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Geir Pavla, ancien soldat des forces spéciales, a enfin surmonté les dégâts causés par le passage du camion de son équipe sur une mine anti-tank. Six autres de ses co-équipiers ont été gravement blessés, et le septième, Mouse, est mort, dans ce qui n’était autre qu’un coup monté pour les supprimer, comme leur chef d’équipe l’a découvert plus tard. Geir essaie de comprendre certains détails de l’histoire de Mouse. Plus il en apprend, plus il redoute que derrière leur dernière recrue, un homme qu’ils pensaient connaître et en qui ils croyaient avoir confiance, se cache tout autre chose.
Morning Blossom tient un bed-and-breakfast à San Diego, dont elle est copropriétaire avec son père. Malheureusement, et même si cette auberge représente le filet de sécurité dont elle a besoin pour s’adonner à sa véritable passion, la peinture, il a envie de la vendre. Elle a beau rêver de faire de son loisir son vrai métier, elle craint de ne pas réussir. Morning évite les relations à long terme depuis qu’un homme, qui avait séjourné chez eux, a essayé de s’y incruster en dépit de ses objections. Mais avec Geir, elle pourrait bien prendre goût à la vie à deux.
Si Geir ne comprend pas la naïveté avec laquelle elle laisse des inconnus envahir son univers, il est touché par l’innocence de Morning et sa foi en l’espèce humaine. Son instinct protecteur s’en trouve décuplé au-delà de toute attente quand la cruauté de son propre monde déborde inévitablement sur le sien...
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Première de Couverture
Page de Titre
Résumé du livre
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Épilogue
Jager
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Après l’explosion d’une mine terrestre, une unité de huit soldats déplore des blessés graves et un mort. Les sept survivants vont jurer de venger la mort de Mouse.
Geir Pavla, ancien soldat des forces spéciales, a enfin surmonté les dégâts causés par le passage du camion de son équipe sur une mine anti-tank. Six autres de ses co-équipiers ont été gravement blessés, et le septième, Mouse, est mort, dans ce qui n’était autre qu’un coup monté pour les supprimer, comme leur chef d’équipe l’a découvert plus tard. Geir essaie de comprendre certains détails de l’histoire de Mouse. Plus il en apprend, plus il redoute que derrière leur dernière recrue, un homme qu’ils pensaient connaître et en qui ils croyaient avoir confiance, se cache tout autre chose.
Morning Blossom tient un bed-and-breakfast à San Diego, dont elle est copropriétaire avec son père. Malheureusement, et même si cette auberge représente le filet de sécurité dont elle a besoin pour s’adonner à sa véritable passion, la peinture, il a envie de la vendre. Elle a beau rêver de faire de son loisir son vrai métier, elle craint de ne pas réussir. Morning évite les relations à long terme depuis qu’un homme, qui avait séjourné chez eux, a essayé de s’y incruster en dépit de ses objections. Mais avec Geir, elle pourrait bien prendre goût à la vie à deux.
Si Geir ne comprend pas la naïveté avec laquelle elle laisse des inconnus envahir son univers, il est touché par l’innocence de Morning et sa foi en l’espèce humaine. Son instinct protecteur s’en trouve décuplé au-delà de toute attente quand la cruauté de son propre monde déborde inévitablement sur le sien…
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Geir Pavla regarda le couple disparaître dans la chambre de Minx. Il se réjouit pour son ami. Laszlo en avait sérieusement bavé et Geir était assez certain que Minx n’était même pas au courant de ce qui était arrivé à son père en Norvège. Laszlo n’avait sûrement pas eu le temps de lui dire, mais c’était apparemment ainsi qu’ils vivaient à présent. Il avait vu un grand nombre de ses amis s’enflammer et se mettre aussitôt en couple après avoir appris à composer avec les différences et trouver soudainement la personne qui leur convenait parfaitement, parce qu’ils ne s’étaient pas attendus à ce que quelque chose de parfait leur arrive après ce qui s’était passé. Il faudrait du temps pour s’adapter et pour s’entendre au mieux, mais il savait que Laszlo et Minx feraient le nécessaire. Ils s’apportaient mutuellement beaucoup et Geir n’avait pas l’intention de les déranger alors qu’ils apprenaient à se connaître. Dès qu’ils partiraient pour le Nouveau-Mexique, Geir prendrait le chemin de la Californie.
