Héros du 7 octobre - Haïm Musicant - E-Book

Héros du 7 octobre E-Book

Haïm Musicant

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Beschreibung

Le 7 octobre 2023 à l'aube, jour de Shabbat et de Simhat Torah, le Hamas a attaqué simultanément Reïm, où se déroulait le festival de musique Nova, et 33 villes et kibboutz du Sud d'Israël. Plus de 1 200 personnes – hommes, femmes, enfants, bébés – ont été massacrées lors du plus grand pogrom commis depuis la Shoah. Des milliers d'innocents ont été tués ou blessés et plusieurs centaines pris en otages et amenés à Gaza. Au péril de leur vie, des Israéliens – juifs, ­musulmans, ­chrétiens, druzes –, mais aussi des Philippins, des Thaïlandais et des Français, ont pris des risques inouïs pour sauver des vies. Dans “Héros du 7 octobre”, Haïm Musicant brosse le portrait de 50 anonymes qui, ce jour-là, ont fait preuve d'un immense courage. Ce livre met en lumière des hommes et des femmes ­ordinaires, entrés dans l'Histoire. Eux, comme d'autres, à différentes époques et en divers lieux, ont résisté. 

 À PROPOS DE L'AUTEUR

Haïm Musicant est écrivain et journaliste. Il est président de ­l'Association des Amis de Radio Shalom et vice-président de la Licra Paris. Il est ­l'auteur du podcast Un jour, une histoire diffusé par Radio Shalom ­ainsi que par l'ECUJE, où il anime régulièrement des conférences. Il a été ­directeur général du B'nai B'rith Europe puis du CRIF. Haïm Musicant a publié ­plusieurs ouvrages aux Éditions Glyphe, dont “Les ­Magnifiques” coécrit avec Jean-Pierre Allali.

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Seitenzahl: 197

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Couverture

Page de titre

Préface

Philippe MeyerPrésident du B’nai B’rith FranceMembre du bureau exécutif du CRIF

Déflagration. Tsunami. Chaos. Ce shabbat noir du 7 octobre 2023, jour de fête de Simhat Torah pour le peuple juif, à 6 h 30, le monde a changé, notre monde a changé. À jamais. Chacune et chacun se souviendra toujours de ces premières minutes de sidération, d’effroi et de paralysie à l’annonce de la catastrophe et à la vision des premières images de l’horreur. Un choc d’une violence inouïe comme on n’en subit que très peu dans une vie. Puis, une fois les esprits retrouvés, au fur et à mesure qu’étaient connus le nombre de victimes et les conditions de leur assassinat, est venu le temps des larmes, des cris, de la colère.

Un pogrom. Des Juifs venaient de vivre un pogrom. Un mot venu du plus profond des âges et de la barbarie humaine. Le temps des pogroms semblait appartenir aux pages jaunies des livres d’histoire, aux récits des plus anciens, aux souvenirs inconscients hérités des générations passées.

Et pourtant. Ce 7 octobre à 6 h 30, un pogrom commençait. Le plus grand crime organisé contre des Juifs depuis la Shoah. Sur la terre d’Israël, le refuge du peuple juif. En quelques heures, plus de 1 200 hommes, femmes, enfants, vieillards seront traqués, violés, assassinés, brûlés. Des milliers de civils innocents seront blessés, 251 seront enlevés, direction Gaza. Parmi eux, un bébé de 9 mois, Kfir Bibas, son frère de 4 ans, sa mère et son père. Mais aussi un homme de 85 ans, des femmes âgées et malades. Et puis très vite, les images de l’horreur, filmées par les démons eux-mêmes, insoutenables, nous ont glacé le sang et torturé l’esprit.

Quelques jours après le 7 octobre, je me rendis en Israël avec une délégation de dirigeants de la communauté juive de France, sur les lieux du crime. De la base militaire de Shura où étaient entreposés dans des frigos géants les corps non identifiés des victimes, par centaines, par taille, au kibboutz de Kfar Aza qui portait encore les stigmates des massacres innommables survenus quelques jours plus tôt, partout la vision de l’enfer sur terre. Ces maisons brûlées, ces lits d’enfants couverts de sang, ces jouets sur le sol au milieu des douilles, ces traces de chair sur les murs, l’odeur insupportable de la mort, la brutalité d’un silence assourdissant que seuls les récits de l’horreur venaient briser, nos regards hébétés, nos pleurs, nos larmes, ont laissé des traces gravées à jamais dans nos âmes et dans nos cœurs.

