doucement, ses mains sur les genoux, afin sans doute d’être à sa hauteur.
- Salut Julian.
- Bonjour, répond prudemment mon fils.
- Tu sais, je m’appelle Amelia, mais tous mes amis m’appellent Amy, tu peux m’appeler comme ça si tu veux.
- Je peux être ton ami ? lui demande-t-il avec l’innocence d’un enfant.
- Évidemment, lui sourit-elle.
À l’évidence, elle sait s’y prendre avec les enfants.
La famille de Percy s’est dispersée dans la maison, il ne reste plus que Liv, son fiancé, Amelia, Julian et moi dans le grand hall.
- Et tu sais quoi ? poursuit-elle avec un sourire. Liv m’a beaucoup parlé de toi.
- C’est vrai ? se tourne-t-il, tout heureux, vers sa « tante ».
- Oui ! Tu es le plus beau des petits garçons ! s’enflamme Olivia.
Attends d’avoir ton propre fils !
- Dis, fait Julian, plus du tout impressionné par Amelia, pourquoi tu as un accent ?
C’était la question préférée de Julian, depuis longtemps, chercher l’origine des gens qu’il rencontre. Il reconnaît maintenant pas mal d’accent vu qu’on voyage un peu partout dans le monde… mais c’est la première fois qu’il pose aussi brutalement la question à quelqu’un… tout du moins devant moi.
- Julian ! je le réprimande.
Mais il semble qu’il n’y ait que moi pour m’offusquer. L’interlocutrice de mon fils sourit avant de se relever.
- Parce que j’ai des origines étranges… ma maman était Française et Galloise et ma grand-mère italienne. Ce qui fait que j’ai grandi en France, en Italie et même un petit peu en Angleterre… je n’ai rejoint les États-Unis et mon père qu’à l’âge de huit ans… et je n’ai jamais pu me débarrasser complètement de mon accent français.
Effectivement, on sentait dans son ton un soupçon d’accent étranger… et j’adore son accent. Cela a un côté exotique qui doit s’expliquer par son ascendance italienne.
Hum. D’où sa belle prestance, sa peau claire, ses yeux bleus, mais sa chevelure sombre. Mélange très harmonieux à tout prendre.
- Bon, je vais vous montrer vos chambres, reprend Olivia en prenant la main de Julian.
- Tu viens avec nous ? propose mon fils à Amelia.
Cette dernière regarde Liv puis mon fils, son portable et finalement soupire discrètement.
- Non Julian. Mais je te retrouve pour le dîner. D’accord ?
- D’accord, répond-il en faisant la moue.
J’ai le temps d’apercevoir le regard qu’échangent les deux amies. Et quelque chose ne va pas, c’est évident.
Tranquillement dans la chambre de Julian, il joue avec ses jouets qui sont heureusement bien arrivés avant nous. Je réponds à des mails urgents – je ne suis quasiment plus joignable que par ce moyen dans ce trou perdu de l’Angleterre – pendant que mon fils s’amuse. En théorie, je repars lundi, après que l’avion a déposé Julian et Madeline en Grèce, chez mes parents pour la fin des vacances scolaires.
J’ai longtemps hésité : ne pas mettre Julian à l’école et lui donner des professeurs particuliers, le mettre à l’école, mais en Europe de l’ouest ou aux États-Unis… mais mes parents m’ont convaincu qu’il avait besoin de connaître ses racines. Ma famille possède une île de Crète sur laquelle il y a quelques villas (à différents membres de ma famille) et on peut rejoindre la Crète en moins d’un quart d’heure en bateau. Donc, ce sont mes parents et Madeline qui s’occupent de Julian quand je ne suis pas en Grèce – soit les trois quarts du temps. Comme j’ai une grande famille, une chose est certaine, mon fils ne manque pas d’amour.
Heureusement parce que je ne sais pas comment je ferais sinon.
- Papa ?
- Oui ?
- Est-ce que ma maman ressemblait à Amy ?
Je soupire. Je rechigne à lui parler de sa mère. Ce n’était pas vraiment sa mère d’ailleurs, ça ne l’avait jamais été. Elle n’était qu’une génitrice.
