Fais un voeu et souffle - Lucie Grange - E-Book

Fais un voeu et souffle E-Book

Lucie Grange

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Beschreibung

" J'ai un profond respect des dates anniversaires, ces portes que le temps dispose autour de nous, pour ouvrir un instant nos coeurs à ses mystères, et permettre au passé de voyager vers nous. " Yves Duteil À des anniversaires clés de sa vie, Nicolas retrace son parcours chaotique, rythmé par l'abandon, l'amitié, l'amour et la résilience. Entouré de ses meilleurs amis, chaque 6 février est l'occasion pour lui de se confronter à ses failles. Parviendra-t-il à apprivoiser son âme blessée ?

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Seitenzahl: 161

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Du même auteur :

« Du haut de mes 26 ans, je réalise soudain que je m'apprête à passer le cap des 10 000 jours. Je dois l'avouer, cette idée m'effraie un peu ! Orpheline depuis 20 ans, je suis hantée par un passé qui reparaît sans cesse, d'autant que mon futur semble déjà écrit. Si je veux sortir de l'hibernation dans laquelle je me suis enfermée, je ne peux plus ignorer mon enfance. Avec le soutien indéfectible de Bastien, mon meilleur ami, je suis déterminée à retrouver la maison familiale pour comprendre enfin d'où je viens et ce qui m'a brisée. J'ai le pressentiment que ce n'est pas seulement un voyage, mais que ma vie est sur le point de commencer. »

J’ai un profond respect des dates anniversaires

Ces portes que le Temps dispose autour de nous

Pour ouvrir un instant nos coeurs à ses mystères

Et permettre au passé de voyager vers nous.

Yves Duteil, Les dates anniversaires, 1990

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 1

Samedi 6 février 1993 10 ans

The Lumineers, Birthday

10

A la seconde même où mes orteils pénètrent dans l’eau glacée, je regrette déjà ce pari ridicule qui m’a fait plonger. Tout mon corps est comme paralysé désormais et je peine à remonter à la surface. Je reprends mon souffle, mais entendre leurs rires dix mètres plus haut m’oblige à m’enfoncer de nouveau au milieu des algues pour étouffer leur écho. Je tente de nager malgré mes jambes engourdies pour m’éloigner le plus loin possible, dans l’espoir de disparaître. Une brèche apparaît devant moi et semble mener vers une cavité d’une luminescence azurée, caractéristique des grottes sous-marines de la région, comme j’ai lu un jour dans un Astrapi1. J’y pénètre et parviens dans un dernier effort à repousser le sol pour enfin émerger, au bord de l’asphyxie. La mélodie rythmée de gouttes d’eau berce mon esprit le temps que ma respiration s’apaise et que ma vision parvienne à voir se dessiner les courbes de la grotte dans laquelle j’ai trouvé refuge. Je rejoins le bord et m’extrais pour m’étendre sur le dos, las, pas tant de l’effort qu’il m’a fallu pour arriver jusqu’ici, mais plutôt épuisé de cette journée, de cette année, des dix dernières même… de mes dix premières plutôt.

J’ai 10 ans aujourd’hui et si mon karma se poursuit sur la même lancée, je ne suis pas certain d’en sortir indemne. A quoi bon ? Mes parents n’ont pas voulu de moi et à ce qu’on dit c’est moi qui ai préféré fuir les familles qui m’ont accueilli depuis. Accueillir est peut-être excessif d’ailleurs. Mais il parait que je suis un rebelle, un p’tit con même. C’est donc sans doute moi qui exagère. Un matelas à même le sol et un bol de lait périmé pour le p’tit dej’ à cinq ans auraient dû me satisfaire. Après tout, les bâtards à quatre pattes que je croisais lors de mes fugues se contentaient souvent d’un coin de ruelle à l’abri de la pluie et de restes de pizza de chez Marco.

