Godefroy de Bouillon - Alphonse Vétault - E-Book

Godefroy de Bouillon E-Book

Alphonse Vétault

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Beschreibung

Originaire du duché de Lorraine, Godefroy, de noble lignée, devient très jeune orphelin de père. Pris en charge par son oncle, il se destine très tôt à la carrière des armes. Au décès de celui-ci, le tout jeune chevalier découvre que la quasi-totalité de son héritage a été détournée. Il ne dispose plus que de rares terres alors qu'il aurait dû être à la tête d'un véritable duché allant de Verdun jusqu'en Hollande.

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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GODEFROIDEBOUILLON

ALPHONSEVÉTAULT

1874

© 2023 V. Florentin

Tous droits réservés

ISBN : 978-2-3224-8050-0

Édition : BoD - Books on Demand, Norderstedt

INTRODUCTIONBIBLIOGRAPHIQUE

CHAPITRE I. — LAFAMILLE ET L’ENFANCE DE GODEFROIDE BOUILLON. 1057 -1076

CHAPITRE II. — GUERRES FÉODALES DEGODEFROI. - SES SERVICES DANS L’ARMÉE DUROI DE GERMANIE. 1076 - 1088.

CHAPITRE III. — GODEFROI DE BOUILLON DUC DE BASSE-LORRAINE PRÉPARATIFS DE LA CROISADE.1088 - 1096.

CHAPITRE IV. — DÉPART POUR LA CROISADE. - MARCHE À TRAVERS L’EUROPE. Août-décembre 1096.

CHAPITRE V. — SÉJOURDANS LE BAS-EMPIRE. Décembre 1096-mai 1097.

CHAPITRE VI. — LA CROISADE EN ASIE-MINEURE. - NICÉE - DORYLÉE. Mai-juillet 1097.

CHAPITRE VII. — MARCHE SUR ANTIOCHE. -BLESSURE GRAVE DE GODEFROI DE BOUILLON. Juillet-octobre 1097.

CHAPITRE VIII.— LES DÉBUTS DU SIÈGE D’ANTIOCHE PENDANT LA MALADIE DE GODEFROI DE BOUILLON.Octobre 1097-février 1098.

CHAPITRE IX. — GUÉRISON DE GODEFROI. - PRISE D’ANTIOCHE. Février-juin 1098.

CHAPITRE X. — DÉFENSE D’ANTIOCHE CONTRE KERBOGHA. Juin et juillet 1098.

CHAPITRE XI. —EXPLOITS DE GODEFROI DE BOUILLON EN SYRIE. -MARCHE SUR JÉRUSALEM. Juillet 1098-juin 1099.

CHAPITRE XII.— SIÈGE ET PRISE DE JÉRUSALEM. Juin-juillet 1099.

CHAPITRE XIII. — GODEFROI ROI DE JÉRUSALEM. - BATAILLE D’ASCALON. 1099.

CHAPITRE XIV. — LE ROYAUME DE GODEFROI. - LES ASSISES DE JÉRUSALEM. — MORT DE GODEFROI. 1100.

INTRODUCTIONBIBLIOGRAPHIQUE

LaViedeGodefroideBouillon,quelquepuissantintérêtqu’elleoffreparelle-même,n’avaitétéjusqu’icil’objetd’aucuneétudespécialeetcomplète.Les détailsqu’onenaréunisetcoordonnésici,dégagéspourlapremièrefoisdans leurensembledesgrandstableauxdel’histoiregénérale,ontététousrecueillis aux sources lesplusaccréditées de cettehistoire,

Voicilanomenclaturedeschroniquesetautresouvragesd’oùsontextraitela plupartdesmatériauxdecelivre,etquisontindiquésdanslesnotesparles noms de leurs auteurs :

ALBERTD’AIX(chanoineetcustodeded’Aix-la-Chapelle):Historiahierosolimitanæ expeditionis, super passagio Godefridi deBullione etaliorum principum.

ROBERTLEMOINE(ex-abbédeSaint-RemideReims,undescroisés):Historia hierosolimitana.

RAIMONDD’AGILES(chanoineduPuyetchapelainducomtedeToulousependant l’expédition): Historia Francorum qui ceperunt Hierusalem.

FOUCHERDECHARTRES(undeschevaliersdelacroisade):Gestaperegrinantium Francorum cum armis Hierusalem pergentium.

GUIBERTDENOGENT(l’abbé): Gesta Dei per Francos.

GUILLAUMEDETYR(archevêque):Historiareruminpartibustransmarinis gestarum,atemporesuccessorumMahumetusqueadannumDominiM° LXXXIV°.

L’EstoiredeEraclesempereur,etlaconquêtedelaterred’Outremer.C’estla translation de l’Estoire de Guillaume,arcevesque deSur(Tyr).

Recueildeshistoriensdescroisades,publiéparlessoinsdel’Académiedes inscriptions et belles-lettres ; passim.

Mêmerecueil:Lois,t.IetII.AssisesdeJérusalem,publiéesparlecomte Beugnot.

Cartegénéraleduthéâtredescroisades,parJ.-S.Jacobs(entêtedutomeIdu Recueilde l’Académie).