Il avait de nombreux contacts et il n’était pas certain que tout le monde en dispose. Ils avaient eu aussi une réunion le matin même. Un membre du groupe devait prendre contact avec la base de Coronado. Geir espérait ensuite rendre personnellement visite à Mason et découvrir le fin mot de l’histoire concernant Mouse mais n’avait pas contacté Mason pour savoir s’il était disponible. Geir en était à un point où il ne savait plus s’il croyait ce qu’il avait appris sur Mouse parce que rien ne faisait sens. Mais il fallait tout de même qu’il mette tout le monde au courant.
Il envoya un texto à Mason, lui racontant ce qui venait de se passer. En considérant qu’il y avait encore quatre heures avant le lever du soleil au Texas, où il se trouvait, et six en Californie, là où se trouvait Mason, il reçut une réponse pratiquement immédiatement.
Alors on organisera la réunion quand tu seras de retour au Nouveau-Mexique.
Geir était du même avis et plus vite il rentrerait, mieux ça vaudrait. Alors il envoya un autre texto à Mason.
Je vais aller à Coronado, on est si près du but et pourtant tellement loin.
Non, chaque indice vous rapproche de votre objectif, il se passe des choses alors il ne faut pas baisser les bras maintenant. On trouvera la vérité et rapidement !
Ok… mais il faut que je trouve un endroit où loger à Coronado, je vais peut-être passer un coup de fil à quelques amis…
Je connais quelqu’un qui tient une chambre d’hôte. Si tu as besoin, je peux l’appeler et je te réserve une chambre. Personne ne te connaît, alors tu n’auras pas à te sentir redevable de quoi que ce soit et tu n’auras pas l’obligation de faire la conversation si tu ne te sens pas de le faire.
Parfait ! Elle s’appelle comment ?
Elle s’appelle Morning Blossom.
Geir regarda le nom qui s’était affiché sur son écran et eut l’air perplexe. La personne s’appelait Morning Blossom.
T’es sérieux ?
Il reçut immédiatement la réponse à son texto.
Très sérieux. Mais elle est adorable. Elle devrait te plaire.
Geir n’en était pas si certain, mais ça ne devait pas être bien difficile d’aimer quelqu’un qui s’appelle Morning Blossom. Il sourit, fourra son téléphone dans sa poche et se dirigea vers le canapé de Minx parce que s’il pouvait se reposer quelques heures, il allait en profiter, parce que tout allait si vite. Et il doutait que Laszlo veuille l’accompagner en Californie. Mais il est peut-être temps que Jager sorte de l’obscurité.
Allongé dans la pièce sombre, Geir repensa à l’homme qu’il avait considéré si longtemps comme son meilleur ami. Mais l’accident lui avait vraiment porté un coup plus fort encore qu’aux autres, parce qu’il avait été le copilote ce jour-là et pourtant il n’y était pour rien.
Geir envoya un rapide texto à son attention.
Je sais que tu vois mes messages. Je vais à Coronado d’ici quelques jours. On tient quelque chose. Ça te dit de venir ?
Il attendit longuement et, au moment où il se dit que Jager n’allait pas sortir de son mutisme, il reçut un message qui le fit sourire largement.
Je serai là.
Geir sortit de l’aéroport et resta immobile un instant. Il n’était pas revenu en Californie depuis plusieurs années et, même s’il avait beaucoup de mauvais souvenirs, il en avait aussi d’autres qui étaient très bons. D’un coup, la nostalgie l’envahit. Il s’accorda trente secondes pour s’apitoyer sur son sort avant de se redresser et de se diriger vers l’agence de location. Le véhicule était familier et allait lui rappeler sa vie d’avant… Et qui savait s’il n’allait pas avoir besoin de transporter quelque chose…
Mason lui avait réservé une chambre d’hôte tenue par une certaine Morning Blossom. Elle avait même un site internet au nom de son établissement. Il se demandait comment l’on pouvait avoir donné à quelqu’un un prénom pareil et comment cette personne avait pu envisager d’utiliser ce nom à des fins professionnelles. Geir secoua la tête, il avait du travail à faire et des informations à trouver mais ils étaient si près d’enfin savoir la vérité sur la mystérieuse explosion de la mine antichar qu’il ne voulait pas perdre de temps à réfléchir au drôle de nom d’une chambre d’hôte.