- Elle était aussi brune qu’elle, mais leur ressemblance s’arrête là.
- Elle était plus jolie qu’Amy ?
Réflexion. Mais vraiment.
Et… non. À bien y réfléchir, Amelia Guess est sans doute plus jolie que la mère de mon fils.
- Amelia est très belle, insiste mon fils.
Je n’irais pas jusqu’à dire très belle, mais elle est clairement loin d’être vilaine.
Heureusement, une domestique entre à cet instant.
- Monsieur Vasilis ? Tout le monde est arrivé et le dîner va être servi.
- Merci. Emmenez mon fils s’il vous plaît, j’ai un coup de fil à passer.
- L’on m’a demandé d’emmener votre fils dîner en cuisine avec sa nourrice qui vient d’arriver.
Bonne idée.
- Très bien et qu’elle le couche après… bonne nuit, Julian.
Julian me lance son regard de chien battu, mais s’en va après un petit « bonne nuit papa » en prenant de sa petite main celle de la femme à l’entrée de la nursery.
J’arrive alors que tout le monde est installé, je préfère ça, je déteste attendre. Les plats sont sur les tables, mais personne n’y a touché. Lady Margareth préside la tablée d’un côté, Austin à sa droite, et Percival de l’autre, Olivia à sa droite. À la droite d’Olivia se tient le copain de Bridget… ha c’est quoi son nom déjà ? Ha oui : Rupert, sa fiancée ou je ne sais quoi (bref, la cousine de Percival) Bridget et Penelope à côté d’elle et donc à gauche de la matriarche des Jones. À gauche de Percival se tient Amelia et la seule place de libre se trouve évidemment entre elle et Jake, donc Laura est assise à sa gauche et à droite d’Austin. Les conversations se calment lorsque j’arrive et Lady Margareth prend la parole.
- Ha ! Enfin ! Nous ne vous attendions plus.
- Excusez-moi, une affaire urgente.
- Prenez vite place, je n’ai guère l’habitude de dîner si tard… sachez que d’ordinaire le souper est servi à dix-huit heures.
Amelia plisse légèrement le nez. C’est sûr que si elle a grandi en France, pour elle on est plus proche du goûter. Enfin je dis ça, mais on ne peut pas dire que les Grecs mangent de bonne heure non plus.
- Bien, maintenant que tout le monde est là : bon appétit !
Et les conversations reprennent tandis que chacun se sert et se passe les plats. Ça fait un moment que je n’ai pas vécu un repas familial… j’évite un peu les réunions de famille depuis mon divorce avec Nina. Je ne devrais peut-être pas, mais je n’aime pas les regards de ma famille. Encore moins depuis que Julian est né.
- Votre trajet s’est bien passé ? je demande à Jake alors que sa femme et Austin sont lancés dans une conversation sur l’art pictural.
- Oui très bien. Et pour Madeline, je pense que tu as raison, nous allons laisser Mike avec ta nounou et profiter de ces quelques jours aussi.
Tant qu’à faire, autant employer ma petite Australienne pour quelque chose.
- Tu as bien raison. Laura n’est pas trop fatiguée ? je m’enquis.
Je me souviens que la grossesse pour Mike l’avait épuisée. Je sais qu’elle n’en est même pas à deux mois, mais on ne sait jamais.
- Non, ça va pour l’instant. Elle n’a même pas de nausées. Du coup, elle pense que ce sera une fille.
- Pourquoi ?
- Parce qu’elle dit qu’il n’y a que les hommes qui emmerdent autant les femmes pendant les grossesses, donc comme tout est calme, elle prédit une fille.
Je souris. Théorie intéressante.
Le dîner se passe tranquillement et joyeusement, à tout prendre. Finalement, tout le monde finit par se retirer pour la nuit, d’autant que la journée du lendemain risque d’être riche.