C’estàl’Estoired’Eraclesquesontempruntéeslescitationsenlangueromaneet l’épigraphedecelivre.Ilaparunécessairederajeunirparfoislesformes orthographiquesdecetancientexte pouren faciliterl’intelligence.Mais lesenset le tour même desphrases ont été toujours rigoureusement respectés.

A. V.

CHAPITRE I. —LA FAMILLEETL’ENFANCE DE GODEFROIDE BOUILLON.

1057-1076.

Ledomainequidonnasonnomauhérosdelapremièrecroisadeavaitpourchef-lieulapetitevilledeBouillon,situéeaujourd’huidansleLuxembourgbelge,sur larivièredeSemoye,entreMouzonetSedan.C’était,auonzièmesiècle,une possessiondel’églisemétropolitainedeReims,inféodéeàlapuissantemaison descomtesd’Ardennes1.Cettefamille,d’oùsortitGodefroideBouillon,tenait alorscommesonprincipalfiefleduchédeLorraine,danslamouvance2de l’Empire.

Unmalheureuxenchaînementd’agitationspolitiques,deguerres,detraités, égalementfunestesàlaFrance,l’avaitprivéedesesprovincesdel’Est,devenues ainsi unesimpledivision territorialedu royaume de Germanie.

LaLorraineavaitcommencéparêtreunroyaumeindépendant,détachéen855 del’héritagedeCharlemagneauprofitdesonarrière-petit-filsLother.C’està causedecetteoriginequ’onl’appelaLorraine,c’est-à-direlapartdeLother,en latinLotharingia.OnluiavaitalorsassignépourlimitesleRhin,laMeuse,et l’Escaut.Cettecréationfactice,quinerépondaitàaucuneloid’autonomie nationale,n’eutqu’uneduréeéphémère.LeroyaumedeLorraineétaittropfaible poursuffireàsapropredéfense,etparconséquentnepouvaitsubsister isolémententrelesdeuxpuissantesnationalitésfrançaiseetallemandequi l’étreignaient.Ilflottaquelquetempsdel’uneàl’antreaprèslamortdeLother, etn’eutplusdèslorsdesouverainparticulier.LeshabitantsétaientFrançaispar leursaffinitésderaceautantqueparleurpositiongéographique;ilstendirentà rentrer dans le seinde lapatrie commune.

Maislesrivalitésdefamille,quiavaientseulesdéterminélesprincescarolingiens àfairedecettecontréeunÉtatàpart,luipréparaientencoreuntristeavenirde tiraillements et d’oppression.

C’étaitlabranchegermaniquedesdescendantsdeCharlemagnequiétait héritièrelégitimedesdomainesdelacouronnedeLother:lapossessionluien futtoutefoisdisputée,d’abordavecavantage,parlabranchefrançaise.Maisla dépositiondeCharlesleGros(887),entransportantdéfinitivementauroi d’outre-Rhinletitreimpérial,fitégalementpasserlaLorrainesousleur domination.

Decemoment,danslavieilleGaule,oùlaracecarolingiennen’avaitd’autres représentantsquelapostéritéillégitimeetincapabledeLouisleBègue,les assembléesdegrandsfeudataires,quiformaientalorslecollègeélectoraldela royauté,commencentàluiopposerlafamilledeRobertleFort,illustréeparses exploitscontrelesNormands,etqui,enl’espacedequaranteans,de887à923, mittroisdesesmembressurletrône,C’étaitl’inaugurationd’unepolitique nouvelle,fécondeengrandsrésultatspourl’autonomieetlaprospériténationale,

1Artdevérifierlesdates.

—Évêques-princesdeLiége,articleconsacréàl’évêque Othert.

2Onappelait ainsi la dépendance féodale.

maisdontlebienfaitnedevaitpass’étendreàlaLorraine.Lesroisdelamaison ducalen’eurentgarde,enlarevendiquant,d’armercontreeuxlesempereurs. Duranttoutecettepériodedetransition,oùs’organisentdesgrandsÉtatsdela chrétienté,cetteprovincesanstraditionestcommeliéeàladestinéepersonnelle desdescendantsdeCharlemagne,dontellesuitlesvicissitudesalternativement del’unetdel’autrecôtéduRhin.Quandcetteraces’éteintsurletrônede GermanieavecLouis l’Enfant,en912,lesLorrainssejettentdenouveaudansles brasdescarolingiens,quis’étaientrefaitunpartieuFrance.CharlesleSimpleet Louisd’Outremern’eurentpaf,demeilleurappuiquelespopulationsdesbords delaMeuse.AussiHuguesleGrand,vainqueuravecl’aidedel’empereurOtton, n’hésitapasàlaisserau pouvoirducésargermaniqueleuLorrains,leursennemis communs.

Leconquérant,pourfaçonnercetteprovinceanjougallemand,ladonnaàson frèreBrunon,archevêquedeCologne,administrateurhabileetsage.Mais l’énergieetl’adressed’unhommen’auraientpuaccomplircetteœuvredifficile: Brunonfutobligédepartagersongouvernementendeuxduchés,laHauteetla Basse-Lorraine,qu’ilfitadministrerséparémentsoussasuprématie.Cette divisionparalysaitpourjamaistoutessaidesoulèvementgénéral.Néanmoins l’incorporationdelaLorraineàl’Empirenesefitpassansdelonguesrésistances et de fréquentes commotions.