Dès qu’il aurait fini ce qu’il avait à faire en Californie, et il espérait que ça ne serait l’affaire que de quelques jours, il serait heureux de retourner au Nouveau-Mexique. Le reste de son unité était aussi en quête d’informations. Geir les imaginait sans peine tous penchés sur leurs ordinateurs et suspendus à leurs téléphones. Au moment de monter dans l’avion qui quittait Santa Fe, il avait appris que le trafiquant d’armes afghan avait contacté Erick.
Il semblait qu’environ deux ans auparavant, à peu près au même moment donc que leur accident, le chef des rebelles locaux avait eu un de ses sbires qui l’avait incité à faire quelques changements dans ses effectifs. Il avait cru avoir pris toutes les mesures pour éviter les parvenus mais après ce qui s’était passé à Kaboul avec Erick, Cade, puis Talon le mois précédent, dans une tentative de faire disparaître complètement cette menace, le chef des rebelles avait fait le ménage et n’avait épargné personne.
Geir essayait de comprendre quel lien il pouvait y avoir entre ce connard et leur accident. Il en était à se dire que l’homme de main du chef rebelle avait été payé par un tiers pour travailler à son compte. Il n’y avait pas d’autre possibilité. Et il était bien trop tard pour l’interroger.
Il dut changer une nouvelle fois de file. Encore une chose qu’il avait oubliée : la densité de la circulation à San Diego. Il lui fallut vingt minutes de plus que prévu mais il finit par s’arrêter devant une maison jaune en bois à plusieurs étages qui avait l’air de dater de l’époque victorienne.
Il se gara le long de la route et se dirigea vers l’entrée où se trouvait un grand écriteau. Il était écrit « Bienvenue, entrez ! ». Il haussa les épaules, ouvrit la porte et fit ce que l’écriteau attendait de lui. Immédiatement, quelque chose de frais et léger lui emplit le nez, une odeur qu’il n’avait pas sentie depuis longtemps. Il pencha la tête sur le côté et il entendit une voix l’interpeller depuis l’autre bout de la maison.
— J’arrive tout de suite !
Il inspira avec délice l’odeur de pain frais et déposa son sac sans bruit, suivant la voix. Là, dans une grande cuisine rustique, aux placards en pin et au plan de travail massif qui ressemblait à un billot de boucher, se trouvait une femme dont les cheveux étaient relevés en un chignon flou, des mèches auburn s’en échappant et dansant autour de ses tempes alors qu’elle s’affairait à préparer quelque chose dans un saladier qui contenait un liquide mousseux.
— Comme vous étiez occupée, j’espère que ça ne vous dérange pas que je sois venu directement ici, dit Geir à mi-voix, presque en train de s’excuser.
La femme releva la tête et parut radieuse. Il fut frappé par la franchise de son sourire. Il était un parfait inconnu qui venait d’entrer dans sa maison. Ne se méfiait-elle de rien ? Ne savait-elle pas que le monde était un endroit empli de choses horribles ? Empli d’hommes qui auraient fait des choses horribles même à leurs familles ou à leurs amis ?
— Ravie de faire votre connaissance, vous devez être Geir, fit-elle d’une voix douce et légère.
Il grimaça.
— Comment le savez-vous ?
— Parce que vous êtes tout à fait comme Mason vous a décrit.
Geir haussa les sourcils.
— Je ne suis pas certain que Mason me connaisse si bien que ça !
— Oh mais il ne m’a pas dit que vous étiez brun et que vous faisiez un mètre quatre-vingts, il m’a par contre dit que je vous reconnaîtrai à votre façon de vous déplacer sans un bruit, à votre regard et à la dureté de votre mâchoire mais qu’au fond de vous, vous étiez un vrai nounours, rit-elle.
Il ne put s’empêcher de rire et sourit largement.
— Est-ce qu’il vous a aussi prévenue de ne pas laisser votre porte ouverte ?
— Mason et bien d’autres me l’ont dit à plusieurs reprises et je suis équipée d’un système de vidéo-surveillance mais j’imagine que ça ne servira qu’une fois qu’ils seront entrés, rit-elle, puis, montrant tout ce qui était accumulé sur le plan de travail, elle le remercia d’être entré directement parce qu’elle n’avait pas envie d’avoir à se laver les mains pour les remettre ensuite dans la pâte parce que ce qu’elle faisait était vraiment salissant.
— Et qu’est-ce que vous faites ?
La femme rit encore une fois.