J’espérais juste que cet anniversaire allait marquer un tournant. Faut croire qu’il est peut-être temps que je cesse d’être naïf. A défaut de souffler les bougies sur un gâteau fait maison, je me suis retrouvé collé contre un mur par cinq CM2 à la sortie de l’école. Alors oui, je leur ai volé leurs goûters la semaine dernière, mais ils sont quand même sacrément rancuniers. Ça m’apprendra à détrousser les cartables des plus grands. La prochaine fois, je m’attaquerai aux CP. Au lieu de déballer des cadeaux imaginaires, je me suis retrouvé face à un dilemme entre deux coups de poing dans le bide. Mes courageux adversaires m’ont laissé le choix entre crever les pneus de Mlle Blanc ou sauter depuis le rocher de la mort, comme on le surnomme, au bout de la presqu’île de Giens.

Vous vous doutez donc que je n’ai pas pu me résoudre au premier choix. Mais elle est chouette cette maîtresse aussi. C’est la seule adulte qui ne me regarde pas avec pitié, la seule qui sait quand ma colère est aussi forte que l’est ma détresse. C’est elle qui m’a montré que des mots posés sur le papier permettent parfois de ne pas en venir aux mains. Elle m’a donné un p’tit cahier dans lequel je note tout ce qui me passe par la tête quand je sens que ça monte. J’ai même le droit d’aller m’asseoir au fond de la classe quand la lave du volcan de la colère, collé sur mon bureau, est déjà bien dans le rouge. De temps en temps, je pars m’isoler un peu et je sors mon cahier vert, vert comme le p’tit bonhomme de la sérénité dans le livre des émotions qu’on a lu en maternelle, et qui déjà m’avait permis à l’époque de mettre des mots sur ce que je pouvais ressentir. J’y écris mes angoisses, les mots de certains camarades qui m’ont blessé, mes rêves aussi. Poser des mots sur ces feuilles un peu froissées m’apaise. Parfois, j’en dévoile le contenu à Mme Blanc et elle prend quelques minutes pour en discuter avec moi.

— Tu parviens à transformer ta peine en poèmes, m’a-t-elle dit l’autre jour. C’est un peu ton pouvoir magique.

Je ne suis pas sûr que ça me serve à quelque chose et je préfèrerais juste être comme les autres. Eux n’ont pas besoin d’imaginer à quoi leur vie pourrait ressembler. Il se contente de la vivre sans même se rendre compte de leur chance.

Le matin, je reste souvent tout le temps de l’accueil entre 8h20 et 8h30 face au poster accroché au mur de la classe sur lequel sont répertoriés tous les adjectifs possibles en fonction de chacune des émotions. On peut choisir une étiquette correspondant à notre état en arrivant à l’école et l’aimanter à côté de notre prénom. J’observe souvent mes camarades choisir joyeux, de bonne humeur, motivé ou serein et détendu quand je suis plutôt attiré par dépité, seul, mal à l’aise ou envieux et plein de haine.

Autant dire que lorsque j’ai posé plein d’espoir ce matin, toute la classe m’a regardé l’air ahuri. Ça n’a pas duré bien longtemps. Au retour de la récré, j’avais déjà changé pour déçu quand je me suis aperçu que personne ne s’était souvenu de mon anniversaire, pas même Thomas, mon supposé meilleur copain. Seule Mlle Blanc me l’a souhaité à 11h30 en me demandant si j’allais le fêter cet après-midi.

J’avoue que j’y pensais quand Adrien, Bilel et les trois autres crétins ont décidé que c’était le bon jour pour se venger. Je me disais que comme on est samedi, je pourrais peut-être préparer un gâteau au yaourt en cachette, et proposer à Thomas, Enguerrand et Charlie de me rejoindre au parc. J’essayais de me souvenir de la recette qu’on avait justement cuisinée avec la maîtresse pour expérimenter la notion de fraction, quand ma tête a heurté le mur et que les Dalton m’ont asséné de coups tout en me lançant ce défi débile.

Me voilà donc, trempé et gelé, à attendre que les murmures que j’entends encore à travers la roche s’éloignent pour que je puisse rentrer chez moi, expliquer à ma 5ème fausse-mère pourquoi je suis dans cet état et prétendre que c’était mon idée de faire un p’tit plongeon dans la Méditerranée un 6 février. J’essaie d’imaginer quelle excuse je vais bien pouvoir encore baratiner : chute accidentelle après une balade avec les copains, sauvetage d’un oiseau blessé en train de se noyer, rite de passage pour mes 10 ans ? Je soupire d’avance de la punition qui m’attend…

— Nico ? Nicolas t’es où ?

