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Privilégiant une approche chronologique, Malek Abada livre une grille de lecture sur les évènements d’Algérie. Il met notamment en relief les premières actions armées et l’unification de la résistance. Comme il aborde la guerre dans toutes ses horreurs, les revers de l’ALN, la plate-forme de la Soummam, la guérilla urbaine, l’ère gaullienne, l’armée des frontières, les Accords d’Évian, mais aussi les luttes fratricides qui lèvent le voile sur de nombreux secrets enfouis, sans négliger, toutefois, les thèmes brûlants, liés à la décolonisation et aux rapports de force entre certains dirigeants de la révolution. Reposant sur un travail d’archives et la consultation de documents inédits, cet ouvrage passionnera non seulement la jeune génération, mais également les personnes qui, de près ou de loin, ont vécu la guerre de Libération.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Malek Abada, consultant en Droit, est né à Aïn-Kerma, dans la wilaya d’El-Tarf. Après des fonctions consulaires à Besançon, en France, il s’implique dans la vie associative et initie diverses actions de lutte contre les discriminations sociales et raciales. En 1995, il intègre le Conseil transitoire de l’émigration et s’engage, au terme de sa mission, dans des actions humanitaires auprès des organismes internationaux.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
guerre de libération
histoire de la révolution algérienne
MalekAbada
guerre de libération
histoire de la révolution Algérienne
CHIHAB EDITIONS
© Éditions Chihab, 2014
Isbn : 978-9961-63-454-7
Dépôt légal : 1465/2012
Tél. : 021 97 54 53 / Fax : 021 97 51 91
www.chihab.com
E-mail : [email protected]
A Frantz Fanon, figure légendaire de la cause algérienne,
A ceux qui se sont sacrifiés pour libérer le pays,
A mon père et à ma mère, membres de l’organisation civile du Front de Libération Nationale,
A mon épouse Dounia qui m’a toujours orienté, encouragé et soutenu,
A Mourad, Jamel, Christelle, Chérine et Chanez ainsi qu’à ma famille et à mes amis.
REMERCIEMENTS
Cet ouvrage n’aurait pu voir le jour sans l’aide et le concours d’anciens maquisards, de hauts responsables de la cause nationale, de militants et anonymes opérant aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Algérie, qui m’ont fourni des renseignements inédits sur le développement des hostilités opposant l’armée française aux unités de l’A.L.N., tout particulièrement Abada Mabrouk, Adil Saïd, Bentobbal Lakhdar, Bouhara Abderrezak, Djeffal Abdelmadjid, Haroun Ali, Matallah Ali, Medkour Ahmed, Nezzar Khaled, Ouhiba Saci, Redha Malek, Snani Mokhtar et Tlili Salha.
Ma gratitude va également aux journalistes français et algériens, aux directeurs de publications, aux historiens et grands auteurs contemporains qui ont suivi et analysé, avec objectivité, les évène-ments qui ont jalonné l’histoire de l’Algérie.
INTRODUCTION
Le 5 juillet 1830 ouvre une ère ténébreuse qui va durer un siècle et trente-deux années. Cette atroce parenthèse débutant par le pillage d’Alger se referma un même 5 juillet 1962, avec l’avènement de l’indépendance. Durant cette période plus ou moins longue, le peuple algérien, maintenu dans des conditions infrahumaines, a tissé sa propre histoire. La liberté, longtemps captive, a brisé les chaînes de la servitude pour éclairer l’ascension d’un peuple opprimé et spolié vers la maîtrise de son destin.
Défiant l’une des armées les plus puissantes du monde, une vague gorgée de colère impétueuse, opérant sous l’égide du Front de Libération Nationale, va bouleverser le cours des évènements, en prenant l’initiative d’ouvrir, le 1er novembre 1954, la route d’une épopée grandiose. Ce qui frappe au premier abord, c’est le nombre terriblement limité de ces hommes qui prêtèrent serment de mettre fin à l’état de servilité imposé à leur peuple. La simultanéité et la disparité géographique des actions menées ce jour-là, provoquent l’étonnement et la surprise aussi bien en France qu’en Algérie. Le premier moment de stupeur passé, Les forces coloniales françaises réalisent qu’il ne s’agit nullement de simples soulèvements tribaux analogues à ceux qui jalonnent l’histoire nord-africaine, mais bel et bien d’une révolution populaire qui met en relief, plus que par le passé, la quintessence d’un patriotisme né de l’oppression.
La haine, longtemps contenue, a atteint son paroxysme au lendemain des horreurs du 8 mai 1945, qui marquèrent à vif le peuple algérien. Dès lors, rien ne fut comme avant. La cohabitation vole en éclats même si, en apparence l’ordre est établi, ces évènements, avec leur cortège de morts, provoqueront pour longtemps une cassure nette qui débouchera, moins de dix ans après, sur l’insurrection décisive du 1er novembre 1954. Après des combats sanglants qui durèrent sept années et demie, l’Algérie, profondément meurtrie, émerge soudainement sur la rive sud de la Méditerranée avec ses millions de chômeurs et un état de misère endémique. De la joie partout. Mais des larmes aussi. Des larmes qui pleuraient le fils ou la fille qu’on ne reverrait plus jamais. Mais aussi des larmes qui exprimaient un bonheur ineffable : celui d’avoir de nouveau une patrie.
Ainsi tout un peuple va désormais vivre en paix. Cette paix signifie le silence des armes mais aussi la lente réconciliation entre des êtres qui se sont pendant longtemps déchirés. Mais pourtant, il ne s’agit pas pour autant de prôner l’amnésie des consciences, car comment oublier les mechtas bombardés, les exécutions sommaires, les « enfumades », les razzias, les tortures, les camps de regroupement, les viols, les pillages et ces enfants qui mourraient tous les jours d’inanition. Des ouvrages de plus en plus nombreux traitant de l’histoire de l’Algérie abreuvent de contrevérités des populations accommodantes et malléables. Privilégiant l’héroïcité et l’historiographie, ceux-ci n’ont guère cherché les Zones d’ombre, ni relaté des faits pourtant connus.
Des chercheurs de plus en plus exigeants ont tenté d’investir les méandres de l’histoire séculaire de l’Algérie, mais se sont tous heurtés à un mur de silence, dû à l’absence d’une source documentaire fiable. Ils avaient pour seule réponse à leurs questionnements obstinés, quelques bribes récoltées auprès d’individus aux récits enjolivés. Cette mémoire enfouie a néanmoins trouvé depuis 1989 en Algérie, un gîte décent pour sa mise à l’abri, mais une bonne partie de la documentation reste aux mains de particuliers qu’ils mettent à la disposition des chercheurs qu’au gré de leurs humeurs ou plus précisément, de leurs intérêts.
Pour attiser ma curiosité, J’ai eu recours à cette documentation éparse que j’ai recoupé avec des témoignages recueillis auprès de dirigeants et d’anonymes, engagés jadis dans le combat libérateur.
