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"Existence chaotique et champs de coquelicots" vous emporte dans une romance littéraire fascinante, où la vie se déploie dans toute sa complexité. Entre légèreté et profondeur, l’histoire d’Iris et Thiago vous invite à explorer le monde, à méditer sur votre propre parcours et à plonger dans les méandres de la psyché humaine. Les pages de ce livre vous ouvrent les portes de l’introspection et vous posent des questions essentielles sur le bonheur, le tout dans une expérience de lecture envoûtante.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Julien Garot, philosophe et globe-trotter, explore territoires et cultures depuis plus d’une décennie. À travers Existence chaotique et champs de coquelicots, il convie ses lecteurs à une aventure littéraire profonde et inspirante, les invitant à méditer sur le sens de la vie, le monde qui les entoure et leur propre vécu.
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Seitenzahl: 189
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Julien Garot
Existence chaotique
et champs de coquelicots
Roman
© Lys Bleu Éditions – Julien Garot
ISBN : 979-10-422-1052-6
Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.
Faut-il toujours un pourquoi ?
Oui ! Presque toujours ! Il s’agit de LA condition à l’entendement. Sans pourquoi, pas de sens. Pourtant, de temps à autre, il est – paradoxalement – logique de constater que c’est justement l’absence de ce mot qui rend compte de ce qui nous importe le plus, et sans quoi plus rien n’aurait de sens. Pourquoi suis-je amoureux d’elle, de lui ? Vous conviendrez que si je suis en mesure de répondre à cette question, disons « rationnellement », il est présumable que je sois sensiblement moins épris de la personne que si la question me semble saugrenue. Pourquoi choisir la glace à la vanille plutôt que celle à la pistache ? Pourquoi cette musique me fait frissonner ? Pourquoi les peaux mattes, le musc et le bois de santal, de préférence avec une note de bergamote et de mandarine ? Pourquoi ces larmes, ces orgasmes et ce sourire ? Pourquoi ? Parce que…
Simplement parce que les choses qui nous sont chères, des petites habitudes aux êtres que nous aimons, ne s’expriment pas à travers un « pourquoi ». Entendons-nous bien, je ne cherche pas à vous faire croire que l’amour soit dénué de toute raison. Au contraire. L’amour est la raison ! Aurais-je encore une raison de vivre si toutes les personnes que j’aime disparaissaient subitement ? Si tout ce qu’il me plaît de faire devenait tout à coup fade et ennuyant ? Non. Savez-vous pourquoi ? Parce que je n’ai besoin d’aucun « pourquoi » pour ces choses-là.
Pourquoi ce titre ? Et si je n’en avais pas la moindre idée ? Pas plus que : pourquoi ce livre ? Saurais-je seulement expliquer pourquoi je l’ai écrit ? Ou, ne serait-ce pourquoi j’écris ce que j’écris ? Faut-il répondre à cela ? Vraiment ? Quand ça ? Avant de se lancer dans la démarche ? Pour la mener à son terme ? Afin de la justifier ? Ou est-ce simplement là une réquisition sine qua non de toute intention que d’être à même de répondre au pourquoi du comment, de surcroît si l’on veut espérer en retirer un quelconque bénéfice ; qu’il s’agisse d’un apprentissage, d’une occasion cathartique ou de l’opportunité de faire don ?
Savons-nous vraiment toujours pourquoi nous faisons ce que nous faisons ? Ou, tant insoluble que décisif : savons-nous pourquoi nous ne faisons pas ce que nous ne faisons pas ? Savons-nous pourquoi, parmi ces actions que nous n’entreprenons pas, nous n’achevons pas a minima celles susceptibles de nous épanouir davantage, voire de nous rendre heureux ? De toute façon, si nous le savions, cela changerait-il fondamentalement quelque chose ? Je vous laisse méditer là-dessus un instant.
***
« Pourquoi » ! Notre vie est régie par ce mot. S’il est impératif de souligner qu’un « pourquoi » guidé par la logique et la bienveillance peut être un gage de progrès ou une conscience en éveil, si ce n’est davantage de sagesse ; le reste du temps, ce n’est que pure tyrannie. Pourquoi dois-je rendre ce dossier avant neuf heures demain matin ? Pourquoi suis-je encore en train de travailler à 22 heures 45 au lieu d’être avec les gens que j’aime ? Pourquoi je fais ça ? Pourquoi ce réveil sonne-t-il si tôt ? Pourquoi se laver et se coiffer si rapidement ? Pourquoi ce café ? Pourquoi cette cigarette ? Pourquoi le métro ? Pourquoi ? Ce faux sourire et cette courbette exagérée ? Pourquoi recommencer ce pantomime tous les jours ? Pourquoi ces satanés emballages en plastique ? Pourquoi ? La famine et la pollution ? Tant d’ignominie et de corruption ? Pourquoi je dis « oui » quand je veux dire « non » ? Pourquoi j’ai peur ? Pour un millier de bonnes raisons… Et autant d’excuses bidon !