— C’est un levain prêt à utiliser, je le nourris et je voulais le remuer mais j’ai fait tomber ma cuillère dedans et il faut que je la récupère, dit-elle en tendant une cuillère recouverte d’une substance gluante et elle se dirigea vers l’évier où elle nettoya la cuillère et se lava les mains. Je vais faire du café, est-ce que vous en voulez une tasse ? demanda la femme.
— Oui, merci ! Et est-ce que c’est bien du pain frais que je sens ?
Elle le gratifia d’un petit sourire salace.
— Du pain frais et des petites brioches à la cannelle maison. Vous arrivez au bon moment !
Il entendit la porte d’entrée s’ouvrir et quelque part dans la maison retentit la sonnette. Elle acquiesça, approbatrice.
— Vous êtes deux à avoir un excellent timing !
— Mais comment peux-tu savoir de qui il s’agit ?
Elle lui montra un petit écran derrière lui. Sur l’écran apparaissait un homme que Geir n’avait pas vu depuis deux ans. Son visage s’illumina.
— Jager !
Il se retourna et se dirigea vers le couloir. Les deux hommes s’étreignirent longuement et avec force. Tous les deux émus, Geir recula d’un pas.
— Content que personne n’ait vu ça…
— Et moi donc, acquiesça Jager d’une voix rauque.
Mais, évidemment, Morning Blossom avait dû voir ça sur les enregistrements de sécurité se dit Geir, cependant il semblait que ce ne soit pas un problème pour elle. Il regarda Jager attentivement.
— Ça faisait longtemps !
— Pas seulement longtemps, mais loin aussi, j’ai failli mourir, dit Jager de but en blanc.
Geir hocha la tête.
— Moi aussi. Après l’explosion, les premières semaines ont été infernales, une succession d’opérations, traitements et lits d’hôpitaux… Il m’a fallu un sacré moment pour même seulement comprendre là où j’étais puis pour finir par me réveiller et me rendre qu’il me manquait des parties de moi.
— Je crois qu’il n’est pas possible d’avoir plus de broches dans le corps que moi et d’être encore vivant pour le dire, confirma Jager.
— Dieu soit loué pour la médecine moderne, fit Geir.
— Je n’ai pas toujours pensé ça. Je les ai suppliés plusieurs fois de me laisser partir. Je leur ai dit que je refusais une opération supplémentaire et me suis assuré qu’ils ne tenteraient pas de me réanimer si je perdais connaissance, admit douloureusement Jager, ce qui fit grimacer son équipier.
— Ça n’a pas été nécessaire mais, à l’époque, je ne me voyais pas gérer les choses autrement, poursuivit-il.
— Si tu t’en veux d’en être arrivé là, ne t’en veux pas, nous sommes pratiquement tous passés par là et certains d’entre nous ont survécu et ça va bien pour eux, certains d’entre nous ont survécus et ça ne va pas bien du tout mais je vais te le dire, pour la plupart de nos équipiers, ça va foutrement bien !
— C’est quoi ces histoires impliquant des femmes ?
— Content que tu dises « femmes » au pluriel. Peut-être qu’on a passé trop de temps avec les entremetteurs de chez Mason parce que les cinq autres se sont trouvé des partenaires incroyables et je dois admettre que je suis un peu triste pour moi, je ne suis pas jaloux hein, peut-être un peu envieux, mais je ne veux pas les priver de leur joie. On a tous été dans la même merde et on en a eu notre dose alors si quelqu’un peut s’en sortir, ça fait toujours plaisir…, expliqua Geir.
— J’imagine que tu as eu une convalescence pénible…
Geir ricana.
— Tu as peut-être beaucoup de broches mais, à moi, il manque plus d’organes que je pensais possible de vivre en étant dépourvu.
— Toi, ça s’est concentré sur les tissus mous, pas vrai ?
— Oui, acquiesça Geir, en plus d’avoir perdu ma main droite et la partie inférieure de ma jambe droite mais c’est monnaie courante dans notre groupe.
— Si vous voulez venir à la cuisine, il y a du café. Contente que vous vous soyez retrouvés tous les deux. C’est par ici, fit une voix juste derrière eux.
C’était Morning qui faisait signe de la suivre.
Geir jeta un œil à son sac.
— Il faut que j’aille déposer mes affaires dans ma chambre.
Jager, lui, n’avait pas encore posé le sien. Elle les regarda tous les deux, puis leurs sacs, et acquiesça promptement.
