Et ça se dit médecin - Jean-Bernard Gervais - E-Book

Et ça se dit médecin E-Book

Jean-Bernard Gervais

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Beschreibung

Depuis le commencement, en mars 2020, de la pandémie de covid-19, des médecins, biens sous tous rapport, se livrent à une véritable chasse à l'homme, sur Twitter, contre tous ceux qui remettent en cause la stratégie sanitaire gouvernementale de lutte contre la Covid-19. Leurs méthodes : le harcèlement, l'insulte, le dénigrement. Leurs cibles préférées : Raoult, les militants de gauche, les syndicats, les médecins rassuristes... Ils agissent impunément, sans que le Conseil de l'Ordre ou le ministre de la Santé n'y trouvent à redire. Ce livre est un témoignage, autant qu'une enquête, sur leurs méfaits.

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Seitenzahl: 202

Veröffentlichungsjahr: 2022

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« Aidez Jean Nanard à écrire son prochain PQ triple épaisseur il n’a pas beaucoup d’amis, miskin. »

Dr Damien Barraud

Table des matières

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

PAS DE BOL, PLUS DE TRAMADOL®

L’ENTRETIEN

L’OBSCUR RÉANIMATEUR

FAKEMED RENTRE EN SCÈNE

#WEWANTFLUIDLOADINGBACK

QUACKFIGHTER IS COMIN’

QUACKFIGHTER IS HERE

WARGON SORT LA SULFATEUSE

PEIFFER-SMADJA, L’APPRENTI HATER

UN TWEET POUR SOLDE DE TOUT COMPTE

DES BOUÉES DE SAUVETAGE

« UN NÉVROSÉ AGRESSIF »

WARGON, LE MÉDECIN EN MARCHE

LES IDIOTS UTILES

FLAYSAKIER M’A SAQUÉ

ALICE AU PAYS DES MERVEILLES (DE GILEAD)

KIERZEK DANS LE COLLIMATEUR

LA CHASSE AUX ISLAMO-GAUCHISTES EST OUVERTE

DÉGOMMER LE D

R

GOMI

TROLLS ET MÉDECINS, POUR VOUS SERVIR

LA CIA À L’ACTION

LE GLAIVE DE LA JUSTICE

LEHMANN A LE BARRAUD

CONSEIL DU DÉSORDRE

LA MORT SOCIALE

IRL (IN REAL LIFE)

PAS D’ARMISTICE

AVERTISSEMENT AU LECTEUR

Fin novembre 2020, après avoir été la cible d’une campagne de diffamation sur Twitter, je me faisais virer de mon poste de rédacteur en chef d’un petit canard médical, What’s up Doc.

Les responsables de ce licenciement, qui m’avaient au préalable harcelé sur les réseaux sociaux, ne sont pas de vilains trolls cachés derrière des pseudos tous plus ridicules les uns que les autres.

Ce sont des médecins, médiatiques, qui occupent le haut du pavé et font la pluie et le beau temps au Monde, Libération, BFM TV…

Mon tort, à leurs yeux ? Avoir publié un court article sur les agissements répréhensibles, sur Twitter, de l’un des leurs, et avoir annoncé que j’allais enquêter sur leurs pratiques.

Je venais de tremper ma plume dans un nid de guêpes. Car une guerre sourde, d’une violence sans nom, faisait rage sur Twitter, entre les partisans de Raoult et les médecins médiatiques qui avaient causé ma perte.

Pour avoir publié un article contre un des leurs, ils m’avaient pris pour un soldat de Raoult, et m’avaient exécuté sur Twitter, et dans ma vie sociale.

Ce récit détaille en long et en large les méthodes de ces médecins, des notables qui cultivent leur image vertueuse dans les grands médias. Sur les réseaux sociaux, au mépris du code de déontologie, ils insultent, harcèlent, diffament, sans que les institutions qui les encadrent n’en prennent mouche.

Ces médecins agissent en toute impunité, comme une milice en ligne du ministre de la Santé, et font taire tous ceux qui critiquent la politique mise en place par Olivier Véran pour venir à bout de la pandémie.