Si l’existence eût été bien vite chaotique sans aucun « pourquoi », elle semble l’être davantage encore sous son joug. Alors, comment opérer sachant qu’il est fondamental d’être en mesure de donner du sens lorsque je m’interroge sur « pourquoi je fais ce travail ? », ou « pourquoi je décide de ne plus côtoyer cette personne ? », autant qu’il est nécessaire de ne surtout pas s’obliger à répondre à « pourquoi je l’aime ? ».
L’équilibre serait dès lors une affaire de folie. Justement dosée, cela va de soi. C’est ce que nous allons découvrir ensemble. Voyez-vous les amis ; la vie est un fil, et nous sommes ses funambules. Imprudemment, l’on déambule, complètement happés par cette force mystérieuse, ce grand vide fait d’existence, de doutes, de mort, de temps qui passe et de regrets, sans être capable de savoir « pourquoi ». Un jour, parfois, pour quelques élus – si j’ose l’exprimer ainsi – les choix deviennent soudainement évidents ; à cet instant, le vide s’oublie sous les pas incertains, révélant soudain, le secret du bonheur.
Il faut parfois arrêter de se demander pourquoi et se perdre. Se perdre dans les rues, dans un champ, dans la vie. Se perdre dans ses pensées. Dans la relation à l’autre. Quelques fois, souvent, c’est en arrêtant de chercher que l’on trouve. Et surtout, que l’on se retrouve.
Viens avec moi, à la rencontre de ces équilibristes cherchant leur balancier. Laissons de côté les « pourquoi » et observons, contemplons la vie, dans ce qu’elle renferme de plus beau et de plus hideux. Allons les voir, les autres, que nous croisons tous les jours et que nous évitons à tout prix sans savoir pourquoi ; allons voir ce qu’ils pensent, ceux-là, qui nous intriguent sans que l’on ne sache trop pourquoi. Laissons tomber ce mot le temps de quelques pages, et peut-être qu’à la fin de l’ouvrage, tu seras guéri une fois pour toutes. Guéri de quoi ? Guéri de toi, là, comme ça, de tes petites voix qui t’empêchent d’être cet autre toi que tu fantasmes mais que tu ne connais pas. Pars de chez toi ou viens dans mon monde, le temps d’une visite, d’une voltige entre les lignes, juste le temps d’oser le saluer. Saluer qui ? Ce grain de folie qui te parle tout bas sans répit alors que tu ne l’écoutes pas. Pas assez, sans jamais avoir eu le courage de te dire juste une fois… Pourquoi pas !
Dans ce livre comme dans la vie, il est préférable de laisser au dénouement sa pellicule d’inconnu, qui lui sied si congrûment. Dominons notre empressement à voir par-delà l’instant présent. Délectons-nous de cette errance, où chaque phrase et chaque minute sont une mine de surprises et de sens ; tout livre et toute vie n’en étant finalement que la somme.
Indéniablement, nous allouons tous bien trop de temps à nous demander où va bien pouvoir aboutir le chemin que nous empruntons. Que l’on ambitionne ou non une destination d’ailleurs ! Nos choix nous appartiennent. Le reste est hors de portée. Advienne que pourra ! La routine réconforte. Les épreuves attristent, mais forgent. Tandis que les surprises animent. La vie est ainsi faite. L’accepter, c’est se rapprocher du bonheur. La vivre pleinement, c’est déjà être heureux.
De ce constat, je suppose qu’il n’y a de vie véritable que dans la volonté lucide d’un abandon à l’égard de cette dernière ; où par « abandon », je désigne l’engagement total de l’être. De tout l’être : corps et âme, esprit et cœur. Dans l’assertion antérieure, en qualifiant la vie de « véritable », je la discerne d’une existence passive ou bien désordonnée. S’adonner à la réalisation de ses besoins primaires, de ceux de la société, et de quelques désirs de façon automatique, cloîtré hors de la connaissance de soi et de l’entendement du monde, sans capacité de contemplation, ni de l’un, ni de l’autre, et dépossédé de tout discernement philosophique quant à sa propre essence, est sans doute le lot d’une part importante de l’humanité. L’autre partie, elle, vit, véritablement !