Dès notre retour en France, force fut de constater que l’élan d’empathie et de solidarité, dont les Juifs d’Israël et d’ailleurs avaient tant besoin, n’avait duré que quelques jours. Très vite, avant même qu’Israël ne réponde légitimement à l’attaque sans précédent dont il avait été la victime, un tsunami antisémite commença à souffler en France, en Europe et à travers le monde, attisé par tout ce que la planète compte de gauchistes islamo-compatibles, de wokistes, de militants antisionistes que des années de laisser-faire ont permis une incubation à bas bruit dans les universités, les lieux de culture, les médias, les instances internationales. Une fois de plus, la lâcheté du monde a accouché d’un monstre.

Des manifestations anti-israéliennes ont battu le pavé des principales capitales européennes. Les universités américaines ont interdit l’entrée à des étudiants juifs. Et en France, le parti d’extrême gauche LFI a fait de la haine d’Israël son principal axe de campagne aux élections européennes de juin 2024, aux relents antisémites à peine voilés, contaminant la gauche unie lors des élections législatives qui ont suivi.

La double peine. Au traumatisme profond et indicible qu’avait causé le pogrom du 7 octobre s’ajouta la sidération d’une haine anti-juive violente et généralisée comme jamais depuis 80 ans. Une haine qui trouvait comme seul écho le silence des organisations humanitaires, féminines et de défense de l’enfance aux massacres du Hamas, au féminicide et crimes sexuels commis par les terroristes, aux otages de tous âges retenus avec la complicité coupable de civils gazaouis. Et que dire du refus de la Croix-Rouge de livrer des médicaments aux otages et de l’aide apportée aux Hamas et à ses complices par des membres de l’UNRWA qui n’a soulevé aucune réaction à la hauteur de cette abjection.

L’insupportable prenait le relais de l’effroyable. Les victimes des kibboutzim et de Nova étaient oubliées, les otages étaient passés sous silence, les victimes civiles de Gaza faisaient la Une de tous les médias du monde, sans qu’il ne soit rappelé – ou si peu – qu’elles étaient d’abord les boucliers humains des terroristes, que tout avait commencé avec la tragédie du 7 octobre et pouvait s’arrêter avec la libération des otages et la reddition des terroristes. Et surtout, comble de l’horreur, Israël et l’ensemble des Juifs étaient affublés du terme volontairement galvaudé de « génocidaires ».

À ceux qui refusaient de voir depuis des années que l’antisionisme constitue l’antisémitisme des temps modernes, ou qui le contestaient par naïveté, lâcheté ou conviction, les islamo-gauchistes et leurs idiots utiles apportaient un démenti formel. Le 7 octobre, ce sont avant tout des Juifs que les terroristes islamistes du Hamas ont massacrés. Par la suite, ce sont les Juifs où qu’ils se trouvent qui ont été visés, ciblés et attaqués au nom même de la défense des Palestiniens, sous la responsabilité de certains et dans le silence de beaucoup d’autres.

Seuls mais ensemble. Comme toujours. Mais en ne laissant rien passer.

Pas un jour ne passe sans que le combat contre cette haine anti-juive ne soit au cœur de notre action. Révélatrice comme toujours dans l’histoire d’une société malade et aux effets globaux dévastateurs, elle ne doit pas être l’affaire des seuls Juifs.

Ce 7 octobre, les terroristes du Hamas, accompagnés de civils gazaouis, assoiffés de sang juif, enivrés par la haine des Juifs, animés par la seule volonté de tuer des Juifs, ont commis le pire de ce que l’homme est capable de faire. L’homme devenu démon. Le mal absolu.

Mais ce 7 octobre, face au cauchemar, le meilleur de l’homme a aussi émergé. L’homme porté par les anges. Le bien se dressant face au mal. Comme une réponse nécessaire. Comme pour nous sauver du désespoir. Comme souvent dans l’histoire. Comme les résistants et les justes face aux nazis et à leurs alliés.

Ce 7 octobre, des héros anonymes ont eu la force, le courage, la grandeur de dire non. Dans l’attente des secours, longue et interminable, ils ont bravé l’enfer et sauvé des vies au péril de la leur. Certains d’entre ces jeunes femmes et jeunes hommes sont revenus de l’horreur. D’autres non.