Alamortd’OttonIer,underniereffortfuttentéparlaFrancepourlarecouvrer. CefutleroiLotherquienformal’entreprise,deconcertavecsonfrèreCharles. Lenouvelempereur,OttonII,n’empêchaletriomphedesesrivauxqu’enles divisant,etendonnantlui-mêmesatisfactionauxsympathiesdesLorrainspour lesangdeleursancienschefs:ilaccordaaucarolingienCharlesl’investituredu duchédoBasse-Lorraine,àconditionqu’illetiendraitcommefiefdelacouronne germanique(975).Lother,appuyéseulementparlapartiedelaprovincequi n’étaitpassoumiseàsonfrère1,netardapasàenêtrechasséparlestroupes allemandes.

Douzeansplustard,l’avènementdeladynastiecapétienne,proclamédans l’assembléeélectoraledeNoyon,achevad’isolerlaLorrainedelaFrance.Le candidatcarolingien,CharlesdeBasse-Lorraine,repousséparlesgrands,futdès lorsrivéauvasselagedel’empire,etsonduchéeutlemêmesort.Quantàla Haute-Lorraine,HuguesCapet,proclaméroi,afind’écarterleschancesd’une lutteinégale avec l’empereur Otton, nefit valoir sur elleaucune prétention.

Cefataldésistement,commandé,ilfautlereconnaître,àHuguesCapetparles circonstances,futencorepousséplusloinparsonsuccesseur.En4024,àla faveurdestroublesquimarquèrent,enAllemagne,l’avènementdelamaison impérialedeFranconie,lesLorrainssecouèrentlejougetoffrirentleurserment deféautéauroiRobert.Maislaperspectived’uneguerreoùileûtrisquéde perdremêmesesÉtatspaternels,effarouchalefaibleprince,etilrefusaleur hommage.

Enprésencedecetteattitude,lesFrançaisorientauxprirentleurpartide demeurersinonpaisiblement soumis, aumoins incorporés à l’Empire.

Leurterritoireformait,commeonl’adit,deuxgrandsfiefs:leduchédela Haute-Lorraine,appeléepluscommunémentalorsMosellane,àcausedela rivièredeMosellequilatraversait;etceluideBasse-Lorraine,quiétaitcompris

1C’est la seulequi manifesta depuis lorsdes instincts français.

àl’ouestentrelaMeuse,l’EscautetleRhin,àpartirdel’embouchuredela Moselle.C’estàcedernierques’appliquaitspécialement,auonzièmesiècle,la désignationdeduchédeLorraine,qu’onluidonneratoujoursdanscettehistoire. Mais,parlasuite,l’usages’établitdel’appelerplutôtduchédeBrabant,tandis quelenomprimitifdetoutelaprovincepassaàlaMosellane,quileconserve encore1.

LefilsetsuccesseurdeCharlesdeLorraine,Otton,dernierreprésentantmâlede laracecarolingienne,étantmorten1005,l’empereurHenriIIavaitinvestide sonduchéGodefroi,comteenArdennes.Contrairementàl’usage,alorsconsacré enFrance,del’héréditédetouslesfiefs,laconcessiondesgrandsduchésde l’empireétaitbénéficiaire,c’est-à-direquelestitulairesenétaientchoisisparle suzerainetrévocablesàsavolonté.Malgrécetteconditionprécaire,lelignagede Godefroid’Ardennessetransmitsatenure2àpeuprèssansinterruptionpendant soixante-dixans,jusqu’àl’extinctiondeladescendancemâle,obtenantàchaque vacance, de gré ou de force,l’investitureimpériale.

GodefroiIV,leBarbu,neveuetsecondsuccesseurdupremierGodefroi,futle pluscélèbredesaraceetleplusredoutable,ensontemps,desvassauxde l’empire.Outresonduché,oùilsutsemaintenirendépitdesrevendicationsde l’empereurHenriIII,ilpossédait,commebienspatrimoniaux,lepaysdeBouillon etlamarched’Anvers.ParsonmariageavecBéatrice,comtessedeToscane,il devintencoreseigneurdelaplusrichepartiedel’Italie.Unetelleréuniondefiefs portaombrageàsonroyalsuzerain,quiessayad’ymettreobstacle;maisson autoriténeprévalutpascontrelaforcedufiervassal:Godefroilevadesarmées, gagnadesalliances,etfitavecsuccèslaguerreaumaîtredelaGermanie.Ilne fallutrienmoinsquel’interventiondupapeVictorIIpourl’ameneràfairelapaix, enconservanttoutessespossessions.Nonseulementilétaitenétatdetraiter d’égalàégalaveclamaisondeFranconie;ilfutmêmesurlepointdela dépasserenprestigeetenpuissance.LepapeÉtienneIX,éluàlamortdeVictor II,aumoisdejuillet1057,étaitfrèredeGodefroi:ileutlapenséededonnerau ducdeLorraineladignitéimpériale,quidépendaitdusaint-siège,etquelamort deHenriIIIvenaitdelaisservacante.Lesimmensespossessionsduducen AllemagneetenItalielerendaientpropreàexercerlasuprématiesurcesdeux partiesdel’Empire.Maislamortprématuréed’Étienne,aprèshuitmois seulementdepontificat,empêchalaréalisationd’undesseinquieûtsansdoute épargnéàlachrétientéleslongstroublescivilsetreligieuxoùdevaientla plonger les derniers césars franconiens.