Le sens de notre vie est finalement celui que nous lui donnons. À travers un panorama général, qu’il s’agisse de notre rôle dans la société ou au sein de notre famille, mais également dans chacune de nos actions quotidiennes. L’être heureux éprouve des peines et des joies, et comme vous et moi, il avance dans la vie et dans le livre sans se soucier du terme. Le plan du récit est ainsi construit, dévoilant une signification globale tout en permettant de collecter ici et là quelques secrets portés par les mots, d’un paragraphe au chapitre qu’il introduit, tout au long de votre balade littéraire, où certaines phrases valent peut-être autant que l’œuvre qui les abrite. À chacun d’en juger, selon sa sensibilité qui lui est propre.
Comme l’est la vie, l’œuvre peut paraître abstruse de prime abord, je le reconnais. Je vous assure également que tout lecteur qui acceptera de se laisser toucher par les mots et leurs présents, tout en offrant en retour un peu de soi, devrait retirer tout le bénéfice de cette entreprise. Dans ce livre comme dans la vie, puisqu’il n’y a rien de pire que le calme plat et l’absence de surprise, voici une intrigue qui s’imbrique progressivement. Au fil des chapitres se rejoignent et s’assemblent les éléments du récit. S’organise un puzzle où chaque pièce est une petite œuvre à saisir au gré des pages. Peu à peu, le sens de l’ouvrage se révèle dans son intégralité.
La teneur du message s’ouvre à vous tandis que vous décidez de sa portée. Tout dépend de vous, du sens à l’histoire à son incidence philosophique. Qu’elle finisse en œuvre essentielle ou qu’elle soit réduite à néant, seule votre grille de lecture décidera du sort de cette affaire.
Peut-être malgré vous, vous êtes et serez toujours votre propre raison d’être. Vous, tout entier, que vous soyez indifférent ou au contraire saisi par le déploiement du récit et de sa prose. Il se pourrait alors qu’un écho se manifeste dans votre poitrine. Vous, subitement englouti par le doute, puis aussitôt mis face à l’évidence. Surpris par des voix sous l’occiput, délesté de quelques croyances, perdu, rêveur, supposant, devinant, apprenant à contempler la beauté du désordre qui n’en est pas un, et saisissant enfin le paradoxe préféré de l’univers : le sens se manifeste dans l’inconnu.
Avant toute chose, rappelez-vous simplement que : dans ce livre comme dans la vie, il est préférable de laisser au dénouement sa pellicule d’inconnu, qui lui sied si congrûment. Dominons notre empressement à voir par-delà l’instant présent. Délectons-nous de cette errance, où chaque phrase et chaque minute sont une mine de surprises et de sens ; tout livre et toute vie n’en étant finalement que la somme.
Vous souhaitant une bonne lecture, et une belle vie !
Les gens sont interchangeables. Même toi. Même elle. Même moi. Surtout moi ! Peu importe que son amour soit véritable ou bien un fantasme qui s’étoffe ; ce qu’il y a entre elle et moi n’est rien d’autre qu’un « nous » qui s’étiole, une horloge qui accélère et le temps qui se perd. Changez là de lieux, migrez-moi de région, et voyez à quelle vitesse les « je t’aime » se jettent et se recyclent. Inlassablement. Et souvent, trop souvent, sans la moindre signification. Galipette de l’amour et pirouette du destin, passant d’une romance ratée à une idylle en sursis. Trop idéalisée, ou parfois pas assez. Incapables d’aimer et tellement persuadés de bien le faire. Si sûrs de nous, de l’autre, nous évoquons de grands sentiments, et désirons déjà tout concéder, sacrifier sa vie, s’abandonner à l’autre, donner, donner, donner de soi, du temps et des richesses, n’offrant rien d’autre que l’écho de l’autre, qu’un désir de l’ego, incarnant dans une jouissance pernicieuse l’une des plus célèbres pièces de Shakespeare1, fermement convaincu de pouvoir s’extraire du funeste dénouement que nous lui connaissons, comme si nous étions bénis des dieux, élus par cupidon. Nous y croyons. Nous nous forçons à y croire, et nous nous dupons jusqu’à finir immanquablement par nous noyer dans un film à l’eau de rose, burlesque et morose.
Tragiquement. Voici des semaines que je la comble des mêmes caresses que d’autres ont reçues auparavant. J’effleure sa peau en sachant qu’elle n’a pas été conçue pour moi. Ne vous méprenez pas, tout ce que je vous confie là est à considérer à vice versa. La seule chose qui nous différencie, elle et moi, se situe sans doute quelque part entre la portée de nos qualia et la foi irrationnelle envers la représentation scénarisée d’une union idéale, semée autrefois dans son esprit de fillette, et s’étant métastasée au fil des années… Je ne la blâme pas. Pour être franc, j’ai longtemps cru en l’âme sœur, unique, et sujette à préemption par qui de droit. Ensuite, je m’obligeais à y croire. Pas par romantisme, mais parce que ça rassure.
