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Des nouvelles légères ou graves, jamais éloignées de la vraie vie et pourtant souvent fantasques ou étonnantes.
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récits courts,Fantasques,Evènements de la vie,Anecdotique,lecture facile
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Seitenzahl: 112
Veröffentlichungsjahr: 2026
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Danièle Hézarifend réside à Metz. Après une vie familiale et professionnelle bien remplie, elle a concrétisé ses projets d’écriture dans des romans, des nouvelles et des contes.
Lauréate du prix de la Nouvelle de Yutz en 1994, elle a rédigé les Contes du Château de Malbrouck sur la trame et les illustrations de Claire Pelosato en 2003 et 2004. Elle a participé également à des ouvrages collectifs dans un cadre littéraire associatif.
Un premier roman, Au-delà des Apparences est paru en 2023, suivi d’un deuxième en 2024, Une semaine entre parenthèses.
1. L’imprévisible rivale p. 9
2. Le Berceau p. 21
3. Palette interdite p. 33
4. Au bout du chemin p. 47
5. Un héritage inattendu p. 65
6. L'enfant du couloir p. 79
7. Monsieur Grand Papa p. 97
8. Monette p. 123
9. Week-end p. 139
10. Faux- Semblants p. 153
Lascive, Sara se love contre Rodolphe. Lentement elle bascule la tête sur son bras. D’un langoureux clignement de paupières, elle enrobe de velours ses pupilles d’aigue marine, acérées à l’encontre de Claudine l’instant précédent.
Comme elle est redoutable envers qui ne bénéficie pas de ses grâces ! Effrontément possessive, elle affiche sa victoire. Des mots n’ajouteraient rien.
Claudine est pitoyable. Les yeux gonflés, le nez rougi par l’incessante manipulation d’un grand mouchoir écossais de Rodolphe, elle implore une prise de position de celui-ci. En sa faveur, cela va de soi.
- C’est elle ou moi !
C’est à lui de trancher.
Et lui qui a horreur des scènes…
Rodolphe trouve son amie de bien mauvaise foi. C’est arrivé sans qu’il n’ait rien fait, elle le sait pourtant mieux que quiconque !
Ce fameux jour où Sara était entrée dans leur vie, il ne l’avait même pas remarquée ! Elle s’abritait, paraît-il, sous le porche sombre de leur immeuble. Claudine s’était dite touchée par sa détresse. Elle était coutumière de ces élans et s’entichait souvent de causes plus ou moins défendables. Lui n’avait que vaguement prêté l’oreille à cette énième tocade, convaincu qu’elle l’aurait vite remplacée par une autre. Il avait sillonné les routes toute la semaine qui avait suivi et connu la plus éprouvante prospection de son existence. Routes enneigées, conducteurs timorés, responsables d’achats tatillons, chambres d’hôtels glaciales, tout le panel des contraintes du démarchage commercial puissance quatre. C’est dire s’il aspirait plus que jamais à la tranquillité de son troisième face, escalier A. Une fois la porte franchie, la magie opérerait, il pourrait poser ses mallettes et enfin déconnecter. Sans compter que depuis que Claudine s’y était installée, il y coulait une vraie vie de pacha. La chère petite s’était chargée avec détermination des corvées quotidiennes, avec d’autant plus de discrétion qu’elle lui avait un tant soit peu forcé la main.
Un vrai rêve de célibataire…
Dix-huit mois déjà. Un sourire béat flottait sur ses lèvres tandis qu’il gravissait les escaliers ce soir-là. Il sifflotait en tournant la clef dans la serrure. En pénétrant dans le petit corridor, il n’avait pas pressenti que sa vie allait s’aciduler…
Petite silhouette souple enfouie dans les coussins chamarrés, Sara était pelotonnée sur son canapé bleu.
Durant la scène qui avait alors opposé Claudine et Rodolphe, également acharnés à défendre l’un son territoire, l’autre sa réfugiée, la dormeuse avait à peine frémi, statufiée dans son sommeil. Après mille arguments, un « Mais enfin tu es folle, c’est trop petit ici ! » exaspéré avait été englouti par un catégorique « Par ce froid, pas question de jouer les égoïstes ! C’est provisoire. Laisse-moi le temps de trouver une solution ».
Et voilà. C’était ainsi que tout avait basculé dans l’irrationnel.
Il avait renoncé à dégainer le si facile « Tu n’es pas ici chez toi ». Il n’avait vraiment pas envie de replonger dans les fins de semaines fastidieuses du célibataire solitaire qui galère entre approvisionnements et rangements et se ruine au profit du teinturier. Après tout, si la gêneuse était cantonnée, comme sa compagne s’y engageait, dans la petite véranda et cela uniquement le temps de lui trouver un lieu d'accueil, il l’ignorerait…
D’ailleurs, le temps qu’il ait posé sa valise et son pardessus, les choses étaient rentrées dans l’ordre.