Or, les sources fournies par les acteurs eux-mêmes, sont insuffisantes compte tenu de l’importance historique de la guerre de libération. Le récit des maquisards n’est pas l’histoire, discipline scientifique qui a ses règles académiques d’écriture, mais il est une source indispensable à l’historien qui confronte les différents témoignages et reconstitue l’évènement dans sa totalité pour l’insérer dans un cadre plus vaste. Il est par ailleurs établi que bien avant le déclenchement de la lutte armée, toute une histoire clandestine s’est déployée et dont nous connaissons encore pour l’essentiel que les grandes lignes. L’analyse privilégie le plus souvent l’année 1954 et tend à suggérer une trajectoire politico-militaire qui irait de l’Organisation Spéciale au Front de Libération Nationale en passant par le Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action. Relater cette partie de notre histoire n’est pas chose aisée. Aussi, je me suis appliqué à en faire œuvre utile dans ce modeste ouvrage qui vise surtout à apporter un éclairage plus ou moins complet sur les principaux évènements qui ont jalonné l’histoire de l’Algérie de 1954 à 1962.
Cependant, l’histoire ne saurait s’écrire sans archives. En dehors de la documentation fournie par le service historique français de l’armée de terre et de quelques écrits et enregistrements sonores disponibles au niveau du centre algérien des archives nationales, mes recherches se sont enrichies de récits et de travaux historiques, notamment ceux de Mohammed Harbi, Charles-Robert Ageron, Benjamin Stora, de Gilbert Meynier, Ferhat Abbas, Pierre Montagnon et de Jacques Frémeaux, qui restent par la description précise et méticuleuse des événements, des œuvres de référence.
PROLOGUE
Occupant la partie centrale et la plus longue façade maritime de ce qu’on appelait jadis la Berbérie, l’Algérie a toujours été une terre d’épreuves et d’invasions.Les fouilles entreprises dans la région de Constantine ont permis de découvrir la fameuse escargotière préhistorique de Mechta El Arbi et divers outils datant de l’ère quaternaire. Le site de Ternifine près de Tighennif, dans la région de Mascara en est aussi le témoignage le plus convaincant. On y a découvert des haches en pierre taillée, des ossements et surtout le pariétal et la mâchoire d’un hominien datant de la préhistoire.
D’autres gisements paléolithiques et néolithiques découverts le long du littoral et dans le sud du pays, notamment dans le Hoggar et au Tassili, laissent percevoir des gravures rupestres, des hominidés, des meules, des broyeurs à grains et des poteries datant de la protohistoire. A l’instar du Croissant fertile qui s’étend du Liban au golf persique où naquit l’agriculture et s’édifièrent les grandes civilisations préclassiques, le Sahara fut le berceau d’une civilisation qui joua un rôle précurseur dans le progrès de l’humanité. Près de 5000 ans avant les pyramides d’Egypte, une civilisation peu connue peuplait le Tassili algérien avant de gagner le pourtour méditerranéen et la partie orientale de l’Afrique pour contribuer au peuplement de la vallée du Nil. Comme l’ensemble du Maghreb, l’Algérie a abrité des couches humaines qui ont toutes laissé leur empreinte dans la vie et la physionomie du pays, mais sous des formes bien différentes. A la population autochtone constituée par les Berbères se sont ajoutés les apports extérieurs d’origine phénicienne, romaine, arabe, ottomane et européenne. Dès le Néolithique, le Maghreb est occupée par des populations blanches de type varié dont descendent les Berbères d’aujourd’hui. Au type méditerranéen dolichocéphale s’associent des éléments de la race alpine brachycéphale bien représentée aujourd’hui dans certaines oasis sahariennes comme le Mzab et même des éléments de la race nordique claire qui subsistent en Haute Kabylie.
Terre de migrations, l’Algérie, qui correspond au Maghreb central, a subi les influences les plus nombreuses et les plus variées. Son histoire commence vers 332 avant J.-C. avec Carthage, qui s’émancipa de ses fondateurs phéniciens pour régenter une bonne partie du territoire, particulièrement l’Est du pays où elle installa ses nombreux comptoirs. C’est la période où l’Algérie connut ses seuls moments de répit avec l’avènement de royaumes berbères, indépendants les uns des autres et plus ou moins ouverts au commerce en Méditerranée. Dirigée, deux siècles avant l’ère chrétienne par Syphax, chef des Massaesyles, qui régnait sur un territoire allant de Constantine à Fès, l’Algérie qui s’appelait alors la Numidie, fut très souvent convoitée par les puissances étrangères pour sa situation géographique exceptionnelle et l’abondance de ses richesses. Vaincu, en 202 avant J.-C., par Scipion l’Africain lors de la bataille de Zama, Syphax cède le terrain conquis à son rival, Massinissa, chef des Massyles, qui reprend les destinées de la Numidie en se faisant reconnaître non seulement par les Carthaginois mais aussi par les Romains, comme chef des Numides. Il régna plus de cinquante ans sur Cirta, aujourd’hui Constantine. Habile et averti, il sut préserver son indépendance par un subtil jeu diplomatique entre Carthage et Rome tout en assurant à son royaume une stabilité politique. Après la destruction de Carthage par les Romains, en 146 avant J.-C., c’est son petit-fils Jugurtha qui reprend le flambeau. A la tête d’une armée aguerrie, il tiendra tête aux Romains avant qu’il ne soit trahi par son beau-père Bocchus, roi de Maurétanie, qui le livra à Sylla, en 105 avant J.-C.
Vint Juba 1er qui ne régna que peu de temps à cause de ses combats infructueux contre les Romains. Il se suicida, après sa défaite, en 46 avant J.-C, précisément à la période où le chef des Gaulois, Vercingétorix, est mis à mort à Rome par Jules César.
Lui succédant, Juba II établit son autorité, en 25 avant J.-C., sur un territoire s’étendant de l’océan atlantique jusqu’aux hauts plateaux sétifiens. Il sera, deux années plus tard, remplacé par son fils Ptolémée. Face à la rébellion de ses sujets, Ptolémée s’allie à Tacfarinas, un chef numide, avant d’être accusé, pour des raisons obscures, de trahison et exécuté sur ordre de Caligula. C’est à cette période que les royaumes berbères de Numidie éclatèrent et se romanisèrent. C’est le cas aussi de la Maurétanie césarienne qui s’axe sur Césarée, aujourd’hui Cherchell, que les Romains n’eurent aucune peine à annexer vers 42 après J.-C., avant son éclatement, en 292, en deux entités distinctes avec la création de la Maurétanie sétifienne ayant pour capitale Sitifis, aujourd’hui Sétif. La langue latine et la civilisation romaine se répandirent dès lors dans les villes, permettant l’accès progressif de nombreux autochtones à la citoyenneté romaine et, en même temps, la floraison de cités comme l’attestent les vestiges architecturaux de Cherchell, Tipaza, Djemila, Timgad…
Christianisée, l’Algérie romaine donnera naissance à l’un des illustres pères de l’Eglise, Saint Augustin, berbère né en 354 à Souk-Ahras, anciennement Thagaste. Elle engendrera également Tertullien, Saint-Cyprien et le grand mouvement schismatique des Donatistes dirigé par Donat le Grand. La colonisation romaine qui a duré près de cinq siècles, n’a pas ouvert une période de prospérité pour le Maghreb. Rome s’est contentée de poursuivre l’œuvre des Carthaginois et des Numides, notamment sur le plan agricole et au niveau des travaux hydrauliques. Le seul apport réside dans l’extension et le renforcement de l’infrastructure routière et portuaire.