— Si vous avez des armes là-dedans, sachez seulement que vous n’avez pas le droit de les brandir à tour de bras dans ma maison.
Jager pencha la tête sur le côté et sourit.
— Et si ça s’avère nécessaire ?
Elle écarquilla grand les yeux.
— Eh bien, ce n’est jamais arrivé depuis que je tiens cette chambre d’hôtes mais j’imagine que si c’était nécessaire d’ouvrir le feu, je vous remercie d’avance.
Geir rit.
— Tu nous remercies d’avoir des armes que tu ne veux pas avoir dans la maison ?
— Seulement dans l’hypothèse où elles puissent être nécessaires, dit-elle joyeusement avant de s’installer derrière le petit comptoir dans l’entrée et d’ouvrir une nouvelle page du registre.
— Signez ici, tout est déjà réglé.
— Quoi ? Mais par qui ? s’étonna Geir.
Elle le regarda avec un sourire.
— Mason, pour vous deux. Mais c’est sûrement parce que je demande un acompte.
Geir hocha la tête.
— C’est bien son genre…
Une fois qu’ils eurent signé le registre, Morning récupéra deux clés qu’elle leur tendit et prit son propre trousseau.
— Vous avez deux grandes chambres, suivez-moi, dit-elle en contournant le petit comptoir.
Morning monta les escaliers jusqu’au premier étage. Mason avait spécialement demandé une chambre sur l’avant du bâtiment et une autre sur l’arrière. Il voulait également que les deux soient reliées entre elles. Elle n’était pas tout à fait certaine de savoir quelle était la relation entre les deux hommes mais leurs salutations l’avaient tant émue qu’elle n’allait pas les juger. Ils avaient clairement un lien fort et profond et, ça, ça n’avait pas de prix. Elle s’arrêta devant la première porte et entra.
Elle était fière de ses chambres. Deux étages, quatre chambres à chaque étage et la sienne un peu en retrait au bout du couloir du deuxième étage. Parfois, toutes étaient occupées, parfois non. Il y avait des avantages et des inconvénients à tenir une chambre d’hôtes mais, jusqu’à présent, les avantages avaient largement le dessus sur les inconvénients.
— Voilà, c’est l’une des deux chambres et les deux sont reliées par cette porte. Vous pouvez la laisser ouverte, la fermer des deux côtés ou vous pouvez vous installer ici pour des retrouvailles top secrètes à minuit…, dit-elle en ouvrant la porte intérieure pour appuyer ses explications mais finissant sa phrase sur le ton de la plaisanterie alors que les deux hommes balayaient du regard la vaste chambre au lit king-size équipée d’un petit balcon qui donnait sur la rue.
— Je ne sais pas qui voudra celle-ci mais allons voir l’autre, poursuivit-elle en passant par la porte de communication et expliquant qu’elles étaient identiques, qu’elles constituaient la moitié du premier étage et qu’il y avait d’autres chambres en vis-à-vis à cet étage, ce qui leur donnerait autant une vue sur l’arrière que sur l’avant du bâtiment.
— Et les issues de secours ? demanda Jager.
Morning le regarda avec perplexité.
— Il n’y en a pas mais il y a un escalier de secours auquel on peut accéder par cette chambre. Il y a deux entrées et deux sorties et le balcon est au premier s’il est nécessaire de l’utiliser comme une issue de secours et je suis certaine que vous pourriez sortir par là sans risque, expliqua-t-elle en ressortant dans le couloir et en montrant l’escalier qui débouchait sur l’arrière du bâtiment.
Les deux hommes hochèrent la tête sans dire un mot.
Elle n’était pas sûre de tout à fait savoir quoi penser d’eux. Il était évident qu’il s’agissait de deux hommes puissants et compétents et à chacun de leurs pas, il y avait une détermination qui les menait de l’avant. Ils gardaient aussi une certaine distance, comme s’ils n’étaient pas certains d’être les bienvenus ou qu’ils voulaient prendre leurs distances pour une raison ou pour une autre.
— Maintenant que vous êtes là, je vous laisse choisir quelle chambre vous voulez, vous n’avez pas besoin de me le dire maintenant que je vous ai donné les clés et, bien entendu, si l’un d’entre vous a la clé de celle-ci, l’autre à celle de l’autre chambre et si vous avez besoin de changer, ne vous gênez pas. Je vais aller voir les brioches à la cannelle…, sourit-elle avant de se glisser dans le couloir et de retourner au rez-de-chaussée par l’escalier du fond.