Chacun s’était appliqué à éviter l’autre durant les premières quarante-huit heures de cohabitation. Rodolphe devait reconnaître qu’il avait à peine aperçu la petite protégée de Claudine, ses sorties coïncidant avec ses temps de présence et vice versa.
Deux semaines s’étaient ainsi écoulées jusqu’à un samedi fatidique où le cours des évènements s’était infléchi. La porte d’entrée avait d’abord claqué sur la sortie de Claudine. A son habitude, elle s’était levée tôt pour honorer l’impératif qu’elle se fixait de faire son marché à la place du même nom. Ce que Rodolphe mettait à profit pour se rendormir. Avec des soupirs d’aise, il avait donc déployé jambes et bras et repris possession de tous les centimètres carrés providentiellement libérés. Il allait replonger dans un sommeil plein de félicité se délectant à l’avance des parfums de croissants chauds et de café qui marqueraient son réveil définitif. A la frange de ce un bien-être cotonneux, il avait très confusément ressenti une présence. Douce, chaude et câline sur l’oreiller d’à côté mais rêvant à demi n’avait pas réagi.
- Eh bien, ne vous gênez pas, s’était joyeusement exclamé Claudine !
Elle pouffait de rire devant l’ahurissement visible de Rodolphe, croisant pour la première fois de si près l’incomparable regard émeraude. Était-il trop engourdi ? Toujours est-il qu’il s’était borné à bougonner. Il n’avait pas chassé l’importune. Et c’était à trois qu’ils avaient fait honneur au petit-déjeuner.
A compter de ce matin-là, la protégée de Claudine avait déployé force sortilèges, fait tomber toutes les retenues, gravi les degrés de l’intimité du couple. Non seulement le maître des lieux ne s’était plus du tout senti capable d’envisager le départ de Sara, mais il n’aimait rient tant que franchir la porte de son appartement avec la certitude qu’elle l’y attende. L’enjôleuse avait pris l’habitude de le rejoindre au creux du canapé pour de paisibles soirées de caresses sans fin.
Seulement, maintenant, Claudine s’insurgeait. Elle ne trouvait plus que des défauts à sa protégée et ne la supportait plus. C’en était devenu physique ! C’était comme si elle donnait une forme maladive à son aversion. Était-ce pathologique ou psychologique, ces rougeurs eczémateuses qui lui marbraient le cou, la poitrine et les bras ? Et ces larmoiements permanents, ces écoulements intempestifs d’un nez toujours plongé dans un mouchoir ? La pauvre semblait sérieusement touchée !
Quand il voulait bien y réfléchir, il devait convenir que ces réactions étaient apparues depuis que Sara avait systématisé son incursion pour des réveils en douceur. C’était bien bon ce petit corps souple qui s’enroulait, se collait à lui ! En fait oui, c’était bien à partir de ce moment-là que Claudine avait commencé à développer une allergie d’oreiller…
Depuis lors, tout était devenu prétexte à chasser la petite câline du lit, à l’enfermer dans la véranda, voire même à faire montre de violence à son encontre lorsqu’elle quémandait.
Bien sûr l’élégante féline qu’était devenue la petite siamoise efflanquée recueillie un soir de gel avait réagi. Elle avait sorti les griffes et mué l’attachement porté à sa bienfaitrice en haine de tous les instants.
A se demander même s’il ne convenait pas de parler de rivalité amoureuse ! Cela devenait évident. Incroyable et évident. Redoutable aussi.
Il n’y avait pas eu moyen de les raisonner. Le petit félin, on le comprend. Mais Claudine pas plus. Autant cette dernière avait pu plaider la cause de l’autre en des circonstances différentes, autant ne lui accordait-elle plus maintenant aucun droit, ne lui reconnaissait plus aucune qualité.
Il lui fallait bien l’admettre, sa petite amie était maladivement jalouse…
D’une chatte !
Et lui ? Ne fondait-il pas de ce qu’il convenait bien d’appeler tendresse devant les mines de Sara ? N’excusait-il pas ses envahissements, ne lui manifestait-il pas une attention excessive, ne se surprenait-il pas à lui murmurer de ces mots idiots jamais utilisés avec quiconque ?
- Je m’en vais, Rodolphe, finit par hoqueter Claudine. Je ne peux pas continuer ainsi avec elle. Et si tu veux le savoir, j’ai les résultats des tests : trois croix pour le poil de chat ! Allergique à mort, je suis allergique à cette bestiole ! Tu t’en fous évidemment ! T’as complètement disjoncté, on dirait !
Rodolphe reste de marbre. Il devrait écarter la bestiole en question de ses genoux, la chasser peut-être. Il devrait se lever, prendre son amie dans ses bras. Ce serait cela la réaction d’un mec normal. Elle n’a pas tort. Pourtant il reste étrangement passif, totalement insensible, spectateur. Il caresse la tête ronde de Sara, fait courir ses doigts sous son menton, remonte à son échine, lui gratte le dos. Elle s’étire avec désinvolture, saute sur son épaule et blottie maintenant au creux de son cou, pose une patte sur sa joue.