Sur le plan politique, si la colonisation romaine a pu briser les royaumes numides, elle n’a pu généraliser sa propre organisation étatique au Maghreb central. La présence romaine s’est surtout manifestée sur le plan militaire et fiscal. Elle a pour objectif de prévenir ou mater les révoltes d’esclaves et d’appuyer la pression fiscale exercée par les fonctionnaires de l’empire. Elle sert aussi à défendre les Zones de colonisation contre les insurrections des tribus. Le « Limes », sorte de ligne frontière jalonnée de forts et d’ouvrages militaires, symbolise la division du Maghreb central entre « régions soumises » et « régions indépendantes ». Si dans les premières, la gestion des affaires locales semble avoir été décentralisée, dans les secondes, c’est l’organisation politique tribale qui gère les affaires souverainement. La « paix romaine » au Maghreb, n’est, au même titre que la « prospérité romaine » qu’un mythe. Toute la période de la colonisation romaine est ponctuée par des manifestations de résistance. Les tribus berbères ne se sont pas laissées dépouiller de leurs terres sans opposer une dure résistance. Si l’insurrection de Tacfarinas qui tint tête à l’armée romaine, de 17 à 24 après J.-C, est mentionnée par tous les historiens, il faut souligner qu’elle ne constitue pas une action isolée. Bien au contraire, elle fait partie d’un ensemble de révoltes tribales auxquelles se joignent celles des berbères détribalisés et prolétarisés par le système de colonisation.
C’est dans ce contexte général qu’il est possible de comprendre les grandes luttes qui ont jalonné l’histoire du Maghreb pendant cette période. Le troisième siècle marque le début d’une série d’insurrections qui s’étendent sur une grande partie de l’Algérie actuelle. Malmenée, l’armée romaine ne pouvait plus défendre efficacement le « Limes » face aux coups de boutoir durables et généralisés des tribus berbères dont l’action est facilitée par les troubles sociaux qui éclatèrent en maints endroits du pays. Bien que trop souvent repoussées par les troupes romaines, ces insurrections vont, au fil du temps, aboutir à la défaite de Rome au Maghreb. En 429, les Romains accusent le coup devant les offensives conjuguées des vandales, des berbères et des donatistes qui mettent fin à l’occupation romaine.
Après l’intermède vandale, ce sont les Byzantins qui vont dès 533, rétablir pour un siècle l’ordre romain sur une grande partie de l’Algérie, avant d’être défaits par les troupes arabes qui vont soudainement bouleverser le cours des évènements et marquer à jamais l’histoire du Maghreb. Conquis par les Arabes, le Maghreb va se trouver, dès 647, au carrefour d’une civilisation à vocation universelle qui marqua l’unité culturelle, linguistique et spirituelle de tout le sous-continent ainsi qu’une partie de l’Asie et du bassin méditerranéen. Poursuivant leur périple et se réclamant de l’Islam, religion monothéiste révélée au prophète Mohamed, les conquérants arabes dirigés par Sidi Okba fondent, en 670, Kairouan qui servira de camp retranché et de place forte d’où partira la conquête du Maghreb. Après la prise de Carthage en 693 et en dépit de la résistance de Koceila et de la Kahina qui tomberont tous deux au combat dans les Aurès, les Arabes parachèvent leur conquête en élargissant au passage leurs rangs par de nouvelles recrues parmi lesquelles un Berbère, Tarek Ibn Ziyad, qui ouvrit à l’islam en 711 la voie vers l’Espagne. Il franchit les Colonnes d’Hercule, détroit séparant l’Afrique de l’Europe, pour atteindre la presqu’île rocheuse qui, baptisée Djebel Tarek, deviendra Gibraltar.
A l’instar de l’Espagne et de la plus grande partie du Maghreb, l’Algérie va vivre à l’ombre de l’islam et des conquérants arabes. Solidement ancrée dans ses convictions millénaires, elle connaîtra son apogée avec l’avènement de plusieurs dynasties. Des Rostémides à l’Emir Abdelkader en passant par les Fatimides, les Zirides, les Hammadites, les Almoravides, les Almohades et les Abdelwadides qui, tout au long d’une période plus ou moins longue, unifièrent les populations numides et réalisèrent le rêve de leur légendaire ancêtre Massinissa, fondateur du premier Etat numide.
Après la désagrégation du royaume abdelwadide de Tlemcen, qui couvrait la presque totalité de l’Algérie actuelle, s’installa une anarchie féodale coïncidant avec la perte, en 1492, de Grenade par les conquérants musulmans, contraints de prendre les chemins de l’exil vers l’Afrique d’où leurs aïeux sont partis sept siècles plus tôt. Le déclin de la brillante civilisation des Abdelwadides donna par ailleurs aux Espagnols l’idée de porter la guerre au Maghreb. Ils occupent Melilla, en 1497, puis Mers-El-Kébir, en 1505, Oran en 1509, Bougie en 1510 et enfin Alger en 1511. L’occupation espagnole, bien que restreinte, perdura jusqu’à l’arrivée dans les eaux algériennes d’un corsaire turc, Aroudj, qui libère Alger en 1516 et poursuit son périple jusqu’en Oranie où il mourut en 1518.
La mort d’Aroudj, à quarante quatre ans, laisse la place à son frère Khair-Eddine, dit « Barberousse » qui prêta allégeance à l’empire ottoman, qui lui confère le titre envié de « Beylerbey ». Appuyé par les janissaires turcs, il chasse en 1529 les Espagnols de l’Amirauté d’Alger et y établit un port d’où va rayonner, durant trois siècles, la course en Méditerranée. Les récits relatant les courses en Méditerranée sont légion en Occident, particulièrement le drame poignant de l’esclavagisme, attribué trop souvent à la Régence d’Alger, voire aux musulmans alors que ses terres de prédilection sont Venise, Malte, Gênes, Barcelone, Majorque…
Les pays occidentaux ont toujours fabriqué des clichés ségrégationnistes en arguant de l’acte civilisateur et libérateur des indigènes de la mainmise esclavagiste des musulmans pour justifier leurs multiples agressions. Bien avant l’arrivée des Ottomans au Maghreb, les négriers occidentaux recouraient déjà à des méthodes peu orthodoxes. Pour ne citer que l’aventure poignante des musulmans chassés d’Espagne par les conquérants catholiques après la chute de Grenade, en 1492. Ils étaient des dizaines de milliers à fuir par mer sur des embarcations de fortune. Désarmées et ne connaissant rien à la navigation, ces populations furent une proie facile pour les pirates, dont le nombre ne fut jamais aussi grand en Méditerranée. Combien de malheureux périrent dans des conditions inhumaines ! Combien d’autres furent emmenés pour être vendus sur les marchés de Barcelone, de Marseille ou de Gênes ! La traite orientale des esclaves n’atteignit pas l’importance et l’échelle de la traite occidentale qui va, quant à elle, ouvrir une brèche et des voies à l’entreprise coloniale, voire à l’invasion de l’Afrique sous des prétextes fallacieux de suppression de la traite arabe, pour annexer divers territoires et imposer l’ordre chrétien.