Younes, Or, Rami, Rachel, Tali, Alit, Shlomo, Amihaï, Youssef et tant d’autres ont sauvé l’humanité tout entière.

Ce sont cinquante de ces héros, de toutes origines, israéliens ou non, juifs ou non, que Haïm Musicant nous présente dans cet ouvrage. Avec le talent de conteur et la finesse de l’analyste qu’on lui connaît, Haïm Musicant met à l’honneur ces destins hors-norme, leur rend cet hommage qu’ils méritent tant, les sort de l’anonymat où ils ne pouvaient pas rester. Chacun des portraits de ces êtres ordinaires devenus soudainement extraordinaires, de ces hommes et de ces femmes du quotidien devenus exemplaires, est empreint d’une puissance émotionnelle dont on ne ressort pas indemne de la lecture. Qu’il en soit ici sincèrement remercié.

Cette formidable et bouleversante galerie de portraits, qui complète de façon si évidente celle de son précédent ouvrage Les Magnifiques que Haïm Musicant avait présenté avec Jean-Pierre Allali, nous renvoie la plus belle vision de l’homme. Elle nous rappelle avec force qu’un simple filet de lumière peut éclairer la nuit noire, que l’espoir n’est jamais détruit par la haine, que la vie est toujours plus forte que tout.

« J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin de vivre, toi et ta descendance. » (Deutéronome 30.19-20).

Le choix de la vie, envers et contre tout. C’est ce message universel du judaïsme que ces héros du 7 octobre ont crié face aux démons du Hamas pour qui la vie ne vaut rien. Ce choix de la vie est au cœur de l’identité, de l’histoire, de l’éthique et des valeurs juives telles qu’elles sont transmises à l’humanité depuis toujours. Il est porté haut et fort par Israël depuis sa renaissance en 1948. La vie humaine bien sûr qui a toujours été placée par le peuple juif au-dessus de tout. La vie du pays, de la région et du monde, porteuse d’espoir et d’avenir, qui a toujours été au cœur de la politique intérieure et extérieure d’un pays et d’un peuple qui connaissent mieux que quiconque le prix à payer de la haine et de la violence.

Depuis la proclamation de la fondation de l’État lue par David Ben Gourion le 14 mai 1948, Israël choisit jour après jour la vie. C’est par la force de ce message venu de loin, de cette raison d’être historique, culturelle et cultuelle, qu’Israël a pu se construire, se défendre, résister, prospérer, pour passer d’un désert aride à la Start-up nation, de l’isolement du paria à la reconnaissance mondiale, des tragédies de l’histoire à la foi dans l’avenir.

C’est fort de ce credo constitutif qu’Israël ne laisse jamais l’un des siens entre les mains de ses ennemis. La vie de chaque otage est plus importante que tout comme l’avait montré en son temps le prix si élevé payé par Israël pour récupérer Guilad Shalit, otage durant cinq ans, et plus récemment, les négociations menées à la fin novembre 2023 pour ramener à la maison des dizaines d’otages détenus par le Hamas.

C’est animé par cette centralité donnée à la vie que Tsahal, l’armée de défense d’Israël, prévient depuis toujours les populations civiles d’attaques à venir afin de préserver le plus de vies possibles. À Gaza, à Rafah et ailleurs, elle n’a cessé de le faire depuis le 7 octobre.

Dans un monde à l’avenir si incertain, fracturé par les porteurs de haine et de chaos, menacé par cet islamisme qui place dans la mort tant de valeur, ce cri pour la vie lancé par les héros du 7 octobre résonne plus fort que jamais. À nous de le faire entendre au monde pour éveiller les consciences. Le mérite premier de ces récits bouleversants de vie et d’humanité que Haïm Musicant porte à notre connaissance sera d’y contribuer.

L’une des missions majeures du judaïsme est la réparation du monde. Tikoun Olam. Par leur force, leur courage et leur grandeur d’âme, les héros du 7 octobre y ont pris une part majeure. « Le judaïsme n’existe pas pour judaïser le monde, mais pour l’humaniser » (Elie Wiesel).

Ce qu’ont accompli ces héros en ce jour où le monde était plongé dans la nuit devra nous guider, nous inspirer et nous apporter chaque jour la force, l’énergie et la lumière nécessaires pour continuer de combattre la haine anti-juive, défendre nos valeurs d’humanisme, de liberté, de fraternité, de démocratie, et porter la flamme de la vie et de la résistance. Soyons à notre tour ces héros qui lutteront sans concession pour ces idéaux fondamentaux, les seuls à garantir notre avenir et celui de nos enfants et de nos petits-enfants.

