Grands angles sur la Chine - Fondation Prospective et Innovation - E-Book

Grands angles sur la Chine E-Book

Fondation Prospective et Innovation

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Beschreibung

Chacun de nous est aujourd’hui « du monde » comme on était jadis « bien de son pays ». Cette appartenance à une même humanité travaillée par la mondialisation est le cœur de notre condition contemporaine. C’est le phénomène émergent par excellence de notre siècle.
L’une des manifestations les plus manifestes de cette ambiance nouvelle pour chacun de nos contemporains est la place nouvelle que la Chine a prise et prend toujours davantage dans les équilibres généraux du monde aujourd’hui.
Pour apprécier cette expression majeure du remodelage de notre monde, la Fondation Prospective et Innovation a consacré chaque année depuis 2006 un colloque à la Chine vue depuis une autre partie du monde.
Cet effort de triangulation, en abordant le phénomène chinois comme une mutation mondiale majeure, conjugue une approche indirecte de l’émergence chinoise avec une analyse des transformations concomitantes des autres parties du monde. Le présent recueil, qui rassemble les apports de ces six colloques, s'attache à en dégager les enseignements concordants pour une meilleure intelligence de notre temps et une vision renouvelée de la place stratégique que tient « sous le ciel » l’Empire du Milieu.

EXTRAIT

La notion de G2, est à la mode, pour désigner un condominium sino-américain sur le monde de demain. S’il est vrai que ces deux économies, respectivement médailles d’or et d’argent de la compétition économique mondiale, pèsent lourd dans la mondialisation, celle-ci est une réalité autrement plus conséquente que la somme des deux. La première entité de l’économie mondiale, c’est le monde en tant qu’ensemble, dont et la Chine et les États-Unis sont fort préoccupés chacun à leur manière, parce qu’ils ne peuvent pas vivre sans lui.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Actuellement présidée par Jean-Pierre Rafarin, la Fondation Prospective et Innovation a pour objet de favoriser une prise de conscience et une réflexion prospective sur les transformations fondamentales du monde contemporain, afin d’aider les acteurs sociaux, depuis le gouvernement jusqu’au particulier, à innover à bon escient, et entrer activement dans l’avenir avec lucidité plutôt que d’y être entrainés. Elle s’efforce d’apporter aux décideurs français un éclairage international sur des sujets stratégiques.

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Seitenzahl: 120

Veröffentlichungsjahr: 2017

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Fondation Prospective et Innovation

Préface de Jean-Pierre Rafarin

Grands angles sur la Chine

PRÉFACE

Jean-Pierre Raffarin

Depuis des siècles, la Chine jouit en Occident d’une aura sans égale. Marco Polo, Matteo Ricci puis d’autres jésuites, en rapportèrent des récits si émerveillés que l’idée qu’il y avait là-bas, à l’orient de notre monde, une civilisation extraordinaire, domina les imaginations. Cette place exceptionnelle creusait leur niche à des passions aussi irréfléchies que la peur endémique du péril jaune à certaines époques, ou à l’inverse la ferveur chimérique pour l’avenir rouge aux temps du magistère maoiste.

Ces sentiments excessifs inversement proportionnels à une information quasi insignifiante sur cet orient rêvé, puisaient leur formidable énergie dans la place imaginaire accordée à la Chine, blason en quelque sorte d’un monde antérieur, plein et sophistiqué, symétrique et inverse du continent à civiliser qu’était l’Amérique, pays des bons sauvages, des terres vierges, et surtout de l’avenir.

Seule l’émergence toute récente dans la vie réelle des gens d’une Chine réelle, tangible partout par ses produits, visible partout par ses voyageurs, présente en tout par son ascendant croissant, surmonta ce tropisme imaginaire. En se retirant sous l’empire de la familiarité nouvelle, le dispositif latent d’interprétations fantaisistes laissa apparaître un déficit complet d’information, de connaissance, de connivence effective, entre ce parangon de l’Orient et le tout-venant de l’Occident.

Non qu’une connaissance érudite, raffinée, profonde, ait manqué en réalité : de tout temps il y eut des savants et des hommes d’esprit pour documenter avec amour l’authenticité de la Chine, mais leur savoir demeurait confidentiel, comme l’exotisme attaché au beau nom d’« orientaliste » l’atteste toujours. Malgré les œuvres admirables de Victor Segalen ou de Simon Leys dans des genres différents, ce n’est guère que depuis les travaux de François Jullien que l’affaire est prise au sérieux par un vaste public.