Ce sont les gros bras médicaux de la République sanitaire en marche.

Ce livre est un carnet de guerre, une sale guerre que se livrent les médecins, où le sang ne coule pas, mais où de nombreux soignants, journalistes, citoyens sont promis à une mort sociale. J’en ai réchappé de peu.

PAS DE BOL, PLUS DE TRAMADOL®

En ce jeudi 19 novembre 2020, je m’inquiétais de l’état de ma réserve de Tramadol®. Cela faisait quelque neuf mois que j’étais enchaîné à mon bureau de travail, quasi seul, en télétravail, pour couvrir la totalité de l’actualité sanitaire en cette première année d’épidémie mondiale de Covid 19. Comme de nombreuses PME, Planemed, l’éditeur qui me salariait, avait mis la quasi-totalité de son personnel en chômage technique. À la rédaction, sur les trois journalistes, j’étais le seul à avoir été maintenu en activité.

Mes employeurs étaient deux jeunes médecins, Alice et Matthieu. « Alice et Matthieu », ça sonnait bien, quelque chose comme un remake, vingt ans plus tard, du soap opéra Hélène et les garçons.

Mais détrompez-vous : il n’était pas question, avec eux, de flirts et d’amourettes. Non, il était question de bosser dix à douze heures par jour, 50 à 60 heures par semaine payées à peine 39 heures. Plutôt Twelve Years a Slave que Hélène et les garçons, donc. L’état de mon dos s’en ressentait. Tout simplement, je n’arrivais plus à dormir. J’avais l’impression qu’un mauvais génie avait décidé de tirer bien fort sur l’un de mes nerfs ou de mes tendons situés du côté de mon omoplate, de tirer très fort pour le tendre telle une corde de guitare. Pour me soulager, il n’y avait plus guère que le Tramadol® qui faisait effet. Et ma boîte était quasi vide. Je souffrais donc la mort tout en tapant sur mon MacBook le troisième ou quatrième papier de la journée, en notant sur un bout de papier d’appeler mon médecin généraliste pour me faire prescrire un nouveau stock d’antidouleurs quand j’entendis résonner la sonnette d’entrée de mon appartement.

Je n’attendais personne : en cette période de confinement, les visites étaient exceptionnelles. J’étais inquiet. Je me dirigeai vers ma porte d’entrée, habillé d’un vieux jogging Adidas un peu dégueu et un peu grand, pour ouvrir la porte, et me trouver confronté à un grand jeune homme qui n’avait pas eu le temps, ou l’envie, d’enlever son casque de moto.

« Vous êtes bien M. Gervais ?

— Oui ?

— Vous voulez bien me signer ce papier et prendre cette enveloppe ? »

Le jeune homme, qui aurait pu être mon petit frère, venait me remettre un courrier d’huissier. C’était étrange : j’eus le pressentiment, à ce moment-là, qu’il s’agissait d’une missive de mes employeurs.

Le lundi précédent, en début de semaine, je leur avais fait part de ma volonté de porter plainte pour diffamation contre des médecins qui m’avaient insulté et harcelé tout le week-end. Alice m’avait répondu, avec empressement, dans un mail bourré de fautes, qu’elle accusait bonne réception de mon message. La forme brouillonne de son message semblait être le symptôme de son inquiétude. Le mardi, j’en avais discuté de vive voix avec elle, au téléphone : elle avait élagué le sujet et sa voix tremblotait quand elle essayait d’en parler. « C’est compliqué, y a des personnes tierces », m’avait-elle répondu lorsque je sollicitai la protection qu’elle me devait, es qualités d’employeur. Après tout, je m’étais fait insulter pour avoir fait mon boulot de journaliste pour sa boîte qui me suçait mon énergie, ma santé, et maintenant mon honneur…

Le libidineux et grassouillet Marc, le troisième associé de l’agence, que j’avais mis en copie de mon courriel, avait embrayé en me demandant de lui envoyer le fil des tweets échangés. Pas de messages, en revanche, de Matthieu, le vrai patron du journal. Et puis, plus rien, des trois associés. Jusqu’à ce jeudi.