Dansletempsques’ouvraitdevantluilaperspectivedecettehautefortune,le ducGodefroireçutàBouillon,oùilrésidait3,lavisitedesonparentEustacheII,

1Artde vérifierlesdates. — Ducs deLorraine ; ducs deBrabantoude Lothier.

2Latenure,c’estlapossessiondelaterrenobleauxconditionsordinairesduvasselage féodal.

3Dès1048,GodefroileBarbu,àlasuitedegravesdémêlésavecsonsuzerainHenriIII, avait été dépouillé de son duchéde Lorraineetréduitàsesseuls domainespatrimoniaux, aunombredesquels se trouvait Bouillon.Ilnerentra engrâcequ’en1056,aveclenouvel empereurHenriIV,àladiètedeCologne.MaisFerrideLuxembourg,quiavaitétéinvesti en1048dufiefdeLorraine,continuad’enjouirjusqu’àsamorten1065,etc’estàcette époqueseulementqueGodefroiyfutréintégré.Dansl’intervalle,ilavaithabituellement séjournéenItalie,danslesÉtatsdesasecondefemme,lacomtessedeToscane.En 1057cependant,aprèssaréconciliationavecl’Empereur,ilparaitqu’ildemeuraquelque

comtedeBoulogneetdeLens.C’étaitunbaronricheetentreprenant1,célèbre desdeuxcôtésdudétroitparsavaillance,etplusencorepeutêtreparl’esprit d’ostentationqu’ilmêlaitàsesfaitsd’armes.Commemarquedesadomination surunterritoiremaritime,ilportaitàsonheaumedeguerredeuxaigrettesen fanondebaleineàetlefieraspectqu’ilsavaitdonneràsesmoustachesl’avait faitsurnommerEustacheouHuistaceauxGrenons2.Ildescendaitde Charlemagneparsamère,petite-filledeCharlesdeLorraine.Sesqualités personnellesrehaussaientencorel’éclatdeceglorieuxlignage,etiln’ydérogea pointdanssesalliances.Ilavaiteneffetépousé,vers1050,unefemmedesang royal,Goda,sœurduroianglo-saxonEdwardleConfesseur,etcetteunionlui avaitvaludevastesdomainesenAngleterre.Maisilétaitveufdéjàdepuiscinq ousixansquandilpassaàBouillon.IlrevenaitalorsdeRome,oùilavait reconduitaprèsladiètedeColognelepapeVictorIl,accouruenGermanie,peu demoisavantsamort,pourréconcilierleducde Lorraineavecl’Empire.Pendant sonséjourchezleduc,Eustache,jeuneencore,etn’ayantpasd’enfantsdeson mariageaveclaprincesseanglaise,s’épritdelafilledesonhôte,nomméeIde. Elleétait,audiredescontemporains,remarquablepargentillessedecœurentre lesplusnoblesdamesd’Occident;etsesvertusl’ontfaitdepuisvénérerdans l’Églisecommeunesainte.LecomtedeBoulognesollicitasamain,etlepère,qui seflattaitdeceindrebientôtlacouronneimpériale,nedédaignapointd’agréer pourgendrelepetit-filsdeCharlemagne.LemariagesefitàCambrai,aumois de décembre 1057.

QuelqueshistoriensprétendentqueladotapportéeparIdeàsonépouxfutce même château deBouillon,témoin deleurpremièrerencontre.S’il est vrai quele ducGodefroi,quiavaitunfilsdumêmenomquelui,destinéàrecueillirsesfiefs héréditaires,aitdisposédecelui-ciauprofitdesongendre,nulprésentne pouvait être plus agréableà Eustache.

Lelogisn’étaitpas,àvraidire,unlieudeplaisancesimpleetgrossierdonjon, commetouteslesdemeuresdelaféodalitéprimitive,ilsedressaitausommet d’unerocheélevéeetabrupte,présentantlesauvageaspectetlesabords inaccessiblesd’uneaired’oiseaudeproie.Maisl’isolementetl’horreurmêmedu lieudevaientenfaireleprincipalmériteauxyeuxd’unbaronbatailleurcommele siredeBoulogne;cartouteslesressourcesdel’artmilitaired’alorsvenaient échouercontrelesdéfensesformidablesdontlanatureavaitentourécette citadelle.SapositionsurlesconfinsdelaFranceetdelaLorraineajoutaitun nouveauprixauxavantagesparticuliersdusite:c’étaitlaclefdupassageentre le royaume capétienet lesprovinces de l’empire teutonique.