Concernant l’invasion de l’Algérie, c’est dans l’ornière de l’occupation restreinte que les politiques coloniales s’engagent. Les débuts triomphants hispaniques n’ont guère entamé la détermination de la Régence d’Alger qui va, au cours d’une période plus ou moins longue, rendre permanents les échecs de l’Espagne, voire des puissances européennes. Le plus célèbre étant le désastre de l’expédition de Charles Quint qui perdit, en 1541, 8000 hommes et 140 navires.
Quant à la domination ottomane en Algérie, elle n’a jamais été assimilée à une colonisation et cela, en raison de la nature même du système ottoman. L’idée d’une turquisation lui est étrangère. Il n’y a en outre ni politique de peuplement ni occupation des terres par expropriation massive ou acquisition frauduleuse. Les Ottomans ont érigé l’Algérie en province au même titre que la Tunisie et la Libye. Celle-ci disposait de tous les éléments constitutifs d’un Etat, à savoir un territoire avec des frontières nettement limitées, une population et un pouvoir central souverain qui négocie et contracte des engagements avec les Etats tiers. Si le recours aux ottomans a été requis par les Algérois, on ne peut en inférer que leur maintien ait été accepté par l’ensemble de la population. Disséminant leurs garnisons dans tout le pays, les janissaires turcs comme les corsaires s’installent dès 1552 dans les grandes villes algériennes. De fait, leur autorité ne s’étendra qu’à une partie du pays. En butte à des insurrections incessantes et en conflit permanent avec l’Europe, ils seront délogés le 5 juillet 1830 par les forces coloniales françaises.
C’est suite à une banale altercation entre Pierre Deval, consul de France et le dey d’Alger au sujet d’une créance, que Charles Quint, roi de France, engage massivement ses troupes en Algérie. Officiellement, c’est la réponse au fameux coup d’éventail asséné le 30 avril 1827 par le dey d’Alger au diplomate français qui a motivé, trois années plus tard, cette expédition. En fait, depuis l’effondrement de l’empire napoléonien, la monarchie française avait besoin d’élargir son champ d’influence en Méditerranée et surtout, d’occuper les esprits d’une opposition de plus en plus vaste et combative à l’intérieur du pays. Le comte Louis de Bourmont, général en chef de l’armée française, à la tête d’une armada de près de 40 000 hommes, débarque le 14 juin 1830, dans la baie de Sidi-Ferruch (Sidi Fredj). Après une piètre résistance, le dey livre la ville d’Alger aux Français le 5 juillet 1830. L’idée d’envahir l’Algérie remonte à 1808 où Napoléon envisageait déjà une attaque contre la Régence d’Alger. Pour assurer le succès de l’opération, il dépêcha un officier du génie, le commandant Boutin pour effectuer du 24 mai au 17 juillet 1808 une mission d’espionnage. Celui-ci présente à son retour un plan d’une remarquable qualité technique. Il servit tel quel au corps expéditionnaire français en 1830.
Il est à rappeler néanmoins que la configuration défensive de l’Etat algérien n’a pas tellement changé, excepté pour les défenses du port et de la ville d’Alger. Celles-ci furent, en effet, considérablement renforcées : l’artillerie navale côtière fut dotée de nombreuses pièces ; les bastions subirent des travaux de rénovation les rendant moins vulnérables. Persuadé que toute attaque doit nécessairement venir de la mer, le dey Hussein pensait qu’il était inutile de déployer une ligne défensive du côté opposé. C’est en somme là où se situe la faute stratégique d’où procédera tout le reste.
En effet, au moment de la confrontation avec les troupes françaises, la quasi-totalité de l’artillerie algérienne était concentrée sur la ligne de batteries du front de mer. Toujours convaincus, par dogmatisme stratégique, que « la grosse attaque » viendrait de la mer, les responsables algériens n’ont guère songé à l’idée de dégarnir certaines batteries du front de mer pour établir en catastrophe un rideau d’artillerie, voire une ligne défensive du côté de la campagne, pourtant seule parade susceptible d’arrêter ou du moins de ralentir la progression des forces adverses. De fait, la stratégie erronée du dey Hussein a permis à l’armée française d’opérer en toute quiétude par voie de terre. On ne découvrit, au lendemain de la prise d’Alger, que quelques pièces de mortiers et pas une seule pièce d’artillerie de campagne. Tout le parc algérien, quoique de bonne qualité, était constitué de pièces lourdes, le plus souvent à boulets, en somme des modèles surannés. Dépourvue d’armes modernes et sans expérience militaire, l’armée algérienne n’était absolument pas en mesure d’affronter un corps expéditionnaire à la fois puissant et déterminé.
Cependant, l’invasion de l’Algérie n’était pas chose aisée. Après le débarquement, des idées d’abandon se manifestaient, en particulier lors du siège de Constantine en novembre 1836, où les pertes infligées aux forces françaises se comptaient par milliers. Il fallut une seconde expédition menée par le général Damrémont, le 13 octobre 1837, pour emporter l’antique Cirta. Les difficultés rencontrées par les forces françaises apparaissent non seulement à l’Est avec Hadj Ahmed bey, mais surtout à l’Ouest, avec l’Emir Abdelkader qui livra à l’adversaire des batailles sans répit, couronnées par la victoire de la Macta en juin 1835. Jouant à la fois de la force et de la ruse, il inflige aux forces d’occupation au moins autant de défaites qu’il en subit lui-même. Désemparés, les Français entreprirent de conclure, le 30 mai 1837, le traité de la Tafna dans l’espoir de limiter l’audience de l’Emir Abdelkader à un espace déterminé. Mais l’Emir en refuse les termes et règne bientôt sur un vaste territoire, allant de la frontière marocaine jusqu’aux vastes plaines de la Mitidja. Pour consolider son autorité à l’intérieur du pays, l’Emir, de son vrai nom, Abdelkader ben Mahieddine El-Haçani, organisa des réunions avec tous les chefs influents du pays. A la faveur du répit permis par le traité de la Tafna, il renforça son armée et unifia les rangs des combattants algériens appelés, où qu’ils soient, au djihad contre les mécréants. C’est à ce moment précis que le gouvernement français, renonçant à sa politique d’occupation restreinte, s’engageait dans une entreprise de conquête totale. A la supériorité en armement des Français, l’Emir apposait la stratégie de la mobilité. N’étant pas le mieux loti, il parvenait néanmoins à se procurer des armes grâce à la bienveillance des Anglais. Des documents trouvés dans les archives françaises attestent qu’un flux d’armes et de munitions alimentaient ses nombreux arsenaux dont les plus connus étant ceux de Boghar, Tagdemt et Saïda.