Il était donc bien temps, au rythme où le peuple chinois et la République Populaire de Chine prennent plus de part chaque jour à l’avenir du monde, de concourir à un rattrapage si nécessaire de l’intelligence de ce qu’il en est réellement.

La raison d’être de la Fondation Prospective et Innovation étant de scruter les phénomènes d’émergence pour préparer aux innovations, et faciliter ainsi une évolution collective plus réussie, il y avait là une urgence majeure. Aussi, dès 2006, ai-je fixé à son activité un fil conducteur principal, relatif à la Chine. Chaque année un colloque international réunit au Futuroscope, berceau de la Fondation, des experts et témoins majeurs pour examiner la Chine.

La méthode adoptée pour progresser sur un sujet aussi ample et complexe, que sa rapide évolution et son étrangeté encore insuffisamment élucidée rendent aisément évasif, a été la triangulation. Ainsi procède-t-on, par radiogoniométrie, pour repérer par exemple un émetteur dont on ignore la position. Ainsi fonctionne le GPS, familier à tous. En analysant chaque année la relation de la Chine avec l’un des grands ensembles du monde, Amérique, Inde, Europe, Afrique, la Fondation a déterminé des angles de vue sur la Chine.

Il restait à les combiner, et tel est l’objet de la présente publication.

On n’y trouvera pas une synthèse, qui serait prétentieuse, à la fois prématurée et périmée, tant son objet évolue vite, mais des éléments d’appréciation. Ce sont des vues amples, mais sûres, qui sont ici proposées. Elles invitent chacun, au bénéfice de ces « grands angles sur la Chine » riche aussi de beaucoup d’informations sur les autres puissances, à réfléchir par soi-même aux dynamiques de notre temps.

S’il fallait cependant résumer ces apports, ce serait dans le sens d’un espoir lucide : la mise en branle d’une entité aussi immense que la Chine est une mutation profonde des équilibres sur terre, qui pose à tous les hommes une obligation de penser leur avenir commun autrement qu’en termes de simple continuation. Après être parvenue au premier plan des échanges internationaux, la Chine a pour chantier de se transformer elle-même, pour s’égaler demain aux plus avancés sur tous les plans. C’est une bonne nouvelle, ce sont des opportunités de coopérer, d’investir dans ce renouveau. C’est en même temps une passe délicate pour tous, pour le gouvernement chinois qui doit piloter cette évolution majeure, et pour ses partenaires, qui doivent anticiper le changement des conditions présentes, par lesquelles par exemple les travailleurs chinois financent l’endettement américain, et donc la puissance américaine.

Dans la maîtrise de ce changement en cours, l’Europe peut se rendre utile, d’abord en aidant à gérer les transformations qui l’affecteront elle-même, ensuite en participant à la croissance chinoise plutôt que de s’en émouvoir, enfin et surtout en prenant exemple sur la dynamique constatée ailleurs pour retrouver elle-même l’ambition d’un avenir meilleur en lieu et place du souci d’une conservation d’un passé fuyant.

Puisse ce petit livre aider chacun à se donner des raisons d’avoir confiance en l’avenir, pourvu qu’au lieu de le subir avec inquiétude, on soit résolu à y mettre la main dans un esprit d’émulation concertante.

INTRODUCTION

La Fondation Prospective et Innovation consacre à la Chine depuis plusieurs années un colloque annuel dont l’objet est de la considérer depuis une autre partie du monde.

À la veille de conclure en août 2011 ce premier tour d’horizon de ce qui demeure la plus formidable innovation sur la scène mondiale depuis un quart de siècle et pose aujourd’hui les questions de prospective les plus délicates, le présent recueil résume les apports des cinq colloques tenus depuis 2005 au Futuroscope, berceau de la Fondation.

Les comptes rendus de ces travaux ont été publiés in extenso par la Fondation, auprès de laquelle ils restent disponibles. Il était cependant utile d’en ramasser les enseignements sous une forme concise et synthétique.