Dansuntempsdeguerresperpétuelles,oùlemoindrevassalsevoyaitparfois réduitàlutterseulcontredesarméesroyales,oùilpouvaitaussi,avecquelque audace,rêverd’érigersesfiefsenseigneuriesindépendantes,desemblables moyensderésistanceetdedominationdonnaientlaplushauteimportanceàla possessiondeBouillon.Lesentreprisesambitieusesquiremplirentlavie d’EustacheauxGrenonsprouventassezqu’ilétaithommeàapprécierlavaleur desonnouveaudomaineetàentirer,lecaséchéant,lepartileplusprofitableà

tempsauchâteaudeBouillon,oùilreçutlavisited’Eustache;mais,lemariagedesa fille accompli, il netarda guèreà regagner la Toscane.

1Voirl’articlequiluiestconsacrédansl’Artdevérifierlesdates,danslachronologiedes comtes de Boulogne.

2Grenons, dansla langue romane,signifie moustaches.

safortune.Maiscen’estnienFrancenienAllemagnequelescirconstances devaient l’entraîner àchercherdesconquêtes.

IleutdelacomtesseIdetroisfils:Godefroi,lehérosdecettehistoire,Eustache etBaudouin.

Godefroi,qui devintdebonneheure le pluspuissantet leplusillustre,grâceàun concoursdequalitéspersonnellesetdecirconstancesfavorablesqu’onracontera bientôt,n’étaitquelesecondparlanaissance.Eustacheétaitsonaîné1.Le Brabants’estlongtempsattribuéetrevendiqueencoredenosjoursl’honneur d’avoirétéleberceauduchefdelapremièrecroisade.Quelquesmonuments d’histoirelocalelefontnaître,eneffet,àBaisy,villagevoisindeFleurus.Maisles témoignageslesplusanciensetlesplusconcluantssontenfaveurdelaFrance, etaprèslessavantstravauxdelacritiquemoderne,iln’estpluspermisde douterqu’iln’aitreçulejourauterritoiredeBoulogne,dansledomaine paternel2. Il naquit vers l’an1060.

Ide,inspiréeparunetendresseactiveetparunepiétééclairée,tintàhonneuret considéracommeuneobligationétroiteautantquedouced’allaiterelle-même sesenfants3:elleauraitcru,disait-elle,abdiquersontitredemèreenleur faisantdonnerpard’autrescessoinsdupremierâge,dontl’influenceestsi grandesurlaviedeshommes.Elleavait,surlesdevoirsdelamaternité chrétienne,lesaustèresprincipesquidevaientdistinguerplustardBlanchede Castille,etdontl’unecommel’autretrouvalarécompensedanslesvertusetla gloire d’unfils sans égal parmi ses contemporains.

Godefroiavaitreçuduciellesplusheureusesdispositionsd’espritetdecœur pourprofiterdesleçonsetdesexemplesdesamère.Ilmontradèsl’enfance,et développaavecuneconstanteapplication,lerareassemblagedequalitésqui

1Onn’estpasencored’accordsurl’ordredanslequelnaquirentlesenfantsducomte EustacheIIdeBoulogne.PlusieurshistoriensanciensontprétenduqueGodefroiétait rainé.L’opinioncontraireadoptéeiciestcelled’uncontemporainetd’uncompatriotedes personnagesdontils’agit,lemoineduWast(prèsBoulogne),quiécrivitau commencementdudouzièmesièclelaViedelabienheureuseIdedeBoulogne(dansles Bollandistes,àladatedu13avril).Lepremierdesesfils,dit-il,futEustache;marchant surlestracesdesonpère,iltintd’unemainfermelegouvernementdesonhéritage.Le secondfutGodefroi, héritier des possessionsetdutitreduduc sonaïeul,dontilportait le nom.GuillaumedeTyr,etaprèsluiuncertainnombred’autresauteurs,ontencore attribuéàGodefroideBouillonuntroisièmefrère,quiseseraitappeléGuillaume. Mézerai,danssonHistoiredeFrance,t.II,p.55,parledeGuillaume,barondeJoinville, frèredeGodefroideBouillon.MaissiceGuillaumearéellementexisté,ilfautcroirequ’il mourutjeune,oudumoinssansavoirfaitquoiquecesoitderemarquable;cariln’a laissé aucunetrace dansl’histoire.

2M.l’abbéB.Barbe,dansdeuxbrochures:1°DuLieudenaissancedeGodefroide Bouillon,à proposduprojetdeluiélever unmonumentdanslavilledeBoulogne-sur-Mer (1855);2°NouveauxÉclaircissementssurlaquestiondulieudenaissancedeGodefroi deBouillon,enréponseàuneNoticedeM.lerecteurdel’UniversitédeLouvainsurle mêmesujet(1858),avictorieusementdémontrél’inexactitudedestraditions brabançonnes.LesdocumentsécritsleplusrapprochésdutempsoùvivaitGodefroide Bouillon,enparticulierlaBiographiedelaB.IdeparlemoineduWast,placenttousle lieudenaissanceduhérosdansleBoulonnaisC’estseulementunsiècle etdemiplustard qu’onrencontrelepremiertexteenfaveurdeBaisy.Ilestd’ailleurstoutàfait invraisemblabledesupposerquelacomtesseIderésidâtdanscevillage,siéloignédu siégedugouvernementdeson mari.(Voyez lesNouveauxÉclaircissements, p. 17-19.)