J’ouvrai fébrilement le courrier que me tendait le jeune homme pressé. Il s’agissait d’une convocation pour un entretien préalable à licenciement pour faute grave, avec mise à pied à titre conservatoire : c’est-à-dire, privé de salaire, jusqu’à nouvel ordre. Rien que ça. J’avalais un Atarax® et me rappelais qu’une réunion de copro se tenait actuellement au sous-sol de ma résidence. Nous devions décider d’un changement de syndic. Je passai un blouson, ouvris la porte, avançai sur la moquette recouverte de losanges noirs, ocres, beiges avant de m’engouffrer dans l’ascenseur.

L’ENTRETIEN

Le courrier que j’avais reçu ce jeudi 19 novembre stipulait donc que j’étais convoqué à un entretien le 27 novembre. Entre-temps, j’étais comme qui dirait en préventive, un bracelet électronique virtuel autour de la cheville… Dans le monde de l’entreprise, on appelle ça une mise à pied à titre conservatoire. Marc, le gérant de la boite, poussait même le vice jusqu’à me demander d’enlever, de mon profil Twitter, ma qualité de rédacteur en chef adjoint de What’s up Doc. Un peu comme le capitaine Dreyfus, que l’on avait dégradé en public, dans la cour de l’école militaire. En lieu et place de l’école militaire, il s’agissait me concernant de mon identité, sur les réseaux sociaux.

Ce 27 novembre, j’avais décidé de me rendre à mon entretien préalable à licenciement en Fat Bike électrique. J’en étais plutôt satisfait de mon modèle. Fabriqué en République populaire de Chine, je me l’étais offert pour Noël. J’avais failli me payer le vélo électrique et design VanMoof, mais les délais d’attente étaient bien trop longs. Je m’étais rabattu sur ce modèle chinois qui filait à 45 km/h, pouvait dévaler la dune du pilât, évoluer sur une piste neigeuse, traverser un faible cours d’eau. Un 4X4 sur 2 roues, à côté duquel le VanMoof semblait tout fragile, bourgeois, parisien.

C’était le vélo qu’avait adopté Marc, qui devait assister à l’entretien préalable. Je n’avais aucun contact professionnel avec ce directeur d’agence, qui gérait, outre Planetemed, une autre boîte de com', Luciole. Je n’avais d’échanges qu’avec Alice et Matthieu. Mais ces deux-là n’étaient pas les représentants légaux de la boîte. Ils n’en avaient pas le droit. De ce que j’avais compris, Matthieu avait été le patron officiel de Planetemed, jusqu’en 2018. À cette date, un décret avait interdit qu’un soignant puisse gérer une société qui dealait avec l’industrie pharmaceutique. Docteur Matthieu, en catastrophe, avait dû abandonner la gérance de la boîte pour la confier à Marc. Il n’en restait pas moins le véritable patron officieux de Planetemed.

Alice s’était aussi invitée à cet entretien, cette cour de justice improvisée. Alice était ma n+1, ce qui justifiait sa présence. Si l’on peut dire. Car pendant les deux années que j’avais passées à Planetemed, la psychiatre addictologue ne s’était jamais manifestée pour me coacher. Elle ne décrochait son iPhone que pour m’engueuler lorsque, sur les réseaux sociaux, un article faisait polémique, sans qu’elle ne se soucie de savoir si la polémique était un désaveu pour les articles publiés ou une vendetta de twittos. Alice ne s’intéressait guère qu’à la respectabilité de What’s up Doc, et à la sienne par ricochet. Elle ne voulait surtout pas de vagues, quand Matthieu, au contraire, demandait de l’audience pour son site Internet, donc du buzz, donc de la polémique.