Le présent ouvrage est un résumé. Aussi n’y trouvera-t-on mention d’aucun des orateurs, sinon dans la liste qui en rappelle le nombre et l’éminence. La réalité et l’avenir de la Chine dans ses rapports avec le monde sont, on s’en doute, un objet complexe et vivant. Nul n’a sur ce sujet le dernier mot. On trouvera ici de quoi en cerner les premiers mots.

I -LA CHINE VUE DES ÉTATS-UNIS

Chine et États-Unis ne sont pas seuls au monde

La notion de G2, est à la mode, pour désigner un condominium sino-américain sur le monde de demain. S’il est vrai que ces deux économies, respectivement médailles d’or et d’argent de la compétition économique mondiale, pèsent lourd dans la mondialisation, celle-ci est une réalité autrement plus conséquente que la somme des deux. La première entité de l’économie mondiale, c’est le monde en tant qu’ensemble, dont et la Chine et les États-Unis sont fort préoccupés chacun à leur manière, parce qu’ils ne peuvent pas vivre sans lui.

La meilleure preuve en est le souci commun à la Chine et aux États-Unis de ne surtout pas s’enfermer dans un tête à tête susceptible de tourner au face à face. Au-delà de la discussion entre le banquier de l’Amérique et le premier client de la Chine, le dialogue stratégique engagé dès juillet 2009 à Washington entre le département d’État et les représentants de la RPC, MM Dai Bingguo et Wang Qishan, puis élevé au niveau des présidents Obama et Hu Jintao, sonne comme un adoubement réciproque de ces deux puissances en tant chacune que seul rival digne de l’autre. Cette approche correspond bien à leur caractère commun de puissances férues de réalisme et d’égoïsme sacré. Mais on peut aussi y voir l’émergence d’une conscience partagée de ce que l’arbitre de leurs avenirs respectifs sera toujours davantage le reste du monde, ce qui interdit sans doute d’ores et déjà toute rivalité directe entre eux et les oblige à des stratégies plus complexes, dans lesquelles les Chinois excellent.

Cet état de choses donne au reste du monde des responsabilités significatives : et l’Amérique, et la Chine ont besoin de lui, dans sa diversité constitutive et avec toutes les contradictions dont il est porteur. Ils doivent donc se concilier ce vaste ensemble qu’on pourrait appeler le G(N-2), où N est le nombre d’États (et aussi de partenaires non nécessairement étatiques, mais qui comptent) en plus des États-Unis et de la Chine, décidés à assumer ces responsabilités, et qui, tout informel et « inconstitué » qu’il soit, ne permet pas qu’on réduise à un G2 la gouvernance du monde .

Naturellement, cette répartition des responsabilités exclut toute idée d’impérialisme chez quiconque, y compris l’impérialisme des valeurs. Chacun est condamné à convaincre, nul ne pouvant plus imposer, même si certains en imposent encore. La valeur faciale ne vaut plus : les exemples, les preuves, les faits priment les prétentions. À ce jeu, chacun retrouve des chances. Qui eût misé sur la Chine il y a un demi-siècle ? Elle est aujourd’hui au premier plan, parce qu’elle s’est donné les moyens que le Monde ait besoin d’elle.

L’Europe qui, au fil du dernier demi-siècle, a appris patiemment à progresser dans la bonne intelligence - au prix parfois d’un apparent freinage, le temps de résorber les frictions au lieu de passer outre - est aujourd’hui en flèche dans ce nouveau processus mondial de construction d’une gouvernance globale centrée sur les grands problèmes communs - le G(N+2) cette fois.

Dès lors que les États-Unis et la Chine ont pour repoussoir de leur relation le souvenir de la Guerre Froide, l’Europe, et le reste du monde avec elle, ont devant eux une magnifique opportunité de profiter des forces respectives de ces deux grandes puissances si différentes, si inégales, pour faire progresser un monde multipolaire soucieux de l’avenir de l’humanité et de sa planète. Il y a là notamment un espace d’affirmation et d’initiative bienvenu pour les nations et les peuples. L’histoire y trouve des coudées plus franches.

Par-delà les effets de taille en effet (ensemble USA et Chine représentent certes un quart de la population mondiale, et un tiers du PIB de la planète, mais l’Europe en est à elle seule un autre tiers avec une population quatre fois moindre!) c’est l’interdépendance des États-Unis et de la Chine qui est la pierre angulaire de l’ordre mondial, en soi et surtout par extension : si ces deux géants sont à ce point interdépendants, a fortiori tous les autres... ce trait décisif suffit à indiquer que la situation présente est l’inverse exact de celle que caractérisait la Guerre Froide.