3Viede labienheureuseIde,par le moine duWast.

présageaientdéjàsahantedestinée.Safoivivesemanifestaitparunegrande assiduitéàlaprièreetparlesexercicesd’unedévotionexactecommecelled’un moine.LacraintedeDieu,quiremplissaitsonâme,lafermaitauxpassions mauvaises,etylitfleurircetespritd’humilité,cettesévèredisciplinedemœurs, quidevaientoffrirunsiétrangecontrasteavecl’orgueiletladépravationdela sociétéféodale.Libéraletcompatissantenverslespauvres,indulgentpourles coupables,affableetgénéreuxavectoutlemonde,laloyauté,lajusticeetla magnanimité,cetripleidéaldelachevalerie,étaientlarègleinflexibledesa conduite.Amesurequ’ilavançaenâge,onvitserévéleràlafoisdansson caractèrela sérénitéd’un philosophe et l’indomptable énergied’un héros1.

Sainteidenebornapassessoinsàl’éducationmoraledesesenfants.Elle apportauneégalesollicitudeàcultiverleurintelligence.Elle-mêmeavaitétudié leslettresavecsuccès.Soussadirection,Godefroiacquituneinstructionqui paraitavoirétéassezsérieuse.Ilappritlelatin,langueusuelledessavantset desclercs,ainsiquelesidiomesvulgairesdesFrancsetdesGermains:leroman etletudesque2.Onlevitplustardseserviravecfacilitédechacunedeces langues,soitdanssacorrespondance,soitdanslesharanguesqu’iladressaaux diverspeuples réunis sous ses ordres pendant la croisade.

Al’élévationd’idéesetdesentimentsqu’ildutdèssaplustendrejeunesseaux entretiensdesamèreetàlaméditationdesvéritésreligieuses,letravailajouta parlasuiteunrichefondsdeconnaissancespratiques.LaProvidencel’avaitdoué d’unespritvif,pénétrant,ingénieux.Ilmontratoujourspourapprendrecegoût naïfetpersévérantquiavaitaniméCharlemagne.Cen’estpas,dureste,leseul traitderessemblancequ’onremarquadèslorsentrecetenfantetsonillustre aïeul.Illerappelait d’unemanièrefrappante,observeunvieuxchroniqueur3,par les aptitudesvariées de salarge intelligence.

Seshabitudesdévotesetstudieusesn’empêchaientpasqu’ilsepréparâtàtenir avecéclatsonrangdanslachevalerie.Lesexercicesquotidiensquiconstituaient lerudeapprentissagedelaviemilitaireluidonnèrentenpeud’annéesune vigueurdemembresprodigieuseetuntempéramentrobuste,capablederésister àtouteslesfatiguesetàtouteslesprivations.Ilsurpassabienvitelesjeunes gensdesonâgeparsadextéritédanslemaniementdesarmesetducheval.Il excellaitàporteretàparerlescoups,àterrasserunrivaldansuneluttecorpsà corps,àsauterenselleetàescaladerunemuraillesouslelourdaccoutrement defermaillé,costumeobligéduchevalierenbataille.Tantdeforceetd’adresse s’alliaitchezluiàuneaudacequiendoublaitleprix.Maiscetardentcourageque n’auraitbriséaucunobstacleselaissaitdéjàdomineretréglerparlesang-froid, l’espritderéflexionetdeméthode,quifaisaientlefonddesoncaractère.Etc’est làlesecretdesgrandeschosesqu’ildevaitaccomplir.Devantcetassemblage précocedequalitésphysiquesetmorales,unrivalmême,remarqueunancien historien,n’auraitpus’empêcherdeluirendrecetémoignageflatteur:Pourle zèledansleservicedeDieu,ilestlafidèleimagedesamère;pourl’esprit chevaleresque, il continuera son père!4

1Guillaume de Tyr, liv.IX ;Robert le Moine,liv.I.

2OttondeFrisingue,Chronique,liv.VII,ch.IV;Chroniqued’Ursperg,ann.1099; Histoirelittéraire de laFrance parlesbénédictins, t. VIII, p. 600.

3Ilyavaitenluiplusd’unCharlemagne(ouiversplurimusineratCarolus).Guillaumede Malmesbury,IV. DansleRecueildeshistoriensde France de D. Bouquet, t. XIII,col. 7.

4Raoul deCaen, ch. XIV.

EustachedeBoulogne,dontlacélébritédevaitêtreéclipséeparlagloiredeson filsGodefroi,faisait encetemps-làgrand bruit parlemonde, poursuivantfortune et renom sur maintschamps de bataille, et courant d’étranges aventures.