Je crois reconnaître la voix de Thomas et me relève. Je m’aperçois que j’ai perdu une chaussure.

— Nico… ?

Cette fois, c’est Charlie qui hurle mon prénom là-haut. Je souris malgré moi et cherche dans la paroi une faille qui expliquerait comment leurs voix peuvent parvenir jusqu’à moi. Je fais le tour de la cavité et aperçois un trait de lumière qui semble percer vers l’extérieur.

— Je suis là les gars! Je suis en bas dans une grotte.

— Contente de savoir que tu es toujours en vie, me crie à son tour Charlie. Mais sors vite de là et tu vas voir ce qui t’attend de m’avoir traitée de gars.

— Ils sont partis ?

— Ouais, on a suivi en vélo le bus que vous avez pris dans le centre jusqu’à la Tour Fondue et on a attendu qu’ils repartent, m’explique Thomas.

— Et vous pouviez pas m’aider avant que je sois obligé de sauter dans une eau à 10° ?

— Désolé mec, ajoute Enguerrand.

— Tu parles d’un chevalier courageux. Ils auraient mieux fait de t’appeler Gaston tes parents.

J’entends leurs rires, mais cette fois-ci je n’ai pas envie de les fuir. C’est fou comme cet enchaînement de petites expirations saccadées peut parfois être effrayant de sadisme et parfois réconfortant de complicité. Je ris à mon tour et repense tout à coup à l’affiche de la classe. Je pourrais changer d’étiquette et opter pour reconnaissant ou régénéré. Heureusement que j’ai ces trois-là dans ma vie.

Thomas, je le connais depuis qu’on s’est pris la tête au parc à 4 ans pour savoir qui allait descendre le premier du toboggan. Comme d’habitude, j’étais persuadé que tous les gamins allaient se moquer de mes vêtements trop courts, j’étais jaloux de les voir s’envoler en l’air sur les balançoires, poussés par des parents qui accouraient dès qu’ils tombaient et s’écorchaient le genou. J'agressais toujours en premier parce que je savais que personne ne voudrait jouer avec moi. Et ce jour-là, c’est Thomas qui en fit les frais. Je le bousculais à la tyrolienne puis le menaçais s’il ne me laissait pas descendre en premier au toboggan. Mais au lieu de s’enfuir en jurant d’aller tout dire à sa nounou, il m’avait simplement proposé qu’on descende tous les deux en même temps. Je me suis d’abord méfié. J’ai continué de lui jeter des regards noirs dès que je le croisais sur le petit pont en bois et puis à force de le voir m’attendre et me faire signe à chaque fois qu’il s’apprêtait à glisser dans le « serpent rouge », comme on l’appelait, je l’ai finalement rejoint.

T’es prêt ? m’avait-il demandé avant d’attraper mes jambes et de commencer la descente. Nous avions recommencé des dizaines de fois, riant plus fort à chaque fois. Je me souviens que l’assistante sociale qui m’accompagnait ce jour-là, parce que ma 4ème fausse-mère avait mieux à faire sans doute, avait dû ruser pour me faire partir du parc.

C’est mon premier souvenir joyeux et la plupart de ceux qui ont suivi le sont avec lui. Il ne m’a jamais laissé tomber. C’est lui à 6 ans qui a dit à sa mère qu’il ne fallait pas que je change d’école même si j’allais encore une fois être envoyé dans une autre famille d’accueil. Et miraculeusement, le Juge et les services sociaux ont pour une fois été à l’écoute de cette proposition et ont trouvé une autre famille proche du groupe scolaire. Ça fait plus de trois ans que j’habite chez les Kleiner et même si la rigidité allemande vient parfois se heurter à mon caractère sauvage et que je tente encore de temps en temps de leur échapper pour trouver un peu de liberté, ils ont la patience de m’accepter et de me reprendre à chaque fois. Je me doute toutefois qu’ils le font surtout pour l’argent et pas par pure générosité. Peu de jouets traînent sur le sol de ma chambre et j’ai pu constater au fil des années que les pâtes ont toutes quasiment le même goût quelle que soit leur forme. Mais au moins ils ne me frappent pas comme l’espèce d’ivrogne qui faisait office de chef de famille dans la maison avant celle-ci. J’ai le minimum vital désormais et je m’en contente.