A la tête d’une armée aguerrie, l’Emir mènera de rudes combats en infligeant, à chaque fois, de lourdes pertes à l’ennemi. Difficilement vaincu par le général Thomas Bugeaud, qui commit de nombreuses atrocités, prélude à l’installation de quelques cultivateurs européens, l’Emir s’exila au Maroc, en 1843, après la prise de la Smala et sa défaite à l’oued d’Isly. Il en revint deux années après et reprit son combat contre la soldatesque française, couronné par l’anéantissement à Sidi Brahim de la colonne du lieutenant-colonel Montagnac où près de 400 soldats français y laissèrent la vie. C’est l’époque où Alexis de Tocqueville, en architecte du négationnisme prédisait sans coup férir dans un de ses rapports aux parlementaires français que « l’Algérie deviendrait tôt ou tard un champ de bataille, une arène murée, où l’un des deux protagonistes devrait mourir ». Il admet néanmoins qu’un peuple qui craint pour sa liberté aime mieux transhumer que de subir la tyrannie d’un despote. Ce néophyte pensait qu’« un peuple puissant et civilisé comme le sien, pouvait exercer par le seul fait de la supériorité de ses lumières une influence presque invincible sur des populations arriérées ». Le général Thomas Bugeaud, qui partage la même analyse, le montrera peu de temps après en pratiquant ouvertement les razzias et en recourant au pogrom par l’« enfumade ». Les massacres du Dahra les 19 et 20 juin 1845 glorifient sans doute une colonisation dont on vantera plus tard les bienfaits.
Thomas Bugeaud comme Armand de Saint-Arnaud et autres généraux carnassiers, pensaient débarrasser la chrétienté de ces peuplades impies. Ils se construisaient un piédestal de la gloire en transformant, le 12 août 1845, les grottes de Ténès en un vaste cimetière. Les massacres perpétrés par ces tyrans ont, en moins de deux décennies, réduit la population d’alors de 3 700 000 individus à 2 100 000. La volonté de l’épuration ethnique n’était même pas voilée. C’est cela en somme l’œuvre la plus achevée de la France des lumières, qui n’a point lésiné sur les moyens pour en finir avec les disciples de l’émir. Confronté aux coups de boutoir de l’armée coloniale et cherchant à préserver son peuple des représailles, l’Emir se rend au général Lamoricière, le 23 décembre 1847.
Aux actions héroïques de l’Emir Abdelkader, succèdent de terribles insurrections en Kabylie, dans les Aurès, au Sahara et dans l’ouest algérien. Ces révoltes réveillèrent trop de violences entre les musulmans qui se défendent avec ardeur et des colons, animés d’une ambition à la fois dangereuse et démesurée. Cheikh Mokrani comme El-Haddad ou Bouamama ont tenté vainement de parer aux massacres et aux spoliations sans y parvenir. Il en est de même de la jeune Fatma N’Soumer qui dérouta, à maintes reprises, le général Jacques Randon qui n’hésita pas à incendier sa riche bibliothèque, héritée de son père.
De fait, la conquête de l’Algérie rencontra beaucoup de résistances et engendrera beaucoup de violences, entrecoupées d’accalmies plus ou moins longues qui perdurèrent jusqu’à l’émergence d’entités politiques indépendantistes qui prendront progressivement forme pour s’affirmer avec force après la Première Guerre mondiale. C’est précisément à cette période que se noue le rapport structurel de l’Algérie à sa modernité, le moment où des jeunes algériens commencent à intérioriser de manière dynamique le savoir imposé qu’ils retournent partiellement contre le système colonial. Cette période n’apparaît désormais plus comme un moment faible mais bien au contraire comme un moment fort, celui de la genèse d’une Algérie nouvelle, où les intellectuels qui apparaissent pour occuper la scène représentent à la fois un passé détruit, mais encore présent, et un futur pas encore consolidé, mais déjà là. Ces figures émergentes qui sont pour certains des médecins, des pharmaciens, des juristes, mais aussi des théologiens et des historiens, vont donner un sens aux multiples pratiques sociales issues du mouvement de déstructuration de la société en transformant la tradition en patrimoine fécondé par une modernisation assumée et une acculturation maîtrisée.
Au courant intellectuel naissant, se superpose une classe ouvrière qui introduisit de nouvelles formes de lutte et un cadre d’organisation. Si massivement, les revendications se limitent à une exigence de réformes qui ne conteste pas dans son essence le régime colonial, c’est pendant cette période que les premières revendications explicites d’indépendance sont formulées. La guerre de 1914-1918 sera le condensateur du développement du mouvement ouvrier et le catalyseur de sa revendication. C’est en 1919, à l’occasion de la conférence de paix de Versailles, que le peuple algéro-tunisien en appelle à la conscience universelle pour lui reconnaître le droit de disposer librement de son sort.
C’est aussi à cette période que le capitalisme français fait appel à la main-d’œuvre algérienne. Le nombre d’ouvriers algériens émigrés passe de 5000 en 1912 à 92 000 en 1923. Ce sont ces ouvriers, émigrés fraîchement, qui cumulent la double aliénation de l’expatriation et de l’exploitation, qui vont donner vie au mot d’ordre d’indépendance. Formée dans la dure école du militantisme, cette force émergente dont la condition est similaire à celle des prolétaires français, amena Abdelkader Hadj Ali et Messali El Hadj, militants communistes, à fonder le 1er février 1926, en France, dans le sillage de l’Union inter coloniale, l’Etoile nord-africaine. Ils annoncèrent publiquement sa création lors de la première assemblée générale tenue le 20 juin 1926. Dans son journalEl-Ouma, Messali El Hadj ébauche un programme révolutionnaire. Il se dégage peu à peu de l’influence communiste qui avait marqué ses débuts pour prendre la voie du panarabisme. Pour donner une dimension internationale à son mouvement, Il participe, du 10 au 14 février 1927 à Bruxelles, au congrès de la ligue contre l’oppression coloniale. Dans son programme, il dénonce le régime d’iniquité et de terreur qui prive les Algériens de garanties légales et revendique l’indépendance de l’Algérie et le retrait des troupes françaises.
Dissoute puis reconstituée, l’Etoile était, comme son leader, peu connue en Algérie. C’est en protestant contre l’assimilation, le 2 août 1936 à Alger, que Messali El Hadj fait son entrée politique dans le pays. Il organisa de nombreux meetings tendant à faire connaître le programme de l’Etoile, mais il se heurta très vite à l’intransigeance du gouvernement Léon Blum qui va encore une fois dissoudre l’Etoile. Le 11 mars 1937, Messali El Hadj réapparaît et fonde le Parti du Peuple Algérien (P.P.A.) qui sera à son tour interdit et son leader placé en résidence surveillée.