Elle arriverait comme ça à la hauteur de la cuisine par la porte arrière, elle n’aurait qu’à traverser le vestibule, le débarras et le cellier.
Au moment où Morning entra dans la cuisine, la minuterie du four sonna. Elle accéléra, récupéra les maniques et sortit du four une plaque de brioches à la cannelle délicieusement dorées, le glaçage faisant quelques bulles. Souriant, elle les déposa sur le plan de travail et profita de la porte ouverte du four pour changer de place le pain qui était en train de cuire. Elle reprogramma ensuite le minuteur qui sonnerait vingt minutes plus tard : le pain avait l’air prometteur mais n’était certainement pas encore cuit. S’affairant, elle déposa les brioches sur une grille pour les laisser refroidir et se servit une tasse de café. Le levain pouvait être rangé, ce qu’elle fit, puis elle passa en revue le reste de sa liste.
Les hommes n’étaient pas arrivés à temps pour le petit-déjeuner mais ça ne lui posait pas de problème de leur servir un café ou un thé glacé. Il n’était que onze heures. Deux groupes étaient partis ce matin-là et elle avait encore les draps à changer et la lessive à faire. Alors qu’elle se disait qu’elle pouvait faire ça avant qu’ils n’arrivent, elle les entendit descendre l’escalier. Au moment où ils entrèrent, le visage de Geir s’illumina.
— Des brioches à la cannelle ! Elles ont l’air délicieuses ! complimenta-t-il.
— Contente de te l’entendre dire, servez-vous, répondit Morning qui leur versa deux mugs de café et leur tendit deux assiettes et des pinces.
Tous deux prirent deux brioches chacun et elle sourit.
— Quand Mason a appelé pour réserver vos chambres, il m’a prévenu que vous aviez bon appétit.
Ils la regardèrent de travers mais aucun d’eux ne put répliquer, ils avaient la bouche pleine. Elle haussa les épaules.
— Maintenant que vous êtes là, que je vous explique les règles principales : je ferme la maison à vingt-trois heures, assurez-vous d’être rentrés d’ici là. Le petit-déjeuner est servi entre sept heures et dix heures et les départs se font à onze heures. Mason vous a réservé trois jours et trois nuits en comptant qu’aujourd’hui, c’est mardi, ça fait la nuit de jeudi avec un départ vendredi matin mais s’il y a besoin de changer ça, n’hésitez pas, fit-elle avec un sourire chaleureux avant de s’excuser pour aller changer les draps des deux groupes qui venaient de partir.
— Est-ce que tu attends d’autres personnes aujourd’hui ?
— Un couple vient cet après-midi à seize heures, ils ne font que passer la nuit ici et ils repartent demain matin.
— Intéressant, ça. Pourquoi avoir choisi ici et pas un hôtel plus proche de l’aéroport ?
— J’imagine qu’ils sont plus à l’aise dans une maison…
— Tu fais à dîner ?
Elle se retourna.
— Non, ça ne fait pas partie de l’offre mais pour peu que l’on me dise l’heure à laquelle vous reviendrez et une idée générale de ce que vous aimez manger, je peux tout à fait faire à dîner.
Les deux hommes se consultèrent du regard.
— Notre emploi du temps est un peu flou…, fit Geir.
— Alors on verra ça un peu plus tard. J’ai l’intention de faire du hachis parmentier ce soir et si vous pensez vous joindre à moi, j’en ferai un peu plus et vous pourrez toujours vous en faire réchauffer une assiette quand vous reviendrez.
Ils eurent l’air tous les deux ravis.
— Ça nous ira très bien, merci, dit Geir.
Elle hocha la tête et sortit de la cuisine. Il y avait quelque chose de captivant chez Geir, comme s’il y avait d’autres choses sous la surface. Elle voulait s’asseoir pour pouvoir l’étudier. Il était fascinant. Jager était un peu plus sombre que la plupart des gens qu’elle connaissait, un peu plus silencieux, un petit peu plus stoïque. La plupart des gens qui fréquentaient sa chambre d’hôtes étaient amicaux, familiers et aimaient s’amuser. Mais ces deux-là étaient plus détachés, en retrait et, pour cette raison, elle était très contente que l’un ait la compagnie de l’autre. Ils seraient terriblement seuls autrement.