J’ai l’habitude des décalages horaires, je voyage tellement que je ne sais pas sur quel fuseau horaire mon organisme est réglé. Sans doute sur aucun, je dors quand je le peux et quand je suis fatigué. Heureusement, et peut-être aussi avec de l’entraînement, je n’ai besoin que de quatre à cinq heures de sommeil par nuit pour être opérationnel. Et mon cerveau sait quand il peut dormir. Donc, je vais pouvoir aller me coucher sans craindre une nuit blanche.
Liv m’a donné une chambre avec un bureau, je l’en remercie comme ça je vais pouvoir travailler. Il n’est pas minuit alors décalage horaire ou pas, je ne peux pas aller me coucher maintenant.
L’avantage de travailler dans beaucoup d’endroits dans le monde, c’est de pouvoir toujours travailler et téléphoner où que l’on soit, quelle que soit l’heure.
Je ne sais pas quelle heure il est quand j’entends du bruit dans le couloir. En même temps, le château est tellement silencieux que n’importe quoi paraît assourdissant. Il est presque trois heures. Il va falloir que j’aille dormir tiens. Je vais ouvrir la porte de ma chambre pour voir qui trouble la quiétude de la nuit.
- Que faites-vous debout à cette heure-ci ? je m’étonne en voyant Amelia au milieu du couloir, en robe de chambre.
Je me demande ce qu’elle a en dessous… à mon avis, et vu comme le satin moule son corps, pas grand-chose… des sous-vêtements, mais pas plus.
Elle sursaute et se tourne vers moi, deux livres serrés contre sa poitrine. Elle est amusante, elle semble vraiment surprise de me voir. Mademoiselle Guess me scrute de la tête aux pieds. J’ai retiré ma veste de costume, ma cravate et mes chaussures, ouvert le col de ma chemise et remonté mes manches au-dessus du coude. Certes, j’offre une image beaucoup plus décontractée.
Amelia ouvre la bouche puis la referme. On dirait qu’elle s’est ressaisie. Elle a une maîtrise d’elle-même qui m’abasourdit.
J’ai sans doute trop l’habitude des personnes qui ploient devant moi et surtout des femmes qui se troublent… et des hommes qui plient. Bref, elle ne réagit pas comme les autres. Elle est différente du commun des mortels. Et j’aime assez ça.
- Je pourrais vous poser la même question, mais, comme je suis bien élevée, je vais plutôt vous souhaiter une bonne nuit.
Sans rien ajouter, le dos, les épaules et la tête droits, elle s’en va sans rien ajouter vers le bout du couloir où elle a certainement ses quartiers.
En refermant la porte, je ne sais pas si je suis agacée par sa répartie ou amusée par son dédain.
À voir.
Jour 2 : la soirée de fiançailles
Point de vue d’Amy
Évidemment, surtout dans un endroit que je ne connais pas, je ne dors pas. Ha si, une demi-heure. Super.
Déjà que j’étais fatiguée, ça ne va pas aider.
Je suis la première à descendre pour le petit-déjeuner. Il est à peine sept heures, mais déjà les domestiques s’apprêtent.
Ça y est, moi aussi je parle de domestiques.
- Albert, je soupire, ce n’est pas grave, je peux attendre les autres.
- Personne ne déjeune à la même heure, mademoiselle. Ne vous en faites pas. Que voulez-vous prendre ? Des œufs ? Des tartines de marmelade ?
- Je vais rester traditionnelle et française si cela ne vous dérange pas : un grand café au lait, un jus d’orange et du pain avec de la confiture ou du miel.
- Très bien, je reviens tout de suite.
- Vous aurez ça ?
- La cuisinière a fait du pain alors oui, mademoiselle.
Je reste sur mon téléphone, tranquillement à table en attendant mon petit-déjeuner puis avec mon café, toute seule pendant une bonne demi-heure. Puis j’entends une voix d’enfant et Julian entre en se frottant les yeux, encore en pyjama, son doudou dans la main en tenant la main de sa nourrice mal réveillée.
- Bonjour, Julian, je lui souris.
Ce gamin est magnifique. Il ressemble beaucoup à son père. Il doit avoir cinq ans… des cheveux noirs, des yeux noirs, le teint mat… adorable petit bonhomme.