En créant le P.P.A., Messali El Hadj a compris la nécessité de dépasser l’E.N.A. même si celle-ci a tous les contours d’une organisation politique. Le P.P.A. va d’emblée s’imposer comme le premier parti dans certaines régions et gagner un poids politique non négligeable à travers tout le pays. Situé à la périphérie du mouvement national, il va occuper le centre en définissant l’enjeu et les formes que la lutte prendrait contre la puissance administrante. Ce processus que seules les monographies peuvent appréhender dans son mouvement réel et sa globalité, éloigne le P.P.A. de l’E.N.A. Le premier soubresaut du Mouvement National Algérien remonte à 1919 avec l’émir Khaled, qui électrisa passagèrement les populations en réclamant la citoyenneté française pour tous les musulmans. Bien que s’inscrivant dans la légalité et la logique des lois républicaines, son action dérangeait le gouvernement français. L’émir en était conscient. Mais son mérite est d’avoir pu poser le problème colonial clairement. Oeuvrant en outre pour la représentation des musulmans au Parlement métropolitain, pour leur statut personnel et l’affirmation de leur identité, l’émir Khaled fut considéré par les colons et une partie de l’élite algérienne francisée, comme un danger pour la présence française en Algérie. Ne trouvant aucune grâce à sa politique et contraint à l’exil, l’émir Khaled quitte, en 1923, le pays pour la Syrie où son grand-père, l’émir Abdelkader, avait fini ses jours trente-huit ans auparavant. Abdelhamid Ben Badis, leader du mouvement des Oulémas, tente de reprendre les idées de l’émir Khaled en 1925, mais il dut vite renoncer à l’action politique et en faire acte de foi pour se consacrer au réformisme religieux.
Succédant, en 1927, au courant des « Jeunes Algériens », la Fédération des élus musulmans fera de l’assimilation son cheval de bataille. Mais il n’entra jamais dans les objectifs de la France d’imposer aux colons un ordre républicain égalitaire dont ils ne voulaient pas parce qu’il aurait mis à mal leur pouvoir. Enfoncés dans la collaboration servile, les élus crurent avoir gagné la partie lors de la victoire, en 1936, du front populaire. Ils se retrouvent, aux côtés des communistes et des Oulémas (savants de la cléricature musulmane) dans un front commun. Ils tiennent leur congrès pour la première fois, le 7 juin 1936. Leur plate-forme revendicative en resta aux principes de l’assimilation avec le maintien du statut personnel musulman. Au grand désarroi des congressistes, le projet « Violette », qui ne donne la nationalité française qu’à un nombre restreint de musulmans, fut refusé par les colons mais aussi par le gouvernement qui, acculé par ces derniers, n’a même pas daigné le présenter au Parlement.
De leur côté, les communistes français créent, le 17 août 1936 à Alger, un Parti Communiste Algérien présenté comme autonome, mais en réalité étroitement contrôlé par le parti communiste français. De fait, cette duplicité obéissait aux exigences des socialistes avec lesquels ils ont établi une alliance pour étouffer la voix des nationalistes algériens et constituer, à des fins électorales, un front uni en Algérie. Conscient du sort et du statut de ses coreligionnaires, Ferhat Abbas, leader de la Fédération des élus, fonde le 14 mars 1944, l’association des Amis du manifeste et de la liberté et, deux années plus tard, crée l’Union pour la défense du manifeste algérien. Dans son programme, il revendique la constitution d’une République algérienne autonome, fédérée à une République française rénovée et anticolonialiste.
En 1945, la situation sociale est critique en Algérie. Le pays connaît, du fait de la Seconde Guerre mondiale, une situation économique très difficile. Cette conjoncture défavorable sera le prélude d’un appel à la révolte le 1er mai 1945 à l’occasion de la fête du travail. La riposte fut terrible et disproportionnée ce jour-là en particulier à Alger, Annaba et Oran où la population musulmane sera durement réprimée. Vînt le 8 mai 1945, le jour même de la victoire des alliés, le peuple algérien qui manifestait pacifiquement, va subir une répression des plus violentes. Tout a dérapé quand le défilé se heurta aux forces de l’ordre. Des coups de feu dont la provenance ne fut pas établie, atteignent mortellement le chef des scouts musulmans qui arborait une banderole en tête du cortège. Un tir anonyme qui a conduit à des affrontements sanglants, particulièrement à Sétif. A ce vent de folie opposant les musulmans aux forces de police, succèdent les représailles de l’armée qui, après un court répit, quadrille les Zones insurgées, incendie les mechtas, bombarde et mitraille sans discernement de nombreux villages. Trois croiseurs déversent depuis la rade de Bougie, un millier d’obus dont près de cinq cents sont tombés dans la seule région de Sétif. D’innocentes victimes étaient arrêtées et projetées vivantes d’une hauteur de quatre cents mètres dans les gorges de Kherrata.
A Guelma, dans l’Est du pays, les forces françaises et les milices européennes conjuguèrent leurs efforts dans une vaste et impitoyable chasse au faciès. Plusieurs personnes furent arrêtées puis exécutées, notamment à Héliopolis et Belkheir. Dans les hauts plateaux, à proximité de Sétif, des contrées entières sont rasées. Il ne restait que quelques corbeaux repus et impassibles, juchés dans une étrange immobilité sur les arbres calcinés dont les carcasses sombres parsemaient la terre couverte de cendre. Les quelques passages étaient couverts de cratères béants qui les rendaient impraticables. Les personnes qui tentent de fuir pour échapper aux bombardements sont exécutées sommairement. Au total, 10000 soldats français sont engagés dans cette entreprise macabre. L’objectif affiché qu’on n’hésiterait pas aujourd’hui à qualifier de génocidaire, était de soumettre par la force la population. La pacification, selon l’euphémisme cher aux tortionnaires et aux criminels, ne prendra fin que le 22 mai 1945 avec la reddition des tribus. Cherchant à minimiser la portée de leurs actes, les autorités civiles et militaires françaises avancent un chiffre oscillant entre 5000 et 6000 victimes algériennes. Dans les rangs français, le nombre de victimes civiles et militaires serait, d’après ces mêmes sources, de 113 morts et 150 blessés. Pourtant, selon André Prenant, géographe et spécialiste de la démographie en Algérie, il y aurait entre 20 000 et 25 000 victimes. Benjamin Stora avance le chiffre de 15 000 morts. Or, le chiffre officiel constaté sur le terrain par le Mouvement National Algérien serait de 45 000 victimes. L’année 1945 va ainsi marquer une cassure nette, voire irrémédiable, entre la population musulmane et celle dite européenne.
Horrifié par ces massacres effroyables, le Mouvement National Algérien, incarné par le Parti du Peuple Algérien va entreprendre une double action : faire triompher l’idée nationale au sein des masses populaires et préparer les conditions de sa concrétisation. Le Parti du Peuple Algérien va donc décider d’engager une lutte sur un double front : l’un légal, celui du jeu parlementaire, à travers la création, en 1946, du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques, l’autre clandestin avec la mise sur pied, en 1947, d’une Organisation Spéciale. Si le bilan des actions militaires de l’Organisation Spéciale reste en apparence insignifiant, cette entité a néanmoins servi d’espace d’entraînement et de préparation à la lutte armée.