À présent, tout cela me paraît insignifiant. Je vois dans ses yeux humides des bribes d’un ancien moi. Elle me suppliera de ne pas partir, sans se rendre compte que je n’ai jamais vraiment été là. Comme souvent dans mes relations, je me rends compte que le problème vient de moi. Que mon esprit navigue déjà à cent lieues de mon cœur parti à la dérive… Bâillons une dernière fois ensemble, demain, je pars avec mon baluchon. Encore une fois. Pardon. Ce n’est pas toi, c’est moi !
J’adore prendre le train pour aller nulle part. Voir défiler des paysages qui sentent l’aventure et la légèreté. On saisit l’instant, on le laisse s’échapper, instantanément. C’est beau, c’est fugace. Éternel à la fois. Devant mes yeux, les images s’enfuient, gravées à jamais dans mon esprit.
Je suis dans le train, j’ai quitté Hô Chi Minh au petit matin. Se dérobent sous le doux brouhaha des claquements et des cliquetis ferrés des vieux wagons fuyants sur des rails d’acier, des fragments de vie. Debout dans le couloir en face de ma cabine-couchette, la vitre entrouverte, je contemple dans ce monde que je ne comprends pas bien, un reflet de mon destin. Encore une fois, je souris, entre bonheur et mélancolie. Horizon en mouvement court sur ma rétine. Une danse de couleurs. Le cœur en efflorescence. La locomotive du hasard m’emporte vers une nouvelle existence.
… Même s’il y eut des moments difficiles, j’ai aujourd’hui une belle histoire à vous raconter. Naturellement, à l’instar de toutes les belles histoires, rien a priori ne laissait présager qu’il en eût été ainsi. Face à cette énième évidence, j’en vins d’ailleurs à formuler l’hypothèse que les achèvements heureux se retrouvant dignes d’un récit proviennent presque systématiquement d’une genèse poignante. N’en aurait-on vraiment que faire des contes qui commencent bien et finissent tout aussi joyeusement ? Ce qui est certain, c’est que l’intrigante – pour ne pas dire inquiétante – appétence de l’humanité pour le tragique éluciderait nombre de ses écarts – comprenez : atrocités –, que l’on s’en réfère aux faits historiques, tout comme aux aberrations contemporaines qui déteignent sur notre paradis terrestre… Mais là n’est pas le sujet !
Iris, co-protagoniste et narratrice, ravie de faire votre connaissance ! Pour commencer, laissez-moi vous parler de Thiago. Il a toujours envie d’écrire. Sur tout. Tout le temps. Il aime écrire sur la simplicité d’une vie compliquée. Parfois, il préfère écrire la vie que vivre la sienne. La vie des autres. La vie qu’il fantasme. La vie passée, ou celle d’un futur hypothétique. Il faut dire que Thiago a déjà bien vécu. « Il a déjà bien vécu » est d’ailleurs le genre de phrase refuge dont il fait usage pour se consoler de la perte d’un proche aïeul, mais qui convient pourtant déjà parfaitement à notre sujet, trente ans, et déjà quelques vies à son actif. Comme si chacune de ses années vécues eût été constituée d’un condensé de quelques décennies. Évidemment, j’exagère ! Et à la fois, pas tant…
Ceci dit, l’expérience ne garantit pas toujours la sagesse, à moins qu’il en existe une forme particulière, menant intarissablement Thiago vers des pièges dans lesquels il est déjà tombé maintes fois, y laissant larmes et nuits blanches, gueules de bois et désespoir ; dévoré par une concupiscence débridée aux allures de romances et de liaisons périlleuses, sans que tarisse le moins du monde son empressement à retomber autant de fois que possible sur le même genre de chausse-trape. Parce que c’est beau. Parce que c’est la vie ! Son préféré ? Tomber amoureux ! Croire, puis se persuader que c’est la bonne, se précipiter dans des choix de vie que la plupart considèrent comme décisifs avec une légèreté déconcertante. Avant que tout ne vole en éclats ; voltigeant avec un romantisme artificiellement insufflé au mélodrame, s’effondrant l’instant d’après, dans la brutalité du temps égaré et des sentiments amochés. L’amour et le déchirement se succéderont jusqu’au firmament, là où tout n’est que poussière d’étoiles, pour qu’il en prenne une pincée, et, sur une page imbibée par tant de sourires affligés, il puisse délicatement saupoudrer une dune d’espérance, pour que jamais ne s’efface, la force de la vie. La légèreté de l’être. La résilience des cœurs.