Ma famille est ailleurs. Ma famille, mon frère, c’est Thomas. On est même frère de sang depuis l’année dernière. Juste avant la rentrée, on s’est très solennellement entaillé chacun le pouce de la main droite, comme symbole de loyauté et fidélité, et on a mélangé la gouttelette rougeâtre qui peinait à couler, trop peu braves pour oser agrandir l’entaille. Mais parfois, même lui ne sait pas comment me retenir quand je déconne. Quand c’est plus fort que moi et que je provoque Mme Redon, la directrice de l’école, quand j’envoie tout valser dans son bureau parce que j’ai pas supporté une remarque d’un autre élève au match de basket après la cantine, je ne contrôle plus rien. Je me déteste quand je suis dans cet état et je ne supporte pas qu’on s’approche de moi ou qu’on me dise de me calmer. Comme s’il suffisait que j’appuie sur un bouton pour y arriver. Tout se joue avant six ans2 paraît-il. Enfin, c’est le titre d’un bouquin que j’ai trouvé dans la bibliothèque des Kleiner un jour. Autant dire que je suis foutu à priori. Quatre foyers différents en moins de cinq ans après six mois en pouponnière, pas l’idéal pour se sentir en sécurité et grandir. Je pleurais beaucoup et dormais peu il parait. Les premières familles finissaient par lâcher l’affaire, épuisées sans doute. Au-jourd’hui je ne pleure plus, jamais. A la place, c’est une colère froide qui m’envahit. Malgré mes rendez-vous quotidiens au CMP3 avec un pédopsychiatre et un traitement à la Ritaline pour traiter mon hyperactivité et agressivité, je n’arrive pas toujours à la contenir. J’explose quand le bruit ambiant dans la classe me fait l’effet d’un moteur d’avion dans les oreilles, quand le regard d’un élève se fait trop insistant et vient me percer comme s’il pouvait me tuer, quand une remarque me fait me sentir encore plus nul que d’habitude. Dans ces moments-là, dont je garde peu de souvenirs une fois la crise passée, ma force est démultipliée, mes cris sont stridents et je peux agresser enfants et adultes avec le premier objet qui me tombe sous la main. Je m’en veux tellement après, mais je suis souvent bien incapable d’expliquer l’élément déclencheur. Mlle Blanc essaie de me proposer beaucoup d’outils comme le cahier à émotions dont j’ai déjà rempli au moins trois exemplaires depuis qu’elle me l’a proposé au retour des vacances d’automne. J’ai le droit d’aller boire de l’eau quand j’ai besoin de bouger un peu, ne pouvant plus rester assis. Elle m’a proposé aussi un casque anti-bruit qui me permet de m’isoler un peu. C’est la première maîtresse qui essaie autant de m’aider et globalement, c’est la première année que j’arrive un peu à me mettre au travail.

Je ne regrette pas d’avoir vaincu ma peur du vide aujourd’hui. J’ai envie de changer pour lui prouver que je peux y arriver. C’est ma dernière chance de toute façon si je veux pouvoir rester avec les copains à l’école. A la dernière réunion, Mme Kleiner m’a dit qu’on lui avait parlé d’un ITEP4 où je pourrais être scolarisé en internat. J’ai lu la brochure qu’on leur a donnée et c’est vrai que j’ai clairement le profil. « Les ITEP accueillent des enfants, adolescents ou jeunes adultes qui présentent des difficultés psychologiques dont l’expression et notamment l’intensité des troubles du comportement perturbent gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages. Ils se trouvent malgré des potentialités intellectuelles et cognitives préservées, engagés dans un processus handicapant qui nécessite le recours à des actions conjuguées et à un accompagnement personnalisé. » Ça me fait un peu peur de penser qu’il faudrait encore que je change mes habitudes. C’est un peu dur aussi de me considérer comme un handicapé. On peut pas lui mettre de plâtre à mon cœur et mon cerveau qui bouillonne parfois ne peut pas être soigné avec une poche de glace. Si je n’arrive pas à tenir en classe, comment je vais faire au collège ? Y’a pas de conseils de discipline en primaire. Mais dès que je vais arriver en 6ème, ils ne me garderont pas longtemps si je fais encore des crises.