C’est qu’Alice nourrissait des ambitions institutionnelles. Praticien hospitalier, elle était aussi, depuis peu, chef de service en psychiatrie au centre hospitalier Paul Guiraud, dans le Val-de-Marne, et se rêvait certainement chef de pôle, voire conseillère au ministère de la Santé. Dans l’univers ouaté de la fonction publique hospitalière, pour progresser, il fallait avancer à pas de velours. Alice s’en était fait une règle d’or. Mais son ambition démesurée, tout comme celle de Matthieu, lui imposait également de conserver son statut de rédactrice en chef de WUD, un poste qui confortait son égo, mais l’exposait inutilement. Ainsi avait-elle été condamnée par la justice disciplinaire du conseil de l’ordre des médecins du Val-de-Marne pour un article « piquant » à propos d’un médecin qui s’était laissé aller à déblatérer des commentaires homophobes, peu avant que je ne débarque à WUD. Cette condamnation, pour Alice qui avait toujours été la première de sa classe, était autant une embûche qui pourrait contrarier sa carrière, qu’une blessure narcissique : elle qui avait passé son temps à « failloter » durant toute sa scolarité se retrouvait, à presque 40 ans, punie par la justice ordinale, avec un bonnet d’âne virtuel sur la tête.

Matthieu était aussi ambitieux, institutionnellement parlant, qu’Alice, mais beaucoup plus tordu : il était sûr de pouvoir faire du buzz (et pourquoi pas du bad buzz), tout en sauvegardant son capital d’honorabilité, qui devait le conduire au poste de professeur d’université praticien hospitalier chirurgien urologue, avant l’âge de 40 ans.

Bref, ce 27 novembre, juché sur les hauts tabourets de l’agence, sise 36 rue des Petits Champs dans le deuxième arrondissement, Alice et Marc nous faisaient face, à Claire et moi-même. Claire était conseillère du salarié, et connaissait bien mes employeurs, qui tentaient de se faire passer pour une jeune avant-garde écolo-féministo-antiracisto-sociale, alors qu’ils n’étaient guère, les uns et les autres, que de petits patrons réactionnaires, qui gagnaient leurs dividendes en exploitant le travail d’autrui — nous étions tous soumis à des horaires hebdomadaires d’au moins 50 heures, week-end compris.

Un an auparavant, Claire m’avait déjà assisté pour un premier entretien préalable à licenciement : j’avais eu le malheur de réclamer à Matthieu mon salaire, que j’avais perçu avec 15 jours de retard. Matthieu en avait pris ombrage. Ce petit roquet ne supportait pas que l’on vienne lui faire des remontrances : je lui avais adressé un courriel pour qualifier ces retards de paiement de salaire de « pratiques insupportables ». Il m’avait répondu qu’il reconnaissait bien là mon « insolence » : j’avais eu l’impression de me retrouver au collège en classe de quatrième et de me faire houspiller par mon professeur principal. Matthieu était si jeune mais se rêvait déjà en vieux con.

Quoi qu’il en soit, Claire, un an auparavant, avait été remarquable : elle les avait engueulés et leur avait coupé la chique. Du coup, les patrons bobos s’étaient dégonflés, et ne m’avaient même pas sanctionné. Claire espérait obtenir le même résultat, cette fois-ci. J’en doutais, au vu de la violence de ma mise à pied.

Alice et Marc étaient à l’heure au rendez-vous, dans les locaux abandonnés, momentanément, de Planetemed, au cœur de Paris, dans le très chic deuxième arrondissement. L’ensemble des salariés de la boîte était en télétravail — tout du moins, ceux qui n’étaient pas au chômage technique — pour cause de confinement. On allait pouvoir s’engueuler sans gêner personne. Marc était face à moi, et ressemblait à un bébé cadum taille XXL et vieilli : il avait 49 ans. Il possédait la même bouille de gosse bien nourri, les mêmes yeux bleus, les mêmes plis de la peau sous le cou que le célèbre nouveau-né du spot publicitaire. Comme le nourrisson cathodique, il n’avait plus un cheveu sur le caillou. Il ânonnait sans conviction les raisons qui m’avaient conduit à « cet entretien préalable à licenciement ». Sans surprise, il me confirma que le bad buzz récent sur twitter était la cause de ma mise à pied. Bébé cadum quinqua confirmait donc mon pressentiment : un gang de médecins médiatiques avait demandé ma tête, et l’avait obtenue, apparemment.