Il en résulte une responsabilité considérable pour la Chine et les États-Unis, à qui leur poids spécifique pourrait donner l’illusion et même la tentation de suivre respectivement une logique de puissance, ce qui les mettrait inévitablement face à face, à contre-pied du mouvement général d’interdépendance systémique du monde entier. Pour s’accorder à celui-ci, ces deux géants ont conjointement, et à contre pente de toute leur propension naturelle, à dominer leurs différents et cultiver leurs partenaires. Peut-être ces derniers doivent-ils les y aider...

Dans cet univers d’interdépendance généralisée, tout le monde est concerné par le poids spécifique des deux masses chinoise et américaine, dont l’addition représente 40 % de la consommation d’énergie du monde, et une proportion plus grande encore de l’émission de gaz à effets de serre et autres pollutions. C’est aussi une force déterminante : sans parler des deux plus gros budgets de défense au monde, « Certains problèmes mondiaux peuvent être résolus par les États-Unis et la Chine seuls, d’autres ne peuvent l’être sans les États-Unis et la Chine ensemble », comme l’a souligné la Secrétaire d’État Hillary Clinton.

Chine et États-Unis sont fortement dépendants l’un de l’autre

Minorité de blocage ou actionnaire de référence de l’entreprise monde, USA et Chine forment bien une sorte de « G2 virtuel » - parmi d’autres, et qui ne dirige rien, mais qui peut paralyser ou entraîner selon qu’il s’articule bien ou mal en soi et au reste du monde. Qu’il s’agisse de la gouvernance mondiale, du système économique international (réforme du FMI, régulation financière, équilibres monétaires, Doha round, etc.), des questions d’environnement, etc. tout dépend d’eux.

Il est important de noter que, depuis la présidence Clinton, qui avait peiné à redresser des relations altérées par les déclarations de Mme Clinton à la conférence de Beijing sur les femmes, l’administration américaine a adopté une ligne de bonne intelligence continûment améliorée avec la Chine. C’est l’un des points de continuité parfaite entre l’ère Bush et la présidence Obama. Mme Clinton elle-même a explicitement déclaré à Pékin que son souci des droits de l’homme passait désormais en arrière-plan derrière des enjeux communs majeurs.

États-Unis et Chine sont complémentaires, c’est-à-dire extraordinairement différents à tous égards. Ils ne peuvent former une dyade, parce que rien ne les unit fondamentalement. Cependant chacun aujourd’hui dépend beaucoup de l’autre pour la poursuite de son propre modèle de croissance, ce qui réunit ces deux puissances dans une responsabilité commune envers le développement en général. L’Amérique a besoin des surplus comptables chinois pour financer son économie, la Chine a besoin du marché américain pour maintenir le rythme de son activité1. Mais cela expose chacun des deux à des risques si l’autre connaît des difficultés ou mène des politiques inappropriées. Et la répercussion sur le monde des aléas d’un tel couplage peut être énorme. Si l’incontinence financière américaine a pu passer toute mesure, jusqu’à déclencher en 2008-2009 la crise systémique dans laquelle l’économie mondiale a failli sombrer, c’est en partie parce que les crédits continuaient à affluer aux USA, en particulier depuis la Chine. Sans l’avantage que son couplage avec la Chine lui donnait, l’Amérique aurait certainement dû corriger ses excès sensiblement plus tôt.

Bilatérale, cette interdépendance serait malsaine. En réalité, elle s’étend non seulement à l’Europe, premier partenaire commercial de chacun des deux, mais aux autres puissances émergentes, comme l’Inde ou le Brésil, aux régions organisées comme l’ASEAN, aux grands fournisseurs comme les pays pétroliers, l’Afrique, la Russie aussi. La précellence de cet impératif de coopération sur toute tentation de faire bande à part, seul ou à deux, donne à l’Europe une occasion de faire valoir son expérience de l’interaction créatrice et du gouvernement par la règle.

Encore faut-il qu’elle s’en donne les moyens et mette un peu d’ordre dans les politiques de ses différents États Membres, tous portés à chercher une position privilégiée vis-à-vis de la Chine.