Envers les victimes, les otages et les héros du 7 octobre, nous avons une dette imprescriptible. Ne l’oublions jamais. Ne les oublions jamais.

Tu choisiras la vie.

Am Israël Haï !

Pourquoi ce livre ?

C’est le livre LE PLUS DIFFICILE, le plus imprévisible et le plus personnel que j’aie jamais écrit. Dans cette introduction, je voudrais vous expliquer pourquoi.

En septembre 2023, je suis à Tel Aviv avec mon fils cadet. Il est né en Israël, y a toujours vécu et, à l’âge de faire son service militaire, il a dû participer à la guerre provoquée par le Hamas en 2014.

Par un bel après-midi d’été, nous décidons d’aller voir à la cinémathèque un film qui vient de sortir : Golda. Curieusement, ce long-métrage ne sera pas distribué en France. Seuls les abonnés de Canal + auront une chance de le voir.

Ce film est consacré à Golda Meir, une des mères fondatrices de l’État d’Israël et son Premier ministre de 1969 à 1974. Il ne s’agit pas réellement d’un biopic, mais plutôt d’un regard sur la Guerre de Kippour qui a eu lieu il y a 50 ans.

Le samedi 6 octobre 1973, c’est shabbat, mais c’est aussi Yom Kippour, le jour du grand pardon, la solennité la plus sacrée du calendrier juif religieux. Durant 25 heures, les Juifs prient, jeûnent et espèrent être inscrits dans le Livre de la Vie.

Mis à part le chef d’état-major, les militaires qui entourent la Première ministre – parmi eux Moshe Dayan, le ministre de la Défense – ne prennent pas en considération les informations des services secrets qui annoncent une attaque de l’Égypte et de la Syrie. Golda Meir se laisse influencer, ce qui est peut-être la première fois de sa vie.

En pleine journée du 6 octobre, Israël est attaqué par les armées égyptienne et syrienne. Pris par surprise, Tsahal repousse les armées ennemies au bout de 19 jours de combats. Mais cette guerre coûte cher : 3 000 Israéliens sont tués et 8 000 sont blessés.

Une commission d’enquête, la commission Agranat, est nommée. Elle considère que Golda Meir n’a rien à se reprocher, et que, au contraire, elle a fait face avec courage et sang-froid à cette situation dramatique. Mais « la grand-mère d’Israël », âgée de 76 ans, est épuisée. Elle est contestée par une grande partie de l’opinion et souffre par ailleurs d’un cancer. Le 11 avril 1974, elle démissionne, et c’est Yitzhak Rabin, chef d’état-major de Tsahal pendant la guerre des Six Jours en 1967, qui lui succède.

En sortant du cinéma, je parle avec mon fils et nous prolongeons les interrogations des Israéliens qui durent depuis un demi-siècle. Les services secrets avaient transmis leurs informations sur la forte probabilité d’une attaque surprise. Qui n’a pas su lire correctement ces rapports ? La hiérarchie militaire ? L’échelon politique ? Les deux ?

Nous nous disons qu’une telle situation ne peut se reproduire, qu’un deuxième 6 octobre 1973 n’aura plus jamais lieu. Tsahal a la réputation d’être l’armée la plus forte de la région. Elle dispose d’armements sophistiqués, de troupes entraînées capables de mener des opérations audacieuses comme l’a démontré la série Fauda, sans compter la qualité de ses services de renseignements.

Dans ce dialogue sans détour avec mon fils, me revient subitement à l’esprit cet échange que nous avons eu en 2013. Mon fils arrive alors comme tous les jeunes Israéliens et Israéliennes de sa génération à l’âge de l’enrôlement dans Tsahal. Le service militaire dure alors trois ans pour les garçons et deux ans pour les filles. Il demande à être incorporé dans la brigade d’infanterie des Golani. Je lui demande : « Pourquoi veux-tu être combattant ? » Il énumère trois raisons : « Je veux tout d’abord faire comme Papy. » C’est mon père. Alors que la presque totalité de sa famille a été exterminée par les nazis pendant la Shoah, il a combattu dans l’Armée rouge et a fait partie des troupes soviétiques qui ont pris Berlin en mai 1945. Par la suite, ne sachant pas où aller après la mort des siens, il est venu en Israël en train de renaître et a pris part à la guerre d’Indépendance en 1948-1949 dans la brigade Givati. Mon fils ajoute deux autres raisons : « Papy et Mamy m’ont souvent dit : “Quelle chance que tu n’aies pas connu la Shoah !” S’il le faut, je me battrai pour que les Juifs ne soient pas les victimes d’un nouveau génocide ! » Et il conclut : « Israël, c’est mon pays, et je veux le défendre, je veux le protéger ! »