L’OBSCUR RÉANIMATEUR

Le bad buzz en question avait été provoqué par la publication d’un bref article, presque une brève, signée de ma main. Le 13 novembre 2020, je mettais donc en ligne un papier, au sujet de l’éviction du réseau social Twitter du docteur Damien Barraud, un obscur réanimateur de l’est de la France, où avait sévi au printemps 2020, plus que n’importe où en France, la Covid19. Le docteur Barraud était proprement ordurier sur Twitter : ses gazouillis puaient la merde et c’était la raison pour laquelle Jack1 avait décidé de le bannir de son réseau, fin novembre 2020. J’avais déjà eu affaire à ce triste personnage, adulé par une bonne partie de la communauté médicale. C’était à la suite de la publication d’un papier que j’avais écrit, en août 2020, sur le docteur Louis Fouché, de Marseille, qui s’était fait connaître en s’opposant, l’été 2020, à toute mesure de confinement. Barraud considérait Fouché comme un parfait idiot, criminel qui plus est. Parler de lui, évoquer son existence était une infamie aux yeux de Damien Barraud, qui allait user à mon égard de l’insulte pour me dissuader d’informer mes lecteurs des agissements de Louis Fouché. Je recevais alors, de Damien Barraud, une série d’injures allant crescendo, à l’orée de l’été 2020. Le ton était de prime abord moraliste, légèrement paternaliste, pour finir scatologique :

« Est-ce nécessaire de relayer ? Vous êtes des irresponsables whatsupMerdeEnBarre ».

Lorsque je lui demandai d’éviter les injures publiques, ce dernier me répondait : « Regardez WhatsUpFiente pleurez dans mes DM », avant de me lâcher un définitif : « connard ».

Pas étonnant que Twitter ait donc décidé, en novembre de l’année 2020, de censurer le compte de l’asocial Barraud (fort de quelque 17 000 followers à l’époque), qui apparaissait sous le pseudonyme de Fluidloading. Ce pseudo me disait quelque chose, d’ailleurs. Ça y est, j’y étais : j’avais déjà couvert l’actualité de Fluidloading, courant du mois d’avril 2020. C’est un tout autre personnage que je découvrais au cours du printemps de cette première saison de Covid. Celui qui allait se faire éjecter de Twitter passait alors pour une malheureuse victime, que dis-je, un supplicié, torturé par le méchant professeur Raoult.

Qui m’en avait causé le premier, de ce Fluidloading ? Isabelle, une collègue journaliste et urgentiste, qui me dressa un plaidoyer du gentil Barraud aux prises avec Raoult. Barraud s’était inventé un personnage sur Twitter, Fluidloading, qui passait son temps à persifler, parodier Raoult, frisant l’insulte et la diffamation. En avril 2020, excédé par tant de moqueries, l’IHU avait publié un communiqué pour menacer Barraud de poursuites judiciaires, s’il persistait à se foutre de la gueule du prof marseillais. Comme un seul homme, la communauté médicale s’était élevée contre ce coup de gueule de Raoult, que d’aucuns avaient considéré comme un abus d’autorité. Des médecins hospitaliers profitaient de ce différend entre Raoult et Barraud ,pour exprimer leur ras-le-bol de l’IHU.

Comme de nombreux médecins hospitaliers, en ce premier printemps de Covid, Isabelle aurait bien vu la tête du professeur marseillais, Didier Raoult, au bout d’une pique. Le type était énervant pour les hospitaliers : alors que la totalité d’entre eux se disait impuissante face à la pandémie et voyait passer les cercueils comme des carrosseries sur une chaîne de montage dans une usine Renault, le professeur Raoult se vantait d’avoir trouvé le remède miracle contre le virus couronné, à base d’hydroxychloroquine, d’azithromycine et de zinc. À condition, précisait l’auguste professeur, de l’administrer suffisamment tôt, et en suivant sa posologie. La plupart des médecins lui rétorquait que de toute manière, la maladie disparaissait au bout de quelques jours chez 90 % des patients : donc, avant ou sans le traitement de Raoult, les malades auraient guéri d’eux-mêmes…