Pour éviter de compromettre l’action politique de la vitrine légale du Parti du Peuple Algérien, en l’occurrence le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (M.T.L.D.), il a été décidé de dissoudre l’Organisation Spéciale et de réintégrer ses membres dans le parti. La dissolution de l’Organisation Spéciale, qui comptait un peu moins de 2000 activistes, n’est intervenue qu’après son démantèlement, en 1950, par les autorités françaises. Cela a entraîné évidemment une vague d’arrestations et de procès où furent jugés 251 militants, parmi lesquels Ahmed Ben Bella et Ahmed Mahsas qui, après avoir purgé une peine d’une année de prison, s’évadèrent ensemble le 16 mars 1952 pour rejoindre le Caire. Quelques années plus tard, lorsque la direction du Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques est déchirée par des querelles internes opposant Messali El Hadj aux membres du comité central du parti qui ne supportent pas le culte de la personnalité du vieux leader, c’est aux anciens membres de l’Organisation Spéciale vivant dans le maquis ou en exil que le mouvement national confie le soin de créer une autre organisation.
Mise sur pied le 23 mars 1954, cette organisation baptisée Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action (C.R.U.A.), va tenter de rassembler toutes les tendances du parti. Le 5 juillet 1954, la réunification échoue, le C.R.U.A. est dissout. Réunis à Alger, vingt deux anciens cadres de l’Organisation Spéciale décident de passer à la lutte armée et chargent, le 23 octobre 1954, un comité restreint de six personnes de créer le Front de Libération Nationale (F.L.N.) et son bras armé, l’Armée de Libération Nationale (A.L.N).
Attaché à l’immédiateté de l’action, le comité fixa la date du déclenchement de l’offensive armée généralisée au 1er novembre 1954. Quarante raids de commandos armés ont lieu en différents points du territoire algérien. L’offensive en question n’a mobilisé au départ que quelques centaines d’hommes sous la direction de cinq chefs de Zones : Mostefa Ben Boulaïd (Aurès-nememcha), Didouche Mourad (Nord-Constantinois), Rabah Bitat (Algérois), Krim Belkacem (Kabylie) et Larbi Ben M’hidi (Oranie). Mohamed Boudiaf en tant que coordinateur du comité désigné par les « 22 », fut chargé du contact avec Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider et Hocine Aït Ahmed, installés tous les trois au Caire pour organiser, de l’extérieur, la logistique et l’approvisionnement en armes.
A la brutalité d’une répression où tous les moyens sont utilisés : aviation, artillerie, blindés, au cours de représailles collectives visant essentiellement l’Aurès, la région Nord-Constantinoise réplique par l’offensive du 20 août 1955. La même année, la question algérienne est inscrite à l’ordre du jour de la 10e Assemblée générale des Nations unies. En acceptant de la soumettre au débat, l’O.N.U. récuse la thèse française selon laquelle la question algérienne était strictement interne.
Le 20 août 1956 s’ouvre à Ifri, dans la vallée de la Soummam, les premières assises de la révolution. Le Conseil National de la Révolution Algérienne est constitué ; un Comité de Coordination et d’Exécution est désigné. La majorité du peuple algérien rallie le Front de Libération Nationale. De nouvelles structures telles que l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens, l’Union Générale des Commerçants Algériens et l’Union Générale des Travailleurs Algériens, parachèvent l’œuvre d’unification de la résistance.Dans l’intervalle, l’action de l’Armée de Libération Nationale prend de l’ampleur et se développe en Kabylie, dans le Nord-Constantinois, l’Aurès, l’Ouarsenis, l’atlas blidéen et au Sahara. Pour appuyer la revendication algérienne à l’O.N.U., le Comité de Coordination et d’Exécution du F.L.N. lance, le 28 janvier 1957, une grève de huit jours qui se solda par la grande bataille d’Alger.
Alors que le fossé d’incompréhension s’élargit entre la Métropole et l’Algérie, le 9 mai 1958, le président français, René Coty, désemparé, fait appel à Pierre Pflimlin pour constituer le gouvernement. Révoltés, les Français d’Algérie protestent énergiquement contre son investiture et occupent, le 13 mai 1958, l’immeuble abritant le gouvernement général. Le ministre résident en Algérie, Robert Lacoste, disparaît de la scène politique. C’est Raoul Salan, commandant en chef des forces armées, qui se voit confier provisoirement les rênes du pays. L’anarchie qui règne depuis le 13 mai 1958 en Algérie et les crises incessantes auxquelles est confrontée la France, amenèrent le président René Coty à faire appel au général de Gaulle. Investi par l’Assemblée nationale, de Gaulle se rend dès le 4 juin 1958 en Algérie. Accueilli à Alger par une foule innombrable massée sur le forum et surpris par l’ovation saluant son apparition, il lance du haut du balcon du gouvernement général, la formule sibylline devenue historique « Je vous ai compris ». Préoccupé par sa restructuration, le F.L.N. forme, le 19 septembre 1958 au Caire, un gouvernement provisoire, présidé par Ferhat Abbas. Cette initiative heureuse permettra désormais au Front de Libération Nationale de présenter à la France un interlocuteur incontournable, pour négocier les accords de paix. Elle vise également et surtout à internationaliser le problème algérien en le présentant comme un conflit interétatique.
Les années 1958 et 1959 ont été terribles non seulement pour les forces combattantes de l’A.L.N. déployées aux frontières, mais également pour celles de l’intérieur. A la mutinerie de « Hambli » et au complot fomenté par « Lamouri » pour renverser le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (G.P.R.A.), succèdent les opérations Couronne, Courroie, Étincelle, Jumelles.., lancées par le général Maurice Challe pour asphyxier les maquis. Le plan Challe va s’appliquer et se poursuivre tout au long de l’année 1959 et même en 1960, méthodiquement et successivement d’Ouest en Est. Désavoué et isolé sur le plan international, le général de Gaulle s’adresse, le 16 septembre 1959, au pays en affirmant que « l’avenir de l’Algérie repose sur le libre choix que les Algériens eux-mêmes voudront faire de leur destin ». Tenant sa troisième session du 16 décembre 1959 au 18 janvier 1960 à Tripoli, le Conseil National de la Révolution Algérienne enregistre avec satisfaction la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple algérien et invite le Gouvernement provisoire de la République algérienne, après l’avoir remanié, à ouvrir assez rapidement avec les Français des pourparlers sur cette base.
Le ministère des forces armées issu du premier gouvernement fut confié à un comité interministériel de guerre composé de ceux qu’on a coutume d’appeler « les trois B » : Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Bentobbal. Un état-major général fut créé dans le but d’unifier les troupes opérant à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Mais eu égard aux difficultés de liaison, l’état-major général ne commanda que l’armée des frontières, du moins jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. Cependant, en Algérie, la pression populaire s’accroît d’une manière inquiétante. De nombreux pieds-noirs protestent contre la politique gaullienne d’« abandon ». Leur emboîtant le pas, des milliers d’Algériens manifestent le 11 décembre 1960 à Alger, Oran, Annaba, Constantine, Batna, Jijel, Tizi-Ouzou, Blida, Mostaganem... D’autres manifestations d’une grande ampleur, tendant surtout à plébisciter le G.P.R.A., ont lieu le 8 mai 1961 à travers toute l’Algérie. De leur côté, les Algériens émigrés en France organisent le 17 octobre 1961 à Paris, une marche pacifique, violemment réprimée par la police. Succédant à Ferhat Abbas, le nouveau président du G.P.R.A., Benyoucef Ben Khedda ouvre, à la lumière de son discours du 24 octobre 1961, la voie de la négociation tout en offrant un itinéraire réaliste pour parvenir à la fin des combats et à l’indépendance du pays.