Enl’an1066,GuillaumeleBâtard,ducdeNormandie,fitpubliersonbande guerre.Ilconvoquaittouslesvaillantshommes,sachantmanierl’épéeou l’arbalète,àtenteravecluilaconquêtedel’Angleterre.LeBoulonnaisluifournit d’abondantesrecrues,etlecomteauxgrenonss’associalui-mêmeàl’entreprise. Peut-êtreavait-ilquelquesgriefspersonnelscontreleroisaxon,Harald,quiavait succédéàEdwardleConfesseur.Onsaitquecelui-ci,beau-frèred’Eustache,lui avaitaccordéderichesdomainesdanssonroyaume.OrleroiHaraldsesouciait peuderatifierleslibéralitésdesonprédécesseur,surtoutàl’égarddesétrangers ;c’étaitmêmesousleprétexted’unmanquedefoidecegenrequeleducde Normandies’armaitcontreluietallaitenvahirsesÉtats.Eustache,qu’ileûtou nonunesemblableinjureàvenger,partagealespérilsetlesbénéficesde l’expédition.DanslajournéedeHastings,oùGuillaumegagnasacouronne,le comtefaillittrouverlamort :unviolentcoupdehachesaxonneluifracassa l’épaule;maisleconquérantledédommageaenluifaisantunelargeetbelle part dans les dépouilles dupeuple vaincu.

Larécompensecependantneluisuffitpas.L’annéesuivante,ildébarquede nouveausurlacôteanglaise.Cettefoisilyvenait,àl’instigationduroide France,guerroyercontrelesenvahisseursnormands,etsoutenirunerévoltedes Anglo-SaxonsdanslepaysdeKent.Larévoltefutusée;maisl’issuedecette téméraireéquipéenehissapasd’êtreavantageuseaucomteEustache.Leroi Guillaume,encoremaiaffermisursontrône,etquiavaitéprouvélecouragede sonancienallié,n’ignorait ni lesinconvénientsdesarivalité,nilemoyend’yMea fin.Iln’eutpasdepeine,eneffet,àlerameneràsonpartienlaiconcédantde cuvelles terres aux dépens desSaxons expropriés.

Eustachenedevaitpaspour«laseteniràl’écartdesinternesquiagitèrent pendantlongtempsencorelajeunemonarchieanglo-normande.Plusdevingt ansaprès,en1088,ilfiguredansuneliguedeseigneursquivoulaientrendreà RobertCourte-heuzes,filsaînéduconquérant,letrôneusurpéparsoncadet GuillaumeleRoux.Cecoupdemain,dirigécontreDouvres,échouacommele précédent,maissanscompensationpourlecomtedeBoulogne.Guillaumele Rouxnefitpasàcevoisinturbulentl’honneurd’achetersaneutralité.Etpourla premièrefoispeut-êtredesavie,Eustacherevintd’uneexpéditionsansgrossir son avoir.

Dansl’intervalledesesdeuxtentativescontrelesNormandsd’outre-mer,ilavait soutenu avec plus desuccèsuneguerreimportante dans sonvoisinage.Laveuve etlefrèrepuînédeBaudouindeMons,comtedeFlandre,morten1071,se disputaient,lesarmesàlamain,latutelledesonfilsethéritierArnould,âgéde seizeans.Lanoblesseducomtes’étaitrangéeaupartidufrère,RobertleFrison. Laveuve,nomméeRichilde,cherchadesalliancesaudehors;Eustacheaux Grenonsembrassasacause;ilréussit même,parlecrédit desonfrèreGodefroi, évêque deParis, à lui obtenir un secours du roi deFrance.

Mais,avantl’arrivéedecerenfort,unerencontredécisiveeutlieuàCassel,le22 février1071,etaboutitaudénouementleplusbizarre.Richildetombaau pouvoirdel’arméeennemie,tandisquesoncompétiteur,Robert,étaitfait prisonniersurunautrepointdelamêléeparEustachedeBoulogne,qui l’emmenaenlieusûràSaint-Omer.QuantaujeuneArnould,combattantàcôté desamère,ilrestaparmilesmorts.Ainsilesdeuxpartissetrouvèrentprivésde

leurschefs,aumomentoùcettemortaugmentaitl’intérêtdelalutteenlui donnantpour enjeu la possession mêmedu comté.

Eustachesevitalorsl’arbitredelasituation.Ilenprofitapourgagnerune puissanteallianceauprixd’undecesbrusquesrevirementsquinerépugnaient pas,onlesait,àsoncaractère.Lafortunes’étaitprononcéepourRobertle Frison:ilsuivitlafortune,etsehâtaderendrelalibertéàsonprisonnier,en échangedecelledeRichilde,quin’avaitplusdésormaisniprétexteniressources pourcontinueràdisputerlegouvernementdelaFlandre.Lacomtesse,eneffet, laissasonbeau-frèrerecueillirpaisiblementlasuccessiond’Arnould.Elleseretira auprèsdesonsecondfilsBaudouin,comtedeHainaut,quenoustrouveronsàla croisade parmiles compagnons de Godefroi deBouillon.

CependantleroideFrance,suzeraindelaFlandre,refusaderatifierun arrangementquilivraitsonfiefàRobert,contrequiils’étaitdéclaré.Malgréle désistementdeRichilde,ilpresselamarchedessecoursqu’illuidestinait,et vientmettreenpersonnelesiégedevantSaint-Omer.Lenouveaucomten’était pasenétatderésisteràl’arméeroyale.Pourconjurerledanger,ilimplore l’interventionduseigneurdeBoulogne:celui-cifaitagirl’évêquedeParis,qui étaitalorsdanslecampdePhilippe.Ontrompe,onintimidelefaibleroi,onle détermineàlaretraite,enluifaisantcroirequedesrenfortssontamenéspour débloquerlaplace.Robertpayaceserviceparl’abandondelaforêtdeBethloo, qui demeura dès lors incorporée aucomté de Boulogne.