Le 7 octobre, en me réveillant, j’allume comme toujours mon smartphone. Sur Instagram, je vois des publications que je ne comprends pas ou que je n’ai pas envie de comprendre. Il se passe des choses bizarres dans le Sud d’Israël. Des tirs de missiles depuis Gaza, mais aussi une invasion. Des terroristes sont entrés dans des kibboutz et des villes dont certaines sont à 30 kilomètres de la frontière avec la bande de Gaza. J’appelle en Israël. Je ne recueille que des informations parcellaires et confuses. « On ne sait pas ce qui se passe ». Depuis longtemps, depuis que Tsahal a remis Gaza à l’Autorité palestinienne en 2005, qui a été renversée deux ans plus tard par le Hamas, les Israéliens sont habitués au tir de missiles. En novembre 2019, le Jihad islamique, organisation terroriste islamique cousine du Hamas, avait lancé pendant plusieurs jours 450 missiles sur le Sud et le Centre d’Israël dont Tel Aviv. Mais ils avaient été interceptés par le Dôme de Fer, un système de défense aérienne.

Il va falloir du temps pour prendre la juste mesure de ce qui est en train de se passer. Plus de 5 000 missiles sont lancés depuis Gaza. Dans le même temps, quelque 33 villes et kibboutz sont attaqués ainsi que le festival de musique Nova où plus de 4 500 jeunes sont venus danser.

Le choc est immense, les questions sans réponse. Comment cela a-t-il pu arriver alors qu’il y a un mois à peine nous parlions mon fils et moi de l’invincibilité d’Israël ? Comment les terroristes ont-ils pu traverser la frontière que l’on appelle la barrière de sécurité, dont on disait qu’elle était infranchissable ? Les services de renseignements ont-ils été aveuglés ? Où est l’armée ? Où est la police ?

Après le 6 octobre 1973, le 7 octobre 2023.

Dans ce chaos, les autorités israéliennes vont annoncer que près de 4 000 terroristes ont tué 1 400 personnes dont 400 au festival Nova : des hommes, des femmes, des enfants, des bébés, des personnes âgées. Les terroristes ont violé, décapité, brûlé. Israël et le monde entier comprennent avec stupeur qu’il s’agit d’un pogrom, du plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Mais le chiffre va être revu à la baisse : 1 200 morts israéliens et non israéliens. On apprend avec stupeur qu’il y a des blessés – 4 800 – et 251 otages conduits de force à Gaza. Le plus jeune est un bébé de neuf mois, le plus âgé a 85 ans.

Que faire de là où chacun se trouve si ce n’est s’inquiéter pour les siens, d’autant que l’armée rappelle les réservistes dans ce pays grand comme trois départements français et où l’arrière n’est pas bien loin du front ? Téléphoner sans arrêt ? S’abreuver d’informations sur les médias classiques et les réseaux sociaux ?

Modestement, ce que je crois savoir faire, c’est écrire, raconter.

Chaque semaine, j’anime Un jour, une histoire, une émission sur les ondes de Radio Shalom, diffusée sous la forme d’un podcast vidéo par l’ECUJE, l’Espace culturel et universitaire juif d’Europe. Je consacre mes chroniques à des personnalités aussi diverses qu’Anouk Aimée, Albert Einstein, René Goscinny ou Joseph Kessel.

Mais quand éclate cette nouvelle guerre, la douzième depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, je ressens la nécessité impérieuse de bouleverser la programmation de mon émission et de la consacrer désormais à tous ces anonymes, militaires et civils israéliens – des Juifs, des musulmans, des chrétiens… – mais aussi des non Israéliens, Thaïlandais, Philippins… que rien ne prédisposait à devenir des héros, et qui ont trouvé le courage, la force et l’imagination pour résister, pour sauver, trop souvent en perdant la vie.