Isabelle me confiait aussi la rage qui l’envahissait en apprenant que l’Institut hospitalo-universitaire (IHU), la forteresse gardée du sage phocéen, avait réussi à dégoter des réactifs en quantité astronomique pour tester en masse la population marseillaise, puis traiter et isoler les cas positifs. Alors même que l’ensemble des hôpitaux français, depuis la mi-mars, était soumis à la diète de RT-PCR et n’avait plus droit de tester les cas suspects de Covid.

Le druide du vieux port, un semestre avant le reste de la France, appliquait donc la stratégie qui allait être déployée dans tout l’Hexagone : tester, alerter, isoler (et traiter, ce qu’on le lui a reproché). Dans une corporation soumise à une concurrence effrénée, il faisait des jaloux. Certains n’hésitant pas à le menacer de mort, tel le professeur Raffi, du CHU de Nantes, condamné au début de l’année 2021 à 300 euros d’amende pour des propos déplacés…2 Damien Barraud faisait donc partie des contempteurs de la star de Marseille, dont la popularité éclipsait celle de l’OM en ce début d’année 2020 à Massilia. En fait, Barraud avait créé son compte Twitter en 2016, bien avant les débuts de la pandémie mondiale, pour lutter contre la « mauvaise médecine ». Et pour régler un trauma professionnel sur lequel il s’épanchait dans l’un de ses tweets :

« J’ai quitté mon chu après y avoir dénoncé la fraude d’un PU. À l’époque j’ai baissé mon froc. Trop fatigué. Pas la force et je me suis juré que plus jamais cela n’arriverait et cela n’arrivera pas, car tout cela dépasse bien mon cas personnel. »3

Barraud avait eu maille à partir avec un PU-PH, qui avait eu le dernier mot. Par dépit, il avait donc quitté le CHU de Nancy (en baissant son froc, sic), fait une croix sur sa carrière universitaire et décidé de déverser sa bile et sa frustration sur Twitter, en se faisant passer pour un Zorro en blouse blanche. La popularité internationale de Raoult en ce début d’année 2020 allait rouvrir chez Barraud cette blessure narcissique que lui avait infligée quelques années plus tôt le PU-PH nancéien.

Ainsi, le 9 juin 2020, il n’hésita pas à écrire, pour qualifier sa croisade contre Raoult :

« Ça n’est pas une gueguerre. C’est défendre les malades des dangereux zozos qui ont perdu les pédales. Et il se trouve qu’il y a un nid à l’IHU. »

Sauf que des malades, des usagers et des médecins qui n’ont aucun lien avec le professeur Raoult se sont sentis harcelés, à un moment ou un autre par le réa faux justicier de Metz. Nous verrons cela plus avant…

Revenons au demi-dieu de Marseille, attaqué par Barraud, en ce début du mois d’avril 2020. Le communiqué de l’IHU, en réponse aux moqueries de Barraud aka Fluidlaoading, faisait preuve d’une douce ironie paternaliste : « Le Dr Damien Barraud, médecin réanimateur au CHR de Metz-Thionville, profite en ce moment d’un quart d’heure de gloire wharholien, en enchaînant les interviews sur RMC, BFM TV et La Marseillaise. Les propos qu’il tient sont étrangement similaires à ceux tenus par le compte Twitter anonyme @fluidloading qui revendique être un médecin de la même région que le Dr Damien Barraud. Si ce compte twitter est bien celui du Dr Damien Barraud, nous sommes heureux que dans les interviews données en son nom, ce médecin n’ait pas repris les injures publiques et les attaques diffamatoires que le propriétaire du compte @fluidloading se permet quotidiennement. Nous espérons que, si le Dr Damien Barraud n’est pas l’auteur des attaques portées par le compte @fluidloading il s’en désolidarisera rapidement. Elles pourraient en effet justifier une plainte pénale et le lancement d’une procédure auprès de l’ordre des médecins. »

Conciliateur, l’IHU de Raoult ajoutait : « Poursuites que nous ne souhaitons pas lancer, car nous sommes aujourd’hui concentrés sur le soin des malades hospitalisés et suivis à l’IHU. » Non sans terminer par une pique : « Au-delà des polémiques nous espérons que le Dr Damien Barraud trouvera le temps de se concentrer sur sa belle mission de médecin. » La chute du communiqué invitait à l’apaisement.