Du discours du général de Gaule du 16 septembre 1959 sur l’autodétermination aux accords d’Evian du 18 mars 1962, s’écoulèrent trente mois marqués par divers pourparlers. Le soutien international à la cause algérienne apparaît tout au long de l’année 1961. Les pourparlers franco-algériens entrent dans une phase active dès le 12 février 1962. Les grandes lignes des futurs accords sont fixées au cours de cette rencontre. Après une série de péripéties dues à l’irréalisme du premier ministre français, en l’occurrence Michel Debré, désireux de séparer le Sahara de l’Algérie, le 18 juin 1962, les « les accords d’Evian » sont signés. L’application des négociations et notamment le cessez-le-feu deviennent effectifs le 19 mars à 12 heures.
En dépit des assurances sans cesse réitérées et des garanties don-nées par ces accords, la population européenne d’Algérie, ayant subi la propagande et la menace de l’Organisation de l’Armée Secrète (O.A.S.), se réfugie dans l’amertume de l’exode. Les accords d’Evian qui furent un succès pour le F.L.N. sont ratifiés le 8 avril 1962 par les Français, puis par le Conseil National de la Révolution Algérienne (C.N.R.A). En Algérie, le référendum est approuvé, le 1er juillet 1962, à une majorité écrasante. Le général de Gaule, dans le cadre de la loi du 13 avril 1962, prend acte des résultats et reconnaît l’indépendance de l’Algérie, le 3 juillet 1962. Christian Fouchet, haut commissaire à l’exécutif provisoire, décline l’invitation d’Abderahmane Farès à assister le 4 juillet 1962 à la cérémonie où le drapeau algérien sera hissé en haut du mât à Boumerdès (Rocher Noir). Quant aux dirigeants de la révolution, ils décidèrent d’un commun accord, que la Fête nationale sera désormais célébrée le 5 juillet, date où 132 ans plus tôt le Dey d’Alger capitula avec la lâche complicité de la Sublime Porte. L’indépendance proclamée, l’Algérie glisse aussitôt dans la vio-lence. La question du pouvoir éclate au grand jour. Elle va plus que jamais peser sur l’évolution du pays. A la faveur de cette situation confuse et en l’absence d’alternatives saines, le Front de Libération Nationale, s’était proclamé, parti unique. Il se voulait source exclusive de la légitimité du pays, au mépris d’une population acquise au multipartisme et à l’indépendance du pouvoir. Cette mutation faite sans consensus, va provoquer une rupture avec un passé politique riche et générer des luttes fratricides.
En fait, la question qui se pose au lendemain de l’indépendance n’est pas celle du système prôné. La seule qui agite l’esprit des protagonistes est celle de savoir quels seront l’homme et le clan qui monopoliseront pour leur compte la légitimité morale et politique que confère la prise en main du F.L.N. Le rapport des forces en présence décida des choses et c’est ainsi qu’Ahmed Ben Bella, appuyé par le colonel Houari Boumediène, va s’emparer du pouvoir. Il forme le premier gouvernement de l’Algérie indépendante et établit son autorité sur les braises mal éteintes d’un profond déchirement.
PARTIE I : La RUPTURE 1954-1957
CHAPITRE I : PRÉPARATION DE LA LUTTE ARMÉE
Le 25 juillet 1954, par une belle journée ensoleillée, dans une villa du Clos Salembier, dans la banlieue d’Alger, se tient la réunion historique de vingt deux anciens cadres de l’Organisation Spéciale :
1. Badji Mokhtar
12. Boudiaf Mohamed
2. Belouizdad Othmane
13. Boussouf Abdelhafid
3. Benabdelmalek Ramdane
14. Didouche Mourad
4. Benmostefa Amar
15. Habachi Abdesselem
5. Ben Boulaïd Mostefa
16. Lamoudi Abdelkader
6. Ben M’hidi Larbi
17. Mechati Mohamed
7. Bentobbal Lakhdar
18. Mellah Slimane
8. Bitat Rabah
19. Merzougui Mohamed
9. Bouadjadj Zoubir
20. Souidani Boudjemaa
10. Bouali Slimane
21. Zighoud Youcef
11. Bouchaïb Ahmed
22. Derriche lyès
Présidée par Mostefa Ben Boulaïd, la réunion des « vingt deux » définit un programme en trois points :
– Déclencher avant la fin de l’année 1954 une action qui fera tâche d’huile ;
– Maintenir un climat d’insécurité contre les colonialistes tout en insistant sur le fait qu’on ne se bat pas contre le peuple français ;
– Amener le gouvernement français à discuter et à négocier l’indépendance.
Décidé à lancer sans attendre l’insurrection armée, le « comité des 22 » élit une instance collégiale de cinq membres, composée de : Ben Boulaid Mostefa1, Ben M’hidi Larbi, Bitat Rabah, Boudiaf Mohamed et Didouche Mourad2. Quant à Krim Belkacem, il fut désigné plus tard pour être le sixième membre de cette instance. Ces six hommes vont œuvrer ensemble, unis par leur passé au sein du M.T.L.D et leur idéal commun, dans une équipe où, au départ, l’impulsion de deux d’entre eux, en l’occurrence Mostefa Ben Boulaïd et Mohamed Boudiaf, est prédominante. Ce noyau ainsi constitué, a conscience des grands bouleversements qui ébranlent les anciens grands empires. Trois de leurs compagnons : Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider sont en Egypte. Tous trois exilés suite au démantèlement de l’Organisation Spéciale, en 1950, par les autorités françaises ; ils constituent la délégation extérieure du mouvement naissant. Par eux arrivent les aides tant espérées et l’écho des mouvements d’émancipation. Réunis le 23 octobre 1954, les six leaders examinèrent deux textes. L’un à usage externe, la Proclamation historique du 1er novembre 1954 qui émane du Front de Libération Nationale. L’autre à usage interne, plus simple et plus direct, émane de l’Armée de Libération Nationale. Le premier texte sera adressé à toutes les personnalités françaises et algériennes et diffusé par la radio du Caire à l’attention de la communauté internationale. Le second texte sera très largement diffusé en Algérie.
1.1. L’appel du 1er novembre 1954
La Proclamation historique du 1er novembre 1954 s’articule autour d’un certain nombre d’objectifs que se fixe le Front de Libération Nationale pour recouvrer l’indépendance du pays. Elle constitue surtout la première manifestation officielle de cette nouvelle formation nationaliste qui vient d’émerger sur la scène politique, dans la clan-destinité.
Proclamation au peuple algérien et aux militants de la cause nationale