Je me suis rendu en Israël pour être auprès de mon fils qui avait été rappelé par Tsahal, qui a été sur tous ces lieux de massacres, qui a enterré des amis tués par le Hamas, qui connaît des otages dont on ne sait toujours pas ce qu’ils sont devenus. Je lui ai raconté ce que je faisais dans le cadre de Un jour, une histoire. Mon fils m’a fait remarquer : « C’est bien de faire ces émissions mais ce serait peut-être mieux si tu faisais un livre que tu consacrerais à tous ces hommes, femmes, quelques fois enfants qui ont eu des comportements inattendus et extraordinaires, et dont on ne parlera peut-être pas ou peu ». Je l’ai écouté. Je suis venu à plusieurs reprises en Israël.

Pour des raisons éditoriales, j’ai dû me limiter à identifier et à sélectionner 50 héros du 7 octobre. Un choix difficile car ils sont nombreux ceux qui auraient mérité de figurer dans ce livre consacré à des inconnus qui étaient dans la vie et l’avenir et qui ont vu leur destin basculer en quelques minutes ou en quelques heures.

Confrontés à la sauvagerie des terroristes du Hamas et du Jihad islamique, branches gazaouies des Frères musulmans qui prônent le Jihad, la guerre sainte, pas seulement contre les Juifs, et veulent imposer la charia, la loi de l’Islam, partout dans le monde, ces héros ont appliqué un enseignement du Talmud : « Celui qui sauve une vie, sauve l’humanité tout entière. » Eux et tous ceux qui ont survécu et qui se sont contentés de déclarer avec beaucoup de pudeur : « Je n’ai fait que mon devoir. »

Ce livre se veut un hommage, mais aussi un mémorial dédié à tous ces héros du 7 octobre. Pour que l’on sache aujourd’hui et demain qui ils étaient et ce qu’ils ont accompli.

Matan Abergil

Le bon cœur jusqu’au dernier moment

À le voir au loin, on aurait pu croire que c’était Harry Potter, avec ses lunettes et son air enfantin. Lui, c’est Matan Abergil. Il est né il y a 19 ans, le 19 mai 2004 à Hermesh. C’est une minuscule implantation de 245 habitants à peine qui a été fondée en 1984 en Samarie, dont une grande partie de la population est composée de Juifs venus de l’ex-Union soviétique.

Matan est le plus jeune d’une fratrie de quatre enfants. Il a l’air timide et introverti. Il garde souvent le silence. Chaque matin, il arrive à l’école dans un autobus blindé. La zone est dangereuse. À diverses reprises, des habitants de Hermesh ont été assassinés par des terroristes. Mais Matan a cette particularité de ne jamais se plaindre. Ses professeurs détectent rapidement ses qualités. Ils reconnaissent son intelligence et ses bonnes manières qu’il cache avec modestie. Son volontarisme aussi. Son professeur d’éducation physique se souvient que lors d’une excursion avec sa classe, il avait proposé à ses élèves de venir courir avec lui le lendemain matin. Seul Matan avait eu la force de se lever tôt et de se joindre à lui. Matan a aussi des centres d’intérêt peu communs. Une fois les devoirs terminés, il se passionne pour les monnaies numériques et la cryptographie.

Après le lycée, c’est l’âge de partir au service militaire. Matan veut être parachutiste. Il est recalé. Il est accepté dans la brigade Golani en décembre 2022. Il est très apprécié par ses camarades du 13e bataillon d’infanterie dans lequel il est incorporé. Il est surnommé Matan hesed, le bon cœur, car il est toujours prêt à rendre service.

Ce 7 octobre, Matan qui a le grade de caporal, est avec ses camarades non loin de la frontière avec Gaza quand les alertes retentissent à 6 h 30. Ils ont pour mission de protéger les kibboutz Nir Am et Erez, qui est aussi le point de passage avec Gaza. Mais ils apprennent que l’inimaginable vient de se produire. En grand nombre, des terroristes ont traversé la frontière et sont en train d’attaquer le kibboutz Nir Am. Aussitôt, les combattants du bataillon d’infanterie Golani s’y rendent à bord de leurs Namer, véhicules blindés de transport de troupes. Ils sont sept dans chacun d’entre eux. En chemin vers Nir Am, ils se retrouvent face à face avec des hommes du Hamas. Les combats sont intenses. Les terroristes tirent sur les soldats avec des roquettes, des obus de mortier, des missiles antichars. Soudain, l’un des terroristes lance une grenade dans le véhicule blindé où se trouve Matan. Il tente de s’en emparer, mais elle reste coincée dans un des coins du Namer