Onpeutassezconnaître,d’aprèscerapideexposédesesfaitsetgestes,quel hommeétaitlepèredulibérateurdeslieuxsaints.Ambitieuxetsurtout turbulent,pluspromptqu’habileàsaisirlesvoiesdelafortune,opiniâtreàla poursuivre,etcapable,pourl’atteindre,depousserlabravourejusqu’à l’héroïsme,maisjamaisl’héroïsmejusqu’audésintéressement:telparaitavoir été ce personnage, type curieux etcomplet du baronféodal1.

Quelquerapportqueleschroniqueursaientvuentrelecaractèred’Eustacheet celuidesonglorieuxfils,GodefroideBouillon,lehérospreuxetdroituriersans nulleconvoitise,devaitréaliserd’unefaçonbiensupérieurel’idéalduchevalier chrétien.

D’ailleursilfutpeuàmêmederecevoirlesleçonsetdesubirl’influencedes exemplesdesonpère;car,àpeineadolescent,ilfutappeléauprèsduducde Basse-Lorraine, qui lui destinait sonhéritage.

GodefroileBossu,frèredelacomtessedeBoulogne,étaitdevenuen1070,par lamortdesonpère,ducdeLorraineetseigneurdesdomaineshéréditairesdela famille.Ilétaitmarié,depuisseptansalors,avecunefemmecélèbre,quise trouveramêléeàd’autresévénementsdecettehistoire:c’étaitMathilde, comtessedeToscane.Cemariage,fruitd’uncalculambitieuxdeGodefroile Barbu,quiavaitpenséperpétuerladominationdesafamilleaudelàdesmonts enunissantsonfilsàl’uniquehéritièredeBéatrice,sasecondefemme,nedevait pasêtreheureux.Aucunliendesympathien’attachajamaisl’unàl’autreles deuxépoux;etquand,en1070,GodefroivintenLorraine,oùlessoinsdeson administrationleforçaientdésormaisdes’établir,safemmerefusadelesuivre et demeura en Toscane.

1Artde vérifierlesdates, comtes de Boulogne, article consacré à EustacheII.

Troisansaprès,àlasuited’uneguerredanslaquelleilfitsurRobertdeFlandre laconquêteducomtédeFrise(Hollande),Godefroirepassalesmontsetpressa denouveau,maisenvain,Mathildedevenirhabiteraveclui.Ellelelaissa repartirseul, etla ruptureentre eux fut désormais consommée1.

C’estprobablementàlasuitedecettedémarcheinfructueusequeleducde Lorraine,quin’avaitpointd’enfants,résolutdesecréerunefamilleenadoptant celui des fils desa sœur qui portaitle même nom que lui.

Toujoursest-ilquenousvoyonsverscetteépoquelejeuneGodefroideBoulogne devenirlecompagnondesononcle.Ilcontinuaauprèsdeluilesexercices préparatoiresausaintordredechevalerie,etpeut-êtrelesuivit-ildansles expéditionsauxquellesleduc,vassaletzélépartisandelamaisondeFranconie, pritpartlesannéessuivantescontrelesSaxonsrévoltés.Maisilnepouvaitêtre alorsqu’unobscurpoursuivantd’armes,réduitdanslescombatsàl’outillement militairedesvilains,jusqu’àcequesamajoritéluipermitdefaireenpersonnele service d’un fief, et par conséquent de porter l’épée.

Cette majorité,pourles hommesnobles,était fixée alors àla quinzièmeannée.A peineeneut-ildépassél’âge,qu’ilfutappeléàenexercerlesdroits,carilperdit sonprotecteurdèslecommencementdel’année1076.LeducdeBasse-Lorraine revenaitdevisiteravecsonneveulaFrise,sarécenteconquête.Setrouvantà Anvers,ilyfutassassinéle26février,dansunguet-apens,parlecuisinierdu comtedeFlandre,quiluienfonçaparderrièreunferdelancedanslesintestins. Ilnesurvécutqueseptjoursàcetteatroceblessure2.Personnenedoutaquece meurtren’eûtétécommisparlesordresdeRobertdeFlandrelui-même.C’est ainsi qu’ilsevengeait sur sonvainqueur de la pertede la Hollande.

Danslasociétéféodale,où,fautedepouvoirsouverainassezfortpourfairedes loisetlesappliquer,laguerreprivée,érigéeeninstitutionpublique,décidait touteslesquerellesetdéterminaittouslesdroits,l’assassinatétaitunesortede voied’appel,queplusd’untrouvaitnatureletlégitimed’opposerauxdécisions decettejusticebarbare.Quandlemeurtrierétaitunpuissantfeudatairecomme lecomtedeFlandre,nullerépressionnepouvaitl’atteindre.Aussilecrime d’Anvers demeura impuni.

1Artde vérifierlesdates, ducsde Brabant,articleconsacré à Godefroi V leBossu2Artde vérifierlesdates, ducsde Brabant,articleconsacré à GodefroiV le Bossu.