Hébétée, le visage marbré de plaques rouges, la déjà ex reste figée une interminable minute. Puis elle se détourne, se projette littéralement hors de la pièce, bouscule les rayonnages de l’entrée en voulant tirer son énorme valise du passage. La rage aidant, elle parvient à l’arracher du sol. Elle passe la porte qui n’en finit pas de vibrer tant elle a mis de force à la claquer derrière elle.
Rodolphe soupire, ferme les yeux.
Enfin la scène est finie. Ils sont au calme.
- Il va falloir nous arranger avec la concierge pour le ménage marmonne-t-il, son front dans le doux pelage.
Démoniaque, la chatte ronronne sa victoire.
Elisabeth s’affairait en silence dans la cuisine immaculée. Méthodiquement, elle s’appliquait aux gestes coutumiers.
Surtout ne rien précipiter, s’en tenir aux consignes, respecter les habitudes.
Employée de maison, elle appartenait à la catégorie des perles dont on ne solde les services qu’à regret. Façonnée de place en place par les exigences des autres, à tout faire elle était devenue bonne comme à s’effacer elle s’était habituée. Un chignon strict avait domestiqué sa chevelure d’étoupe et une austère robe grise avaient solutionné ses recherches vestimentaires. Au fil de trente années d’expérience, la jeune campagnarde naïve avait appris à juguler ses émotions, à se mettre au diapason d’une maison et à se montrer aussi discrète qu’efficace. L’aurait-elle par mégarde oublié que le reflet renvoyé par son miroir lui aurait rappelé qu’elle était de ces ombres faites pour le service des autres.
Du dévouement placide à ses patrons elle avait fait sa destinée.
Presser deux oranges.
Emplir un verre en cristal du jus doré.
Rincer le presse-fruit, essuyer, ranger.
Trois mois plus tôt, son actuel patron avait conclu un entretien rondement mené par une embauche immédiate. Manifestement, cet homme d’affaires pressé et incisif n’était pas du genre à supporter un problème en suspens. Il avait mis l’accent sur les impératifs d’une vie très calme nécessaire à sa femme, de repères immuables dans le déroulement de ses journées. Il avait évoqué une grande fragilité qui imposait une présence constante auprès d’elle.
Elisabeth avait accepté la place. Des tâches ménagères elle faisait son affaire et le rôle plus subtil dont on lui parlait ne lui faisait pas peur. Après avoir installé ses affaires dans la chambre de bonne, elle avait commencé son service séance tenante et, selon les directives de monsieur Gautier, à neuf heures, pour la première fois, elle avait traversé l’antichambre au parquet ciré, les bras encombrés du plateau destiné à sa patronne inconnue.
Ce matin, tandis qu’elle fouettait le chocolat chaud, elle se demandait comment elle trouverait Madame… Dans la chambre tendue de soie pâle, occultée de lourdes tentures, probablement dormirait-elle encore, abrutie de barbituriques. Epave blonde perdue dans des flots de volants, elle n’émergerait qu’à grand-peine d’un sommeil trompeur, effleurerait la silhouette au plateau d’un regard absent, s’alimenterait du bout des lèvres, au seuil d’une précaire conscience.
- C’est bien, chuchoterait alors la jeune-femme. L’enfant attend. Laissez-moi !
La première fois, Elisabeth était restée déconcertée car ni l’agence de placement, ni Monsieur n’avait fait allusion à enfant. Mais d’intuition, elle avait pressenti l’imprudence d’une question. Elle s’était contentée de suivre le regard halluciné de celle dont elle avait la charge et avait plongé dans la pénombre de la chambre attenante. La porte de communication grande ouverte laissait entrevoir une délicate voilure blanche évoquant un petit vaisseau fantôme. Une voix atone avait énoncé :
- Une mère ne doit pas quitter son enfant. C’est à elle de veiller sur lui.
Répétée à chaque réveil, obsédante, la phrase jetait une sentence maléfique sur la journée.
Sans bien comprendre, la domestique avait obtempéré en frissonnant et laissé la frêle jeune femme accéder seule à la pièce. Cependant, chaque fois que son service la menait dans la chambre à coucher, elle ne pouvait s’empêcher de jeter un coup d’œil à la nursery. Quel que soit le moment de la journée, le petit lit oscillait doucement poussé par une infatigable main diaphane. Presque irréelle à force de minceur, enveloppée de ses longs cheveux épars, inlassablement la fantomatique maman veillait.
« Elle n’a vraiment pas l’air bien rétablie » avait pensé Elisabeth. D’insidieuses confidences, susurrées à son intention par la concierge de l’immeuble, l’avaient un peu éclairée sur la situation. Mais cela ne changeait rien, ne l’effrayait pas. Elle faisait son affaire de cette touchante jeune femme au berceau. Elle la protégerait de cette souffrance indicible, inacceptable, monstrueuse qu’elle devinait. Consciente du fragile rattachement de sa patronne à la vie, elle pressentait le danger qu’il y aurait à laisser quiconque s’y insérer.