Mason ne lui avait rien dit sur leurs passés et elle n’avait pas posé de questions même si, à présent, cela commençait à la démanger. Elle savait que ça ne faisait pas partie de son travail et considérait que par respect pour ses clients, elle ne poserait pas trop de questions.
Se dirigeant vers les deux chambres qui avaient été désertées le matin, elle défit rapidement les lits. À tous les étages, une machine à laver et un sèche-linge lui rendaient la vie un peu plus facile. Elle lança une machine, refit les lits, passa l’aspirateur et nettoya les chambres avant de se diriger vers les salles de bain.
Heureusement, elles étaient raisonnablement propres mais cela ne l’empêcha pas d’y passer un bon coup de chiffon. Une fois qu’elle eut fini le ménage, elle redescendit à la cuisine pour voir si les deux hommes avaient besoin d’un peu plus de café. Mais la pièce était déserte, ils avaient lavé leurs tasses et leurs assiettes qu’ils avaient laissées à sécher dans l’égouttoir. Dans le plat, il restait encore plusieurs brioches. Ils n’en avaient mangé que deux.
Morning ne les avait pas entendus remonter et pourtant ne les avait pas entendus partir non plus. Ils avaient été particulièrement silencieux. Perplexe, elle se demanda si ça posait problème. Normalement non, mais elle était habituée à des hôtes plus amicaux et transparents. Elle haussa les épaules et se dirigea vers son bureau parce qu’il y avait toujours de la paperasse à remplir. Elle avait bien essayé de ne travailler que huit heures par jour mais ça n’avait jamais marché. Est-ce que n’importe qui, travaillant à son compte, pouvait avoir ce luxe ?
Gérant elle-même l’établissement, ce n’était que lorsqu’il y avait plusieurs groupes venant tous ensemble pour le petit-déjeuner qu’elle était un peu dépassée mais, le reste du temps, c’était chez elle, et elle se contentait d’ouvrir la porte pour laisser le monde y entrer. Mason l’avait tancée plus d’une fois, lui disant qu’elle était trop confiante et elle lui avait expliqué que son affaire marchait principalement sur le principe du bouche-à-oreille. Cela l’aidait à avoir des clients et assurait aussi une sécurité relative pour elle et les autres de ses hôtes parce qu’elle ne traitait qu’avec des personnes de bonne réputation. Elle avait un site internet mais ne faisait aucune publicité et, jusqu’à présent, cela n’avait pas été nécessaire.
Dès qu’elle se remit à sa paperasse, elle se redressa, le dos déjà endolori parce que la chaise était trop dure. Marmonnant, Morning se fit la réflexion qu’il était plus que temps de la changer. Mais le problème était que pour autant que son affaire marche plutôt bien, elle ne mettait pas d’argent dans de petits extras parce qu’il y avait toujours quelque chose qui n’allait pas avec la plomberie et il lui fallait utiliser une partie de ses économies pour y remédier. Agacée, elle retourna à la cuisine. Elle aurait pu prendre son ordinateur portable et travailler là mais maintenant qu’elle avait fini sa paperasse pour la journée, ce n’était plus la peine.
Après avoir rapidement vérifié, il s’avérait qu’elle était seule à la maison, les hommes étant partis. Par la fenêtre du salon, elle ne vit aucun véhicule garé. Elle avait vu Geir arriver mais ne savait pas ce que conduisait Jager et ça ne la regardait pas, se rappela-t-elle.
Alors cela voulait dire qu’elle avait quelques heures devant elle et alla donc dans sa chambre pour enfiler une blouse de peintre propre et se rendit dans son atelier qui était dans la pièce voisine. Une des raisons pour lesquelles elle avait ouvert une chambre d’hôtes était que cela lui permettait d’avoir du temps pour pratiquer sa passion : la peinture. Une galerie envisageait d’exposer ses tableaux d’ici six mois et elle n’avait pas assez de tableaux pour l’occasion. Et ceux qu’elle avait déjà ne lui plaisaient pas.
Peut-être qu’en les montrant au galeriste et en lui demandant si c’était possible… Mais il n’accepterait que parce qu’il devait une faveur à une connaissance commune et cela ne lui plaisait pas beaucoup. Elle aurait bien voulu pouvoir exposer pour son talent mais son amie avait été très claire, lui disant de n’être ni trop bête ni trop fière et d’accepter ce qu’on lui donnait. Ce qui était vrai mais, en même temps, elle n’aimait pas ça du tout.