Thiago est un homme simple et complexe, sans que personne ne sache lequel de ces deux adjectifs l’emportera un jour. Il est simple car il est optimiste, sympathique, intéressant, d’une humeur égale, inspirant la joie. Il est complexe parce que son sentimentalisme lui a joué des tours, si bien que plus le temps passe et plus il use de sa cape d’insensibilité. Il aime tomber amoureux mais ne sait pas aimer. Pas très bien. Il éclaire les autres, et se noie dans ses propres ténèbres. Il est simple et complexe. Il est comme toi et moi, comme elle, comme iel, comme lui, comme nous tous. Paradoxale.
***
Communément, plus les années filent et plus nos petites voix se font nombreuses. Je ne connais personne qui eût trouvé la paix et la sérénité sans avoir eu de guerre intérieure. Et la guerre intérieure est une voix qui ne se tait jamais. La sagesse que nous octroie le temps, la vie, et les prédispositions de l’âme nous servent juste à régler le poste radio que nous avons à l’intérieur de nous. Écouter les bonnes voix, c’est cela le secret. La seule issue vers l’épanouissement. L’unique espoir de bonheur ! Assurément, Thiago l’a pressenti. Son royaume intérieur est bien trop animé pour lui accorder le moindre répit mais au fond de lui pourtant, il le sait déjà, presque consciemment : pour être heureux, il devra choisir quelles voix écouter. D’un autre côté, il craint de ne plus être lui-même s’il en condamne certaines au mutisme. N’importe qui tuerait volontiers un « Je » torturé pour que lui survive un « Je » heureux. Thiago pense au contraire qu’il n’y a plus du tout de « Je » si l’on fait cela, simplement un « Je » troublé, succédé par un autre « Je », incomplet… éteint. L’agitation qu’éprouve ce jeune homme aux nombreuses vies n’a pourtant rien de très originale – ni d’ésotérique – bien que la présentation que nous en faisons ici puisse sembler encore abstraite. Je vous assure que j’ai connu bien trop de personnes espérant pouvoir un jour s’affranchir du choix impossible des voix. Qu’ils soient vieux, jeunes, jeunes-vieux ou vieux-jeunes ; comme la plupart d’entre nous, ils peinent à discerner leurs voix, et agissent par conséquent soit aléatoirement, soit dans le pire des cas, envers et contre eux-mêmes, gaspillant temps et énergie dans des directions contraires.
Évidemment, perçu depuis un regard extérieur, il n’est nullement aisé de rendre compte de ce phénomène. Dû à cette impossibilité d’en prendre la mesure chez autrui, Thiago supposa de prime abord que le tourment des voix lui était réservé. Des années durant, il vacilla entre l’hypothèse première admettant que les maux qui l’assiégeaient avaient épargné le reste du monde, et la seconde où la majorité des gens avait déjà atteint une phase d’unicité. Ainsi, il se demanda longtemps si les séquelles du passé et l’angoisse du futur ne laissaient aucune trace, à personne, sauf à lui. C’est bien plus tard qu’il s’aperçut que la plupart des hommes manquent cruellement de lucidité et de courage. Spécialement lorsque cela les concerne. S’accrochant à leurs œillères avec d’autant plus de véhémence lorsque de surcroît, l’on touche à certaines cordes sensibles…
À présent, Thiago paraît quant à lui se trouver enfin dans la bonne direction. Il met en place un compromis qui me semble prometteur, acceptant non pas seulement d’écouter, mais aussi de laisser s’exprimer la totalité de ses voix, soit l’ensemble de ses « soi ». La solution, brillamment intuitive, bien qu’à peine consciente, consiste à tendre le micro aux voix afin de les faire taire. J’aurais pu utiliser les mots « tendre la plume » mais symboliquement, le micro représente bien mieux ce dont il s’agit ici.
Thiago a toujours envie d’écrire. Sur tout. Tout le temps. En vérité, c’est un moyen de survie. L’encre qui coule sur le papier, c’est le sang des voix qui, parfois à leur insu, s’exprime pour la dernière fois. Immortalisées sur une feuille, l’imbibant de tout ce pour quoi Thiago n’est pas encore tout à fait celui qu’il souhaite devenir. C’est un armistice honnête : les voix subsistent, simplement hors de sa tête.
Parfois pour se délivrer du mal, il ne faut pas hésiter à lui donner audience. Thiago écrit. Thiago guérit. Thiago vit.