Tu veux finir en prison quand tu seras grand ? me disait souvent mon maître l’année dernière à chaque fois que je m’en prenais à un élève. Et s’il avait raison ? Est-ce que tous les criminels qui sont en prison aujourd’hui me ressemblaient quand ils avaient dix ans ? Est-ce que ma volonté de changer va suffire ? Quand tous mes camarades ont déjà des idées de métiers qu’ils aimeraient faire plus tard, rien ne me vient moi. Bandit professionnel pourrait finalement être une option…

— Tu fais gaffe pour ressortir ! Prends beaucoup d’air. On essaie de descendre un peu vers la plage à gauche du rocher.

Cette grotte qui m’avait attiré tel un refuge m’an-goisse désormais. J’ai l’impression d’étouffer. Je m’enfonce dans l’eau et nage jusqu’à l’entrée. Je prends une grande inspiration et plonge vers la sortie. Dès que je sens les algues m’effleurer, je sais que je suis à l’extérieur et remonte à la surface. Je suis ébloui par le soleil et me tourne vers la plage pour la rejoindre. Après quelques brasses, j’aperçois les copains qui se fraient un chemin dans les rochers.

— Il est là, crie Charlie en sautant sur le sable.

— Allez, sors vite Nico, tu vas finir en glaçon, m’encourage Enguerrand.

Thomas n’hésite pas une seconde lui. Il pénètre dans l’eau jusqu’aux genoux après avoir remonté son jean et me tend la main. Je l’attrape et parviens sur le sable. Je m’effondre et peine à retrouver ma respiration tant j’ai froid.

— Enlève ton gilet et ton tee-shirt, m’ordonne-t-il en me tendant son pull. Il faut que tu bouges. Allez Nico, lève-toi et saute.

Il ne me laisse pas le choix et me soulève pendant que Charlie m’aide à retirer mes vêtements et qu’Enguerrand me tend son jogging de foot qu’il avait dans son sac à dos. J’enfile le pull et Charlie se cache les yeux lorsque j’enlève mon caleçon pour finir de me changer. Puis je me mets à sautiller sur place. Ils commencent à m’accompagner et nous voilà tous les quatre dans une drôle de danse tels des p’tits sioux.

— Merci les gars… Et merci Charlie, j’ajoute, alors que son visage s’assombrit.

— Qu’est-ce que t’as fait pour qu’Adrien soit si furax qu’il te force à sauter de là-haut ? me demande Thomas.

Je leur explique toute l’histoire et il me donne une tape dans le dos :

— Je suis fier de toi tu sais. On aurait encore M. Gravier, c’est sûr, tu lui crevais les roues de sa voiture.

— Ouais, t’es trop courageux. Moi je me serais pissé dessus là-haut c’est sûr, ajoute Enguerrand.

— Demande-moi un Pépito la prochaine fois que t’as faim pour le goûter, conclut Charlie.

— Ah ben justement. Ferme les yeux Nicolas, m’ordonne Thomas.

Je le regarde sans trop comprendre, mais m’exé-cute quand il me répète l’ordre d’un ton plus autoritaire. Quand je les rouvre, il tient dans ses mains une madeleine aux pépites de chocolat dans laquelle est plantée une bougie qui peine à rester allumée.

— Vous avez pas oublié ?

— On allait te proposer de passer au parc après l’entraînement pour te faire la surprise, m’explique Enguerrand.

— Mais c’est bien ici aussi, me sourit Charlie.

— Allez souffle frérot, fais un vœu !