Morning regarda la toile posée sur le chevalet devant elle et grimaça.
— Franchement, c’est de la merde, commenta-t-elle à haute voix et, plutôt que de prendre son pinceau, elle alla s’affaler sur le futon et regarda tour à tour les toiles entreposées dans la pièce. C’était des paysages pour les touristes, tous très jolis, mais elle ne voulait pas faire quelque chose de joli, elle voulait quelque chose de dramatique. Elle voulait que la peinture lui dise quelque chose, que le spectateur regarde le tableau et qu’il se retrouve absorbé par ce qu’il voyait. C’était des tableaux de magasins de souvenirs, et ce n’était absolument pas ce qu’elle voulait. Mais il y avait un problème : elle commençait à manquer de temps.
Son téléphone sonna et elle l’extirpa de sa poche en grognant. Évidemment. C’était le galeriste. En grimaçant, elle se redressa.
— Bonjour, Léon, comment allez-vous ?
— J’attends toujours de voir quelques-unes de vos toiles pour voir ce que vous faites avant l’exposition…
— Très bien, j’ai une grosse journée aujourd’hui, aujourd’hui, c’est mardi mais… vendredi, ça vous irait vendredi ? demanda-t-elle.
C’était un pieux mensonge et elle n’aimait pas beaucoup ça.
— Alors vendredi, mais assurez-vous que ce soit quelque chose de bien, j’ai hâte de voir ce que vous faites parce que vous avez été chaleureusement recommandée, dit-il avant de raccrocher.
Elle fusilla son téléphone du regard et le jeta sur son futon.
— Et pas de pression, bien sûr ! commenta-t-elle pour elle-même, car elle se mettait bien assez de pression elle-même.
Elle pouvait lui amener les tableaux qu’elle avait déjà mais elle savait qu’ils ne lui plairaient pas. Même elle, elle n’aimait pas ses tableaux. Ce dont elle avait besoin, c’était quelque chose qui montrerait qui elle était au plus profond d’elle-même et ce n’était pas nécessairement dans ses capacités. Pas encore. C’était trop risqué. Elle n’était pas prête.
Elle resta assise un long moment et, dans sa tête, la voix de son père résonna. Vraiment ? Tu abandonnerais aussi facilement ? Elle frissonna et se dit qu’elle avait passé sa vie à faire plaisir aux gens. Elle s’était rendu compte à un moment dans son adolescence qu’elle était une personne enjouée, solaire, qui voyait toujours la vie du bon côté. Se redressant, elle regarda le tableau qu’elle venait juste d’écarter et elle le descendit du chevalet avant de le poser contre le mur.
Les autres pouvaient convenir mais ils ne montraient rien de sa personnalité, rien du soleil qui l’illuminait de l’intérieur, cette lumière éclatante qui semblait être en harmonie avec elle-même. Morning installa une toile neuve sur le chevalet et sortit un tube de peinture jaune qu’elle regarda un long moment avant de se dire que c’était peut-être un peu trop jaune.
Elle referma les yeux : il fallait qu’elle se fasse confiance, elle avait en elle ce qu’il fallait pour réussir à faire ça. La peur ne faisait que la paralyser. Il fallait que quelque chose lui montre la voie. Elle se faisait confiance et il fallait qu’on l’aide à faire ce qu’elle avait à faire. Elle ouvrit deux tubes de peinture, un d’un blanc de glace et l’autre d’un ton jaune citron très pâle et se retourna vers le tableau.
— Hé ho ! Y’a quelqu’un ici ?
Morning sursauta et se figea sur place, les yeux rivés sur sa toile, tout d’un coup méfiante.
— Désolée, j’arrive ! cria-t-elle.
— Pas de problème, je me demandais seulement si tu étais là.
Puis, au bout d’un petit moment, elle finit par reconnaître la voix de l’un de ses nouveaux hôtes et c’est au même moment que Geir passait la tête dans l’encadrement de la porte. Morning le regarda, très surprise.
— Les hôtes n’ont pas le droit d’entrer ici.
Il hocha la tête mais, au lieu de reculer, il entra et regarda tous les tableaux qu’elle avait potentiellement mis de côté pour le galeriste et ce n’était pas un rapide coup d’œil parce qu’il avait pris le temps de les soulever l’un après l’autre, de les regarder attentivement avant d’en reposer un pour en contempler un autre.