Mais c’était compter sans l’égo démesuré de Damien Barraud qui, non content de diffamer et d’insulter sous pseudo, s’estimait dans son bon droit.

« Non mais il se croit dans le parrain ou quoi ? » fut la réponse, sur Twitter, de Fluidloading, alias Damien Barraud, au communiqué de l’IHU. La polémique aurait pu en rester là, tant elle paraissait futile et puérile. Je ne savais pas encore que sous des airs potaches et des plaisanteries scato post ados, des médecins se livraient alors une guerre sans merci sur les réseaux sociaux, qui allaient avoir des conséquences professionnelles et judiciaires pour un bon nombre d’entre eux (moi y compris).

Aussi, le communiqué de l’IHU fut considéré, dès le mois d’avril 2020, par les partisans de Barraud, comme une déclaration de guerre. Après les atermoiements d’Isabelle (qui relayait l’état d’esprit de nombreux praticiens hospitaliers), teintés de jalousie, et la réaction courroucée de Fluidloading, ce fut au combo #FakeMed de réagir.

1 Jack Dorsey, le PDG de Twitter.

2https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/didier-raoult-avaitporte-plaine-pour-menace-de-mort-300-eu-d-amende-pour-le-professeurnantais-7124598

3 tweet du 14 avril 2020.

FAKEMED RENTRE EN SCÈNE

#Fakemed est un collectif de médecins qui s’est fait connaître en 2018 en publiant une tribune dans Le Figaro contre les médecines alternatives, la plus connue et lucrative d’entre elles étant l’homéopathie, selon le collectif. Plutôt anodine, cette tribune avait vocation à être enterrée aussi rapidement qu’elle avait été publiée. Seulement, un syndicat d’homéopathes, vexé, avait juré de faire rendre gorge à tous les signataires de cet appel au déremboursement de l’homéopathie par l’assurance maladie. Du coup, la tribune avait fait le buzz et l’homéopathie devint la bête noire d’une bonne part de la communauté médicale. La gueguerre entre nofakemed et homéopathes allait alors prendre une tournure politique.

Aussi inattendu cela puisse-t-il paraître, la ministre de la Santé Agnès Buzyn décidait de prendre parti pour les médecins signataires de cette tribune, et déremboursait, en 2019, l’homéopathie, faisant des médecins signataires de cette tribune, quelques centaines de tweets plus tard, des héros de la médecine basée sur les preuves (et non sur des croyances farfelues), l’evidence based medicine. Le collectif Nofakemed remportait là une bataille décisive, et gagnait l’appui du gouvernement. Même si ses méthodes étaient décriées : « Reste que la virulence de leurs attaques sur les réseaux sociaux, parfois nominatives, interpelle, tout comme leur propension à s’ériger en juge des médias et des journalistes. Une agressivité qui, pour certains, témoigne d’un malaise de la profession », écrivaient les journalistes Pascale Santi et Sandrine Cabut, dans un article consacré à ce mouvement4. Parmi les médecins bouledogues du collectif Fakemed, on retrouve un certain… Damien Barraud. Pas étonnant que ce dernier ait usé de harcèlement et d’injures contre le professeur Raoult sous le pseudonyme Fluidloading : il avait éprouvé sa méthode, contre les homéopathes, au sein du collectif Fakemed. Mais quelle est donc leur méthode, aux médecins #nofakemed, pour parvenir à une pareille réussite ?

Dans un premier temps, les NoFakemed, par tweets interposés, chassaient en meute et déclenchaient des shitstorms5